Tag: La Marseillaise Week-end

  • [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    Vingt-trois mars 1920. Le match opposant les Newton au Stone Hills Ladies s’annonce légendaire avec 60 000 spectateurs dans le stade de Liverpool. Il est l’aboutissement de l’enthousiasme né dans les années précédents autour du football féminin, symbole de l’émancipation des femmes par le sport dans l’Angleterre de l’après Première Guerre mondiale mais aussi de l’importance alors du mouvement ouvrier dans ce sport au départ aristocratique. Tout commence dans le Royaume-Uni de 1915 quand Katie, Linda et Emily se sont substituées dans l’usine aux hommes sur le front en France. Elles les ont remplacés au point de jouer comme eux au football durant les pauses, et même d’y jouer très bien. Julie Billault et Sébastien Piquet racontent comment de simple passe-temps, le football va devenir leur activité principale, leur notoriété se développant match après match, d’abord pour soutenir l’effort de guerre, puis les grévistes de l’après-guerre. Mais le retour de bâton sera violent : les hommes étant de retour et la fièvre révolutionnaire inquiétant le pouvoir, les autorités décident en 1921 un « ban » qui interdit aux femmes de pratiquer le football ainsi que toute compétition féminine. Une interdiction qui perdurera jusqu’en 1971. Pourtant, ces sportives féministes vont réussir à contourner ces interdictions via des tournées à l’étranger. Une superbe fiction inspirée de faits réels indispensables pour les amateurs éclairés de football.

    L’affaire des hommes disparus

    À la croisée du Club des cinq et de la culture Pulp, bienvenue à Hobtown, village de 2 006 habitants situé en Nouvelle-Écosse, au Canada anglophone, où Kris Bertin et Alexander Forbes situent leur triptyque Les mystères de Hobtown dont voici le premier volume. Car oui, il s’en passe des événements étranges à Hobtown, heureusement le club de détectives des lycéens est là pour mener l’enquête sur d’étranges disparitions et découvrir que même dans un petit bourg les faux-semblants sont nombreux. Une BD aussi palpitante que pleine de charme et de rebondissements.

    Chez Delcourt, 29,95€

    Matisse, le rêve absolu

    Jörg Mailliet et Julie Birmant évoquent à travers un graphisme inspiré un large pan de l’existence du peintre, de ses débuts difficiles jusqu’à la reconnaissance internationale à près de 40 ans, mais aussi de sa vie privée tiraillée entre son épouse et son modèle russe Lydia. Matisse y est peint comme un artiste en plein doute, rongé par l’angoisse et cherchant en permanence à explorer de nouvelles voies jusqu’à devenir un maître incontesté de l’art du XXe siècle sur lequel le Grand Palais à Paris organise une exposition-évènement jusqu’au 2 août.

    Chez Les Arènes BD, 24€

    Du pied gauche

    Dessinateur de presse originaire de la Drôme, Lara a suivi les élections présidentielles à gauche mais aussi la campagne des législatives après la dissolution qui aboutira à la constitution du Nouveau Front populaire. Mêlant aux espoirs et désillusions politiques de cet homme de gauche les drames familiaux qui le touchent, il livre une excellente chronique de la vie politique et de la gauche qui ne parvient plus à s’entendre. Un regard informé sur tout le spectre allant des écologistes à LFI en passant par les communistes et les socialistes.

    Chez Charivari, 21,50€

    Marcel Bascoulard

    Clochard magnifique et artiste de génie, marginal et travesti, Marcel Bascoulard a marqué la ville de Bourges jusqu’à son sordide assassinat crapuleux en 1978. Frantz Duchazeau rend un magnifique hommage en noir et blanc à ce virtuose du dessin, permettant de le redécouvrir ou tout simplement de le découvrir. Une belle biographie de cet artiste inclassable qui avait décidé de vivre et produire selon ses propres lois, pourtant soutenu par certains commerçants chez qui il échangeait des dessins contre de la nourriture.

