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  • [Entretien] « La guerre devrait être déclarée hors-la-loi »

    [Entretien] « La guerre devrait être déclarée hors-la-loi »

    La Marseillaise : Quel enseignement tirez-vous de votre expérience en tant que médecin militaire ?

    Raphaël Pitti : Je suis rentré dans l’armée en 1977 et j’ai donc couvert plusieurs conflits comme celui de l’ex-Yougoslavie, la guerre civile au Liban ou encore la première guerre du Golfe. à travers eux, j’ai compris que ceux qui en souffrent le plus ce sont les populations.

    À travers votre livre « Va où l’humanité te porte. Un médecin dans la guerre », pourquoi avez-vous ressenti le besoin de mettre votre expérience par écrit ?

    R.P. : Avec mon métier de médecin dans l’armée, j’étais principalement dans l’action. à partir de 2016, j’ai été approché par plusieurs éditeurs, mais chaque fois, je refusais l’exercice de l’écriture. Puis j’ai fini par accepter car j’y ai vu une forme d’engagement pour alerter autrui. La vie nous est donnée, mais sans mode d’emploi, donc l’engagement était un moyen de donner un sens à ma vie.

    Quand les moyens et les infrastructures sanitaires sont détruits, comment peut-on encore soigner ?

    R.P. : Malheureusement, on est amené à trier et ce tri se fait en fonction des moyens que l’on a. Auparavant, on triait entre « urgence absolue » et « urgence relative ». Le blessé très grave prévalait sur celui moins grave. Mais avec des conflits comme celui de Gaza, où même les infrastructures sanitaires sont visées, on peut être amené à faire ce que l’on appelle le « triage inverse ». C’est-à-dire qu’on abandonne les blessés les plus graves au profit des moins graves dont on est sûrs de pouvoir soigner avec le peu de moyens qui nous reste. C’est ce que j’ai vécu pour la première fois, en 2024, à l’hôpital européen de Gaza.

    Qu’est-ce que cette situation dit du droit international et des droits fondamentaux de l’Homme ?

    R.P. : Il y a une perte de nos valeurs fondamentales. Les biens matériels nous rendent esclaves et on évolue dorénavant dans l’individualisme total au détriment du groupe social. Depuis plusieurs années, on met en avant la réussite personnelle qui permettrait le bonheur. Or, c’est faux ! Le bonheur, c’est de pouvoir partager avec les autres.

    Vous vous êtes engagé auprès de populations dont vous ne partagez pas forcément la langue, l’histoire… Qu’est-ce qui rend possible cette rencontre ?

    R.P. : Quand il souffre, l’être est dans toute son humanité. Il perd toute son arrogance et c’est à ce moment-là que la relation médecin-malade est la plus pure. Plus besoin de parler, en un regard, on se comprend.

    Lorsque vous revenez en France après une mission, ressentez-vous un décalage entre la réalité vécue sur le terrain et la manière dont les conflits sont perçus ici ?

    R.P. : Effectivement, les gens ne s’imaginent pas justement les horreurs vécues ailleurs, car ils sont pris par leurs propres problèmes quotidiens. Or, il n’y a pas de distinction entre la misère internationale et celle plus locale. Donc, la situation d’un sans domicile fixe fait autant appel à votre humanité que celle du blessé de guerre.

    Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre ouvrage ?

    R.P. : Je veux que le lecteur se pose la question : « Quel monde je veux pour demain ? » Et s’il conclut qu’il souhaite un monde différent, alors il doit s’engager et donc agir concrètement. Mais pour ça, il doit accepter de prendre des risques.

    Que peut-on faire concrètement pour soutenir les populations touchées par les conflits ?

    R.P. : On ne doit plus être indifférent face à la situation actuelle. Nos dirigeants accordent un budget colossal à la défense, mais aucun pour la défense de la paix. Or, si on prenait, ne serait ce, qu’1% du budget alloué à la défense, cela représenterait déjà 500 millions d’euros. Une somme qu’on pourrait accorder alors à la sensibilisation pour la paix ou à l’éducation à l’interculturalité, par exemple.

