Tag: mouvement social

  • [Entretien] Sofia Calabria, CGT : « L’attitude de la direction d’Haribo est scandaleuse »

    [Entretien] Sofia Calabria, CGT : « L’attitude de la direction d’Haribo est scandaleuse »

    La Marseillaise : Où en êtes-vous dans le mouvement ?

    Sofia Calabria : FO a suspendu le mouvement. Nous, la CGT, nous continuons la grève pour l’heure et nous attaquons notre huitième semaine ce jeudi. Nous attendons la fin de semaine pour sonder les salariés et les grévistes afin de savoir si on continue le mouvement la semaine prochaine. Nous verrons la tendance, et l’on suivra l’avis de la majorité évidemment. L’objectif est de poursuivre la pression sur la direction mais de ne pas envoyer les gens dans le mur non plus. Le problème c’est que l’on ne sait même plus si la réunion de négociations, prévue le 28 septembre prochain, est maintenue.

    Pourquoi ce flou sur
    les négociations ?

    S.C : En fin de semaine dernière, la direction a formulé une nouvelle proposition par mail : une augmentation de 1,8%. Communément, l’intersyndicale a formulé, ce lundi, une contre-proposition : 2,5% pour les plus bas salaires, c’est-à-dire entre 2 000 et 2 500 euros et cela correspond à la majorité des ouvriers du site, avec une dégressivité selon les tranches de salaire. Pour la tranche de salaire des ouvriers, cela correspondrait à une cinquantaine d’euros. Ce ne sont pas les 100 euros que nous souhaitions au départ mais nous nous sommes dit que nous coupions la poire en deux. Malheureusement, la direction a coupé court à toute négociation avec nous au motif que nous avions continué la grève lundi et mardi… Et ce, sans plus d’explications, ni de date ultérieure ou encore de confirmation que la date du 28 septembre était toujours d’actualité. On pensait que leur proposition était une avancée, mais c’était de la poudre de perlimpinpin.

    Quel est l’état moral des grévistes ?

    S.C : La réponse de la direction a mis un coup de massue à beaucoup de monde. Nous ne comprenons pas qu’elle soit autant fermée. Nous n’avons pas fait de grève par plaisir, nous l’avons fait car c’était légitime. Nous n’avons pas demandé des primes importantes, nous demandions le strict minimum ! Regardez : nous avons proposé la moitié de ce que nous demandions au départ, c’était une manière de prouver que nous sommes raisonnables… Malgré ça, ils restent fermés. Cette attitude est scandaleuse, il n’y a pas de dialogue social ! Quoi qu’il arrive, ce ne sont pas des semaines de grève perdues. On a lutté, on a gagné en solidarité, en honneur, on a gagné collectivement et ce, quel que soit le syndicat ou le service. Huit semaines de grève, on a la tête haute !

  • Une cagnotte pour les grévistes d’Haribo

    Une cagnotte pour les grévistes d’Haribo

    Dans le combat de longue haleine des salariés d’Haribo, toujours en grève depuis plus de 6 semaines pour une revalorisation salariale, il y a des soutiens qui comptent. Et si les grévistes se réunissent ce jeudi pour une mobilisation devant le site marseillais à l’appel de l’intersyndicale CGT-FO, du PCF 13 et de l’UD CGT 13, la solidarité envers leur mouvement social vient aussi d’internet et des réseaux sociaux. Car l’influente page Memes marseillais, suivie par plus de 120 000 personnes sur Instagram, et plutôt habituée à du contenu humoristique sur Marseille, a lancé, ce mardi soir, une cagnotte en ligne. Laquelle fait office de caisse de grève puisque reliée à la CGT Haribo, qui bénéficiera des fonds.

    « Même si on ne se considère pas vraiment comme des influenceurs, c’est notre rôle de nous positionner sur les sujets qui touchent notre ville. On avait déjà lancé une cagnotte pour les sinistrés de l’incendie de l’Estaque, l’année dernière », explique Noémie, alias Nono sur les réseaux sociaux, membre de la petite équipe derrière Memes marseillais.

