Tag: Liquidation judiciaire

  • Pour la Fonderie de Bretagne, c’est la liquidation

    Pour la Fonderie de Bretagne, c’est la liquidation

    Vencorex, Fibre Excellence et désormais la Fonderie de Bretagne : l’industrie française se meurt et le gouvernement ne la sauvera pas. Soixante ans après sa création par Renault, le site industriel emblématique du Morbihan sera placé en liquidation judiciaire ce jeudi par le tribunal de commerce de Lorient. « Et après, c’est fini », lâche Maël Le Goff, délégué CGT de la Fonderie de Bretagne. « On perd notre travail. On sacrifie une fonderie neuve avec plus de 150 millions d’euros d’investissement ces dix dernières années. C’est un gâchis, social et économique sur le bassin lorientais », déplore le salarié aux 24 années d’ancienneté.

    L’usine a été placée en redressement judiciaire en juillet dernier pour cessation de paiements, un an seulement après la reprise par Europlasma. Le groupe s’était engagé à diversifier la production au sein de la Fonderie, des pièces de voitures aux obus de mortier. Finalement, aucune des promesses n’a été honorée. Et 244 salariés restent sur le carreau. « Le gouvernement a favorisé la reprise par Europlasma, malgré les alertes sur les fragilités industrielles et financières de cette société (…) Aujourd’hui, il ne peut se défausser de sa responsabilité dans cet échec », pointe dans un communiqué le député écologiste du Morbihan, Damien Girard.

    Interrogé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie, Roland Lescure assure que le gouvernement « s’est battu jour et nuit pour essayer de trouver un repreneur ». Il s’oppose à la nationalisation proposée par des élus de gauche et ose face à la représentation nationale « heureusement on est dans un territoire, le Morbihan, où le chômage est inférieur à la moyenne nationale ». Un argument déplacé et non recevable pour les salariés « la moyenne d’âge est de 49 ans ici, donc il y a plus de 150 cinquantenaires qui vont se retrouver sur le marché de l’emploi », tempête Maël Le Goff. « C’est au niveau de ce gouvernement », souffle-t-il.

  • La Région accompagnerait le projet pour Fibre Excellence

    La Région accompagnerait le projet pour Fibre Excellence

    En Paca, la Région Sud ne s’est pas engagée financièrement, contrairement à la Région Occitanie, pour aider à redresser l’entreprise Fibre Excellence Provence, liquidée par le tribunal de commerce de Toulouse. « Ce n’est ni la même situation, ni le même format économique, ni les mêmes conditions et on ne sait même pas combien ça vaut, car le liquidateur ne nous a pas encore donné tous les documents », justifie Cyril Juglaret. Le président de la Commission d’appel d’offres de la Région Sud était cependant autour de la table avec Patrick Chauvin pour l’Agglo ACCM et Lucien Limousin, vice-président du Département, pour étudier le nouveau projet porté à Tarascon par les ex-salariés et l’UD CGT 13.

    Cette réunion « de suivi », qui fait suite à la liquidation de l’entreprise, au licenciement de ses 270 salariés, sans compter l’impact sur quelque 5 000 emplois induits dans la filière bois, avait été réclamée par le syndicat. Pour la Région, « la priorité serait évidemment d’essayer de retrouver une activité papetière ». Mais dans l’urgence, elle « ne peut pas se priver de chercher toutes les solutions pour garder une activité sur ses 35 ha inestimables ».

    Au-delà du papier

    Cette fois, le projet pique légèrement l’intérêt : « Il a évolué vers d’autres activités et pas uniquement l’industrie papetière, reconnaît Cyril Juglaret. On peut les accompagner, mais le projet économique leur appartient. » Un engagement qui reste a minima. Or, le temps presse et parallèlement, la Région « continue à prospecter pour la vente du site avec une trentaine de partenaires économiques mobilisés ».

