Tag: Livres

  • [C’est l’été] Lecture : « Comment tuer son mari », de Sue Hincenbergs

    [C’est l’été] Lecture : « Comment tuer son mari », de Sue Hincenbergs

    Imaginez aussi deux époux (le mari de l’une n’étant plus de ce monde) qui commencent à être gênants, lorsque leurs chères et tendres apprennent qu’ils ont contracté des assurances-vie. Imaginez enfin un tueur à gages, non encore averti que les messieurs de ces dames risquent fort de lutter pour sauver leur peau. Humour et suspense garantis pour ce « soap » littéraire. Sue Hincenbergs peut se féliciter d’avoir Françoise-Anne Laporte pour traductrice.

    Editions Cherche Midi, 22,90 euros

  • [C’est l’été] Lecture : « Avec Calme & Amour », de Gérard Daguerre

    [C’est l’été] Lecture : « Avec Calme & Amour », de Gérard Daguerre

    Vous les connaissez tous, mais savez-vous que, derrière eux, se cache le bayonnais Gérard Daguerre, pianiste de l’ombre, mis aujourd’hui en lumière ? Ainsi que nous le signale l’incontournable Laurence Caracalla, le cours de la vie de cet enfant prodige, devenu homme est « un destin comme il en existe peu ». Écoutez-le vous parler de ses rencontres inattendues, vous raconter des anecdotes attendrissantes et surprenantes.
    Captivant.

    Editions La Table Ronde, 19 euros

  • Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Le silence a remplacé le bruissement des pages. Ce vendredi 3 juillet, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation judiciaire du groupe Sauramps, refermant une histoire commencée en 1946 et transmise de génération en génération de lecteurs. Dans les couloirs du tribunal, comme devant les vitrines désormais figées, la stupeur avait pourtant quelque chose d’attendu : depuis des mois, la grande librairie du Triangle se vidait, ses rayons se clairsemaient, ses salariés travaillaient dans l’incertitude et les clients cherchaient en vain les nouveautés qui ne pouvaient plus être commandées.

    Placée en redressement judiciaire à la mi-juin, l’enseigne n’aura bénéficié que d’un court sursis. Aucun repreneur crédible ne s’est manifesté. Les pertes, évaluées autour de 4 millions d’euros, ont emporté les derniers espoirs d’un plan de continuation. À Montpellier, 48 salariés sont concernés. À Alès, six autres voient disparaître une librairie ouverte depuis vingt-quatre ans. Derrière le mot froid de « liquidation », il y a des métiers, des visages, des conseils donnés entre deux étagères, des paquets cadeaux de fin d’année, des livres glissés entre deux générations.

    Dans un message d’adieu publié par les équipes, l’émotion affleure à chaque ligne. « Après 80 ans d’existence au cœur de Montpellier et 24 ans au cœur d’Alès, les librairies Sauramps tournent une page avec beaucoup d’émotions », écrivent les salariés, remerciant « lectrices, lecteurs de tous âges, de tous horizons » pour leur fidélité, et saluant « le travail formidable des libraires » qui ont partagé leurs coups de cœur « avec passion ».

    Un gâchis social et culturel

    Sauramps n’était pas seulement un commerce. C’était une adresse populaire du livre, un lieu où l’on venait flâner, choisir un roman, chercher un manuel, discuter d’un auteur, croiser la ville. Sa disparition dit quelque chose de la fragilité d’une culture de proximité quand les charges explosent, quand les locaux vieillissent, quand les grandes plateformes imposent leur rythme et quand les pouvoirs économiques laissent les salariés porter seuls l’angoisse de l’effondrement.

    Après la décision du tribunal, la Région Occitanie et Montpellier Méditerranée Métropole ont assuré rester « plus que jamais mobilisées pour l’avenir de Sauramps ». Carole Delga, Michaël Delafosse et Christian Assaf disent apporter leur « soutien renouvelé » à la direction comme aux salariés « durement touchés ». Surtout, les collectivités veulent maintenir une perspective : « l’histoire de Sauramps n’est pas terminée », affirment-elles, en indiquant travailler depuis plusieurs semaines à un nouveau projet porté par David Lafarge, directeur général du groupe, en lien avec l’actionnaire principal François Fontès.