    Chez Sarbacane, 25€

    Chagrin

    Rodolphe et Griffo s’inspirent du célébrissime « La peau de chagrin » d’Honoré de Balzac pour plonger leur lecteur dans le Paris des romantiques de ce début du XIXe siècle où aurait vécu le héros qui aurait inspiré le roman. Raphaël de Valentin, un jeune noble ruiné erre en quête d’un peu d’amour, de bonheur et d’argent ! Au bord du suicide, il entre dans une boutique d’antiquités, espérant y trouver quelque chose susceptible de le distraire. Un vieil homme mystérieux, lui montre un objet étrange : une peau… Et tout ira mieux. Ou pas !

    Chez Delcourt, 24€

    Woodstock 69

    Sous-titrée « Le concert du siècle », cette BD de José Luis Munuera et Kid Toussaint en met plein les yeux et plein les oreilles si on suit la bande-son de ce concert de légende de 1969. Il n’a d’ailleurs pas eu lieu à Woodstock, mais à Bethel, à 100 kilomètres de là. Rien n’était prêt pour la marée humaine qui y déferle : pénurie de nourriture et d’eau, toilettes impraticables, pluies diluviennes, état d’urgence déclaré… Et pourtant ce fut un festival qui marqua l’histoire pour un demi-million de jeunes. Voici l’odyssée de quelques-uns d’entre eux.

    Chez Le Lombard, 21,95€

  • [Chronique des invisibles] Commencer à voir autrement

    [Chronique des invisibles] Commencer à voir autrement

    Ce n’est pas un simple vendeur de lunettes. Ce raccourci, si courant, fait sourire Nikita, opticien depuis dix ans. Lui sait qu’entre un visage et une paire de verres, il y a tout un monde : celui de la précision, de la patience, du savoir-faire.

    Son métier commence bien avant l’achat. Il écoute, observe, mesure, ajuste. Le regard, c’est une mécanique délicate : il faut comprendre les besoins visuels, mais aussi la personnalité de celui qui portera la monture.

    Les chiffres d’une ordonnance ne suffisent pas ; il faut deviner ce que les yeux disent de plus intime.

    L’opticien manipule la lumière, la matière et l’esthétique. Il connaît les verres comme un luthier connaît ses cordes : avec respect et exigence.

    Il veille à ce que la monture épouse le visage, que le poids se répartisse sans douleur, que le champ visuel reste limpide. Derrière le geste apparemment banal de glisser des lunettes sur un nez se cache une véritable orchestration de science et d’artisanat.

    Nikita aime son métier jusqu’à l’enseigner deux jours par semaine à Marseille.

    Il réconcilie l’œil et le monde, corrige les flous, apaise les gênes. Mais il fait davantage : il aide à se retrouver soi-même.

    Une monture bien choisie, c’est un visage qui assume, un regard qui s’ouvre, une identité qui s’affirme.

    Peu de gens imaginent tout ce qui se joue dans ce petit espace lumineux de la boutique : la machine qui taille les verres au quart de millimètre, les ajustements répétés, les essais, les échanges sur la couleur, la forme, l’équilibre. Tout cela pour que, un matin, un client lève les yeux et voie enfin distinctement la rame du tramway, le détail d’un nuage ou le sourire lointain d’un proche.

    « Être opticien, explique Nikita, c’est offrir à chacun sa mise au point. »

    Et parfois, à force d’aider les autres à mieux voir, il se plaît à penser que son métier enseigne plus encore : que la clarté du monde dépend aussi du regard que nous portons sur lui. Car apprendre à bien voir, c’est déjà commencer à voir autrement.

  • [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    La Marseillaise : Vous participez à la mission Martian Moons Exploration (MMX) qui devrait partir cette année. Quel est l’objectif ?

    Harrison Agrusa : Le but principal est d’étudier comment se sont formées les deux lunes de Mars : Phobos et Déimos. Elles restent très peu explorées. Certaines missions martiennes sont passées à proximité et ont offert de belles images. Mais c’est tout ce que nous avons. Aucune mission n’a jamais été lancée spécialement pour les étudier. MMX est la première.

    Comment se seraient-elles formées ?

