Tag: monde du travail

  • Fabien Roussel appelle à amplifier les mobilisations

    Fabien Roussel appelle à amplifier les mobilisations

    La rue n’a pas dit son dernier mot ». Au siège du Parti communiste français, ce mardi, Fabien Roussel « appelle les Français à se saisir du 5 novembre » et à faire grossir les rangs des manifestants à l’occasion de la journée de mobilisation de l’intersyndicale.

    « Il faut que chacun prenne bien conscience de l’ampleur exceptionnelle du mouvement social auquel nous assistons. Exceptionnel par son ampleur et sa durée, par la convergence de toutes celles et ceux qui se rassemblent », entame le candidat à l’élection présidentielle. Et s’il loue ce mouvement social, c’est notamment car « cette mobilisation oblige le pays tout entier à regarder notre jeunesse et les conditions indignes dans lesquelles elle accède aux connaissances ». De quoi faire le lien avec les positions communistes sur les services publics : « Je dis aux lycéens et étudiants que nous ne les remercierons jamais assez de leur mobilisation. Nous qui dénonçons les politiques d’austérité depuis des années qui frappent les écoles, les lycées et les universités ». Et plus qu’un lien, le maire de Saint-Amand-les-Eaux voit dans la lutte de la jeunesse un « écho aux difficultés que vivent des millions de familles, de travailleurs et de retraités, dans le public comme dans le privé ».

    « Il faut une perspective politique »

    « Tout le monde subit les conséquences de 10 années de macronisme avec violence et brutalité », dénonce Fabien Roussel. Avant d’énumérer : « C’est la hausse des prix, des factures, des salaires en baisse, c’est la smicardisation du monde du travail, c’est l’accès à des services publics dégradés… ». Et de qualifier la crise politique actuelle : « une République qui connaît une régression sociale aussi inédite qu’insupportable ».

    Sur le fond, le candidat explique surtout qu’il « faut une perspective politique » à la colère qui s’exprime. « Il faut montrer qu’il y a des partis politiques qui relaient leurs propositions, c’est ce que nous faisons », explique-t-il. Et somme le gouvernement de « répondre aux revendications : C’est maintenant que nous voulons que les salaires augmentent. […] On ne peut pas attendre les élections présidentielles ! ». Il rappelle également la proposition du PCF d’une nationalisation de Total au regard du coût de l’essence : « Le coût d’une baisse de TVA sur l’essence ne représente qu’un trimestre de ses bénéfices annuels ». D’où son insistance à amplifier « le rapport de force entre le pouvoir et le peuple ». « C’est par le rapport de force qu’on pourra les faire plier. Emmanuel Macron a semé la misère, il récolte la colère, c’est l’heure de la moisson », martèle le communiste.

  • Dorian Ciret, l’excellence au bout des doigts

    Dorian Ciret, l’excellence au bout des doigts

    De la table à la fontaine en passant par les cheminées, les cuisines ou l’architecture pour la décoration des maisons de particuliers, c’est un art qui se transmet et se perpétue sur ce site de 3 000 m² en plein air à la fois espace d’exposition et atelier de confection pour les ouvriers de la pierre.

    Le showroom de l’Atelier Bidal à L’Isle-sur-la-Sorgue a été pensé comme un jardin bucolique et poétique dans lequel se cachent de véritables joyaux architecturaux. Il laisse ensuite place à un grand espace où bruits de chantiers et nuages de poussière blanche font naître la beauté et la délicatesse. Les ouvriers sont à l’œuvre, masques sur le nez et casque sur les oreilles. Au plafond, quelques patrons trônent fièrement et chacun s’affaire à la tâche. Dorian arrive à bord d’un chariot élévateur. « Ici nous travaillons sur des blocs complets sur différentes hauteurs d’assises, on peut ensuite les couper en tranches grâce à une machine qui s’appelle la débiteuse. Les blocs sont ensuite coupés aux bonnes mesures pour partir sur les postes de taille de pierre et là, c’est à nous de jouer », explique le jeune homme. « Les possibilités sont infinies, on peut faire absolument tout ce qu’on veut et c’est ce que j’aime. ». Au sein de l’Atelier Bidal trois types de pierres sont travaillés. La pierre d’Avy qui vient de Bordeaux, la pierre d’Estaillade qui vient d’Oppède et la pierre de Sireuil qui vient de la Charente. « Selon les désirs et envies on peut laisser la pierre un peu blanche, ce qui donne un côté moderne mais aussi la vieillir, la patiner ou encore la brosser pour obtenir un aspect ancien style vieille pierre », continue-t-il. « Tout me plaît dans mon métier parce que ça change tout le temps. On peut faire de la série avec par exemple des fontaines que l’on peut reproduire à plusieurs reprises mais on fait également du sur-mesure et je trouve que c’est ce qu’il y a de plus intéressant et de plus enrichissant parce qu’on peut faire des choses superbes. »

