Tag: LDH

  • [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    À Marseille comme partout en France, les expulsions en série qui frappent les familles roms, tsiganes, les gens du voyage, les personnes exilées et les sans-abri participent d’une véritable politique de relégation, où la répression se révèle depuis trop longtemps comme seule modalité d’action, piétinant les droits fondamentaux.

    Le racisme systémique, qui motive ces politiques, est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. En désignant les populations les plus précaires comme responsables des difficultés sociales, elles détournent le débat des seules causes de la crise du logement : la spéculation foncière, la financiarisation de l’immobilier, la pénurie de logements accessibles et le désengagement de l’État. Elles opposent les classes populaires entre elles au lieu de s’attaquer aux inégalités qui les frappent.

    À Marseille, plusieurs lieux de vie roms sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Le cas le plus emblématique est celui du 156 route de la Valentine, terrain appartenant à M.Frey, dirigeant de Retail Prodev, classé parmi les 500 plus grandes fortunes de France, où vivent près de350 personnes, dont de nombreux enfants. Des millions d’euros d’argent public pourraient être consacrés à une opération policière d’expulsion, qui ne ferait que déplacer la misère, une fois de plus, sans apporter aucune solution durable. L’État se révèle comme gestionnaire de la valeur immobilière et foncière et non comme garant du droit fondamental au logement.

    Depuis plusieurs années, les expulsions de lieux de vie roms se succèdent, programmées, à intervalles réguliers. Saint-Just (2020, expulsion du squat d’un bâtiment de l’évêché),Maison Blanche (2021, évacuation brutale et enfants déscolarisés), La Parette (2022,destruction du lieu de vie sans relogement), Le Mail (expulsion d’un bâtiment sécurisé parles habitant·es), La Madrague / La Cabucelle ((2023-2024, opérations policières répétées)ou encore Saint-Marcel (2024-2025) et Air Bel démolition de 400 logements(2026). À chaque fois, les conséquences sont les mêmes : enfants déscolarisés, emplois perdus, ruptures des suivis sociaux, destruction des parcours d’insertion et aggravation de la précarité. L’État expulse l’été, quand les familles ne peuvent pas se défendre. En Haute-Savoie, cinq familles avec de jeunes enfants ont reçu fin juillet un arrêté préfectoral d’expulsion.

    L’été, les tribunaux fonctionnent au ralenti, les avocats sont moins disponibles, les associations disposent de moins de moyens et les mobilisations sont plus difficiles. Expulser lorsque les familles sont les plus vulnérables limite les possibilités de recours et de défense. L’Etat doit faire des propositions de relogement avant toute expulsion .À Marseille, les familles n’ont pu résister pour l’instant que grâce à la solidarité des associations, des collectifs, des syndicats, des habitantes et habitant·es mobilisés à leurs côtés. Les injonctions du préfet dans l’hébergement d’urgence marquent une nouvelle étape dans la répression des plus vulnérables. En ordonnant au SIAO 13 de sortir des familles de l’hôtel sans solution de relogement, l’État viole le droit à la continuité de la prise en charge et teste sa capacité à imposer des remises à la rue en pleine pénurie de places. Le refus unanime des associations rappelle que ces pratiques ne relèvent pas d’erreurs administratives mais d’une stratégie de gestion répressive de la pauvreté, qui fragilise les familles, alimente les réseaux d’exploitation et participe à la même logique de division et de contrôle que les expulsions de lieux de vie.

    Face à cette politique du chaos et de relégation, les familles roms montrent qu’une autre politique est possible. Dans le 15ᵉ arrondissement de Marseille, des familles roms ont créé la première association rom de la ville et développé un projet d’agriculture urbaine pour entretenir et valoriser leur lieu de vie. Elles démontrent leur capacité à s’organiser collectivement, à produire et à contribuer à la vie du quartier. Au lieu d’accompagner cette dynamique, une procédure d’expulsion a été engagée. Cette contradiction montre combien l’autonomie des classes populaires, en particulier lorsqu’elle émane de populations racisées, vient bousculer les logiques d’exclusion. Les gens du voyage subissent la même stigmatisation.

    Dans le 6ᵉ secteur de Marseille, le maire Rassemblement national a fait de la dénonciation des occupations dites « illégales »un axe central de son action politique et a récemment pris pour cible des familles venues participer à un rassemblement traditionnel. La Métropole Aix-Marseille-Provence n’avait pourtant toujours pas réalisé les aires d’accueil et l’aire de grand passage prévues par la loi, malgré les condamnations prononcées par la justice administrative. On ne peut pas refuser de respecter ses obligations légales puis faire porter aux familles la responsabilité de cette carence.

