Tag: Médicaments

  • Ces cinq salariées de l’Ehpad au bord de « la rupture » à Port-Saint-Louis-du-Rhône

    Ces cinq salariées de l’Ehpad au bord de « la rupture » à Port-Saint-Louis-du-Rhône

    « Notre directrice est peut-être fatiguée, mais nous, on est épuisées. » Jeanne* parle pour ses quatre autres camarades, toutes aides-soignantes à l’Ehpad des Magnolias de Port-Saint-Louis, en conférence de presse jeudi à l’Union locale CGT.

    Les cinq sont en arrêt de travail. Les cinq pointent dans les mêmes termes le conflit social qui les oppose à leur direction d’établissement depuis sa prise de fonction il y a un an. Après une table ronde, une distribution de tracts à la population et même un rassemblement en fin d’année 2025, le climat est celui de « la rupture » selon Mathias Raoux, de l’Union locale CGT. « Après un an de main tendue ce n’est plus possible », abonde Gaël Zaafour.

    Car les cinq agentes parlent du même « management toxique », des mêmes « humiliations » parfois publiques et des « propos dévalorisants » de leur directrice d’établissement. Exemple pris de la proposition des agentes d’une nouvelle organisation de travail, approuvée par leur cadre de santé, mais refusée par leur directrice. « Elle nous a dit : vous venez de là, restez-y » illustre Julie*, la main au ras du sol.

    « Les résidents en danger »

    Conséquence directe : des arrêts maladie, des personnels manquants, qui entraînent épuisement et autres arrêts dans un cercle vicieux. La prise en charge des résidents, mise en péril faute d’infirmières. Les aides-soignantes sont contraintes de donner les médicaments aux résidents en plus de leurs missions.

    « J’ai une photo du médicament mais pas le nom ni la posologie », illustre Jeanne, contrainte de solliciter l’astreinte « qui ne répond pas, ou alors c’est un autre Ehpad qui nous connaît pas », explique Valérie*. Cette mission en plus décale tout le planning : « Les patients attendent dans leur lit au lieu d’aller au petit-déj’ » détaille Jeanne, et le soir venu, « on les change aux WC pour surveiller le salon car on est seules », complète Valérie.

    « Accueillir le double de résidents dans ces conditions, c’est mettre en danger leur santé et celle des agents », tranche Gaël Zaafour, alors que le nouvel établissement doit ouvrir en juin. « Le directeur de l’hôpital de Martigues doit prendre ses responsabilités », affirme Julie. Contacté, le CH de Martigues n’a pas répondu à nos sollicitations.

  • Une pharmacienne bannie de la profession à Marseille

    Une pharmacienne bannie de la profession à Marseille

    Une pharmacienne marseillaise a été condamnée, lundi, à 18 mois de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende et à l’interdiction définitive d’exercer pour avoir « sciemment violé les règles de bonne dispensation édictées pour sa profession ». Entre 2021 et 2022, elle a abusivement délivré des psychotropes sans ordonnance. Sa pharmacie de la Blancarde écope d’une amende de 30 000 euros.

    En août 2022, un grossiste avait signalé des ventes excessives de Rivotril, un médicament détourné de son usage par les toxicomanes et qui alimente des trafics de rue. Lors du contrôle, des inspecteurs de l’Agence régionale de santé constataient de fortes ventes de Rivotril. De 3 729 commandes en 2020, l’officine était montée à 6 524 commandes en 2021 et il était relevé 4 802 commandes sur les six premiers mois de l’année 2022.

    Le Subutex, un médicament de substitution à l’héroïne, et la Pregabaline dite la « drogue du pauvre » – connaissaient eux aussi des hausses significatives de délivrance dans cette pharmacie à l’angle du boulevard de la Blancarde et de la rue du docteur Acquaviva (4e). Annie H., 60 ans, exerçait depuis trente ans. La pharmacienne, qui était à son compte depuis 2016, disait être consciente des risques de mésusage et d’intoxication de ces médicaments, mais réfutait avoir eu conscience qu’elle pouvait avoir alimenté un trafic. Elle disait avoir manqué de vigilance, mais aussi avoir pu subir l’insistance de certains toxicomanes, que les patients envoyaient régulièrement des médicaments « à leur famille au bled ›› sans que des ordonnances ne lui soient présentées.