    Un savoir-faire ancestral
    et une labellisation unique

    À 24 ans, Dorian Ciret est un maître artisan tailleur de pierre qui œuvre avec passion et minutie. Cet enfant de la région a d’abord commencé comme apprenti en alternance dans l’entreprise après avoir fait un CAP tailleur de pierre et un BP métier de la pierre à Montalieu-Vercieu en Isère. Mais c’est en classe de troisième, lors d’un stage d’observation que la magie opère pour lui. « J’ai fait mon stage obligatoire dans l’entreprise de marbrerie du père d’un de mes copains, c’est une activité qui m’a beaucoup plu et j’ai voulu continuer là-dedans pour en faire mon métier », confie-t-il. Et depuis il ne l’a plus quitté. Basé sur les techniques des bâtisseurs de cathédrales, c’est avant tout un savoir-faire

    ancestral qui est mis à l’honneur et sublimé par ce jeune passionné.

    « Ce que je voulais c’était faire quelque chose de mes mains, j’ai toujours aimé ça. Sans compter que je suis dehors toute la journée et ça n’a pas de prix », sourit-il. « Bien que merveilleux, il ne faut pas oublier que c’est un métier très physique et compliqué notamment à cause de la poussière. Je pense qu’il faut être uniquement passionné pour pouvoir faire ce métier. C’est vraiment un kiff avant tout le reste sinon ça ne peut pas le faire, je ne pense pas qu’on tienne sans être fait pour ça. »

    Ayant à cœur de faire rayonner l’artisanat, l’Atelier Bidal a été labellisé Entreprise du patrimoine vivant (EPV) par le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Emploi en 2008. Il s’agit de l’unique entreprise dans les métiers de la pierre à avoir reçu cette distinction dans le Vaucluse.

  • [Travailleur d’aujourd’hui] Bafodé, l’avenir au bout de la bobine

    [Travailleur d’aujourd’hui] Bafodé, l’avenir au bout de la bobine

    Autour de Bafodé Doumbouya, bobinier à Avignon pour l’entreprise EDF Business Services, ex-Dalkia Electrotechnics IG, des moteurs, alternateurs et de grandes machines de toutes formes sont dispersés à travers l’atelier. « Ça vient de toute la France et c’est nous qui devons les réparer », lance fièrement le Guinéen de 20 ans, qui est actuellement en CDD au sein de l’entreprise.

    Un métier unique et particulier, d’autant plus qu’il n’existe plus aucun parcours de formation de bobinier en France, depuis plusieurs années. Il consiste exactement à fabriquer ou réparer les bobines électriques qui se trouvent dans les moteurs, alternateurs ou générateurs de tous types et de toutes tailles. Précisément, l’entreprise assure « la maintenance corrective et préventive, l’entretien, la réparation, l’exploitation de tous équipements et matériels électriques courants forts et faibles », précise-t-elle.

    « Parfois, on va sur des chantiers chez les clients. Hier, par exemple, on est allés sur un barrage pour vérifier si tout était OK. Sinon, en atelier, on répare », précise-t-il. Avec des tâches parfois répétitives, illustre-t-il en montrant le travail du cuivre avec une pâte d’étain liquide. « C’est pour connecter un alternateur au réseau. En tout, on en a pour cinq jours de travail », précise son supérieur, avec autour de lui des dizaines de plaques et vis en tout genre.

    Un métier qu’il apprend donc sur le tas, mais qu’il « apprécie beaucoup ». Bafodé Doumbouya était initialement magasinier dans la même entreprise. Après deux années passées à ce poste, un échec dans ses études et l’approche de la fin de son contrat, il s’est vu proposer une période d’essai pour devenir bobinier. « C’est parce que je me suis bien intégré. Je suis ravi, car c’est un très bon métier. L’électricité, ça ne m’a jamais fait peur, au contraire », s’exclame le Guinéen. Certains processus semblaient peu clairs vus de loin, « mais en une semaine, on comprend déjà pas mal de choses », assure-t-il, le tournevis à la main.