  • La CGT exige une table ronde pour Fibre Excellence

    La CGT exige une table ronde pour Fibre Excellence

    L’urgence frappe toujours aux portes de l’usine de pâte à papier, mise en liquidation judiciaire le 29 juillet dernier. C’est désormais sur la protection de l’outil et de l’activité industrielle qu’il faut se pencher. « Nous exigeons la tenue, dans les plus brefs délais, d’une table ronde associant les services de l’État, la préfecture, la Région Paca et les représentants des salariés », écrit l’UD CGT 13 dans un communiqué, en pressant l’État « d’exercer son autorité ».

    Durant plus d’une semaine huit ex-salariés, se sont relayés bénévolement, « pour maintenir les installations en état de fonctionnement et éviter de faire courir un danger à la population et une pollution au Rhône ». L’État s’est substitué aux liquidateurs défaillants en s’appuyant sur l’Agence de la transition écologique pour que la mise en sécurité du site soit assurée. « Il n’a pas été mis fin à la mission de Réaltec, mais celle-ci doit désormais agir dans le cadre fixé par l’Ademe » précise la préfecture des Bouches-du-Rhône.

    Or il est d’autant plus urgent, pour la CGT, de commencer à « travailler à une solution industrielle », qu’une centaine d’entreprises de la filière bois se retrouve sans débouché. Les ex-salariés sont force de proposition avec un projet inscrit dans la transition écologique. Les services de l’État « travaillent également au suivi des salariés licenciés et à la reprise du site. Ils répondront à toute demande de la Région d’organiser une table ronde », a encore assuré la préfecture.

  • À Tarascon, une Alliance pour la relance de Fibre Excellence

    À Tarascon, une Alliance pour la relance de Fibre Excellence

    Un projet de relance, de diversification et de développement à long terme de l’activité papetière a d’ores et déjà été construit », indiquent les syndicats CGT Filpac et Fibre Excellence. Aux acteurs économiques de manifester leur intérêt.

    Alors que l’État a annoncé reprendre la main sur l’usine de pâte à papier, les syndicats entendent mettre à profit « ce temps relatif » pour « explorer ce que cet outil industriel pourrait devenir demain ». Car le temps presse avant que l’usine ne soit démantelée. Après le départ des anciens salariés du site, le vendredi 25 septembre, les liquidateurs étaient encore à l’œuvre sur le site. Dans un communiqué la LFI a alerté : « le site classé Seveso n’est plus actuellement en sécurité ». Les députés des Bouches-du-Rhône ont interpellé la préfecture pour « agir sans délai », afin de « permettre la reprise d’une activité essentielle à notre souveraineté ».

    Diversifier l’outil

    Convaincus qu’un avenir est possible, et au-delà du maintien de l’activité industrielle existante, les syndicats souhaitent faire « émerger les activités susceptibles de faire évoluer l’outil ». À savoir : « nouvelles productions papetières, valorisation de matières recyclées et de coproduits, production d’énergie, photovoltaïque, méthanisation, pyrogazéification, valorisation du CO2 biogénique… ». Autant de pistes qui demandent à être sérieusement étudiées. Des milliers d’emplois sont en jeu dans tout l’aval de la filière bois et forêts.

    À ce stade, « aucune prise d’engagement n’est demandée. L’objectif est d’identifier les intérêts existants et de faire émerger les possibilités économiques qui pourraient contribuer à l’évolution du site », précise le communiqué. Les entreprises et acteurs économiques concernés sont invités à se manifester « dans les meilleurs délais » à l’adresse : alliance.industries@mailo.com

  • Les ex-salariés de Fibre Excellence passent le relais

    Les ex-salariés de Fibre Excellence passent le relais

    « Pour la population, pour le Rhône ». En dépit « des intimidations » des liquidateurs, les ex-salariés de l’usine de pâte à papier ont tenu bon derrière les manettes, les vannes et les écrans de contrôle pour s’assurer du maintien en fonctionnement des installations et vérifier les valeurs des eaux pluviales. En somme, ils ont limité la casse.

    Des bureaux mis à sac, un parc d’ordinateurs disparu, des placards éventrés… jusqu’au matériel du CSE bazardé dans un fossé. C’est ce à quoi ont assisté les anciens salariés et leurs syndicats CGT et FO depuis la prise en main de l’usine par les mandataires judiciaires. Avec pour geste inaugural, la mission de mise en sécurité du site confiée par le tribunal de commerce, l’arrêt de la station d’épuration et du système incendie, la méthode employée a heurté jusqu’au préfet des Bouches-du-Rhône. Dès le 3 septembre, Jacques Witkowski prenait en effet des mesures. Huit arrêtés préfectoraux ont été publiés pour stopper les mauvaises manœuvres.