    Comment transmettre aux jeunes générations ce sens de l’engagement et de la responsabilité collective ?

    R.P. : Les images, dorénavant retransmises en temps réel, doivent nous aider à agir. On doit vouloir autre chose, espérer autre chose. Le XXe siècle nous a donné une leçon sur ce qu’est la confrontation, avec une violence à son paroxysme. Donc le XXIe siècle doit être celui de la conciliation. Or, on est entrés dans ce XXIe siècle avec des hommes, des dirigeants, qui ont conservé la mentalité du XXe siècle. Cette situation doit alerter la jeunesse : ne vous laissez pas imposer ce discours par ces hommes de la confrontation ! On doit faire taire ces voix.

    Quelle leçon majeure retirez-vous de votre parcours dans la médecine de guerre ?

    R.P. : La guerre devrait être déclarée hors la loi. Cette interdiction devrait même être inscrite dans la Constitution. Certes, on doit conserver le droit de se défendre, mais on doit abroger celui de décider de faire la guerre.

    On a appris la semaine passée l’arrestation de Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant égyptien « Mada Masr », qui devait participer aux Nouvelles rencontres d’Averroès. Selon vous, que traduit cet événement concernant la liberté d’expression ?

    R.P. : Le but, aujourd’hui, est de terrifier les populations pour ensuite mieux les museler. Avec des actions pareilles, les hommes au pouvoir conservent des états de guerre bien plus lucratifs que l’état de paix. Par exemple, pour la France, qui est un des premiers pays producteurs d’armes au monde, l’état de guerre lui ramène de nombreux acheteurs prêts à payer le prix fort pour se défendre face à l’adversaire. C’est un système révoltant.

    « Va où l’humanité te porte. Un médecin dans la guerre », 304 pages, éditions Tallandier
  • Les dockers à l’avant-garde de l’internationale pacifiste

    Les dockers à l’avant-garde de l’internationale pacifiste

    Non à la guerre, non à la militarisation des ports. » La banderole déployée par les ouvriers dockers et portuaires de Fos-sur-Mer résume le mot d’ordre de cette journée internationale de grève du 30 octobre. La totalité des salariés du port a cessé le travail avec pour consigne de mettre l’activité à l’arrêt : aucun chargement ni déchargement n’était assuré. 95% des ports français étaient également mobilisés. L’appel international a réuni des ouvriers dockers des cinq continents, dans 111 pays différents. Porté en Europe par l’European Dockworkers Council (EDC), le mouvement a touché la Turquie, l’Inde et même les États-Unis.

    C’est pas l’arme qui prend la mer

    Les dockers CGT de Fos-sur-Mer s’étaient illustrés pour leur refus de charger plusieurs conteneurs d’armes à destination d’Israël, en juin 2025. Un acte qui s’inscrit dans « les valeurs de paix et d’internationalisme » citées par le secrétaire général adjoint de la fédération CGT, Serge Coutouris, dans notre édition de ce vendredi, dans la même lignée des refus de chargement de matériel militaire durant les guerres d’Indochine ou d’Algérie.

    Au-delà de la question des livraisons d’armes, la CGT et l’EDC dénoncent la militarisation croissante des infrastructures portuaires européennes. Ils pointent l’adoption d’un plan de mobilité « Schengen militaire » en 2025 pour accélérer le déplacement de troupes et d’équipement dans le contexte de guerre en Ukraine. 17 milliards d’euros sont prévus par l’UE pour la mobilité militaire dans son budget 2028-2034.

    La fédération CGT appelle également à rejoindre l’appel à la grève du 5 novembre prochain.

