Tag: Liquidation judiciaire

  • [Entretien] « À Tarascon, Fibre Excellence mérite plus que des annonces »

    [Entretien] « À Tarascon, Fibre Excellence mérite plus que des annonces »

    Le tribunal de commerce de Toulouse rendra sa décision le 12 novembre sur l’avenir de l’usine de pâte à papier Fibre Excellence à Saint-Gaudens en Haute-Garonne, placée en redressement judiciaire le 27 avril. Mais le sort de Fibre Excellence Provence à Tarascon reste incertain. Après avoir dénoncé « l’incurie du liquidateur judiciaire », l’État lui avait repris les rênes des mains. Une décision prise « en urgence ». Un mois et demi plus tard, ni sécurisée, ni relancée, ça traîne, ça coince. Pourtant des propositions émergent pour redonner un avenir à ces 35ha d’industrie et d’emplois.

    La Marseillaise : Depuis la liquidation judiciaire, vous dénoncez des entraves administratives dans l’activation des droits des salariés. Est-ce encore le cas et combien sont concernés ?

    Jean-Michel Bulinge : Le mandataire a licencié les 270 salariés le 29 août. Or, des bulletins de salaire couvrent le 31 août, voire septembre. Ces incohérences bloquent l’ouverture de droits auprès de France Travail. Nous sommes encore une cinquantaine privés d’emploi avec des dossiers ingérables.

    Vous dites être « écartés » des opérations de mise en sécurité. Vous craignez des accidents ?

    J.-M.B. : Les salariés qui connaissent les installations, leurs particularités et leurs risques continuent d’être écartés des opérations. Lors des derniers épisodes de pluies et quelques anciens salariés ont été appelés en urgence sur le site. Il y a toujours des produits dangereux, des milliers de tonnes de bois. À ma connaissance seul le fioul a été évacué. L’État a dénoncé l’incurie des liquidateurs mais qui répond de l’inaction de l’État aujourd’hui ? La sécurité des populations, des salariés et du Rhône exige davantage que des annonces.

    Vous restez mobilisés pour la reprise de l’activité. Où en est-on du soutien de l’État ?

    J.-M.B. : Le 18 septembre dernier, le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, dénonçait publiquement « l’incurie des liquidateurs » et annonçait que l’État reprenait la main en « urgence impérieuse » avec l’Ademe, agence de la transition écologique, pour sécuriser le site. Plus d’un mois après, la CGT est en droit de demander où sont les résultats. L’Ademe avance à un rythme qui interroge.

    Des acteurs économiques ont manifesté de l’intérêt pour le projet de diversification que vous défendez. Y-a-til des freins ?

    J.-M.B. : Il y a une proposition d’Alliance industrie et deux autres projets dont les porteurs réclament des visites. Mais le liquidateur ne répond pas, comme il le fait depuis son arrivée. Des projets émergent, des industriels manifestent leur intérêt et la Région sollicite des visites. Chaque retard fragilise davantage les possibilités de redémarrage, les emplois et les compétences industrielles du territoire. L’accord obtenu par le syndicat de la filière bois avec la préfecture pour le traitement de 100 000 tonnes à Gardanne ne suffira pas. Nous proposons une chaîne locale, entière et diversifiée de réemploi du bois, créatrice d’emplois.

    Vous demandez des actes. À qui et lesquels ?

    J.-M.B. : Au ministre nous demandons : un bilan public des engagements pris, un calendrier de sécurisation et des garanties concrètes sur la préservation de l’outil industriel. À l’Ademe : une accélération des opérations, la transparence sur les moyens mobilisés et l’association des ex-salariés disposant des compétences nécessaires. Aux liquidateurs : la régularisation immédiate des dossiers sociaux et des réponses aux demandes de visite. Aux pouvoirs publics : l’organisation rapide d’une réunion avec les représentants des salariés, la Région, l’Ademe et les acteurs industriels intéressés pour examiner les projets et les possibilités de relance.