    En vain. Tandis que les employés de la société Realtec continuaient à déménager du matériel sur le site, les anciens salariés ont décidé « d’agir en responsabilité » le 17 septembre en réinvestissant les postes clés pour la mise en sécurité. Depuis, ils n’ont eu de cesse de tourner en 3/8 pour éviter une pollution et sauver l’outil industriel. La CGT défend un projet de revitalisation de l’usine. Le 18 septembre, « devant l’incurie et les mises en danger réitérées de l’environnement du fait du liquidateur, l’État lui a substitué, de manière exceptionnelle et déterminée, l’Ademe » indiquait Mathieu Lefèvre, ministre délégué en charge de la Transition écologique. L’agence de la transition écologique (Ademe) est sur place pour prendre le relais des opérations avec Suez.

  • Fibre Excellence : un dossier brûlant pour la filière bois

    Fibre Excellence : un dossier brûlant pour la filière bois

    « Fibre Excellence Provence est notre principal client, nous perdons un débouché majeur », alerte Nathalie Friboulet, à la tête de Soprobois et présidente de la FNB Paca qui représente « des centaines de petites et moyennes entreprises de l’industrie forestière ». Que faire du bois ? Ou plus exactement du 1,2 million de tonnes qui approvisionnait Tarascon chaque année. C’est à ce casse-tête que les acteurs de la filière bois de Provence-Alpes-Côte d’Azur, d’Occitanie et de Sud Auvergne-Rhône-Alpes sont confrontés depuis la fermeture du site.

    Entrepreneurs, exploitants, scieries, forestiers publics et privés, transporteurs, soit « 5 000 emplois non délocalisables qui font vivre les territoires ruraux », c’est toute la chaîne de production qui se retrouve mise à mal par ce tomber de rideau sur l’usine de pâte à papier. Une situation que la présidente de la FNB Paca qualifie de « dramatique » et à laquelle ces acteurs ne trouvent aujourd’hui pas de réponse. « Nous avons beau chercher. Comment reporter les volumes ailleurs ? Les autres industries sont déjà saturées. » Dans sa seule entreprise tous les produits récoltés sont commercialisés sur les mêmes secteurs, dans une logique de circuits courts et de valorisation optimale des bois « selon la hiérarchie des usages en cascade ». Faudra-t-il aller chercher des solutions hors du territoire au risque de faire grimper le prix des kilomètres de transport ? « Nous avons interpellé le préfet pour obtenir une révision du plan d’approvisionnement de GazelEnergie à Gardanne qui est très strictement encadré, explique Nathalie Triboulet, sachant que ça ne suffira absolument pas à tout absorber. » Une inquiétude d’autant plus justifiée que l’été, particulièrement meurtrier pour les forêts, augmente considérablement ces volumes.

    Le bois stocké en vente

    Alors que les factures et crédits continuent de tomber et que les craintes pèsent sur l’emploi dans tout l’amont de la forêt, la situation avec le liquidateur de Fibre Excellence est tendue. « Nous avons à la fois perdu un débouché primordial et de l’argent depuis avril car nous avons encore une partie des volumes bloquée sur le site qui ne nous a pas été payée », explique la représentante du syndicat. Une procédure de clause de propriété est pendante. « Mais les liquidateurs ont fait reporter l’audience. Et on a peur qu’ils ne vendent notre bois. » Une crainte malheureusement fondée au regard de l’appel d’offres publié par Selas Egide le 18 septembre pour « 5 600 tonnes de rondins, 12 000 tonnes de plaquettes et 2 000 tonnes d’écorces » que nous avons consulté.

  • [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    « On parle de 5 000 emplois induits pour la filière bois, mais il y a aussi tous nos prestataires de services qui commencent à sérieusement sentir les conséquences de l’arrêt de la production », explique Romain Omont, qui travaille depuis 2004 sur le site.