    Cette formation sur le terrain pourrait déboucher sur un contrat plus pérenne. Mais le chemin de Bafodé Doumbouya reste compliqué par sa situation administrative. « Dès que j’ai une validation, je dois faire un renouvellement et il arrive souvent que cela arrive trop tard. Cette année, j’ai encore eu une semaine où je ne pouvais rien faire car pas dans les règles avant de, finalement, pouvoir à nouveau travailler. Alors que la seule chose que je veux faire, c’est travailler plutôt que rester dans la rue », confie-t-il. Pour l’heure, son contrat avec EDF Business Services court jusqu’à la mi-novembre, notamment en raison de l’échéance de son titre de séjour, qui arrive à cette période.

    Parcours du combattant

    D’autant que le parcours pour arriver en France a été long. Parti de Guinée-Conakry en 2022, il est passé par plusieurs pays du nord de l’Afrique avant de tenter la traversée de la Méditerranée sur un bateau de fortune. Après trois jours en mer, alors que l’embarcation était percée et sans moteur fonctionnel, la marine italienne est arrivée et a conduit Bafodé Doumbouya et ses camarades de fortune à Lampedusa. Avant de choisir de partir en direction de la France et de poser ses valises à Avignon. Il y croise un membre de l’association Un par un, dans le quartier de Saint-Chamand. Ce dernier l’oriente alors, à l’aide de sa structure, auprès de Dalkia, qui l’accueille en apprentissage.

    « C’était souvent difficile pour moi, notamment avec la langue française, qui n’est pas ma langue de naissance. Je n’ai pas de parents pour m’aider, m’orienter », glisse Bafodé. Il n’est pas un cas isolé chez EDF Business Services. Car l’association a également orienté trois autres jeunes étrangers arrivés mineurs en France vers l’entreprise. Et les supérieurs l’assurent, tous sont exemplaires et « font du très bon boulot ».

  • Au Jas-de-Bouffan, des jeunes redonnent vie aux espaces verts

    Au Jas-de-Bouffan, des jeunes redonnent vie aux espaces verts

    Réunis vendredi après-midi pour présenter le résultat à leurs encadrants et à plusieurs représentants de la Ville, les participants ont conclu un projet mené dans le cadre de la Stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance (STSPD). À travers ce dispositif, la Ville d’Aix-en-Provence entend favoriser l’insertion, la citoyenneté et la responsabilisation des jeunes des quartiers prioritaires.

    Malgré une météo défavorable en début de semaine, le projet est allé à son terme. Les intempéries ont certes retardé le lancement du chantier, mais elles n’ont en rien entamé la motivation des jeunes mobilisés. Initialement prévu mardi, le rafraîchissement des espaces verts de la bibliothèque des Deux-Ormes a finalement débuté le lendemain. Étalé sur trois jours, le chantier a permis aux jeunes de participer au nettoyage du jardin. Avec, dans un premier temps, le ramassage des déchets et des feuilles, avant de passer à la restauration des bancs du parc. Décrits comme des « élèves en décrochage scolaire » par Romain, éducateur chargé du projet, ces jeunes ont participé à une mission visant à les « responsabiliser et leur faire découvrir des pistes professionnelles pour leur avenir ».

    Âgés de 16 à 17 ans, les quatre jeunes mobilisés évoquent une ambiance « très sympa et décontractée ». Fares, élève de seconde au lycée Gambetta, souligne l’approche originale du monde professionnel à travers ce chantier : « On a pu rencontrer différents professionnels qui nous ont donné une idée du monde du travail ». Pour Adam, scolarisé au lycée Vauvenargues, l’étape de la rénovation des bancs lui a fait prendre conscience « que le métier de peintre est complexe et surtout fatigant ». Toutefois, il maintient son intérêt pour la profession.

    Un projet porté par plusieurs acteurs

    Le chantier s’est déroulé sous l’encadrement des éducateurs spécialisés de l’Addap 13, une association qui œuvre dans les quartiers des Bouches-du-Rhône. Michael Crovasse, chef du service éducatif de l’association et présent lors de la restitution, a félicité les jeunes pour « leur assiduité et leur investissement dans le projet ». Il rappelle également l’intérêt de cette initiative pour le quartier : « Revaloriser un espace pour ensuite en parler et le faire découvrir à l’entourage ».

