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  • [Entretien] Marie-Florence Bulteau-Rambaud, Modem : « Je ne vois pas comment on peut mettre en place ces classes à 28 »

    [Entretien] Marie-Florence Bulteau-Rambaud, Modem : « Je ne vois pas comment on peut mettre en place ces classes à 28 »

    La Marseillaise : La région a annoncé une réunion extraordinaire sur les lycées et la création d’une plateforme Allô lycée pour permettre aux usagers de signaler leur problème. Quels sont les retours ?

    Marie-Florence Bulteau-Rambaud : Ce n’était pas une réunion extraordinaire, c’était un séminaire avec 200 encadrants, le premier certes, mais qui était prévu de longue date. Ça s’est très bien passé, le président de la Région, François de Canson, est resté une grande partie de la journée, il a pu échanger et comprendre leurs missions. La plateforme, elle, a été lancée, au lendemain de son élection, le 12 octobre. Il y a plus de 600 contributions assez intéressantes. Un peu de tout et beaucoup de remontées sur des problématiques d’emplois du temps, un vrai sujet pour les jeunes, mais qui comme pour la pause méridienne ne concerne pas vraiment notre collectivité.

    Il était aussi question d’un audit des lycées avec des brigades départementales. C’est en place ?

    M.-F.B.-R. : L’audit est assez simple à faire, on l’a globalement, puisque chaque lycée a une sorte de carnet d’entretien tenu par des chargés d’opérations de la direction de l’architecture et de la maîtrise d’ouvrages. Ils ont chacun 8 lycées qu’ils suivent de près avec ce qui a été fait et les programmations. La plateforme a permis d’affiner certaines choses à la marge.

    Quel est l’état des lycées ?

    M.-F.B.-R. : Il y a trois catégories : les vieux lycées comme Thiers (Marseille) ou Masséna (Nice), dans des bâtiments souvent classés, nécessitant des travaux réguliers et coûteux. Il y a ceux du plan Lycée-Réussite de Gaudin qui ont 30-40 ans et nécessitent aussi des grosses restructurations. On a ensuite les plus récents, les six qu’on a construits et ceux sortis sous Vauzelle. Mais récent ne veut pas dire sans problème. Mandela (Marseille) est magnifique avec son toit végétalisé mais il y a des infiltrations partout et il y fait des chaleurs extrêmes l’été. Puis on a des lycées très vétustes nécessitant des restructurations au prix du neuf.

    De l’ordre de 50 millions, comme annoncé pour Marie-Curie ?

    M.-F.B.-R. : Entre 35 et 60 millions, quasiment le prix d’un lycée neuf. Et pour Marie Curie (Marseille), on n’a pas attendu qu’on vienne nous tirer l’oreille. On est depuis longtemps sur cette restructuration complexe. Quand on met plus de 50 millions, il faut être sûr qu’on fait le bon choix en termes d’usage et d’offre éducative. On a 3 millions de mètres carrés bâtis, nos budgets sont assez réduits. Souvent, hélas, on agit dans l’urgence.

    La Région revendique 2,9 milliards investis depuis 2016 dans les lycées.

    M.-F.B.-R. : C’est ce qu’on consacre aux lycéens. Je sais qu’il y a eu un bel article dans la Gazette des Communes et un classement. Mais pour classer, il faut la même base. En matière d’investissement, on a fait 1,9 milliard dans le premier programme pluriannuel d’investissement et 1,5 milliard dans le prochain, notamment pour les lycées les plus vétustes. Sur la trentaine, quinze ont déjà fait l’objet d’une rénovation. On n’oublie personne.

    Malgré cela, la 3e région de France se trouve en fin de classement…

    M.-F.B.-R. : J’étais en colère de lire ça, ce n’est pas le reflet de la réalité. La Région mène aussi beaucoup de politiques volontaristes. Il y a ce qui est obligatoire, construire et entretenir les lycées, et ce qu’on fait mais qui ne l’est pas forcément. La région Bourgogne-Franche-Comté qui est bien classée, donne 20 euros pour les livres. Nous donnons des tablettes sans condition et finançons les licences numériques. C’est autour de 40 millions par an mais ce n’est pas pris en compte.

    Mais ce qui n’est pas prioritaire ne devrait pas passer après ?