  • À Pierrevert, des pistes forestières rénovées pour les pompiers et l’ONF

    À Pierrevert, des pistes forestières rénovées pour les pompiers et l’ONF

    Un régiment de militaires de la Sécurité civile détaché pour les travaux d’urgence d’espaces naturels, basé à Brignoles, a achevé jeudi un important chantier de rénovation de deux pistes forestières endommagées à Pierrevert et à Montfuron, dans les Alpes-de-Haute-Provence, près de Manosque.

    Pendant près de trois semaines, les militaires du régiment d’instruction et d’intervention de la sécurité civile ont débroussaillé, sécurisé les deux pistes, et y ont créé des aires pour permettre aux camions de se croiser. Le bon état des pistes est particulièrement important dans cette zone, à haut risque d’incendies.

    « Les pistes s’abîment avec le temps, avec la pluie, le passage des motos, des chasseurs », explique le sergent Gauthier Sorton, chef du module pendant le détachement. Afin de réaliser le chantier, les militaires avaient à leur disposition deux bulldozers, une mini-pelle et un tracteur. Sept militaires du rang et un sous-officier sont intervenus pour ces travaux.

    L’intercommunalité DLVA (Durance Luberon Verdon Agglomération) a entièrement financé le chantier, qui lui a coûté environ 20 000 euros, selon Cyril Marin, responsable du service espaces naturels. « Cela aurait coûté beaucoup plus cher en passant par une entreprise privée, à peu près entre 70 000 et 90 000 euros, puisqu’on aurait dû payer la main-d’œuvre », affirme-t-il.

    Malgré quelques interruptions dues aux intempéries, qui ont compliqué l’intervention des militaires, le chantier a pu se terminer à temps.

    Plusieurs communes de la communauté d’agglomération ont « cruellement souffert des incendies au début des années 2000, donc il y a eu une réelle volonté unanime des élus, lors de la création de la DLVA, de prendre cette compétence de DFCI (Défense des Forêts Contre l’Incendie) pour mutualiser les moyens », a relaté Gilles Mégis, vice-président de la DLVA, délégué à la prévention des risques.

    Les militaires du régiment d’instruction et d’intervention de la Sécurité civile interviennent sur de nombreuses catastrophes naturelles, comme des tremblements de terre ou des feux de forêt. Après des inondations, ils retirent les arbres tombés sur la route ou les voitures emportées par le courant, comme récemment dans les Bouches-du-Rhône et le Var. Pendant les intempéries, des engins du chantier ont dû y être évacués.

    Il existe trois régiments de ce type en France, à Brignoles, à Libourne et à Nogent-le-Rotrou. Le régiment de Brignoles vient de signer une nouvelle convention avec la mairie de Manosque pour revenir intervenir tous les ans pendant quatre ans. En 2025, ce régiment était déjà intervenu à Manosque pour rénover une piste stratégique de défense du massif du Luberon.

  • Le département des Bouches-du-Rhône affiche son appui aux forces de l’ordre

    Le département des Bouches-du-Rhône affiche son appui aux forces de l’ordre

    À l’initiative de Martine Vassal, présidente (DVD) du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, une immense bâche tricolore, sur laquelle figurent plusieurs visages ainsi que le message « Merci, nous serons toujours
    à vos côtés », a été déployée
    ce mercredi 28 octobre
    sur la façade du siège
    de la collectivité, à Marseille.

    Dans la foulée, Martine Vassal a relayé ce message sur les réseaux sociaux : « À celles et ceux qui nous protègent : Merci ! Jour et nuit, nos pompiers, policiers, gendarmes et militaires répondent présents pour assurer notre sécurité et porter secours à ceux qui en ont besoin. »