    En réalité, l’augmentation très significative du nombre de commandes de Rivotril, Subutex et Lyrica sur trois années allait de pair avec l’augmentation du chiffre d’affaires de la pharmacie, qui passait de 500 000 euros de 2020 à 2021 pour atteindre 700 000 euros en 2021/2022 puis redescendre après le contrôle à 520 000 euros en 2022/2023 et 490 000 euros en 2024/2025. « Cette comparaison permet de comprendre que la dispensation massive et hors tout cadre réglementaire de substances assimilées stupéfiants a eu lieu dans un but lucratif », estime la 6e chambre correctionnelle, qui rappelle à la prévenue qui feignait de l’ignorer que « ces substances sont au cœur d’importants trafics, notamment à Marseille, qui ont des conséquences sanitaires et sociales graves. »

    Partie civile, le Conseil national de l’ordre des pharmaciens, qui a définitivement exclu sa consœur le 15 décembre 2025, se voit allouer 2 000 euros de préjudice moral.

  • Jugé pour viols aggravés après avoir drogué ses proies

    Jugé pour viols aggravés après avoir drogué ses proies

    Un procès hors-norme s’ouvre ce lundi et pour trois semaines devant la cour criminelle départementale des Bouches-du-Rhône. Celui de Cyril Zattara, un homme de 47 ans accusé d’avoir violé sous soumission chimique 14 femmes en se faisant souvent passer auprès d’elles pour un hypnothérapeute. Il répond aussi de l’enregistrement des agressions sexuelles de 19 victimes commis de juillet 2010 à mars 2021, date de son placement en détention provisoire. Par la soumission chimique exercée suivant un mode opératoire habituel, ce dossier fait écho à la retentissante affaire des viols sous soumission chimique subis par Gisèle Pélicot, à Mazan, et qui a valu à 51 violeurs dont son ex-mari d’être condamnés.

    Pour Cyril Zattara, professeur de danse, la procédure débute le 14 juin 2019 quand une jeune femme de 24 ans se présente au commissariat d’Aix-en-Provence et dénonce un viol sous administration d’une substance contre celui qui s’était présenté comme hypnothérapeute. Elle l’avait rencontré en 2018 lors d’une soirée, l’avait revu et avait demandé une séance d’hypnose. Angoissée de conduire depuis un accident, la jeune femme lui a demandé cette séance. Elle se souvenait avoir bu un verre de vin qu’il lui avait servi, avoir été prise de bouffées de chaleur et s’être réveillé dans le brouillard. Elle se rappelait que Cyril Zattara lui avait fait un massage crânien, qu’elle avait vomi dans une bassine bleue. L’ADN de l’accusé était retrouvé sur ses ongles et sa culotte. Une seconde plainte survient en septembre 2020. L’homme était enfin interpellé le 24 mars 2021.

    Il était déjà connu de la police pour harcèlement sexuel et des agressions sexuelles sur majeur en 2003 à Gréasque, empoisonnement à Carry-le-Rouet. La plainte pour viol de sa cousine, en 2001, avait été classée sans suite. « Il a détruit ma vie et si on m’avait cru il n’aurait pas détruit celle d’autres filles », dira-t-elle, choquée que son cas et celui de plusieurs autres femmes soient prescrits.

    « Un dossier d’une violence inouïe »

    L’expertise psychiatrique décrit un accusé à la « personnalité plutôt manipulatrice, de nature probablement perverse et une tendance également à se positionner comme une victime ». Il n’avait en réalité aucun diplôme d’hypnothérapeute pour pratiquer l’hypnose sur des personnes rencontrant de préférence des difficultés personnelles dans le cadre de phobies, de douleurs chroniques, de légère dépression.

    L’accusé a reconnu les avoir droguées, notamment avec du LSD, mais surtout du Zolpidem, un somnifère puissant délivré en sollicitant différents médecins, dont une qui le décrit toujours comme « la personne la plus empathique du monde ». Il profitait des 3 à 10 heures de somnolence pour abuser d’elles, souvent dans la villa de ses parents où il vivait à Aix. Le matériel informatique saisi a révélé qu’il filmait certaines de ses victimes à leur insu avec une caméra de vidéosurveillance placée dans la salle de bain. Une victime dira s’être réveillée vaseuse, nue dans le canapé avec l’accusé, nu également. L’ordonnance de mise en accusation la cite : « Je trouvais aberrant d’avoir pu consentir à coucher avec lui alors que je ne suis pas du tout attirée par lui physiquement et que je suis heureuse en couple. J’étais rongée par la culpabilité ».