  • Austérité : l’Association des maires de France et les travaux publics alertent

    Austérité : l’Association des maires de France et les travaux publics alertent

    Jusqu’ici, les communes et les intercommunalités ne pâtissaient qu’indirectement du désengagement de l’État. Désormais, elles vont être mises directement à contribution puisque leurs dotations doivent être rabotées de 5,5 milliards d’euros.

    Une entaille au cutter qui aura de lourdes conséquences, prévient Frédéric Roig. « Il y aura un effet immédiat sur la capacité d’investissement des collectivités », assure le président héraultais de l’Association des maires de France (AMF). Car au contraire de l’État qui leur fait les poches, les Villes et intercos n’ont pas le droit de voter un budget en déséquilibre. Et ne peuvent quasiment plus jouer sur la fiscalité. « Avant on avait la main sur les taux de quatre taxes. Elles ont été remplacées par des dotations fixées par la loi de finances. On n’a plus aucune prise, c’est une forme de tutelle. Pas de bras, pas de chocolat ! ».

    Trésorerie et capacité d’investissement en berne

    Moins de recettes, « ça signifie soit plus d’emprunt donc plus de dette, soit moins d’investissement », résume Frédéric Roig qui illustre. « Le Lodévois Larzac aurait besoin de 80 millions d’euros de besoin d’investissement sur ses réseaux d’eau et d’assainissement. On est loin d’avoir les moyens ». Il ajoute que les fonds de compensations ne sont pas à la hauteur des transferts de compétence censés venir « à l’euro près ». « On a aussi des imprévus. J’ai 60 000 euros à sortir pour réparer des chemins à cause des intempéries alors que je n’ai pas débuté les arbitrages budgétaires. Les assurances ne payent jamais la totalité », illustre le maire de Pégairolles de l’Escalette.

    La dégringolade a déjà débuté. En France, la trésorerie nette du bloc communal est passée de 43,7 milliards d’euros en 2022 à 37,9 en 2025. Entre 2019 et 2025, la capacité d’investissement a baissé de 13,6% à 6,6% dans les communes, de 18,1% à 8,6% chez les intercommunalités. Face à cette trajectoire, le projet de loi de finances 2027 apparaît d’autant plus inquiétant et pas seulement pour les collectivités. Les travaux publics qui dépendent à 70% de la commande publique font grise mine. « Les gros chantiers de la LGV ou du Contournement routier de Montpellier feront un appel d’air mais très insuffisant pour mobiliser les 6 000 emplois et les 200 entreprises de l’Hérault », tempère aussitôt Olivier Giorgiucci.

    Si le président délégué de la Fédération régionale des travaux publics (FRTP) est aussi inquiet, c’est qu’il y a près d’un an que le navire dérive. « Avant les municipales, on s’attendait à une chute, c’est cyclique. D’habitude ça repart après les élections mais cette fois le rebond n’a pas eu lieu ». En juillet dernier, Olivier Giorgiucci avait alerté une première fois en constatant que les prises de commande avaient reculé de 25,5% et les appels d’offres publics de 26% comparé à juillet de l’année précédente.

    Entreprises sur la sellette

    Les conséquences se font déjà sentir sur l’emploi. Les entreprises faisant d’abord travailler leurs salariés, « les sous-traitants, locatiers d’engins (prêt de machines) et les agences d’intérimaires s’effondrent avec nous derrière. Depuis 2026, il y a des régimes d’activité partielle », insiste Olivier Giorgiucci qui lance un « cri d’alarme ». « D’ici la fin de l’année on aura des liquidations. 5 à 20 entreprises vont disparaître avec 200 emplois ». Le président de la FRTP appelle les collectivités à au moins continuer à entretenir les réseaux, les équipements et le patrimoine. « Sinon ça coûtera dix fois plus cher demain. Si on ne repeint pas le volet, il faudra en acheter un neuf ».