    Une manière de participer à la lutte des salariés et de poursuivre la mise sous pression de la direction qui repousse les négociations au 28 septembre prochain (lire notre article du 5 août). « On veut faire passer le message que, tant qu’il n’y a pas de négociations, on ne parlera pas d’Haribo en bien », martèle Nono. L’initiative ne vient pas de nulle part puisqu’en lien avec le difficile dialogue social sur le site : « Le fait que la direction les laisse faire 6 semaines de grève, qu’elle soit aussi dure dans les négociations, alors qu’on parle d’une entreprise qui réalise des dizaines de millions de bénéfices, c’est scandaleux », dénonce Nono. Avant de rappeler le fond du sujet : « Ils demandent une augmentation de salaire en lien avec l’inflation ! Ils ne se mettent pas en grève pour le plaisir ! ».

    « Mettre de la visibilité sur le combat des salariés »

    Le lancement de cette cagnotte par une page de contenu humoristique peut surprendre certains mais il s’inscrit bien dans « les valeurs » défendues par cette dernière. « Haribo est une entreprise phare à Marseille, tout le monde la connaît mais elle doit avoir un devoir d’exemplarité. C’est en lien avec nos valeurs de mettre de la visibilité sur ce combat des salariés », développe Nono. Laquelle n’est d’ailleurs pas étrangère aux mouvements sociaux locaux : « Quand j’étais petite, j’avais suivi la grève de l’usine de thé à Gémenos [aujourd’hui devenue 1336 suite à reprise par les salariés en coopérative ndlr] depuis je n’achète que ce thé ». Le choix d’une cagnotte en ligne n’est pas anodin, tout comme celui de la plateforme qui l’accueille : « La cagnotte a un aspect communautaire : ça motive de voir que d’autres gens donnent, qu’il y a un objectif et Tribee est une plateforme éthique qui ne prend pas de commission ». En bref, de quoi redonner de la force aux salariés d’Haribo.

    *Retrouvez la cagnotte sur tribee.fr

  • Un dialogue social chez Haribo toujours aux fraises

    Un dialogue social chez Haribo toujours aux fraises

    « On est dans la sixième semaine de grève, la tension monte. Il faut que la direction réagisse. » Ce mardi, devant les grilles de l’usine marseillaise d’Haribo, Thierry Cambola, délégué syndical FO du site, ne cache pas son agacement.

    Le bras de fer se poursuit avec leur direction depuis plusieurs semaines pour une revalorisation salariale, le seul horizon qu’offrent les négociations est une rencontre au 28 septembre prochain (lire notre article du 31/07). « Le 28 septembre prochain c’est trop loin, c’est inacceptable. Ces négociations auraient pu, et dû, être finies en mars ! », commente, les dents serrées, le syndicaliste. Pas de quoi entamer la détermination des petites mains du géant de la sucrerie… Ni d’obtenir une trêve des confiseurs ou une suspension du mouvement. Devant le piquet de grève, Thierry Cambola assure que la colère des salariés est toujours vive : « On est plus d’une quinzaine de grévistes, ça tourne, et avec les personnes en congé, c’est pénalisant pour la production. L’usine tourne très peu, lundi par exemple ça n’a pas tourné. »

    Une grève

    qui coûte bonbon

    Olivier, également salarié de l’usine et syndiqué FO, confirme que la volonté est bien d’attaquer l’entreprise au portefeuille pour qu’elle revienne à la table des négociations le plus rapidement possible : « C’est de la perte pour eux, il n’y a presque pas de production, les machines démarrent tard, les camions partent à moitié vides. »

    Et l’intersyndicale CGT-FO compte augmenter encore la pression avec l’appel à une mobilisation, ce jeudi, en plus du piquet de grève quotidien. Les grévistes espèrent recevoir un soutien à la hauteur de leur mouvement social. Une délégation de leurs homologues du site d’Uzès, dans le Gard, est également prévue. La CGT de l’usine gardoise appelle d’ailleurs à une grève ce jour. « Il y a une solidarité, on se bat pour Haribo France, pas que pour Marseille mais bien pour tout le monde ! », martèle Olivier. Contactée, la direction d’Haribo explique rester « pleinement engagée en faveur d’un dialogue social constructif et d’une communication directe avec nos salariés ». Mais concrètement, elle renvoie seulement vers la fameuse réunion du 28 septembre.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    L’union jusqu’alors inédite de la SFIO, du PCF en 1934, rejoints par le Parti radical en 1935 va permettre grâce à la discipline républicaine du retrait pour le candidat le mieux placé au premier tour de donner une majorité conséquente au Front populaire.