    En tant que chantier éducatif rémunéré, ce projet a été cofinancé par la Ville d’Aix-en-Provence, la Métropole Aix-Marseille ainsi que la préfecture des Bouches-du-Rhônes. Pour Elisabeth Huard, adjointe à la politique de la ville d’Aix, il était « important » de participer à la restitution du projet. Elle témoigne de son « réel plaisir et bonheur [à] venir admirer le résultat du chantier dans ce magnifique cadre ». L’élue tient également à rassurer les jeunes sur leur avenir : « On est là pour vous aider et vous faire progresser dans votre orientation ». Un message porteur d’espoir pour ces jeunes dont l’histoire reste encore à écrire.

  • [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur les mobilisations de samedi dernier ?

    Marc Pietrosino : Il faut souligner qu’il y a eu beaucoup de monde dans les rues. Beaucoup de personnes présentes dans une continuité des mouvements lycéens, dans une optique de manifestation pacifique et avec des revendications que l’on partage : contre la vie chère, contre la paupérisation de la société. Ou que l’on porte : augmentation des salaires, retour à l’égalité des chances… Malheureusement, il y a eu des casseurs qui se sont introduits dans le mouvement. Et une stratégie policière qui interroge, a minima. On a eu la drôle d’impression qu’il y avait plus de policiers lors des manifestations syndicales que l’on organise que lors de la mobilisation de ce samedi. Et surtout, des techniques policières qui résident dans un affrontement systématique et un gazage des cortèges pacifiques. On est d’ailleurs largement pointés du doigt à l’international pour cette doctrine du maintien de l’ordre française. Je ne vais pas justifier, ni excuser les débordements qu’il y a eu, je pense aux salariés des différents commerces et services qui ont été exposés, mais il y a un enchaînement d’événements qui questionne… Le maire de Marseille a d’ailleurs posé les bonnes questions : quelles étaient les consignes ? Est-ce que c’était de gazer les manifestants et de laisser faire les autres ? Ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que les forces de l’ordre étaient plus violentes envers les lycéens qu’avec les casseurs, ce samedi.

    La colère sociale a-t-elle été sous-estimée ?

    M.P. : À l’image de l’allocution vide d’Emmanuel Macron, il y a un déni total de la colère sociale. Je note aussi que, lors des scènes de pillage, on s’est beaucoup attardé sur les vols de téléphones portables et d’articles de luxe, mais il y a eu aussi ceux qui en ont profité pour remplir le frigo, prendre des couches et du lait. Cela dit quelque chose de l’état du pays. Il y a un profond malaise, en France, après deux quinquennats qui ont essoré les couches populaires, qui ont paupérisé l’ensemble de la population. Voilà dix ans que la politique du gouvernement est calquée sur les volontés du patronat, avec la fameuse théorie du ruissellement. Emmanuel Macron fait mine de ne pas assumer les choix ultralibéraux qu’il a faits. Il ne veut pas faire de lien entre ses actions et les conséquences. Pourtant, le 17 est une de ces conséquences. Les organisations syndicales doivent offrir des perspectives d’avenir. Un avenir pour notre jeunesse notamment. Pour cette dernière, l’avenir, c’est la mise en concurrence avec Parcoursup, le chômage, les attaques contre les retraites, le dérèglement climatique, l’intelligence artificielle qui va prendre les emplois… Il faut donc qu’on propose des alternatives, à partir de nos revendications. Pour cela, on doit réveiller le monde du travail et donc que le 5 novembre soit d’une ampleur inégalée afin d’imposer notre cahier revendicatif de progrès social.

    L’ampleur de la mobilisation du 17 octobre peut-elle être un appui pour ce 5 novembre ?

    M.P. : Les revendications qui ont été portées samedi sont justes, mais la casse les a rendues inaudibles. Je rappelle quand même que le principal responsable de la casse sociale, c’est bien le gouvernement actuel. Le message qu’on passe dans ce contexte, c’est qu’il faut qu’on s’unisse pour porter d’autres choix de société, pour une autre répartition des richesses. Ce n’est plus possible de ne pas arriver à vivre de son travail dans un pays comme la France. Dans ce cadre, il n’y a qu’une force organisée qui peut être efficace dans le combat social, il n’y a qu’une force organisée qui pourra garantir la sécurité des manifestants. Parfois, on reproche à la CGT qu’une manifestation d’un point A à un point B ne sert à rien. Cette manifestation, elle peut sembler dérisoire pour certains, mais elle n’est pas dérisoire si tout le monde est en grève. La vraie arme pour faire vaciller le gouvernement, c’est la grève massive. Ce n’est qu’avec elle et ses conséquences sur l’économie qu’on peut amener gouvernement et patronat à répondre aux revendications. Samedi, il y a eu beaucoup de casse, la veille, Emmanuel Macron était au concert de Céline Dion… Même les actions violentes ne sont pas prises en compte par le gouvernement, donc la seule alternative, c’est la grève. L’économie doit être à l’arrêt le 5 novembre. Cette date, il faut la réussir, c’est un enjeu pour l’ensemble du monde du travail. Les lycéens ont montré la voie, à nous de poursuivre avec un blocage de l’économie.

