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  • [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    Dans les salles des professeurs comme dans les classes, le malaise était palpable depuis longtemps. Tous dénoncent une dégradation du système éducatif. Alors qu’une nouvelle mobilisation est annoncée pour le mardi 13 octobre, Marion Chopinet revient sur les ressorts d’un ras-le-bol parti pour durer.

    La Marseillaise : Ce mouvement lycéen s’annonce durable, avec un nouveau rendez-vous le 13 octobre, porté par une intersyndicale lycéenne, étudiante et enseignante, ainsi qu’un appel interprofessionnel de la CGT. Est-ce quelque chose à quoi vous vous attendiez ?

    Marion Chopinet : À la fois, on ne l’a pas vu venir et en même temps, ce n’est pas étonnant du tout. Il y a eu le démarrage en région parisienne et des mouvements ponctuels déjà, avant la rentrée, dans les outre-mer. Cette colère lycéenne gronde depuis pas mal de temps. Elle s’est étendue à toutes les académies après la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Dans l’académie d’Aix-Marseille, les mobilisations lycéennes commencent autour de cette date, qui a marqué le début des premiers blocus de lycées ici.

    En tant que syndicat enseignant, comment accompagnez-vous les lycéens ? Peut-on parler de convergence des luttes ?

    M.C. : D’une certaine manière oui, car leurs revendications rejoignent les nôtres. Quand on se mobilise, nous, contre les réformes, le choc des savoirs, la réforme Blanquer en fait à l’origine de tout le bazar dans les lycées aujourd’hui, on se mobilise pour nous. Mais nos conditions de travail, ce sont les conditions d’études des élèves. Là, c’est le mouvement lycéen qui a pris le plus d’ampleur et qui continue à grandir et on se rejoint complètement. Après, c’est un équilibre assez difficile à tenir. Car si on a des revendications communes, en dehors des moments où on a nos casquettes syndicales, on est aussi leurs profs. Il ne s’agit pas de confondre les deux et de se servir d’une manière ou d’une autre de l’« autorité » qu’on peut avoir sur eux pour influer sur le mouvement. Cela doit rester le leur, ils doivent pouvoir s’organiser et décider. À nous, éventuellement, de répondre plutôt à leurs sollicitations et à leurs besoins pour avoir un service d’ordre, du matériel pour faire des pancartes, l’accès à un local… Toutes ces manifestations qui associent depuis plusieurs jours personnels de l’Éducation nationale, lycéens, étudiants, d’autres corps de métier et les parents marchent très bien et font la démonstration que le cœur du sujet, ce sont les revendications des lycéens et pas les violences.

    Du côté des enseignants, vous alertez depuis longtemps sur une véritable souffrance…

    M.C. : Nous avons effectivement des enseignants qui sont submergés de tâches annexes, dont les salaires n’ont pas été revalorisés depuis extrêmement longtemps. Ce qui participe aussi de la crise de recrutement et du manque d’enseignants, au-delà des suppressions de postes. Les jeunes ont compris aussi que s’ils veulent avoir plus de profs et plus de candidats au concours, il faut revaloriser le métier. Les revendications autour du statut de la fonction publique pour les AESH sont aussi un enjeu pour nous et les élèves d’avoir des accompagnants pour ceux en situation de handicap. Des personnes recrutées par concours, formées, rémunérées correctement et qui soient présentes dans les établissements pour eux.

    La répression du mouvement lycéen est-elle, selon vous,
    une manière de l’étouffer
     ?

    M.C. : Oui, il y a forcément des consignes pour faire peur le plus possible aux élèves et aux parents. Ces violences policières sont complètement disproportionnées, absolument délirantes. Nous les avons dénoncées dans de nombreux communiqués.

    La réponse apportée par le gouvernement, entre les annonces du Premier ministre sur les prix à la pompe et le déblocage de 3 000 postes d’enseignants, est-elle à la hauteur ?

