Tag: Logement

  • Les jeunes placés de Bois Fleuri reçus au Département

    Les jeunes placés de Bois Fleuri reçus au Département

    « On voulait surtout que la date de fermeture du centre de Bois Fleuri soit décalée, mais je pense que ça n’arrivera pas. » Shayma, l’une des jeunes majeures hébergées dans les appartements de la maison d’enfants à caractère social (Mecs) Bois Fleuri, se désole que le rendez-vous ce vendredi au conseil départemental 13 n’ait pas changé la donne. La fermeture de la structure, prévue ce lundi, a été annoncée le 10 décembre par un arrêté départemental pour cause d’« encadrement défaillant mettant en danger ces enfants », expliquait le Département dans nos colonnes le 18 décembre.

    Cette fermeture est jugée précipitée pour les 18 jeunes du service autonomie de la Mecs qui ont décidé de s’organiser pour se faire entendre. Ce vendredi, Shayma, 19 ans et Yassmine, 18 ans ont donc été reçues par le conseil départemental 13. « On voulait juste changer de date [de fermeture], explique Shayma. Là c’est juste avant les fêtes. C’est terrible parce qu’on n’a pas forcément de famille et donc on comptait faire un petit truc tous ensemble. » Un report impossible pour le Département car ils « ne peuvent pas mettre d’autres salariés en place tant que l’enquête est en cours ». Lors de ce rendez-vous, le Département a donc réaffirmé que les 18 jeunes du service autonomie devraient quitter leur appartement dès lundi.

    Les deux filles comprennent cependant la nécessité de la fermeture, mais déplorent la façon dont elle a été organisée. « Il y a eu un manque de communication, et ils nous préviennent seulement 10 jours en avance. C’est du manque de respect, se désespère Yassmine. C’est une situation qui nous stresse tous beaucoup. Surtout que certains d’entre nous ont des fragilités psychologiques à cause de nos différentes histoires », explique la jeune fille qui avait retrouvé une certaine stabilité psychologique avec cet hébergement.

    Les jeunes filles ont également plaidé pour que des solutions de relogement qui répondent aux besoins de chacun soient proposées. Une demande qui a été entendue pour Yassmine qui, quelques minutes après le rendez-vous, s’est vu proposer un logement « dans la même résidence que mon logement actuel », annonce-t-elle à son amie émue. Mais certains jeunes dénoncent l’état des logements proposés… « On ne veut diaboliser personne, on sait qu’au sein de l’aide sociale à l’enfance beaucoup essayent de faire au mieux. Mais on ne veut pas que d’autres jeunes aient à vivre la même situation stressante », explique Yassmine.

  • Un incendie dans les taudis de l’Agrasc à Marseille

    Un incendie dans les taudis de l’Agrasc à Marseille

    Un incendie s’est déclaré dimanche à 5h du matin dans une chambre d’un ensemble immobilier insalubre et en péril, situé 85 boulevard Viala (15e). L’édifice a été confisqué par la justice en janvier 2024 au marchand de sommeil, Gérard Gallas, un ancien flic de la police aux frontières qui purge une peine de 4 ans ferme pour soumission de personnes vulnérables à des conditions d’habitat indignes.

    « Mon voisin a tapé à la porte et crié », raconte Fahar Mze qui vit au-dessus. « Quand on est descendu, on a vu un monsieur qui essayait d’éteindre mais le feu était trop fort. Avec la fumée, il a perdu la connaissance. J’ai ramené deux ou trois seaux d’eau. Ma femme s’est mise à l’abri. On ne pouvait rien faire, on a appelé les pompiers qui sont venus en 7 minutes. Tout ça fait vraiment peur. On se sent en danger. On est toujours dans l’inquiétude. » Une seule personne aurait été évacuée et relogée.

    « Depuis bientôt deux ans nous alertons »

    L’événement a replongé dans l’angoisse la vingtaine d’habitants de cette courée ouvrière qui seraient abandonnés sans le secours associatif. Propriétaire du site, l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc), est dans l’attentisme. Un rapport du Service communal d’hygiène et de santé a bien été transmis à l’Agence régionale de santé mais à ce jour aucun arrêté préfectoral de traitement de l’insalubrité n’est pris. Ce n’est pourtant pas faute pour le collectif Réseau Hospitalité d’avoir sonné l’alarme (La Marseillaise du 31 octobre 2025). « Depuis bientôt 2 ans nous alertons les services de l’État de la dangerosité de ce lieu et des terribles conditions de vie des habitants », explique Margot Bonis, chargée de Mission Droits et Accès aux Droits du collectif dans un courrier adressé à l’Agrasc, à la Ville et à la Métropole.