    Nous appelons les organisations antiracistes, les collectifs de défense du droit au logement, les syndicats, les associations, les habitant·es des quartiers populaires, ainsi que toutes les personnes attachées aux droits humains, à unir leurs forces pour défendre le droit au logement, la dignité et toutes les familles victimes de ces politiques de relégation.

    Aux stratégies de division, opposons une mobilisation unitaire des classes populaires. Un toit est un droit. La dignité n’est pas négociable. Le racisme systémique est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. Nous le combattons.

    Signataires. l’inter orga : association ZOR (association de roms.) DAL France, ANC13, POI, VAI, Forces Vives, La France Insoumise 13, Faisons Front Commun, NPA a , Attac Marseille, soutien 59 Saint Just, Collectif 113, un Centre Ville Pour Tous, Comité antifasciste du 4è, Syndicat des associations de proximité, La Penne Insoumise, Insoumis de la Vallée de l’Huveaune, Insoumis.es de Saint Marcel, Arte Chavalo, Riposte Anti Fasciste, Collectif du 5 Novembre, Collectif contre les Violences d’état, Extinction Rébellion, Anti Cra Marseille, Collectif Al Manba, Afroqueer Revolution-R, ASCM, Sai13, UCL Marseille, Syndicat du Logement.

  • Les croix de la discorde à Comps

    Les croix de la discorde à Comps

    Sommes-nous revenus au XIXe siècle, époque durant laquelle l’Église catholique avait entrepris une reconquête symbolique de l’espace public en installant des croix au sommet des montagnes en opposition à la déchristianisation de la fin du XVIIIe siècle et à la Révolution française ? Dans le Gard, certains doivent le penser, puisqu’ils ont accroché deux croix catholiques sur les hauteurs de Comps, près de Beaucaire.

    Tout commence en 2025. Une première croix en bois est installée sans autorisation et y restera plus d’un an, jusqu’à ce qu’un inconnu la démonte. Mais en mai dernier, une nouvelle croix, cette fois en métal, est solidement accrochée à la roche au même endroit. L’association Action citoyenne anti-raciste et antifasciste à Beaucaire (ACAAB) alerte alors la Ligue des droits de l’Homme et la Libre pensée du Gard pour que cette croix illégale soit démontée, en respect de la loi de 1905.

    La polémique devient alors particulièrement violente. Laure Cordelet, présidente de l’association ACAAB, reçoit plusieurs menaces. Dans le même temps, de très nombreux habitants se mobilisent pour sauver cette croix symbole, selon eux, du patrimoine et de la culture française… Une pétition est même lancée en ligne pour rassembler les soutiens à la présence du symbole religieux dans l’espace public (348 personnes l’ont déjà signée).

    « Sur des parcelles qui appartiennent à une collectivité publique, c’est interdit d’apposer des symboles religieux quels qu’ils soient en vertu de l’article 28 de la loi de 1905. Sur une parcelle privée, chacun fait ce qu’il veut, même si elle est visible de l’extérieur. Toutes les croix installées avant 1905 peuvent être restaurées sans problème parce qu’elles sont devenues patrimoniales et qu’elles datent d’avant la séparation historique de l’Église et de l’État », recadre Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité.

    Une deuxième croix apparaît

    Pendant que la polémique enfle et s’accompagne de tags de soutien, une nouvelle croix, celle-ci en bois, apparaît, toujours sur les hauteurs de Comps. Après vérification, il s’avère que ces croix ont été apposées sur des terrains appartenant à la mairie de Beaucaire pour la première, et au Département du Gard pour la seconde. Le maire de Comps, Alain Laget, a ainsi contacté les deux collectivités pour leur demander d’appliquer la loi. Le Département a rapidement réagi en signifiant que la croix en bois serait retirée. Pour l’heure, la municipalité de Beaucaire n’a pris aucune décision et son maire RN Nelson Chaudon, qui avait été condamné à 103 000 euros pour avoir laissé une crèche dans la mairie, ne semble pas opposé à la présence de la croix.

    D’autres militants d’extrême droite ont même tenté un parallèle hasardeux entre la présence de la croix dans l’espace public et le port du voile islamique. « Ça n’a rien à voir. Est-ce que les croix sont interdites sur les gens ? Grâce à la laïcité, les gens ont le droit à la liberté de conscience et de conviction. Il y a d’un côté l’administration qui doit être neutre pour traiter tout le monde à égalité. De l’autre, les citoyens qui ne sont pas neutres, sinon on est dans un régime autoritaire où plus personne ne peut avoir des idées. Porter un voile n’est pas du prosélytisme. Le prosélytisme, ce sont des prises de parole, des écrits, des slogans, ça n’a rien à voir », rappelle Nicolas Cadène. Reste que la croix, à l’instar de la crèche, pourrait bien devenir la nouvelle marotte du maire RN de Beaucaire.

