Tag: migrants

  • Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    L’ONG SOS Méditerranée a déploré ce lundi 24 août dans un communiqué une « intensification des menaces » en Méditerranée centrale, pointant des interceptions « de plus en plus violentes » d’embarcations de « personnes en détresse » et des poursuites des navires de sauvetage, qu’elle attribue à des « acteurs libyens » et des « groupes armés ».

    Voilà un an, son bateau l’Ocean Viking avait essuyé « des tirs des garde-côtes libyens » assure-t-elle alors qu’il transportait 87 personnes rescapées même si « les responsables de l’attaque n’ont pas été identifiés », convient l’ONG.

    SOS Méditerranée estime que « cet environnement opérationnel, de plus en plus hostile en Méditerranée centrale, n’aurait pas pu perdurer sans l’élargissement de la coopération européenne avec les acteurs libyens en matière de dissuasion migratoire ». « Un phénomène nouveau et préoccupant » a également été recensé par l’ONG entre juin et juillet. Cette dernière affirmant qu’à sept reprises au moins, des navires « liés à des acteurs libyens », certains « non identifiés », se sont approchés « à grande vitesse » de bateaux de sauvetage, ou les ont suivis des heures durant – des « poursuites » jusque dans les eaux internationales.

    Un premier trimestre meurtrier

    Elle souligne également une « augmentation significative de la présence de vedettes rapides non identifiées, liées à différents groupes armés en Libye ». Des embarcations qui « ont été observées (…) percutant délibérément des embarcations transportant des personnes en détresse et en effectuant des manœuvres mettant leur vie en danger », poursuit SOS Méditerranée.

    Pour Soazic Dupuy, directrice des opérations au sein de l’ONG, « cette attaque aurait dû marquer un tournant ». Mais avec ce harcèlement, « le message envoyé est dangereux : la violence en mer peut se poursuivre en toute impunité », alerte-t-elle.

    SOS Méditerranée réitère également un appel pour « une enquête complète et indépendante afin d’établir les responsabilités autour de cette attaque ». Et Soazic Dupuy réaffirme son intention de continuer à « sauver des vies, documenter les violations et veiller à ce que la Méditerranée demeure un espace où s’applique le droit international, la transparence et les principes les plus élémentaires d’humanité ».

    Dans le bilan de ses dix ans d’activité publié en juin, l’ONG s’inquiétait déjà d’un premier trimestre 2026, « le plus meurtrier jamais enregistré », la Méditerranée centrale étant « devenue un cimetière à ciel ouvert non par fatalité, mais du fait de choix politiques de non-assistance à personne en danger ».

    REPÈRES

    821

    C’est le nombre de personnes disparues ou décédées en Méditerranée centrale au cours des quatre premiers mois de 2026, selon l’Organisation internationale pour les migrations, soit une augmentation de 111 % par rapport à 2025.

    43 485

    C’est le nombre de personnes auxquelles SOS Méditerranée a porté secours depuis le 7 mars 2016. Un quart d’entre elles étaient mineures, dont 80 % non accompagnées. Dans le même temps, entre janvier et juin 2026, 35 000 personnes ont disparu en mer.

    27 116

    C’est le nombre de personnes qui ont été interceptées par les gardes-côtes libyens en 2025, d’après l’organisation internationale pour les migrations. Ramenés en Libye, les migrants font face à un système d’exploitation décrit par l’ONU comme brutal et profondément enraciné.

    75,7 %

    C’est la part des décès en Méditerranée qui ont eu lieu en Méditerranée centrale, sur cette route migratoire entre la Libye et l’Italie, une des plus mortelles au monde, du fait, notamment, de la très grande distance qui sépare les côtes des deux pays.

  • Notre mer, un océan d’inhumanité

    Notre mer, un océan d’inhumanité

    La Méditerranée n’est plus seulement un immense cimetière de migrants creusé par l’inaction des gouvernements européens, elle est devenue le théâtre d’une violence croissante.