    « C’est un dossier d’une violence inouïe », a déclaré Me Marylou Diamantara, qui défend cinq des 19 victimes et qui regarde l’accusé comme « un criminel en série qui, pendant vingt ans, a eu le même mécanisme » et « a gardé des preuves et des trophées de ses crimes ». Elle ajoutait : « Ce n’est pas le violeur que l’on rencontre à la sortie d’une boîte de nuit. Il y a tout un mécanisme préparatoire. Il va se faire prescrire des ordonnances, va obtenir les médicaments, va les avoir avec lui. Et à un moment donné, il a toutes ses proies autour de lui, toutes ses amies dont il prend soin et dont il est confident ».

  • [Entretien] Mireille Ansaldi : « Les bactéries s’adaptent face aux virus… qui s’adaptent eux aussi »

    [Entretien] Mireille Ansaldi : « Les bactéries s’adaptent face aux virus… qui s’adaptent eux aussi »

    La Marseillaise : Quel est l’état de l’utilisation des virus mangeurs de bactéries –bactériophages– contre les maladies infectieuses en santé humaine ?

    Mireille Ansaldi : C’est commun dans certains pays de l’ex-URSS, comme la Russie et la Géorgie. Dans l’Union européenne, c’est interdit. Mais certains pays l’autorisent en complément à des antibiotiques dans des cas particuliers. Par exemple en Belgique dans des préparations pharmaceutiques ou en France dans le cadre de traitements compassionnels – quand aucun traitement mis sur le marché n’est efficace.

    Les bactéries s’adaptent pour résister aux antibiotiques. Peuvent-elles le faire face aux virus ?

    M.A. : Oui. C’est la beauté de l’évolution : face à un agresseur, l’agressé trouve un moyen de se défendre. Si l’usage de bactériophages se répand, il faudra veiller à ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avec les antibiotiques. Toutefois, les virus ont un avantage : ils s’adaptent eux aussi pour contourner les défenses des bactéries. Cette lutte perpétuelle existe depuis des millions d’années.

    Ces virus bactériophages sont-ils dangereux pour l’humain ?

    M.A. : Absolument pas. Ceux connus et utilisés en thérapie sont inoffensifs. Et l’hypothèse d’un virus de bactérie qui s’adapterait pour infecter nos cellules est très improbable. Nos cellules sont très différentes des bactéries car les deux ont divergé il y a très longtemps. Contrairement à des virus comme ceux de la grippe aviaire ou de la grippe porcine, aucun virus bactérien n’est capable d’infecter une cellule animale ou végétale.

  • Virus et antibiotiques : une alliance contre les bactéries résistantes

    Virus et antibiotiques : une alliance contre les bactéries résistantes

    Les bactéries aussi ont leurs virus. Mais ils ne provoquent pas chez elles un rhume : ils les dévorent. Et d’autant plus facilement avec une petite dose d’antibiotique. « Cette synergie entre antibiotiques et virus dits “bactériophages” est connue depuis les années 1970, reconnaît Mireille Ansaldi, directrice de recherche CNRS au Laboratoire de chimie bactérienne (Aix-Marseille Université/CNRS). Mais nous ignorions les mécanismes qui en sont à l’origine. » Dans une étude parue dans Plos Pathogens, la chercheuse et son équipe montrent que cette meilleure efficacité des bactériophages est due à la forme des bactéries, modifiée par l’antibiotique. « Cela aide à comprendre comment fonctionne cette combinaison de traitements prometteuse face à l’antibiorésistance », ajoute-t-elle.

    Car l’emploi massif d’antibiotiques a fait émerger des bactéries résistantes. « Les impasses thérapeutiques se multiplient », insiste Mireille Ansaldi. Certaines maladies infectieuses ne se soignent plus car les bactéries responsables résistent à tous les antibiotiques connus. « Des études de The Lancet estiment que, d’ici 2050, les maladies infectieuses causées par des bactéries résistantes causeront plus de morts que les cancers », ajoute-t-elle.

