Tag: location

  • L’équipe « logistique » de Yoda plaide la faiblesse des preuves

    L’équipe « logistique » de Yoda plaide la faiblesse des preuves

    Convoyeurs, logisticien, nourrice, prête-nom… L’heure était, ce mardi 2 juin, aux plaidoiries des conseils d’une partie du clan Bingui, au tribunal correctionnel de Marseille. Des membres identifiés par les policiers comme aidant au bon fonctionnement du réseau ou chargé de protéger et d’organiser les séjours du chef présumé, Félix Bingui, lors de ses « sauts de puce » dans la cité phocéenne. Un rôle mineur et des éléments du dossier tangibles basés sur des écoutes et vidéosurveillances « interprétées » ont estimé la plupart des avocats, au fil de la journée, dénonçant des réquisitions disproportionnées et réclamant la relaxe. Comptabilité mal faite pour les uns, location de voitures pour survivre pour les autres… Divers arguments sont évoqués. La défense de Najib S. dit « grosse tête » est particulièrement enlevée.

    « Dans ce dossier, il n’y a rien d’extraordinaire », estime Maître Blot. C’est, pour l’avocat, « un trafic de stup’ comme tant d’autres ». Si « vous avez eu à connaître des dossiers plus dangereux, plus lucratifs, des audiences plus tendues où les prévenus sont moins respectueux de l’autorité judiciaire », poursuit-il à l’attention du tribunal, s’étonnant des « quantums [montant de la peine ou de l’amende requis Ndlr] impressionnants pour certains ».

    « Solidarité humaine »

    Revenant sur les arguments de ministère public la veille, qui évoquait un « point d’orgue » de la violence « en raison de ce qui se passait à la Paternelle », il estime que ce sont les prévenus qui l’ont subie, certains n’étant « plus là ». Dans tout ça, « la Paternelle [serait] un laboratoire du laboratoire », reprend-il. Mieux, il souligne l’« intelligence commerciale qu’il faut bien reconnaître » au clan Yoda, du nom de « ce personnage de “Star Wars”, tout le monde le connaît ». Mais il l’assure : son client, innocent, est « plus un Chewbacca qu’un Anakin », même s’il côtoie des gens « passés du côté obscur ». Normal quand on se connaît depuis toujours, assène maître Blot, où les relations relèvent de « la solidarité humaine » et pas de « l’association de malfaiteurs ».

    L’avocat revient aussi sur la portée « politique » de l’affaire, rappelant que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, s’était félicité sur les réseaux sociaux d’avoir obtenu l’extradition, depuis le Maroc, de Bingui, « un des plus gros trafiquants marseillais », au mépris de la présomption d’innocence. « On communique car on est en guerre contre le narcotrafic. On devrait se contenter que force reste à la loi. La Paternelle a été purgée, la loi est revenue, c’est heureux. M. S. mérite l’application de cette loi, je ne voudrais pas qu’il soit un dommage collatéral pour atteindre plus haut que lui », cingle-t-il. Le haut du panier, ce sera pour ce mercredi, avec la défense attendue de l’équipe dirigeante présumée du réseau…

  • [Trafic de stupéfiants] La fable du jeune transporteur de grosses liasses de billets

    [Trafic de stupéfiants] La fable du jeune transporteur de grosses liasses de billets

    Chamsedine (*) 21 ans, comparait pour la troisième fois. Le 9 juin dernier, la Bac Nord l’a contrôlé à 21h au volant d’une Opel qui n’était pas la sienne, immobilisée moteur tournant, à côté de la cité Félix Pyat, sur un parking considéré comme un point de deal. À leur vue, le conducteur a vite éteint ses deux portables et agité ses jambes. Sous le siège, un sachet contenant 21 000 euros conditionnés en liasses de billets de 50, 20 et 10 euros. « Ce sont mes économies et des jeux d’argent » avait-il narré en garde à vue réfutant qu’il fut la petite main collectrice d’un réseau de stupéfiants.

    « La bonne version »

    « J’ai pas donné la bonne version aux policiers car j’étais stressé », s’élance le prévenu très hâbleur dans un récit qu’on est prié de croire. « En réalité, c’est l’argent de mon père que j’ai pris sans autorisation dans son coffre pour louer une grosse voiture. C’était 1 000 euros la location et 20 000 la caution. Mais j’ai pas envie de donner d’éléments sur le loueur pour ne pas le mettre à l’envers. » De narrer que son père gardait tout cet argent car « il fait souvent des retraits pour préparer un voyage en famille aux Comores ». De remettre une liasse de documents bancaires parentaux pour donner corps à la fable.