    Les autorités connaissent bien cet édifice expertisé, photographié sous toutes ses coutures, mais rien ne se passe. Sous la pression du collectif et d’avocats mobilisés, un arrêté de péril avec interdiction partielle d’occuper a été pris le 29 octobre, qui a entraîné l’évacuation de 4 logements et le relogement par la Ville des occupants. « Quand comptez-vous intervenir réellement pour assurer la sécurité des personnes, responsabilité qui incombe à l’Agrasc, propriétaire du lieu ? Aujourd’hui nous sommes consterné.es d’en arriver à devoir gérer les lendemains d’un incendie alors que toutes les alertes ont été faites », déplore Réseau Hospitalité.

    Interrogée mardi, l’Agrasc n’a pas encore répondu. Sa réponse au collectif en octobre était celle de l’impuissance : « Nous n’avons pas les moyens d’engager des travaux de rénovation. Une enveloppe de 200 000 euros pour la seule reprise de l’électricité serait une rustine car l’immeuble nécessite une réhabilitation totale. » Faudra-t-il un mort, calciné dans une chambre pour que Bercy et la place Vendôme se décide à évacuer et à reloger ?

  • La parcelle agricole de la cité Bergère à Montpellier menacée ?

    La parcelle agricole de la cité Bergère à Montpellier menacée ?

    « Le conseil municipal de la dernière chance. » À trois mois des élections municipales, les élus montpelliérains se sont réunis une dernière fois cette année en séance plénière, le 11 décembre. Au menu notamment, le vœu de la conseillère d’opposition Alenka Doulain, appelant à préempter la Cité Bergère, dernière parcelle agricole de 4 400 m² du centre-ville de la capitale héraultaise, située avenue Saint-Lazare et dont une partie a été vendue à des promoteurs.

    « En août dernier, le permis de construire a été délivré sur la partie vendue de la parcelle. Ce qui la réduit de près de 60% afin de construire 69 logements dont neuf reviendraient aux propriétaires. Nous nous mobilisons car la majorité municipale [du maire socialiste Michaël Delafosse] et [l’élu] Manu Reynaud s’étaient engagés à en préserver 100%. Nous sommes un peu tombés des nues », soutient Lucie Mendes, membre du collectif Préservons la cité Bergère. Une pétition a été mise en ligne – recueillant pas moins de 26 000 signatures – et un recours gracieux a été déposé.

    Fin novembre, une réunion était organisée entre les différentes parties mais aucun consensus n’a été trouvé. Car selon le collectif, si le projet reste en l’état, donc « en-deçà des 4 400 m², on est sur une surface trop petite pour garder un modèle agricole viable. Si on veut continuer à faire de l’agriculture urbaine, on ne doit pas grappiller ces dernières terres », poursuit Lucie Mendes. Et ainsi mettre à mal les ambitions de la politique écologique de la municipalité socialiste. « La collectivité met en avant dans sa communication les circuits courts, la valorisation du bio et des producteurs locaux, la préservation d’espaces verts pour en faire des îlots de fraîcheur, etc. En réalité, on voit que par ce projet, la majorité peut entraver cette politique », fait valoir celle qui est aussi présente sur la liste du Printemps montpelliérain, candidat au scrutin de mars prochain. Le collectif appelle donc à l’abandon du projet et propose la création d’une ferme agricole participative.

    Proposition de rachat

    « Vous avez juridiquement les outils pour préempter totalement, vous le pouvez et donc vous le devez. Notre municipalité a su le faire par le passé », insiste Alenka Doulain lors du conseil indiquant que ce « vœu simple marquera une volonté réelle de conserver cet héritage que nous devons être en capacité à laisser à nos enfants ». Mais Michaël Delafosse ne l’entend pas de cette oreille. Estimant avoir sauvé « 80% de la constructibilité de cette parcelle grâce au vote du PLUi-climat », le maire s’est néanmoins démené « pour racheter la parcelle, mais la proposition a été déclinée par les propriétaires. À ce jour, nous n’avons aucun document nous permettant d’engager une préemption, nécessitant un motif d’intérêt public. Ce projet inquiète des riverains mais – même si nous le souhaitons – nous ne pouvons pas. » À une grande majorité, le vœu a été rejeté.

