Tag: mouvement social

  • La gauche appelle à répondre à la colère sociale

    La gauche appelle à répondre à la colère sociale

    Trois jours après la manifestation nationale et les violences qui l’ont émaillée en marge, les partis de gauche demandent à l’exécutif de rendre des comptes. « Toutes les violences sont condamnables, mais je veux d’abord et avant tout condamner le fiasco de ce gouvernement qui porte la responsabilité politique de ce qui s’est passé », lance Mathilde Panot, lors d’un point presse ce mardi. La présidente du groupe insoumis à l’Assemblée accuse le gouvernement d’avoir joué la stratégie du « pourrissement en n’ayant répondu à aucune des revendications ». Un gouvernement qui, selon elle a « plongé le pays dans une crise sociale et politique d’ampleur » en ayant été « incapable de garantir le droit à manifester, la sécurisation des bâtiments publics et des commerces ». Et ce, tout en rappelant les revendications des centaines de milliers de personnes dans la rue ce samedi, en premier lieu la jeunesse qui réclame un plan de 10 milliards pour les lycéens et pour l’éducation, l’abrogation de Parcoursup, mais aussi les actifs, avec le blocage des prix et l’augmentation des salaires.

    Comme les communistes (lire ci-dessus), les Écologistes réclament une commission d’enquête parlementaire pour établir les responsabilités de ce « fiasco ». La présidente du groupe Écologiste et social au palais Bourbon regrette que le président, dans son allocution, n’ait répondu à « aucune des revendications ». L’échec du gouvernement est cuisant. La seule conclusion logique est que le président de la République doit accepter la démission du ministre de l’Intérieur, qui est aujourd’hui délégitimé dans ses fonctions », appuie Cyrielle Châtelain.

    Pour le Premier secrétaire du Parti socialiste, « le gouvernement joue le pourrissement. Il fait face à un mouvement social puissant qui est né sur des bases claires : des conditions d’apprentissages dignes pour les lycéens, la possibilité de vivre de son salaire pour les travailleurs qui n’en peuvent plus », note Olivier Faure.

  • Changer vraiment de politique

    Changer vraiment de politique

    Le gouvernement va-t-il changer de pied, ce mercredi, en recevant les organisations syndicales ? Va-t-il enfin répondre par des décisions concrètes à la colère sociale et stopper sa dérive ultra-sécuritaire et répressive ? Les syndicats n’ont pas l’intention de s’entendre faire la leçon. Tous ont condamné les pillages survenus en marge de manifestations historiques et tous demanderont fermement des comptes au chef du gouvernement, Sébastien Lecornu. Car comment comprendre que les cortèges pacifiques contre la vie chère et avec des revendications pour vivre bien aient été violemment réprimés, pendant que les forces de l’ordre, sous le commandement des préfectures, ont laissé piller et saccager les centres-villes et les commerces ?

    Colère sociale

    La colère sociale bouillonne depuis des années et le mouvement social, ses organisations, les salariés, retraités, lycéens et étudiants se fracassent contre le mur des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron, hermétiques aux aspirations légitimes du monde du travail.

    Au crépuscule de ses deux quinquennats, le chef de l’État, élu par deux fois grâce au barrage contre l’extrême droite RN,
    a concocté avec son Premier ministre un budget d’austérité qui va massacrer un peu plus les services publics en continuant de protéger les plus riches. Il ne s’agit pas d’arracher une révision cosmétique de ce musée des horreurs, mais de changer profondément de politique avec notamment des hausses de salaires pour les agents des services publics, des budgets renforcer pour la Sécurité sociale, l’Éducation, la recherche, les universités. Sinon la colère sociale ne s’arrêtera pas de grandir.

  • À Nîmes, le maire Vincent Bouget sépare la casse de la colère sociale : «On ne répare pas des injustices par d’autres injustices»

    À Nîmes, le maire Vincent Bouget sépare la casse de la colère sociale : «On ne répare pas des injustices par d’autres injustices»

    Lundi 19 octobre, midi pile. Sur le parvis de l’Hôtel de ville de Nîmes, le ciel se vide sur une forêt de parapluies. Le Gard est en vigilance orange inondations et c’est sous les trombes que le maire Vincent Bouget (PCF) prend le micro, entouré de ses élus et du sénateur Denis Bouad (PS). Une cinquantaine de Nîmois ont fait le déplacement : pas la foule des grands jours, mais une assistance attentive.