    Pas dupe, la présidente ironise : « Vous nous dites avoir eu accès au code du coffre de votre père qui est poseur de portes blindées. Les cordonniers sont décidément les plus mal chaussés. » De lui rappeler ses récentes condamnations : en novembre 2023 pour trafic de stupéfiants à 10 mois de prison aménagé en détention à domicile avec interdiction de séjour dans les 15e et 16e arrondissements ; en mars 2024 pour violation d’interdiction de séjour et refus de donner le code de son portable à 6 mois de prison ferme convertis par le juge des libertés et de la détention en 210 heures de travaux d’intérêt général toujours pas effectuées car il n’a pas daigné récupérer le courrier judiciaire… « Ce sont des œuvres de jeunesse, c’est du passé. Il faut regarder devant », jure l’oiseau qui a déjà grillé son permis de conduire probatoire.

    « Vous naviguez en eaux troubles ! »

    « Il nous raconte une histoire enjolivée avec aujourd’hui, deus ex machina, des relevés bancaires des parents pour faire tenir une histoire ridicule, ce qui n’est pas encourageant pour l’avenir de ce jeune », se cabre la procureure qui qualifie son positionnement de « particulièrement éhonté et inquiétant ». Elle lui lance : « Que faites-vous à 21h près de Félix Pyat dans une voiture qui n’est pas à vous avec deux téléphones en main et 21 000 euros à vos pieds ?! Le décor est déjà posé ! Vous naviguez en eaux troubles ! » De requérir un an de prison dont 6 mois avec sursis probatoire de deux ans avec l’obligation de travailler. Pour les six mois ferme, un bracelet à domicile.

    Du coup, la défense se retrouve à devoir justifier les retraits mirifiques de modestes parents. « Sur les 30 000 euros retirés en 3 ans, il y a une indemnité de 15 000 euros reçus des parents pour leur logement qui a été jugé insalubre. »

    Au regard de cette « détention d’argent fortement suspecte », de « déclarations contradictoires » et « des éléments produits insuffisants pour rapporter une origine légale des fonds », le tribunal l’a reconnu coupable et condamné à la peine requise avec confiscation de l’argent saisi.

    * Son prénom a été modifié

  • Uber à l’abordage des bateaux du Vieux-Port

    Uber à l’abordage des bateaux du Vieux-Port

    Loin du système de navettes, Uber choisit de s’associer à l’opérateur Click&Boat, plateforme déjà présente à Marseille, pour se lancer dans la location de bateaux entre particuliers. « 1 500 navires » seront mis à disposition de la plateforme, selon les deux partenaires. Un onglet “Bateau” sera tout simplement ajouté à l’application Uber. « L’idée est de s’appuyer sur Uber pour mettre en avant la démocratisation de la location de bateau mais aussi l’expertise, le professionnalisme et l’offre locale », assure Bastien Rambert, chargé de relation presse Click&Boat.

    Entre loi et laisser-faire

    Mais l’arrivée d’Uber Boat, en plus d’instaurer selon ses détracteurs « une concurrence déloyale » entre loueurs professionnels et particuliers, se heurte au cadre réglementaire souvent méconnu du grand public. « Le particulier n’a pas le droit de louer son bateau sans AOT, sans être agréé », affirme Amine Gharbi, président de LocaBoat, société de location de bateaux implanté sur le Vieux-Port.

    L’article 4.2 du règlement portuaire de la métropole stipule qu’« il est interdit, à tout usager, d’autoriser à un tiers l’usage, à titre gratuit ou contre rémunération, du poste à flot ou à terre qui lui a été attribué ». Pour autant, « sur le port de la pointe rouge ou de l’Estaque, il y a une partie privée où nous pouvons nous amarrer en tant que particulier », observe un propriétaire de bateau qui loue via Click&Boat, souhaitant rester anonyme. « Les ports devraient être à tout le monde. Les places sont réduites pour avoir une AOT. Alors oui, on loue sans. Un bateau, ça coûte cher à entretenir, donc on trouve des solutions », plaide le plaisancier. Il déplore toutefois un manque d’encadrement : « Click&Boat n’a pas assez d’équipes pour réfléchir aux réglementations ici. Il ne s’intéresse pas aux normes de la Métropole… Personne n’est aiguillé », estime-t-il. Car au-delà des règles portuaires locales, un cadre national s’applique : dès qu’un bateau de plaisance est mis en location contre rémunération, il devient un navire de plaisance à utilisation commerciale. Dans ce cas, il doit obligatoirement détenir un permis d’armement, une fiche d’effectif et un statut de gens de mer pour son capitaine, selon le droit maritime français. Quasiment impossible, pour un particulier à cause de son coût et sa complexité administrative de s’y conformer…