    « Les sociétés Ortec, ou la SAS Phénix pour le nettoyage industriel, la société Someca pour la maintenance mécanique, Soprobois qui assure la récolte et le transport de bois en circuits courts en Paca et Occitanie… », commence à lister un autre ouvrier. Et lundi 21 septembre, deux d’entre elles se sont cassés le nez sur la barrière tenue fermée par les employés de Realtec. La représentante de Chimirec qui traite les produits stockés sur le site dans des conteneurs n’a pas pu accéder à son matériel et restait « dans l’expectative d’une réponse des liquidateurs. Car on ne sait pas sur quel pied danser ».

    Encore moins heureux en manœuvre, le chargé d’affaires de la société d’échafaudages Soprovise s’est également vu refuser l’entrée sur le site où il dispose d’un local cadenassé dans lequel est entreposé du matériel de son entreprise. Les salariés présents dans l’usine témoignent d’un portail fracturé et ils ont « photographié des salariés de Realtec en train d’embarquer des parties d’échafaudage dans un conteneur ». Jean-Michel Bulinge explique encore : « Il nous a dit qu’il devait déposer une plainte pour du matériel saccagé et utilisé. »

    Du côté casse sociale, les inquiétudes sont lourdes et les effets sont en passe de se produire à la chaîne.

    Un scandale d’État

    En conférence de presse à la Bourse du travail de Marseille, ce mercredi, François Canu, secrétaire de l’UD CGT 13 s’est aussi alarmé : « Ils liquident Fibre Excellence Tarascon en ce moment. Les Finances publiques ont déjà rapatrié à Marseille les 20 postes qui étaient implantées sur le territoire de Tarascon. Quand on dit qu’il y a la suppression de 270 d’emplois, ce n’est pas seulement 270 emplois mais 5 000 indirects et induits. » René Sale, pour l’UD FO 13, abonde : « C’est un scandale d’État qui a donné plus de 130 millions à un actionnaire voyou. Durant l’été, nous avons dit à de nombreuses reprises au Préfet que les seuls à même de sécuriser le site étaient les salariés du site. Aujourd’hui, l’État envoie l’Ademe après que des produits toxiques se sont déversés dans les eaux du Rhône. Le mandataire liquidateur est un croque-mort et corbeau qui spolie les salariés. » Une liquidation trop abrupte qui crée du chômage par ruissellement…

  • Il travaille « bénévolement » pour sécuriser Fibre Excellence

    Il travaille « bénévolement » pour sécuriser Fibre Excellence

    « Si l’usine redémarre avec un investissement, je remettrai avec une immense joie un pied à l’étrier, assure Nicolas, mais là je ne sais plus où je vais », regrette-t-il dans un sentiment mêlé de colère, d’injustice et de dépit dans ces jours d’incertitude. Dénonçant « l’incurie » des liquidateurs, l’État a déclaré reprendre le contrôle du site Seveso vendredi 18 septembre, mais lundi 21, la Selas Egide et associés serrait encore ses griffes sur l’usine.

    La liquidation, un choc

    Opérateur de régénération sur la chaîne d’évaporation, Nicolas fait partie des huit derniers salariés de Fibre Excellence Provence qui veillent « bénévolement et en conscience » à la sécurité du site depuis qu’ils ont décidé, avec le syndicat CGT, de le réinvestir jeudi 17 septembre, afin d’« éviter une catastrophe pour l’usine, la ville et le Rhône ». Sécurité et rigueur sont des maîtres-mots chez ce jeune quadra. Titulaire d’un BEP tourneur-fraiseur, après avoir enchaîné les boulots en intérim il s’est lancé dans un bac pro en chimie à 38 ans. Dans ce gigantesque labyrinthe de conduits et de machines, « il y a une méthodologie stricte. On se forme sur le long terme sur la chaîne de production et on est amené à toute la connaître ». Dans ce travail d’équipe en 5/8, Nicolas n’était encore affecté « qu’à un poste. Les plus anciens en gèrent plusieurs car on est amené à tourner. Et à évoluer, devenir coordinateur, chef d’orchestre d’une importante supervision ».

