Tag: Marseille

  • Négociations sous haute tension dans l’énergie

    Négociations sous haute tension dans l’énergie

    « On a obtenu l’intégration des revendications qu’on porte depuis plus d’un mois à la CPPNI [Commission paritaire nationale permanente de négociation et d’interprétation, Ndlr] », explique Renaud Henry, devant la barrière de pneus qui bloque en partie l’entrée du siège d’EDF. Un coup de pression destiné à maintenir le rapport de force devant la plus grosse entreprise de la branche, « qui est aussi la plus réticente à nos arguments », précise le secrétaire général de la CGT énergie de Marseille.

    Le 2 septembre, la FNME-CGT a déposé un préavis de grève reconductible dans 157 entreprises, sur la base de trois axes revendicatifs majeurs : l’abrogation de la réforme des retraites, qui prive les nouveaux embauchés du régime pionnier des industries électriques et gazières et modifie les droits des salariés, l’augmentation de 9% des salaires des électriciens et gaziers et la baisse des factures d’énergie pour les usagers. Ce jeudi 9 octobre, ces points étaient enfin discutés entre les directions des IEG et les quatre organisations syndicales (CGT, CFDT, CFE-CGC et FO).

    En nombre, solidaires

    Pour s’assurer du bon déroulé de cette réunion, la CGT a maintenu haut le cap d’une grève qui n’a jamais faibli sur l’ensemble du territoire. « La Centrale de Martigues, le stockage de gaz de Manosque, Graveline, Chambéry, le site nucléaire de Golfesh, la Centrale de Brévières-Malgovert, Saint-Alban, le barrage de la Rance, le centre nucléaire de Cruas, Gournay-sur-Aronde, la centrale nucléaire de Blayais, Oraison… » liste Alexandra sur son portable. « Plusieurs feux, un même brasier », résume le secrétaire général FNME-CGT, Fabrice Coudour, qui entend mener la lutte « jusqu’à la victoire », fort de troupes visiblement très déterminées.

    « Les enjeux sont gros, considère un gazier retraité venu en soutien. si on laisse passer, c’est la fin du statut des travailleurs, de la sécurité et la précarité énergétique va exploser. Ils ont passé la TVA sur l’énergie à 20%, alors que McDo c’est 5,5% ! ». En voyant entrer deux camions des meilleurs traiteurs marseillais sur le site, un électricien hoche la tête : « Ça, c’est tous les jours. Et ils ont fermé nos cantines ! »

    Dans l’attente des retours de cette entrée en négociation, les grévistes marseillais retournent sur le piquet de grève du boulevard Gueidon (13e), où les soutiens affluent. Les énergéticiens ont été « particulièrement émus » par la généreuse contribution à leur pot de grève offerte par une poignée de salariés de la blanchisserie Pamar (15e), en lutte depuis 22 mois. « Durant tous ces mois, on a appris que la solidarité était ce qu’il y avait de plus important. ça nous a fait du bien de partager un moment avec eux », témoigne leur représentante syndicale, Kalathoumi Coudouroi.

  • [Fiesta des Suds] Youssoupha : « Décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps »

    [Fiesta des Suds] Youssoupha : « Décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps »

    La Marseillaise : Sur le titre « Suprême », vous confiez votre rapport à la France et rappez : « dîtes à ce pays que je l’ai quitté pour mieux m’en rapprocher ». Peut-on dire que vous, l’enfant né à Kinshasa, venu vivre en France à 10 ans et qui habite désormais en Côte d’Ivoire, ne se sent jamais autant chez lui que lorsque qu’il est éloigné de la terre à laquelle il est attaché ?

    Youssoupha : Il y a un peu de ça. Je me rends compte que je suis un peu plus nomade que ce que j’aurais imaginé avant. Je ne me déconnecte jamais des endroits qui m’ont accompagné. Je ne suis par exemple plus au Congo, mais je reste très attaché à ce pays et j’y retourne régulièrement. Pareil pour la France. Peut-être que j’y reviendrai un jour de manière plus permanente. Mais pour l’instant, pour continuer à l’aimer, j’ai besoin de voir autre chose. Sinon, j’ai le sentiment de la subir et pour de mauvaises raisons. L’éloignement m’a rapproché de la France. Même si tout n’est pas réglé, on peut parler d’une forme de réconciliation.