  • Les habitants mobilisés contre les rues fermées aux Chutes Lavie

    Les habitants mobilisés contre les rues fermées aux Chutes Lavie

    « Fermer un accès, c’est discriminer un quartier. » Les slogans sont divers ce samedi matin sur le boulevard des Chutes-Lavie, mais le message est le même : le refus de la fermeture de la rue de la Pépinière. À l’appel du collectif des habitants des Chutes-Lavie, ils sont une quarantaine à s’être rassemblés pour réclamer l’ouverture de ce portail, qui complique la vie quotidienne de certains d’entre eux.

    Le « portail de la discorde », se trouve à l’une des entrées de la cité jardin des Chutes-Lavie. Il a été installé par la copropriété de la cité, gérée en partie par Provence Métropole Logement. Depuis 2020, il n’est accessible que grâce à un badge, empêchant les non-résidents de la cité d’emprunter cette rue. Pourtant, elle est le passage le plus rapide pour accéder à la crèche, au centre municipal d’animation et au parc public situé à l’intérieur de la cité. Sa fermeture pousse les habitants à faire un grand détour pour accéder à ces services publics.

    Un kilomètre de détour

    Apolline a renoncé à mettre son fils d’un mois à la crèche. « J’habite rue de la Pépinière. La crèche est à 2 minutes à pied sans ce portail. Mais avec, on doit faire un détour de 1 km et emprunter le boulevard Guigou, où le trottoir est trop étroit pour rouler avec la poussette. On doit marcher sur la route mais les voitures vont super vite, donc c’est dangereux », se désole-t-elle.

    Un boulevard qui complique aussi la vie de Jean, 70 ans. Ancien habitant du quartier, il vient souvent rendre visite à des amis ou de la famille, et est dorénavant obligé de prendre ce boulevard. « Cette montée est très difficile pour les personnes âgées », se désole le septuagénaire, à qui il manque un poumon. « Et le trottoir est impraticable si on a une canne parce qu’il y a plein de trous », témoigne Mylène, membre du collectif.

    La fermeture rend également les commerces situés en haut de la cité moins accessibles. « Quand on a aménagé, il y a 4 ans, on pensait qu’on avait tout à proximité. Mais avec ce portail on est obligé de prendre la voiture », se désole Apolline. Un problème pour les personnes non véhiculées.

    Fermeture d’une école :

    la goutte d’eau…

    Cette entrave à la circulation a entraîné en septembre, la fermeture de l’école maternelle des Chutes-Lavie, par manque d’élèves. « Ce fut l’élément déclencheur à la création du collectif des habitants des Chutes-Lavie, raconte Nathalie Prost, membre de celui-ci. On était plusieurs groupes à lutter contre ce portail. On a donc fait une pétition contre et on a créé un collectif, ce qui nous a permis de nous regrouper. » Le 5 novembre dernier, il a obtenu une rencontre avec Solange Biaggi, présidente (LR) de Provence Métropole Logement, pour trouver une solution concertée. Le bailleur a décidé à la suite de cette réunion que le portail resterait fermé « au nom de la sécurité et de la tranquillité des résidents ».

    La mobilisation a reçu le soutien du maire (EELV) de secteur, Didier Jau, dès 2022 et depuis novembre dernier, celui de la mairie centrale. Dans une lettre, Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille a notamment exigé du bailleur social, l’ouverture contrôlée de la rue de la Pépinière. « On ne demande pourtant pas la lune, juste un accès piéton en journée, pour nous éviter de faire des grands détours », soupire Mylène, membre du collectif.

    Pétition en ligne : bit.ly/Chutelavie

  • Permis de louer : les amendes tombent à Port-de-Bouc

    Permis de louer : les amendes tombent à Port-de-Bouc

    En avril 2021, une autorisation préalable de mise en location des logements privés, dit « permis de louer », a été instituée sur six îlots de la commune de Port-de-Bouc. L’an dernier, le périmètre d’application a été étendu à des secteurs du centre-ville et à la résidence des Cyprès Bleus.

    Depuis sa mise en place à Port-de-Bouc, plus d’une centaine de dossiers ont été déposés, la moitié environ des demandeurs ont obtenu directement le permis de louer, un tiers sous conditions de travaux et moins d’une dizaine se l’ont vu refusé. Ce dispositif vise à lutter contre les marchands de sommeil, mais aussi à sensibiliser les propriétaires sur leurs obligations de délivrance d’un logement décent.