    De son côté, l’AMF 34 alerte les parlementaires et réclame au gouvernement deux mesures clé. Le renoncement à la baisse de la compensation de TVA avec maintien à l’année N+1 (et pas N+2) du taux de remboursement à 16,404% au lieu des 11,404% prévus. Ainsi que l’exonération du bloc communal pour tout ou partie de la contribution progressive à l’effort budgétaire (2,5 milliards d’euros). « On est conscient que l’effort doit être collectif mais graduel et mesuré », conclut Frédéric Roig.

  • Pour la Fonderie de Bretagne, c’est la liquidation

    Pour la Fonderie de Bretagne, c’est la liquidation

    Vencorex, Fibre Excellence et désormais la Fonderie de Bretagne : l’industrie française se meurt et le gouvernement ne la sauvera pas. Soixante ans après sa création par Renault, le site industriel emblématique du Morbihan sera placé en liquidation judiciaire ce jeudi par le tribunal de commerce de Lorient. « Et après, c’est fini », lâche Maël Le Goff, délégué CGT de la Fonderie de Bretagne. « On perd notre travail. On sacrifie une fonderie neuve avec plus de 150 millions d’euros d’investissement ces dix dernières années. C’est un gâchis, social et économique sur le bassin lorientais », déplore le salarié aux 24 années d’ancienneté.

    L’usine a été placée en redressement judiciaire en juillet dernier pour cessation de paiements, un an seulement après la reprise par Europlasma. Le groupe s’était engagé à diversifier la production au sein de la Fonderie, des pièces de voitures aux obus de mortier. Finalement, aucune des promesses n’a été honorée. Et 244 salariés restent sur le carreau. « Le gouvernement a favorisé la reprise par Europlasma, malgré les alertes sur les fragilités industrielles et financières de cette société (…) Aujourd’hui, il ne peut se défausser de sa responsabilité dans cet échec », pointe dans un communiqué le député écologiste du Morbihan, Damien Girard.

    Interrogé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie, Roland Lescure assure que le gouvernement « s’est battu jour et nuit pour essayer de trouver un repreneur ». Il s’oppose à la nationalisation proposée par des élus de gauche et ose face à la représentation nationale « heureusement on est dans un territoire, le Morbihan, où le chômage est inférieur à la moyenne nationale ». Un argument déplacé et non recevable pour les salariés « la moyenne d’âge est de 49 ans ici, donc il y a plus de 150 cinquantenaires qui vont se retrouver sur le marché de l’emploi », tempête Maël Le Goff. « C’est au niveau de ce gouvernement », souffle-t-il.

  • La Région accompagnerait le projet pour Fibre Excellence

    La Région accompagnerait le projet pour Fibre Excellence

    En Paca, la Région Sud ne s’est pas engagée financièrement, contrairement à la Région Occitanie, pour aider à redresser l’entreprise Fibre Excellence Provence, liquidée par le tribunal de commerce de Toulouse. « Ce n’est ni la même situation, ni le même format économique, ni les mêmes conditions et on ne sait même pas combien ça vaut, car le liquidateur ne nous a pas encore donné tous les documents », justifie Cyril Juglaret. Le président de la Commission d’appel d’offres de la Région Sud était cependant autour de la table avec Patrick Chauvin pour l’Agglo ACCM et Lucien Limousin, vice-président du Département, pour étudier le nouveau projet porté à Tarascon par les ex-salariés et l’UD CGT 13.

    Cette réunion « de suivi », qui fait suite à la liquidation de l’entreprise, au licenciement de ses 270 salariés, sans compter l’impact sur quelque 5 000 emplois induits dans la filière bois, avait été réclamée par le syndicat. Pour la Région, « la priorité serait évidemment d’essayer de retrouver une activité papetière ». Mais dans l’urgence, elle « ne peut pas se priver de chercher toutes les solutions pour garder une activité sur ses 35 ha inestimables ».