  • À Toulon, des vols de drones illégaux détectés autour de sites militaires

    À Toulon, des vols de drones illégaux détectés autour de sites militaires

    Le Commandement de zone et d’arrondissement maritimes Méditerranée (CECMED) de la Marine annonce ce matin que plusieurs vols de drones non autorisés ont été repérés à Toulon, durant l’exercice interarmées de grande ampleur « Typhon », mené du 5 au 16 octobre dans la zone. Ceux-ci « ont été détectés dans la zone d’interdiction de survol, aux abords et au-dessus de sites militaires », précise le CECMED, qui ajoute toutefois qu’ « à ce jour, aucune infrastructure sensible n’a été menacée. » Parmi les sites en question, la base navale, la Direction générale de l’armement et le 54e régiment d’artillerie de Hyères, selon les informations d’Ici Provence, qui précise qu’ils auraient été détectés de nuit, entre le 9 et le 13 octobre. Leur nombre et leurs modèles n’ont pas pu être déterminés, mais « ils étaient plusieurs à chaque fois, et des gros engins », selon une source citée par la radio.

    Ces appareils n’avaient aucun lien avec l’exercice en cours à ce moment-là, qui avait pour objectif de s’entraîner à la protection des emprises militaires autour de la rade, mais également dans la rade, en coordination avec les forces de sécurité intérieures. Et qui ont occasionné, à ce titre, le vol de plusieurs drones.

  • « Naza », le film-événement sur les dessous d’un génocide à Gaza

    « Naza », le film-événement sur les dessous d’un génocide à Gaza

    Événement cinématographique et politique, Naza, film réalisé par deux journalistes israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, sort enfin sur les écrans en France. C’est peu dire qu’il fait débat. Il est même devenu une affaire d’État en Israël. Les deux journalistes sont voués aux gémonies par Benyamin Netanyahou et son gouvernement d’extrême droite, montrés du doigt, voire pourchassés par l’armée.

    Le documentaire est coproduit par le quotidien britannique The Guardian et le cinéaste Jonathan Glazer, auteur de La Zone d’intérêt (la vie d’une famille allemande pendant la guerre dont le père dirige le camp de concentration d’Auschwitz). Une standing ovation de 25 mn a salué la remise du Prix du jury de la Mostra de Venise qui lui a été décerné. Un documentaire visible en France pendant deux jours (sur YouTube fin novembre), car un visa d’exploitation classique n’aurait pas permis une mise en ligne rapide en vertu de la chronologie des médias.

    Témoignages

    On comprend que les tenants de la guerre génocidaire menée depuis trois ans contre les Palestiniens de la bande de Gaza n’apprécient guère que certains secrets soient révélés au grand jour. Naza (nezek agavi en hébreu) est le terme utilisé pour désigner les « dommages collatéraux ». Autrement dit le nombre de civils dont la mort est jugée acceptable pour éliminer un cadre du Hamas.

    Sur le toit d’un immeuble de Tel Aviv, de nuit, vingt-quatre militaires israéliens, certains de la fameuse unité 8 200, responsable du renseignement d’origine électromagnétique et du décryptage de codes, sont interrogés par Yuval Abraham. Les visages et voix ont été numériquement modifiés. Le documentaire de 77 minutes examine technologie, systèmes de renseignement et processus décisionnels derrière les frappes aériennes israéliennes à Gaza. L’un d’eux affirme même que l’approbation a été donnée pour une attaque censée tuer 500 civils afin de tuer un seul membre du Hamas.

    Le film est intelligemment bâti. Pour les réalisateurs, il s’agit aussi de questionner voire de confronter la société israélienne elle-même. Des toits, la caméra zoome sur les appartements alentour, là où, dans de confortables logements, les Israéliens « vivent » la guerre via les écrans télévisés. Mises bout à bout, ces scènes dressent le portrait d’un système où le génocide serait accepté, drapé du mot « vengeance » sans que sa vérité profonde ne soit interrogée.