    Face à cette pression croissante, Amine Gharbi et d’autres collègues loueurs professionnels ont monté une association : la Nautic Marseille. « Nous voulons solidifier les différentes structures de contrôle. Ce que nous voulons proposer, c’est d’instaurer un code couleur de drapeaux pour les professionnels, qui permettrait aux forces de l’ordre maritime de nous reconnaître et de faire le tri afin de se concentrer sur les particuliers qui n’ont pas été contrôlés en amont. » Par ailleurs, l’association écologique Terre Bleue, exige qu’avant toute autorisation nationale accordée à ce nouveau système de location, les opérateurs fassent preuve d’une totale transparence quant à leurs activités, surtout concernant « un littoral particulièrement fragilisé, confronté au réchauffement de ses eaux et à une forte pression humaine », insiste la structure.

    Les autorités ont déjà commencé à sévir. « Il y en a plein qui se sont fait dégager sur le Vieux-Port », partage Nicolas Petit, directeur commercial de ZeBoat, loueur de bateaux de luxe. Des locations « irrégulières » sont souvent épinglées et condamnées par la justice depuis plusieurs années déjà, avec des peines pouvant aller jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Loueurs comme plaisanciers craignent une privatisation des espaces maritimes qui selon eux doivent rester publics. « Ce que nous voulons, ce n’est pas du volume mais de la qualité. La Métropole sait que nous avons des bateaux identifiés et sécurisés, aux normes qui produisent moins de CO2. Sortir des personnes en mer, c’est risqué. Pourquoi ne pas professionnaliser Uber, et se concentrer sur nous, pour régulariser la demande ? », estime Amine Gharbi. Le débat est loin d’être clos.

  • Le 5, rue des frères Perez à Marseille, un ex « hôtel social » à vau-l’eau

    Le 5, rue des frères Perez à Marseille, un ex « hôtel social » à vau-l’eau

    Depuis quatre mois, une famille vit dans une chambre d’hôtel relogée en urgence à la suite de menaces. Le couple dénonce depuis plusieurs années l’indignité de leur logement suite à des fuites actives d’eaux qui ont entrainé des interventions des marins-pompiers, des fissurations des murs, des infestations de souris et de punaises, des courts-circuits et des surtensions qui détruisent l’électroménager, une ventilation insuffisante, un manque d’entretien générale des parties communes, une dégradation importante de la cage d’escaliers.

    La veille, le 5 février 2026, trois inconnus s’étaient présentés à leur domicile pour une expulsion sauvage. « Tu as jusqu’à lundi pour quitter les lieux sinon on met le feu à ton appartement et on te tue avec ta famille » consigne le dépôt de plainte. Le matin même, une audience s’était tenue devant le tribunal de proximité avec leur bailleur pour dénoncer l’indignité du logement.

    Après avoir déjà connu la difficile copropriété du Gyptis, la famille emménage en février 2014 dans un studio au 4e étage du 5 rue des frères Perez (3e) un immeuble ancien et dégradé en contrebas de la tour Bel Horizon, cette copropriété privée de grande hauteur dont un réseau de drogue a investi des parties communes. Le 5, rue Pérez compte 24 studios issus de division d’appartements sur 5 étages dont une grande partie sont à présent squattés. A noter que depuis janvier 2025, le « permis de louer » s’applique dans le secteur Hoche-Versailles.

    « Depuis trois ans, les problèmes se sont aggravés. J’avais monté un dossier à l’ADIL et porté plainte contre l’ancien propriétaire qui a fait ensuite des travaux mais de camouflage » raconte Djamila, la mère. « Le 6 février au soir, deux types armés et un troisième qui se tenait en bas sont venus frapper à la porte. Je vais te butter, je sais où ta fille va à l’école. Je leur ai répondu que je n’avais pas peur. Les policiers qui sont venus m’ont répondu « on n’est pas payé pour vous protéger ». La mère qui milite à la France insoumise, obtient l’intervention des députés LFI Sébastien Delogu et Manuel Bompard. La préfecture le trouve un refuge d’urgence. « On était en danger. C’est trop de peur. J’avais préparé de quoi partir rapidement. Mais même à l’hôtel, on n’est pas tranquille. Un gars en trottinette est venu il y a trois semaines à la laverie me menacer. On n’est pas en Colombie pourtant… »

    Leur immeuble appartenait jusqu’en juillet dernier à Louis Dalbert, 89 ans, qui l’a revendu à la société I.A 2022 dirigée par le marchand de biens Chouki Hedhiri pour la somme de 326 000 euros. Les baux et quittance de loyer étaient tamponnés par une obscure association dénommée « Un abri pour tous » que gérait l’octogénaire. Un montage singulier qui explique que huit locataires soient titulaires de baux de sous-location de six mois à un an pour un loyer mensuel, charges comprises, de 450 euros, que trois studios sans loués sans bail, le restant étant squatté.