    L’enjeu est désormais de construire, « dans les prochaines semaines », une offre de reprise autour d’un projet « largement repensé et économiquement viable ». Plusieurs scénarios seraient en cours. La Région et la Métropole promettent d’accompagner cette reprise si elle se concrétise, au nom d’une marque jugée « emblématique » de la politique du livre à Montpellier et du rayonnement culturel régional. Une lueur, donc, mais qui ne doit pas masquer la violence du jour : 54 salariés se retrouvent au bord du vide.

    Le commerce fragile des idées

    La chute n’est pas née d’hier. Déjà sauvée en 2017 après un précédent redressement judiciaire, la librairie avait été reprise par l’architecte montpelliérain François Fontès, via Amétis. Depuis, plusieurs tentatives de relance n’ont pas suffi. Ces derniers mois, l’absence de trésorerie, les difficultés d’approvisionnement, le poids du magasin du Triangle et la perte progressive de confiance ont transformé l’institution en navire à quai. Même la Comédie du livre, rendez-vous historique du paysage littéraire montpelliérain, s’est déroulée sans elle cette année : un symbole de trop.

    Cette liquidation s’inscrit dans un secteur déjà secoué : Gibert, Furet du Nord, Decitre… les grandes enseignes du livre physique traversent une zone de tempête. Mais à Montpellier comme à Alès, la blessure est singulière. Sauramps faisait partie du décor mental des villes, de ces lieux où la culture se feuillette sans rendez-vous. Une librairie n’est jamais seulement une caisse enregistreuse : c’est un service public sans statut, tenu par des salariés passionnés, souvent peu payés, mais essentiels à la circulation des idées.

    Ce vendredi de juillet, l’année des 80 ans de Sauramps s’achève donc sur une liquidation. Peut-être pas sur une disparition totale, si le projet de reprise annoncé par les collectivités aboutit. Mais la page qui se tourne aujourd’hui, elle, est bien réelle : écrite non par les lecteurs, mais par les comptes, les loyers, les choix de gestion et l’impuissance collective à préserver, à temps, un bien commun. À Sauramps, les livres n’ont jamais manqué d’histoires. En espérant que la sienne puisse encore trouver une fin heureuse.

  • Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Après avoir été sauvée, en 2017, d’un premier placement en redressement judiciaire, la librairie historique de Montpellier, en proie depuis plusieurs mois à une lente agonie, pourrait bien, cette fois, ne pas en réchapper.

    Placée en redressement judiciaire le 15 juin à la demande de son propriétaire, l’architecte François Fontès, Sauramps, qui emploie 54 salariés (47 à Montpellier et 7 à Alès), a rendez-vous avec son avenir ce 3 juillet au tribunal de commerce de Montpellier, au terme d’une période d’observation de 3 semaines.

    « L’administrateur n’a pas communiqué grand-chose, mais il confirme que la situation financière est catastrophique. Vu que nous n’avons plus d’actifs, plus de stocks, geler la dette ne suffira pas à relancer l’entreprise s’il n’y a pas de réinvestissement. Comme M.Fontès ne réinjecte pas et que personne, à ma connaissance, ne s’est manifesté de l’extérieur pour investir dans la boîte, on court tout droit à la liquidation », assure un salarié qui a souhaité rester anonyme. « Il y a 95% de chances qu’elle soit demandée à l’audience ce 3 juillet au matin. Si elle est prononcée, ça va être violent dans le timing : le magasin n’ouvrira pas, les salariés seront priés de rentrer chez eux et c’est fini », confie-t-il.

    La Métropole

    et la Région en soutien

    « Dans le projet présenté au tribunal de commerce, François Fontès avait fait une demande de redressement judiciaire en parlant d’un projet de relance avec uniquement 15 employés [sur 54 Ndlr], sur la partie basse du magasin. Mais je crois qu’il est revenu dessus, qu’il ne demandera pas la prolongation de la période de redressement et qu’il prendra acte de la situation », livre le salarié.

    Sauramps disparaîtrait alors bel et bien du paysage du livre à Montpellier comme à Alès. Implantée depuis 1946, cette librairie indépendante, qui fête cette année ses 80 ans, était pourtant devenue un repère, une institution à Montpellier. Elle n’échappe hélas pas à une crise plus large qui frappe le secteur, à l’instar des enseignes les plus illustres de la librairie en France, comme Gibert, Decitre ou Le Furet du Nord, elles aussi placées en redressement judiciaire.