    H.A. : Il pourrait s’agir d’astéroïdes « capturés » par Mars : alors qu’ils passaient à proximité, la planète les aurait attirés suffisamment pour les faire entrer en orbite autour d’elle. Je n’y crois pas. Il est peu probable que deux astéroïdes capturés au hasard aient des orbites circulaires et dans le même plan comme Phobos et Déimos. Il est plus probable qu’elles se soient formées à partir d’un disque de débris rocheux issus d’un impact avec Mars.

    La dislocation de Phobos simulée dans votre étude pourrait générer un nouveau disque de débris
    à partir duquel elle pourrait se reformer…

    H.A. : Tout à fait. Il pourrait s’agir d’un phénomène cyclique. Phobos serait alors une énième génération de lune. Mais chaque génération serait plus petite que la précédente en raison d’une perte de matière à chaque fois. Il arriverait un moment où la lune serait si petite que les forces de marée exercées par Mars deviendraient trop faibles, la réduction de l’orbite trop lente et les dislocations successives s’arrêteraient.

  • [Sciences] Comment Mars va perdre une de ses lunes

    [Sciences] Comment Mars va perdre une de ses lunes

    Le cas de Phobos est sans espoir. Ses jours sont comptés. En effet, la manière avec laquelle la plus grosse lune de Mars orbite autour de la planète rouge fait que celle-ci l’attire inexorablement. Phobos finira pas s’y écraser ou par être disloquée par les forces de marée exercées par la planète. « La question qui subsiste est quand et comment cette fin aura lieu », souligne Harrison Agrusa, post-doctorant du Centre national d’études spatiales au Laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d’Azur. Avec son collègue Patrick Michel, du même laboratoire, il montre dans un article d’Astronomy & Astrophysics que cette fin pourrait intervenir plus tôt que prévu : dès que son orbite aura atteint 7 500 kilomètres (km) par rapport au centre de Mars, soit 2,2 rayons martiens, contre 9 000 km aujourd’hui. Les précédentes études envisageaient plutôt ce destin fatal vers 1,6 rayon martien.

    Mais ce n’est pas tout : la destruction pourrait ne pas se produire exactement comme les modèles le prédisaient. « Ils misaient principalement sur les forces de marée », résume Harrison Agrusa. La lune finirait par se disloquer sous l’effet des déformations provoquées par l’attraction de Mars. Mais Phobos pourrait bien s’autodétruire : à une certaine distance de Mars, les forces qui s’exercent sur la lune permettraient à des roches de s’échapper. Elles s’éloigneraient alors de Phobos tout en restant sur la même orbite et finiraient un jour par la recroiser et l’impacter, éjectant de nouveaux rochers. « Cela créerait un effet en cascade entraînant la destruction de Phobos par elle-même », décrit le chercheur.

    Amas de roches

    Ce nouveau destin probable de Phobos est le fruit de nouvelles simulations numériques prenant en compte ce que l’on a appris des missions spatiales vers des astéroïdes : ceux-ci ne sont pas faits d’un seul bloc monolithique mais d’un amas de rochers sans grande cohésion. « Ces vingt dernières années, il y a eu un renversement dans la manière de voir les astéroïdes, admet Harrison Agrusa. Nous nous sommes rendu compte qu’ils étaient moins solides que nous le pensions. »

    Mais Phobos est un satellite naturel, comme notre Lune. Pourquoi aurait-il une structure semblable à celle d’un astéroïde ? « Il s’est probablement formé à partir d’un anneau de petits rochers gravitant autour de Mars, explique Harrison Agrusa. Dans ce cas, je ne vois pas pourquoi il formerait un bloc solide et monolithique. »

    Pour trancher, il faudra attendre la mission japonaise Martian Moons Exploration dont le départ est prévu cette année. En allant observer Phobos, elle offrira des images d’une résolution inégalée et des mesures inédites. Il est même prévu qu’un robot s’y pose. Le scénario de la mort de Phobos se précisera alors. Dans tous les cas, nous ne serons pas là pour l’observer : elle ne devrait pas intervenir avant 20 à 80 millions d’années.

    REPÈRES

    Phobos

    C’est le plus grand des deux satellites naturels de Mars –l’autre s’appelle Déimos. Son orbite est sub-synchrone : il met moins de temps à faire le tour de Mars (7h39) qu’il n’en faut à Mars pour faire un tour sur elle-même (24h36). Résultat : Phobos se rapproche inexorablement de Mars.

