Tag: laicité

  • Une messe pour l’Armistice à Rognac, l’opposition saisit le procureur

    Une messe pour l’Armistice à Rognac, l’opposition saisit le procureur

    La cérémonie de commémoration de l’Armistice organisée par la Mairie fait polémique au sein des élus. Envoyée par le service du protocole, l’invitation indique, entre autres : « 10h : messe à l’église Saint-Jacques. (…) Prévoir le port de l’écharpe. » Le conseiller d’opposition Stéphane Duchesne (DVD) annonce faire un signalement auprès du procureur de la République d’Aix-en-Provence, au titre de l’article L2122-34-2 du Code général des Collectivités territoriales qui dispose : « Pour les attributions qu’ils exercent au nom de l’État, le maire ainsi que les adjoints et les membres du conseil municipal (…) sont tenus à l’obligation de neutralité et au respect du principe de laïcité. » « J’estime qu’une écharpe tricolore n’a rien à faire dans une messe, réagit-il. Afficher ses opinions religieuses dans le cadre d’une cérémonie républicaine n’a pas de sens. »

    Le maire (RN) Christophe Gonzalez n’en est pas à son coup d’essai. Début octobre, il avait fait bénir une voie verte en présence du préfet Jacques Witkowski. L’extrême droite exerce une laïcité à géométrie variable. Tandis que le parti lepéniste pousse pour une interdiction du port du voile dans l’espace public, l’édile de Rognac « ancre de plus en plus la religion catholique comme étant religion communale », dénonce Stéphane Duchesne.

    Au RN, Christophe Gonzalez n’est pas le seul à jouer la provocation. À Ivry-sur-Seine, l’élu Kevin Nader, par ailleurs collaborateur d’Emmanuel Fouquart, s’était fait remarquer en juin pour avoir sorti un crucifix et entonné une prière catholique suite au rejet de sa proposition d’interdiction de tout signe religieux pour les élus locaux dans l’exercice de leurs fonctions. « Une charge peu subtile contre deux conseillères municipales qui portent le voile », selon Street Press qui relate l’épisode.

  • Climat social et politique, LEO… le préfet de Vaucluse fait le point

    Climat social et politique, LEO… le préfet de Vaucluse fait le point

    Climat social

    et maintien de l’ordre

    À l’instar d’Emmanuel Macron lundi à Marseille qui, dans un rare mea culpa, reconnaissait des erreurs dans la gestion du 17 octobre, le préfet Thierry Suquet fait aussi part de dysfonctionnements : « On a sous-estimé la conjonction entre le mouvement lycéen et étudiant, les syndicats traditionnels et l’importance du côté casseurs à l’intérieur de la manifestation alors qu’en général, ils se produisent en fin de journée. » Le 17 octobre, « on a gardé des forces de façon spécifique sur l’intra-muros pour empêcher le pillage des magasins ». Huit à dix d’entre eux « ont été attaqués, deux ont été vraiment pillés ». Quant au 24, le préfet estime avoir « toléré la présence de manifestants » cantonnés place Saint-Lazare, malgré l’absence de déclaration de manifestation dans les délais et « un arrêté d’interdiction d’attroupement et de rassemblement ». Se dirige-t-on vers un troisième samedi de revendications sous tension ? Pour l’heure, « il n’y a pas d’annonce de manifestation déclarée. On commence à avoir, sur les réseaux sociaux, des appels aux rassemblements ». Thierry Suquet n’exclut pas de prendre un nouvel arrêté « s’il y a des risques d’attroupement non maîtrisés ». Pas de menace d’interdire la manifestation syndicale du 5 novembre. « On doit discuter du parcours, les grandes organisations syndicales ont des services d’ordre, ça peut se passer dans d’excellentes conditions ».