    M.C. : Ça ne correspond pas du tout à ce qu’on demande, même si pour les enseignants aussi, la question du prix de l’essence et de ce que coûtent les trajets pour se rendre sur leur lieu de travail, ça compte. Pour les 3 000 postes qui seraient débloqués, on attend de voir la réalité. Nous réclamons surtout des postes au concours, une revalorisation, une réflexion aussi sur le bâti scolaire. Rien n’est dit du tout sur ce qui est essentiel pour les élèves : Parcoursup. Et au-delà, la réforme Blanquer, mise en place en 2018, qui touche au lycée et au bac sans laquelle Parcoursup ne peut fonctionner. C’est elle qui permet cette sélection terrible dans l’accès au supérieur et qui accompagne de façon extrêmement efficace les suppressions postes. Après, il y a eu le « choc des savoirs » avec Gabriel Attal. Tout ça, c’est la déclinaison de la même chose : dire que ça coûte trop cher et qu’il faut trier les élèves le plus tôt possible. Ce qui va à l’encontre du projet du Snes et de la FSU entre autres, qui avait cours depuis les années 80, de démocratisation scolaire, de faire en sorte que la majorité des jeunes arrivent jusqu’à un niveau bac.

    Nous sommes aussi dans un contexte d’austérité budgétaire…

    M.C. : C’est catastrophique, pour l’Éducation nationale comme l’ensemble des services publics. C’est à eux que l’on fait payer le prix de l’austérité et de la dette. Il y a aussi un enjeu autour des budgets des collectivités territoriales et du bâti scolaire. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est que ces jeunes ont passé des examens sous canicule, l’an passé. Des élèves qui font leur rentrée dans des salles à plus de 30-35 degrés, des journées de cours épuisantes… Toute une réflexion est à mener sur l’adaptation au changement climatique et les budgets qui devaient y être consacrés ne sont pas à la hauteur ou ont été supprimés.

    D’aucuns tournent la mobilisation lycéenne en dérision, s’offusquent des débordements… Comment voyez-vous la suite ?

    M.C. : Je pense que les élèves ont comme perspective de tenir au moins jusqu’aux vacances. Nous, on annonce déjà une nouvelle date à la rentrée, le 5 novembre, avec l’intersyndicale de la fonction publique, sur les salaires, conditions de travail, etc. La consultation inventée par Sébastien Lecornu est aussi une manière d’étouffer ce mouvement. On a vu comment les gouvernements Macron ont fonctionné avec les Gilets jaunes, les cahiers de doléances qui n’aboutissent à rien. Les jeunes l’ont bien compris. Sur la prise en considération, je fais le lien avec les débats sur la loi intégrale, tout ce travail fait par les associations féministes et enfantistes. Cela dit, vu comment notre société regarde les enfants et les jeunes, se méfie d’eux, considère qu’ils n’ont pas droit à la parole… Ils font la démonstration que la jeunesse, c’est autre chose que de rester collé sur son téléphone et qu’il va falloir compter avec eux. Le monde qu’on est en train de construire, c’est le leur. Ils ont droit au chapitre.

  • Une exposition sur l’histoire locale du Front populaire à Gap

    Une exposition sur l’histoire locale du Front populaire à Gap

    Pour les 90 ans du Front populaire, l’institut d’Histoire sociale CGT du département (IHS-CGT 05) organise une exposition itinérante « Le Front populaire dans les Hautes-Alpes », composée de dix-sept panneaux retraçant à la fois le contexte national mais surtout le déroulement de cette période dans le département. La première étape a lieu ce samedi à Gap au Foyer des jeunes travailleurs à partir de 10h. À 16h, le court-métrage de fiction « La Rage au cœur », qui se déroule dans le bassin minier du Nord, sera diffusé, suivi d’une conférence sur les aspects marquants du Front populaire dans les Hautes-Alpes, présentée par Philippe Cottet, président de l’IHS-CGT 05.

    « L’idée est d’ensuite démultiplier l’événement », explique-t-il. En novembre, l’exposition sera disponible à L’Argentières : « C’était la ville ouvrière du département, avec son usine d’aluminium. 800 salariés : c’était énorme pour le département ! » Après un nouveau passage à Gap en janvier 2027, l’exposition ira jusqu’à Veynes, « la ville cheminote ». Plusieurs panneaux retracent l’histoire de ces villes au moment du Front populaire. « Ce qui caractérise le département à cette époque, c’est que ce n’est pas un territoire industrialisé, donc le syndicalisme n’est pas fort au départ », explique Philippe Cottet, auteur du livre Les Hautes-Alpes dans le Front Populaire 1936-1938. Les visiteurs sont amenés à découvrir notamment deux luttes emblématiques du département : la grève du BTP à Gap, première grosse mobilisation locale, grâce à laquelle les salariés ont obtenu des avancées sociales. Puis, celle de l’usine textile La Cotonnière à Savines : un conflit d’un an, qui s’est soldé par un échec. Une exposition qui, Philippe Cottet l’espère, fera écho aux enjeux politiques actuels.