    Début novembre, une amende de 5 000 euros (cela peut aller jusqu’à 15 000 euros) a sanctionné le bailleur d’un logement au 8 rue Gambetta, qui n’a déposé aucune demande et qui est resté sourd à sa mise en demeure. Même montant pour un autre propriétaire d’un logement loué au 93 avenue Maurice-Thorez sans demande préalable. Il n’a même pas réclamé le recommandé de la Métropole. 5 000 euros aussi pour le bailleur d’un autre logement 14 rue Mirabeau, loué depuis juillet 2024, sans permis. Le courrier de relance est resté sans réponse.

    Une amende de 2 000 euros sanctionne un propriétaire de Rognac pour n’avoir pas satisfait à l’autorisation préalable pour louer son logement au 8 rue Villebois-Mareuil. Il a expliqué que le titulaire du bail n’avait pas occupé le logement, car lui-même avait renoncé à louer son bien. La Métropole a objecté qu’il n’apportait de preuve de la résiliation réelle et effective du bail, « alors même que la locataire a déposé une demande d’aide au logement à cette adresse, ce qui confirme une occupation effective ».

    Enfin, ce jeudi, une amende de 2 500 euros a sanctionné une société civile immobilière qui a donné à bail un logement au 2 rue Maréchal-Joffre sans demande préalable d’autorisation. « En tant que professionnelle de l’immobilier, la SCI ne pouvait ignorer la réglementation instaurant l’autorisation préalable à la location, pourtant instituée dès octobre 2021 à Port-de-Bouc, dont il lui appartenait de rechercher l’existence avant de mettre son bien en location », rappelle la Métropole. La SCI a fini par déposer un dossier et a obtenu un avis favorable après une visite technique du logement.

  • Aix-en-Provence : le logement devient un obstacle pour les agents pénitentiaires

    Aix-en-Provence : le logement devient un obstacle pour les agents pénitentiaires

    Ce sujet, Cédric Apatout le martèle depuis longtemps. Régulièrement, le représentant FO pour le centre pénitentiaire de Luynes alerte sur les difficultés, pour les agents du site de trouver à se loger dans le secteur aixois. La raison ? Des loyers hors de prix et un marché de l’immobilier tendu. « La problématique a toujours existé, explique Cédric Apatout, qui est arrivé en 2015 sur site comme surveillant pénitentiaire. Mais le problème est que notre administration a continué à aller dans ce sens : la structure a été agrandie, mais il n’y a pas eu de vrai projet d’hébergement. » Il existe, dans le centre pénitentiaire de Luynes, des « chambres de passage », qui peuvent être réservées par les nouveaux arrivants mais pour un mois seulement, rapporte FO et sont surtout réservés aux élèves pénitenciers. Il y a bien des arrivées sur le site d’Aix-Luynes, notamment parce que les mutations à la sortie de l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap) ne sont pas volontaires : moins la note est bonne, moins l’on a le choix de l’affectation.

    Difficulté à « fidéliser »

    Pour les carrières débutantes, la recherche d’appartement est d’autant plus compliquée, les salaires ne dépassant guère 1 440 euros par mois et ne permettant pas de couvrir les premiers chèques de caution et d’entrée en appartement. Autre catégorie mise en difficulté par la recherche de logements, les agents ultramarins. « Entre Tahiti et la France par exemple, ce n’est pas le même système administratif. Il y a tellement de démarches qui les freinent, la location d’appartement, n’en parlons pas », pointe Cédric Apatout. Sur d’autres sites pénitenciers, comme ceux de Fresnes ou Villepin, explique le syndicaliste, il y aurait « des systèmes d’hébergement, qui permettent aux nouvelles arrivées de s’installer tranquillement et chercher un appartement sur le long terme ». S’il admet que la direction du site tente de faciliter les choses, elle a les mains liées. « Il faut que la mairie joue le jeu aussi (…) je dis souvent que des prisons, tout le monde en veut, mais pas chez soi et encore moins des agents pénitenciers, ajoute Cédric Apatout. Le site d’Aix-Luynes n’est pas attractif pour ces raisons de logement (entre autres). Pas pour des raisons de travail, mais parce qu’on arrive pas à fidéliser les agents, qui préfèrent aller vivre là ou ils peuvent réaliser ce que j’appelle le rêve américain : la maison, la voiture, emmener son conjoint et les enfants. Quand on ne peut pas atteindre ça, parce qu’ici un T2 est au minimum à 750 euros pas mois, on va ailleurs pour construire son avenir et c’est tout à fait normal (…) on est en sous-effectif mais quand on a des agents qui arrivent, on ne les garde pas. » Alors, quelle solution ? « Il faut une réflexion collective entre la mairie, la Direction interdépartementale des services pénitentiaires et la Direction de l’administration pénitentiaire. J’aimerais savoir pourquoi un projet de logement ne s’est jamais fait. On est quand même la troisième prison de France. » Le constat est partagé par le syndicat Ufap Unsa Justice. « L’attractivité n’est pas le souci, c’est la mobilité, les agents ne restent pas. Il faut construire du logement abordable pour les agents, des T1, des T2, au moins pour permettre l’installation. On a du terrain autour du centre pénitentiaire, estime Vincent Andrade, secrétaire local adjoint du syndicat. Il faudrait un parc de logement, mais le budget alloué au Ministère de la Justice n’est pas assez conséquent pour ça. » Au niveau du syndicat, un système d’entraide et de recherche des logements est mis en place, mais pas assez pour couvrir les besoin d’entre 20 et 50 arrivées tous les six mois d’agents stagiaires, par exemple. Il y a bien des logements sociaux, mais « souvent dans des quartiers sensibles », rapporte le syndicat. Peu compatible avec la profession. Sollicités, le Ville et l’administration pénitentiaire n’ont pas pu nous répondre.