    Au-delà du papier

    Cette fois, le projet pique légèrement l’intérêt : « Il a évolué vers d’autres activités et pas uniquement l’industrie papetière, reconnaît Cyril Juglaret. On peut les accompagner, mais le projet économique leur appartient. » Un engagement qui reste a minima. Or, le temps presse et parallèlement, la Région « continue à prospecter pour la vente du site avec une trentaine de partenaires économiques mobilisés ».

  • La CGT exige une table ronde pour Fibre Excellence

    La CGT exige une table ronde pour Fibre Excellence

    L’urgence frappe toujours aux portes de l’usine de pâte à papier, mise en liquidation judiciaire le 29 juillet dernier. C’est désormais sur la protection de l’outil et de l’activité industrielle qu’il faut se pencher. « Nous exigeons la tenue, dans les plus brefs délais, d’une table ronde associant les services de l’État, la préfecture, la Région Paca et les représentants des salariés », écrit l’UD CGT 13 dans un communiqué, en pressant l’État « d’exercer son autorité ».

    Durant plus d’une semaine huit ex-salariés, se sont relayés bénévolement, « pour maintenir les installations en état de fonctionnement et éviter de faire courir un danger à la population et une pollution au Rhône ». L’État s’est substitué aux liquidateurs défaillants en s’appuyant sur l’Agence de la transition écologique pour que la mise en sécurité du site soit assurée. « Il n’a pas été mis fin à la mission de Réaltec, mais celle-ci doit désormais agir dans le cadre fixé par l’Ademe » précise la préfecture des Bouches-du-Rhône.

    Or il est d’autant plus urgent, pour la CGT, de commencer à « travailler à une solution industrielle », qu’une centaine d’entreprises de la filière bois se retrouve sans débouché. Les ex-salariés sont force de proposition avec un projet inscrit dans la transition écologique. Les services de l’État « travaillent également au suivi des salariés licenciés et à la reprise du site. Ils répondront à toute demande de la Région d’organiser une table ronde », a encore assuré la préfecture.

  • À Tarascon, une Alliance pour la relance de Fibre Excellence

    À Tarascon, une Alliance pour la relance de Fibre Excellence

    Un projet de relance, de diversification et de développement à long terme de l’activité papetière a d’ores et déjà été construit », indiquent les syndicats CGT Filpac et Fibre Excellence. Aux acteurs économiques de manifester leur intérêt.

    Alors que l’État a annoncé reprendre la main sur l’usine de pâte à papier, les syndicats entendent mettre à profit « ce temps relatif » pour « explorer ce que cet outil industriel pourrait devenir demain ». Car le temps presse avant que l’usine ne soit démantelée. Après le départ des anciens salariés du site, le vendredi 25 septembre, les liquidateurs étaient encore à l’œuvre sur le site. Dans un communiqué la LFI a alerté : « le site classé Seveso n’est plus actuellement en sécurité ». Les députés des Bouches-du-Rhône ont interpellé la préfecture pour « agir sans délai », afin de « permettre la reprise d’une activité essentielle à notre souveraineté ».

    Diversifier l’outil

    Convaincus qu’un avenir est possible, et au-delà du maintien de l’activité industrielle existante, les syndicats souhaitent faire « émerger les activités susceptibles de faire évoluer l’outil ». À savoir : « nouvelles productions papetières, valorisation de matières recyclées et de coproduits, production d’énergie, photovoltaïque, méthanisation, pyrogazéification, valorisation du CO2 biogénique… ». Autant de pistes qui demandent à être sérieusement étudiées. Des milliers d’emplois sont en jeu dans tout l’aval de la filière bois et forêts.