  • Les lycéens et travailleurs d’Arles manifestent ensemble

    Les lycéens et travailleurs d’Arles manifestent ensemble

    « On a exactement les mêmes revendications qu’eux ». C’est donc tout naturellement que Lucile Venet, professeure de biologie au lycée Pasquet et syndicaliste FSU, est venue soutenir la mobilisation lycéenne arlésienne, ce mardi. Il y avait déjà du monde au départ, à 10h, devant la Bourse du travail d’Arles. Le cortège a rejoint la sous-préfecture, où une délégation de lycéens et de syndicalistes enseignants a été reçue. Au plus fort de la mobilisation, les organisateurs ont compté 1 100 participants, contre 530 selon la police.

    Le cortège mêlant lycéens, professeurs, syndicalistes et parents était accompagné par un fort dispositif de service d’ordre de la CGT, les chasubles rouges de l’hôpital d’Arles et des dockers ouvrant et fermant la marche. « Notre présence dans leur manif, c’est pour que tout se passe bien, ces jeunes veulent être écoutés et la violence est tout ce qu’ils trouvent à la fin », explique Magali Raffin, professeure en lycée pro et militante de la CGT Éduc’action.

    Tout part de la Bourse du travail

    Tout est parti d’une rencontre. « Des élèves du lycée Pasquet sont venus nous rencontrer à la Bourse du travail pour nous demander de l’aide et du soutien. On leur a proposé d’organiser une AG et cette manif », détaille Magali Raffin. « C’est un symbole énorme » pour cette dirigeante de l’Union locale CGT en lutte pour garder son local à la Bourse du travail.

    Ce soutien est bienvenu pour les lycéens. Amaury Stantina rappelle que la semaine dernière, lors du blocage du lycée Pasquet, « la police était des deux côtés de la rue, ne laissant aucune fuite possible, et gazait sans sommations ». Il estime qu’« il est nécessaire que les syndicats de travailleurs et de lycéens se retrouvent pour demander un changement de politique » face à « la violence systémique et le manque d’argent partout ». Et illustre : « Ça fait une semaine qu’on est dans la rue et là, on voit 500 millions d’euros en moins pour l’éducation nationale » dans le projet de budget du gouvernement. « Un foutage de gueule » assène-t-il.

    Pour la Bourse du travail, comme pour les profs et les élèves, il s’agit d’un « rendez-vous de convergence des luttes ». Une convergence dont Lucile Venet et Amaury Stantina espèrent qu’elle sera victorieuse.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    Avec cette prise de position ferme de la CGT, dans laquelle les dockers de Marseille et les inscrits maritimes ont joué un grand rôle, nous nous heurtions à l’opposition des directions FO et CFTC qui voulaient interdire aux syndicats toute action débordant le cadre professionnel. Leenhardt et Gaston Defferre s’employaient dans Le Provençal contre la CGT et le PCF.

    Les événements ultérieurs confirmèrent qu’il existait dans le mouvement ouvrier français une autre tradition qui ne pouvait rester à l’écart du rassemblement et de la lutte pour la paix. En août 1948, à Wroclaw, en Pologne, se tint un congrès mondial des intellectuels pour la paix avec la participation d’écrivains comme Aragon. En novembre, les assises pour la paix et la liberté rassemblèrent à Paris 12 000 délégués ; la délégation marseillaise était de 200 et parmi elle de nombreux militants qui n’appartenaient pas à la CGT.

    Luttes revendicatives

    Ces cinq années riches d’événements ont entre elles des caractéristiques communes. C’est la période pendant laquelle les gouvernements qui se succèdent à la tête du pays s’engagent toujours plus dans la guerre d’Indochine. C’est aussi la période liée à l’alliance atlantique dirigée contre les pays du socialisme et, en même temps, contre l’essor des forces démocratiques. Ce climat de guerre froide tente de faire supporter à la population les frais de cette politique. Notre union départementale a tenu sa place dans ce combat, qui était pour nous inséparable de la lutte revendicative. Quant au pacte atlantique, j’ai déjà évoqué novembre 1947, où le CCN de la CGT avait décidé de s’opposer au plan Marshall. Or, ce plan n’était qu’une étape dans la politique d’hégémonie mondiale poursuivie par les États-Unis. Il faut se souvenir que des accords militaires de en 1948, qui engageaient la France dans une coalition impérialiste agressive.