  • À Montpellier, une pride « de résistance et de solidarité »

    À Montpellier, une pride « de résistance et de solidarité »

    Une haine de plus en plus banalisée. C’est ce que met en lumière le rapport annuel de SOS homophobie publié en mai. Il recense 1 771 cas de LGBTphobies en 2025, marqués par une forte progression de la haine en ligne, des agressions physiques dans l’espace public – dernière en date : Noahm, 19 ans, est mort sous les coups le 2 juin à Metz, des témoignages mettant en évidence les motivations homophobes – et un harcèlement persistant en milieu scolaire. Une violence nourrie par un climat politique national jugé de plus en plus hostile. À l’international aussi, les droits des personnes LGBTQIA+ connaissent d’importants reculs, « avec les attaques de Trump ou les lois LGBTQIA+phobes en Afrique », souligne Olivier Vaillé, président de l’association Fierté Montpellier Pride, organisatrice de la marche des fiertés dans la capitale héraultaise.

    Aussi, l’affiche, cette année, brandit un slogan de barrage : « Touche pas à ma pride », dans une main aux couleurs arc-en-ciel tendue comme un bouclier, inspirée de celle bien connue de SOS Racisme estampillée « Touche pas à mon pote ». « Une main pour dire attention, pour dire stop. Pour prévenir, pour se protéger, pour poser la limite », explique l’association organisatrice. « La Pride est bien plus qu’une fête. C’est une manifestation de visibilité, de résistance et de solidarité. »

    Un message combatif et politique au lendemain d’élections « qui ont vu de nouvelles villes tomber dans l’escarcelle de l’extrême droite », souligne Olivier Vaillé. « Et on voit ce qu’il se passe quand ils sont au pouvoir. » « À Elne par exemple », à peine élu, le nouveau maire RN de cette commune des Pyrénées-Orientales « a fait repeindre en blanc le passage piéton aux couleurs LGBT devant la mairie et a retiré le drapeau arc-en-ciel du fronton de l’hôtel de ville ». Ailleurs, « des associations qui luttent contre les discriminations se voient retirer leurs subventions, comme ce fut le cas pour la LDH à Carcassonne », cite encore Olivier Vaillé.

    Un nouveau local inauguré

    Face à ces attaques et à la menace d’une accession du RN au pouvoir en 2027, « on a besoin d’une solidarité entre les différentes structures et d’une intersectionnalité des luttes pour préparer l’avenir. C’est pour ces raisons que les associations marraines de la Pride cette année sont SOS Racisme et la LDH ». Comme son homologue de SOS Racisme Dominique Soto, la présidente nationale de la LDH, Nathalie Tehio, marchera en tête de cortège à Montpellier le 20 juin. « On observe une recrudescence d’actes LGBTQIphobes graves, mais aussi d’actes rcistes et antisémites, en lien avec la montée de l’extrême droite qui est contre l’égalité de toutes et tous devant la loi. Et même si Montpellier résiste, il y a une forte poussée de l’extrême droite alentour », relève la présidente de la LDH. « Nous sommes certes en résistance, mais aussi en affirmation de la société que nous voulons, qui est une société inclusive », insiste-t-elle.

    À la veille de la marche des fiertés, le 17 juin, l’association Fierté Montpellier Pride, jusque-là située boulevard Pasteur, a inauguré son nouveau local, trois fois plus grand (d’environ 60 à 180 m2) au 3 avenue Clemenceau. « Ce gain de surface permettra notamment d’accueillir des associations qui n’ont pas de local et qui pourraient en avoir besoin », souligne Olivier Vaillé. Vendredi 19 juin à 16h, Jean-Marc Berthon, ambassadeur pour les droits des personnes LGBT+, Dominique Soto, président de SOS Racisme, Nathalie Tehio, présidente de la LDH et Alice Nkom, avocate spécialisée dans la défense des droits des LGBTQIA+ au Cameroun animeront une conférence à la fac de droit. Puis de 19h à minuit, la Queer night battra son plein aux jardins du Peyrou. Enfin le samedi 20 à 16h, la marche des fiertés partira des jardins du Peyrou pour une grande boucle arc-en-ciel, festive et militante dans le cœur de ville.

  • Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Après les propos du procureur d’Alès le mois dernier, ouvrant la porte à un classement sans suite s’il manquait d’éléments, le pessimisme avait gagné les victimes de l’attaque du Prolé. Elles s’étaient d’ailleurs donné un an avant d’envisager de poursuivre directement les suspects identifiés par la justice et reconnus par les victimes lors d’une confrontation qui s’était déroulée fin février. Mais finalement, la nouvelle est intervenue par un message envoyé par le procureur aux trois avocats des victimes : les trois suspects passeront bien devant le tribunal correctionnel au cours d’une audience prévue le 6 octobre.

    « C’est une bonne nouvelle parce qu’on pouvait craindre un classement sans suite au regard de ce qu’annonçait le procureur de la République », explique Sophie Mazas, l’une des trois avocates qui souhaite désormais obtenir des condamnations à la hauteur de la gravité des faits : « Nous sommes sur une procédure à juge unique, ce qui est étonnant lorsqu’on a deux circonstances aggravantes que sont la préméditation et le motif politique. Cela veut dire que la victime a moins de 8 jours d’ITT. Nous, nous demandons une audience collégiale qui est plus solennelle, où il y a un temps d’évaluation des préjudices des victimes qui est plus long. Nous ferons tout pour obtenir une réponse pénale à la hauteur de la gravité des faits. »

    L’annonce du procès a également rassuré les représentants du Parti communiste français. « C’est une excellente nouvelle. Il a fallu du temps mais on se réjouit que le procureur poursuive les suspects car il y a un faisceau d’indices important. Cela aurait été incompréhensible que ce soit classé sans suite, d’autant plus que le Bloc montpelliérain a été interdit et dans l’arrêté ministériel qui le dissout, il y avait aussi comme justification l’attaque du Prolé. Cette dissolution était une première victoire, cette audience en est une seconde mais maintenant on attend la condamnation », explique Giovanni Di Francesco, secrétaire de la section communiste d’Alès, qui a porté plainte au nom du PCF.

    Sécurité renforcée pendant la feria

    Cette information est tombée quelques jours avant le début des festivités de la feria, qui a débuté le 13 mai. Pour éviter d’éventuelles représailles et surtout pour rassurer la population invitée à venir festoyer au Prolé pendant la feria, le bar alésien a prévu de renforcer sa sécurité. « La feria sera une victoire sur les violences de l’extrême droite. On est en pleine date anniversaire. Nous avons pris des mesures renforcées pour tranquilliser les gens. Ce sera donc un lieu de fête encore plus important que les années précédentes, où la fraternité et la solidarité vont s’exprimer encore plus fort », affirme Giovanni Di Francesco.

    En effet, des membres des sections communistes de tous les départements voisins ont prévu de venir au Prolé marquer leur soutien. « C’est important qu’il y ait une ambiance de fête au Prolé pour montrer que l’extrême droite ne peut pas nous empêcher de faire la fête ou de mener nos autres actions habituelles. Pour cela, nous pouvons compter sur le soutien de militants communistes qui ont l’habitude de sécuriser des événements comme la Fête de l’Huma par exemple », explique Cécile Alphon-Laire.

    Après la feria, le PCF a prévu d’organiser une conférence-débat début juin au Prolé sur l’extrême droite et à la rentrée, en septembre, un forum sur le même sujet devrait aussi se tenir. Un rassemblement est également déjà prévu le matin de l’audience, le 6 octobre, devant le tribunal d’Alès.

  • D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    Nous retrouvons mardi matin les militants du Comptoir des idées devant le panneau d’expression libre de l’avenue Tessé, en pleine séance de collage et de distribution de tracts. L’objectif étant d’informer la population toulonnaise d’une nouvelle séance de réflexion et de débat à l’occasion de la ciné-rencontre du jeudi 21 mai à 20h30 au cinéma le Royal autour de Soulèvements, le film de Thomas Lacoste qui sera présent dans la salle.

    « Ce qui nous intéresse, c’est que ça touche autant à la protection de la planète que les droits humains », explique Guy Cochennec (Climat Zéro Fossile). Le militant associatif rappelle pour commencer la genèse : « L’idée est née au sein de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes après 2013, au moment où la police et l’armée se sont retirées. » La très riche vie communautaire qui y prospère alors va en être le ferment. Des voix s’élevant pour dire qu’il n’était pas possible de se séparer sans créer un mouvement pour continuer la lutte partout où ce serait nécessaire.