    Suite à cette vente, la SPLA-IN a visité l’immeuble et repéré des « désordres extrêmement importants » dans cet immeuble aux « logements très dégradés » et procédé à un signalement immédiat à la Ville, laquelle a déclenché des visites les 10, 15 octobre et 20 novembre et engagé une procédure contradictoire avant mise en sécurité, faute de travaux. Le document a été un temps affiché à la porte de l’immeuble.

    La semaine dernière, la situation s’est accélérée. Dans la nuit de jeudi à vendredi, un commando d’une quinzaine d’individus cagoulés aurait fait irruption à 1h50 du matin dans l’immeuble, terrorisant les occupants, brisant les serrures pour les pousser au départ. « Ils étaient très nombreux. Ils ont cassé les serrures des logements. Mon appart est squatté alors qu’on a encore le bail. Ils ont frappé une personne » raconte Djamila sur la foi de contact gardé sur place. Une patrouille de policiers aurait alors interpellé 4 individus dont un jeune de 18 ans, les autres prenant la fuite vers la tour Bel Horizon Trois interventions policières ont eu lieu dans l’immeuble vendredi et dimanche pour des tentatives de squat. Contactés, ni le propriétaire, ni le syndic D’Agostino n’ont donné suite à nos requêtes.

    David Coquille

  • À Montpellier, la proposition phare d’une agence municipale pour le logement

    À Montpellier, la proposition phare d’une agence municipale pour le logement

    « Le logement, c’est la dignité. Avoir un toit, c’est pouvoir élever ses enfants », estime l’actuel maire socialiste de Montpellier et candidat à sa réélection, Michaël Delafosse. « Partout en Europe, il y a une crise du logement ». Et Montpellier, où de nombreux ménages victimes de la flambée des loyers peinent à se loger, n’y échappe pas. De cette question « souvent esquivée dans les débats publics », Michaël Delafosse et son équipe ont décidé de faire « une priorité absolue » d’un éventuel prochain mandat, dans la continuité de la politique volontariste engagée depuis 2020.

    La proposition phare du programme consiste en la création d’une agence municipale du logement. Situé au sein de l’espace Ambroise Croizat, récemment inauguré dans le quartier des Arceaux, ce dispositif prendra la forme d’un guichet unique pour accompagner dans leurs démarches à la fois les locataires et les propriétaires. « Sur toutes ces problématiques liées au logement – lutte contre l’habitat indigne, aides financières, rénovation énergétique, accès au logement social, dispositifs solidaires… – les gens ont du mal à savoir vers qui se tourner. Ce lieu, où chacun pourra être orienté vers le bon interlocuteur, a vocation à créer de la visibilité », explique Clara Gimenez (PCF), conseillère municipale déléguée à la vie étudiante et vice-présidente de la Métropole Montpellier Méditerranée déléguée à la politique de la Ville. « C’est un endroit où toutes les compétences concernant le logement seront réunies », résume l’ancienne députée LFI Muriel Ressiguier.

    Loyers modérés d’un côté, garantie de paiement de l’autre

    Le dispositif s’adresse autant aux locataires qu’aux propriétaires, qu’il propose de sécuriser dans la mise en location de leur bien. « Souvent les propriétaires ont peur des impayés de loyers. Nous leur proposons donc, via cette agence, de devenir assureur, afin de créer de la confiance », explique le maire – candidat. « Les propriétaires loueront leur bien à loyer modéré tout en étant garantis du paiement ». L’agence municipale pour le logement proposera également un accompagnement de la rénovation énergétique des logements privés classés E ou F. « C’est un dispositif qui prend en compte l’ensemble de la population : les plus précaires, les classes moyennes et aussi les propriétaires », insiste Muriel Ressiguier.