    Le chef d’état-major, Eyal Zamir, a qualifié le film de tissu de calomnies sanguinaires et a ordonné une enquête juridique pour identifier ses sources au sein de l’armée et des services de renseignement. Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a annoncé son intention d’engager une procédure pour révoquer la citoyenneté israélienne d’Abraham et de Szor, les accusant de « trahison envers l’État ». Il a qualifié le documentaire d’« ignoble » et a affirmé que les cinéastes étaient prêts à « nuire à leur patrie pour s’attirer les applaudissements d’antisémites du monde entier ». Quant à Benyamin Netanyahou, il affirme qu’il s’agit d’« une incitation mondiale à l’antisémitisme ». Le chef du gouvernement israélien, poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a prévenu : « Nous les frapperons au portefeuille et nous nous en prendrons également à leur citoyenneté, ils n’ont pas leur place parmi nous. »

    Yuval Abraham rappelle que Naza a été conçu « pour susciter un débat public sur les actes du gouvernement à Gaza, le massacre de plus de 73 000 êtres humains, dont la plupart sont des civils, la normalisation de la guerre d’extermination, de l’idée qu’”il n’y a pas d’innocents“. »

    « Naza » (1h17) : sortie les 12 et 13 octobre. En Paca, le film est projeté dans plusieurs salles notamment aux Variétés à Marseille (mardi à 17h45 et 19h45), ainsi que dans des cinémas Pathé

  • Deux jours de débats dédiés aux enjeux stratégiques de la Méditerranée à Toulon

    Deux jours de débats dédiés aux enjeux stratégiques de la Méditerranée à Toulon

    Depuis cinq ans, la Fondation pour la maîtrise des enjeux stratégiques (FMES), « think thank » créé à Toulon en 1990, organise les Rencontres stratégiques de la Méditerranée. Ce rendez-vous annuel s’adresse autant aux spécialistes qu’au grand public, pour débattre des enjeux de cet espace d’interconnexion partagé par 23 pays issus de trois continents.

    Il a été introduit par François de Canson, vice-président d’une Région Sud qui se trouve, de fait, au centre de la réflexion française en la matière. « Toulon est le premier port militaire d’Europe », a-t-il rappelé. à ce titre, « la Région, via son opération d’intérêt régionale (OIR) Défense et Sécurité [plan d’investissement de 500 millions d’euros lancé en décembre 2025 pour soutenir l’industrie de défense, Ndlr.] est là pour permettre aux entreprises de s’installer plus facilement dans notre territoire. »

    Dans cette optique, ces rencontres permettent « d’échanger entre acteurs pour avoir une vision commune qui permette de défendre le pays », appuie François de Canson.

    Jean-Marc Jancovici

    en « grand témoin »

    Et pas seulement sur le plan militaire, car ces rencontres, qui se déroulent autour de tables rondes, couvrent des thématiques diverses : « Le principe, c’est de mettre autour de la table des gens d’expériences et de cultures différentes, militaires, politiques, spécialistes des relations internationales, de la technologie, de l’économie, ou de l’environnement », explique Pascal Ausseur, directeur de la FMES.

    Ce dernier aspect revêt un intérêt particulier, puisque le « Grand témoin » choisi pour cette édition est Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions d’énergie et de climat, intervenu mercredi après-midi. « Tous les enjeux se tiennent, donc l’écologie n’est pas un problème à part et on n’en réglera aucun sans régler les autres », justifie Pascal Ausseur.

  • Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    « La rafle menée à Marseille dans le quartier Saint-Jean les 23 et 24 janvier 1943, ainsi que le pillage et la destruction du quartier dès février 1943, caractérisent indubitablement des crimes contre l’humanité au sens de la charte du tribunal militaire international de Nuremberg applicable aux crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale » a solennellement exprimé mercredi le Procureur national antiterroriste (PNAT), Olivier Christen, devant plus de 70 victimes et descendants de victimes réunis au Palais Monthyon avec le collectif Saint-Jean et les avocats, Me Pascal Luongo et Me Michel Pautot.