    Les supporters de l’OM, club auquel vous êtes attaché, ont l’habitude de clamer : « partout, c’est chez nous »…

    Youssoupha : Depuis petit, je me suis toujours senti proche de ce club. Même si je suis connu pour être un fan de Liverpool, l’OM reste dans mon cœur. J’aime le fait qu’on puisse utiliser encore ces expressions de « partout, c’est chez nous » ou de « citoyen du monde ». Certains disent que c’est une formule facile, voire démagogique. Mais en fait, on n’a pas à se remettre en cause. Les frontières, ça reste des concepts théoriques. En revanche, nos vies, elles sont bien réelles. Je ne vais donc pas laisser un concept théorique renfermer ce que mon cœur et mon cerveau ressentent et pensent. Vous me parliez de l’OM : je n’ai jamais vécu à Marseille, je n’y ai pas de famille et je ne connais pas la ville plus que cela. Mais, à mon arrivée en France, enfant, quelque chose m’a rattaché à la ferveur de ce club. Pendant longtemps, j’ai pu complexer, car on nous intime de choisir. On en a entendu des formules bizarres comme « La France, tu l’aimes ou tu la quittes » ou « il faut choisir entre tes origines ». Eh bien, moi, j’ai choisi de ne pas choisir. Ou plutôt, je choisis tout.

    « Amour suprême » condense vos influences rap, africaines, mais aussi gospel et symphoniques. Ce qui ne date pas d’hier, quand on regarde les samples de vos débuts, parmi lesquels Nina Simone ou Edith Piaf…

    Youssoupha : C’est un album décomplexé. On a l’habitude d’entendre qu’on ne peut pas être telle et telle chose à la fois. Soi-disant, on ne pourrait pas être profondément Français et avoir des références Nina Simoniennes, être Africain et avoir pour référence le rap américain. Moi, j’aime Nas, Jay-Z, mais j’ai aussi la rumba congolaise dans le sang. La chanson française de Brel et Brassens me fascine. Le symphonique me porte en live et a changé ma vie. La soul music, c’est l’essence du rap que j’ai aimé. Pour le gospel, ce sont mes cousins à l’église qui m’ont mis dedans. J’ai décidé de faire tout cohabiter.

    Il y a aussi « Dieu est grande », morceau dédié à votre fille devenu viral, mais perçu comme un blasphème par des intégristes. Et dans « God bless », vous chantez « le chemin de dieu est simple, mais c’est les religieux qui le compliquent »…

    Youssoupha : Je suis quelqu’un de spirituellement hybride. J’ai grandi avec ma mère qui est sénégalaise musulmane. Mon père est, lui, chrétien, comme ma femme. Quand on a décidé de se marier, au niveau de nos familles et communautés, c’était un peu compliqué. D’un côté comme de l’autre, on a voulu installer un problème qui n’en était pas un pour nous. J’ai aussi vécu à Créteil dans un quartier juif. J’ai toujours été amené à me mélanger. ça m’a permis de me rendre compte que, dès que les gens se mélangent, ils sont souvent amenés à bien s’entendre. C’est quand les gens mettent la logique de camps et de dogmes, qui vient souvent des religieux, que la crispation s’installe. Si j’avais appris la religion à travers ceux qui prétendent en être les garants, je serais même devenu agnostique ou athée. Je pense que la religion et la spiritualité élèvent et que ce sont les gens qui rabaissent. Je veux transmettre cela dans mes textes en disant aux gens : « décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps. »

    Le titre « Prose combat » est aussi marqué par votre appel pour « une terre pour le peuple palestinien » ou le soutien au peuple congolais. Deux massacres desquels les dirigeants détournent le regard. Pourquoi ?