    « C’est un site où on se donne corps et âme pour que ça tourne, sachant que sur cette grande chaîne, il suffit d’une unité à l’arrêt pour que tout bloque », explique-t-il avec passion. Un travail d’alchimiste où il contrôle les résidus concentrés dans la chaudière qui alimente l’usine en vapeur, « car on est quasiment autonome en électricité », précise-t-il, fier de faire battre le cœur du site. Ce CDI, « c’était une super opportunité et ça m’a permis d’obtenir un prêt immobilier ». Il s’y est lancé avec toute son énergie, conscient des difficultés de l’usine car « ça fait 20 ans qu’on entend que ça va fermer, mais Fibre, c’est une survivante, l’emblème de Tarascon ». Alors quand la liquidation a été prononcée, « ça a été un choc. Pour tous. On a mis du temps à réaliser ».

    Une situation ubuesque

    Avec ses collègues, ils ont « tout surmonté, les hauts et les bas, les mois d’attente avec l’espoir d’un redémarrage pour les 270 salariés, et pour les 5 000 induits… ». Mais « l’insupportable, ça a été la condescendante affichée d’Alexis Brenac avec les salariés », un des co-mandataires judiciaires. « Son rire narquois devant les collègues inquiets, ses tentatives d’intimidations, ses menaces jusque sur nos familles, c’est ce qui m’a décidé à réinvestir l’usine jeudi ». Car ils vivent une situation « ubuesque, même l’État n’arrive pas à l’arrêter, c’est l’enfer. Avec Realtec venu pour dépecer, c’est le bras de fer chaque jour pour éviter les catastrophes, il y a eu les fuites de liqueurs noires, ils ont bousillé les enzymes de l’aérateur, dernière porte de sortie des effluents avant le Rhône, ils bloquent le droit au chômage… ». Vendredi, l’annonce du ministre délégué ressemblait à un souffle, « mais lundi, quand j’ai vu les liquidateurs sur le site, ça m’a fusillé », lâche-t-il, avouant être ce mardi, « incapable de se projeter ».

    L’Ademe, maître officiel à bord

    Jacques Witkowski, préfet des Bouches-du-Rhône, a publié ce 22 septembre deux arrêtés concernant le site de Fibre Excellence Provence. La mise en sécurité de l’usine est confiée à l’Agence de la transition écologique (Ademe) pour une durée de 24 mois qui réalisera les travaux d’office à compter du 22 septembre, aux frais de la société représentée par ses liquidateurs.

  • [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    Stratégie industrielle, salaires, carburants, manifestation du 29 septembre… La rentrée impose de nombreux sujets.

    La Marseillaise : à Tarascon, vous êtes venue « constater » les dégâts environnementaux et sociaux et soutenir les salariés dans leur combat mais vous insistez aussi sur la « catastrophe industrielle » ?

    Sophie Binet : Cette usine produit 40% de la pâte à papier française. L’arrêter, c’est se mettre en situation de dépendance et augmenter encore nos importations. Il n’y a pas une personne qui habite dans notre pays qui n’utilise pas du papier au moins 50 fois par jour. Papier, carton, emballage, mouchoir, protection périodique, protection pour les personnes âgées, etc. On a besoin de pâte à papier en France et on sait qu’à l’avenir, on en aura besoin encore plus parce que l’objectif, c’est de mettre fin aux emballages plastiques et de les remplacer par des emballages recyclables comme le papier. C’est quand même grave qu’à chaque fois, on se retrouve avec un gouvernement et un patronat amnésiques. On ne laissera pas faire une catastrophe industrielle comme celle-là.

    Amnésiques ?

    S.B. : Le Covid, c’était il y a 5 ans. La France s’est réveillée avec la gueule de bois en se rendant compte que notre pays, ancienne grande nation industrielle, était incapable de fabriquer des masques. En fermant cette usine, est-ce qu’on veut se réveiller demain en se rendant compte que la France n’est même plus capable d’être autonome en matière de papier ? Le papier, c’est une ressource indispensable pour notre quotidien. Là, ce qu’on est en train d’organiser en France et en Europe, c’est une dépendance totale à l’Asie. Depuis 30 ans, la moitié des usines européennes de papier ont fermé. Ici, cette usine est en parfait état de marche. C’est un actif stratégique, précieux, indispensable pour notre souveraineté industrielle. Il faut agir.