    Point de deals en baisse, mais trafic toujours présent

    Thierry Suquet le répète à tout bout de champ : « La lutte contre le narcotrafic reste un véritable objectif » Ainsi, en 3 ans, le nombre de points de deals a été divisé par deux, passant de 36 à 16, dont 9 à Avignon et un très important à Orange, quartier Fourchevieilles. « Cela reste mouvant, dans la durée, c’est extrêmement difficile », concède-t-il. « On continue beaucoup de gêner, c’est pour ça qu’ils se reportent beaucoup sur la livraison, note Thibault de Cacqueray, directeur de cabinet du préfet. À Orange, quand on passe de 5 à 1 point de deal, c’est déjà un succès parce que l’espace public est moins occupé, les habitants ne sont plus pris en otage et ne vivent plus dans l’omerta et la crainte de règlements de comptes. »

    L’État ne veut plus piloter la LEO

    Dossier lancinant, la liaison Est-Ouest (LEO) n’est pas un dossier clôturé. Olivier Galzi, maire (DVD) d’Avignon et président du Grand Avignon, a poussé dès avril pour que l’État n’enterre pas définitivement le projet de phase 2 (Rognonas-Amandier), même si les crédits initiaux ont été fléchés ailleurs. « Le ministre des Transports nous a demandé de travailler avec les équipes du Grand Avignon et les collectivités locales concernées sur ce que pourrait être la LEO de demain », pose Thierry Suquet. Mais, comme nous l’indiquions début septembre, avec un changement de taille : l’État ne souhaite plus assurer la maîtrise d’ouvrage. « Aujourd’hui, l’État ne fait plus de routes, on a d’autres priorités sur le développement autoroutier ou les Jeux olympiques, donc si vous voulez que ça avance plus vite, prenez la maîtrise d’ouvrage, fait valoir le préfet. Cela ne signifie pas nécessairement qu’on mettra moins d’argent, mais nos moyens d’ingénierie n’iront pas sur la LEO. » D’après le préfet, « les collectivités ont ouvert la porte » pour piloter le dossier. Enfin, plutôt le Grand Avignon que le Département.

    Climat politique tendu et polarisé RN/LFI

    « Tout le monde politique bruisse du risque que représenterait un affrontement LFI/RN au second tour de la présidentielle, mais ça, c’est le quotidien du Vaucluse », constate le préfet, qui note un climat global « tendu puisque le département est quasiment dans un face-à-face entre un RN omniprésent et Raphaël Arnault et LFI à Avignon, qui ont fait de l’antifa leur combat principal. On a une espèce de crispation dans laquelle on cherche un affrontement bloc contre bloc qui va contre la sérénité d’un débat public sain, je résisterai à l’ensemble des pressions qui sont destinées à faire taire le débat ». C’est notamment en sens que Thierry Suquet est intervenu dans l’affaire opposant Julien Aubert et le théâtre du Rouge-Gorge, « parce que les pressions étaient contraires à la liberté d’expression et au débat démocratique ». À inverse, « j’ai eu plusieurs fois des demandes de maires RN me demandant d’interdire les manifestations organisées par Raphaël Arnault, je n’ai jamais accepté ».

  • Toulon : l’imposture de l’extrême droite se confirme en conseil municipal

    Toulon : l’imposture de l’extrême droite se confirme en conseil municipal

    Le parfois sinistre comique-troupier de l’extrême droite toulonnaise s’est une nouvelle fois mis en scène sur les « planches » du conseil municipal, alternant gravité feinte et blagues de sale gosse provocateur qu’il revendique. Convoquant ses talents d’acteur de studio, Amaury Navarranne a lancé sa première charge contre la gauche qui, selon lui, n’aurait pas suffisamment condamné les violences survenues en marge de la manifestation du 17 octobre. Des propos outranciers et mensongers qui méritent réponse, même si le camp progressiste n’est hélas plus représenté dans cette assemblée.

    Sans prévention

    Un camp, ajoute-t-il, « toujours à même de donner de grandes leçons et parfois même à se retirer aux élections pour faire barrage », en parlant de « grande abjection »… Il interpelle ensuite directement la maire de Toulon, Josée Massi : « Il est une honte de continuer à faire semblant que le soutien de ces formations politiques, qui a été bénéfique pour vous… ». Puis : « Je crois qu’aujourd’hui, il serait important de clarifier les positions, on ne peut pas se satisfaire du soutien de gens qui n’ont de mots suffisamment forts pour dénoncer l’inacceptable. »

    Dénoncer l’inacceptable ? Comme lorsque ce même élu, qui s’élève au rang de défenseur de l’ordre et la sécurité, paradait aux côtés d’Yvan Benedetti lors de l’hommage rendu, le 28 août dernier à Toulon, au général félon et séditieux Raoul Salan, ancien chef de l’OAS, l’organisation clandestine qui tenta d’assassiner le général de Gaulle ? Pour mémoire, l’infréquentable Benedetti se déclarait, en 2011, « antisioniste, antisémite, anti-juif ».