    Limite de Roche

    C’est la distance théorique en dessous de laquelle un satellite naturel commencerait à se disloquer sous l’action des forces de marée causées par la planète autour de laquelle il orbite.

    MMX

    La mission japonaise « Martian Moons Exploration » enverra cette année une sonde vers les deux lunes de Mars pour faire des mesures de gravité, de topographie et de compositions minéralogique et élémentaire. Un rover franco-allemand -Idefix- se posera sur Phobos pour réaliser des mesures. Des échantillons seront prélevés et ramenés sur Terre en 2031.

  • Avec les beaux jours, les serpents reviennent

    Avec les beaux jours, les serpents reviennent

    Qui dit retour du soleil, des chaudes journées et du printemps dit retour des serpents dans la nature ou parfois dans votre jardin. À ce titre, le Conservatoire des espaces naturels de la région (CEN Paca) donnes de nombreux conseils allant des réflexes à adopter chez soi aux bonnes pratiques d’observations en milieu naturel, cela s’inscrivant dans le cadre du dispositif « SOS Serpents » qui, sur la base du volontariat et bénévolat permet d’obtenir des conseils gratuits en cas de découverte d’un serpent au sein de son domicile. Ainsi, plusieurs associations dans le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence y participent et proposent une permanence téléphonique.

    En cas de présence de ce genre de visiteurs, le CEN tient à rappeler qu’il ne faut pas s’inquiéter car ces animaux « craintifs » sont « souvent redoutés à tort » alors qu’ils « jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes ». Ajoutant qu’il est « tout à fait normal d’en croiser, notamment dans la région (…) la majorité des espèces n’étant pas dangereuses, contrairement aux idées reçues ».

    Adopter les bons gestes

    Des conseils du quotidien qui s’inscrivent également dans une réalité plus large qui est celle de la préservation des reptiles et des bons comportements que l’homme doit adopter sur le terrain. Que ce soit sur le Mont-Serein ou sur la montagne de Lure par exemple, des dérangements répétés liés à des pratiques photographiques ou naturalistes ont été observés. D’ailleurs, l’Office français de la biodiversité (OFB) a alerté sur la dérive de certains photographes animaliers dans un communiqué de presse de mars 2026. L’occasion de rappeler là aussi que les usagers doivent adopter les bons gestes en milieux naturels mais aussi de rappeler un fait récent dans le Vaucluse où trois personnes ont été verbalisées et condamnées pour la perturbation intentionnelle de vipères d’Orsini sur le Mont-Ventoux.

    Préserver les espèces

    Pour rappel, cette espèce de vipère est l’un des plus petits serpents de France et la plus petite vipère d’Europe, ne dépassant pas 50 cm. Elle est également la moins commune du territoire français puisqu’elle est présente uniquement dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, sa population étant en déclin à cause de la destruction et du morcellement de son habitat. Elle est de fait une espèce protégée et d’intérêt communautaire listée « vulnérable » en Europe et « En Danger » en France et dans la région. Il est donc essentiel de favoriser une cohabitation harmonieuse en cette période sensible pour les espèces.

    Pour plus d’information rendez-vous sur le site du CEN Paca

  • [Série 2/3] La fragilité des séniors, la repérer et la prendre en compte

    [Série 2/3] La fragilité des séniors, la repérer et la prendre en compte

    Gériatre au sein de l’Institut Paoli-Calmettes, le docteur Maud Cécile prend en charge les patients âgées atteints de cancer. La définition de la personne âgée est variable et dépend du contexte. En général la limite d’âge communément admise est de 75 ans. « Le rôle du gériatre dans un centre anti-cancéreux consiste à optimiser la prise en charge globale de ces patients, à tenir compte des maladies et conditions liées au vieillissement normal qui viennent s’ajouter à la problématique du cancer, à évaluer les besoins du quotidien, à ajuster les traitements et, à informer et soutenir le patient et ses aidants », explique la professionnelle. « Le gériatre apporte un éclairage aux équipes médicales et chirurgicales à travers la détection de fragilités potentielles du patient. »