    Que demandez-vous à l’état ?

    S.B. : Nous avons une demande simple à l’état et à la Région : mettre immédiatement le site sous protection. Pour permettre aux anciens salariés de stopper la pollution qui est en cours et de mettre en place toutes les procédures de sécurité pour qu’il n’y ait pas de danger environnemental et pour nous donner le temps de construire un projet industriel pour cette usine.

    Cela veut dire racheter les actifs immédiatement. ça tombe bien, ils vont être vendus par le liquidateur, un véritable charognard. Nous dénonçons depuis le début le fait que la fermeture du site coûte plus cher à l’état que s’il avait mis les moyens pour garantir la continuité du site. Pourquoi ? Parce que le liquidateur l’a déjà dit : sa stratégie est de ne rien faire pour forcer les services de l’état, l’Ademe, la Dreal, etc., à venir faire la mise en sécurité, parce qu’évidemment, ça ne va pas pouvoir rester longtemps comme ça. Le tout aux frais du contribuable.

    C’est toujours la même chose : on a des patrons rapaces qui polluent et qui partent comme ils sont venus, sans dépolluer les sites. Et derrière, c’est vous et nous, les contribuables, qui sommes appelés à la rescousse, parce que l’État n’a aucune stratégie industrielle. Ce qui était demandé par Matthieu Pigasse, pour solvabiliser le projet de reprise des deux usines de Tarascon et de Saint-Gaudens, c’était un effort de 10 à 15 millions d’euros par an. Là, avec toute la dépollution qu’il y a à faire, ce sont des centaines de millions d’euros qui sont en jeu. C’est donc un énorme gâchis d’argent public. Et je ne parle pas de l’impact social et du coût des licenciements pour l’assurance-chômage et pour la collectivité des suppressions d’emplois…

    Vous demandez aussi une réforme des tribunaux de commerce ?

    S.B. : Ce qui se passe à Tarascon démontre à quel point les tribunaux de commerce ne peuvent plus être laissés en l’état. On a affaire à un liquidateur qui se croit tout permis, qui se comporte comme un cow-boy, qui vient narguer les salariés en Porsche, à qui il explique qu’il va se permettre de ne plus leur payer leur salaire. Ce n’est plus possible de laisser les tribunaux de commerce, les liquidateurs judiciaires, faire la pluie et le beau temps et se comporter comme des vautours et des rapaces, en dépeçant notre outil industriel et en traitant les salariés de la sorte. Nous demandons une réforme des tribunaux de commerce pour que les salariés et les collectivités territoriales soient autour de la table, pour qu’on arrête d’envoyer nos usines à la casse et au ferrailleur, comme c’est le cas actuellement.

    Les prix des carburants sont au centre du mouvement des pêcheurs, mais aussi des préoccupations de nombreux salariés. Que faut-il faire ?

    S.B. : Les pêcheurs n’en peuvent plus de ces prix qui explosent et de ces salaires qui baissent. Il n’y a effectivement pas qu’eux qui ont des difficultés. C’est la rentrée du déclassement pour les travailleurs et les travailleuses, des millions de personnes pour qui la fin du mois, c’est aujourd’hui, c’est-à-dire à la mi-septembre, qui n’ont déjà plus d’argent sur leur compte en banque et qui sont obligés de choisir entre remplir leur frigo et faire leur plein.

    J’ai interpellé, mercredi, le Premier ministre en lui demandant d’organiser une table ronde immédiate. Il faut répondre à l’ensemble des travailleurs, il faut bloquer les prix des carburants immédiatement. C’est simple et ça ne coûte rien à l’État. Il faut bloquer les prix des matières premières et surtout des produits alimentaires pour que chacune et chacun puisse s’alimenter. Et, enfin, il faut augmenter les salaires en commençant par augmenter le Smic et indexer l’ensemble des salaires sur l’inflation.