    Il n’est toutefois pas interdit d’espérer encore. D’autant que dès l’annonce du placement en redressement judiciaire, la Métropole de Montpellier comme la Région Occitanie ont fait savoir qu’elles étaient « pleinement engagées » pour la sauvegarde de Sauramps. « Plus que jamais, face aux assauts des populismes et des dogmatismes aveugles, nous avons besoin dans nos villes de ces véritables “commerces des pensées” que sont les librairies indépendantes », déclarent dans un communiqué commun les deux collectivités, qui « travaillent de concert avec l’actionnaire et la direction pour sauvegarder cette librairie et faire émerger un projet viable ». Si seulement…

    Amélie Goursaud

  • À Montpellier, Sauramps joue son avenir

    À Montpellier, Sauramps joue son avenir

    Gros coup de massue pour le monde du livre à Montpellier. Sauramps, librairie historique de la capitale héraultaise fondée en 1946, a été placée, le 15 juin, en redressement judiciaire à la demande de son propriétaire et actionnaire principal, l’architecte François Fontès. Une issue qui semblait hélas inexorable au regard des grosses difficultés financières – les pertes cumulées s’élèveraient à plus de 3,5 millions d’euros -rencontrées par l’entreprise, qui possède également un magasin à Alès et emploie une cinquantaine de salariés. Sauramps n’échappe pas à la crise d’un secteur où les placements en redressement judiciaire se succèdent parmi les grands noms de la librairie : Gibert*, Decitre ou encore, dernièrement, Furet du Nord.

    Pour la première fois en 40 ans d’existence de la manifestation, la librairie indépendante montpelliéraine n’a pas été en mesure de participer à la Comédie du livre. Ces derniers mois, les rayons du magasin situé à deux pas de la place de la Comédie se sont peu à peu vidés faute de trésorerie pour les réapprovisionner, sous l’œil désolé des clients fidèles et des salariés impuissants. Début juin, ces derniers, rongés par l’incertitude sur le sort de leur entreprise, avaient alerté publiquement sur la situation de Sauramps lors d’une opération de tractage, dénonçant l’absence d’information dans laquelle ils étaient tenus et réclamant « des réponses claires ». Le placement en redressement judiciaire ouvre une nouvelle étape, sans que l’avenir de l’entreprise ne soit forcément condamné : Sauramps a déjà eu une seconde vie en 2017, au terme d’un redressement judiciaire qui avait abouti au rachat de l’entreprise par le groupe Ametis, de François Fontès.

    Dans le cadre de la procédure engagée, une période d’observation de trois semaines a été accordée à l’entreprise par le tribunal de commerce de Montpellier, qui a fixé une audience le 3 juillet. « François Fontès souhaite aboutir à un plan de continuité pour ne pas abandonner Sauramps », assure, dans Midi Libre, David Lafarge, directeur des librairies de Montpellier et Alès. De leur côté, la présidente de Région Carole Delga et le maire et président de la Métropole de Montpellier Michaël Delafosse ont immédiatement réagi dans un communiqué commun, se disant « pleinement engagés » pour sauver ce « patrimoine commun ». « La Région Occitanie et Montpellier Méditerranée Métropole travaillent de concert avec l’actionnaire et la direction pour sauvegarder cette librairie et faire émerger un projet viable », assurent les deux collectivités. « La procédure de redressement judiciaire, avec le travail des administrateurs et des mandataires judiciaires, sera une phase nécessaire pour qu’un rebond soit possible. »

    * La librairie Gibert de Montpellier
    n’est pas concernée.

  • « Le modèle de librairie classique est obsolète »

    « Le modèle de librairie classique est obsolète »

    Au 3, rue Crémieux, l’Agora porte un nom qui a du sens pour ses créateurs. « On voulait redonner son sens littéraire à un mot pleinement ancré dans l’histoire nîmoise », explique Jordan. Amoureux de la littérature, il a repris avec sa compagne Lavinia un espace en plein cœur de la ville dans l’idée de le transformer en une librairie qui se construit avec ses lecteurs. « Il faut qu’il y ait un échange, les clubs de lecture sont obligatoires. On ne peut pas seulement être une centrale d’achat » défend le couple de guides qui prend en compte les lectures favorites de chacun.

    Critique, Lavinia ne cache pas que la stabilité financière du lieu repose principalement sur le coffee shop. « Si j’avais ouvert une simple librairie, j’aurais fermé en 2 semaines. » Après avoir essuyé un refus de financement de la Direction régionale des affaires culturelles pour approvisionner ses rayons, le couple a dû réfléchir à un modèle pérenne dans une économie du livre aujourd’hui en équilibre fragile.