    Il y a un an, l’Ocean Viking, navire de l’association de sauvetage en mer SOS Méditerranée, avait essuyé des tirs de la part de garde-côtes libyens, causant d’importants dégâts matériels et un grave traumatisme pour les personnes à bord. Depuis, l’association dénonce une multiplication des interceptions de plus en plus violentes de personnes en détresse en mer et des « poursuites » de navires de sauvetage jusque dans les eaux internationales par des groupes armés.

    Impunité et indifférence

    Tout cela dans l’impunité s’agissant des garde-côtes libyens et dans une indifférence complice des gouvernements européens. Ceux-là mêmes qui ont fait de la Libye une plaie ouverte dans la rive sud de la Méditerranée où les migrants subissent l’esclavage, les viols et la faim.

    Comment accepter que des mafias paramilitaires se développent dans notre mer commune en instrumentalisant la misère humaine et ses conséquences ?

    Tandis que SOS Méditerranée sonne l’alerte, d’autres violences ont éclaté en Grèce dans des centres de rétention où la police anti-émeute a été envoyée.

    Cette situation est intenable. Pourtant un autre chemin existe : le respect des droits humains, du droit de la mer, des conventions internationales et le codéveloppement pour faire de la Méditerranée un espace de prospérité commune plutôt qu’un océan d’inhumanité.

  • La lumière d’Alpha, un jeune migrant aux multiples talents

    La lumière d’Alpha, un jeune migrant aux multiples talents

    C’est dans la médiathèque du Pont du Las que les militants de la section de Toulon-La Seyne tombent sur quelques œuvres d’Alpha Boubacar Barry. « J’ai trouvé ça intéressant, donc je suis allé voir la directrice pour lui demander qui en était à l’origine », explique son président Roland Biache.

    La rencontre se produit et il leur raconte son parcours qui va l’amener, à 14 ans à peine, à prendre le chemin de l’exil suite au décès de son père. Entamant un périple difficile de Guinée Conakry, son pays, jusqu’à Toulon, en passant par le Mali, l’Algérie et l’Espagne. Son oncle qui l’accompagnait perdra la vie au cours de la traversée de la Méditerranée.

    Mais ce n’est pas pour évoquer le drame vécu quotidiennement par ceux qu’on appelle les migrants que les défenseurs des droits humains ont accepté de nous rencontrer aujourd’hui. Mais plutôt, pour mettre en avant une prise en charge réussie de ce mineur isolé très talentueux. Son absence le jour de la rencontre va leur permettre de brosser sans retenue son portrait.

    « C’est un gamin un peu exceptionnel, extrêmement débrouillard avec un niveau de communication qui est largement supérieur au commun des mortels », confie Roland Biache.

    Si bien que le jeune Peul a non seulement réussi le circuit de l’intégration mais est parvenu aussi à se constituer « un réseau hyper étendu ». « Il est toujours en train de réfléchir, de créer », ajoute responsable associatif. Un jeune artiste doué qui sait aussi parler de ses peintures qui retracent son histoire, son parcours.

    La Ligue a photographié l’ensemble de ses œuvres pour réaliser une expo itinérante sur bâches et faire découvrir son travail. Au-delà d’être peintre, il est également conteur et a monté une chaîne YouTube qui s’appelle Bab TV, BAB dans laquelle il commente le monde. « On a l’impression qu’il a vécu plusieurs vies », précise Roland Duthach. Et comme ça ne suffisait pas, il vient de créer une collection de vêtements. Et il fait défiler ses camarades du lycée Claret où il est actuellement scolarisé.

    Histoire d’un parcours

    « Ces jeunes-là ne viennent pas, comme disait l’autre, voler le pain au chocolat des petits Français. Ils viennent parce que leur situation personnelle a fait qu’ils n’ont eu que le choix de partir », profitent pour rappeler les militants des droits humains. Alpha évoque aussi la rencontre avec les policiers dans certains pays, les agressions subies. C’est l’histoire d’un parcours migratoire qui se termine bien, du moins à ce jour. Mais bientôt majeur, ça pourrait peut-être se compliquer « vu la politique migratoire aujourd’hui de l’actuel gouvernement ». « Parce qu’en la matière, je ne sais pas ce que le Rassemblement national pourrait faire de plus si par malheur il arrivait au pouvoir », tempête Roland Biache. Et de poursuivre : « Le drame dans l’histoire, c’est que c’est une vraie perte pour son pays. On ne parle pas suffisamment de ça, je trouve. De tous ces talents obligés de partir pour des raisons politiques, mais qui feraient la renommée de leurs pays, qui feraient leur richesse ».