    Pour continuer le combat

    « Une fois mis en place, ils vont réagir très très vite à tout ce qui se passe », souligne-t-il. On va en effet les retrouver présent sur la A69, mais aussi sur les projets des méga-bassines et même à plus de 3 000 mètres au cœur du glacier de la Girose, sur le chantier de construction d’un téléphérique, « avec l’installation de tentes sur le seul endroit où les hélicoptères pouvaient se poser pour amener le matériel ».

    Le Comptoir des idées souhaite mettre en perspective tous ces combats et la réponse disproportionnée de l’État – pour rester dans l’euphémisme. Notamment sur la manifestation organisée à Sainte-Soline en 2023 et « la réaction d’un gouvernement pour casser le mouvement ».

    « L’année d’avant déjà, Darmanin avait mis en avant l’écoterrorisme pour permettre d’appliquer les lois d’exception à des activistes et préparer l’opinion publique », dénonce Guy Cochennec. 3 000 agents des forces de l’ordre vont être déployés face à 30 000 manifestants avec « la volonté de faire un exemple, de faire peur et mal avec des tirs tendus de lance-grenade ». Et de préciser : « Sur des images, on voit des gendarmes qui comme dans un jeu vidéo se congratulent lorsqu’ils font mouche sur un manifestant. » Résultat : plus de 200 blessés très graves.

    Et pendant qu’on parle d’écoterrorismes, on ne parle plus des crimes écologiques réels ceux-là qui sont commis sur l’ensemble de la planète.

    Tout cela devrait donner matière à débat dans la salle et inspirer, pourquoi pas, d’autres manières de mener le combat au travers des 16 portraits réalisés dans ce film. On retrouve notamment deux paysans : le père est à la Confédération paysanne, et son fils beaucoup plus radical… Le militant du Comptoir des idées conclut : « Il y a une solidarité, de l’émotion qui passe, il y a tout ce qu’on aimerait voir partout dans la société. »

  • L’UE durcit ses règles migratoires

    L’UE durcit ses règles migratoires

    Le Parlement européen serait-il en train de se trumpiser ? L’adoption du règlement retour, grâce à l’alliance entre la droite et l’extrême droite, le 26 mars, semble donner raison à cette tendance. En effet, le texte prévoit un net durcissement d’une politique migratoire déjà plus que répressive. « Il aura des conséquences dramatiques pour les personnes étrangères et pour les personnes qu’on accompagne. C’est effectivement un développement très inquiétant », soupire Olivia Carniel, responsable des questions européennes à la Cimade.

    Le texte prévoit notamment la possibilité d’externaliser des centres de retour dans des pays hors de l’Union européenne afin d’y enfermer les personnes exilées ou des demandeurs d’asile déboutés. « Ce qui est vraiment problématique, c’est que le texte pose uniquement les bases légales pour créer ces centres mais il ne précise rien. On ne sait pas pour combien de temps les personnes pourraient être enfermées dans de tels centres dans des pays qu’on ne connaît pas, ni dans quelles conditions », reprend Olivia Carniel. Et ainsi criminaliser un peu plus les exilés en les plaçant dans des conditions de détention sans avoir commis de crime ou de délit. « Il n’y a pas de mécanismes pour vérifier si les droits des personnes sont respectés. Les États s’exonèrent de toutes les responsabilités », abonde Titouan Cady, membre de la LDH à Montpellier.

    Les renvois accélérés

    La détention semble d’ailleurs être devenue la norme puisque les délais d’internement pourraient aller jusqu’à 24 mois. « Il y a aussi une logique d’accélérer les renvois sans passer par des recours juridiques. Alors qu’aujourd’hui, on pouvait contester et ainsi suspendre le renvoi », note Titouan Cady. Des renvois pourraient se faire sans que le juge n’ait besoin de statuer. Tout est fait pour déshumaniser des personnes déjà épuisées par un exil forcé. En ce sens, la « décision de retour européenne » est inquiétante. « On généralise le fichage. Toute personne soumise à une procédure d’éloignement dans un pays sera expulsable d’un second pays de l’UE même si elle respecte toutes conditions d’asile. On pousse ces personnes dans une plus grande précarité », se désole Olivia Carniel.

    Un texte xénophobe qui met un coup au respect des droits fondamentaux, pourtant érigé comme une valeur cardinale d’une Union européenne de plus en plus marquée à droite. Si le Parlement lui est acquis, il en est de même à la tête des États membres : seuls trois pays sont gouvernés par la gauche dont le Danemark, connu pour ses positions anti-migrants. « C’est une rupture dans l’histoire du Parlement européen, qui avait toujours été une institution progressiste. Mais depuis 2024 [date des dernières élections, Ndlr], on voit se former une majorité de droite et d’extrême droite sur les sujets liés à l’immigration et l’environnement. Cette alliance est néfaste pour l’UE et affaiblit sa souveraineté », fait valoir Chloé Ridel, députée PS européenne, qui a voté contre le texte, s’inquiétant des dérives trumpistes de l’institution strasbourgeoise. Le texte va maintenant faire l’objet de négociations en trilogue avec la Commission européenne et le Conseil de l’UE, avant d’être définitivement adopté.

