Tag: nazisme

  • 83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    « J’ai été libérée des camps, mais j’y suis toujours ». Ces mots sont ceux de Louise Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz, rapportés par son fils, Joseph. Ce dernier reçoit ce dimanche pour sa mère – qui a fêté il y a quelques jours ses 100 ans – la médaille de la ville. « Il y a 83 ans qu’elle est sortie de l’horreur des camps et elle porte toujours, gravé sur son bras, son matricule A5503. Ce tatouage qui dit tout, la violence de l’Histoire mais aussi sa force, sa dignité », insiste-t-il sur le parvis de l’Opéra. « Alors oui à l’heure où l’antisémitisme remonte, son message est simple : plus jamais ça », crie Joseph Marcos.

    Marseille a commémoré ce dimanche ses morts. C’est ici qu’il y a 83 ans, les 22, 23 et 24 janvier 1943, dans le cadre de l’opération Sultan ordonnée par Hitler en personne, 20 000 personnes étaient raflées, avec le concours des forces collaborationnistes. « La rafle de l’Opéra nous oblige à regarder l’Histoire en face, sans détour, sans oubli, sans relativisme. Elle nous rappelle que la tragédie ne fut pas seulement le fait de l’occupant nazi mais aussi des complicités locales, de la défaillance d’un État qui, à un moment donné de son histoire, a failli », rappelle Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA).

    À l’heure où les semeurs de haine vomissent leurs discours à heure de grande écoute, « cette histoire nous oblige à regarder lucidement les mécanismes qui hier comme aujourd’hui rendent la haine et la banalisation de la haine toujours possible », martèle le maire DVG de Marseille Benoît Payan. Ainsi, il formule la « promesse » de ne pas oublier « les enfants de Marseille, déportés, parce qu’ils étaient juifs », mais aussi « les Tziganes, les homosexuels, les résistants, les communistes et les gaullistes, les socialistes, les juifs et tous ceux qui ont été persécutés par leur refus de la haine », détaille l’édile.

    Un hommage appuyé est rendu à Louise Renée Marcos, Albert Barbouth et Denise Toros-Marter. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché le tréfonds et l’horreur et dont les blessures ne cicatrisent à peine », comme résume si bien la rescapée elle-même dans son « testament d’Auschwitz », lu par ses neveux et nièces Marcel Toros et Élisabeth Marter.

    Le collectif du 24 janvier 1943 réclame un geste

    « Aujourd’hui, dans un monde où le bruit de bottes résonne de manière inquiétante, c’est à nous citoyens de cette ville, de cette Nation, du monde (…) d’ouvrir les bras vers chacun et de dire nous aussi nous aimerons notre prochain », plaide Rav Reouven Ohana, grand rabbin de Marseille. En face de lui, les héritiers de cette idéologie funeste sont là. Ils ont délaissé les bottes pour des chaussures de ville mais la haine qui les anime reste la même, leurs appels au rejet de l’autre sont intacts, transcende les époques (lire p.4).

    Antoine Mignemi, dont le père s’est exilé à Marseille pour fuir le fascisme mussolinien en est témoin. Le président du collectif du 24 janvier 1943, se remémore ce jour terrible, ce froid glacial, il avait 5 ans. « À chaque fois ça me monte à la gorge », témoigne-t-il trémolos dans la voix. Ce dimanche matin, Antoine Mignemi a déposé une gerbe au monument de la place du 23 janvier 1943, renommé Fortuné Sportiello et les souvenirs ont rejailli. Il réclame, inlassablement, que la date du 24 janvier 1943 soit également honorée. Car elle marque la rafle du quartier Saint-Jean et la déportation dans des wagons à bestiaux, gare d’Arenc, dans lequel il fut lui-même envoyé vers Fréjus. Un de ces véhicules qui symbolisait l’aller, la plupart du temps sans retour, vers les camps de la mort, pourrait être dédié à la perpétuation de cette mémoire. « On a vécu la même barbarie, on a intérêt à ne pas effacer ce qu’il s’est passé », souffle-t-il.