    Deux jours plus tôt, pourtant, tout avait commencé comme une fête. Samedi 17 octobre, à 14h, le cortège s’élançait des Jardins de la Fontaine : 5 000 personnes selon les organisateurs, 1 500 selon la préfecture. Lycéens au terme d’un mois de mobilisation, enseignants, gilets jaunes, salariés, retraités. Des chants, de la musique, et une colère commune : la vie chère, des salaires à l’arrêt, un avenir qui se ferme. « Je bosse depuis vingt ans, je me lève à 4 heures du matin et à la fin du mois, il me reste quoi ? Rien. On nous dit de travailler pour vivre, mais aujourd’hui, on travaille juste pour payer les factures », confie une salariée dans la grande distribution, venue assister au discours.

    Puis tout a basculé. Après la dispersion devant la préfecture, un groupe a poursuivi sur un itinéraire non déclaré. Les pancartes ont disparu, de jeunes hommes souvent cagoulés ont pris le relais. Le FootKorner de l’avenue Général-Perrier, le Carrefour Express de la place Montcalm, le Lidl des 7 Collines : vitrines brisées, pillages. Des poubelles ont brûlé, des projectiles ont visé les forces de l’ordre. Policiers et gendarmes ont répondu par des tirs de grenades lacrymogènes et de dispersion, notamment aux abords du Kilomètre-Delta. Bilan : deux policiers légèrement blessés, sept gardes à vue selon la préfecture. « Je suis venu pour manifester, pas pour casser. Mais ça me rend folle qu’on ne retienne que les violences. On était des milliers à marcher tranquillement pour vivre dignement, et tout ça passe au second plan. On leur mâche le travail pour ignorer nos revendications », livre une aide soignante qui manifestait ce samedi 17 octobre, exaspérée et en quête de réponses devant l’Hôtel de Ville, lundi.

    C’est à ce basculement que Vincent Bouget a répondu, une dizaine de minutes durant. D’abord par la condamnation, « sans ambiguïté » : « Quand une mairie est incendiée, c’est bien plus qu’un bâtiment qui est attaqué », a-t-il lancé, en pensant à Limoges. Aux commerçants : « Derrière chaque vitrine abîmée, il y a des femmes et des hommes, du travail, des investissements. On ne répare pas des injustices par d’autres injustices. » Puis il a refusé l’amalgame : « Ne confondons pas les casseurs avec celles et ceux qui manifestent pacifiquement. Ne confondons pas les dégradations avec les revendications. »

    « Une crise bien plus profonde »

    Le maire communiste a surtout plaidé pour que le fracas de samedi ne couvre pas le reste. « Mais écouter ne suffit plus : les revendications légitimes de celles et ceux qui souffrent doivent trouver des réponses concrètes », a-t-il martelé, réclamant « des décisions sur le pouvoir d’achat, les salaires, les services publics ». Et de résumer : « Si la violence ne peut jamais être une réponse à l’injustice, l’injustice, elle non plus, ne peut rester sans réponse politique. » Un ton qui détonne avec l’Élysée, où Emmanuel Macron a dénoncé dimanche 18 octobre au soir des « factieux issus de groupuscules d’ultragauche ».

    La question dépasse la vitrine brisée. La violence d’une nuit de révolte choque le monde parce qu’elle brise le décor, mais elle n’est que l’écho de la violence invisible qui s’exerçait chaque jour en silence : celle des fins de mois qui commencent le 15, du plein d’essence qu’on repousse d’un jour, des salariés debout à 4 heures du matin pour 1 300 € et sans un merci, des étudiants qui voient fondre leurs aides, des rendez-vous médicaux qu’on n’obtient plus, des lycéens à qui l’on demande d’attendre un avenir qui se dérobe, des services publics qui reculent chaque jour un peu plus. Pour le maire de Nîmes, le pays traverse « une crise profonde, à la fois sociale, politique et démocratique », qui appelle « une véritable refondation démocratique ». Sous les parapluies, il avait choisi sa formule : « Refuser les violences sans condamner le mouvement social. Défendre la République sans renoncer à la justice. »