    À ce stade, « aucune prise d’engagement n’est demandée. L’objectif est d’identifier les intérêts existants et de faire émerger les possibilités économiques qui pourraient contribuer à l’évolution du site », précise le communiqué. Les entreprises et acteurs économiques concernés sont invités à se manifester « dans les meilleurs délais » à l’adresse : alliance.industries@mailo.com

  • Les ex-salariés de Fibre Excellence passent le relais

    Les ex-salariés de Fibre Excellence passent le relais

    « Pour la population, pour le Rhône ». En dépit « des intimidations » des liquidateurs, les ex-salariés de l’usine de pâte à papier ont tenu bon derrière les manettes, les vannes et les écrans de contrôle pour s’assurer du maintien en fonctionnement des installations et vérifier les valeurs des eaux pluviales. En somme, ils ont limité la casse.

    Des bureaux mis à sac, un parc d’ordinateurs disparu, des placards éventrés… jusqu’au matériel du CSE bazardé dans un fossé. C’est ce à quoi ont assisté les anciens salariés et leurs syndicats CGT et FO depuis la prise en main de l’usine par les mandataires judiciaires. Avec pour geste inaugural, la mission de mise en sécurité du site confiée par le tribunal de commerce, l’arrêt de la station d’épuration et du système incendie, la méthode employée a heurté jusqu’au préfet des Bouches-du-Rhône. Dès le 3 septembre, Jacques Witkowski prenait en effet des mesures. Huit arrêtés préfectoraux ont été publiés pour stopper les mauvaises manœuvres.

    En vain. Tandis que les employés de la société Realtec continuaient à déménager du matériel sur le site, les anciens salariés ont décidé « d’agir en responsabilité » le 17 septembre en réinvestissant les postes clés pour la mise en sécurité. Depuis, ils n’ont eu de cesse de tourner en 3/8 pour éviter une pollution et sauver l’outil industriel. La CGT défend un projet de revitalisation de l’usine. Le 18 septembre, « devant l’incurie et les mises en danger réitérées de l’environnement du fait du liquidateur, l’État lui a substitué, de manière exceptionnelle et déterminée, l’Ademe » indiquait Mathieu Lefèvre, ministre délégué en charge de la Transition écologique. L’agence de la transition écologique (Ademe) est sur place pour prendre le relais des opérations avec Suez.

  • Fibre Excellence : un dossier brûlant pour la filière bois

    Fibre Excellence : un dossier brûlant pour la filière bois

    « Fibre Excellence Provence est notre principal client, nous perdons un débouché majeur », alerte Nathalie Friboulet, à la tête de Soprobois et présidente de la FNB Paca qui représente « des centaines de petites et moyennes entreprises de l’industrie forestière ». Que faire du bois ? Ou plus exactement du 1,2 million de tonnes qui approvisionnait Tarascon chaque année. C’est à ce casse-tête que les acteurs de la filière bois de Provence-Alpes-Côte d’Azur, d’Occitanie et de Sud Auvergne-Rhône-Alpes sont confrontés depuis la fermeture du site.

    Entrepreneurs, exploitants, scieries, forestiers publics et privés, transporteurs, soit « 5 000 emplois non délocalisables qui font vivre les territoires ruraux », c’est toute la chaîne de production qui se retrouve mise à mal par ce tomber de rideau sur l’usine de pâte à papier. Une situation que la présidente de la FNB Paca qualifie de « dramatique » et à laquelle ces acteurs ne trouvent aujourd’hui pas de réponse. « Nous avons beau chercher. Comment reporter les volumes ailleurs ? Les autres industries sont déjà saturées. » Dans sa seule entreprise tous les produits récoltés sont commercialisés sur les mêmes secteurs, dans une logique de circuits courts et de valorisation optimale des bois « selon la hiérarchie des usages en cascade ». Faudra-t-il aller chercher des solutions hors du territoire au risque de faire grimper le prix des kilomètres de transport ? « Nous avons interpellé le préfet pour obtenir une révision du plan d’approvisionnement de GazelEnergie à Gardanne qui est très strictement encadré, explique Nathalie Triboulet, sachant que ça ne suffira absolument pas à tout absorber. » Une inquiétude d’autant plus justifiée que l’été, particulièrement meurtrier pour les forêts, augmente considérablement ces volumes.

