7 ans député, le frêchiste gardois aura passé sa vie au service de la République. Carole Delga, qui lui a succédé à la Région en 2016, a salué celui qui avait « l’intérêt général et l’esprit de responsabilité chevillé au corps. Il aimait surtout la vie et les gens. Damien c’était une allure, un regard, une voix qui comptait dans le combat pour la République et contre l’extrême droite ».
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L’assassinat d’Abde choque la Belle de Mai
« Sa famille a déménagé il y a 2 ans dans le 14e, mais tout le monde le connaît ici, il était à l’école avec nos enfants », annonce une maman venue consulter la psychologue de la cellule ouverte ce jeudi au centre social qui a sollicité la préfecture. Mais dès lundi, c’est au collège que le traumatisme a dû être géré par l’équipe pédagogique.
« Des élèves avaient eu accès à une vidéo et on a pris connaissance des détails macabres de cet assassinat », explique Michaël Crolet, le directeur du centre Léo-Lagrange qui a souhaité, ouvrir une cellule en complément de ce qui a été mis en place au collège, « autant que nécessaire, pour un soutien individuel et confidentiel de tous ceux qui en ressentent le besoin, car cet acte d’une violence inouïe a provoqué un énorme émoi ».
AbderrahimAbderrahim fréquentait le centre social, d’abord pour ses activités, puis « à plusieurs reprises suite à des exclusions du collège ». Le centre a mis en place un dispositif en lien avec l’établissement scolaire destiné à accompagner les élèves exclus des cours et éviter que la punition se répète et de les laisser désœuvrés. 39 collégiens y ont participé l’année dernière. Si la mission première du centre est l’animation, le rôle qu’il joue va au-delà. « On accueille toute réponse à un besoin identifié, précise le directeur, mais face à la recrudescence des violences liées au trafic de stupéfiants, on s’interroge sur notre place dans tout ça, il y a une situation sur le 3e arrondissement qui nous échappe. »
Le deal est là, il bougeUne mère dont deux ados sont scolarisés au collège Belle de Mai patiente devant la cellule du Dispav, « terrifiée par l’horreur de ce massacre. Comment peut-on s’attaquer ainsi à un enfant ? ». Elle a vu Abderrahim grandir, « il était à peine sorti de l’adolescence, un visage d’enfant, un gentil minot, choyé par ses parents. Sa mère est très présente, toujours derrière ses cinq enfants. On ne comprend pas… et on a peur ». Abderrahim était aussi connu de ce riverain du square National, « où il traînait toujours, même après le déménagement. il ouvrait les portes, proposait de monter des courses ». Il assure : « C’est là que ces barbares sont venus le chercher avant de l’abattre aux Arnavaux. On est au centre de trois réseaux, le Moulin, Roy d’Espagne et Bellevue. Les points de deal sont là, partout, ils bougent, une fusillade à Félix-Pyat dimanche, un blessé lundi boulevard national… » À ses côtés, une habitante de la place Cadenat complète, en colère : « Il y a maintenant des feux d’artifice tirés jusque sur la place ! Mais quand on appelle le commissariat du 3e, personne ne vient, il n’y a jamais d’effectifs. C’est quand même pas à nous d’occuper le terrain… que font les élus ? ».
Rue Loubon, face au square National, les policiers municipaux ont commencé à s’installer dans leur nouveau poste depuis lundi. La Fondation Abbé Pierre avait quitté le bâtiment en 2022 par sécurité pour son personnel, plusieurs fois menacé par les narcotrafiquants.
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Amine Kessaci : « Élus, citoyens, associatifs, levez-vous ! »
La voix blanche, il ravale ses sanglots quand il évoque Mehdi mais appelle à un véritable sursaut populaire.
La Marseillaise : Comment trouvez-vous aujourd’hui la force de continuer ?
Amine Kessaci : Je la trouve en deux choses. Premièrement ma maman, c’est elle qui m’a demandé de me lever, me secouer et je lui dois bien ça. Elle qui a déjà enterré deux enfants, qui a déjà tant souffert, tant fait de sacrifices. Et puis surtout si je veux garantir ma sécurité, celle de mes proches, de celles et ceux qui ont parlé, on est obligés de se lever, d’être des milliers de personnes.
Quel est le message que vous souhaitez faire passer samedi lors du rassemblement ?
A.K. : C’est justement de dire aux élus, associatifs, citoyens, levez-vous, saisissez-vous de ce sujet. Plus on sera nombreux, plus on sera différentes personnes à être identifiées sur ces sujets et moins nos vies seront menacées. Aujourd’hui si je me lève c’est pour rendre un dernier hommage à mon petit frère.
Que pensez-vous des réactions politiques que ce drame a suscité ? De la venue des ministres
de l’Intérieur et de la Justice
à Marseille jeudi ?A.K. : Je ne commenterai pas les réactions politiques, je ne suis plus dans cet élan. Cela fait des années que j’alerte. Vous m’avez interviewé plusieurs fois à La Marseillaise, vous m’avez donné la parole à de nombreuses reprises, j’ai fait des tribunes, des manifestations, on a fait plein de choses. Moi je suis aujourd’hui épuisé, [il répète] épuisé. Si la mobilisation citoyenne porte, j’en suis ravi, j’espère que des gens vont porter le flambeau. Les politiques savent ce qu’il y a à faire. Depuis le drame de mon petit frère, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas l’ampleur du narcotrafic. Moi je l’ai payé, avec le sang de mon frère. Maintenant c’est à eux de voir ce qu’ils vont faire.