    Pain, Paix, Liberté. » Ces trois mots résument le programme des trois partis qui ont signé l’accord de désistement réciproque qui donnera la victoire au Front Populaire lors des législatives du printemps 1936. La SFIO, le Parti radical et le PCF vont ainsi constituer une coalition de gauche qui va marquer durablement l’histoire du pays. Chacun des trois partis va présenter ses propres candidats dans les circonscriptions, mais tous s’engagent à se retirer au second tour en faveur du candidat le mieux placé.

    El là encore, les régions du sud de la France vont donner le la et serviront de modèle au reste du pays. Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône c’est en juin 1934 qu’est signé le pacte départemental d’unité d’action entre la SFIO et le PCF, une signature qui intervient un mois avant la signature d’un même accord à l’échelon national le 27 juillet 1934, pacte qui sera ensuite rejoint par les radicaux en juin 1935.

    « La mutation opérée par le PCF n’aurait toutefois pas eu l’effet escompté si, au même moment, au sein de la SFIO, une minorité très active n’avait pas poussé à des actions communes avec la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, autre nom du PCF). La conjonction de ces efforts aboutit en juin 1934, un mois avant la ratification d’un accord similaire au niveau national, à la signature d’un pacte départemental d’unité d’action entre la SFIC, représentée par le tandem François Billoux-Jean Cristofol, et la SFIO emmenée par son secrétaire Rémi Roux et par Jean Calvelli », note l’historien Jean Domenichino, auteur de Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front populaire (Editions Les Fédérés), qui ajoute que « ce rapprochement ne tarde pas à porter ses fruits ». « Cette unité retrouvée permet un succès des partis de gauches aux élections municipales de 1935, en particulier à Marseille avec l’élection du socialiste Henri Tasso qui bat la liste Pierre-Ribot-Sabiani. En fait, les élections de 1935 préfigurent le succès électoral des partis du Front populaire de mai-juin 1936. »

    À Marseille, lors du VIIIe congrès national des Jeunesses communistes au cinéma de l’Alcazar du 19 au 22 mars 1936 en présence de Jacques Duclos, Raymond Guyot secrétaire de l’Internationale communiste des jeunes et de Victor Michaut secrétaire des Jeunesses communistes, le mouvement décide de tout mettre en œuvre pour l’unité de la jeunesse ouvrière en une seule fédération et de rassembler toutes les forces de la jeunesse antifasciste.

    À Marseille toujours, François Billoux comprend que la progression de l’influence communiste passe par un combat acharné contre Sabiani et son équipe. Aussi, tout en développant la politique générale du parti, il lance celui-ci dans une vaste campagne dénonçant la corruption et le gangstérisme qui rongent la cité phocéenne.

    Cette campagne ardente pour un « Marseille Propre » est au centre de toute l’action communiste lors des élections législatives. Le 20 avril à la place Marceau, François Billoux décide d’affronter Sabiani dans son propre fief. La reculade de ce dernier lors de la réunion contradictoire montre que le rapport de force s’est modifié. Billoux est élu député de la 3e circonscription, au second tour avec 7 285 suffrages contre 6 323 voix à Sabiani, en ayant bénéficié du désistement du candidat SFIO, Ferri-Pisani.

  • À Marignane, Sabena technics jette l’éponge et ses soixante-dix salariés

    À Marignane, Sabena technics jette l’éponge et ses soixante-dix salariés

    Bonjour, on a appris la fermeture du site et on vient vous proposer notre aide et notre solidarité », lance François Le Verne au premier automobiliste se présentant au portail de Sabena Technics, à Marignane. Ce lundi, dès 5h30, ce militant retraité de l’Union locale CGT de Vitrolles-Marignane, accompagné d’autres syndicalistes, s’est présenté devant les emblématiques hangars Boussiron, investis par l’entreprise de maintenance aéronautique spécialisée dans les hélicoptères.