    Un nouveau pas fut franchi le 4 août 1949 par la signature du traité de l’Atlantique Nord, ratifié par l’Assemblée nationale en juillet. Pacte qui rassemblait, sous la direction des États-Unis, le potentiel économique et militaire des pays adhérents. Partout dans le monde s’implantaient des bases américaines ; chaque pays était concerné et les budgets de guerre augmentaient. Pour la France, ce budget atteint 600 milliards en 1949, 880 milliards en 1950 et 1 300 milliards en 1951.

    La CGT menait la lutte contre les colonialistes, la guerre du Vietnam se poursuivait ; des forces militaires françaises, de plus en plus nombreuses, étaient engagées et les navires revenaient à Marseille avec des centaines de blessés.

    D’ailleurs, à partir d’août 1950, les États-Unis apportaient leur soutien aux agresseurs, mais le peuple vietnamien résistait et infligeait défaite sur défaite au corps expéditionnaire.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Un congrès de mobilisation pour la CGT de RTE Sud-Est

    Un congrès de mobilisation pour la CGT de RTE Sud-Est

    « Une chose est certaine, nous ne lâcherons rien sur notre statut, nos droits et nos conquis sociaux », affirme Guillaume Dobbels en conclusion du congrès de la CGT RTE Sud-Est, syndicat régional du gestionnaire public du réseau électrique haute tension. Ce dernier a été élu co-secrétaire général aux côtés d’Éric Prunieres lors du congrès tenu à Martigues jeudi.

    Un congrès tenu en pleine mobilisation des agents pour la préservation de leur statut particulier des Industries électriques et gazières (IEG). Après la mobilisation historique du 15 septembre dans la filière, Guillaume Dobbels assure que « ce n’est pas la fin de l’histoire, le 29 septembre sera une nouvelle journée de lutte pour nos salaires et pour la défense de nos services publics ». Et indique que la CGT est « toujours sans réponse à l’ultimatum lancé au premier ministre pour nous recevoir d’ici au 2 octobre ». La mobilisation est dans toutes les têtes et Éric Prunieres la justifie : « Derrière la question du tarif agent, c’est notre statut, notre contrat social et nos conquis collectifs qui sont au cœur de nos préoccupations. Ces droits ne sont pas des privilèges, ils sont le résultat de décennies de luttes et font partie de l’histoire des électriciens et des gaziers », affirme-t-il.

    Un pôle public de l’énergie

    Outre les conquis sociaux, le congrès du syndicat est l’occasion de débattre de l’avenir du métier à l’occasion d’une table ronde thématique. « Le projet actuel de l’entreprise est de réduire les équipes grâce à de nouveaux outils en développement. Notre statut protège et si le réseau fonctionne c’est grâce aux agents à statut, car le privé lui habilite à la volée », introduisait Éric Prunieres. Jérémie Balas, à la maintenance, rebondit : « Quand on voit la qualité de maintenance et les bons chiffres d’accident du travail, il faut le marquer qu’on veut continuer, au moins, voire aller plus loin. » « C’est aussi une question de sauvegarde des métiers et des compétences », selon Fabien Liénard, à la planification.

    « Certains producteurs ont le statut IEG, d’autres non, c’est une concurrence déloyale », pointe Henri Collomb, technicien retraité de RTE. « L’Europe a créé des fournisseurs bidon pour baisser le prix, mais l’inverse s’est produit. C’est une politique de copinage », complète-t-il. « Le gouvernement actuel est très proche des décideurs européens », relève Eric Prunieres, « certains producteurs organisent la pénurie pour vendre l’électricité plus cher ».

    « C’est pour ça qu’on revendique un pôle public de l’énergie, qui est un bien commun, et qu’on dénonce la TVA à 20% alors que l’énergie est un bien vital », renchérit Elsa Chaillan, technicienne de maintenance. « On doit expliquer aux gens que si la facture augmente, c’est pas notre faute car le prix de revient est toujours le même, mais de celle des marchands extérieurs qu’on nous a imposée pour la compétitivité », conclut Éric Prunieres. « Peut-être que la population voudra un jour reprendre la main, comme avec le prix de l’essence », rebondit Fabien Liénard. Un débat tout actuel.