    Pour information, un bilan gériatrique global n’intervient dans le processus de soins que parce qu’un praticien le demande s’il détecte une potentielle fragilité chez le patient. « Cette demande se fait soit au sens clinique parce que le professionnel de santé estime qu’il y en a besoin, soit suite à la réalisation de ce que l’on appelle le Score G8. Il permet de créer un score lors des consultations d’annonces. Si ce dernier est en dessous d’un certain seuil alors cela évoque un risque de fragilité », souligne le docteur Cécile. Le questionnaire G8 émane d’une vaste étude qui s’appelle l’étude oncodage. C’est un outil de dépistage gériatrique qui permet aux oncologues d’identifier, parmi les patients âgés atteints de cancer, ceux qui devraient bénéficier d’une évaluation gériatrique approfondie. « Ces tests ne sont pas faits pour avoir des chiffres et des scores mais pour ajuster, adapter et mettre en place des mesures correctives et anticipatoires », précise-t-elle.

    L’entourage joue un rôle important

    « Une fois la demande faite, le patient est pris en charge par une équipe pluridisciplinaire qui comprend une infirmière formée à la détection des fragilités gériatriques, une assistante sociale, un coach d’activité physique adaptée, une diététicienne mais aussi un gériatre. Parfois, un psychologue ou un médecin de la douleur peuvent intervenir dans le processus », ajoute-t-elle. « La détection desdites fragilités se fait grâce à un test d’évaluation gériatrique standardisé que l’on évalue de façon systématique dans un certain nombre de domaines pour balayer tous les problèmes potentiels. » Au terme de cette consultation qui dure plusieurs heures et où l’on demande au patient d’être obligatoirement accompagné, un point est fait avec le praticien qui a demandé le bilan mais aussi le patient et son accompagnant. « Ce qui nous motive le plus dans le processus c’est de préserver au mieux la qualité de vie et l’autonomie fonctionnelle du patient tout en limitant le plus possible l’impact négatif des traitements qui, dans tous les cas vont avoir un impact négatif sur la qualité de vie du patient mais aussi sur son entourage et ça, c’est un facteur à ne pas négliger. »

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    L’évolution de la situation et les prises de position de l’adversaire (minorité et PS) demandaient des méthodes d’organisation plus rapides : la création des pôles syndicaux auprès des entreprises nous permettait d’augmenter nos effectifs en développant les actions.

    Ces nouvelles intersyndicales n’avaient pas de permanents. Les militants des directions étaient élus au cours d’une assemblée de cadres du quartier.

    Ceci permettait de les faire connaître et de renforcer leur autorité non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les quartiers. Toutes ces modifications permirent une intervention plus rapide et plus efficace. Dès le matin, à l’ouverture, nous nous trouvions devant les entreprises et échangions nos idées sur la situation et l’aide que nous apportions.

    Le nouveau bureau était composé ainsi : secrétaire général : Lucien Molino (transports), secrétaires généraux adjoints : Pierre Gabrielli (employé), Maurice Milhau (hospitalier), Exbrayat (métaux), secrétaires : Georges Brunero (transports), Line Cecaldi (PTT), Jean Comiti (métaux aviation), Joseph Giribone (produits chimiques), Pascal Posado (aviation). Les membres du bureau étaient : Marcel Andreani (docker), Raoul Arnaud (cheminot), Paulette Caresse (textile), Demaurizi (produits chimiques), André Fressinet (marins), René Le Guen (cadre), Marcel Paganacci (livre), Frédérique Roux-Zola (EDF).

    Déréquisitions

    Georges Dumonceau quitta la région pour prendre la direction d’une imprimerie dans le Nord, récompense d’un militant socialiste qui avait tout fait pour la scission syndicale.

    Au moment où se tenait le congrès, le statut des entreprises réquisitionnées que nous avions réclamé dès le début était en débat à l’Assemblée nationale. La commission économique, avec Francis Leenhardt (socialiste) et Germaine Poinsot-Chapuis (MRP), rejetait notre demande de statut. Seule Raymonde Nédelec, députée communiste, défendit les entreprises réquisitionnées. Les délégués présents au congrès acclamèrent celle‑ci et elle siégea à la tribune.