    Parmi les autres mesures novatrices en matière de logement, un dispositif de prêt à taux zéro pouvant aller jusqu’à 10 000 euros, baptisé “pass accession montpelliérain”, permettra d’aider les jeunes ménages à constituer un apport en vue de l’acquisition d’un premier logement. La commune pourra également prendre en charge, sous conditions de ressources, les frais de notaire pour les 18-30 ans. « Cette mesure s’inscrit dans notre objectif global de permettre à au moins 10 000 Montpelliérains d’accéder à la propriété, en réduisant concrètement le coût d’entrée dans le parcours résidentiel. »

    Pour ce faire, l’équipe de Michaël Delafosse mise sur la construction de 4 000 logements neufs en bail réel solidaire (BRS), dispositif qui permet aux bénéficiaires d’être propriétaires de leur logement sans être propriétaires du terrain (ce qui revient 30% moins cher). « Notre but c’est d’aider une partie des gens qui sont locataires dans le parc social à accéder à la propriété, et permettre ainsi à d’autres d’entrer dans le parc social », détaille le candidat. Outre l’engagement de respecter les 25% de logements sociaux imposés par la loi SRU, le maire sortant prévoit notamment de construire 1 000 logements sociaux étudiants en partenariat avec le Crous et les bailleurs sociaux ainsi que 500 logements à destination des personnes âgées, répartis dans 4 « résidences sociales seniors  ».

    L’équipe de Michaël Delafosse prévoit par ailleurs de poursuivre la dynamique enclenchée lors de ce premier mandat en matière de lutte contre l’habitat indigne : « nous allons continuer notre lutte contre les marchands de sommeil, étendre le permis de louer, poursuivre la résorption des bidonvilles, travailler sur les bâtiments vacants pour soutenir les dispositifs d’habitat intercalaire qui nous ont notamment permis de résorber des squats et créer 7 nouvelles pensions de familles pour sortir les personnes de la rue, ce qui portera leur nombre à 14. »

  • Le nouveau préfet veut optimiser la lutte contre l’habitat indigne

    Le nouveau préfet veut optimiser la lutte contre l’habitat indigne

    Le préfet de région Jacques Witkowski a indiqué mercredi lors d’un point presse vouloir relancer la lutte contre l’habitat indigne. « C’est une volonté collective, un engagement et une vraie préoccupation presque philosophique de ma part », a signifié le préfet fort d’une culture opérationnelle sur le sujet.

    Le diagnostic est sombre. « On voit bien quand on traverse la ville que nombre d’habitats ne sont plus aux normes du temps et dans ce lot, certains sont incompatibles avec de l’habitat digne. La catastrophe de la rue d’Aubagne a été l’exégèse et un détonateur pour tous. On a un taux d’indignité de logements considérable », observe le préfet pour qui « la réalité dépasse de beaucoup les 60 000 logements indignes identifiés dans les Bouches-du-Rhône ».

    D’où la « volonté politique interne » affichée d’avancer et de « travailler en synergie ». Si un regain notable est observé sur les arrêtés préfectoraux de traitement de l’insalubrité (70 nouveaux arrêtés lançant la procédure publiés en 2025 dont 39 à Marseille), le constat d’une dispersion des compétences entre les différents services (ARS, DDTM, etc.) pèse, « là où il faudrait au contraire les regrouper avec tous les moyens budgétaires comme je l’ai fait en Seine-Saint Denis », a lancé le préfet. À peine débarqué, il a créé à titre expérimental une « mission interservices de lutte contre l’habitat indigne » confiée à une commissaire divisionnaire.

    Le préfet veut mobiliser des services opérationnels comme les pompiers, les policiers, les gendarmes, les agents EDF-GRDF, les opérateurs de fibre pour remonter des alertes. « J’ai souhaité qu’on s’intéresse aux agences de location qui louent sciemment des locaux inhabitables en l‘état », dévoile le préfet qui « sans vouloir jeter l’anathème sur une profession » annonce une campagne de « contrôles au titre de la répression des fraudes car les agences sont responsables de ce qu’elles proposent à la location ».

    « Pas de cadeau, pas de quartier ! »

    Les services fiscaux sont mis dans la boucle. « Un propriétaire déviant, on va lui faire la totalité des urines comme on disait au XVIe siècle. Pas de cadeau, pas de quartier comme on disait au temps des corsaires. Le fisc doit s’intéresser à ces gens mais aussi la justice, la répression des fraudes, la préfecture bien sûr, les communes, les bailleurs sociaux », poursuit le représentant de l’État qui sait que « les outils ne sont pas encore totalement parfaits ». Le relogement des victimes d’habitat indigne reste problématique en cas de carence des propriétaires, les occupants n’étant pas prioritaires dans les dispositifs. « C’est un sujet ancien. On s’organise pour avancer collectivement. »