    La section de Toulon-La Seyne de la LDH est en tout cas très fière d’accompagner ce jeune homme dont on devrait continuer à entendre parler dans le milieu de la culture et des arts.

    « Ce qui est assez exceptionnel c’est qu’il arrive également à agréger les énergies, à agréger un tas de monde autour de lui qu’il fait aussi avancer », conclut Roland Dutach. Comme ses copains de classe.

    Une force transmise par ses parents, a expliqué Alpha : « Ma mère nous répétait toujours de ne jamais voir notre souffrance comme une malédiction, mais comme une arme pour construire notre avenir. Et me disait souvent : “Sors, avance, vise haut, va jusqu’aux étoiles” ».

    « Ces jeunes
    ne viennent pas voler le pain au chocolat des petits Français. Ils viennent parce que leur situation a fait qu’ils n’ont eu que le choix
    de partir. »

  • Digne-les-Bains, l’auto-école qui ne laisse personne au bord de la route

    Digne-les-Bains, l’auto-école qui ne laisse personne au bord de la route

    Je partais trois ou quatre heures avant mon heure de conduite pour venir en stop » : atteinte de dyspraxie sévère, habitante d’un village isolé, Orphée vient d’obtenir son permis, mercredi, après 112 heures de conduite, grâce à l’auto-école sociale dignoise Nos Routes Solidaires. « Les gestes de la vie quotidienne sont compliqués pour moi, je suis maladroite, je casse beaucoup de choses, j’ai du mal à me repérer dans l’espace spatiotemporel », explique la jeune femme, évoquant les conséquences de ce trouble neurodéveloppemental.

    Pendant sa formation à l’auto-école, elle a d’ailleurs bien failli jeter l’éponge, désemparée. « Mais je savais que je finirai par y arriver ! », lance celle qui est déjà en recherche active d’une voiture d’occasion, faute de budget : « Je ne peux pas mettre toutes mes économies dans une voiture, alors que je vais emménager avec mon compagnon et que l’on doit acheter des meubles. » Le handicap d’Orphée l’empêche actuellement de travailler, mais elle devrait prochainement intégrer la blanchisserie de l’Esat de Digne, une structure adaptée aux personnes en situation de handicap. « On m’a dit que j’étais trop lente pour travailler à l’Ehpad et il est impossible de trouver un emploi sans permis ici », explique-t-elle. Le permis lui est indispensable pour se rendre à ses rendez-vous médicaux et faire ses courses.

    « On récupère ceux qui n’ont pas réussi ailleurs »

    « Pour certains, on leur a dit toute leur vie “t’es nul, tu n’arriveras à rien“, regrette Alexandra Comité, directrice de l’auto-école créée en 2012. On accueille des personnes qui ont des difficultés d’apprentissage, des troubles de l’autisme ou qui ne parlent pas très bien français. » C’est le cas d’Aliaksandr Laparra, jeune Biélorusse arrivé en France il y a cinq ans, qui en est à sa 17e heure de conduite. « En Biélorussie, même avec un Bac +3, on se retrouve à travailler au Mcdo. Il y a très peu d’offres d’emploi », regrette-t-il. C’est cette raison qui les a poussés, lui et sa mère, à quitter leur pays natal. Malgré quelques problèmes de trajectoire dans les ronds-points, le jeune homme « apprend très vite », le félicite sa monitrice, Sylvie Pons. « Certains ne savent toujours pas changer les vitesses à leur 20e heure », avance-t-elle.

    « Humainement, on est tous touchés par les parcours des élèves », témoigne la directrice. C’est pourquoi, vendredi, elle et les moniteurs ont décidé de célébrer ensemble la réussite d’Orphée. « On récupère tous ceux qui n’ont pas réussi ailleurs, qui ont des difficultés financières, familiales ou des freins à la mobilité », explique Alexandra Comité. L’auto-école devrait ouvrir, début octobre, une nouvelle antenne à Manosque.