    Dans notre rapport d’activité, j’avais fait état du bilan magnifique de ces entreprises. Nous faisions la démonstration que les travailleurs, par leurs initiatives et dans de meilleures conditions sociales, avaient mis en échec les collaborateurs, les patrons et les traîtres. Mais le Conseil d’État, à la demande des patrons actionnaires, avait prononcé l’annulation des réquisitions, en premier celles des sociétés d’acconage, de la Société provençale de construction navale, de la Société phocéenne d’application électrique et, en juillet, des Aciéries du Nord.

    Des historiens écrivirent que notre riposte avait été modérée, ce qui est faux, preuves à l’appui : des centaines de motions de protestation accueillirent ces décisions et l’essentiel du débat à l’Assemblée nationale porta sur l’attribution des bénéfices réalisés sous la réquisition, l’État devant reverser une indemnité aux actionnaires.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem et gare Saint-Charles, Yves Jeanmougin

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem et gare Saint-Charles, Yves Jeanmougin

    Il vit au Panier, dans la proximité de la cathédrale de la Major. Pendant 25 ans, son atelier se situait dans la Friche de la Belle de Mai où l’avait convié son inconditionnel ami d’enfance Philippe Foulquié.

    Issu de plusieurs séjours entre 2021 et 2023 au Palais Farnèse, siège de l’Ambassade de France et de l’École française de Rome, son prochain livre imagera un chantier de restauration et la vie quotidienne dans les bibliothèques. Parmi ses ouvrages antérieurs figurent Déliés, une descendance algérienne, Carcérales images de prison, éditions Parenthèses, Alger préfacé par Thierry Fabre, un album coédité en 2013 avec Bec en l’air à propos de la Mémoire du Camp des Milles, ainsi qu’un hommage au poète Jean Senac. Dans Marseille, ses images les mieux connues, à propos du Vieux-Port et de L’Estaque, des cités de la Bricarde et de La Paternelle ont pour origine une exposition du Musée d’Histoire coordonnée en février 1992 par Myriam Morel et Anne-Marie Lapillonne, catalogue édité chez Parenthèses.

    On retrouve dispersés en trois endroits, six noirs et blancs d’Yves Jeanmougin dans l’exposition du Mucem, Les Mères. Entre autres, une Mère et ses filles, cité Bassens 1981, et trois visages de la Manifestation organisée après la mort de Lahouari Ben Mohamed, 17 ans, abattu par un CRS le 18 octobre 1980 à la Cité des Flamants. Non loin de cette tragédie, on apercevra une photo miraculeusement prise dans un bidonville de l’Estaque, une jeune grand-mère qui danse avec sa petite-fille (reproduction sottement inversée, page 142 du catalogue).

    Une grande partie de ses images vient d’être numérisée suite à sa donation en région parisienne auprès de la MPP, Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie. La MPP programme actuellement sur des grands panneaux de la terrasse de la Gare Saint-Charles, une exposition consacrée aux photographes de Marseille (entre autres, Alphonse Terris, les frères Seeberger, Marcel Bovis et Serge Assier). Sur un cube de l’entrée de la gare, on découvre une insolite photo dédoublée d’Yves Jeanmougin prise en 1986 dans le grand miroir de la salle de gymnastique qui occupait alors le toit-terrasse de l’immeuble du Corbusier.

  • Pétrarque, Mont Ventoux et Peste Noire

    Pétrarque, Mont Ventoux et Peste Noire

    Pétrarque est né à Arezzo en 1304. Ses parents quittent les abords de Florence et s’expatrient pour s’établir à Carpentras en 1312. Notaire de son métier, son père voulut qu’avec son frère Gherardo, François Pétrarque suive des études de droit à Montpellier et puis à Bologne.