    Le projet, en réflexion depuis 2017, a fait le pari de réunir librairie, salon de thé et rétrogaming (pratique des jeux vidéo anciens) en un lieu unique. « Il fallait qu’on ait un endroit qui nous ressemble et qui puisse survivre par lui-même », appuie Lavinia pour qui « le modèle classique de la librairie est complètement obsolète. » Si l’idée d’allier livres et sucreries n’est pas nouvelle, l’initiative unique à Nîmes a séduit les habitants. C’est d’ailleurs grâce à eux que certains rayons existent à l’Agora. La boutique se divise en deux pôles : l’occasion, pôle généraliste qui offre un large panel d’ouvrages, côtoie une sélection de livres neufs mûrement réfléchie, centrée sur la science-fiction et la fantasy. Les deux passionnés les connaissent sur le bout des doigts : « On les maîtrise tous et on sait qu’on peut les vendre. »

    Une alternative

    inédite pour les Nîmois

    L’avenir de la librairie, le jeune couple ne l’appréhende pas encore. « On n’a pas pris le temps d’être inquiet parce qu’on vient de se lancer » confie Lavinia. Le salon de thé appâte des visiteurs venus renouer avec la lecture et Jordan est optimiste : lors des événements et des rencontres d’auteurs, la majorité du public est étudiante. Pour cela, l’Agora est très active sur les réseaux sociaux. « Ce qui porte préjudice aux librairies traditionnelles aujourd’hui, c’est leur déconnexion avec les réseaux », estime Jordan. L’Agora suit les tendances, les nouvelles sorties qui animent le monde du livre et du jeu vidéo, en s’appuyant notamment sur le BookStagram, ce fil d’actualité et d’échange entre les passionnés de lecture. Connaître les intérêts des jeunes lecteurs d’aujourd’hui a permis à Lavinia et Jordan d’inviter des personnalités-phare au sein des rayons. Début juin, ils accueillaient Adeline Chetail, doubleuse célèbre pour la série Arcane et le jeu vidéo montpelliérain récompensé aux Game Awards Clair Obscur, une première pour une librairie nîmoise. L’Agora remet le couvert pour une nouvelle rencontre ce vendredi 26 juin, avec l’autrice « feel good » à succès Carène Ponte, pour une séance de dédicaces.

  • Le marché du livre d’occasion est-il la solution ?

    Le marché du livre d’occasion est-il la solution ?

    En 2022, la part de l’occasion dans le marché du livre a atteint les 20%, selon une étude de 2024 menée par le ministère de la Culture et la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia). Pour autant, celle-ci représenterait toujours moins de 10% de la valeur du marché.

    À Montpellier, Waldeck Moreau a ouvert sa librairie L’Opuscule il y a sept ans et y a toujours proposé une majorité de livres neufs. « Je constate cependant qu’il y a de plus en plus de demande pour les livres d’occasion, explique ce professionnel. Nous allons donc ouvrir une salle dédiée, parce que notre local s’y prête. » Selon lui, cette augmentation de la demande s’explique par les prix plus bas et la baisse du pouvoir d’achat. « Les gens nous demandent aussi de plus en plus de livres de poche », affirme-t-il. Un constat confirmé par l’étude de la Sofia, qui montre que c’est avant tout pour payer moins cher leurs livres que les Français achètent d’occasion. Les considérations écologiques ne pèsent pratiquement pas dans leurs motivations.

    Par ailleurs, 4 Français sur 10 ont déjà revendu d’occasion un livre. S’ils cherchent avant tout à gagner un peu d’argent, deux revendeurs sur trois cèdent moins de 10 livres par an, représentant un gain inférieur à 50 euros.

    De son côté, le groupe Gibert-Joseph, qui se revendique première librairie indépendante de France, a été placé en redressement judiciaire à la fin du mois d’avril 2026. Le jour même, le Figaro rapportait que le groupe avait pour plan de miser sur « un virage stratégique autour du livre d’occasion ». Le groupe réaliserait déjà 35% de son chiffre d’affaires sur ce segment et espère doubler la part de ses ventes d’ici à 2029.

    La librairie Gibert-Joseph de Montpellier, elle, ne serait pas concernée par cette procédure de redressement judiciaire. L’enseigne n’a pas répondu à nos sollicitations.