    Même si, comme lui a répondu la première magistrate, « le conseil municipal n’est pas une tribune politique », il est toujours bon de rappeler d’où on parle.

    À l’occasion d’une délibération portant sur la demande de soutien financier au Département, au titre du Fonds d’initiative cantonale, d’un montant de 560 000 euros pour deux opérations de désimperméabilisation et de végétalisation des cours des groupes scolaires Brusquet et Jean-Aicard, le conseiller municipal frontiste a redemandé la parole, pour ne rien dire. Si ce n’est affirmer que « le conseil départemental n’est pas un tiroir-caisse ». Mais aussi pour tenter de jeter quelque peu la suspicion en pointant que les établissements concernés, cette année, sont dans le canton de Josée Massi. L’occasion pour cette dernière d’énumérer les écoles ayant déjà bénéficié de ces investissements publics dans les autres cantons.

    Lors du vote sur l’attribution de subventions à des associations intervenant dans le domaine, hautement stratégique, de la prévention de la délinquance, le RN s’est encore distingué en s’abstenant. Au prétexte dixit Amaury Navarranne que « [son] unité de mesure, c’est le nerf optique ».

    De bien curieux stratèges qui prônent la sécurité tout en refusant d’agir en amont, avant même que l’ordre public ne soit troublé. À moins que ce ne soit finalement le chaos qu’ils recherchent.

    ET AUSSI

    Un Ravi de la crèche multirécidiviste

    Le conseiller municipal d’opposition RN, Amaury Navarranne, est revenu comme chaque année, au mépris de la laïcité, demander l’installation d’une crèche dans le hall de la mairie. Il en a profité pour traiter l’ancien conseiller municipal communiste André De Ubeda, qui n’est plus dans l’assemblée pour lui répondre vertement lorsqu’il dérapait, d’« yatollah de la laïcardisation ». « Jésus l’aimait aussi, lui », ajoute-t-il pour faire rire l’auditoire.

    Et la maire de lui répondre : « Comme chaque année, je vais vous dire qu’on sera toujours pour le respect de la laïcité. »

    Logements sociaux

    Le conseil municipal a approuvé une participation financière de la Ville de Toulon pour un montant de 165 000 euros à la société d’HLM 1 001 vies, qui réalise pour une opération de production de 11 logements sociaux au 90 boulevard Tessé en mode acquisition-réhabilitation.

    « Dans l’attente de la signature du Contrat de Mixité Sociale 2026-2028, la Commune poursuit sa politique de soutien à la production de logements sociaux afin de répondre aux besoins du territoire en accompagnant financièrement les bailleurs sociaux porteurs de projets », a expliqué l’adjoint Serge Lhôtellier. Et de poursuivre : « Tous ces financements nous rapprochent chaque fois un peu plus de la sortie de la carence. »

    Une leçon sur Napoléon

    Quand on ne joue pas les pompiers pyromanes, les pitres de services ou les climatosceptiques, aux côtés des conseillers municipaux RN, on essaie coûte que coûte d’occuper le terrain de la prise de parole. Robin Cloedt s’est donc cru obligé de donner à l’auditoire un peu gêné un long cours sur Napoléon Bonaparte à l’occasion d’une prochaine exposition au Musée d’art de Toulon dédiée aux dessins réalisés pendant la campagne d’Égypte. Et d’appeler « à l’exaltation du génie français ».

    Consternant, non ?

  • Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Le long-métrage retrace les jours ayant précédé l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty en octobre 2020. Initiée par la Région, cette séance s’inscrit dans une « démarche de démocratisation culturelle et de sensibilisation des jeunes aux enjeux citoyens ». Une masterclass avec le réalisateur est prévue à l’issue de la projection afin d’échanger autour de la liberté d’expression, de la laïcité et du respect de l’autre.

  • Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Le 16 octobre 2020, le professeur d’histoire géographie Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste, non loin de son établissement à Conflans-Sainte-Honorine. Le Département des Bouches-du-Rhône a organisé ce lundi une projection de L’abandon, fiction documentée qui retrace les derniers jours de l’enseignant, signée Vincent Garenq, présentée hors compétition lors du Festival de Cannes 2026. « C’est important d’avoir des professeurs qui s’engagent pour le respect de la liberté » a souligné la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, en ouverture de la séance. « Cette semaine est un temps d’hommage aux deux grands serviteurs de la République Samuel Paty et Dominique Bernard » a appuyé Bruno Martin, secrétaire général de l’académie.

    300 élèves de 3e venus d’établissements divers, ainsi que leurs professeurs, se sont rassemblés au cinéma de la Joliette à Marseille, pour une séance autour de la laïcité et de la liberté d’expression.

    Rétablir les faits et tirer des enseignements

    « Peu d’élèves connaissaient réellement l’histoire de Samuel Paty », a observé Marion de Blaÿ, productrice du film L’abandon. Ce constat a d’abord motivé la création du film, puis sa diffusion auprès des publics scolaires. Un travail a été engagé avec des professeurs pour construire un dossier pédagogique visant à faciliter le travail avec les collégiens en amont. Après la projection, les collégiens ont questionné l’acteur principal du film, Antoine Reinartz, et sa productrice, Marion de Blaÿ. Une partie des interrogations ont porté sur la façon dont l’acteur s’est emparé du rôle : « Quel était votre ressenti en jouant Samuel Paty ? », « Comment avez-vous travaillé le rôle ? » « Avez-vous rencontré les élèves de monsieur Paty ? » D’autres élèves ont questionné l’équipe sur la réalisation du film : « Est-ce que vous avez présenté les faits réels ? », « Comment avez-vous trouvé toutes vos informations ? » « Vous avez fait vous-même votre enquête ? »

    Marie Delouze, déléguée académique à l’éducation artistique et à l’action culturelle du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, a tiré un bilan très positif de cette médiation. « C’est un travail très utile, on a beaucoup de témoignages d’élèves qui ne savaient pas exactement ce qu’il y avait derrière la minute de silence annuelle en hommage au professeur », a-t-elle ajouté, estimant que le film « incarne cette minute de silence ». « C’est une œuvre d’utilité publique », a-t-elle conclu.

  • Le maire RN de Rognac joue la provocation en bénissant un équipement public

    Le maire RN de Rognac joue la provocation en bénissant un équipement public

    L’extrême droite provoque. Ce samedi 3 octobre, la mairie RN de Rognac inaugurait sa nouvelle voie verte, rue Lamartine. Le lendemain, La Provence rapporte que l’édile, Christophe Gonzalez, a « procédé à la bénédiction de l’ensemble du parc avec le prêtre de la commune, le père Martin Savy ».

    « C’est inadmissible, réagit le conseiller municipal d’opposition, Stéphane Duchesne (DVD). Il y a deux choses que je trouve lamentables : qu’un élu de la République se permette ça sous couvert de la tradition, sous les yeux attentifs du préfet, et d’être le seul que ça choque. »

    Stéphane Duchesne annonce avoir envoyé un signalement au procureur de la République d’Aix-en-Provence, au titre de l’article L2122-34-2 du Code général des Collectivités territoriales, qui dispose : « Pour les attributions qu’ils exercent au nom de l’État, le maire ainsi que les adjoints et les membres du conseil municipal agissant par délégation du maire dans les conditions fixées à l’article L. 2122-18 sont tenus à l’obligation de neutralité et au respect du principe de laïcité. »

    Flou juridique

    Cette neutralité est imposée aux élus « dans l’exercice de leurs fonctions d’agents publics, mais pas forcément à l’occasion d’actes politiques ou d’inaugurations de mon point de vue », commente William Benessiano, maître de conférences en droit public, spécialiste de la laïcité et des institutions publiques, qui précise que son analyse « ne préjuge pas d’une prise de position de la justice ».

    « Qu’un élu puisse participer en tant qu’élu à une cérémonie religieuse, ça ne pose pas de problème au niveau du droit », poursuit-il. D’autant que l’inauguration n’a pas eu lieu « dans un bâtiment qui abrite un service public, mais dans l’espace public ». William Benessiano soulève tout de même une limite : « La loi du 22 décembre 2025 impose aux élus d’exercer leurs fonctions dans le respect d’un certain nombre de principes et notamment celui de laïcité. » Avec une question : la laïcité implique-t-elle nécessairement la neutralité ? Jusqu’ici, la jurisprudence était constante : cette obligation des agents publics ne s’étendait pas aux élus. Mais le 18 mars dernier, le tribunal administratif de Dijon a refusé de suspendre une délibération d’un conseil municipal qui interdisait le port de signes religieux par les élus.