    Deux deuils marquent son adolescence et sa jeunesse en Vaucluse. Pétrarque perd sa mère quand il a 14 ans, son père décède en 1326. Il abandonne brutalement le droit, revient à Avignon, donne un élan neuf à la poésie et à la connaissance des Antiques. Simultanément et c’est moins glorieux, c’est un habile courtisan, un idéologue dévoué à la puissance de la riche famille des Colonna. Sa trajectoire n’est pas rectiligne. Quand il raconte son ascension du Mont Ventoux, il se différencie de son frère qui n’a pas souhaité s’intégrer aux cercles du pouvoir et qui devint un moine chez les Chartreux. Pour atteindre le sommet du Ventoux, Gherardo ne change jamais son cap. Par contre, Pétrarque louvoie, emprunte des détours.

    Désireux de construire un monument pour sa gloire posthume, le poète maquille continuellement ses conditions de vie. Il réécrit ses manuscrits et sa correspondance, embellit ses souvenirs, élimine sans vergogne ce qu’il doit aux femmes de sa vie. Pétrarque occulte, n’évoque jamais les deux mères de ses deux enfants. Tout porte à croire qu’il n’a jamais approché Laure, la jeune femme dont il se serait épris, lors d’une sortie de messe à la chapelle Sainte-Claire, dans la proximité de la rue des Teinturiers.

    « Les ombres sont ténues » disait Virgile, les chercheurs n’ont jamais établi l’identité de Laure. On évoque Lacan et le cinéma hollywoodien pour écrire que sa fiction serait simplement l’expression d’un désir masculin. Cette éphémère apparition engendra pourtant un chef-d’œuvre de la lyrique amoureuse. Le Canzoniere inspira de nombreux auteurs italiens, Ronsard, Maurice Scève, Jean-Jacques Rousseau, Lamartine et Hugo. Ce prototype prit curieusement son essor autour d’une absence ainsi que de la catastrophe de 1348, la Peste Noire qui provoqua le décès de Laure et d’un tiers de la population d’Avignon.

    Avignon XIVe siècle, nouvelle Babylone ?

    Pour mesurer la réussite de cette poésie, l’écart qui sépare ce sommet de la littérature européenne et son peu d’insertion et de vérité parmi les grandeurs, les dédoublements et les misères de la biographie de Pétrarque, les découvertes et réflexions de l‘ouvrage d’Étienne Anheim sont cruciales. Né en 1953, cet historien proche de Patrick Boucheron et de Valérie Theis, auteur d’un livre coécrit avec Paul Pasquali à propos de Panofsky et Bourdieu, a soutenu en 2004 une thèse « La forge de Babylone » qui rappelle que sous le règne d’un pape né en Corrèze, Clément VI, Avignon ville cosmopolite, fut la capitale de l’Europe : son rôle fut considérable du point de vue des finances, de la théologie et de la création, entre autres grâce aux fresques de Matteo Giovanetti peintes au Palais et grâce à Pétrarque. L’ouvrage est quelquefois aiguisé par des anachronismes de belle facture : dans son argumentaire, l’historien convoque des modernes comme Samuel Beckett, Albert Cohen, Pierre Michon et Monique Wittig, la « machine du désir » et les « transfuges de classe ».

    Pour donner plus de chair et d’incarnation à ce Pétrarque en manuscrits et parchemins et pour compléter cette savante confrontation avec un poète-stratège truqueur et carriériste, soucieux d’échafauder des coups afin de devenir immortel, on lira volontiers une seconde parution, le récit d’un écrivain nantais familier de L’Isle-sur-la-Sorgue et de Ménerbes, Jean-Pierre Suaudeau.

    Partiellement autobiographique, hanté par la chimère d’un amour qui peut ressembler à l’emprise de Laure, le roman de Suaudeau emprunte quant à lui des chemins fictionnels qui ne peuvent pas faire douter de sa sincérité. En début de récit, en contrepoint aux paysages de la Fontaine du Vaucluse, on entrevoit les affrontements et les débauches d’Avignon, les embourbements de « l’antre papal ». On rencontre aussi la figure intransigeante du père de Pétrarque, capable de brûler une grande partie des livres de son fils. Tout en fabulant, par exemple en imaginant que Simone Martini ait composé pour Pétrarque un portrait de Laure, Jean-Pierre Suaudeau évoque des dimensions manquantes dans le livre de grande érudition d’Étienne Anheim, la lumière et le vent du Sud ou bien la beauté des « petits blocs de marbre » des sonnets de Pétrarque, magistralement retraduits par Yves Bonnefoy.