    Youssoupha : Car c’est logiciel du monde d’avant, qu’on a du mal à mettre à jour car il faudrait réinterroger nos civilisations. Dénoncer les pratiques du régime actuel en Israël, notamment sur la bande de Gaza et son génocide, remet en cause une interrogation. Auparavant, on présentait Israël comme une démocratie. On a lié cela à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, où les juifs ont été des victimes, parmi les pires de l’histoire. Ce logiciel de l’établissement d’Israël a persisté, ce qui fait qu’aujourd’hui, tout est confondu par les principaux médias et institutions. Pour le Congo, pareil. Aux yeux des gens, le pillage et les guerres en Afrique étaient quelque chose d’établi. Et quand on se met à dénoncer le génocide au Congo, pour l’exploitation des minerais, on entend : « ça a toujours été comme ça. » Pourtant, la prise de conscience doit se faire et les massacres doivent s’arrêter. On doit changer ce monde-là. Maintenant.

  • Terminal croisières : la CGT du Port répond à Manuel Bompard

    Terminal croisières : la CGT du Port répond à Manuel Bompard

    Dans une question au gouvernement ce mardi, Manuel Bompard estimait en effet que « ce projet va à l’encontre de toute considération écologique et sociale à Marseille », relayant le programme de Stop croisières. « Le Port de Marseille, c’est un écosystème d’activités complémentaires, lui rappelle la CGT du Grand Port maritime de Marseille et Fluxel dans un courrier adressé ce mercredi. Ces activités font vivre des milliers de familles et contribuent à la vitalité du territoire. Les opposer ou caricaturer la petite et grande croisière comme une menace pour la ville, c’est méconnaître la réalité du travail portuaire et l’équilibre de l’économie locale. » Et de rappeler le travail fait en faveur de la transition par le branchement à quai, les aménagements portuaires. Si la croisière reste « un maillon essentiel de la chaîne portuaire » avec ses retombées, la CGT rappelle aussi les investissements nécessaires pour l’activité portuaire : maintien des faisceaux ferroviaires d’Arenc, mise au gabarit des tunnels, réalisation de la rampe Saint-André, dépollution du tunnel du Soula. Et invite le parlementaire à échanger « plutôt que de vous lancer dans un «parcours hippique» hasardeux, dont la CGT du Port de Marseille ne saura pas toujours vous montrer le chemin du retour vers l’écurie ».

    Relire l’article paru le 30 septembre dans nos colonnes : Le terminal des croisières de luxe prend encore l’eau

  • #DisMoiPourquoi, Est-ce que notre cerveau dort ?

    #DisMoiPourquoi, Est-ce que notre cerveau dort ?

    Le cerveau ne dort jamais. Il est toujours actif. On croit que quand on dort, il ne se passe rien, pourtant c’est tout le contraire. Ça s’agite là-dedans. Bien sûr le cerveau se débranche du monde autour. On a les yeux fermés, on n’entend rien, on ne bouge pas. Mais pendant ce temps, le cerveau lui, il travaille. Dans le sommeil, le cerveau trie ce qu’on doit apprendre et ce qu’on doit oublier. Il fait tout pour bien enregistrer ce qu’on doit apprendre, et il s’occupe même de déplacer les mémoires importantes dans certaines des parties du cerveau. Pendant ce temps-là, on rêve. Quand on dort, le cerveau se nettoie aussi. C’est donc très important de dormir. Si on ne dort pas pendant des semaines, on devient fou. Est-ce que tu savais que les dauphins ne dorment qu’à moitié ? lorsqu’ils sont fatigués, la moitié de leur cerveau se déconnecte et fait tout ce dont je viens de parler. Pendant ce temps, l’autre moitié du cerveau reste réveillée et s’assure que le dauphin ne se noie pas. »

    Pierre-Pascal Lenck-Santini. Chercheur à l’Inserm.