    À propos de la mise aux enchères par les Domaines sur la plateforme Agorastore d’une cave proposée à l’habitation (la Marseillaise du 29 janvier). « C’est complètement dingue, je ne peux pas le dire autrement, réagit le préfet. On ne cautionne absolument pas ce genre de choses. Ce n’est pas possible qu’en voulant bien faire, on se prenne les pieds dans le tapis. »

    S’agissant des projets de rénovation urbaine, le préfet sait combien ils suscitent « beaucoup d’attente assez frustrante », mais que « là les grues arrivent. 2026 sera une année importante ». Les Bouches-du-Rhône comptent 19 projets Anru dont 10 à Marseille pour un montant global de 850 millions d’euros. À ce jour, on est à 82% des engagements de crédit avec fin juin 2026 comme date butoir. « Les projets sont à peu près stabilisés. La métropole et les villes sont en train de caler les cahiers des charges et les calendriers pour le choix des maîtres d’œuvre », signale la préfète déléguée à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard. « Nous allons passer au premier trimestre à la démolition de la tour B de Campagne Lévèque. » Suivront la Bricarde et la Castellane. Pour anticiper des difficultés liées aux points de deal et aux vols sur les chantiers, un travail est en cours pour doper les marchés publics de clauses d’insertion sociale.

  • Le Saint-Siège dissout et vend la Grande compassion à Marseille

    Le Saint-Siège dissout et vend la Grande compassion à Marseille

    Leur départ était prévisible. Installée depuis 1845 sur les hauts de la Blancarde, la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Compassion n’existera bientôt plus. Avec son majestueux portail, se refermera fin juin un grand livre d’histoire. L’annonce émeut et inquiète les riverains de la longue allée de la Compassion. Ce territoire bastidaire suspendu au-dessus de la ville, constitue un havre de verdure et de quiétude hors du commun.

    Après la fermeture et la vente l’an dernier du foyer pour étudiants de la rue Saint-Savournin (1er) que la Ville a pu préempter, et la cession en cours du couvent de la Petite Compassion avec son domaine fermier d’un hectare, rue du Docteur Cauvin (12e), la fermeture de la Grande compassion et de son domaine unique de trois hectares, scelle le dernier acte et la dissolution d’une congrégation dont les religieuses s’éteignaient les unes après les autres.

    Le vaste domaine bastidaire des Blancard

    Les familles des dix derniers seniors de cette résidence autonomie qui en avait compté jusqu’à trente, doivent leur trouver une nouvelle destination. Les deux dernières religieuses vont s’en aller comme les huit personnels de ce domaine qui vivait aussi de la location des chambres de deux hôtelleries aménagées dans des corps de ferme. Ce serait d’ailleurs une piste de développement idéal pour un futur acquéreur.

    Cet enclos religieux est le fleuron d’un territoire unique et confidentiel qui compte plusieurs bastides et maisons de maître protégées, un étang. La Grande compassion, c’est une suite de quatre bâtiments reliés avec la chapelle de 1848 à la bastide Blancard posée sur un promontoire avec vue imprenable sur la Bonne mère. Elle possède même un petit musée. Orienté sud-ouest, son jardin à la française est organisé autour d’un bassin rond, des bosquets de buis et des pins centenaires remarquables. Les Blancard étaient une riche famille qui possédait au XVIIe les terres agricoles et des vignes le long de la vallée du Jarret. Le bâti le plus ancien est en réalité antérieur à la bastide. Sa cave exceptionnelle et remarquablement conservée sur double voûte en berceau brisé est de la fin du XVe siècle.

    La congrégation a été fondée en 1843 par Jean-François Régis Barthès (1790-1861) un père jésuite qui repose dans une petite chapelle du parc aux côtés de nonnes. Sa vocation initiale était de s’occuper des enfants. C’est en 1907 qu’elle se transforme en maison de repos pour dames âgées. Plus tard en 1930, elle est reconnue de droit pontifical, ce qui explique que la décision de fermeture a été prise directement au Vatican par le Dicastère des Instituts de Vie Consacrée. Contactée, la Prieure générale de la Congrégation, Marisa Adami, n’a pas répondu à notre demande d’entretien.