    Appelez-vous à manifester ce samedi 24 ou celui du 31 octobre ?

    M.P. : Nous n’empêchons aucune structure de la CGT d’être dans la rue pour ces dates. La problématique est que si nous appelons officiellement, en tant qu’Union départementale, cela nous place à un certain niveau de responsabilité. Quand on est là, on attend de nous que nous assurions le service d’ordre de la manifestation et ce n’est pas possible dans certaines conditions. Et ce n’est pas notre job d’empêcher des débordements.

  • [Travailleur d’aujourd’hui] Paulin, un touche-à-tout féru de création

    [Travailleur d’aujourd’hui] Paulin, un touche-à-tout féru de création

    Mondragon Assembly est un groupe international spécialisé dans le développement de solutions d’automatisation et d’assemblage. En d’autres termes, l’entreprise conçoit des robots destinés à l’assemblage de différentes pièces dans de nombreux secteurs, de l’automobile au médical, en passant par la cosmétique, l’électroménager ou encore l’e-mobilité.

    Fondé au Pays basque espagnol dans les années 1970 sous la forme d’une coopérative, le groupe Mondragon Assembly compte aujourd’hui six usines à travers le monde et emploie plus de 650 personnes. Le site d’Orange est la première filiale étrangère créée par le groupe dans les années 1990. Depuis plus de trente ans, elle perpétue son savoir-faire, avec l’ingénierie comme cœur de métier. L’entreprise a notamment reçu, en 2024, un prix de l’innovation pour avoir mis au point une machine capable de recycler les panneaux solaires.

    La conception de A à Z

    Paulin Toneguzzo, 24 ans, évolue au sein de cette entreprise depuis cinq ans. Après avoir passé un bac sciences et ingénieurie, il a suivi un DUT GMP (génie mécanique et productique) avant d’enchaîner avec une école d’ingénieur en spécialité génie industriel, à Avignon. Il est entré chez Mondragon Assembly en alternance pendant trois ans et est employé en CDI depuis maintenant deux ans.

    « Ce qui m’a plu au sein de Mondragon, c’est qu’on pouvait toucher à tout. Ici, on conçoit des machines de A à Z, contrairement à d’autres entreprises où les machines peuvent être déjà installées et où la fonction première est de faire de la production ou de la maintenance. C’est pour cela que mon choix s’est tourné vers Mondragon Assembly », confie le jeune homme.

    Concrètement, une journée type pour Paulin Toneguzzo consiste à faire principalement de la conception mécanique. C’est-à-dire qu’il dessine des machines en 3D sur un logiciel spécialisé avant de faire des mises en plan de chacune des pièces pour les envoyer à la conception, en usine : « Le reste du temps, j’accompagne les mécaniciens qui sont à l’atelier dans l’objectif de verifier, une fois que l’on réceptionne les pièces usinées, qu’il n’y ait pas de soucis par rapport au plan, les aider sur la mise au point de la machine d’un point de vue mécanique. Si besoin, nous faisons des réajustements et parfois, ça se joue à une dixième de nanomètres. »

    Assimiler des connaissances

    Sur 3 600m² d’atelier, mécaniciens, ingénieurs et autres corps de métiers s’attellent au quotidien pour répondre au mieux au cahier des charges imposés par les clients en fonction de leurs désirs et besoins. Sur site, chaque machine commandée est mise au point en partant « d’une page blanche ». à charge pour les ingénieurs comme Paulin Toneguzzo de créer les robots, les tester, les modifier aussi pour que ceux-ci soient capables de faire une production de masse et de grande qualité. « Parfois nous sommes amenés à ne construire qu’une station, c’est-à-dire une seule partie d’une ligne d’assemblage qui peut-être immense et, parfois, on doit tout construire. Donc je dirais que, de l’entrée du cahier des charges jusqu’à la livraison chez le client, nous avons en moyenne un an et demi de travail devant nous », continue-t-il.