  • L’interview de Sabrina Agresti-Roubache, « un coup de canif dans l’union »

    L’interview de Sabrina Agresti-Roubache, « un coup de canif dans l’union »

    Les reproches de l’ancienne secrétaire d’État macroniste, Sabrina Agresti-Roubache, ne passent pas. Dans La Provence, ce mercredi, celle-ci estime que « parler aux électeurs de Stéphane Ravier ne sert à rien », moins d’une semaine après la main tendue adressée par la candidate de la droite, Martine Vassal. Et rappelle que la présidente des LR des Bouches-du-Rhône, Laure-Agnès Caradec, n’a obtenu que 9% des voix aux législatives « dans la circonscription historique de Jean-Claude Gaudin ». « ça a été très mal reçu, grince-t-on dans les rangs de LR. Son interview, c’est un coup de canif dans l’union. Comment peut-on recevoir des leçons de quelqu’un qui a divorcé avec Marseille ? » Surtout qu’on s’inquiète du rejet de la macronie qu’elle incarne. En s’interrogeant sur ses visées. « Si le bien de Marseille passe par dire quelques vérités, je serai toujours là », assume l’intéressée face à la presse. « J’avais écrit que les électeurs du RN ne sont pas nos ennemis, il faut leur parler, mais à aucun moment cela veut dire se compromettre », insiste-t-elle. Rappelant que « la voie du centre existe » à Marseille.

    Relire notre entretien du 5 juillet 2025: [Municipales 2026] Sabrina Agresti-Roubache : « Je n’ai pas les codes du marigot politique, il n’a pas les miens »

  • La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    « La loi, à quoi ça sert ? » Autour du jeu de l’oie « graine de droit », installé sous un arbre du jardin de la Porte d’Aix (1er), Ahmer et ses petits camarades se grattent la tête. Il trouve la réponse : « Protéger les personnes ! » Ateliers de sécurité routière avec la police municipale, gestes de premier secours avec les marins-pompiers, centre de loisirs de la police nationale, stands de tir à l’arc, de badminton, escalade avec l’Addap 13… Associations et institutions ont investi la place, au cœur de Belsunce, pour la journée phare, ce mercredi 8 octobre, de la semaine de la prévention et de la protection de la jeunesse organisée par la Ville de Marseille et la mairie des 1er et 7e arrondissements. Dans les centres sociaux, les écoles ou les lycées des projections, animations sont aussi au programme.

    Une formule, qui, en tournant dans les quartiers marseillais depuis deux ans, rencontre un franc succès, se félicite Zoubida Meguenni, conseillère municipale (PM) déléguée aux politiques de prévention, protection et de médiation sociale pour les jeunes. Le but : « Amener la prévention sur les territoires dont beaucoup sont isolés, ici c’est le centre-ville mais il y a des problèmes de drogue et de violence », rappelle l’élue. Avec cette journée, il s’agit aussi d’« occuper le terrain », ajoute-t-elle, et d’informer « tout le monde sur les outils à disposition », en créant par la même occasion une synergie entre tous.

    Zoubida Meguenni aimerait faire plus, plus longtemps avec plus de moyens, déplorant le « grand vide » en matière de prévention. Même s’il y a de légers bougés. Manu*, éducateur à la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), embauché avec cette mission, « une nouveauté cette année depuis septembre », nous indique Pierre Pibarot, directeur territorial de la PJJ des Bouches-du-Rhône, explique : « Ce qui fait tomber les jeunes dans le trafic c’est l’appât du gain, la rupture avec les institutions telles que la police, l’Éducation nationale et la banalisation de la violence et de la criminalité. C’est un travail sur le temps long, on essaie de mettre tous les moyens possibles. Mais quand ils en sortent, c’est par l’amour… Ou la mort. »

    * Le prénom a été changé

  • Le Cria met à l’honneur des parcours d’exilés avec une réussite à la clé

    Le Cria met à l’honneur des parcours d’exilés avec une réussite à la clé

    Jalonnés d’embûches, les parcours migratoires peuvent aussi déboucher sur de beaux projets de vie. « On parle beaucoup des difficultés, mais une fois surmontées, elles révèlent des trésors d’initiatives. Nous avons voulu aborder cette semaine nationale sous un angle positif », explique Marion Crôle, présidente du Cria Paca.

    C’est une entrée à plusieurs portes dans l’univers du déracinement que proposait le Cria à ses partenaires, lors de cette journée dédiée à l’intégration. Une exposition photographique pour retracer différents parcours de ceux que la vie, la guerre, la crise économique ou politique a poussés à s’expatrier, des podcasts à écouter dans un combiné téléphonique, des vidéos et des témoignages sensibles.