  • Myriade d’initiatives solidaires avec Cuba

    Myriade d’initiatives solidaires avec Cuba

    Signez la pétition pour la solidarité avec Cuba ! » Sur le Vieux-Port de Marseille, les militants de 5 associations (Cuba coopération, France Cuba, le Mouvement de la paix, France Amérique Latine et Ligue des droits de l’homme) et du Parti communiste français donnent autant de la voix que les vendeurs de poissons. « Il n’y a pas plus scandaleux que ce blocus qui dure depuis trop longtemps. Le peuple cubain est actuellement étranglé », dénonce Bruno Kahlat, pour le Mouvement de la paix des Bouches-du-Rhône.

    Nicole Giraudi, présidente de l’association France Cuba Marseille 13 abonde : « Il y a une crise humanitaire à Cuba qui est liée au blocus pratiqué par les États-Unis depuis 1962 et accentué par le second mandat de Trump. » Elle a notamment dans le viseur « l’inscription du pays comme État terroriste » et les mesures de blocage supplémentaires permises par cette inscription. « Avec l’embargo, le quotidien des gens est impacté : ils ne peuvent pas répondre à leurs besoins essentiels », pointe Brigitte Cazon, pour la LDH. Tous évoquent les coupures de courant de plusieurs dizaines d’heures sur l’île, le manque de pétrole ou de denrées alimentaires… « Il y a très peu de bateaux qui passent, c’est au compte-goutte : un Russe avec du pétrole, un Chinois avec du riz… », explique Bruno Kahlat.

    D’où les initiatives du week-end. La veille, les militants associatifs étaient déjà sur le terrain avec une initiative similaire au même endroit. Le soir, le rendez-vous était à La Ciotat alors que vendredi c’était le marché de Gardanne qui était écumé. Au programme : distribution de tracts, signatures de pétition qui sera adressée aux députés européens et appel à la solidarité financière.

    « La doctrine Monroe encore plus agressive »

    Même principe dans le Var et Vaucluse où le Parti communiste français était présent en force : un rassemblement samedi à Avignon et une collecte de médicaments à Toulon, Draguignan et Cogolin. « Le but c’est d’alerter la population et interpeller, pour qu’il y ait une mobilisation ici, qui fasse pression sur notre gouvernement et que lui-même fasse pression sur Trump », martèle Brigitte Cazon. D’autant qu’entre le Venezuela et l’Iran, les interventions américaines récentes ne sont pas de nature à rassurer les militants. « La politique américaine a pris un tournant dangereux, avec un risque de retour de 50 ans en arrière pour l’Amérique latine, c’est une doctrine Monroe encore plus agressive », analyse Jean-Marie Paoli, président de France Amérique Latine Bouches-du-Rhône. Et « des drames humains comme conséquence », conclut Nicole Giraudi.

  • Myriade d’initiatives solidaires avec Cuba

    Myriade d’initiatives solidaires avec Cuba

    Signez la pétition pour la solidarité avec Cuba ! » Sur le Vieux-Port de Marseille, les militants de 5 associations (Cuba coopération, France Cuba, le Mouvement de la paix, France Amérique Latine et Ligue des droits de l’homme) et du Parti communiste français donnent autant de la voix que les vendeurs de poissons. « Il n’y a pas plus scandaleux que ce blocus qui dure depuis trop longtemps. Le peuple cubain est actuellement étranglé », dénonce Bruno Kahlat, pour le Mouvement de la paix des Bouches-du-Rhône.

    Nicole Giraudi, présidente de l’association France Cuba Marseille 13 abonde : « Il y a une crise humanitaire à Cuba qui est liée au blocus pratiqué par les États-Unis depuis 1962 et accentué par le second mandat de Trump. » Elle a notamment dans le viseur « l’inscription du pays comme État terroriste » et les mesures de blocage supplémentaires permises par cette inscription. « Avec l’embargo, le quotidien des gens est impacté : ils ne peuvent pas répondre à leurs besoins essentiels », pointe Brigitte Cazon, pour la LDH. Tous évoquent les coupures de courant de plusieurs dizaines d’heures sur l’île, le manque de pétrole ou de denrées alimentaires… « Il y a très peu de bateaux qui passent, c’est au compte-goutte : un Russe avec du pétrole, un Chinois avec du riz… », explique Bruno Kahlat.