  • La Girolata pour apprendre la mer en toute confiance

    La Girolata pour apprendre la mer en toute confiance

    Marseillais de cœur, Emmanuel Witvœt a grandi sur le pont d’un bateau.

    Il a fait ses classes aux Glénan, avant que la voile devienne son métier. Et venir dans le Sud, sur les pas de l’un de ses arrière-grands-pères qui était marin à Marseille. Si naviguer est sa passion, transmettre son savoir est devenu une vocation. « Le côté partage et défi, ça me botte, je sentais que la mer m’appelait » confie-t-il.

    En petit comité

    Diplôme en poche, Marseille est donc devenue son port d’attache. Et s’il propose des formations classiques, avec mise en pratique dans la rade de Marseille sur son Grand Soleil 34.1, Emmanuel accueille à son bord d’autres apprentis marins.

    Il organise régulièrement des sorties en mer pour les minots du centre social de la Belle de Mai. « Ce sont de petits groupes de quatre, ce qui nous permet de bien appréhender les gestes et de progresser rapidement. Que ces jeunes deviennent des acteurs du port sur les rives duquel ils vivent » indique-t-il.

    C’est son passage aux Glénan qui a inspiré cette initiative, « car cette école est avant tout une école basée sur la solidarité, qui accueille des blessés de guerre et des personnes victimes de violences conjugales afin de les aider à se reconstruire ».

    Sur son Grand Soleil, Emmanuel Witvœt accueille également des migrants. « Le but est de leur montrer qu’un bateau peut aussi être un élément de plaisir. Généralement ils surmontent rapidement l’appréhension de revenir sur l’eau, qui pour eux est synonyme de danger absolu, pour qu’ils la voient comme un espace ludique. »

  • David Rachline forcé de retirer une banderole xénophobe de la façade de la mairie de Fréjus

    David Rachline forcé de retirer une banderole xénophobe de la façade de la mairie de Fréjus

    En matière d’actes tombant sous le coup de la loi et de prises de position à caractère xénophobe, David Rachline, le maire (RN) de Fréjus, n’a plus grand-chose à apprendre. Nouvel épisode ces derniers jours avec l’affichage d’une banderole sur la façade de l’hôtel de ville, sur laquelle on pouvait lire « Une OQTF non exécutée est un danger pour les Français ». Celle-ci faisait suite au meurtre d’un jeune homme de 19 ans le 28 juin, à Fréjus, dont le principal suspect est un individu de 20 ans sous OQTF.

    L’édile fréjusien, qui sera jugé en septembre pour favoritisme dans une affaire d’attribution de marchés publics, ce qui avait valu une perquisition de la mairie en mars 2025, n’a ainsi pas manqué de saisir l’occasion de récupérer ce drame au profit de son idéologie, ce qu’a même dénoncé la famille de la victime. Sans, évidemment, se soucier du fait qu’une large partie des OQTF sont prononcées à cause de lenteurs administratives dans le renouvellement des titres de séjours, et que leur nombre a fortement augmenté suite à la circulaire Retailleau de janvier 2025. « Il n’a pas eu la même réaction pour Hichem Miraoui, assassiné par un fanatique du RN l’année dernière », rappelle Catherine Aubry, co-animatrice de LFI Est-Var. « Il saute à pied joint sur la récupération. Cela montre une nouvelle fois son obsession pour les migrants. »

    « Atteinte grave

    au principe de neutralité »

    Pas au goût du Préfet du Var, qui a saisi le tribunal administratif de Toulon le 10 juillet, par une requête en référé-liberté, afin de demander le retrait de la banderole, au motif que son message « portait une atteinte grave au principe de neutralité du service public. Il est interdit d’apposer sur tout bâtiment public, une inscription symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques. »