Vous avez pu rencontrer mercredi Roberto Saviano venu recevoir à Paris le prix Constantinople qui récompense les écrivains œuvrant pour la paix. Que pensez-vous de son analyse sur le narcotrafic ?
A.K. : Ce qu’il dit, ça fait peur. Mais c’est quelqu’un qui connaît le sujet, lui qui vit sous protection policière depuis 2006 [condamné à mort par la Camorra, Ndlr.]. Il a étudié la question mais il ne faut pas tomber dans le piège tendu par la sphère médiatique qui est d’aller comparer la France avec l’Italie ou le Mexique. Pas besoin de regarder ailleurs, cela se passe chez nous, à Marseille, à Rennes dans d’autres villes de France, on a notre propre mafia. La DZ a déjà fait des communiqués de presse, ça y est. Par contre on peut s’inspirer de ce que font ces pays, certainement. Il faut légiférer.
« Cela fait des années que j’alerte, aux politiques de voir ce qu’ils veulent faire »
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L’hommage des marins à Mehdi Kessaci, qui avait travaillé à bord du Casanova
« Lire dans la presse le nom de Mehdi Kessaci, ça nous a tous fait un choc terrible », lance avec émotion Fabrice Cardelli, maître d’hôtel à la Corsica Linéa. Durant la saison estivale le plus jeune des fils de Wassila avait embarqué dans son service, partageant la vie à bord et le quotidien d’une soixantaine de marins.
« C’était sa première saison. Mais sa personnalité a fait l’unanimité au sein de l’équipage, il était apprécié de tout le monde », affirme celui qui l’a eu sous sa responsabilité, soulignant « son implication sans faille dans un travail pourtant difficile, exigeant ». Au sein de la compagnie, Mehdi s’était aussi distingué par sa « belle mentalité, sa droiture d’esprit ». Il a formé, le temps de sa mission sur la ligne Marseille-Tunis, « avec son binôme, un duo comme on aimerait en avoir plus souvent », précise ce marin aguerri.
C’est en effet avec Laurent* qu’il a passé le plus de temps à bord, nouant des liens qui auguraient la naissance d’une sincère amitié. Actuellement en Angleterre pour la poursuite de ses études d’ingénieur dans le secteur industriel, Laurent reste encore abasourdi par l’annonce de l’assassinat de Mehdi. « J’ai d’abord lu rapidement sur les réseaux qu’un nouveau meurtre par balle avait eu lieu à Marseille. Mais je n’ai absolument pas pensé à lui. Il était à mille lieues des trafics. Puis un des marins m’a appelé… j’étais atterré. Et j’ai vu la diffusion sur la BBC », explique le jeune homme.
Une trop brève traversée« On a passé toutes les traversées ensemble, jour et nuit. On a tout de suite accroché, c’était facile, naturel, avec lui, on partageait les mêmes valeurs », continue Laurent avec beaucoup d’émotion dans la voix. « Je n’ai pas besoin d’embellir les choses, c’est une évidence, Mehdi était un garçon droit, honnête, intelligent. Il avait une sacrée éloquence et on pouvait discuter de tout dans le respect de l’opinion de l’autre. De foot, de politique, comme de sa volonté de devenir gardien de la paix ».
Laurent évoque encore un ami « avec le cœur sur la main, discret, pudique, notamment sur le deuil de son frère. On sentait cette douleur peser. Je ne connaissais pas Amine ni son engagement politique. Quand on s’est présenté, il m’avait simplement dit : tu connais pas mon nom ? Il semblait fier de son frère ». La disparition brutale de son binôme laisse en Laurent une amertume profonde. « On aurait pu devenir de très bons et proches amis. Ceux qui l’ont tué ne nous en ont pas laissés le temps. Maintenant, on pourra faire tout ce qu’on veut… Mehdi n’est plus là ». C’est à ses frères et sœurs que les pensées de l’étudiant vont, leur adressant ses « sincères et tristes condoléances dans ce moment extrêmement douloureux et d’autant plus terrible qu’ils ont déjà eu un drame familial à surmonter quelques années plus tôt ».
Sa belle mais bien trop brève traversée de l’existence laisse tout un équipage abattu. Les marins souhaitent lui rendre un hommage aussi sensible qu’il l’était et s’associent à l’incommensurable peine de sa famille et ses proches.
* Le prénom a été changé.
Le soutien des personnels de la PJJ« C’est avec une profonde tristesse », que le syndicat SNPES-PJJ-FSU Paca a accueilli le décès de Mehdi Kessaci, dont le frère Amine « était animé par un noble combat avec son association Conscience ». Un combat qui est « également » celui du syndicat de la protection judiciaire de la jeunesse, « qui dénonce depuis des années l’expansion par la terreur des trafics de stupéfiants et la responsabilité de l’État qui abandonne les quartiers en matière de services publics, de prévention, d’éducation, de protection de l’enfance, de protection judiciaire de la jeunesse, de logement, de transport… », précise le communiqué. Le SNPES-PJJ-FSU Paca apporte son soutien à sa famille. Et rappelle, « contrairement aux idées réactionnaires véhiculées par l’extrême droite et la droite décomplexée, que toutes les vies se valent. Nous ne pouvons banaliser ces morts violentes qui fauchent les jeunes de nos quartiers ». Le syndicat « ne restera pas silencieux face à ces drames » et continuera « à réclamer un réengagement de l’État et une véritable politique de prévention et des moyens à la clé ».
![[Rétro 2025] Disparition de Damien Alary (PS)](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2025/12/83bae5554ac1e5357764c8989c86be4b.jpg)