    Un marché massivement

    opéré en ligne

    Mohammed Samari, lui, a ouvert sa librairie d’occasion la Gare aux livres, à Nîmes, en 2021. Il est aujourd’hui en reconversion et veut se lancer dans la vente en ligne. « Peut-être que ça dépend des villes mais à Nîmes, l’occasion ne marche pas si bien, explique-t-il. Même quand je faisais des livres à un euro pour les étudiants, ça ne partait pas tant. Peut-être aussi que les boîtes à livres, qui sont nombreuses ici, participent à la baisse des ventes… En tout cas, je suis persuadé que l’avenir est à la vente en ligne : même Vinted s’est mis à vendre des livres d’occasion. »

  • Régis Penalva : « Le meilleur moyen de soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres »

    Régis Penalva : « Le meilleur moyen de soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres »

    La Marseillaise : Le secteur du livre est particulièrement fragilisé ces derniers temps…

    Régis Penalva : Oui. On observe un double phénomène : d’une part des fermetures de librairies plus nombreuses que les ouvertures en 2025, ce qui ne s’était pas vu depuis très longtemps ; et d’autre part une augmentation importante du nombre de librairies à céder. Cela montre que beaucoup de gens qui s’étaient lancés dans l’aventure, souvent au sortir du Covid, jettent l’éponge ou envisagent une reconversion professionnelle, ce qui n’est pas non plus un bon signal. Le Centre national du livre (CNL) n’avait pas connu de situation comparable ces dernières années.

    Le secteur est également confronté
    à une série de placements en redressement judiciaire…

    R.P. : Plusieurs grands groupes de librairies sont en effet en difficulté : Gibert, le groupe Le Furet du Nord-Decitre et localement, Sauramps. Ce sont de gros groupes, ce qui interroge la capacité à s’en sortir de ces modèles de grandes librairies, qui pèsent lourd en charges : loyers en centre‑ville, effectifs importants… c’est forcément plus handicapant que pour une structure plus légère.

    Qu’en est-il du prix du livre, qui a très peu bougé malgré l’inflation ?

    R.P. : Il a en effet très peu augmenté ces dernières années, contrairement à tout le reste. Il a été régulé, les éditeurs l’ont maintenu à des niveaux assez bas, même si certains trouvent que le livre coûte cher. Résultat : quand les loyers, les fluides et parfois les salaires augmentent, la marge des libraires ne suffit plus à couvrir ces dépenses.

    Les librairies reçoivent moins d’aides de l’État que d’autres commerces comme les cinémas.
    Ne faudrait-il pas les soutenir davantage ?

    R.P. : C’est vrai que les librairies, pourtant infiniment plus nombreuses que les cinémas d’art et d’essai, touchent 4 millions d’euros d’aides de l’État contre 20 millions pour ces derniers. On peut certes interroger cette différence, mais l’idée n’est pas de placer tout un secteur sous perfusion. L’aide publique ne peut pas tout, et sûrement pas pallier le manque de fréquentation et l’envie de lire. Le meilleur moyen de le soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres.

    Parlez-nous de la lecture en France aujourd’hui : y a-t-il vraiment un recul ?

    R.P. : Oui. On observe un recul global. Tout le monde lit moins : les jeunes, les actifs, les retraités, les lecteurs occasionnels… Même les grands lecteurs lisent moins. C’est une question d’économie de l’attention, sans cesse captée par des médias plus puissants et souvent addictifs, en particulier le téléphone portable. Des études prouvent que l’attention change dès le moment où on se trouve dans la même pièce que son téléphone. À cela s’ajoute une culture des contenus courts et du zapping permanent : la lecture de fictions ou d’essais, qui se déploie sur un temps moyen ou long, devient un effort pour la plupart d’entre nous.

    Quels leviers activer pour lutter contre ce désamour ?

    R.P. : C’est d’abord une question de discipline et de volonté, comme le sport. C’est dur quand on s’y met, mais après ça procure des joies et un bien‑être exceptionnels. Il faut ralentir et redonner collectivement du temps à la lecture. Ça passe par une prise de conscience : chacun doit s’interroger sur la place qu’il veut accorder à la lecture, dont on connaît les bienfaits quand on sait la nocivité des écrans. Mais il ne faut pas attendre une solution miracle de l’extérieur : chacun doit se responsabiliser, un peu comme pour l’écologie.