    La préfecture ajoute que « le message faisait à tort référence à une situation dans laquelle la mesure administrative [l’OQTF, ndlr] prononcée par la préfecture ne pouvait précisément pas être exécutée car elle était l’objet d’un recours devant le tribunal administratif. » Sachant que la justice lui ordonnerait probablement de le faire, David Rachline a ainsi décidé de retirer la banderole sans attendre le verdict du tribunal administratif lundi. En conséquence, le juge des référés a prononcé un non-lieu à statuer. Un dénouement salué par Pierre Daspre, membre du bureau départemental du PCF : « C’est bien que le préfet ait rappelé les principes républicains, il faut respecter la justice et l’État de droit. » « C’était une banderole odieuse et raciste. Le préfet l’a faite interdire sous un autre angle, mais c’est déjà ça », ajoute Catherine Aubry. « C’est cocasse d’être dans l’illégalité quand on veut faire appliquer la législation sur les OQTF », a, quant à elle, souligné Christine Romano, élue d’opposition (PCF) « Fréjus Riposte ! ».

  • Le Cercle de silence persévère à Aix

    Le Cercle de silence persévère à Aix

    « Nous avons pu compter sur la force de notre présence et de notre volonté de ne pas nous laisser intimider » affirme Philippe Sénégas, coprésident de la section du pays d’Aix de la Ligue des droits humains. Le rassemblement du Cercle de silence, en solidarité avec les migrants et les étrangers, s’est tenu sans perturbation de l’extrême droite ce samedi matin à l’entrée des Allées provençales.

    Une mobilisation pacifique et silencieuse pour rappeler « la solidarité avec les migrants à une époque où le système législatif français et européen se durcit », selon Philippe Sénégas. Même son de cloche pour le député (PS) Marc Pena, présent aux côtés d’élus du groupe d’opposition de gauche dont David Tessier (PCF). « Nous exprimons notre solidarité avec les personnes étrangères et rappelons que la fraternité, la dignité humaine et le respect des droits fondamentaux ne sont pas négociables », écrit sur ses réseaux le député.

    Car l’extrême droite sévit

    L’initiative du 13 juin avait été perturbée par un groupuscule de jeunes hommes d’extrême droite, avec banderole « Lola, Philippine : face aux massacres, plus de silence », mégaphone en main pour scander « ne plus vouloir des assassins […] ceux que les gauchistes nous imposent » sous les caméras du média Frontières. Une scène à rapporter à un premier raid du collectif Nemesis en novembre, toutes deux condamnées et signalées au sous-préfet par le député Pena. « Ces gens dangereux nous poussent à continuer le cercle », affirme le responsable de la Ligue.

  • Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Corniche Kennedy, samedi, 11 heures. Au pied de l’œuvre murale de l’artiste Mahn Kloix représentant une sauveteuse et au-delà du monument aux morts, une chaîne humaine se forme. Des centaines de personnes sont vêtues d’orange, couleur des gilets de sauvetage à bord mais aussi de l’Aquarius, le premier navire de SOS Méditerranée. Ce happening était organisé pour célébrer les dix ans d’opération de l’association de recherche et de sauvetage en mer, en cette journée internationale des réfugiés.

    « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer »

    En une décennie, l’organisation a secouru plus de 43 000 rescapés, malgré les nombreuses entraves, politiques pour la plupart. Baya, donatrice, s’indigne : « Tous les États répressifs qui refusent d’accueillir les bateaux de SOS, la finalité c’est quoi ? De laisser mourir tous ces migrants dont on a pourri la terre ? », s’emporte-t-elle. « La planète n’appartient à personne ! », renchérit à ses côtés son amie Diana. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), depuis 2014, plus de 35 000 exilés ont péri dans les eaux méditerranéennes en tentant de rejoindre le continent européen.

    Sous les applaudissements, une flottille de 19 bateaux parade sur la mer. Sur l’un d’entre eux est accrochée une banderole : « 10 ans, toujours là ». Les bénévoles de l’association rythment l’événement. à leur signal, les participants dégainent des jumelles ou en forment en ramenant leurs mains à leurs yeux. Une image rappelant la fresque qui trône au-dessus de l’eau.