  • Sécurité, logement, ligne THT… Les gros dossiers du préfet

    Sécurité, logement, ligne THT… Les gros dossiers du préfet

    Clairement désigné par Emmanuel Macron pour s’emparer de la question du narcotrafic, le préfet de région, Jacques Witkowski, a tapé fort, la veille de sa rencontre avec la presse, engageant une opération de ciblage de 15 points de deal répartis dans Marseille (notre édition de ce mercredi).

    S’il s’est longuement exprimé sur cette mission première, il a aussi abordé nombre d’enjeux comme le logement ou le développement du port de Marseille-Fos.

    La lutte contre

    le narcotrafic, une priorité

    Si, contrairement aux élus, il n’a « pas de programme » mis à part « celui de la nation », la sécurité et la lutte contre le narcotrafic font clairement partie des « très gros dossiers » du préfet qui va participer, ce jeudi 11 décembre, à une nouvelle réunion sur le sujet organisée à l’Élysée par Emmanuel Macron, avant la venue à Marseille du chef de l’État, la semaine prochaine. Et le préfet veut avoir les mains libres pour remplir sa mission. Entendre avoir à disposition tous les moyens nécessaires. « Je n’aurai jamais accepté ce poste si je n’avais pas eu la manette sécurité », répond Jacques Witkowski, pour qui la suppression d’une préfecture de police de pleine exercice était nécessaire quand « la cohérence publique n’était plus alignée ». Corinne Simon, préfète de police déléguée, restant spécifiquement en charge des questions de sécurité.

    La méthode : d’abord agir sur le logement, l’insertion sociale, l’éducation, même si « c’est difficile » et que « ça prend du temps ». Il entend aussi tenir le terrain avec des forces de police « visibles », de 250 à 350 agents étant mobilisés quotidiennement sur des opérations de pilonnage assure-t-il, et la réalisation d’opérations plus spectaculaires comme celle de ce mardi 10 décembre, avec 4 773 personnes contrôlées, 114 interpellations, 82 garde-à-vue, 7 kg de résine de cannabis et 118 kg de tabac de contrebande saisis. Et, enfin, le volet police judiciaire, histoire d’assurer « le service après vente », ironise-t-il. Il l’assure, les moyens engagés sont « importants » et cette politique porte ses fruits avec des saisies de cocaïne « multipliées par deux » cette année, sans compter le travail de la douane. « Nous sommes têtus, ils le sont en face » martèle le préfet, déplorant « l’hyperviolence  » des réseaux mafieux et dans la société en général. « Il faut une réaction », elle sera « absolument féroce » promet-il.

    Pas d’avis tranché

    sur la halte soins

    Pointant la responsabilité des consommateurs de stupéfiants sans qui, selon lui, le trafic n’existerait pas, le préfet est beaucoup moins tranché sur la question de leur accompagnement. Interrogé sur le véto opposé à l’installation d’une halte soins addiction (HSA) à Marseille par son prédécesseur, Georges-François Leclerc, il prône une « attente pragmatique », l’expérimentation nationale avec de potentielle ouvertures devant se terminer à la fin du mois. « Je ne porterai pas le projet, mais je ne m’y opposerai pas si l’Agence régionale de santé me démontre qu’il y a une utilité sanitaire », précise-t-il, témoignant d’une expérience plutôt réussie à Strasbourg, lieu de son précédent poste tout en prenant prudemment le parti du « ni oui ni non » pour l’instant.