    Le Procureur national a été accueilli par Olivier Leurent, le président du tribunal judiciaire qui a présidé en 2014 le premier procès à Paris du génocide des Tutsi au Rwanda. « La reconnaissance des crimes est essentielle et l’attente des victimes est légitime d’une justice intemporelle et surtout imprescriptible. Le devoir de mémoire est plus que nécessaire car l’oubli et l’ignorance sont la porte ouverte au renouvellement des crimes contre l’humanité. » Marseillais de naissance au sein d’une famille italienne, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a dit combien il était important « que la vérité soit établie sur ces faits terribles commis à Marseille. »

    Une reconnaissance, un classement sans suite

    Il y avait une dimension symbolique forte pour le PNAT à venir ici-même énoncer solennellement que « des persécutions, déportations et autres actes inhumains ont été commis à Marseille à l’encontre d’un groupe de population civile expressément ciblé pour des motifs politiques, raciaux ou religieux ». Qu’en outre cette tragédie a été perpétrée « dans le cadre d’un plan concerté au nom d’un état pratiquant une politique hégémonique idéologique, la rafle ayant été menée conjointement par les forces allemandes et françaises à l’instigation des plus hautes autorités SS. »

    Olivier Christen a salué le travail d’investigation notamment archivistique mené par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH) dirigé par le colonel Nicolas Philippotin, présent mercredi. 22 victimes de 20 familles ont été entendues. 17 personnes ont souhaité porter plainte pour crime contre l’humanité.

    Les enquêteurs ont identifié les 12 000 membres des forces de police et de gendarmerie françaises mobilisés pour la rafle et ont identifié 150 noms dans la liste des 100 000 collaborationnistes. « Pour celles encore vivante, il n’a pas été possible d’établir leur implication précise » a dit Olivier Christen. Les recherches en Allemagne pour retrouver des personnes n’ont pas abouti. Si la juste qualification juridique des crimes est posée, « la procédure a été classée sans suite, en l’absence de responsables pénalement poursuivables identifiés 83 ans après les faits » n’a pu que conclure le Procureur national.

    Pour autant les responsables sont connus. Heinrich Himmler, le ministre de l’Intérieur du IIIe Reich qui a donné l’ordre. Karl Olberg, le chef de la SS en France, qui écrit que « l’autorité allemande veut nettoyer de tous les indésirables les vieux quartiers et les détruire par la mine et le feu. » Sont aussi responsables Bernhard Griese, le chef des SS, Rolf Müller, le chef de la Gestapo à Marseille, René Bousquet, le chef de la police de Vichy, Antoine Lemoine, le préfet de Région, Pierre Barraud, l’administrateur provisoire de Marseille sous tutelle. Tous posent sur le même cliché pris à l’Hôtel de Ville le 23 janvier 1943 au terme de la dernière conférence préparatoire à l’Opération Sultan.

    Le maire de Marseille, Benoit Payan, voit dans cette reconnaissance « le résultat de décennies de lutte pour la mémoire de Marseille. Merci à l’ensemble des familles et associations mobilisées dans ce combat pour la Justice et la mémoire des victimes trop longtemps oubliées. Marseille se souvient. »

    « Ce travail de mémoire résonne avec une force particulière auourd’hui. À l’heure où l’extrême droite progresse et où le Rassemblement national cherche à se détacher de l’histoire du Front national, nous ne pouvons pas effacer d’où vient ce parti, fondé notamment avec d’anciens Waffen-SS », souligne pour sa part le sénateur communiste Jérémy Bacchi.

    Après deux heures de restitutions pédagogiques des 7 années d’enquête pénale et d’échanges avec quelques rescapés et de nombreux descendants de victimes, le Procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a pris la parole vers midi pour annoncer officiellement la reconnaissance par la justice du crime contre l’humanité. PHOTO D.C.