  • Un festival fait fourmiller les initiatives contre l’extrême droite

    Un festival fait fourmiller les initiatives contre l’extrême droite

    Le nom résume l’esprit de la manifestation : les Fourmilières veulent fonctionner de manière collective, horizontale et décentralisée. Durant 17 jours, du 25 septembre au 11 octobre, des collectifs indépendants vont faire vivre, de Montpellier aux Cévennes en passant par l’Aude, l’Aveyron, la Lozère ou les Bouches-du-Rhône, un festival placé sous le signe de la solidarité et de l’antifascisme.

    Une initiative impulsée par le Quartier généreux, café associatif montpelliérain. « L’idée était de fédérer un certain nombre d’acteurs autour de la défense d’un héritage : les conquis sociaux, de prendre de la place sur des sujets progressistes et d’ouvrir vers d’autres imaginaires », explique Thibaut, membre de la coordination du festival et de la batucada militante La Battante. L’appel a rencontré un écho au-delà des espérances : plus de 100 collectifs sont désormais impliqués et près de 200 événements recensés. Une dynamique qui prend une résonance particulière à l’approche d’une élection présidentielle où l’extrême droite est donnée favorite. « L’idée est également de sortir de nos entre-soi militants pour reprendre un peu de terrain face à l’extrême droite dans un territoire, le sud de la France, où elle est très présente », insiste Thibaut. « L’enthousiasme des collectifs investis vient aussi du fait que cette initiative prend un peu d’ampleur et que ça permet de peser sur cette année particulière. » Un espace de riposte qui fourmille de propositions dessinant un autre projet de société face à cette menace « réelle autant que croissante ».

    « Un formidable moyen de convergence des luttes »

    Pour participer, chaque collectif doit adhérer à une charte commune, qui laisse toutefois chacun libre du choix de la thématique abordée : antinucléaire, féminisme, antiracisme, lutte contre les violences policières, écologie, solidarité avec la Palestine, critique du masculinisme ou encore questions carcérales. Une diversité qui se retrouve aussi dans les formats : conférences et rencontres littéraires côtoient ateliers d’éducation populaire, concerts, théâtre, cinéma, expositions, mobilisations dans l’espace public… « Cette charte et cette initiative des Fourmilières constituent un formidable moyen de convergence des luttes, qui est toujours appelée à gauche mais jamais atteinte », estime Thibaut.

    De Montpellier

    aux Cévennes

    À Montpellier, l’un des temps forts aura lieu le 30 septembre à la Halle Tropisme. Le Quartier Généreux y proposera une journée familiale avec lectures jeunesse engagées, ateliers et kermesse antifasciste. Un arpentage autour de Décoloniser le dancefloor, d’Habibitch, précédera une rencontre avec l’autrice, avant une soirée musicale avec Planète Boum Boum et Habibitch.

    Le débat d’idées aura également sa place. Le sociologue Ugo Palheta interviendra notamment le 9 octobre à la Carmagnole, à Montpellier, autour de son travail consacré à la progression de l’extrême droite. La Carmagnole accueillera également trois formations – des conférences en ligne – proposées par StreetPress autour de la lutte contre l’extrême droite (les 1er, 7 et 15 octobre). Pauline Ferrari, autrice de Formés à la haine des femmes, sera pour sa part à La Mauvaise Réputation le 2 octobre pour parler des réseaux masculinistes et le théâtre Pierre Tabard proposera pour sa part Boxeur, une histoire antifasciste. Le cinéma sera également mobilisé, avec notamment à Sète, le 29 septembre, une projection consacrée au terrorisme de l’ultra-droite suivie d’un débat avec le journaliste d’investigation Ricardo Parreira et Sophie Mazas (LDH 34), puis, le 11 octobre, un rendez-vous autour du documentaire Main basse sur l’eau.

    Du côté de Ganges, la programmation du 6 au 11 octobre mêlera lecture publique, théâtre, parade populaire et banquet autour d’un couscous préparé avec des légumes de récupération. À Lodève et sur le Larzac, la programmation sera particulièrement dense, avec 40 à 50 rendez-vous sur les trois week-ends : tables rondes, théâtre, concerts et conférences, dont une avec l’historienne Ludivine Bantigny (à Marcillac-Vallon) et une autre avec le sociologue Ugo Palheta (à Millau) le 10 octobre.

    « L’éventualité

    d’une seconde édition »

    Les Fourmilières essaimeront également dans le Gard. À Alès, un stage d’autodéfense féministe est prévu les 26 et 27 septembre. À Bagnols-sur-Cèze, où l’extrême droite réalise des scores importants, un pique-nique solidaire et antiraciste sera organisé le 3 octobre. À Sauve, une journée antifasciste est organisée par la librairie le même jour dans la cour des artisans. Au Vigan, les 29 et 30 septembre, les organisateurs misent sur l’éducation populaire dans le quartier des Arènes : football avec des équipes mixtes, bouturage, scène ouverte, expression artistique et réappropriation de l’espace public, avec également un four à pizza itinérant.