    Les virus bactériophages – combinés aux antibiotiques – regagnent donc en intérêt. Cette piste ancienne a été délaissée à l’arrivée des antibiotiques. « Pendant la guerre froide, l’URSS n’avait pas accès aux antibiotiques et a beaucoup travaillé sur les bactériophages, précise Mireille Ansaldi. Aujourd’hui, la Géorgie est toujours à la pointe. »

    Éponge à virus

    Certains antibiotiques rendent la bactérie plus allongée ou plus ronde. Or, une bactérie allongée est plus facilement infectée. « Elle est comme une éponge plus grosse, avec plus de récepteurs à sa surface, explique Mireille Ansaldi. À l’intérieur, le virus se réplique mieux car le cytoplasme est plus gros et il y a plus de ressources. » Pour expliquer la meilleure efficacité des virus sur des bactéries arrondies, les scientifiques n’ont que des hypothèses, admet la chercheuse : « Nous pensons que cela permet aux virus de mieux se diffuser et d’infecter plus d’hôtes. »

    Pour s’assurer que c’est bien la forme des bactéries qui facilite le travail des virus, les scientifiques l’ont modifiée génétiquement, sans antibiotique. « L’effet est le même, assure Mireille Ansaldi. Cela confirme l’importance de la forme, même s’il y a peut-être d’autres facteurs impliqués. »

    Un modèle mathématique a été mis au point pour prédire la meilleure association entre un antibiotique et un virus contre une bactérie. « Nous souhaitons aller plus loin en utilisant l’intelligence artificielle afin d’analyser toutes les données existantes et faire des prédictions et du conseil auprès des praticiens hospitaliers, indique la chercheuse. C’est l’étape ultime. Mais il y a encore du travail. »

    REPERES

    1917

    C’est la date à laquelle le biologiste canadien Félix D’Hérelle publie la première étude sur les virus bactériophages – mangeurs de bactéries. Utilisés à des fins thérapeutiques au XXe siècle, ils sont délaissés dans certains pays au profit des antibiotiques et connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt face à l’antibiorésistance.

    2

    C’est le nombre de virus bactériophages –T5 et T7, connus depuis longtemps– testés dans l’étude de Plos Pathogens pour lutter contre des bactéries E. coli, en association à cinq antibiotiques en quantité non-mortelle pour les bactéries.

    Plage de lyse

    C’est le nom de la tache blanche qui se forme dans le milieu de culture à l’endroit où les bactéries ont été tuées par les virus. Mesurer la surface de ces taches permet d’évaluer l’efficacité de l’association d’un virus et d’un antibiotique face à une bactérie.

  • Narcotrafic : les salariés d’Orange pris en étau

    Narcotrafic : les salariés d’Orange pris en étau

    « Ici, c’est pire que la Banque de France. » Sur le parking d’Orange, à Saint-Mauront (3e), les trois gardiens qui assurent la sécurité ne sont pas tranquilles. Leur responsable a pris la décision, ce mardi 25 novembre à midi, de confiner durant une demi-heure tous les salariés, potentiellement 1 200, dans les faits de 400 à 450 en présentiel chaque jour, pour éviter les « dommages collatéraux ».

    Selon lui, une bagarre entre dealers au moyen d’un club de golf qui aurait pu dégénérer : « Une kalach, c’était pareil. » Il a préféré fermer le site « le temps que ça se calme ». Depuis une semaine, toujours selon lui, la venue des ministres de l’Intérieur et de la Justice, suite à l’assassinat de Mehdi Kessaci par un commando à moto, a « mis de l’huile sur le feu ». « C’est un quartier défavorisé, on n’a pas tous les tenants et les aboutissants, mais on pourrait aussi choisir d’éteindre l’incendie », estime-t-il.

    Concrètement, de nouvelles inscriptions sont apparues sur le mur de la sortie du métro National, indiquant que le point de deal voisin, au cœur de la cité de Félix-Pyat, était ouvert H24. Sur les grilles du siège d’Orange, ou sur les immeubles en face, il suffit de suivre les flèches blanches ou rouges pour y arriver. On arrive au pied des barres, avec un petit comité d’accueil où des minots encagoulés essaient de se réchauffer au soleil. Même si dans le quartier, entre mamans qui discutent, minots qui sortent du bus et ouvriers qui rentrent après une journée de travail, la vie s’écoule… paisiblement.