  • « Une libération totale du langage néo fascisant »

    « Une libération totale du langage néo fascisant »

    La Marseillaise : Quels sujets de votre livre vont être abordés ce mercredi ?

    Olivier Mannoni : Je vais tâcher d’expliquer ce qui se passe aussi bien en France que dans certains pays européens et aux États-Unis. Il se dessine une espèce de libération totale du langage que j’appelle « brun », c’est-à-dire néo fascisant. Par exemple, comment avec Donald Trump aux États-Unis, le langage, qui est fasciste à l’état pratiquement pur, aboutit à la violence, à l’exclusion.

    C’est intéressant de développer cette question dans un département plutôt rural, marqué par un vote important
    en faveur de l’extrême droite
     ?

    O.M. : Bien entendu. C’est important d’aller là où les problèmes se posent. Dans ces régions, c’est là ou cette langue tordue a fait le plus de dégâts.

    Retrouvez-vous des similarités entre le langage de Trump
    et celui utilisé en France ?

    O.M. : Entre Trump et la France, il y a des différences notables. En France, on est face à un langage qui est d’une part tordu et d’autre part un langage d’exclusion systématique de personnes, notamment des étrangers. Un double langage permanent, c’est-à-dire un langage qui dit que nous défendrons le peuple, puis qui fait systématiquement le contraire. Donc un langage de tromperie aussi, à peu près systématique. On retrouve des éléments pratiquement identiques chez certains politiques français, notamment chez Éric Zemmour. Il y a une inspiration d’un côté, puis de l’autre côté, il y a aussi une prudence. Parce que tout le monde voit bien que Trump est en train de provoquer des catastrophes dont on ne mesure, je crois, pas encore tout à fait la dimension. Aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. Par exemple, le RN en ce moment prend des distances, alors qu’ils ont couru après Trump pendant des années. Donc, c’est subtil, il faut vraiment voir ce qui se passe, comprendre. Ce n’est pas parce qu’on prend ses distances en apparence avec l’apprenti dictateur qu’est Trump qu’on les prend réellement.

    Vous avez également traduit
    des ouvrages historiques sur
    le nazisme. Retrouve-t-on
    des éléments de langage issus
    de ces livres chez certaines personnalités
     ?

    O.M. : Il y a le même courant. Parfois, c’est identique. Chez Trump, j’ai relevé des phrases qui sortaient directement de Mein Kampf. Quand il dit que les migrants sont en train d’empoisonner le sang des Américains, c’est typiquement ça. Le plus important est de reconnaître ce qui se passe, de déceler à travers le mot d’abord, ce qui est en train de se passer quand on est dans les campagnes électorales. Le langage donne des pistes pour tenter d’analyser la situation.

  • Rescapée des camps de la mort, Louise Renée Marcos fête ses 100 ans

    Rescapée des camps de la mort, Louise Renée Marcos fête ses 100 ans

    Entourée de ses proches et tout apprêtée dans son chemisier fleuri aux tons rosés, Louise Renée Marcos souffle ses 100 bougies chez elle ce dimanche 18 janvier. Qui aurait pu imaginer pareille célébration en avril 1944, lors de la déportation de cette Marseillaise issue de parents juifs de Salonique, alors âgée de 17 ans, à Auschwitz, puis Theresienstadt ? Certainement pas elle qui, lorsque ce camp de concentration et d’extermination, puis ce ghetto, furent respectivement libérés par les armées rouge et américaine l’année suivante, ne pesait que 35 kilos. Une « solution finale » des nazis à laquelle elle a échappé, mais pas à n’importe quel prix, rappelle, 83 ans plus tard, son matricule A-5503 tatoué sur l’avant-bras gauche.