    Les mobilisations dans l’espace public ne seront pas oubliées : marche pour le climat, la paix et les solidarités le 26 septembre, week-end de mobilisation contre le centre de rétention administrative (CRA) de Béziers les 3 et 4 octobre ou encore Fiertés vénères, la Pride radicale de Nîmes, le 10 octobre.

    Au-delà de cette première édition, la coordination réfléchit déjà à la suite. « On fera d’abord le bilan, mais il y aura deux axes pour l’après : faire vivre ces réseaux, car ce sont des dizaines de collectifs qui ont travaillé ensemble, donc plein de rencontres et de partages, et l’éventualité d’une seconde édition. »

    *Tout le programme sur : https://les-fourmilieres.org

  • La Fête de l’Humanité : luttes, joie et débats pour le Syndicat des avocats de France (SAF)

    La Fête de l’Humanité : luttes, joie et débats pour le Syndicat des avocats de France (SAF)

    Par le SAF Marseille

    Chaque semaine, retrouvez « Robes noires », une chronique dédiée au monde de la justice, proposée par des avocats du SAF, issus des barreaux d’Aix-en-Provence, de Marseille et de Montpellier.

    Ce week-end se tenait en région parisienne l’historique rassemblement du Parti communiste français : la Fête de l’Humanité, ou « Fête de l’Huma » pour les intimes. Ces 91 dernières années, ce rassemblement s’est élargi aux associations, syndicats et autres partis politiques de gauche. Le Syndicat des avocats de France (SAF) est un habitué de la « Fête de l’Huma », où il tient régulièrement un stand depuis plusieurs années. En 2023, le Syndicat de la magistrature (SM) a lui aussi fait son entrée, marquant sa toute première participation à la grande messe de la gauche. Les deux syndicats ont depuis scellé leur alliance en partageant un stand commun, transformant leur QG en lieu de débats sur de nombreux sujets touchant à la justice, l’accès au droit, ou encore la répression judiciaire des militants. Sur les trois jours de cette fête, les bénévoles du stand commun du SAF / SM ont organisé plusieurs tables rondes et moments festifs pour les militant.es et curieux.ses s’intéressant à ces sujets.

    Un prisme international

    Un prisme international a été choisi en évoquant d’abord les évolutions des droits des personnes étrangères en 2027, ainsi qu’une table ronde sur la justice internationale sous pression politique, questionnant l’avenir du droit international notamment face à des États faisant fi des normes internationales.

    La politique pénale nationale n’a pas été laissée de côté, des experts ont exposé l’impact de la récemment créée amende forfaitaire délictuelle, dont l’application par la police municipale « surpénalise » la jeunesse racisée. Des chercheurs et avocats ont pu partager leurs constats face à une jeunesse endettée pour des infractions mineures, et les modalités de lutte face à ce phénomène inquiétant.

    Les questions de justice climatique ont également été centrales et notamment la question de la criminalisation de la défense de l’environnement. Cette table ronde a permis de revenir sur certains procès récents de militants écologistes dans le cadre d’actions de lutte menées pour la défense de l’environnement.

    Les violences sexistes et sexuelles, sujet brûlant et remis à la Une depuis l’affaire Lyhanna, ont également été évoquées avec des professionnels et professionnelles du secteur afin d’identifier comment améliorer la réponse pénale face à ce phénomène de société massif, tout en partageant un prisme anti-carcéral à la lumière d’une surpopulation croissante dans nos prisons. Le stand SAF / SM a également su partager de la joie et des rires en invitant une fanfare pour enjoindre les militants à danser en fin de journée, ainsi qu’un humoriste de stand-up et plusieurs DJs pour clôturer ces denses journées d’échanges. La lutte, oui, mais avec de la joie toujours !

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  • La Bourse du travail d’Arles « zone à défendre »

    La Bourse du travail d’Arles « zone à défendre »

    « Ici, c’est notre zone à défendre », lance Sophie Binet au début de la conférence de presse donnée à la Bourse du travail d’Arles, jeudi après midi. La formule n’a rien d’étonnant à l’heure où le maire (Horizons), Patrick de Carolis, a refusé « deux médiations que nous lui avons proposées », rappelle la secrétaire générale de la CGT, dans le conflit qui oppose l’Union locale à l’édile arlésien depuis trois ans.