    D’où les initiatives du week-end. La veille, les militants associatifs étaient déjà sur le terrain avec une initiative similaire au même endroit. Le soir, le rendez-vous était à La Ciotat alors que vendredi c’était le marché de Gardanne qui était écumé. Au programme : distribution de tracts, signatures de pétition qui sera adressée aux députés européens et appel à la solidarité financière.

    « La doctrine Monroe encore plus agressive »

    Même principe dans le Var et Vaucluse où le Parti communiste français était présent en force : un rassemblement samedi à Avignon et une collecte de médicaments à Toulon, Draguignan et Cogolin. « Le but c’est d’alerter la population et interpeller, pour qu’il y ait une mobilisation ici, qui fasse pression sur notre gouvernement et que lui-même fasse pression sur Trump », martèle Brigitte Cazon. D’autant qu’entre le Venezuela et l’Iran, les interventions américaines récentes ne sont pas de nature à rassurer les militants. « La politique américaine a pris un tournant dangereux, avec un risque de retour de 50 ans en arrière pour l’Amérique latine, c’est une doctrine Monroe encore plus agressive », analyse Jean-Marie Paoli, président de France Amérique Latine Bouches-du-Rhône. Et « des drames humains comme conséquence », conclut Nicole Giraudi.

  • Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Si le Rassemblement national (RN) ne réussit pas le raz-de-marée qu’il s’était fixé, force est de constater que ce dernier – et plus largement l’extrême droite – s’ancre un peu plus dans l’Hexagone. De 17 villes en 2020, il se retrouve à la tête de 62 municipalités en 2026. « Il y a aussi toutes ces villes où des listes sans étiquette l’ont emporté et on voit que certaines penchent à l’extrême droite  », analyse Sophie Mazas, avocate et membre de la LDH. L’Occitanie n’échappe pas à la règle : Agde, Bagnols-sur-Cèze, Carcassonne, toutes sont tombées dans les griffes de l’extrême droite. « Le RN profite de circonstances particulières pour être élu : soit du contexte local, comme à Agde avec les affaires judiciaires de l’ancien maire, ou du maintien des listes au second tour comme à Castres », tempère Serge Ragazzacci, secrétaire héraultais de la CGT.

    En effet, le front républicain ne sort pas grandi de ces élections. « Certaines listes n’appellent pas à faire barrage. Si on veut éviter que l’extrême droite soit élue, il faut se retirer. Ne pas le faire participe à sa banalisation », poursuit Serge Ragazzacci. Une banalisation qui témoigne également de la porosité entre la droite et l’extrême droite. À l’instar d’Agde, où le maire sortant Sébastien Frey, arrivé troisième au premier tour, s’est retiré mais sans appeler à voter contre le RN, qui s’est imposé. Une douche froide pour les progressistes agathois. « Pour certains, ce second tour a fait l’office d’une claque. Ils ont été choqués. Nous allons nous rassembler et surveiller les projets de la majorité et s’y opposer en fonction », avance Arthur Labatut (PRG). Tête de liste de gauche éliminée au premier tour, ce dernier annonce la constitution d’un collectif citoyen « sur des thématiques sociales et environnementales » fin avril.

    Tambouille politique

    D’un autre côté, l’abstention progresse fortement. Avec 42,18% au second tour, celle-ci progresse de quatre points par rapport à 2014. Inquiétant pour des élections réputées mobilisatrices. « On constate que les partis politiques n’arrivent plus à répondre aux enjeux démocratiques, aux attentes des citoyens, à débattre du fond et à apporter des solutions », se désole Sophie Mazas. Les tambouilles politiciennes participent également à cette désillusion. « Il y a une responsabilité des politiques. Cette division et ces accusations entre les partis de gauche qui durent depuis des mois et qui semblent continuer ne créent pas de dynamique positive en termes de vote. Ça obère toute discussion sur les projets et le débat ne porte pas sur les choses du quotidien. Les potentiels électeurs de gauche n’y ont pas trouvé leur compte et ne se sont pas déplacés », observe Serge Ragazzacci, regrettant que « les partis passent plus de temps à se taper dessus que sur le capital. » Pendant ce temps, les idées d’extrême droite, elles, gagnent en visibilité – notamment sur la sécurité – et participent à fracturer l’État de droit. « Le travail de sape réalisé par l’extrême droite a atteint nos institutions, notamment la justice et le fait de ne pas respecter ses décisions. Or, envisager un monde sans justice est très dangereux, il va falloir y faire face  », soutient Sophie Mazas, qui a publié une tribune en ce sens dans L’Humanité.