    Laurent, délégué syndical CFE-CGC d’Orange, raconte, lui, les emballages de médicaments jetés par-dessus la clôture, direct dans la pelouse. « On a aussi retrouvé des douilles suite à une fusillade au bar d’en face », ajoute le syndicaliste. Résultat, « les salariés ont peur, ils ont développé des stratégies pour ne pas venir, en recourant au télétravail, en multipliant les missions de terrain ». Il poursuit : « En tant que salarié d’Orange, on n’est pas là pour vivre ça. » Nexity, qui avait son siège juste en face, a aussi « déménagé parce qu’il y avait trop de problèmes », témoigne-t-il, « ils ont vendu ça avec l’espoir de la revitalisation, mais c’est trop tôt, on est un peu des spécimens d’expérience avec eux, ce n’est pas encore un quartier de droit. On vit dans une citadelle assiégée. »

    Une direction

    qui se dit mobilisée

    Il dénonce également le manque de sérieux de sa direction. Pour badger, il faut rentrer dans un sas « un peu sombre », qui « doit faire 30 m2 et dont la porte reste ouverte ». C’est « Riri, Fifi et Loulou qui gèrent la sécurité », ironise-t-il.

    Si un cap a été franchi, le phénomène n’est pas nouveau. « On ne voulait pas venir là et, d’ailleurs, on devait intégrer les bâtiments de Nédélec, à côté de la gare, mais Orange a préféré vendre, en partie à l’Agence régionale de santé », croit savoir le responsable syndical, « et nous rapatrier tous ici il y a deux ans ». CGT, FO, SUD et CFE-CGC s’étaient mobilisés en 2022 contre la fusion et le transfert des salariés de Nédélec, Réattu et la tour La Marseillaise, bref tous les sites marseillais, sur la rue Félix-Pyat. La sécurité du site n’est pas le seul point noir. « On a aussi eu des punaises de lit, avec des fermetures de plateaux entiers pour la fumigation », indique-t-il.

    La direction arguait, elle, de sa volonté de mettre en place un campus à Saint-Mauront pour « maîtriser [son] empreinte immobilière par la restitution d’immeubles à Marseille ». Sur « l’incident » survenu ce mardi, elle indique avoir « constaté un attroupement inhabituel d’une vingtaine d’individus proche de la sortie du métro National, à l’extérieur de l’entrée du site Massalia ». Afin de « préserver la sécurité des salariés et du site, Orange [leur] a demandé de ne pas quitter le site pendant 30 minutes, le temps que cet attroupement extérieur se disperse ». Et la direction d’assurer qu’elle est « en lien avec les forces de l’ordre pour toutes les questions liées à la sécurité de [ses] sites », que « la sécurité de [ses] salariés est une priorité ».

    Côté CFE-CGC, un courrier devait partir, ce mercredi, pour réclamer des mesures et des explications sur les raisons du déménagement à Saint-Mauront.

  • Un forum régional pour parler de la soumission chimique

    Un forum régional pour parler de la soumission chimique

    « Avec le procès de Dominique Pelicot, le sujet de la soumission chimique s’est imposé à nous », affirme Jennifer Salles conseillère (centriste) régionale et présidente de la commission lutte contre les inégalités, solidarités, défense des droits des femmes. Ce mardi, le conseil régional organise à l’hôtel de Région dans le cadre de son 4e forum Respect pour les femmes, plusieurs tables rondes pour libérer la parole autour de la soumission chimique.

    Le phénomène, mis en lumière récemment lors du procès Mazan, désigne l’administration d’une ou plusieurs substances psychoactives à l’insu des victimes ou sous la menace, à des fins criminelles ou délictuelles. Caroline Darian, fondatrice de l’association M’endors pas et fille de Gisèle Pelicot, sera notamment présente.

    De 9h15 à 12h, membres d’associations, politiques et experts vont échanger autour ce qu’est la soumission chimique, comment la repérer et recueillir les preuves, mieux accompagner les victimes. « Cet événement est à la fois grand public et pour les professionnels pour qu’on en parle », développe l’élue.

    Danger dans l’entourage

    Le forum est conçu pour déconstruire les clichés autour de ce phénomène. « On a beaucoup mis le focus sur les moments festifs en disant aux jeunes filles de faire très attention lorsqu’elles sortaient, attention à leurs verres, qu’on ne leur mette rien… Avec ce forum on veut montrer que ça peut aussi se produire dans la sphère privée ou dans celle professionnelle », explique Jennifer Salles.