    « Juridiquement, on est entre deux eaux, mais au regard de la complexité de ces questions aujourd’hui et du financement public de cet équipement, qui est censé être accessible à tous et qui n’a pas de dimension religieuse ou cultuelle, c’est critiquable. »

  • La présidente de la Libre pensée menacée de mort par courrier

    La présidente de la Libre pensée menacée de mort par courrier

    « VIEILLE SALOPE ON VA TE CREVER ». Voici le message, accompagné de multiples croix, reçu par courrier fin août par la présidente de la fédération vauclusienne de la Libre pensée. Une menace de mort qui a aussitôt fait l’objet d’un dépôt de plainte annonce, dans un communiqué ce jeudi, l’association.

    Un courrier qui ne tombe pas du ciel et fait suite à la polémique née lors du 15 août. La Libre pensée, mais aussi la Ligue des droits de l’homme, avaient saisi le préfet pour atteinte à la laïcité suite à la publication sur les réseaux sociaux de messages prosélytes des maires RN d’Orange et Bédarrides à l’occasion de l’Assomption. Depuis, le parti d’extrême droite à coups de communiqué ou réactions des maires de Bédarrides ou Monteux – ce dernier intimant la Libre pensée à « rentrer chez vous et fuir la Provence » – a jeté l’anathème sur ces associations (notre édition du 2 septembre).

    Les associations visées s’étaient déjà défendues avec des mises au point historiques étayées. Mais là, « un nouveau cap est franchi, il est plus que temps que les autorités de l’État prennent la mesure du climat de violence qui se développe dans notre département à l’encontre des défenseurs de la loi de 1905 », dénonce la Libre pensée, espérant que l’auteur du courrier « soit poursuivi sous peine que passent à l’acte ceux qui menacent de mort les défenseurs de la liberté de conscience ».

    Mais la Libre pensée en veut surtout au « silence assourdissant du Préfet, représentant de l’État et du gouvernement, chargé de veiller à l’application des lois qui ne saurait être à géométrie variable ». La préfecture avait répondu à La Marseillaise ne pas vouloir s’exprimer sur le sujet. « Pourquoi aucune réaction aux propos séparatistes et identitaires… ? », questionne l’association.

  • Le RN les jette en pâture, la LDH et la Libre pensée répliquent

    Le RN les jette en pâture, la LDH et la Libre pensée répliquent

    La polémique n’en finit plus. Lors du 15 août, jour férié consacré à l’Assomption, les maires RN d’Orange et Bédarrides se sont livrés à des messages trop prosélytes aux yeux de la Ligue des droits de l’homme et de la Libre pensée (notre édition du 27 août). Les deux associations ont alors saisi le préfet, intimant au respect de la loi de 1905 sur la laïcité. Préfecture qui, contactée, « ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet ». Un sujet dans lequel l’extrême droite s’est engouffrée où, plutôt que de s’interroger sur le respect de loi, a préféré jeter en pâture les associations avec un tombereau « de réactions outrancières dans des termes parfois inacceptables », déplore la LDH.

    Ainsi, pêle-mêle, les associations seraient « de gauche et christianophobes » pour Guillaume Taddio, maire de Bédarrides, son confrère RN de Monteux, Patrice de Camaret, intime carrément la Libre pensée à « retournez chez vous et fuyez notre Provence », revendiquant de « chanter les Noël du Père Saboly, le “minuit chrétien“ ». Pour le RN vauclusien, « la Libre pensée est un groupuscule d’extrême gauche, compagnon de route de la France insoumise ».