    « Que la beauté du lieu soit préservée »

    Une période d’incertitude s’ouvre pour ce site exceptionnel à forte valeur patrimoniale et historique, convoité par les promoteurs et marchands de biens. La reprise idéale par un Ehpad exigerait de lourds investissements. « On nous a dit que la décision a été prise au Vatican et que la résidence devait fermer fin juin », confie une des propriétaires croisée dans l’allée. « On accueille cette nouvelle avec beaucoup de tristesse et de préoccupation aussi, car c’est un pan de l’histoire de notre allée qui s’en va. Ce n’était pas une maison de retraite comme une autre. Il y a une sérénité, une ambiance très particulière. On est éminemment triste et dans l’incertitude de ce que cela va devenir. Nous voulons que la beauté du lieu soit préservée, que ce ne soit pas rasé et loti » nous dit-elle, ne nous cachant pas qu’à ses yeux, « il y a péril en la demeure ».

    « On se méfie des promoteurs » claque un autre propriétaire qui tient à souligner que lui et ses voisins ont toujours eu à cœur de laisser l’allée ouverte aux promeneurs. « On n’a pas voulu garder jalousement l’allée pour nous en installant un portail à digicode comme on le voit dans tant d’endroits à Marseille. C’est un joyau patrimonial dans la ville qui doit le rester et on aimerait que cette maison protégée reste telle qu’elle est. »

    Le domaine constitue un ensemble paysager exceptionnel qui jouit de protections au PLUi : les bois centenaires de haute tige sont classés en EBC et les bâtiments reconnus comme des éléments bâtis remarquables (EBR) du patrimoine bastidaire. La protection s’étend au portail du couvent orné d’une pietà avec l’inscription en latin « Monstra Te Esse Matrem » (montre que tu es mère) mais aussi aux piliers monumentaux près de l’avenue de Saint-Barnabé, vestiges du grand domaine agricole originel. En cas d’urgence, une instance de classement aux monuments historiques préserverait l’intégrité du site.

  • Le tribunal confisque la cave louée à un précaire à Marseille

    Le tribunal confisque la cave louée à un précaire à Marseille

    Un agent immobilier et sa SCI ont été reconnus coupables de soumission de personne vulnérable à des conditions d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine et refus de relogement du jeune occupant de la cave située 48 rue Curiol (1er) à Marseille, définitivement interdite à l’habitation par arrêté préfectoral d’insalubrité.

    Christian Castel, 67 ans, qui avait boudé son procès et n’était pas non plus présent, mardi, au délibéré, a écopé de 2 ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende. Son bien immobilier est confisqué. Il lui est fait interdiction d‘acheter tout bien immobilier à usage d’habitation pendant trois ans. La SCI dont il est le gérant est condamnée à 20 000 euros d’amende mais avec sursis. La Ville, partie civile dans les procès d’habitat indigne, se voit allouer 1 000 euros au titre du préjudice moral et 1 500 euros pour ses frais de justice.

    « Il devait être aux abois »

    S’assurant une rentabilité de 25%, le propriétaire louait 300 euros par mois dont 20 euros de charge et 40 euros d’électricité depuis 4 ans cette cave humide achetée en 2010 pour 15 000 euros et pourtant décrite dans le règlement de copropriété comme un « local indépendant à usage commercial ». Le lot de 17 m² était composé d’une pièce principale de 9 m² et d’une salle d’eau de 2,6 m², équipé d’une petite fenêtre en soupirail donnant à même le trottoir de la rue. Après signalement par le syndic aux autorités, un arrêté préfectoral d’insalubrité a été pris le 13 novembre 2024 interdisant définitivement ce « local impropre à l’habitation compte tenu de l’éclairement naturel insuffisant ». Le bail indiquait mensongèrement que le local faisait 30 m² et présentait la location comme meublée alors qu’aucun meuble n’était fourni, mis à part un chauffage, une plaque et un petit frigo.

    Pour le tribunal, la vulnérabilité du locataire est patente, s’agissant d’un jeune homme de 22 ans en grande précarité sociale et économique, arrivé seul et mineur en France et auparavant logé dans des foyers d’urgence. Le propriétaire ayant même déclaré en audition « il devait être aux abois pour prendre quelque chose comme ça ». Après un passage en hôpital psychiatrique, le jeune a été relogé par un bailleur social.