    Pas une seule miette

    « Transmettre cette histoire lui a toujours tenu à cœur. Elle l’a fait dans les collèges et lycées entre 1967 et 2019. à nous, elle ne nous a jamais rien caché. Il n’y avait pas de tabous », font part ses deux enfants, Estelle et Joseph, tandis que Louise Renée Marcos est assise au calme sur un fauteuil de son domicile de la Valbarelle. Non loin de deux de ses sœurs qu’elle a, à l’époque, sauvées. à environ 10km de là, au printemps 1944, la Gestapo la cueille chez elle, quartier Saint-Just, et l’embarque dans son siège marseillais de la rue Paradis. Dénoncée par des voisins, « elle s’est dit fille unique » pour sauver toute la fratrie. Après huit jours aux Baumettes, puis un passage à Drancy, direction les wagons de la mort et Auschwitz, où « sa tante et sa cousine sont gazées dès leur arrivée », relatent Estelle et Joseph, alors que l’interphone sonne sans cesse, les convives garnissant très vite le petit appartement du 11e arrondissement. En janvier 1945, elle survit aux « marches de la mort », du nom de ces évacuations par le IIIe Reich de déportés harassés par la maladie et le travail forcé, à mesure que les Alliés se rapprochent des camps. Louise Renée Marcos est transférée dans le ghetto de Theresienstadt. À sa libération, un typhus et un poids rachitique comme stigmates immédiats, mais des « cauchemars » pour toute la vie. « Elle n’a peur de rien mais n’a jamais supporté à son retour les pleurs d’enfants », témoignent son fils et sa fille. « Un matin, les Allemands ont fait entrer dans le camp beaucoup d’enfants habillés en blanc, avant d’allumer tous les projecteurs sur eux. Ma mère nous disait qu’on aurait dit des anges qui criaient. Parfois, elle regarde encore dans le vide et dit : “qu’est-ce que tu fais là, petit ? Ne reste pas ici” », rapportent-ils. Habitée pendant toute sa vie par ces fantômes, cette couturière de métier n’a jamais non plus « laissé une seule miette de pain sur la table à la maison », habitude héritée de ses privations en camp.

    Alors qu’il n’y a jamais eu autant de conflits dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un souvenir qui demeure nécessaire pour faire à nouveau réémerger la lutte contre toutes les formes de racisme.

  • « Le fascisme a aussi été théorisé en France »

    « Le fascisme a aussi été théorisé en France »

    La Marseillaise : Quel est cet ouvrage que vous venez présenter ?

    Pierre Serna : C’est un hommage à Zeev Sternhell, partagé avec les experts du fascisme que j’ai réunis pour l’écriture de ce livre. Cet historien a passé sa vie à déterrer les racines du fascisme en France, ainsi qu’à dénoncer la dérive nationaliste de son pays d’origine qu’est Israël. Jusqu’à parler d’un fascisme israélien semblable au nazisme sous sa forme de 1933.

    Le fascisme aurait-il déjà existé en France ?

    P.S. : C’est tout le débat qui existe entre Zeev Sternhell et d’autres courants de science historique. Certains pensent que la France est imperméable au fascisme et qu’il n’y a jamais eu d’épisode à l’italienne. Sternhell dit qu’au contraire, il y a une matrice plus forte de fascisme en France. L’ultranationalisme, la corporation, faire corps avec le Capital, la violence comme mode d’action et l’antisémitisme de l’extrême droite : tout cela a été théorisé en France et sert de socle au fascisme. Les chemises vertes de l’entre-deux-guerres et l’État français de Pétain en sont des exemples.

    Il y aurait un cadre propice au fascisme, mais quelle serait son origine ?

    P.S. : La théorie de Zeev Sternhell parle d’une droite révolutionnaire qui évolue à côté des autres droites radicales. Elle prend racine face à la modernité déshumanisante de la révolution industrielle et porte en elle des idées révolutionnaires, venant du rêve égalitaire de la Révolution. Le boulangisme en est un prolongement.

    Y aurait-il plusieurs fascismes ?

    P.S. : C’est pour ça que l’ouvrage a été écrit à plusieurs. Pierre Salmon aborde le franquisme en Espagne, Valeria Galimi le fascisme italien. Benjamin Stora est spécialiste de la guerre d’Algérie et nous explique comment le fascisme s’exprime dans les colonies, ce qui clôt le volume et renvoie à l’importance de la colonisation française pour comprendre l’histoire de la métropole.