    M.-F.B.-R. : Le pouvoir d’achat des familles n’est pas prioritaire ? Dans les cantines, le repas coûte 4,30 euros mais nous revient à 13 euros, sur les tablettes, peut-être devrons-nous requestionner l’usage du numérique et leur gratuité. Il y a la bourse au mérite, le pass Zou pour les transports, le pass santé. Si on continue à nous mettre à la portion congrue, on devra se poser ces questions.

    Les 4 milliards de prêts aux collectivités annoncés par l’état sont donc une bonne chose ?

    M.-F.B.-R. : Reste à savoir ce que c’est un prêt à taux préférentiel ? Ce n’est pas un taux zéro. Mais ce n’est pas la pire annonce là-dedans même si on n’a pas été consulté avant, ce que je trouve cela clairement inadmissible. Ce qui m’a particulièrement mise en colère, c’est les 28 élèves par classe de seconde à la rentrée 2027. J’aimerais bien savoir où on va mettre nos élèves ? Même si on a de l’argent magique qui tombe, je ne vois pas comment on peut mettre en place ces classes à 28 en dix mois. Et les 10 000 places de BTS qui sont majoritairement dans les lycées ? J’ai l’impression que ce nombre de 10 000 s’est fait au doigt mouillé.

  • Région Sud : une première séance face aux crises pour François de Canson

    Région Sud : une première séance face aux crises pour François de Canson

    Pour un baptême du feu, le nouveau président (DVD) de Région, François de Canson, a été servi. « Voilà dix jours que vous m’avez confié la présidence de cette institution, dix jours et déjà beaucoup d’évènements », euphémisait-il en ouverture de la première séance plénière qu’il présidait, ce vendredi matin, après une semaine marquée par les mobilisations lycéennes, les violences du 17 octobre et les inondations meurtrières.

    Alors en procédure d’urgence, l’hémicycle régional s’est prononcé pour des aides en faveur des commerçants victimes des pillages. « Derrière chaque vitrine brisée, c’est l’ouvrage d’une vie qui est détruit », évoque le président de Région avant de présenter ce fond déjà doté de 12 millions d’euros (5 millions de la Région et du Département, 1 million de la Métropole et de la CMA-CGM) pour des aides forfaitaires de 10 000 euros. Et d’en appeler à l’État pour « restaurer le calme et l’ordre » après avoir une nouvelle fois déploré la visite « presque en catimini » du ministre de l’Intérieur. « Je n’ose pas croire que la mairie de Marseille ne participera pas à ce fond régional », glisse de son côté le vice-président (LR) Ludovic Perney.

    Les mesures d’urgence concernent aussi les lycées. Au-delà des 3,1 millions d’euros du plan canicule, 6 millions d’euros de crédits sont votés pour réparer les établissements touchés par des violences qui « portent atteinte à un bien commun », rappelle la vice-présidente (Modem) Marie-Florence Bulteau-Rambaud.

    Motions concurrentes

    « L’émotion et la colère que suscitent ces actes ne doivent pas nous faire perdre de vue la parole des lycéens, les revendications doivent être écoutées et appellent à des réponses concrètes », insiste-t-elle. Sans pour autant que la majorité n’adopte la motion présentée par le comité représentatif du Rassemblement écologique et social, qui réclamait une conférence régionale sur les conditions d’étude.

    Mais dans l’opposition, l’extrême droite mise sur la surenchère, pour continuer à surfer sur les violences du 17 octobre. « Ce que nous avons vu, c’est l’islamo-gauchisme à l’œuvre », ose le député RN Franck Allisio en dénonçant « des hordes de sauvages ». Et de matraquer, comme les élus de son groupe : « Avec Marine Le Pen à l’Élysée, ce temps-là est bientôt révolu ». « Soyez prudents quand vous faites des annonces de l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, vous aviez fait la même annonce pour Marseille et Toulon », le cueille François de Canson.

    Mais au moment d’examiner les motions déposées, majorité et opposition se retrouvent cette fois en concurrence pour retirer les aides aux élèves sanctionnés. « Je souhaite que les sanctions les plus graves puissent avoir des conséquences sur l’accès à certaines aides régionales, dans le respect du droit », insistait le président de Région. Quand Franck Allisio dénonce des mesures « illégales ». « Votre motion est sans objet », répliquait Ludovic Perney après le vote du texte de la majorité. Assumant d’aller « bien plus loin » que le RN en matière de travaux d’intérêt général pour les lycéens condamnés.