    Christian Castel est propriétaire de 9 logements en plus du sien. Il tire de son patrimoine un revenu locatif de 3 660 euros par mois. La police a visité trois de ses logements rue Fortuné-Jourdan, rue Sainte-Thérèse et rue Docteur Laennec notant que certains d’entre eux étaient « proches de l’insalubrité ». Il est par ailleurs l’objet d’une enquête pour la location d’une autre cave au 100 rue Saint-Savournin frappé aussi d’un arrêté d’insalubrité et où vivait jusqu’à 4 migrants. L’année 2025 a connu un regain de prise d’arrêtés préfectoraux d’insalubrité dans les Bouches-du-Rhône. L’analyse de 140 des 187 arrêtés publiés à ce jour au recueil de la préfecture permet de préciser que 89 arrêtés engageaient la procédure à l’encontre de propriétaires sur tout le département dont 43 à Marseille. 44 arrêtés ont acté la fin de la procédure après constat de travaux réalisés ou de démolition. Sept arrêtés ont prononcé des astreintes jusqu’à 200 euros par jour.

  • Marseille : la Fabrique turbine pour la ville

    Marseille : la Fabrique turbine pour la ville

    C’est une réflexion collective réunissant 80 acteurs : dirigeant d’entreprise, syndicaliste, l’architecte, responsable associatif. Celle-ci débouche sur « La fabrique de la Ville », soit 30 propositions pour Marseille concernant le logement, la mobilité et qualité de vie dans l’espace urbain. Ces travaux se sont basés sur une enquête Odoxa réalisée pour l’Institut Enterritoires, auprès de 600 habitants de la métropole Aix-Marseille- Provence, dont la moitié à Marseille. Le résultat est sans appel, quand dans la ville la lutte contre le logement insalubre est une priorité à 49%, elle est de 38% pour le reste de la Métropole.

    Ainsi, la proposition numéro 7 consiste à « mobiliser les meublés touristiques au service de la rénovation du centre-ville ». En clair, permettre à un propriétaire, qui achète un logement très dégradé et le rénove, d’obtenir « une dérogation pour le mettre pendant plusieurs années à 100% en location touristique puis le remettre dans le marché annuel et attirer un investisseur privé », fait valoir Julien Gonzalez-Lambert, directeur des études d’Enterritoires et coordinateur de la démarche qui se dit transpartisane et apolitique. « On met cela en débat auprès des collectivités locales dans un contexte important, celui des municipales », souligne la présidente exécutive de l’institut Katia Fiorentino.

  • Permis de louer : les amendes tombent à Port-de-Bouc

    Permis de louer : les amendes tombent à Port-de-Bouc

    En avril 2021, une autorisation préalable de mise en location des logements privés, dit « permis de louer », a été instituée sur six îlots de la commune de Port-de-Bouc. L’an dernier, le périmètre d’application a été étendu à des secteurs du centre-ville et à la résidence des Cyprès Bleus.

    Depuis sa mise en place à Port-de-Bouc, plus d’une centaine de dossiers ont été déposés, la moitié environ des demandeurs ont obtenu directement le permis de louer, un tiers sous conditions de travaux et moins d’une dizaine se l’ont vu refusé. Ce dispositif vise à lutter contre les marchands de sommeil, mais aussi à sensibiliser les propriétaires sur leurs obligations de délivrance d’un logement décent.

    Début novembre, une amende de 5 000 euros (cela peut aller jusqu’à 15 000 euros) a sanctionné le bailleur d’un logement au 8 rue Gambetta, qui n’a déposé aucune demande et qui est resté sourd à sa mise en demeure. Même montant pour un autre propriétaire d’un logement loué au 93 avenue Maurice-Thorez sans demande préalable. Il n’a même pas réclamé le recommandé de la Métropole. 5 000 euros aussi pour le bailleur d’un autre logement 14 rue Mirabeau, loué depuis juillet 2024, sans permis. Le courrier de relance est resté sans réponse.

    Une amende de 2 000 euros sanctionne un propriétaire de Rognac pour n’avoir pas satisfait à l’autorisation préalable pour louer son logement au 8 rue Villebois-Mareuil. Il a expliqué que le titulaire du bail n’avait pas occupé le logement, car lui-même avait renoncé à louer son bien. La Métropole a objecté qu’il n’apportait de preuve de la résiliation réelle et effective du bail, « alors même que la locataire a déposé une demande d’aide au logement à cette adresse, ce qui confirme une occupation effective ».

    Enfin, ce jeudi, une amende de 2 500 euros a sanctionné une société civile immobilière qui a donné à bail un logement au 2 rue Maréchal-Joffre sans demande préalable d’autorisation. « En tant que professionnelle de l’immobilier, la SCI ne pouvait ignorer la réglementation instaurant l’autorisation préalable à la location, pourtant instituée dès octobre 2021 à Port-de-Bouc, dont il lui appartenait de rechercher l’existence avant de mettre son bien en location », rappelle la Métropole. La SCI a fini par déposer un dossier et a obtenu un avis favorable après une visite technique du logement.