  • Première pierre pour le centre drones de Naval Group à La Londe-les-Maures

    Première pierre pour le centre drones de Naval Group à La Londe-les-Maures

    Ce projet, dont la mise en service est prévue pour fin 2027, comprend notamment la réindustrialisation du site historique des Bormettes à La Londe,
    au sein d’un pôle regroupant les activités actuellement réparties sur les différents sites de l’entreprise. Ce centre sera équipé des installations nécessaires à la conception,
    au développement, à la production et au maintien en condition opérationnelle (MCO) de drones, de systèmes autonomes et d’armes sous-marines. « Pensé pour répondre aux meilleurs standards environnementaux, cet outil industriel moderne contribuera à l’évolution des activités de recherche, développement et production du groupe »,
    se félicite Naval Group.

  • À Toulon, les manifestants irrités par la hausse du budget de la Défense au détriment des services publics

    À Toulon, les manifestants irrités par la hausse du budget de la Défense au détriment des services publics

    « Ce n’est pas possible que des milliards d’euros partent dans les poches d’entreprises qui font la guerre, et non pas dans celles des agents. De l’argent, il y en a. Ça suffit de payer pour les autres. » Reçue par le préfet du Var, mardi matin, en compagnie d’une délégation intersyndicale, Francisca Martinez, secrétaire départementale de la CGT finances publiques, brandit un symbole devant le cortège de manifestants, qui a achevé son parcours devant la préfecture : celui du budget de la Défense, rehaussé de 6,7 milliards d’euros en 2026, dans le cadre de l’augmentation de la loi de programmation militaire 2024-2030 (+36 milliards d’euros, pour atteindre 76,3 milliards d’ici 2030).

    « On a d’abord besoin d’un service public de qualité »

    Car, dans le premier port militaire d’Europe, ce sujet résonne plus qu’ailleurs. « Quand on voit des crédits impôts recherche distribués à de grosses entreprises, à savoir 211 milliards d’euros sans surveillance, sans contrepartie, on sait les bidouillages qu’il peut y avoir. Surtout qu’on parle de Défense, mais on est le deuxième exportateur mondial d’armes. Ça montre qu’on ne produit pas pour nous », dénonce Colette Moulun, elle aussi membre de la CGT finances publiques, qui rappelle que la Direction générale des finances publiques a perdu un quart de ses postes (plus de 30 000) en 15 ans.

    Il en va de même dans l’éducation, qui déplore, au niveau national, 4 500 postes d’enseignants supprimés. « Nous sommes 36 élèves par classe », illustre Donia, élève en terminale au lycée Dumont-d’Urville, à Toulon, présente mardi matin, comme plusieurs dizaines de lycéens varois, parmi les 1 600 manifestants mobilisés selon la police, 7 500 selon les organisations. D’autres métiers sont concernés, comme celui de « psychologue scolaire, par exemple », pointe Cédric Turco (SNUIPP – FSU), avec, en conséquence, « de moins en moins de places dans le circuit spécialisé et des élèves qui se retrouvent dans le général sans qu’on ait les moyens de les y inclure ». Une situation dont les élèves ont eux-mêmes conscience. « Il y a un manque d’accompagnants pour les élèves en situations de handicap », constate Donia.

    La situation est comparable chez les pompiers, qui ont vu 30% des centres d’incendie nationaux fermer depuis 2000. Il n’en reste plus que 6 100, dont six sur dix fonctionnent grâce aux volontaires. Mais il y a aussi « le matériel, avec des véhicules vieillissants et régulièrement en panne », rapporte David Vaubien, adjudant-chef à La Seyne, au sortir d’un été qui a mis en lumière ces manques, à l’instar de la vétusté du bâti scolaire.

    « Nos écoles sont des passoires thermiques. On travaille dans des locaux amiantés. C’est une honte pour les salariés et pour les élèves », s’indigne Cédric Turco, élu communiste à La Seyne, qui conclut sur le non-sens de cette impétueuse militarisation : « La paix ne se gagne pas par la guerre. En France, on a d’abord besoin d’avoir des services publics de qualité. »