    ET AUSSI

    Trois présidents sur les JO

    Les trois présidents successifs de la Région ne se sont pas privés de rappeler les conséquences de la perte des Jeux d’hiver 2030 pour Nice, alors que la collectivité réduit de 40 millions d’euros sa contribution à la Solideo. « Vous avez décidé de rayer d’un trait de plume le pôle glace », reprochait à l’extrême droite Christian Estrosi, face aux « retombées considérables » perdues. « La perte des Jeux à Nice vous incombe », surenchérissait François de Canson, quand Renaud Muselier appuyait : « C’est une occasion qui ne reviendra plus jamais dans votre vie ». Et de craindre, parmi les conséquences, des arbitrages négatifs sur la Ligne nouvelle, tandis que la collectivité votait de nouveaux crédits pour les lignes alpines. Pendant ce temps, des militants écologistes manifestaient contre les Jeux à l’extérieur, « une aberration par rapport au bouleversement climatique » dénonçait l’ex-adjoint marseillais Sébastien Barles.

    L’indignation de Jean-Laurent Félizia

    À la tête du comité représentatif du Rassemblement écologique et social, Jean-Laurent Félizia avait soigneusement préparé sa prise de parole, l’accord passé au moment du désistement de la gauche pour faire barrage à l’extrême droite aux régionales lui permettant d’intervenir une fois par an dans l’hémicycle. Mais la prise de parole lui a finalement été refusée, la collectivité indiquant à La Marseillaise que rien n’était prévu, hors la motion déposée et lue par la majorité régionale. « C’est un manquement à la parole politique donnée et un véritable déficit démocratique », dénonce Jean-Laurent Félizia dans un communiqué, rappelant que cette intervention lui est refusée « pour la troisième fois ». Il s’en est expliqué de vive voix avec le président de Région, qui selon lui aurait promis de faire différemment à l’avenir.

  • Une première avancée pour le lycée Marie-Curie à Marseille

    Une première avancée pour le lycée Marie-Curie à Marseille

    La mobilisation au lycée Marie-Curie a porté ses premiers fruits. Une délégation de personnels, accompagnée de la proviseure, a été reçue lundi à l’hôtel de Région par la vice-présidente déléguée aux lycées, Marie-Florence Bulteau-Rambaud (MoDem), des représentants des services et un membre du rectorat. À l’origine, une liste de revendications élaborée à la rentrée par l’AG du lycée à destination de la Région, propriétaire des locaux. L’établissement est sous les projecteurs depuis qu’un lycéen a reçu un violent coup de matraque de CRS mardi. Une enquête de l’IGPN a été ouverte.

    Mais au-delà de cet épisode, les personnels dénoncent depuis des années la dégradation de leur établissement. « L’état de Marie-Curie est connu de tous dans cette collectivité qui depuis des années promet des travaux qui, semble-t-il, étaient retardés par des complexités administratives et techniques mais qui, visiblement, ont été levées par le mouvement lycéen et enseignant et de tous les personnels de l’Éducation nationale », ironise Samuel, professeur d’histoire-géographie et délégué CGT Éduc’Action.

    « On reste mobilisés »

    À l’issue d’une entrevue d’une heure, la délégation est ressortie avec plusieurs « engagements clairs ». Le principal concerne le plan de restructuration : évalué à 53 millions d’euros, il sera soumis le 14 décembre au vote de la plénière du conseil régional. Les personnels ont aussi obtenu leur participation à une réunion de maintenance, le 4 novembre afin d’aborder les travaux urgents.

    Car les besoins immédiats sont nombreux : volets métalliques défectueux, sanitaires dégradés, matériel informatique insuffisant (cinq ordis pour 167 enseignants), vidéoprojecteurs hors services… « On ne souhaite pas que les travaux prévus figent le lycée dans son état, d’ici 2033 ce sont 10 000 élèves qui vont y passer », souligne Samuel.