    L’histoire œcuménique

    de la Provence

    Dans deux étoffés communiqués distincts, la LDH et la Libre pensée se livrent à une mise au point. « La LDH n’est ni antireligieuse, ni “christianophobe“, répond-elle. Un maire peut adresser des vœux aux communautés religieuses, à condition de respecter la neutralité entre les cultes et de leur accorder une égale considération. Ce qui pose question, c’est de faire d’un héritage religieux particulier le marqueur de l’identité d’une commune. » Et de faire remarquer à l’édile de Monteux que l’histoire de la Provence « ne se résume pas à la tradition chrétienne ». C’est « aussi celle des communautés juives du Comtat Venaissin, de l’histoire protestante dans plusieurs territoires provençaux et des liens anciens avec le monde musulman, dès le Moyen Âge », expose la LDH en concluant que « la Provence appartient à tous : son histoire est plurielle, ses traditions sont diverses et nul ne peut en revendiquer l’exclusivité ».

    Tonalité plus vive à la Libre pensée, dénonçant des « propos pitoyables » du RN qui avait tancé son « indignation à géométrie variable » car l’association n’avait rien dit quand la Ville de Cavaillon avait prêté un terrain à une association musulmane. « Loi et jurisprudence sur la mise à disposition de salles et terrains municipaux aux associations religieuses ou autres, aux partis et syndicats », répond la Libre pensée qui, comme la LDH, met en avant l’histoire œcuménique du pays et s’alarme d’une « inquiétante prétention à juger qui fait partie de l’histoire de France, à ne voir l’histoire qu’aux prismes étroits de ses convictions religieuses et politiques ».

  • Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Qu’il semble loin le temps où l’État endossait son rôle de défenseur de la laïcité. Avec les arrivées au pouvoir de Robert Ménard à Béziers et de Julien Sanchez à Beaucaire en 2014, la loi de 1905 qui consacre la séparation des Églises et de l’État a vite été piétinée par l’extrême droite. Laquelle se sert de la religion catholique comme un outil idéologique d’exclusion et de repli identitaire.

    Les premières années, même si elles avaient parfois besoin d’être alertées par les associations, les préfectures du Gard et de l’Hérault contre-attaquaient face à l’installation en mairie de crèches de la nativité. Avec succès d’ailleurs, le prosélytisme des maires d’extrême droite ayant été sanctionné à maintes reprises. Et puis, plus rien ou presque.

    Dans l’Hérault, pas un préfet n’a jugé utile d’engager de recours contre la crèche illégale de Robert Ménard depuis le 8 décembre 2017. Même tendance dans le Gard quand bien même 2022 a fait figure d’exception sous la pression associative. Voilà bientôt une décennie que si la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ou la Libre Pensée n’agissaient pas régulièrement contre cette violation manifeste d’un principe essentiel de la République française, personne ne trouverait à y redire.

    La préfète dans son droit

    Ce mutisme devenu la norme représente, face à la transgression de la loi de 1905, une forme de renonciation de la part de l’État. On peut même aller plus loin. Et voir dans la présence régulière des préfets à la messe d’ouverture de la Feria de Béziers (en rien une « tradition » puisqu’elle a été inventée par Robert Ménard en 2014 avec la procession de la Vierge), un signe d’approbation.

    Au cours de l’édition 2026 de la Feria, le discours trumpiste de Robert Ménard en a scandalisé plus d’un. Mais il n’a suscité aucune réaction de la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, alors même que l’image des femmes et des valeurs républicaines telles que la fraternité ont été malmenées par l’édile d’extrême droite.

    Rappelant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2 de la loi de 1905 sur la laïcité), la Libre Pensée a écrit à la préfète pour lui demander deux précisions. Premièrement : le financement municipal du char de la Vierge, emblème religieux par excellence, ne constitue-t-il pas une violation manifeste de la loi ? Deuxièmement : la présence à une cérémonie religieuse d’élus municipaux ceints de leurs écharpes tricolores ainsi que de Chantal Mauchet elle-même en sa qualité de préfète, n’est-elle pas une autre entorse au principe de laïcité ?