    En effet, le danger se trouve avant tout dans l’entourage. « Dans la majorité des cas recensés dans la dernière enquête nationale sur la soumission chimique menée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), c’est bien l’entourage proche, professionnel ou amical, et notamment au sein du foyer, qui est impliqué en première ligne », précise le site de l’association M’endors pas de Caroline Darian. Par ailleurs, le GHB, connu comme la drogue du violeur, n’est pas la substance la plus utilisée. Des médicaments tels que les somnifères, sédatifs, anxiolytiques, antihistaminique sont également détournés pour cela.

    Avec la table ronde « comment détecter et repérer les signes », les experts espèrent pouvoir donner les clés aux femmes pour repérer « quels sont les signaux d’alerte ». Une libération de la parole qui a permis à de nombreuses femmes de comprendre ce qui leur arrive, et qui leur permet donc de saisir la justice. En 2024, 327 cas de soumission avaient été enregistrés, contre 5 en 2016.

    Inscriptions du public sur maregionsud.fr

  • Les Soudanais exilés appellent à l’arrêt des massacres

    Les Soudanais exilés appellent à l’arrêt des massacres

    « La communauté internationale, elle est où ? » Rassemblés aux Réformés, à l’appel de l’Association des Soudanais des Bouches-du-Rhône, du Var, ou encore de l’association de la Cantine soudanaise en France, ils sont venus rendre visible « le massacre. »

    « On essaie de faire en sorte que le monde tourne ses yeux vers le Soudan pour trouver une solution de paix car les victimes sont des femmes, des enfants, ce n’est pas une guerre mais un génocide », alerte Tamzain, un des manifestants. Pas plus tard que vendredi, l’ONU a mis en garde contre des « préparatifs en vue d’une intensification » des hostilités dans un Soudan déchiré par une guerre entre l’armée et les paramilitaires, malgré l’annonce par ces derniers de leur accord à une proposition de trêve humanitaire.

    Le troisième plus grand pays d’Afrique est ensanglanté depuis avril 2023 par une lutte pour le pouvoir opposant l’armée du général Abdel Fattah Al-Burhane aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) de son ancien adjoint, Mohamed Hamdane Daglo, tous deux accusés d’exactions.

    Des milliers de morts

    « En juin 2023, 15 000 membres de la population masalit d’El Geneina, dans l’Ouest du Darfour, ont été tués et des milliers d’autres ont été contraints de fuir vers le Tchad voisin », indiquent les manifestants marseillais, rapportant le récit d’une humanitaire sur place, en date du 6 novembre. Depuis le 26 octobre, la FSR a pris le contrôle de la ville d’El Fasher après un siège complet de 18 mois empêchant l’entrée de toute nourriture, ajoutent-ils évoquant des viols, tueries de civils, de journalistes, d’activistes. Des « horreurs » constatées dans des vidéos postées par les combattants de la FSR eux-mêmes. Sur leurs pancartes, les Soudanais exilés ont d’ailleurs apposé des images terribles d’enfants pendus, de corps ensanglantés. Des atrocités auraient été aussi commises dans la ville de Bara, dans la région du Nord-Kordofan.

    Le conflit a déjà fait des milliers de morts, forcé le déplacement de 12 millions de personnes et plongé le pays dans la plus grande crise humanitaire au monde selon l’ONU.

    Pour les manifestants marseillais, le soutien des Émirats arabes unis à la FSR lui permet de disposer d’« armes en nombre et récentes » en échange d’accès aux richesses du sol, « de l’or dans l’Ouest ». Pour Tamzain, les Émirats visent une scission du pays pour s’emparer définitivement de cette manne économique. Des mobilisations ont été organisées aussi à Paris ou Mulhouse, toujours « pour faire parler du conflit. » D’autres rassemblements ne sont pas exclus, « il faut que ça s’arrête, qu’on envoie des vivres et des médicaments », intime-t-il.

  • Douleurs chroniques : 42% des Français seuls face à la souffrance

    Douleurs chroniques : 42% des Français seuls face à la souffrance

    Algologie. Du grec « algos » (douleur) et « logos » (savoir). Cette discipline médicale concerne la prise en charge des douleurs. La spécialité aurait vocation à se développer fortement au regard des résultats du baromètre de la douleur 2025. Il révèle l’ampleur du mal : 42% des Français affirment souffrir de douleurs chroniques, soit 23 millions de la population adulte. La dernière mesure connue, fruit d’une enquête menée en 2008, faisait état de 12 millions de personnes concernées par les douleurs chroniques. L’étude montre donc une augmentation significative de la prévalence de la douleur chronique dans notre pays.