    Le logement, un fort enjeu du territoire

    Force à la loi… Pas question pour Jacques Witkowski de transiger sur l’application de la loi SRU, permettant de sanctionner les maires ne respectant pas leurs obligations de construction de logements sociaux, quand bien même certains en feraient un argument de campagne électorale à l’aube des municipales. Mais, avec 110 000 demandes dans la région pour 8 000 attributions par an, c’est « long, trop long », convient le préfet, « nous avons un problème de qualité et de quantité ». Et de pointer la pénurie, mais aussi la dégradation du bâti existant, d’assurer de la volonté de l’État d’accélérer sur la lutte contre l’habitat indigne. Ses outils : les crédits de la rénovation urbaine, les opérations de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national. « Importante », cette « politique publique reste complexe », nuance le préfet, car l’État n’est pas « faiseur direct », cette mission relevant des bailleurs sociaux.

    Ligne THT, l’État rend son avis cette semaine

    Sur le projet de ligne à 400 000 volts très attendu par les industriels pour permettre l’implantation d’usines décarbonées dans le golfe de Fos, l’État doit rendre son avis au plus tard le 13 décembre sur les conclusions du débat public. Le préfet se dit prêt à statuer ce vendredi, à la fois conscient que la zone représente « 25% des émissions industrielles françaises », mais aussi « 42 000 emplois avec des perspectives de développement ». RTE pourrait être amené à revoir sa copie si l’État le jugeait nécessaire. Quant à la déclaration d’utilité publique, elle serait peu probable avant les élections municipales.

    No comment sur le plan « Marseille en grand »

    Le préfet Witkowski a préféré laisser au président de la République la primeur des déclarations sur le plan « Marseille en grand » lors de sa visite à Marseille mardi prochain.

    Un effort « maintenu » auprès du secteur social

    Quand on évoque des acteurs de terrain à bout de souffle dans les quartiers, qui dénoncent le manque de soutien et de moyens, le préfet botte en touche. « Cela relève des collectivités. Nous leur apportons des moyens financiers à l’accompagnement social », précise-t-il. Reste que « nous sommes pro-actifs dans les 41 quartiers prioritaires de la politique de la ville », assure-t-il. Les 20 millions d’euros budgétés sur ce créneau en 2025 ont été dépensés, affirme à ses côtés Isabelle Epaillard, préfète à l’égalité des chances, rappelant que les financements s’élevaient l’année précédente à 19 millions. Revenant sur les inquiétudes des associations et entreprises d’insertion qui ont alerté au niveau national sur une baisse de 14% des moyens alloués, soit 200 millions d’euros, dans le cadre du projet de budget 2026 discuté au Sénat, sur notre territoire, « les financements n’ont pas baissés, bien au contraire », affirme la préfète.

    Dans le cadre des contrats de ville, elle assure également les associations en difficulté d’un soutien sans faille de l’État. « C’est le cas notamment de Schebba à la Busserine  », ajoute-t-elle. Pour ce qui est des Maisons France service, lâchées par la Métropole, au nombre de 5 sur les 13 que compte Marseille, « nous allons trouver une solution », s’engage Isabelle Epaillard, en revoyant notamment le montage financier.

  • Des habitants de Veline 1, à Gardanne, encore dans le flou sur les charges

    Des habitants de Veline 1, à Gardanne, encore dans le flou sur les charges

    « Nous sommes les oubliés de 13 Habitat », estime Samia. Dossiers sous le bras, elle est entourée d’une poignée d’autres locataires, tous membres du CLCV ou Collectif Veline 1. Voilà des mois (voir nos précédentes éditions) que les habitants de cette résidence rament pour obtenir des réponses. En février 2025, le montant des charges, calculé sur l’année 2023 et 2024, explose. « Sans relevé de compteurs depuis 2023, tombés en panne et sans prise en compte des demandes de réparations », rappelle Albane, également membre du collectif. Entre 2023 et 2024, flou total sur les critères de calcul individuel des provisions pour charges.