    Le bois stocké en vente

    Alors que les factures et crédits continuent de tomber et que les craintes pèsent sur l’emploi dans tout l’amont de la forêt, la situation avec le liquidateur de Fibre Excellence est tendue. « Nous avons à la fois perdu un débouché primordial et de l’argent depuis avril car nous avons encore une partie des volumes bloquée sur le site qui ne nous a pas été payée », explique la représentante du syndicat. Une procédure de clause de propriété est pendante. « Mais les liquidateurs ont fait reporter l’audience. Et on a peur qu’ils ne vendent notre bois. » Une crainte malheureusement fondée au regard de l’appel d’offres publié par Selas Egide le 18 septembre pour « 5 600 tonnes de rondins, 12 000 tonnes de plaquettes et 2 000 tonnes d’écorces » que nous avons consulté.

  • [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    « On parle de 5 000 emplois induits pour la filière bois, mais il y a aussi tous nos prestataires de services qui commencent à sérieusement sentir les conséquences de l’arrêt de la production », explique Romain Omont, qui travaille depuis 2004 sur le site.

    « Les sociétés Ortec, ou la SAS Phénix pour le nettoyage industriel, la société Someca pour la maintenance mécanique, Soprobois qui assure la récolte et le transport de bois en circuits courts en Paca et Occitanie… », commence à lister un autre ouvrier. Et lundi 21 septembre, deux d’entre elles se sont cassés le nez sur la barrière tenue fermée par les employés de Realtec. La représentante de Chimirec qui traite les produits stockés sur le site dans des conteneurs n’a pas pu accéder à son matériel et restait « dans l’expectative d’une réponse des liquidateurs. Car on ne sait pas sur quel pied danser ».

    Encore moins heureux en manœuvre, le chargé d’affaires de la société d’échafaudages Soprovise s’est également vu refuser l’entrée sur le site où il dispose d’un local cadenassé dans lequel est entreposé du matériel de son entreprise. Les salariés présents dans l’usine témoignent d’un portail fracturé et ils ont « photographié des salariés de Realtec en train d’embarquer des parties d’échafaudage dans un conteneur ». Jean-Michel Bulinge explique encore : « Il nous a dit qu’il devait déposer une plainte pour du matériel saccagé et utilisé. »

    Du côté casse sociale, les inquiétudes sont lourdes et les effets sont en passe de se produire à la chaîne.

    Un scandale d’État

    En conférence de presse à la Bourse du travail de Marseille, ce mercredi, François Canu, secrétaire de l’UD CGT 13 s’est aussi alarmé : « Ils liquident Fibre Excellence Tarascon en ce moment. Les Finances publiques ont déjà rapatrié à Marseille les 20 postes qui étaient implantées sur le territoire de Tarascon. Quand on dit qu’il y a la suppression de 270 d’emplois, ce n’est pas seulement 270 emplois mais 5 000 indirects et induits. » René Sale, pour l’UD FO 13, abonde : « C’est un scandale d’État qui a donné plus de 130 millions à un actionnaire voyou. Durant l’été, nous avons dit à de nombreuses reprises au Préfet que les seuls à même de sécuriser le site étaient les salariés du site. Aujourd’hui, l’État envoie l’Ademe après que des produits toxiques se sont déversés dans les eaux du Rhône. Le mandataire liquidateur est un croque-mort et corbeau qui spolie les salariés. » Une liquidation trop abrupte qui crée du chômage par ruissellement…

  • Il travaille « bénévolement » pour sécuriser Fibre Excellence

    Il travaille « bénévolement » pour sécuriser Fibre Excellence

    « Si l’usine redémarre avec un investissement, je remettrai avec une immense joie un pied à l’étrier, assure Nicolas, mais là je ne sais plus où je vais », regrette-t-il dans un sentiment mêlé de colère, d’injustice et de dépit dans ces jours d’incertitude. Dénonçant « l’incurie » des liquidateurs, l’État a déclaré reprendre le contrôle du site Seveso vendredi 18 septembre, mais lundi 21, la Selas Egide et associés serrait encore ses griffes sur l’usine.