    Ce baromètre de la douleur 2025 agrège les principaux résultats de l’enquête Prevadol, menée au premier trimestre de l’année auprès de 11 940 Français, avec l’Observatoire français de la douleur et des antalgiques (Ofda)et l’institut de sondage OpinionWay.

    Parmi les 23 millions de personnes en souffrance chronique, 57% sont des femmes et 43% des hommes. Ce ne sont pas seulement les personnes âgées les plus touchées : l’âge moyen mis en lumière par l’enquête est de 46 ans. Cette jeunesse montre que des millions de travailleurs sont concernés. Les douleurs musculosquelettiques, propres aux métiers répétitifs, qu’ils soient physiques ou de services ont une prévalence de 36% dans la population française, suivies par les douleurs céphaliques (33%), abdominales (15%) neurophatiques (12%) et en lien avec un cancer (4%).

    Plus inquiétant encore, près d’une personne sur deux présente des douleurs intenses, c’est-à-dire que sur une échelle de 10, le niveau de leurs maux se situe entre 7 et 10. La moyenne d’intensité de la douleur est de 6 sur 10 pour l’ensemble des 23 millions de Français atteints. Signe que nous sommes face à un enjeu de santé publique, 44% des Français affirment souffrir depuis plus de trois ans. Cela révèle un défaut structurel dans la prise en charge médicale ; une insuffisance qui coûte cher à la société comme l’explique à La Marseillaise le professeur Eric Viel qui dirige le Centre d’évaluation et de traitement de la douleur (CETD) de Nîmes.

    Avec le centre antidouleur du CHU de Montpellier, les hôpitaux publics sont à la pointe sur le sujet car leur approche est multidisciplinaire et va des soins à l’accompagnement social. Mais les listes d’attente sont longues et le médecin traitant est le principal recours.

    36% ont un handicap modéré à sévère

    Or, souligne le baromètre 2025 de la douleur « malgré la prescription d’antalgiques souvent forts – 27% ont une prescription opioïde -, ils sont peu nombreux à voir leur symptômes s’améliorer – moins de 1 patient sur 3 ». Les conséquences sur la vie quotidienne sont lourdes : « 50 à 80% [des 23 millions concernés] présentent des répercussions physiques, émotionnelles ou sociale » et 36% « un handicap fonctionnel modéré à sévère ».

    Aujourd’hui, à peine un patient sur trois est satisfait de la prise en charge de sa douleur et moins de un sur trois a vu une amélioration de ses symptômes sur les dix derniers mois. Face à l’insuffisance de structures antidouleurs pluridisciplinaires, les patients ont recours à l’automédication dans les proportions inquiétantes, de l’ordre de 87%. Au-delà du paracétamol, prescrit à 70% et des inflammatoires (51% des prescriptions médicales), 27% des ordonnances comportent des opioïdes.

    Un plan national à l’arrêt

    L’étude constate une automédication dramatique de ses substances très addictives si elles ne sont pas encadrées. Or, 16% des 23 millions de personnes souffrant de douleurs chroniques ont recours à un opioïde en automédication. Si la législation française a pour l’instant épargné le pays de l’épidémie des opiacés qui décime les États-Unis – où les multinationales ont vendu légalement une drogue mortelle – le trafic de ces substances est effréné dans le commerce en ligne qui lui n’a que peu de contrôles n’y de frontières. Ce trafic continuera à prospérer tant que le plan national pourtant lancé il y a près de 25 ans ne sera pas mis en œuvre et financé. La Société française d’étude et traitement de la douleur (SFETD) qui va tenir son congrès du 26 au 28 novembre à Lyon fait un constat alarmant : « Depuis 2013, aucun plan, aucun programme, aucune action gouvernementale n’ont été mis en œuvre autour de la douleur alors qu’il s’agit d’un des premiers postes budgétaires en Santé publique. » Les résultats du baromètre de la douleur serviront-ils d’électrochoc ? Nul ne peut ignorer l’ampleur du mal.