    Il y a bien eu des réunions publiques, des réponses par courrier « dans le vent, qui ne nous éclairent pas plus » et l’installation de quelques compteurs individuels en novembre « sur du matériel vétuste », poursuit Albane. Une intervention de la part de 13 Habitat, certes, pour que les consommations puissent être évaluées « comme il se doit ». Mais, il manque toujours plusieurs années de facturation sur lesquelles les habitants ont vu leur chauffage calculé collectivement, sans prise en compte des consommations individuelles.

    Rencontre exigée

    « Et les années 2023, 2024, 2025 ? Est-ce qu’à un moment, on va être remboursés ? On nous a promis un geste commercial en octobre : jamais eu de nouvelles (….). Depuis combien de temps est-ce qu’ils facturent au petit bonheur la chance ? », lance Albane.

    Certains expliquent avoir payé plus de 2 000 euros de charges supplémentaires. « On paie parce qu’on a peur. Certains locataires ont reçu des menaces de coupure d’APL, voire d’expulsion », rapporte une autre locataire. Les courriers ont néanmoins cessé au cours de l’été.

    Des charges, mais pourquoi ? « On a toujours les taches de moisissure, il fait 12 degrés dans les appartements, les espaces communs sont dégradés… Ils doivent nous justifier ce qu’on leur doit », pousse Samia, qui compte bien emmener ce dossier jusqu’au tribunal, s’il le faut. « On veut une rencontre avec le président (Jean-Marc Perrin) au siège », poursuit Samia.

    La Ville de Gardanne, qui gère le chauffage urbain du bâtiment, a pris en compte les doléances des habitants. « On a enfin pu obtenir le règlement de service envoyé en 2023 à 13 Habitat, signé par le bailleur. Après plusieurs relances. On a appliqué un bouclier tarifaire sur 2024, qui n’était pas prévu à la base. L’année prochaine, 13 Habitat régularisera les charges de 2024-2025 », souligne Antonio Mujica, premier adjoint, qui rappelle que la main est à 13 Habitat. Sollicité, le bailleur n’a pas pu répondre à temps, mais assure revenir vers La Marseillaise.

  • Un an ferme requis pour son « trou à rats » à Marseille

    Un an ferme requis pour son « trou à rats » à Marseille

    « C’est au-delà d’un marchand de sommeil car on ne dort pas là-dedans. L’indignité ne fait pas débat. C’est pire qu’une bête dans un trou ! » a vivement lancé la procureure Anne-Sophie Larrouy au procès de Christian Castel, 67 ans, un agent immobilier et contrôleur de gestion qui loue une cave comme habitation au 48 rue Curiol (1er).

    C’est un lot en sous-sol de 17 m² avec une pièce principale de 9 m² sans fenêtre, sans chauffage, acheté il y a 15 ans pour 15 000 euros et estimé à 23 000 euros. Un sbire récupère pour lui le loyer en espèces : 300 euros par mois et 40 euros en plus pour l’électricité. C’est tout moisi, la porte trop petite laisse passer l’air. Aucun éclairage naturel. L’horreur. Le parquet demande 2 ans de prison : un an ferme et un an de sursis probatoire avec injonction de soins « pour travailler la problématique de la compréhension de la souffrance aux autres ». La procureure ajoute une amende de 20 000 euros pour lui, 40 000 euros pour sa SCI, 5 ans d’interdiction d‘acheter un bien immobilier et d’exercer la profession d’agent immobilier, plus la confiscation de la cave.

    Des habitants de l’immeuble avaient dénoncé cette situation scandaleuse à la mairie dès 2018. Il faudra attendre juillet 2024 et un constat de police qui lançait les poursuites pénales pour soumission d’une personne vulnérable à des conditions d’hébergement indigne et refus de reloger le jeune locataire de cette cave moisie, frappée d’un arrêté préfectoral d’insalubrité en 2024 doublé, en février 2025, d’une astreinte de 200 euros par jour de retard à le reloger.

    La victime, absente et pas constituée partie civile, est un jeune homme de 22 ans, dans une grande précarité sociale, économique et physique. C’est un ancien mineur de l’Aide sociale à l’enfance parfois hospitalisé en psychiatrie. « Je m’y sens mal, mais c’est quand même mieux que le 115 » a-t-il dit. Il travaille dans la restauration, gagne 716 euros par mois, ne touche pas d’aide.