    À la première question, la préfecture de l’Hérault donne sa lecture de la jurisprudence. À savoir que « la seule représentation d’un symbole appartenant à une tradition religieuse ne permet pas, à elle seule, de qualifier la dépense de subvention cultuelle. Une telle appréciation suppose d’examiner la destination de l’œuvre ou de l’équipement, son contexte d’utilisation, sa fonction au sein de la manifestation, ainsi que ses éventuelles dimensions artistique, culturelle, patrimoniale ou festive. » Ce à quoi la Libre Pensée s’étonne. « Il nous semble difficilement contestable qu’une représentation de la Vierge Marie dans le cadre d’une procession un 15 août intitulée “défilé de la Vierge” puisse avoir le moindre caractère culturel indépendant du culte de la Sainte Vierge. »

    Sur le fait que les élus sont soumis à « une forme de réserve lorsqu’ils représentent la collectivité publique » (article L. 1111-13 du Code général des collectivités territoriales, CGCT) ou que l’usage de l’écharpe tricolore se limite aux « cérémonies publiques », (…) « fonctions d’officier d’état civil et d’officier de police judiciaire » (article D. 2122-4 du CGCT), Chantal Mauchet précise. « La présence d’un maire à une cérémonie religieuse ne saurait être regardée comme constituant une méconnaissance du principe de laïcité. Dans le contexte d’une fête locale, cette présence peut relever des fonctions de représentation de l’élu et de sa participation à la vie institutionnelle, culturelle et traditionnelle de la commune. »

    Même raisonnement pour les préfets. « Il convient de distinguer la présence institutionnelle à une cérémonie cultuelle de l’accomplissement personnel d’actes relevant du culte : la présence d’un représentant de l’État à une messe ne permet pas de caractériser une méconnaissance du principe de neutralité ». Interrogée par La Marseillaise, la préfecture ajoute que le préfet « n’a pas une interdiction absolue de participer à des offices religieux dans le cadre de l’exercice de ses fonctions, dès lors qu’il s’abstient d’y participer activement ».

    La Libre Pensée, elle, déplore « l’absence de mesure qui encadre strictement la participation des préfets » aux cérémonies religieuses. Quoi qu’il en soit, les préfets sont désormais plus enclins à assister à la messe d’une fête populaire qu’à attaquer une crèche religieuse en mairie reconnue maintes fois illégale.

  • Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Lors des jours fériés, bon nombre de responsables d’exécutifs s’en font l’écho sur les réseaux sociaux. Même lorsque ces jours sont liés à des fêtes religieuses. Le 15 août, jour de l’Assomption, plusieurs maires vauclusiens en ont fait mention. Comme le maire RN de Morières, Grégoire Souque, voire celui (DVG) de Bollène, Anthony Zilio. Mais de manière assez neutre, adressant une sorte de pensée républicaine aux catholiques.

    En revanche, les maires RN d’Orange et de Bédarrides ont développé un message plus prosélyte aux yeux de la Ligue des droits de l’Homme et de la Libre pensée. Les deux associations ont adressé un courrier au préfet *. La Libre pensée demande à Thierry Suquet de bien « vouloir rappeler » à Jean-Dominique Artaud (Orange) et Guillaume Taddio (Bédarrides) « leur obligation de respecter la loi de 1905 et, en conséquence, de retirer le message qu’ils ont publié ». « La République ne reconnaissant aucun culte, elle n’en privilégie donc aucun de quelque manière que ce soit », rappelle La libre pensée.

    Le maire d’Orange parle ainsi d’un « héritage chrétien qui a profondément façonné la France » évoquant « nos processions, nos églises, nos fêtes et nos traditions », quand le maire de Bédarrides souligne une « une fête qui occupe une place particulière dans notre patrimoine et nos traditions ». « Ces formulations peuvent donner le sentiment que ces deux maires associent l’identité de la commune à une référence religieuse particulière », juge la LDH rappelant qu’une « collectivité territoriale s’adresse à l’ensemble de ses administrés, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques : sa communication doit respecter les exigences de neutralité qui s’attachent à l’action publique ».

    Une « polémique » qui « emmerde » Guillaume Taddio. Sur Ici Vaucluse, le maire s’érige contre « une conception de la laïcité qui consiste à effacer notre histoire et notre tradition ». Et de remettre en cause la neutralité de la LDH se demandant si elle agirait de la sorte s’il « faisait le même genre de post avec l’Aïd », accusant la LDH d’être « de gauche et christianophobe » et finissant par dire qu’il ne publiera rien sur les fêtes juives ou musulmanes car pas liées à l’histoire de France. La LDH réclame « une égale considération des religions ».

    * Sollicitée, « la préfecture
    ne souhaite pas s’exprimer
    sur ce sujet
     ».