    Une médecin afghane qui poursuit les démarches pour faire reconnaître son diplôme, tout en s’engageant bénévolement comme assistante sociale auprès de Médecins du Monde et comme secouriste à la Croix-Rouge, une psychologue ukrainienne qui poursuit ses études pour reconstruire sa vie à Marseille, une Marocaine qui a puisé dans son savoir-faire culinaire de quoi monter un restaurant aussi généreux en sourire qu’en saveurs, un jeune guinéen ayant bravé la Méditerranée devenu président d’une association culturelle œuvrant pour l’alphabétisation et l’accompagnement administratif…

    En puisant dans leurs ressources personnelles et en combinant leur héritage culturel aux apprentissages du pays d’accueil, les exilés ne se contentent pas de trouver leur place dans la société : ils l’enrichissent.

  • [Entretien] Le procès de Mazan « a montré que la violence sexuelle est massive »

    [Entretien] Le procès de Mazan « a montré que la violence sexuelle est massive »

    Stéphanie Fonvielle, maîtresse de conférences en linguistique à Aix-Marseille université (AMU), Laurence Hérault, anthropologue et professeure à l’AMU, ainsi qu’Irène Sériaux, étudiante en master 2 d’anthropologie, répondent à La Marseillaise.

    La Marseillaise : Le 2 septembre 2024, le procès des viols de Mazan démarre, à Avignon. Comment vous êtes-vous dit, à quatorze, « on y va » ?

    Laurence Hérault : C’était spontané. Dans notre coin, on s’intéressait au procès et à un moment, on s’est parlé et on s’est dit : « Ce procès est à nos portes et il faudrait une enquête anthropologique, car il va sans doute être historique. on ne peut pas ne pas travailler dessus. » L’équipe s’est formée et on a passé un peu plus d’un mois, en décembre 2024, à Avignon.

    Stéphanie Fonvielle : Ça a demandé un aménagement complètement inédit dans le monde de la recherche. C’est-à-dire qu’on a des cours à suivre, des articles à faire. On a dû suspendre beaucoup de choses, simplement pour pouvoir partir. Je pense que ça explique le style et l’urgence dans l’écriture. C’était assez inédit pour nous : le monde de la recherche, c’est le temps long.

    Dans votre livre, vous vous intéressez surtout aux personnes autour du procès. Pourquoi ?

    L.H. : On ne voulait pas faire une anthropologie judiciaire. On est partis avec l’idée de l’événement. Qu’est-ce que ce procès, en tant qu’événement, fait aux gens, à leur vie ? Donc, il fallait sortir du tribunal, qui était quand même le centre névralgique, mais notre idée était d’aller vers les gens.

    S.F. : Nous, on sait faire de l’enquête de terrain. On avait une force de frappe importante d’attaque. On est 14 enquêteurs et enquêtrices : ça veut dire 200 entretiens, 1 000 pages de transcription, une force de frappe qu’un seul ou deux chercheurs ne peuvent pas avoir.

    Qu’est ce qui vous a marqué dans cette enquête de terrain ?

    S.F. : Voir comment une ville peut devenir un événement d’écriture. Pendant ce procès, il y a une prise d’écriture collective, par les militantes et les associations féministes, à travers les collages. Il y a eu l’émergence de nouveaux slogans, comme celui en réponse à « il y a viol et viol » [ce qu’avait dit un avocat de la défense Ndlr], qui a donné « non, un viol est un viol », qui est repris dans les mouvements féministes.

    L.H. : Ce qui est ressorti, aussi, est que la violence sexuelle est massive et qu’elle est l’expérience profonde et quotidienne des gens. Même ceux qui ne se sentent pas concernés sont quelque part touchés par le procès ou par la violence sexuelle.

    Vous mobilisez le concept de « continuum de violence sexuelle ». De quoi s’agit-il ?