    Sophie Binet rappelle qu’« en général, les maires qui veulent nous expulser sont d’extrême droite, comme à Carcassonne, Bagnols-sur-Cèze, Tarascon ou Liévin ». D’où son appel à Patrick de Carolis : « Soyez républicain et respectez les libertés syndicales fondamentales, car on ne déloge pas une organisation syndicale en raison de désaccords. » Elle pointe une contradiction : « Nous avons signé des courriers ensemble pour Fibre Excellence. Il ne peut pas nier le rôle d’intérêt général de la CGT, grâce à elle, les ouvriers sont en train de reprendre la main et stopper une pollution du Rhône. »

    Quant au moratoire sur les autres procédures d’expulsion en cours en France, la secrétaire générale de la CGT indique que le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, « va contacter directement Patrick de Carolis car il n’est pas acceptable, m’a-t-il dit, qu’un maire expulse les syndicats sans relogement à la hauteur. Il n’a pas visité la Bourse du travail d’Arles, mais il sait que 400 m² contre deux fois 14 m² est un problème majeur », conclut la responsable.

    Convergence des luttes

    L’Union locale d’Aix a apporté 1 500 euros à l’UL d’Arles ce jeudi, soit un mois d’astreinte administrative, en solidarité. Solidarité exprimée aussi aux Unions locales CGT de Tarascon et Bagnols-sur-Cèze, à proximité. Occupée en permanence, la Bourse du travail d’Arles accueillera samedi à 17h une conférence consacrée à son histoire. Le communiste Nicolas Koukas, qui était présent au titre des élus de l’Union pour Arles, animera cette conférence en qualité d’historien.

  • [Maj] Sophie Binet et la CGT portent un projet pour Fibre Excellence

    [Maj] Sophie Binet et la CGT portent un projet pour Fibre Excellence

    Sophie Binet était « prête à revenir autant de fois qu’il le faudra » pour défendre la Bourse du travail à Arles, affirmait-elle en mars 2023. Aujourd’hui se joue le deuxième round. La secrétaire générale de la CGT se rend ce jeudi, à Tarascon puis à Arles, en soutien aux travailleurs en lutte de Fibre Excellence, mais aussi aux combats menés contre des maires d’extrême droite et de droite pour préserver les Bourses du travail et l’implantation de la CGT dans ces deux communes du pays d’Arles.

    Pour les 270 salariés licenciés et les nombreux emplois induits menacés, l’enjeu principal de cette visite est la présentation d’un projet alternatif de reprise industrielle du site de Fibre Excellence. Ce projet se fera « avec de faibles moyens pour faciliter l’investissement », annonce François Batista, de l’Union départementale CGT. Pour rappel, l’outil industriel est dimensionné pour « faire vivre des milliers d’emplois dans la filière bois », dans le département, selon le responsable syndical (notre édition du 15/09). À la bataille de l’emploi s’ajoute celle de la mise en sécurité du site. Depuis la liquidation judiciaire de l’entreprise de pâte à papier, prononcée fin juillet dernier, les situations à risque s’enchaînent sous la gestion du liquidateur Realtec.

    Coupures d’électricité, arrêt de la station d’épuration, risques de pollution du Rhône : autant de problèmes dénoncés par la CGT, qui font l’objet d’un bras de fer juridique entre l’État et le liquidateur. Mardi, ce dernier a d’ailleurs réagi aux inquiétudes concernant d’éventuels rejets d’eaux polluées en affirmant qu’« aucune analyse contradictoire (…) n’a été produite pour étayer l’affirmation d’un tel rejet polluant », contredisant ainsi les alertes lancées par la CGT du site.

    Soutien aux Bourses

    du travail

    L’autre grand dossier concerne le maintien de la CGT au sein de la Bourse du travail d’Arles, siège de l’union locale depuis 126 ans. Après trois années de bataille politique et judiciaire, et malgré deux propositions de médiation du tribunal refusées par le maire (Horizons) Patrick de Carolis, l’UL CGT, menacée d’expulsion manu militari, occupe la Bourse du travail depuis début septembre.