    Ce rassemblement répondait à l’appel national de l’Association des maires de France (AMF), relayé dans le Gard par les associations d’élus. D’Alès en passant par Villeneuve-lès-Avignon, plusieurs communes ont répondu présentes. D’autres ont fixé leur rendez-vous plus tard dans la journée, comme Manduel, Rochefort-du-Gard, Gaujac ou Montfaucon. Même mobilisation dans l’Hérault, à Sète notamment, tandis que Béziers, Frontignan, Mèze et Montaud ont opté pour des horaires décalés. Lodève a déplacé son rendez-vous au mercredi 21 octobre. À Montpellier, aucun rassemblement municipal n’a été annoncé, la Ville privilégiant le soutien aux commerçants sinistrés. Les intempéries ont toutefois contrarié certains rendez-vous : à Sommières, le rassemblement a été annulé, tandis qu’Anduze a renoncé à l’organiser face au risque d’inondation. Une pluie qui finira par cesser. Pas forcément la colère.

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  • L’industrie vauclusienne au prisme des luttes sociales

    L’industrie vauclusienne au prisme des luttes sociales

    Ce samedi, le musée du cartonnage et de l’imprimerie de Valréas accueille le public pour une journée de rencontre et de réflexion autour de la désindustrialisation à partir de 10h30.

    « Le musée existe depuis 1991, il est le reflet d’une industrie locale importante au XIXe siècle dans la ville, où l’on fabriquait des boîtes en carton pour la sériciculture, c’est-à-dire l’élevage de vers à soie », explique Virginie Vincent-Jardin, chargée du développement touristique et de la communication du musée. « Pour la petite histoire, il y avait à Valréas une famille de sériciculteurs qui avait besoin de boîtes en carton pour importer les œufs des vers à soie depuis d’autres pays du monde, mais avec le transport, l’humidité puisque les transferts se faisaient beaucoup par bateau et le manque d’aération des boîtes, il y avait beaucoup de perte. Alors, la famille est allée à la rencontre d’un des commerçants de la ville qui inventait souvent des choses et il a mis au point une boîte en carton avec des trous d’aération pour préserver les marchandises et le marché a explosé un peu partout. »

    Avec le développement de nombreuses entreprises de fabrication de boîtes en carton, Valréas est devenue un vivier local et régional pour la production. Parmi ces entreprises, celle qui a perduré jusqu’en 1997 est l’entreprise Morel-Barneron.

    Un combat immortalisé

    « Elle était spécialisée dans la fabrication de boîtes pour l’industrie de la parfumerie de luxe, mais elle a été à la fin des années 90 menacée de fermeture et les employés ont décidé de ne pas se résigner. Ils se sont battus jour et nuit pour sauver leur entreprise et les nombreux emplois pendant plus d’une année », raconte-t-elle. « Seulement, en 1998, Morel-Barneron a mis la clé sous la porte, laissant derrière elle de nombreux chômeurs… » Un combat qu’a décidé de photographier Bernard Baudin et dont les clichés sont exposés au musée jusqu’au 31 octobre, avec l’exposition « Avant le silence-Morel-Barneron, 1997 ».

    Ce samedi, une visite guidée et commentée par le photographe sera proposée. Elle sera suivie l’après-midi d’une conférence animée par Romain Castellesi, spécialiste en histoire sociale et ouvrière sur l’histoire des cartonnages Morel-Barneron et la désindustrialisation en France.

    Journée gratuite mais réservation conseillée.

  • S’organiser : la clé du progrès social

    S’organiser : la clé du progrès social

    Le mouvement social est en ébullition et ce samedi 17 octobre marque sans nul doute une étape de l’expression, dans l’espace public, des colères multiples face aux injustices sociales et, en premier lieu, contre la vie chère faute de revenus dignes. Nous l’avons vu :
    les organisations lycéennes, étudiantes, les syndicats, dont la CGT en pointe, permettent aux revendications de s’exprimer et d’avoir du sens, un but, le premier étant qu’elles soient satisfaites rapidement. Déjà, face à la détermination des lycéens, le gouvernement a dû agir en débloquant, dans la précipitation, des postes de professeurs remplaçants. Très loin d’être la panacée, l’exemple montre néanmoins que la lutte, organisée et soutenue par des syndicats, paie.

    Viser haut

    L’urgence et la colère sociales sont telles qu’elles exigent un très haut niveau de mobilisation et d’unité syndicale. C’est pourquoi ce 17 octobre ne peut être une fin en soi et surtout pas un défouloir qui offrirait au pouvoir en place l’occasion de déchaîner sa répression policière sans répondre aux revendications.