    Certains travailleurs s’arrêtent et échangent quelques mots. D’autres passent, la mine grise. Pour l’un d’entre eux, « c’est fini ! Je prends ma retraite », lance-t-il. Car l’entreprise ferme, aussi étonnant que cela puisse paraître dans le secteur aéronautique. 70 emplois directs sont menacés. Le climat est évidemment morose. « C’est incompréhensible. Il n’y a que colère et dégoût », livre ce mécanicien, présent depuis trois ans dans l’entreprise. « Il n’y a quasiment que des jeunes dans l’équipe, et si tu dis quelque chose, tu te fais dégager », dépeint-il, estimant que « l’aéronautique est un petit monde, faut pas faire de bruit si on veut travailler à côté ». Un autre salarié dit attendre juillet « pour se décider, si on bouge », en fonction des annonces de la direction.

    « La Ville doit agir »

    Le milieu de l’été est donc la période durant laquelle les travailleurs rencontrés estiment que sera mis en place le plan de sauvegarde de l’emploi. Dans ce contexte, l’Union locale CGT de Vitrolles-Marignane joue son rôle. « On a une permanence juridique à Vitrolles avec un expert des lois qui siège aux prud’hommes », explique François Le Verne aux salariés. « Si on te propose un PSE avec juste les indemnités légales, c’est pas la peine. Se mobiliser d’une manière ou d’une autre peut permettre d’aller chercher un peu plus », lance directement le syndicaliste à l’un d’entre eux. La démarche est assumée : « Nous, on amène la solidarité et on accompagne l’éventuel mouvement social. Mais ce sont les salariés qui décident », assure le syndicaliste.

    Dans le même temps, la conseillère municipale d’opposition (PCF), Ariane Lombardi, présente avec son colistier Youssef El Ouanaghly (PS), s’interroge : « On parle de 70 emplois directs, mais combien d’indirects ? ». « Nous sommes aux côtés de la CGT, en soutien des salariés, dans cette période difficile. Ils n’ont pas à subir des décisions prises sans eux », affirme l’élue. « Nous demandons à la mairie de prendre conscience de la situation et d’aller demander le reclassement digne des salariés auprès de la direction. La majorité ne peut pas se dispenser de cette initiative quand la casse sociale a lieu sur son territoire », estime Ariane Lombardi.

    Sollicitée, la direction de Sabena Technics n’a pas donné suite à nos demandes.

  • [Entretien] « Une volonté d’affaiblir la CGT et ses bastions »

    [Entretien] « Une volonté d’affaiblir la CGT et ses bastions »

    La Marseillaise : Pourquoi organisez-vous cette journée d’action à un niveau départemental et interprofessionnel ?

    Marc Pietrosino : On est un département en situation d’urgence sociale, avec beaucoup d’emplois qui sont menacés dans tous les pans de l’économie, et que ce soit dans le privé ou dans le public. Il y a beaucoup d’incertitudes : quand on regarde sur la Région Sud, notre département est un peu une exception par rapport aux autres, où il n’y a plus, ou très peu, d’industrie. Actuellement, on voit des tentatives de réorganisation économique sur le territoire : les investissements sur les industries ne sont pas à la hauteur. Avec tout ce que cela implique pour les services publics, les commerces… Et dans le même temps, on constate qu’il y a une répression accrue sur les délégués CGT dans les entreprises, qui ne font que défendre les droits des salariés. L’idée est de monter le ton avec cette journée : on réaffirme qu’on ne laissera pas ce département devenir une zone uniquement avec des emplois précaires. Et qu’on ne laissera pas nos camarades être réprimés et criminalisés.

    Quel lien entre cette répression syndicale et cette urgence sociale ?