    Les Gilets jaunes appellent à un rassemblement, samedi, à Marseille. Comment analysez-vous ce « retour » ?

    S.B. : Nous appelons les salariés à se mobiliser partout pour exiger des augmentations de salaire et un blocage des prix. Le 29 septembre prochain, c’est une grande journée de grève et de manifestation pour les salaires et les services publics. Nous appelons les fonctionnaires à être au rendez-vous, mais plus largement, cette question concerne l’ensemble des salariés.

    Il faut que cette journée soit la plus forte possible et tant qu’il n’y a pas de réponse à nos revendications, oui, il faut se mobiliser partout, se syndiquer, créer des syndicats dans toutes les entreprises.

  • Fibre Excellence sous protection des salariés

    Fibre Excellence sous protection des salariés

    « Il y a une ouvrière avec nous, qui élève seule ses deux enfants et n’est plus en mesure de payer son loyer », explique Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT du site à un des administrateurs judiciaires, au téléphone. Ce dernier vient d’annoncer aux salariés qu’ils ne seront pas en mesure de payer leurs indemnités et qu’il leur faudra attendre le 5 octobre pour pouvoir prétendre à leurs droits au chômage.

    Un peu plus tôt dans la matinée, les salariés ont constaté que des ordinateurs étaient chargés dans les conteneurs, devant l’usine. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s’est rendue sur le site. Elle a effectué une visite de l’usine avec une délégation de représentants syndicaux CGT et FO ainsi que des médias. Le constat est sans appel : « Là, le débit actuel est de 1,3 m3 par heure », précise Moukhtar Kadadi, technicien électricité, devant les graphiques sur les écrans. La délégation passe en revue les cuves encore pleines de liqueurs, les 18 000 tonnes de bois qui pourrissent dans le parc. « Avec un risque d’incendie énorme, car s’il pleut, les copeaux fermentent et ça devient très inflammable », souligne Nicolas, dont le grand-père, le père et l’oncle ont tous travaillé à l’usine. « Sans compter les 270 licenciements, c’est une catastrophe pour Tarascon et pour toute la région », déplore-t-il.

    Dans les locaux de la maintenance, les placards ont été éventrés et les ordinateurs ont disparu des bureaux. « C’est un véritable scandale, on est sur un cocktail Molotov et rien n’est fait en termes de sécurité. Ce sont des méthodes de voyous, s’indigne Sophie Binet. Notre colère est immense car cette catastrophe environnementale, économique et sociale était annoncée. Le gouvernement n’a rien anticipé. » Sur le site, Marc Pietrosino, secrétaire de l’UD CGT 13, considère : « Avec la ligne ferroviaire et le Rhône, ce site intéresse les groupes de logistique, mais dans ce cas on passe de 270 à 30 salariés. »

    L’usine occupée

    Alors que les six employés de Realtec s’activent à charger les conteneurs, la délégation revient devant les grilles. Sophie Binet s’adresse aux salariés et à leurs soutiens venus de Saint-Gaudens, de la CGT Énergie de Marseille, d’Istres et d’Avignon, leur assurant que le syndicat ne les lâchera pas : « L’État ne peut pas laisser les liquidateurs envoyer l’usine aux ferrailleurs, il faut racheter les actifs. Il y a un avenir industriel pour Tarascon. » Elle précisait, avant de rejoindre Arles : « Le liquidateur leur annonce qu’ils ne seront pas payés en septembre car il n’en a plus les moyens. Ils sont sans salaires, sans chômage. Comment vont-ils payer la rentrée de leurs enfants ? C’est une honte de les traiter comme des kleenex ! »

    « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? », interroge un des ouvriers. Réunis sur le parking, les syndicats CGT et FO et les salariés font le point. Jean-Michel Bulinge résumait ainsi la situation : « Ils se font du pognon sur notre dos et ne nous paient pas ! Soit on reprend l’outil, soit on laisse faire. » Vers 16h, une quinzaine sont entrés dans l’usine sans intervention de la police. Ils ont remis en sécurité le site alors que les employés de Realtec avaient déclenché l’alarme incendie. Et ils comptent bien le protéger.