    La grève ne se décrète pas. Elle se construit sur les lieux de travail.

    Dans les pays et dans les entreprises où les syndicats sont organisés, où les contre-pouvoirs existent et sont forts, le progrès social a été au rendez-vous. Et cela grâce aux organisations syndicales et politiques progressistes sans qui il n’y a pas de démocratie ; sans qui il n’y a pas de République ; sans qui il ne peut advenir de République sociale, gage de bons salaires, de droits sociaux et politiques. Cette exigence sera centrale, le 5 novembre, journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles à l’appel de tous les syndicats.

  • Contre l’injustice sociale, des manifs en nombre

    Contre l’injustice sociale, des manifs en nombre

    La convergence des colères va se cristalliser ce samedi 17 octobre. Montpellier, Béziers, Nîmes, Alès : les principales villes de l‘Hérault et du Gard sont concernées par les manifestations où vont se mêler syndicats, organisations lycéennes et étudiantes et citoyens dont des anciens et nouveaux Gilets jaunes. Une convergence des luttes dont le carburant est certes le pouvoir d’achat en berne mais aussi les attaques contre les services publics et l’injustice sociale, notamment fiscale après dix ans de macronisme.

    Jeudi, plus de 1 000 actions étaient déjà recensées dans toute la France sur une carte collaborative pour la journée de samedi. Manifestations dans les centres-villes mais aussi rassemblements ou actions sur des ronds-points, sur des ponts, dans des stations-service, à des péages, dans des gares, des ports, des raffineries, des dépôts pétroliers : la carte collaborative publiée sur le site 17octobregiletjaune.net affichait jeudi matin 1 025 actions, dont une petite moitié de manifestations.

    Reposant sur les déclarations de personnes souhaitant participer, le nombre d’actions recensées sur ce site a explosé ces derniers jours, passant de 279 lundi à la mi-journée à 768 mercredi midi et 1 025 jeudi matin. Mardi, les organisations de jeunes présentes à la manifestation parisienne des lycéens (Union syndicale lycéenne, Union étudiante, Unef, Fage) ont appelé à rejoindre la mobilisation de samedi. L’appel « jaunes et jeunes » diffusé sur le même site internet reprend revendications, « classes à 35, profs absents, Parcoursup », et appelle également les retraités, agriculteurs, habitants des quartiers ou encore défenseurs du climat à faire « converger » les mobilisations le 17 octobre.

    Les organisateurs de la marche pour le climat du 26 septembre ainsi que, côté agriculteurs, la Confédération paysanne, ont notamment appelé à rejoindre la mobilisation.

    Grève interpro

    le 5 novembre

    La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, présente à la manifestation parisienne mardi, avait déclaré que « tant qu’il n’y a pas de réponse aux revendications, la mobilisation va continuer », avec en ligne de mire les multiples rassemblements prévus samedi sur le pouvoir d’achat. « Nous vous appelons massivement à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes samedi pour enfin faire vivre cette convergence des luttes », avait pour sa part lancé le président de l’Union syndicale lycéenne (USL), Ryad Rani.

    Mercredi soir en meeting à Toulon, la secrétaire générale de la CGT voit dans le mouvement des jeunes « la cerise sur le gâteau » Après les multiples mobilisations de la rentrée (contre les violences sexuelles, grèves des pompiers, du secteur de l’énergie, de la fonction publique…). Et son succès un enjeu politique qui « lancera une dynamique et mettra l’extrême droite en difficulté pour l’échéance électorale à venir. Ils portent des revendications précises, mais aussi un message plus large : quel avenir nous préparez-vous ? » Cet avenir, les retraités, mobilisés aussi mercredi pour leur dignité, ont un rôle à y jouer : « Le gouvernement oppose les générations en faisant croire que, pour améliorer la situation des jeunes, il faut prendre aux retraités, alors qu’ils prennent aux deux pour donner au capital. Il faut montrer que retraités, jeunes et actifs sont main dans la main ! »

    C’est à ce titre que Sophie Binet appelle travailleurs du privé, fonctionnaires, retraités et jeunes à se rassembler aussi le jeudi 5 novembre, après des vacances qui vont logiquement « ralentir les mobilisations étudiantes ». Comme l’explique également le secrétaire général de la CGT de l’Hérault, Serge Ragazzacci , « l a meilleure manière de préparer un avenir à notre jeunesse c’est de se mobiliser pour nos salaires, nos conditions de travail, l’accès à l’emploi etc… C’est pour cela qu’il y a la date du 5 novembre, qui est la suite de ce qu’on a construit le 29 septembre sur la fonction publique ». Il s’agit aussi de peser, sur un débat budgétaire qui fait craindre des coupes drastiques dans les dépenses publiques.

    « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », dit Sophie Binet, rappelant que le RN, veut, quant à lui, « procéder à 150 milliards d’euros de coupe ». Une idée loin de déplaire au Medef, selon elle. « Ils font beaucoup de politique. Patrick Martin [président du Medef, Ndlr.] a dit qu’il serait le premier à fuir si LFI arrivait au pouvoir. On ne le retient pas ! »

    LES RENDEZ-VOUS

    Montpellier

    Manifestation prévue samedi 17 octobre à partir de 14h sur la Place de la Comédie.

    Béziers

    Dans le biterrois, le rendez-vous est fixé samedi par l’intersyndicale CGT, FSU, Solidaire devant la Bourse du travail à 10h30.

    Nîmes

    Le départ de la manifestation aura lieu devant la gare de Nîmes centre à 14h, samedi.

    Alès

    Le mouvement donne rendre-vous dès 8h samedi au rond point de l’Hyper U.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    La Marseillaise : Comment sentez-vous le contexte social alors que les prix des carburants continuent d’atteindre des sommets ?

    Serge Ragazzacci : On a l’impression d’être dans une cocotte-minute. La mobilisation lycéenne est d’autant plus forte que la réponse du gouvernement, dès les premiers jours, a été d’une extrême violence. Forcément, ça a levé un mouvement de protestation qui est légitime. Il y a eu beaucoup d’émotions vis-à-vis des images qui ont pu circuler. Mais au-delà de cet épisode, ça fait un moment qu’on est dans une cocotte-minute et on ne sait jamais à quel moment elle va finir par péter, parce qu’on a une crise sociale extrêmement importante avec une question en particulier du pouvoir d’achat. Notre société est en souffrance, elle vit mal. Et on a un gouvernement qui a maltraité l’ensemble des institutions, des syndicats et qui fait preuve d’autoritarisme. Cela crée les conditions de mouvements sociaux qui ont parfois du mal à émerger car les sujets de mécontentement sont extrêmement nombreux, et il y a parfois du mal à trouver les lignes de convergence. Mais aujourd’hui, le gouvernement est sous pression, puisque les sujets que les jeunes portent sont aussi les sujets que nous avons portés le 29 septembre, en particulier sur l’avenir des services publics. Ce n’est pas un hasard que le mécontentement se fasse sentir en ce moment car nous sommes en plein débat sur le budget de l’État. Qui prévoit, pour l’instant, d’accroître les difficultés du service public.

    Cette situation est-elle inédite en France ?

    S.R. : C’est un peu inédit dans le sens où il y a un ras-le-bol général face à une situation qui est devenue catastrophique pour une bonne partie des Français. Les moments de ras-le-bol général ont toujours rencontré des mouvements sociaux. Ce qui est surtout inédit, c’est la brutalité avec laquelle le gouvernement a répondu aux premiers blocages des lycéens. Tout le monde a été surpris par la démesure de la répression policière. Nous sommes dans un temps d’extrême pression, sur fond de crise sociale, avec un gouvernement qui ne veut rien entendre aux douleurs que peuvent ressentir les travailleurs et les retraités et qui continue à vouloir leur faire les poches. Tout cela sur fond de crise démocratique, avec la perspective des élections présidentielles et une extrême droite qui n’a jamais été aussi haute.

    À la CGT, appelez-vous à élargir le mouvement lycéen ?

    S.R. : Le mouvement lycéen a sa propre vie, son autonomie, et nous, on respecte ses choix. On voit bien comment le pouvoir a essayé de faire croire que ce mouvement était récupéré par les uns ou par les autres. Si c’était si simple, on y aurait pensé avant. Mais ça a permis de noyer le débat pendant des jours et de ne pas s’interroger sur les raisons de cette colère dans la jeunesse. C’est important que le mouvement reste dans les mains des organisations lycéennes, même si elles sont faiblement représentées. Nous, on essaie de répondre à leurs sollicitations.