    Dans la même veine, le maire d’extrême droite de Tarascon, Alexandre Ducouret (RN), a décidé de chasser FO et la CGT de la maison des syndicats, où les deux organisations étaient installées depuis 2014. Une décision politique, alors que l’édile fustige la CGT qui « fait de la politique », indique La Provence du 23 juillet. La confédération a demandé un moratoire au ministère du Travail sur ces questions.

    « Les Unions locales, les Bourses du travail sont là pour faire en sorte que les travailleurs et travailleuses ne se retrouvent pas seuls, pour organiser la solidarité dans les luttes », affirmait Sophie Binet en mars 2025. La situation de Fibre Excellence n’en est-elle pas la meilleure démonstration ?

    *Depuis Tarascon à 12h30 et en fin d’après midi

  • Quatre siècles de la Royale dans l’histoire de Toulon

    Quatre siècles de la Royale dans l’histoire de Toulon

    Le plus grand port militaire d’Europe s’apprête à souffler les 400 bougies de la Marine. Depuis la décision du cardinal Richelieu de doter la France d’une véritable puissance navale jusqu’à la construction programmée du nouveau porte-avions nucléaire de nouvelle génération Le France libre, son histoire étant indissociable de celle de Toulon.

    Quatre siècles plus tard, la Marine nationale est toujours là. Elle a changé de navires, de technologies, de missions mais continuer d’influer sur le devenir de la ville et sa prospérité. La base navale du Port du Levant restant le premier employeur du département avec plus de 20 000 personnels civils et militaires, ce qui représente un habitant sur cinq de l’agglomération toulonnaise.

    L’arsenal de Toulon marque également l’histoire sociale de la ville avec de grandes luttes menées par les ouvriers de la sorbe pour la conquête de leurs droits et contre les guerres coloniales. Notre titre a d’ailleurs longtemps été interdit de franchir la porte de cette enceinte protégée, les syndicalistes le glissant en cachette sous leur veste pour faire prospérer les idées d’émancipation.

    Les rues mêmes de la ville conservent l’empreinte des soirées endiablées des marins en goguette le temps d’une escale très alcoolisée. Du petit Chicago, comme il était appelé, avec ses néons criards et ses entraîneuses auprès de qui beaucoup venaient chercher de la compagnie et lever le coude. Et même s’il ne reste plus grand-chose de ces bars de nuit malfamés depuis la rénovation du centre-ville, un hôtel a conservé le nom de la cité américaine et la mémoire s’est perpétuée au travers des anecdotes des anciens. Tout comme le dicton populaire qui prétendait que toucher le pompon des appelés portait bonheur aux filles les plus téméraires.

    Une mémoire vive

    Tout cela est bien derrière nous. Depuis le ministère de la Défense a hélas fait place à celui des Armées et les missions des personnels ont changé, plus centrées sur la construction d’armements que sur l’entretien de la flotte.

    Cette date anniversaire mérite donc qu’on se tourne vers l’épopée de cette institution dans la ville préfecture. Une omniprésence vécue par moments comme un peu étouffante, notamment par rapport aux accès à la mer qu’elle interdit sur une longue bande littorale. Même si une partie aujourd’hui a été restituée aux Toulonnais, de la Tour Royale à la Mitre. Une fête donc qu’on ne peut ignorer ne serait-ce que pour occuper le terrain et ne pas laisser le récit accaparé par la communication de la Royale et la militarisation des esprits.

    Ouvert à tous, cet événement a vocation de mettre en lumière la Marine pour en faire découvrir les missions et les équipages, tout en rassemblant le public dans une ambiance conviviale, explique-t-on. Ce samedi après-midi sur la place de la Liberté, les visiteurs pourront pour cela participer à des ateliers pédagogiques, rencontrer les marins et découvrir des expositions de maquettes.

    Et après la cérémonie militaire à 18h, la musique sera également au rendez-vous, avec à un concert de jazz, avant qu’un DJ prenne le relais de 20h à 22h.

    « Ces célébrations rappellent une réalité essentielle : si la Marine agit chaque jour sur toutes les mers et tous les océans du globe, son efficacité et sa capacité d’action reposent sur l’engagement et le soutien de l’ensemble de la Nation », en profite pour glisser le ministère.

    L’occasion de rappeler aussi, avec la CGT, qui dressera le 18 septembre sur la place d’Armes son Village de la paix, que pendant que des militaires défilent dans les classes et que des forums sont organisés pour vanter les métiers de la défense aux lycéens, les budgets de l’école fondent. « La jeunesse mérite une école qui apprend à penser, pas à obéir », réaffirme la CGT.