    Alors pour contenir la vague brune et remobiliser les déçus, le syndicaliste appelle notamment la gauche à se ressaisir des questions sociales, à retrouver des marqueurs : « Nous, on continuera à faire ce qu’on fait : former nos militants, descendre dans la rue pour lutter contre l’extrême droite. Mais il faut aussi qu’il y ait des mesures de progrès social. On ne peut pas être moralisateurs sur l’extrême droite si de l’autre côté on n’a pas d’intentions politiques d’établir la justice sociale  ». Des intentions politiques qui doivent être portées par les citoyens eux-mêmes, pour Sophie Mazas. « On appelle tout le monde à rejoindre des syndicats, des associations et à participer à cette réflexion pour repenser notre mode de fonctionnement et ensuite porter nos revendications.  »

  • La société civile appelle aussi au barrage de l’extrême droite dans le Gard

    La société civile appelle aussi au barrage de l’extrême droite dans le Gard

    Face à la percée de l’extrême droite dans l’Hérault et encore plus dans le Gard, plusieurs acteurs de la société civile sont sortis du silence cette semaine. Ils souhaitaient à la fois alerter sur les risques de l’extrême droite mais aussi appeler à la mobilisation le 22 mars pour tenter de contenir la vague brune.

    C’est par exemple le cas de l’Union départementale CGT du Gard qui a tenu un point presse le 18 mars. « Ce dimanche 15 mars, le premier tour des élections municipales a confirmé une menace sans précédent : dans de nombreuses grandes villes et communes de France comme Nice, Toulon, Marseille, mais aussi dans notre département, la droite radicalisée et l’extrême droite sont en passe de s’emparer du pouvoir au second tour. À Beaucaire et Vauvert, le Rassemblement National est déjà aux commandes. Bagnols-sur-Cèze, Nîmes et Alès pourraient basculer à leur tour. Cette situation est d’une gravité extrême », a prévenu le syndicat qui appelle à une « réaction immédiate et massive de toutes celles et ceux qui refusent de voir les ennemis de la démocratie, les adversaires des droits sociaux et des libertés syndicales, diriger nos communes ».

    La culture en danger

    La Ligue des droits
    de l’Homme Languedoc-Roussillon appelle aussi à voter « pour la démocratie, pour l’État de droit et contre l’extrême droite ». « Dans les communes qu’elle dirige, l’extrême droite nous montre son vrai visage : une régression sociale durable, de graves atteintes aux droits et libertés, une forte présence policière mais sans tranquillité publique, un délitement de notre État de droit, avec une violation réitérée des décisions de justice. Les victoires municipales servent de vitrine et de tremplin à l’extrême droite : elles banalisent ses discours, installent durablement ses réseaux et préparent ses conquêtes nationales », écrit la LDH qui appelle à des sursauts citoyens à Nîmes, Agde, Narbonne et Carcassonne notamment.

    Patrick Malavieille, vice-président du Département du Gard, délégué à la culture et à l’éducation artistique a aussi convié plusieurs acteurs de la culture gardois mercredi 18 mars pour aussi alerter sur l’impact des politiques d’extrême droite sur le monde de la création. « Après Beaucaire et Vauvert, la perspective de voir le RN prendre les mairies de Nîmes, d’Alès et de Bagnols et leurs intercommunalités, fait peser de très graves menaces sur la culture. Le schéma départemental de la culture, coconstruit avec les acteurs culturels et les collectivités partenaires, ne pourrait supporter le désengagement de ces trois grandes villes. Aujourd’hui, c’est notre devoir que d’alerter les Gardoises et les Gardois sur le devenir de la culture, de l’éducation artistique et de la place des artistes. Les élus RN au conseil départemental comme au conseil régional votent systématiquement contre les budgets culturels », explique l’ancien député.

    Autour de lui, Sylviane Manuel, directrice du Pôle national cirque Occitanie, Olivier Lataste, directeur du Cratère, Scène nationale à Alès et Clément Amouroux directeur du festival Itinérances et coordinateur de l’École Au Cinéma, ont répondu à l’appel. À distance, Émilie Peluchon, directrice de La Maison Danse d’Uzès et Antonin Beaury directeur du Périscope, ont également rejoint l’appel et confirmé les craintes du communiste. Ce point presse faisait aussi suite à l’appel de l’intersyndicale du spectacle vivant public mardi 17 mars à « empêcher l’arrivée au pouvoir des forces d’extrême droite et de droite radicalisées ».