  • Les députés s’emparent d’un budget de la Sécu explosif

    Les députés s’emparent d’un budget de la Sécu explosif

    Les députés ont commencé à étudier le texte lundi, en commission des Affaires sociales, avec quelque 1 500 amendements au menu à ce stade jusqu’à vendredi soir.

    Les oppositions ont notamment supprimé les mentions des objectifs de dépenses et recettes du gouvernement, ou encore les prévisions de dépenses de santé pour cette année, les estimant tantôt « insincères », tantôt insuffisantes face aux besoins, notamment à l’hôpital.

    Un tour de chauffe qui permet surtout d’observer les positions de chaque force politique, car les députés repartiront quoi qu’il arrive du texte initial dans l’hémicycle le 4 novembre pour un vote prévu le 12. Et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) est sous le feu des critiques des oppositions, en raison des économies massives pour réduire le déficit à 17,5 milliards en 2026 (23 milliards en 2025).

    « Le débat est ouvert » et la version finale « sera bien différente », ont répété les différents ministres en charge du texte, tout en affirmant la nécessité de maîtriser les dépenses, et « responsabiliser » tous les acteurs.

    La mesure phare restera quoi qu’il arrive la suspension de la réforme des retraites, promise aux socialistes en échange de leur non-censure. Le projet suspend jusqu’à janvier 2028 la marche en avant vers les 64 ans, tout comme le relèvement du nombre de trimestres à cotiser pour partir à taux plein.

    La droite contre

    une suspension

    Au cours de l’examen, Les Républicains proposeront de supprimer cette suspension, tandis que les socialistes chercheront à y intégrer les carrières longues.

    Si l’Assemblée vote la suspension, le Sénat, contrôlé par la droite et les centristes, rétablira la réforme, a prévenu samedi le président de la chambre haute, Gérard Larcher (LR).

    Le coût de la suspension est estimé à 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard d’euros en 2027.

    Pour la financer, les options retenues – une mise à contribution des complémentaires santé et des retraités – font controverse. D’autant que le projet de budget est d’une exceptionnelle rigueur financière.

    L’exécutif y limite la hausse des dépenses d’Assurance maladie à 1,6%, alors qu’elles progressent naturellement chaque année d’environ 4%, poussées notamment par le vieillissement de la population. Et il table sur sept milliards d’économies en santé, pour beaucoup douloureuses.

    Plusieurs mesures ciblent les malades : nouvelle hausse des franchises (reste à charge des patients sur les consultations et médicaments), moindre remboursement chez le dentiste, limitation de la durée d’un premier arrêt maladie… Ce projet est « profondément injuste et inefficace », a jugé France Assos Santé, principale fédération d’associations de patients. C’est « la pire cure d’économies depuis les années 2010 », selon les fédérations hospitalières.

    Examen incertain

    Autres propositions décriées : une taxation supplémentaire des complémentaires santé – qui fait débat jusque dans le camp gouvernemental – une taxation des cotisations patronales sur les tickets restaurant et œuvres du CSE, ou encore une surcotisation sur les dépassements d’honoraires des médecins. Le gel des pensions et de l’ensemble des prestations sociales (RSA, allocations familiales, APL…) en 2026, pour dégager 3,6 milliards d’euros d’économies, provoquera aussi de vifs débats.

    Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est engagé à ne pas utiliser l’arme constitutionnelle du 49.3 pour faire adopter ce texte, qui pèse pour près de 680 milliards d’euros de dépenses, soit plus que le projet de budget de l’état, examiné en parallèle dans l’hémicycle.

    Or, les profonds désaccords entre forces politiques, et le temps imparti limité, rendent l’examen des budgets très incertains à l’Assemblée avant leur transmission au Sénat.

    « Inacceptable » selon la FSU

    « Le financement de la « suspension » de la réforme des retraites : une provocation », affirme la FSU dans un communiqué, publié lundi. Parce que cette suspension n’est qu’un simple décalage et non l’abrogation qu’exigent le syndicat, mais aussi parce que « le gouvernement propose d’en faire porter le coût sur les pensions des retraités et sur les organismes complémentaires d’assurance-maladie ».

    « Inacceptable » pour la FSU, qui estime que cela « dévoile les leurres du gouvernement et renforce l’injustice du projet de budget ». Elle interpelle donc les parlementaires pour que les débats budgétaires débouchent sur des lois qui « répondent à l’exigence de justice sociale ».