    En effet, une fois qu’une machine est au point, il faut la démonter dans son entièreté puis l’installer chez les clients pour répondre à leurs besoins. « Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est la polyvalence et le côté touche-à-tout. à chaque projet que l’on débute, on part de rien et cela nous oblige à nous renseigner, assimiler des connaissances aussi sur le domaine du produit qu’on va fabriquer et ça, ça me passionne parce que je ne m’ennuie jamais », sourit-il.

  • [Travailleur d’aujourd’hui] Loïc, jeune pousse et grand talent

    [Travailleur d’aujourd’hui] Loïc, jeune pousse et grand talent

    Un parcours sans faute guidé par la quête de l’excellence, que le jeune homme explique simplement par le fait de « ne pas avoir peur de l’inconnu ». Pour la 25e édition du concours Talents des Cités, et après seulement sept mois d’existence de sa société, Maison Berthaz, il est devenu lauréat régional dans la catégorie « Jeune pousse », destinée aux entrepreneurs dont l’entreprise est immatriculée depuis moins d’un an. Dans le cadre du programme Entrepreneuriat Quartiers 2030, financé par l’État et la Banque des Territoires, ce concours est piloté par Bpifrance. Il récompense des créateurs d’entreprise ayant implanté ou souhaitant déployer leur activité dans les Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Loïc Sailler-Berthaz recevra son prix le 14 octobre à l’Épopée (14e), à Marseille, premier village de l’innovation éducative en France.

    Un parcours d’excellence

    Le parcours de Loïc Sailler-Berthaz est marqué par des rencontres, mais aussi par des odeurs pâtissières qui l’ont peu à peu construit et lui ont permis de réaliser un sans-faute. À 17 ans, son bac pro cuisine en poche, il enchaîne les stages. Il s’arrête sur celui en pâtisserie, chez Bricoleurs de douceur, à Marseille : « Je garde le souvenir d’une petite équipe chez Clément Higgins, le boss, au tout début de leur existence. Nous foncions les fonds de tarte un à un à la main, avec lui, avant de les cuire ». Il s’envole ensuite pour l’école Ferrandi, à Paris, qui forme l’élite de la gastronomie et du management, afin de préparer son CAP de pâtissier. Son alternance se déroule chez L’Éclair de Génie, célèbre enseigne française de pâtisserie et de chocolaterie haut de gamme fondée par le chef Christophe Adam. « Là-bas, c’est le souvenir olfactif de la pâte à choux qui reste gravé en moi. » À 18 ans, il change d’établissement et intègre l’École de boulangerie et de pâtisserie de Paris (EBP Paris). « Même réputation, encore plus sélectif, mais il se prépare à la mention complémentaire et au Brevet technique des métiers (BTM) ». Direction l’Atelier des gourmands, toujours à Paris, pour « se faire la main ».

    À 19 ans, Loïc Sailler-Berthaz se lance dans le BTM et entre en formation chez Ladurée pour réaliser des gâteaux. Il avoue : « On mangeait aussi des macarons ». Une expérience unique dans un grand atelier, avec de nombreux salariés, mais des méthodes de production restées artisanales. « On travaillait de nuit de 21h à 6h du matin. Il y avait beaucoup de jeunes. La cheffe qui occupait ce poste était très exigeante, mais il y avait une super ambiance. » Autre avantage de ce poste : le temps libre en journée lui permet de préparer des concours et de passer son permis de conduire. S’enchaînent alors le Festival national du croquembouche et la Coupe de France des écoles.

    Puis survient le Covid. Retour à Marseille pour la deuxième année de BTM au CFA du Beausset (Var), avec une alternance chez Torres (8e arrondissement de Marseille). Après un passage chez Lac, à Nice, il revient chez Torres. Loïc a 23 ans et son BM en poche : « Après 20h d’épreuves, je l’ai eu, mention Très bien, à 23 ans ». Une nouvelle expérience à Brignoles, chez Lafiteau, lui permet ensuite de progresser sur les exigences de qualité. Quelques années plus tard, le voilà installé au Carburateur, dans les quartiers nord de Marseille, où il développe aujourd’hui son activité de chocolatier.