    Sur le plan professionnel, comment les libraires peuvent‑ils se réinventer ?

    R.P. : Je pense qu’ils ont déjà tout inventé. Ils ne cessent de proposer de nouveaux espaces, avec des cafés, des lieux de vie… Le travail hors les murs est important, la capacité à travailler avec des acteurs locaux comme des médiathèques, par exemple, ou des associations. Il faut également multiplier les formats d’animation, en particulier auprès des jeunes publics. Beaucoup de librairies le font déjà. Bref il faut aller gagner les lecteurs un à un… Les libraires ont été amenés, ces dernières années, à devenir de véritables acteurs culturels, des acteurs de quartier et de terrain. C’est un gros effort pour eux, qui travaillent en général avec des équipes réduites. Il y a une dimension militante qui est demandée à la librairie, avec le risque d’un épuisement.

    Comment les collectivités peuvent-elles soutenir les librairies ?

    R.P. : Des leviers existent, comme l’exonération de la CFE (cotisation foncière des entreprises), votée par la Ville de Montpellier il y a déjà une quinzaine d’années pour un certain nombre de librairies disposant du label LIR. Beaucoup de mairies et de communautés de communes accompagnent également des librairies dans des projets de déménagement ou dans la recherche de locaux à loyer modéré. Il y a aussi le soutien aux festivals littéraires. En organisant la Comédie du Livre chaque année, la Métropole de Montpellier offre une extraordinaire vitrine aux librairies, un surcroît de visibilité qui leur permet de rencontrer de futurs clients. C’est aussi un soutien financier, puisque le chiffre d’affaires réalisé par l’ensemble des librairies sur la Comédie du livre depuis 2 ans a dépassé les 250 000 euros.

    Le tableau est sombre mais la France conserve toutefois le réseau de librairies indépendantes le plus dense du monde…

    R.P. : En effet, grâce à au moins deux dispositifs que le RN attaque frontalement et menace de supprimer : le prix unique du livre, qui garantit le maintien d’un réseau structuré et diversifié dans les villes et grandes métropoles comme dans les communes rurales ; et le CNL et ses dispositifs de soutien, dont une partie de la droite et le RN remettent violemment en cause l’utilité.

    Le métier de libraire est-il en voie de disparition ?

    R.P. : On peut se demander si on n’est pas en train de refermer la parenthèse Gutenberg, c’est-à-dire la civilisation du livre et de l’écrit, puissamment liée au développement de nos démocraties modernes. Avec tous les dangers que cela comprend, car ce n’est pas uniquement le livre qu’on attaque, c’est une manière d’être ensemble, de débattre, de converser, de réfléchir.

    « Il faut ralentir
    et redonner collectivement du temps à la lecture »

  • Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    L’annonce début juin par le Centre national du livre (CNL) a fait l’effet d’une bombe. Pour la première fois depuis que ce recensement existe, il s’est fermé plus de librairies (85) l’an passé en France qu’il ne s’en est ouvert (83). Si en 2025 les fermetures concernaient majoritairement des structures créées dans la dernière décennie, les librairies historiques ne sont plus épargnées en 2026.

    Deux enseignes majeures, Gibert et le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord et de Decitre, viennent d’être placées en redressement judiciaire. Si la librairie montpelliéraine Gibert n’est pas directement visée, il n’en est pas de même de son homologue Sauramps, qui célèbre ses 80 ans cette année. Depuis plusieurs mois, la rumeur d’une mauvaise santé financière enflait au fil de témoignages de salariés inquiets. Le propriétaire, l’architecte François Fontès, avait d’abord tenté de rassurer sans convaincre. Le mois dernier, l’absence de Sauramps lors de l’événement majeur de la Comédie du livre avait fait grand bruit à Montpellier. Le couperet est tombé quelques semaines après. La librairie historique, qui avait déjà été reprise en 2017 par le groupe Ametis et qui accuse environ 3,5 millions d’euros de pertes et une absence de trésorerie, vient à son tour d’être placée en redressement judiciaire le 15 juin (lire page 6). François Fontès n’est pas décidé à laisser tomber. De leur côté, la Région Occitanie de Carole Delga (PS) et la Métropole de Michaël Delafosse (PS) ont signifié leur soutien. L’audience est fixée au tribunal de commerce le 3 juillet.