    M.P. : C’est plus facile de faire un PSE quand il n’y a plus la CGT dans l’entreprise. C’est plus facile d’enlever des droits aux salariés quand les délégués CGT sont muselés. Et puis, ce sont des signaux politiques envoyés aux salariés. C’est une manière de leur dire « même eux, on n’a pas peur de les convoquer, de les faire condamner ». C’est une façon de régner par la peur face aux travailleurs.

    Le Grand port maritime de Marseille est une place centrale de l’économie régionale, ce n’est pas un hasard si la CGT GPMM est visée ?

    M.P. : Oui, c’est clair. Si les syndicats qui sont une force de frappe pour la CGT, qui sont des bastions, sont menacés aujourd’hui ce n’est pas un hasard. C’est une volonté d’affaiblir plus généralement la CGT, le mouvement social et la défense des salariés plus généralement. Il faut rappeler que le syndicat CGT GPMM s’est beaucoup mobilisé, notamment sur des dossiers comme celui de la centrale de Gardanne. Si la CGT GPMM et les dockers n’avaient pas été là, malgré toute la bonne volonté, on n’en serait pas là aujourd’hui. Et il y a des attaques actuellement sur les ports français, sur le port de Marseille-Fos. Donc forcément, ils essaient d’affaiblir le syndicat du GPMM. On a eu le même cas avec la CGT Énergie qui était à la pointe dans la lutte contre la réforme des retraites et qui a subi une forte répression syndicale. La CGT a une capacité de mobilisation forte, elle est logiquement dans l’œil du viseur du patronat. Regardons la mise en examen de Sophie Binet… On n’aurait jamais pensé qu’on en arriverait là.

    Quelle forme va prendre cette journée concrètement ?

    M.P. : Dans la matinée, plusieurs organisations ont des actions prévues. Il y a de la grève, chez les territoriaux d’Istres par exemple, mais aussi des distributions de tracts comme dans la zone industrielle des Paluds, ou encore des actions chez les énergéticiens. Mais tout le monde se donne rendez-vous au meeting sur le port, en présence de la confédération.

  • à Toulon, ensemble pour refuser l’école de la précarité

    à Toulon, ensemble pour refuser l’école de la précarité

    « On est mobilisés pour les AESH qui sont indispensables, sans qui il n’y a pas d’école inclusive, et pourtant maltraités par le système », commence Cécile, professeure d’histoire-géo au collège Henri-Bosco. « Et elles sont presque toutes en dessous du Smic parce que c’est un temps partiel subi, imposé », ajoute la militante de la CGT. Elle déplore une fois encore une gestion de la pénurie, alors que la priorité voudrait de répondre aux besoins des élèves en situation de handicap, ainsi qu’une juste reconnaissance des missions de service public qui le permettent.

    Avec pour résultat des gamins insuffisamment accompagnés et « des collègues qui sont en souffrance absolue ».

    À ses côtés Bruno Combette (Snes-FSU), explique que dans le département du Var, il y a à peu près 2 000 AESH pour à peu près 4 500 élèves qui ont eu une notification handicap nécessitant un accompagnement individualisé. Un ratio qui démontre le manque de personnel.

    Et de poursuivre : « Nous demandons la création d’un corps de fonctionnaires AESH basé sur une catégorie B de la fonction publique, permettant de reconnaître leur importance et leurs compétences dans l’accompagnement éducatif des élèves. », L’enseignant et responsable syndical témoignant que lorsque les élèves bénéficient de nombreuses heures ils progressent très fortement.

    Mission de service public

    Pour Capucine, AESH depuis 3 ans, « il y a des choses qui semblent évoluer mais au final c’est tout le temps de la poudre aux yeux ». Et de poursuivre : « On était heureux d’entendre qu’il y allait avoir un groupe de travail autour de la titularisation de notre métier. Et on se rend compte que c’est tout l’inverse de ce qu’on attendait. »

    L’espoir d’avoir une vraie considération et un vrai statut, rincé aussitôt. « L’objectif, c’est vraiment de faire disparaître peu à peu notre métier, de remplacer l’aide humaine par des outils informatiques, du matériel », conclut-elle.