    « Notre lutte n’est pas égoïste. Nous exigeons la même qualité d’écoute et les mêmes résultats pour l’ensemble des lycées de la région qui sont en souffrance », insiste le représentant syndical invitant la collectivité à piocher si besoin dans les fonds prévus pour les JO 2030 ou ceux, non-obligatoires, versés à l’enseignement privé. Surtout, les difficultés de l’éducation nationale demeurent. « On reste mobilisés avec nos lycéens », conclut Samuel. « Ce point d’étape est une victoire qui nous donne encore plus de détermination pour continuer le mouvement. »

  • « Moi Marseille »

    « Moi Marseille »

    Laissez passer les cartes postales. Celle de la ville de coups de vents, des coups du sort que les magazines habillent de lumière, de ferveur et de passions, de caricatures. Et revenons à ce que je suis.

    Hier, j’ai célébré mes 2600 ans. Grecque, ouverte sur la Méditerranée, j’ai souvent résisté avec courage, parfois folie, moins souvent j’ai cédé à la sagesse. Des excès, nombreux, me direz-vous. Sans doute, mais je suis ainsi faite. De cycles, de dépressions, de rebonds et c’est dans ce flot incessant que j’ai déployé ma légende.

    Trompant les projets des urbanistes, jouant de l’espace entre ma centaine de villages, j’ai fait ville sans jamais trahir l’âme de ceux qui m’ont façonnée durant ces siècles. J’ai tissé ma force, à l’abri du massif de la Nerthe et de la chaîne de l’Etoile, me dressant contre la Provence, négligeant le tourisme, préférant les orients lointains.

    Alors, d’aucuns ont parlé de moi comme un carrefour alors que je ne suis rien d’autre qu’un havre où les hommes se croisent, travaillent et galèjent. Oui, ici le verbe est haut, moqueur mais je suis ville de labeur et d’efforts, contrairement aux clichés exhibés par ceux de la capitale.

    Aujourd’hui, je le sais. Je suis à la croisée des chemins et je sens que le bruit et la fureur, transformés en étendards par certains, me menacent. Ils excluent, rejettent et se sont persuadés que mes excès traduisent une lâche tentation vers les extrêmes, que mes emportements justifient leurs aveuglements et leurs ressentiments.

    Ils font table rase de ce qui m’a nourri. Leurs propos et programmes, à l’emporte-pièce, sont la négation de mon passé, qui s’est pétri dans l’accueil et le mélange. N’allez pas croire que mon essence populaire signifie l’amour de la révolution. Je manifeste, je crie, je conteste parce que j’aime la justice et refuse les exclusions. Mes colères, elles sont là.

    Si j’ai chanté La Marseillaise, c’est pour sauver la République, pas pour faire preuve d’insoumission. Cette République, elle est égalité, fraternité et liberté. Elle est peut-être menacée, comme ce qui fait ma chair, mes espérances.

    Ceux qui affirment sans sourciller que la police tue, ceux qui refusent le compromis, rejettent tout ce qui ne s’accorde pas avec leur credo. Ils ont les mêmes défauts que ceux qui font porter les péchés capitaux à l’autre, celui qui ne leur ressemble pas. Leurs combats ne sont pas les miens. Ils instrumentalisent mes emportements. Oubliant ce que je veux.

    Je veux continuer à grandir sans perdre mon authenticité, je veux que chacun de mes habitants ait sa juste place, que tous mes quartiers soient apaisés. Le temps n’est plus où je cherchais ma force dans le refus de tendre la main à mon arrière-pays. Le développement auquel j’aspire est fait de coopérations, de dialogues et d’échanges avec mes voisins, proches ou lointains.

    À leur laisser les rênes, ces ingrédients du vivre ensemble disparaîtraient refermant le chapitre d’une ville où les projets, enfin, peuvent bénéficier d’investissements de l’État.

    Je veux être Marseille, une ville de projets pour une jeunesse libérée du déficit d’investissement, de formation, d’emplois qualifiés… Je veux être une ville de logements décents pour tous, d’espaces publics accueillants, de nature préservée. Je veux une économie dynamique qui reflète le potentiel de cette terre de recherche, de savoirs, d’innovation. Je veux des politiques qui rapprochent et non qui opposent, des choix qui protègent et non qui affaiblissent.

    Ce sillon, je l’ai creusé durant des années, avec des maires de conviction, courageux, auxquels mille et un reproches peuvent être lancés. Mais ils n’étaient pas enkystés par cette fatigue démocratique qui menace.

    Il faut être démocrate, républicain, courageux. Le pire n’est jamais sûr mais il nous appartient, désormais ensemble, de tourner le dos aux passions tristes des extrêmes.