    Irène Sériaux : C’est un concept de [la sociologue] Liz Kelly, qui signifie que les femmes vivent continuellement des violences, sans forcément les hiérarchiser, mais en les voyant comme un ensemble quotidien. C’est de dire que l’expérience commune des femmes, c’est celle potentiellement d’être victime de violences.

    L.H. : L’expérience des femmes, c’est « je peux subir n’importe quelle violence, n’importe quand, de n’importe qui ». C’était notre approche féministe de départ, l’idée que les violences sont systémiques et structurent la société. Sans le verbaliser, les femmes sont conscientes de ça. L’une d’elles nous a dit, en parlant du procès, qu’elle n’était pas tombée du 10e étage en l’apprenant. Les hommes en sont moins conscients. Mais ça bouge. Ce procès a montré des prises de conscience masculines. Il faut que, collectivement, on se rende compte que cela ne concerne pas que les femmes.

    Propos recueillis par Eva Janus

    « Mazan, anthropologie d’un procès pour viols », aux éditions Le bruit du monde.

  • À la Fiesta des Suds, le son zen de Morcheeba pour sortir du chaos

    À la Fiesta des Suds, le son zen de Morcheeba pour sortir du chaos

    « La musique est une manière douce de communiquer », se plaisent à dire les membres de Morcheeba. La formulation parfaite pour résumer 30 ans de carrière, tissée au long du fil discontinu de la voix astrale de Skye Edwards et des productions planantes de Ross Godfrey, les rescapés et piliers du groupe qui seront sur la scène de la Fiesta des Suds, jeudi 9 octobre. Rien d’étonnant au regard de l’origine de leur nom, tiré de « More Cheeba » : comprenez ainsi « plus d’herbe ». Celle qui se fume et non pas qui se broute.

    Comme un voile vaporeux et mélodieux qui drape leur trip hop made in England, cette musique lancée par la vague Massive Attack et qui a puisé dès les années 1990 dans les rythmes de la musique afro-américaine, pour les enduire d’électro et de dub. Trigger hippie, Big calm, The sea… si les tubes se sont enchaînés jusqu’au mitan des années 2000, la décennie suivante fut plus avare en pépites dont Morcheeba avait le secret. Mais voilà que le désormais tandem Skye Edwards – Ross Godfrey vient délivrer à nouveau une recette qui avait fait la marque de fabrique du groupe, avec le nouvel album Escape the chaos. Mais s’évader de quel chaos, au juste ? « Les réseaux sociaux ont beaucoup empiré ces dix dernières années. J’y ai renoncé. L’ère de l’information est épuisante. Mais la musique, elle, peut envelopper chacun de nous dans un cocon sonore. C’est un sanctuaire », laisse planer le guitariste et claviériste Ross Godfrey.

    Appel de détresse tout autant qu’hymne à l’amour, Escape the chaos s’ouvre par le titre Call of love. Sur des riffs grassouillets, la voix de Skye Edwards, chanteuse londonienne, parolière et estampille de Morcheeba, se rappelle au souvenir de ses nombreux nostalgiques. Un appel à l’amour dans ce monde de brutes. « Il faut apprécier les bonnes choses. Les médias exagèrent les nouvelles pour attirer notre attention. La désinformation sème la confusion sur l’essentiel : se reconnecter à la nature et profiter d’une vie plus simple », affirme Ross Godfrey, peintre musical, dont la palette esquisse aussi bien des ballades pop à la sérénité toute affichée (Elephant clouds), que des quêtes zen épousant la voix de miel de Skye Edwards (Molten).

    Une histoire de connexions

    Fidèle à son credo depuis trois décennies, jalonnées de hauts et de bas, Morcheeba creuse encore son sillon : celui de la bande originale de nos turpitudes. En quête de refuge au milieu du chaos. « Nous aimons toujours créer des disques d’atmosphère, qui permettent au public de s’évader du quotidien », rembraye Ross Godfrey, qui n’a peut-être encore jamais atteint un tel niveau de production dans Escape the chaos.