    « Ce qu’on réclame, c’est une fonctionnarisation, que ce métier soit totalement reconnu, à sa juste valeur, c’est-à-dire avec une grille salariale revue à la hausse », déclare Zoé Desmoulins (Sud-Éducation), qui dénonce « des conditions de travail toujours plus compliquées, toujours plus dégradées ».

    « Ce qu’on redemande c’est une revalorisation de notre situation, de notre salaire, et une vraie reconnaissance, à l am mesure de la place qu’on a dans l’école et qui ne fait que s’accroître », résume Mounia (AESH).

  • [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    La Marseillaise : L’intersyndicale évoque une « urgence sanitaire et sociale », pourquoi mettre l’accent ?

    François Tejedor : On sonne une alarme sociale : il y a eu 13 suicides au sein de la SNCF, et des accidents de travail. En 6 mois, on a atteint le même taux de suicide qu’à France Télécom en deux ans. C’est, pour nous, la conséquence du démantèlement du service public et c’est corrélé à une accélération de la transformation de l’entreprise. On commence à subir les effets concrets de la réforme ferroviaire de 2018 : fin de l’embauche au statut, début de l’ouverture à la concurrence à tous les niveaux ou encore la liquidation de Fret SNCF. Tout cela a créé un mal-être chez les cheminots, et c’est pour cela qu’on demande un moratoire sur ces réorganisations.

    En Paca, vous avez été les premiers concernés par l’ouverture à la concurrence, quelle conséquence dans la tête d’un cheminot ?

    F.T. : Avec le Casi Paca, nous avons fait un film Tous Cheminots qui revient là-dessus avec un ensemble de témoignages. Parmi eux, un a préféré quitter la SNCF plutôt que de se foutre en l’air. Mais si nous n’avons pas eu de conséquences directes, comme les drames évoqués précédemment, c’est parce que nous avons mené les combats : on a réussi à maintenir un ensemble de droits pour les cheminots, pas de transfert à la concurrence d’office, maintien des conditions de travail… On a maintenu un collectif et ça nous a préservés en quelque sorte.

    C’est aussi une pressurisation croissante des cheminots que vous dénoncez ?

    F.T. : Oui. On a vu récemment qu’ils voulaient enlever 5 jours de RTT. Il y a des attaques claires sur les droits, sur les conditions de travail. L’entreprise a des velléités pour une productivité plus accrue alors qu’on est à 1,8 milliard d’euros de bénéfices. Mais cela provoque de graves conséquences.

  • La grève sur les rails contre la maltraitance

    La grève sur les rails contre la maltraitance

    Un cri du cœur pour alerter sur une « urgence sanitaire et sociale ».

    Les cheminots mettent, ce mercredi, les locomotives à l’arrêt à l’occasion d’un mouvement social qui s’annonce massif. Les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF (CGT, FO, SUD et CFDT) ont accordé leurs klaxons pour réclamer un changement de braquet de leur direction. Du jamais vu depuis fin 2024 et de quoi rappeler les journées unitaires de la grève marathon contre la réforme ferroviaire de 2018. Il faut dire que l’heure est tout aussi grave pour la famille du rail : « rabotage des droits, pressurisation à l’extrême, dumping social à tous les étages », énumère la fédération CGT des cheminots. « Le message qu’on délivre est que le ferroviaire est à un tournant. […] Et l’unité syndicale dit l’importance que nous y accordons », explique Thomas Cavel, secrétaire général CFDT Cheminots en conférence de presse à Paris, ce mardi. Les syndicats pointent un cycle infernal de réorganisations au sein de la SNCF, entre ouverture à la concurrence et processus de filialisation. Et en lame de fond sa place comme service public ferroviaire : « La concurrence est un système qui met en péril les finances publiques. On investit sur le réseau ferroviaire via les bénéfices générés par les cheminots : ils paient donc, pour partie, l’outil de leur concurrent. »

    Des changements drastiques pour l’entreprise ancienne détentrice du monopole du rail en France et avec des conséquences qui le sont tout autant. « Les cheminots sont plus exposés qu’avant aux risques graves », développe François Tejedor, secrétaire général de la CGT Cheminots Paca. Plus que des accidents graves, les syndicats mettent en avant des drames : 13 suicides depuis le début de l’année. D’où l’alerte sociale : « On constate un mal-être en ce qui concerne le sens du travail, un malaise global, notamment dans l’encadrement : les réorganisations broient certains de nos collègues », confie à l’AFP, Fabrice Charrière, de l’Unsa Ferroviaire.