    Des enceintes diffusent au même moment des sons enregistrés à bord. Les participants sont ainsi immergés dans le quotidien des sauveteurs à bord de l’Ocean Viking. « SOS Méditerranée existe grâce à la mobilisation des citoyennes et des citoyens. En France, nous avons désormais plus de 1 000 bénévoles », se réjouit Anaïs, salariée de la structure, rappelant qu’une seule journée de navigation est estimée à plus de 24 000 euros.

    Cherchant un coin
    d’ombre, François, longtemps militant au sein d’Amnesty International tempête : « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer, ce sont des choses élémentaires, quelles que soient les conditions politiques ! Et c’est, de toute façon, ce que dit le code de la marine : on porte toujours assistance à quelqu’un qui est en danger en mer », pousse-t-il. Le retraité regarde autour de lui et esquisse un sourire, « ça fait du bien de voir tout ce monde, surtout dans des moments où la vie politique est difficile. En venant j’étais un peu inquiet de ce que pouvait faire l’extrême droite mais dans un sens, c’est aussi ça qui m’a motivé à venir. » Selon les organisateurs, 730 personnes ont répondu présentes à ce rassemblement, sous le regard curieux des passants.

    « Ça fait 10 ans que SOS Méditerranée sauve des personnes en mer. On veut montrer qu’on n’est pas indifférents, que les citoyens se mobilisent », explique Vanessa, venue accompagnée ses fils, Isidor et Maxim. Et quand ce dernier, lycéen, est interrogé sur la mission de l’association, il répond du tac-au-tac : « Ils sauvent des vies. » Tout simplement.

  • Le Refugee Food Festival fait son retour pour des recettes du monde

    Le Refugee Food Festival fait son retour pour des recettes du monde

    Un événement placé sous le signe du partage. Dans une centaine de restaurants, du bistrot à l’étoilé, mais aussi dans les cantines solidaires, restaurateurs, artisans de la région et cuisiniers réfugiés se réuniront afin de concocter des plats du monde entier, du 20 au 27 juin à Marseille. Au menu : banquet afghano-provençal, cuisines marocaines, palestiniennes ou encore ukrainiennes. « À travers ces rencontres nous voulons défendre l’idée que l’exclusion, la défiance et la peur s’effacent lorsque l’on apprend à se connaître », témoignent les organisateurs du Festival.

    C’est dans le cadre de la Journée mondiale des réfugié.es que s’organise chaque année autour du 20 juin, le Festival. « Nous voulons parler de chacun des individus qui sont appelés “réfugiés”. De chacune de ces personnes qui font preuve d’une résilience et d’un courage exceptionnels pour tout réapprendre », expliquent-ils.

    « La cuisine porte

    la mémoire »

    Manon Fleury, cheffe étoilée, parraine cette édition aux côtés d’Aïssa Maïga, réalisatrice, autrice et productrice française d’origine sénégalaise et malienne. « La cuisine fait partie de ces espaces très puissants où tout devient concret. Elle porte la mémoire, l’exil parfois, mais aussi la transmission, la joie. Elle permet de recréer du lien, même loin de chez soi », souligne-t-elle. « C’est ça la France, dans ce qu’elle a de plus beau : un lieu où les cultures se croisent, se transforment et inventent ensemble. »

    Programmation à retrouver sur festival.refuge-food.org/marseille

  • SOS Méditerranée, lueur d’espoir et d’humanité

    SOS Méditerranée, lueur d’espoir et d’humanité

    Toujours là. » C’est au sein de l’auditorium du Mucem à Marseille que SOS Méditerranée a dévoilé, vendredi, un rapport inédit : « En pleine tempête ». Le document revient sur les dix années d’opérations de l’association de sauvetage et de recherche en mer. « J’espère que le Mucem continuera à être ce que vous recherchez : un port sûr », martèle Cécile Dumoulin, responsable du département du développement culturel et des publics du musée. C’est dans ces lieux qu’en 2015 l’association, nouvellement fondée, avait organisé l’une de ses premières manifestations. Et c’est toujours ici que sont célébrés, ce samedi, ces dix ans en mer (lire ci-contre). « On partage ces valeurs républicaines et humanistes », insiste Cécile Dumoulin.