    Morcheeba, c’est souvent une histoire de contrastes, de jeux de textures. Une parenthèse qui apaise les fracas du monde, viennent encore rappeler aujourd’hui des titres tels que Peace of me, au cours duquel le rap martial craché par le Mc, Oscar, s’atténue au contact de l’harmonie prodiguée par Skye Edwards. Que dire encore de Far we comme, mélopée harnachée à différentes cordes, qui donne presque le sentiment d’une chanson expiatoire. Des scratchs hip-hop de Cooler heads à la pop kitsch et futuriste de Hold it down, le combo se rapproche de l’esprit de ses débuts.

    « Il est difficile de dire d’où la musique de cet album nous est venue. Elle s’est développée naturellement. C’est une expression abstraite de nos sentiments. On a commencé à improviser sur certains morceaux lors des balances, puis on a réservé des studios pendant nos jours de repos entre deux concerts. On a mis plus de deux ans à le concevoir », souligne Ross Godfrey, grand manitou d’une œuvre presque mystique. Pour autant, précise-t-il, « je ne crois en aucun dieu. Mais je sais que l’univers est un endroit génial et que nous sommes tous connectés ».

    Programme complet de la soirée sur www.fiestadessuds.com

  • En grève, les chauffeurs de La Poste lèvent le pied

    En grève, les chauffeurs de La Poste lèvent le pied

    Les camionnettes jaunes de La Poste à l’arrêt, ce mercredi. En grève reconductible depuis le 30 septembre dernier, avec le soutien de la CGT, quasiment aucun des chauffeurs qui desservent les bureaux de poste de la cité phocéenne n’a quitté le site des Aygalades, dans le 15e arrondissement.

    En cause ? Leur opposition à un projet de réorganisation qu’ils jugent mal ficelé. « On n’a pas été consultés, l’augmentation de la charge de travail n’est pas compensée et la direction veut passer en force ! », résume Stéphane, chauffeur livreur pour le service postal depuis plus d’une vingtaine d’années. Cette refonte des livraisons est en lien, selon les chauffeurs, avec le dispositif « Log’issimo », un service présenté par La Poste comme une réponse aux « enjeux de la logistique du premier et du dernier kilomètre », proposant des livraisons diversifiées. « Ils ont mis en place les nouvelles tournées sans venir nous en parler ! Mais on va faire plus de kilomètres, finir plus tard… Et sans compensation ! », dénonce Stéphane. Autour de lui, ses collègues approuvent d’un signe de tête. « On n’a pas de reconnaissance de notre travail ! Pour eux, ce n’est pas fatigant ce qu’on fait », poursuit Christophe, également chauffeur depuis plusieurs dizaines d’années.

    Concrètement, la nouvelle organisation les obligerait à se rendre quasi systématiquement à la plateforme industrielle de courrier Marseille-Provence (PIC Vitrolles) avant de revenir aux Aygalades. À cela s’ajoute le rude quotidien des petites mains du service postal : « On n’a pas de 13e mois, peu de primes, des amplitudes horaires de travail de dingue… La pénibilité de notre travail n’est pas reconnue », poursuit Christophe. Le tout, pour des salaires au ras des pâquerettes. Deux livreurs de moins de trente ans déplorent des salaires nets de « 1 425 et 1 400 euros par mois », pour respectivement 6 et 7 ans d’ancienneté. On comprend mieux leur revendication d’une « prime compensatoire » de 500 euros pour ladite réorganisation.

    Échec des négociations

    Contactée précédemment, La Poste confirmait la volonté de réorganisation, mais avec une analyse tout autre de la situation : « Un projet est en cours sur l’organisation du transport, avec pour objectif de recentrer les chauffeurs sur leur cœur de métier, à savoir la conduite de poids lourds, en les déchargeant progressivement des tâches de manutention. » Avant de battre en brèche les accusations de dialogue social au point mort : « Il fait l’objet du dialogue social toujours en cours à La Poste. » Reste qu’une réunion de négociations s’est déroulée dans l’après-midi, réunissant grévistes, la CGT et la direction. « La direction n’a rien lâché, il y a eu un refus sur tous les points des revendications », relate Stella Estaque pour la CGT. Les grévistes se réunissent donc à nouveau, ce jeudi, pour étudier les suites à donner au mouvement.