    Fortes perturbations

    sur le réseau

    Preuve de l’étendue de la colère cheminote : le secrétaire général de la CGT Cheminots Paca évoque un mouvement de grève particulièrement suivi : « Dans la région, il y a entre 80 à 90% de grévistes sur le personnel roulant, que ce soit contrôleurs ou mécanos. C’est 80% chez les conducteurs de TGV. »

    Concrètement, 1 TGV sur 3 circule ce mercredi, pour 1 train Intercités sur 2. Même principe pour les Trains express régionaux (TER). « La circulation des trains sera perturbée sur la région Sud » et « très fortement » pour les axes Les Arcs-Draguignan, Grasse-Vintimille et Nice-Breil-Tende, constate la Région Sud. Avec des lignes, comme celle de Marseille-Lyon avec 55% de circulation, ou Marseille-Aix avec seulement 45%. « Ça ne reflète pas le niveau de mobilisation […] la direction met toutes ses ressources pour minimiser la grève », nuance François Tejedor. En effet, nos confrères de l’AFP confirment que la SNCF « mobilise toutes ses ressources » en recourant notamment à des encadrants pour remplacer du personnel gréviste, comme le lui permet la loi.

    Pourtant, les cheminots en ont encore sous le pied. « C’est un coup de semonce, avec une temporalité réfléchie : on a proposé un mercredi pour rassembler tout le monde et ne pas faire de polémique », justifie François Tejedor. L’intersyndicale se rencontre le 11 afin d’ores et déjà évoquer la suite du mouvement. D’autant que Jean Castex joue la montre et ne prévoit de rencontrer les organisations syndicales que le 23 juin. De quoi laisser planer la menace d’une grève à un moment peut-être plus stratégique, comme les vacances d’été… « Les attaques se font plus pressantes, il faudra peut-être aborder les choses d’une manière un peu plus punchy », conclut François Tejedor.

    PAROLES DE CHEMINOTS

    Nathalie Marin, secrétaire générale de la CGT Cheminots, Toulon

    « On a un signal très alarmant avec treize suicides d’agents en 2026. Mais aussi des accidents mortels qui ont beaucoup impacté le moral des cheminots. Nous sommes également très inquiets de l’avenir de notre entreprise en tant que service public, qui n’est plus du tout d’ailleurs reconnu comme tel par nos directions, qui se voient très bien en entreprise commerciale, concurrentes même les unes des autres. La colère monte en réaction à cette perte de sens des missions du service public ferroviaire qu’on avait initialement et qui faisait avancer et vivre l’esprit cheminot. On réclame donc aujourd’hui l’arrêt des restructurations et des filialisations, ainsi que la hausse des salaires et la création d’un vrai 13e mois. »

    Propos recueillis par T.T.

    Loïc Guigou, secrétaire CGT Cheminots, Vaucluse

    « On s’inscrit pleinement dans les revendications. Si heureusement ici nous n’avons pas été touchés par un suicide ou accident de travail, il y a beaucoup d’arrêts de travail liés aux risques psychosociaux. Par exemple, sur les conditions de travail et d’accueil des usagers, cela fait deux semaines qu’il n’y a plus de climatisation dans la gare TGV d’Avignon, ni aux guichets à Avignon centre. Plus largement, face à l’urgence climatique, les cheminots CGT ont élaboré un dossier décarbonation qui s’appuie sur l’étoile ferroviaire d’Avignon et le projet de Serm [service express régional métropolitain]. Le ferroviaire doit être le centre d’une offre multimodale cohérente, avec l’ouverture de gares et des personnels pour assurer un service public efficace et digne de ce nom. »

    Propos recueillis par F.C.