    Beaucoup de gens sont descendus dans la rue pour être auprès de la jeunesse et c’est une bonne chose. Mais la meilleure manière de préparer un avenir à notre jeunesse c’est de se mobiliser pour nos salaires, nos conditions de travail, l’accès à l’emploi etc… C’est pour cela qu’il y a la date du 5 novembre, qui est la suite de ce qu’on a construit le 29 septembre sur la fonction publique. Cette fois-ci, c’est une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles, en particulier sur les questions de salaire et de pouvoir d’achat, sur les questions de services publics, d’emploi et aussi sur l’industrie, puisqu’il y a beaucoup de licenciements en cours. C’est une date de convergence qu’on a besoin de réussir pour venir en appui à la jeunesse.

    Appelez-vous aussi à la mobilisation avec les Gilets jaunes le 17 octobre ?

    S.R. : On a un peu de mal à voir quelles sont les revendications pour cette journée. La position nationale est la suivante : s’il y a des choses qui peuvent correspondre à notre cahier revendicatif, on pourra y participer. Mais pour nous, le syndicalisme se passe dans les entreprises où nous avons beaucoup de sujets avec notamment les questions de salaire et de pouvoir d’achat. Il n’y a pas un jour sans que les gens se plaignent du prix de l’essence, de l’électricité ou du prix du chariot quand on va faire ses courses. Notre responsabilité aujourd’hui, c’est donc de faire entendre ce mécontentement, de le transformer en revendication et d’aller pousser le gouvernement, mais aussi le patronat, dans leurs retranchements. Aujourd’hui, la colère, comme souvent, est dirigée contre le gouvernement, mais elle oublie le patronat alors que les entreprises du CAC 40 ont dégagé au premier semestre plus de 60 milliards de dividendes, ce qui est un record. La France est championne du monde du reversement de dividendes. Ce n’est donc pas vrai que notre pays est en ruines.

    Quelles sont les mesures d’urgence que vous réclamez pour répondre à la crise ?

    S.R. : D’abord le blocage immédiat des prix des carburants. Mais il n’y a pas que le carburant, nous demandons aussi le passage de la TVA à 5,5% sur l’électricité et le gaz. Du côté des mesures sociales, nous demandons, face à une inflation estimée entre 3 et 4%, d’augmenter le Smic à 2 200 euros bruts. On demande aussi le dégel du point d’indice. Le problème de la France, c’est que la consommation est en berne parce que les gens n’ont plus les moyens. On demande aussi un contrôle sur les 211 milliards d’aides publiques et d’exonérations sociales pour les entreprises. Malgré un rapport sénatorial, rien n’a été fait sur ce sujet. Aujourd’hui, on a donc toutes les raisons de se mobiliser et on va tout faire dans les jours et les semaines qui viennent pour inscrire la plus grande mobilisation possible.

  • Colères en chaîne

    Colères en chaîne

    Les lycéens, les retraités, les étudiants désormais, sont mobilisés, chacun avec leurs revendications, mais une même colère vis-à-vis d’un gouvernement qui ne les entend pas et qui, bien que minoritaire à l’Assemblée nationale, s’entête dans une politique d’austérité et d’injustice fiscale.

    Alors que notre région comme le reste du pays sont traversés par un mouvement social puissant, le gouvernement Lecornu avait désigné dans son projet de budget ceux qui sont pour lui des privilégiés : les retraités ! Objectif : récupérer dans leurs poches 1,4 milliard d’euros en remettant en cause l’abattement fiscal dont ils bénéficient.

    Devant cette mesure, vécue comme une provocation par les premiers intéressés et dans un contexte social bouillonnant, les députés ont finalement rejeté cette disposition.

    Budget libéral et d’austérité

    C’est une bonne nouvelle, mais elle ne suffira pas à apaiser le pays.

    Ce samedi, des manifestations pour protester contre le prix des carburants et la vie chère en général s’ajouteront aux mouvements déjà existants.

    Tout cela appelle un changement de politique profond. Aucune aspiration qui s’exprime dans la jeunesse comme dans le monde du travail ne trouvera de réponse dans un budget libéral qui malmène les services publics et le pouvoir d’achat.