    En dix ans, SOS Méditerranée a secouru avec ses deux navires 43 418 personnes, au cours de 464 opérations menées en mer. Des enfants, des femmes, des hommes, qui, sans le secours des équipages auraient pu sombrer au fond de la Méditerranée. Dans ce rapport, l’organisation documente comment, au fil des années, les États européens se sont désengagés du sauvetage en mer, ont externalisé le contrôle des frontières et accentué la criminalisation de l’action humanitaire. Pour l’association, le point de bascule intervient en juin 2018, lorsque la coordination des secours est transférée des garde-côtes italiens aux garde-côtes libyens. Cette année-là, sont atteints des « sommets de harcèlement administratifs », assène Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée. Les équipes sont alors contraintes d’arrêter l’affrètement de l’Aquarius, qui a secouru entre mars 2016 et décembre 2018 quelque 29 523 personnes.

    Entraves de Rome

    et Tripoli

    Le deuxième navire, l’Ocean Viking est allé au secours de 13 895 rescapés entre août 2019 et juin 2026. Ce contraste entre les chiffres symbolise à lui seul la répression accrue. « On est beaucoup moins opérationnels, beaucoup moins efficaces dans notre mission parce qu’on ne nous transmet plus les alertes de détresse. En dix ans, on est passé de 70% des cas de détresse signalés par les autorités maritimes à 4% », déplore Sophie Beau. Entre 2020 et 2023, le navire a été détenu à trois reprises pour des raisons techniques, pour un total de 150 jours. Près de cinq mois durant lesquels les morts se sont accumulés dans ce cimetière marin qu’est devenue la Méditerranée.

    C’est également en 2023 que le décret Piantedosi que le gouvernement d’extrême droite italien impose aux navires de sauvetage de rejoindre immédiatement le port assigné par les autorités, souvent très loin de la zone de sauvetage.

    À ce tableau déjà sombre, s’ajoute la violence de Tripoli. « En août 2025 on a été pris pour cible, attaqués à balles réelles par les garde-côtes libyens alors qu’on patrouillait en eaux internationales », relate Soazic Dupuy, directrice des opérations de SOS Méditerranée, appuyant sur le « traumatisme » provoqué par cette épreuve. Face à toutes ces entraves, « on se retrouve très seuls, très impuissants », regrette-t-elle. Mais partout, des lueurs d’espoirs subsistent. « Depuis que la Méditerranée se vide des navires civils de sauvetage, on est plus en interaction avec les navires marchands », atteste Soazic Dupuy.

    « Résistance »

    L’association qualifie son action de « résistance ». Car cette semaine, le Parlement européen, phagocyté par la droite et l’extrême droite, a voté la mise en place de « hubs » de retour pour les migrants, soit des centres de rétention en dehors des frontières de l’UE. « La société civile n’a jamais été indifférente malgré tout ce qu’on entend de discours défaitistes ou sombres sur cet écrasement de nos valeurs fondamentales. En fait, beaucoup de personnes sont attachées à ces valeurs d’humanité, de solidarité, de fraternité et ça s’incarne très concrètement dans notre mission », insiste Sophie Beau.

    Les bénévoles n’ont jamais été aussi nombreux et conscients de cette mission vitale. « Nous sauvons des vies. Si notre bateau n’est pas là, ces personnes meurent en mer, cette évidence-là s’impose chez beaucoup de citoyens ». Et pour cause, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) recense 1 342 personnes disparues en mer depuis le début de l’année.

    « Nous sauvons des vies. Si notre bateau n’est pas là, ces personnes meurent en mer »

    43 418

    C’est le nombre de rescapés sauvés par SOS Méditerranée depuis mars 2016 avec ses deux navires, l’Aquarius et l’Ocean Viking, au cours de 464 opérations de sauvetage. Parmi lesquels figurent 10 524 enfants, dont 80% étaient non accompagnés.

    35 002

    C’est le nombre de personnes décédées en Méditerranée depuis le début du recensement par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Depuis le début de l’année, au moins 1 342 personnes ont disparu en mer. Ce qui fait de 2026 l’année la plus meurtrière.