    Sur les 3 400 librairies que compte l’Hexagone et qui vendent près d’un livre sur deux, des centaines d’autres librairies indépendantes seraient au bord du gouffre. Chaque fois, le scénario se ressemble. Les librairies sont prises en étau entre la hausse de leurs coûts fixes (loyers, matières premières, personnel…) et l’érosion continue du lectorat (-6% des ventes au premier trimestre 2026, selon le CNL), que la période Covid n’avait que freinée un temps. Le CNL précise que l’érosion que subit le livre papier est générale. Elle touche toutes les tranches d’âge et tous les milieux sociaux.

    Creuset social

    Impossible aussi de ne pas penser à la concurrence de la grande distribution (+6 points) ou à l’impact d’internet. Mais pour Marion Mazauric, qui dirige la maison d’édition Au Diable Vauvert, dans le Gard, le numérique (+6%) est un faux coupable. « Ce phénomène de décroissance de la lecture n’est pas nouveau, il a 40 ans. On aime incriminer les plateformes (…) mais on peut être connecté et lire beaucoup. Nous avons beaucoup de geeks dans nos lecteurs  », assure-t-elle.

    Pour l’éditrice gardoise, la perte de la pratique de la lecture est surtout corrélée à la dégradation de la situation sociale de nombreux Français. « Une poignée ont tout, beaucoup d’autres n’ont rien. Quand vous vivez sous le seuil de pauvreté comme 40% des Nîmois, vous ne passez pas vos journées à lire des romans ». Et d’ajouter : « De plus en plus de gens sont dans des vies qui les éloignent de la lecture ». L’écosystème traduisant parfois le manque de demande. « Le Gard est l’un des départements les plus pauvres de France. D’Aigues-Mortes à Sommières, il n’y a pas une seule librairie ». Marion Mazauric observe par ailleurs un impact de l’apprentissage raboté et de la place réduite de la lecture à l’École. « L’éducation populaire a aussi beaucoup décru », déplore-t-elle.

    Aujourd’hui, l’éditrice invite l’ensemble des acteurs à faire bloc autour des libraires. « Ils sont le poumon du secteur du livre. Sans eux, on n’existe pas. On doit être très attentif à tout ce qui peut les aider ». Au-delà de l’appel aux lecteurs, elle aimerait que l’État prenne enfin ses responsabilités. « Le tissu des librairies françaises est unique au monde. Elles ne sont pas un commerce comme les autres, elles constituent un commerce d’utilité publique ». Dans la lignée des demandes du Syndicat de la librairie française (SLF), l’État est appelé à agir concrètement. Par exemple en pratiquant des allègements immédiats sur les loyers ou les charges. Bien d’autres mesures sont possibles. Il y a urgence.

  • [Lecture] Edgar Hilsenrath, ou la voie de l’impertinence

    [Lecture] Edgar Hilsenrath, ou la voie de l’impertinence

    Succinct portrait dressé par Agathe Pin-Chomette, sa biographe : « Edgar n’est pas l’homme des compromis, ni des angles arrondis. Il est trop entier et solitaire. Il aime à se décrire comme à la marge. Il ne fréquente pas les écrivains médiatisés de son temps. Il ne fait que très peu d’efforts avec les journalistes et les critiques littéraires, souvent découragés par son tutoiement iconoclaste, et son laconisme savamment étudié en interview ».

    Vous saurez tout de lui en lisant les deux cents pages consacrées à ce génie qui aurait préféré ne pas naître pour ne pas avoir à mourir, ni à se souvenir de tout ce que la vie et la guerre lui avaient réservé. Heureusement que les fées, penchées sur son berceau, l’ont doté du pouvoir de l’insolence et de l’autodérision.

    Elles l’ont doté aussi du bonheur d’être heureux à la vue de celui qui grelotte et trouve une couverture, celui qui a faim et trouve un morceau de pain, celui qui est seul et trouve une lueur d’amour…

    Merci à Agathe Pin-Chomette de s’être plongée dans la vie tragiquement tumultueuse d’un écrivain, rescapé de l’Holocauste, et d’avoir convaincu les lecteurs que la légendaire outrecuidance, assaisonnée d’humour noir, glaçant, et ravageur d’Edgar Hilsenrath élevait ce romancier d’exception au-dessus de la médiocrité des censeurs-réviseurs, à l’âme trop timorée, ou à la plume pas assez crâne, pour accepter des vérités qu’une expression passée en proverbe voudrait nous faire accroire comme n’étant pas toujours bonnes à dire. Passionnant.