    En se déclarant incapable de changer de cap, le gouvernement prend le risque que cette chaîne de colères devienne une chaîne de solidarité, un front commun contre lui.

  • Chute d’un morceau de plafond dans une école à Gap

    Chute d’un morceau de plafond dans une école à Gap

    La vétusté des bâtiments scolaires est au cœur des dénonciations du mouvement étudiant et lycéen. Les locaux des écoles maternelles et primaires ne sont pas épargnés. Mardi, des éléments du plafond se sont détachés dans une salle de garderie de l’école Porte-Colombe à Gap, en présence d’enfant. « Cette défaillance a amené le maire Roger Didier [DVD] à demander l’évacuation de la partie la plus ancienne de l’école à titre de précaution », a indiqué la municipalité dans un communiqué. Cette partie concerne huit salles de classe, le dortoir, la salle multi-activité, le réfectoire et le bureau de la directrice.

    Le maire a signé un arrêté de péril qui permet de déclencher la désignation d’un expert judiciaire dans un délai de 24 à 48 heures. « Il s’agit d’une école et il est hors de question de prendre le moindre risque », a réagi Roger Didier, qui salue la réaction des enfants, des parents et de la communauté éducative. La restauration scolaire et certaines classes ont été déplacées vers un centre de loisirs et vers une autre école.

    « La chute d’un plafond à l’école Porte-Colombe de Gap, qui a nécessité l’évacuation de l’établissement, est un événement inquiétant, a jugé le conseiller municipal d’opposition Elie Cordier. Cet incident doit nous rappeler une priorité : accélérer la rénovation et l’entretien de nos bâtiments scolaires. Des travaux ont déjà été engagés dans plusieurs écoles gapençaises, et il faut amplifier drastiquement cet effort, partout où cela est nécessaire. Nos enfants et les personnels éducatifs doivent pouvoir apprendre et travailler dans des écoles sûres, accueillantes et bien entretenues. »

    Agathe De Lenardo

  • En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    Avant qu’un quelconque blocus ne soit décidé, qu’une mobilisation ne soit organisée ou qu’une communication ne soit publiée, un vote doit avoir lieu. Ce fonctionnement démocratique est désormais bien installé chez les lycéens et les étudiants qui, en coulisses des cortèges, se réunissent en assemblées générales. Celles-ci peuvent être interlycéennes, réservées aux étudiants d’un même campus ou encore ouvertes au plus grand nombre.

    « Élever » les voix

    À l’image de l’assemblée générale tenue, mardi après-midi, sur les marches d’un parc de la ville. La plupart des lycées et des sites universitaires étant fermés, une mesure largement contestée par les étudiants mobilisés, les participants se replient sur des lieux publics pour se rencontrer. Parmi la soixantaine de personnes présentes figuraient des lycéens, des étudiants, mais aussi plusieurs enseignants et représentants de syndicats de l’éducation.

    Un peu plus tôt dans la matinée, alors qu’un cortège de 1 200 personnes, selon la police, battait le pavé aixois pour soutenir les revendications lycéennes, un tract circulait dans la foule. Le dépliant indiquait : « AG interprofessionnelle, ouvertes à tous. Élèves, étudiants, enseignants, parents, gestionnaires, éboueurs, maçons… tous sont conviés pour faire des blocus lycéens un mouvement encore plus grand ! ». Suivaient un rappel des revendications et une conclusion : « Cette assemblée générale est aussi organisée pour nous permettre à tous d’élever nos voix ».

    « Il y a des assemblées une à plusieurs fois par jour. Ça nous permet de maintenir une feuille de route, de structurer notre mouvement pour qu’il dure dans le temps », confie une étudiante. Pendant une heure et demie, des temps de parole sont accordés à chacun : propositions d’actions, évaluation du taux de mobilisation dans les lycées, encouragements mutuels, solutions pour communiquer d’un établissement à l’autre, élection de porte-parole, conditions d’enseignement… Pêle-mêle, revendications, ressentis et retours d’expérience s’enchaînent, tandis que les représentants syndicaux prennent des notes.

    « Un des problèmes centraux que nous avons, aujourd’hui, est la structuration et la centralisation des informations », estime, par exemple, l’un des étudiants prenant la parole. À l’issue des débats, les votes sont lancés. La suite des actions se déroulera en fonction.