    « J’ai aidé et c’est tout

    pour ma pomme »

    Présent ce mardi matin à l’audience, le prévenu n’a pas daigné attendre sa comparution vers 16h. Se disant « angoissé », il a quitté le tribunal en laissant une lettre qui reprend son audition devant les services de police. Le couplet du bon Samaritain mal informé. « J’ignorais que je n’avais pas le droit de la louer. C’est correct et habitable. Je m’en servais à l’origine comme bureau. C’est vrai qu’il y a des traces de moisissures, mais c’est le locataire qui a dégradé. Je ne suis pas un marchand de sommeil. J’ai aidé comme j’ai pu des personnes dans le besoin réel. Résultat des courses, c’est tout pour ma pomme. »

    « L’indignité, c’est le logement que nul ne mérite », dénonce Me Jorge Mendes, conseil de la Ville de Marseille, partie civile dans tous ces dossiers d’habitat indigne. Il demande 1 154 euros pour le temps engagé par les services municipaux et 1 000 euros de préjudice moral. L’avocat fustige « l’immoralité des locations de ce genre de trou à rats, qui dégage 25% de rentabilité annuelle à son propriétaire ». La Ville a depuis relogé de façon pérenne la victime. Le prévenu est par ailleurs mis en cause pour location de caves au 100 rue Saint-Savournin.

    Délibéré le 6 janvier.

  • À Aubagne, Jean-Pierre Squillari veut « stopper le bétonnage sauvage »

    À Aubagne, Jean-Pierre Squillari veut « stopper le bétonnage sauvage »

    « Construire oui, mais pas n’importe où et pas n’importe quoi », tranche Jean-Pierre Squillari.

    Si lui et son équipe sont élus en mars prochain, « on stoppera le bétonnage sauvage. Les logements construits ces douze dernières années durant le mandat du maire sortant (LR) Gérard Gazay ne sont pas accessibles à la majorité des Aubagnais. On part du principe que les logements doivent correspondre aux besoins des habitants, et non aux envies des promoteurs ». En accord avec le programme de la liste*, « nous ferons un moratoire sur les constructions. Il y aura un statu quo sur celles qui sont programmées. Pour les autres, on regardera si la réglementation est respectée, si le réchauffement climatique est pris en compte. Si tout est dans l’ordre, il n’y aura pas de problème. Dans le cas contraire, on arrêtera les projets de construction ».

    Il martèle : « Finies les opérations clinquantes pour investisseurs. On remet les familles au centre : loyers accessibles, tailles adaptées, vraie mixité pour garder 25% de logements sociaux. »

    Non à l’étalement urbain

    Selon l’Agence départementale d’information sur le logement des Bouches-du-Rhône (Adil 13), citée dans un article de la Ville d’Aubagne daté du 13 mai dernier, il y aurait, dans cette ville de 47 342 habitants, 22 656 logements, dont 27,43% de logements sociaux, et 3 043 demandeurs de ces logements. Si la Ville est dans les clous quant à la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), « c’est grâce aux municipalités précédentes, car le maire sortant n’a pratiquement rien construit », pose-t-il. Pour autant, « le parc social se dégrade, les loyers s’envolent, les jeunes ne trouvent rien, les anciens ne peuvent plus rester chez eux, les familles monoparentales serrent les dents… Et pour acheter, n’en parlons même pas : des prix qui donnent le tournis », constate-t-il. Et d’embrayer : « Et ça, ce n’est pas arrivé par hasard. C’est le résultat d’une politique municipale qui a laissé filer la spéculation, qui a couvert l’extension urbaine. »

    Un autre axe fort de ses propositions entend « réviser les plans d’urbanisme pour reconstruire sur l’existant. Densifier un peu, intelligemment, là où il y a déjà des bâtis, des transports publics, des services et des commerces. Revitaliser plutôt qu’étaler. Et surtout : stop au grignotage des terres naturelles et agricoles. »

    Dans le même état d’esprit, l’idée est de « mobiliser les 1 500 logements vacants » situés dans le vieil Aubagne. « Ils ne seront pas tous disponibles, car certains font l’objet de procédures en cours par exemple en cas de problèmes sur un héritage, ou sont en procédure de péril, mais une partie pourrait être disponible. On va travailler avec les propriétaires, utiliser tous les outils existants, et remettre ces logements sur le marché. À titre d’exemple, la réhabilitation du centre ancien de Salon-de-Provence est une réussite », argumente-t-il.

    * Depuis le 30 novembre dernier, son site de campagne a été ouvert : www.aubagne-en-commun.fr