    Maison Sailler-Berthaz.
    211 Chem. de la Madrague-Ville, 13015
    maisonsailler-berthaz.com

  • Parents d’élèves, enseignants et travailleurs aux côtés des jeunes

    Parents d’élèves, enseignants et travailleurs aux côtés des jeunes

    « Ils nous donnent une belle leçon. Quand je vois les lycéens, les étudiants et les adultes qui sont là aujourd’hui, ça promet des jours heureux ». Gilet blanc de la Ligue des Droits de l’Homme sur le dos, Bernard Eynaud, co-président de l’organisation pour les Bouches-du-Rhône a plus que l’habitude de battre le pavé et en a vu des défilés sur la Canebière. Pourtant, ce mardi, il a des étoiles dans les yeux devant la fougue et la ténacité de la jeunesse : « Ils portent des revendications importantes qu’il faut prendre au sérieux. Si j’étais jeune aujourd’hui, je serais également très inquiet ». Leurs revendications le concernent malgré l’écart générationnel : « Au-delà des questions factuelles, comme l’état des établissements, c’est l’inquiétude autour du dérèglement climatique, c’est le fascisme qui n’est pas loin ».

    Avis partagé par Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union Départementale CGT 13 qui juge le soutien des travailleurs au mouvement lycéen plus que nécessaire : « On doit leur permettre de porter leurs revendications qu’on trouve justes ». Et sur le fond, il juge que les syndicats des travailleurs « ont les mêmes revendications » que la jeunesse. « Pas besoin d’être syndicaliste pour vouloir la fin de Parcoursup : c’est une usine à inégalités, c’est du stress pour les enfants comme pour les parents », martèle-t-il. Justement, les syndicats d’enseignants étaient encore de la partie ce mardi avec des appels à la grève. « La FSU appelle à la grève car les revendications des lycéens et étudiants sont également celles que nous portons : rénovation du bâti scolaire, des moyens humains en nombre dans tous les métiers, fin de Parcoursup… », développe Virginie Akliouat, secrétaire générale de la FSU 13.

    « C’est notre place »

    Plus que les enseignants, c’est tout un pan du monde du travail qui a défilé aux côtés de la jeunesse, à l’image de plusieurs agents hospitaliers marseillais aux blouses blanches colorées d’un badge rouge de la CGT AP-HM et aux pancartes limpides : « Arrêtez de mutiler les enfants, on a déjà assez de travail ! ». Même des élus locaux ont apporté leur pierre à l’édifice, à l’image de Marie Batoux (DVG), adjointe au maire de Marseille (DVG) en charge de la lutte contre les discriminations : « Je défends le service public comme projet de société fondamental. On doit converger largement dans cet objectif-là ». Et certains travailleurs viennent aussi, et surtout, avec la casquette de parent. « C’est évidemment notre place d’être dans les manifs ! On soutient les revendications des lycéens car on les porte depuis des années », conclut Christophe Merlino, président de la FCPE 13.

  • « Soutenir et protéger, oui. Contrôler, non » : la consigne de la jeunesse

    « Soutenir et protéger, oui. Contrôler, non » : la consigne de la jeunesse

    Les lycéens essayent de transformer l’essai. Après une semaine de blocus dans les établissements de France, les organisations syndicales rejoignent le mouvement, ce mardi ,pour une « journée noire ». À Martigues, la veille, les enseignants de Jean-Lurçat ont proposé aux élèves, aux parents, à la communauté éducative et au monde du travail de se retrouver à la Maison des jeunes et de la culture pour penser aux suites de ce mouvement social inédit.

    Et il y en aura une. Les lycéens ne sont pas près de lâcher l’affaire. « Il ne faut pas que ça s’atténue, plaide l’une d’entre eux dans l’audience. Le gouvernement prépare son budget et a encore proposé de couper 1 500 postes d’enseignants, dont 1 200 dans le public. Ils mettent de l’huile sur le feu et en même temps ils essayent de l’éteindre de manière forcée, sauf que ça ne marchera pas. »

    Ce mardi, trois rassemblements sont d’ores et déjà prévus sur le territoire. À Martigues, une marche partira de la place Jean-Jaurès pour arriver devant l’hôtel de ville, où le maire recevra une délégation d’élèves. À Istres, rendez-vous est donné devant l’établissement Arthur-Rimbaud à 7h puis à 8h15 devant la sous-préfecture. À Salon-de-Provence, l’action a lieu à 10h devant Adam-de-Craponne.