    Frédéric Michel, secrétaire SUD Rail, Marseille

    « Nous ne sommes pas en grève contre l’ouverture à la concurrence, on ne fait pas du patriotisme d’entreprise mais nous luttons contre le dumping social porté par cette ouverture et les conditions dans lesquelles elle se met en place. Si ça pouvait permettre d’améliorer nos conditions de travail et de rémunération, on ne s’y opposerait pas. Mais ce n’est pas le cas. Que ce soit les salariés de la SNCF, de ses filiales, ceux des entreprises privés, dans le trafic voyageurs ou le fret, c’est une grève de toute la branche ferroviaire. Ces entreprises tirent vers le bas pour répondre au marché. On n’est protégé nulle part et la SNCF est la première à mettre des filiales en place. Et on sera nombreux car derrière ce système il y a trop de cheminots qui sont endettés, trop de souffrance au travail. »

    Propos recueillis par M.G.

    Christophe Morard, secrétaire général syndicat CGT Cheminots, Miramas

    « Cela fait des années qu’on dénonce la fin du triage des wagons isolés, où chaque petite entreprise locale pouvait nous confier leurs wagons pour les trier et envoyer partout en France et en Europe. Ce n’est pas le plus rentable, car un train entier nécessite moins de matériel et de personnel. Mais c’est ce qu’on craint pour le Triage de Miramas avec la privatisation d’Hexafret et Technis [ex Fret SNCF, Ndlr] prévue pour 2028. Le wagon isolé faisait vivre notre Triage, on trie près de dix fois moins de wagons par rapport à avant l’ouverture à la concurrence. Pire, ArcelorMittal représente 30% du trafic du Triage, on est donc inquiets au vu de leurs difficultés. Il faut une volonté politique pour trier les wagons isolés et retirer des camions de la route. »

    Recueilli par An.M.

    Magali Sanchez, conductrice de train, secrétaire CGT Secteur de Veynes, Hautes-Alpes

    « On en demande toujours plus aux agents, il y a un mal-être général, avec plusieurs suicides depuis le début de l’année. Ça fait un peu penser à France Télécom et ce n’est pas bon signe. La direction fait la sourde oreille quand on veut mettre à plat tout ce qui dysfonctionne. Localement, on en voit les conséquences avec des manques d’effectifs qui créent des suppressions de train.

    Notre matériel devrait être remisé depuis quatre ou cinq ans. On a vraiment l’impression de jouer à la patate chaude entre la région Sud, et les différents pôles de la SNCF. Tout le monde se renvoie la balle, personne ne prend ses responsabilités, et les usagers le subissent. »

    Propos recueillis par A.F.

  • La CGT alerte sur le dialogue social à Transfix

    La CGT alerte sur le dialogue social à Transfix

    Les prochaines semaines s’annoncent animées chez Transfix. Soumise à un mouvement social après la suppression de plus de 50 postes en 2021, la société spécialisée dans les matériels et équipements électriques, qui emploie quelque 250 personnes sur son site de La Garde, suscite le mécontentement de ses salariés.

    Il y a quelques jours, la Fédération CGT de la Métallurgie, les sections CGT locales et les élus CGT de Transfix ont fait parvenir au PDG de l’entreprise, Grégoire Libert, une lettre pour manifester leurs inquiétudes concernant « un climat social dégradé, des difficultés persistantes dans le dialogue social, des sujets majeurs concernant les orientations stratégiques de l’entreprise, la politique sociale, l’emploi, les conditions de travail et les négociations salariales ».

    Une pétition en cours

    Eu égard aux consultations engagées au sein du CSE et du début prochain des négociations annuelles obligatoires, la CGT reste « particulièrement attentive aux décisions, aux orientations et à la méthode de dialogue retenues par la direction », alors que les dernières NAO n’avaient débouché sur aucune augmentation de salaire. « Le Smic augmente de 2,41% au 1er juin : c’est le minimum concevable comme base de négociation », prévient le syndicat, espérant « de véritables négociations, loyales et sérieuses, avec des mesures salariales à la hauteur des efforts fournis par les salariés ». À ce titre, une pétition a déjà recueilli la signature de 140 salariés.