    La liquidation, un choc

    Opérateur de régénération sur la chaîne d’évaporation, Nicolas fait partie des huit derniers salariés de Fibre Excellence Provence qui veillent « bénévolement et en conscience » à la sécurité du site depuis qu’ils ont décidé, avec le syndicat CGT, de le réinvestir jeudi 17 septembre, afin d’« éviter une catastrophe pour l’usine, la ville et le Rhône ». Sécurité et rigueur sont des maîtres-mots chez ce jeune quadra. Titulaire d’un BEP tourneur-fraiseur, après avoir enchaîné les boulots en intérim il s’est lancé dans un bac pro en chimie à 38 ans. Dans ce gigantesque labyrinthe de conduits et de machines, « il y a une méthodologie stricte. On se forme sur le long terme sur la chaîne de production et on est amené à toute la connaître ». Dans ce travail d’équipe en 5/8, Nicolas n’était encore affecté « qu’à un poste. Les plus anciens en gèrent plusieurs car on est amené à tourner. Et à évoluer, devenir coordinateur, chef d’orchestre d’une importante supervision ».

    « C’est un site où on se donne corps et âme pour que ça tourne, sachant que sur cette grande chaîne, il suffit d’une unité à l’arrêt pour que tout bloque », explique-t-il avec passion. Un travail d’alchimiste où il contrôle les résidus concentrés dans la chaudière qui alimente l’usine en vapeur, « car on est quasiment autonome en électricité », précise-t-il, fier de faire battre le cœur du site. Ce CDI, « c’était une super opportunité et ça m’a permis d’obtenir un prêt immobilier ». Il s’y est lancé avec toute son énergie, conscient des difficultés de l’usine car « ça fait 20 ans qu’on entend que ça va fermer, mais Fibre, c’est une survivante, l’emblème de Tarascon ». Alors quand la liquidation a été prononcée, « ça a été un choc. Pour tous. On a mis du temps à réaliser ».

    Une situation ubuesque

    Avec ses collègues, ils ont « tout surmonté, les hauts et les bas, les mois d’attente avec l’espoir d’un redémarrage pour les 270 salariés, et pour les 5 000 induits… ». Mais « l’insupportable, ça a été la condescendante affichée d’Alexis Brenac avec les salariés », un des co-mandataires judiciaires. « Son rire narquois devant les collègues inquiets, ses tentatives d’intimidations, ses menaces jusque sur nos familles, c’est ce qui m’a décidé à réinvestir l’usine jeudi ». Car ils vivent une situation « ubuesque, même l’État n’arrive pas à l’arrêter, c’est l’enfer. Avec Realtec venu pour dépecer, c’est le bras de fer chaque jour pour éviter les catastrophes, il y a eu les fuites de liqueurs noires, ils ont bousillé les enzymes de l’aérateur, dernière porte de sortie des effluents avant le Rhône, ils bloquent le droit au chômage… ». Vendredi, l’annonce du ministre délégué ressemblait à un souffle, « mais lundi, quand j’ai vu les liquidateurs sur le site, ça m’a fusillé », lâche-t-il, avouant être ce mardi, « incapable de se projeter ».

    L’Ademe, maître officiel à bord

    Jacques Witkowski, préfet des Bouches-du-Rhône, a publié ce 22 septembre deux arrêtés concernant le site de Fibre Excellence Provence. La mise en sécurité de l’usine est confiée à l’Agence de la transition écologique (Ademe) pour une durée de 24 mois qui réalisera les travaux d’office à compter du 22 septembre, aux frais de la société représentée par ses liquidateurs.