    Le monde du travail

    à disposition des lycéens

    Pour la suite, les lycéens plaident pour l’unité et la transversalité. Avec un mot d’ordre : l’organisation. La communication se met en place, à travers la création de groupes sur des messageries sécurisées. Daniel Bretonès, secrétaire syndical de l’Union locale, propose : « On peut vous imprimer des tracts, vous prêter des locaux pour des assemblées générales, vous acheter des bombes de peinture ou des draps pour faire des banderoles. N’hésitez pas, sollicitez-nous et tenez-nous au courant pour qu’on puisse être là pendant les blocages, pas pour faire à votre place, mais être là pour vous protéger en cas de débordements ».

    La communauté éducative se met aussi à disposition de ses élèves, qui pointent du doigt « ce dont on se plaint depuis des années en menant des mouvements bien sages qui sont pas entendus », salue Amélie Barbet, enseignante de français, qui interroge : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous aider ? »

    Pour Victoria, élève de terminale à Paul-Langevin, la réponse est claire : « Il faut qu’on soit accompagnés, aidés et soutenus par les professeurs et tous les corps de métiers pour que notre message soit porté plus haut, plus loin et plus fort. Cependant, il ne faut pas que les adultes s’approprient cette lutte qui est la nôtre. » Et de résumer : « Soutenir et protéger oui, mais en aucun cas contrôler ou s’approprier nos revendications ».

  • La nationalisation au cœur des Assises de l’industrie

    La nationalisation au cœur des Assises de l’industrie

    « Quand on parle de l’industrie, il faut rappeler qu’elle se construit avec les travailleurs », lance Serge Allègre, secrétaire général de la Fédération nationale des industries chimiques Fnic-CGT. L’union locale CGT de Martigues a renouvelé ses Assises de l’industrie avec la formule de l’an dernier, à savoir une réunion publique, jeudi soir, en la salle Raoul-Dufy, avec le maire (PCF), Gaby Charroux, et le bureau d’études Proneos pour invités, aux côtés de Serge Allègre et de nombreux responsables syndicaux du territoire.

    Car ce « territoire façonné par la pétrochimie, la métallurgie et des générations de travailleurs », comme le rappelle Virginie Piazolla de l’UL, n’échappe pas aux dynamiques qui agitent le monde du travail. Serge Allègre dresse un constat amer dans sa filière. « Nous assistons depuis 2024 à une accélération de la mainmise du capital sur nos outils. Les 890 000 salariés de la chimie ont subi 180 plans antisociaux, supprimant 12 000 emplois indirects et 75 000 induits », liste le responsable. « 95% de ces plans se font dans des entreprises sans difficultés financières qui perçoivent des millions d’euros d’aides publiques », affirme-t-il.

    Nationaliser pour quoi ?

    Le secrétaire général de la Fnic-CGT estime à près de « 2 880 milliards d’euros d’aides publiques jetés aux actionnaires parasites en vingt ans ». Référence aux travaux du sénateur (PCF) Fabien Gay, rapporteur d’une commission d’enquête ayant évalué à 211 milliards d’euros les aides publiques accordées aux entreprises en 2023. « Ça aurait pu servir à investir dans nos outils de production et à nationaliser les grands secteurs comme l’énergie », avance Serge Allègre, en nuançant : « Pas une nationalisation étatique, mais une réappropriation par les travailleurs pour répondre aux besoins et investir dans l’outil de production ».

    Ces Assises soulèvent une contradiction dans le mouvement social actuel. « Est-ce que l’état est un bon patron ? », résume le secrétaire général de l’UL, Daniel Bretonnès. « EDF est possédé par un État-actionnaire et reverse des dividendes alors qu’on est en plan social », explique Stéphanie Villeton, de la centrale de Martigues. « La SNCF est une entreprise nationalisée, mais à gestion capitaliste, avec les mêmes considérations pour la santé et la sécurité des travailleurs, tance Jérémy Zucchelli, de l’UL de Miramas. Avec ceux au pouvoir, ça signifie nationaliser les pertes et privatiser les profits », argue-t-il.

    C’est ce que souligne Alan Pirrottina, du bureau d’études Pronéos et compagnon de route de la CGT : « La socialisation des moyens de production est une chose, mais elle nécessite la démocratie populaire dans les entreprises et de reposer le droit des travailleurs au centre. » « Il faut que les salariés aient le pouvoir décisionnaire », conclut Daniel Bretonnès.