    Étienne Anheim : « Pétrarque, portrait de famille », éditions de Minuit. Jean-Pierre Suaudeau, « Courir à ce qui me brûle » éd, Joca Séria, Nantes.

  • [Grand entretien] Sarah Schwab : « Les imitations sont arrivées par hasard »

    [Grand entretien] Sarah Schwab : « Les imitations sont arrivées par hasard »

    La Marseillaise : Chanteuse, imitatrice, vous pouvez reproduire 200 voix, quel est votre parcours pour les personnes qui ne vous connaissent pas encore ?

    Sarah Schwab : Depuis toute petite je suis passionnée de musique. J’ai commencé par faire The Voice Kids quand j’avais 13 ans, puis The Voice plus grande à 19 ans avec ma vraie voix bien évidemment. Les imitations sont arrivées plus tard, en mai 2022 donc c’est assez récent. Je cherchais à faire une vidéo pour la poster sur les réseaux sociaux, j’en ai posté une première et les gens ont tout de suite apprécié, c’est comme cela que ça m’a lancé dans une carrière d’imitatrice.

    Vous le disiez l’imitation est arrivée assez tard au-delà de votre passion pour le chant. Comment ce talent s’est-il présenté à vous ?

    S.Sch. : Je ne sais pas du tout comment c’est arrivé (rires). C’était un peu par hasard, j’ai eu envie d’essayer alors que je n’avais jamais fait d’imitation auparavant et j’ai eu un bon feeling du coup ! La première vidéo a été postée sans trop d’expérience mais comme les gens se sont pris au jeu j’ai prêté attention aux commentaires et aux suggestions qu’ils me faisaient avec des propositions de voix de plus en plus complexes et c’est comme ça que je me suis rapidement fait repérer.

    Quelle a été la première personne que vous avez imitée et pourquoi avoir fait ce choix ?

    S.Sch. : Dalida est la première chanteuse dont j’ai reproduit la voix. Je l’aime beaucoup en tant que chanteuse mais aussi parce qu’elle a des marqueurs vocaux particuliers et une voix unique. C’était très intéressant pour moi de faire une voix aussi différente de la mienne dès le début puis je l’ai fait suivre directement par Vanessa Paradis, c’est vraiment deux opposés et c’est ça qui est intéressant aussi dans la vidéo.

    Justement, quel est le processus de travail pour arriver à l’imitation parfaite ?

    S.Sch. : C’est avant tout de l’écoute, énormément d’écoute. En général je marche au feeling donc je me concentre sur un segment d’une chanson qui me plaît en particulier. Je vais l’écouter en boucle jusqu’à ce que je retrouve vraiment tous les petits détails qui font l’imitation.

    Avez-vous une imitation favorite ?

    S.Sch. : Barbra Streisand c’est celle que je préfère en ce moment parce qu’elle me donne beaucoup d’émotions et elle donne aussi beaucoup d’émotions au public donc c’est toujours un moment hors du temps dans le show. Je pense que c’est pour cela qu’elle me plaît encore plus que les autres.

    Votre spectacle s’appelle « Du rêve à la réalité », est-ce l’histoire de votre vie ?

    S.Sch. : Oui totalement ! J’étais dans ma chambre enfant et je rêvais d’être une chanteuse et de pouvoir me produire sur scène régulièrement et c’est ce que j’ai voulu mettre en scène justement dans ce spectacle. Déjà parce que ça permet de faire rêver beaucoup de gens dans la salle, bon des enfants majoritairement mais pas que ! (rires)

    Mais aussi parce que c’est ce qu’il m’arrive finalement grâce aux imitations, et les gens assistent à ce début de carrière pour moi. Je trouvais donc intéressant de faire une autobiographie sur scène avec un côté un peu théâtral et un côté un peu concert.

    Justement, à quoi doit-on s’attendre sur scène, chantez-vous aussi avec votre voix ?

    S.Sch. : Oui même si je chante beaucoup moins que les imitations mais il y a un moment en particulier vers le milieu du spectacle où je chante Je suis malade au piano avec ma voix, je viens sur le devant de la scène a cappella et

    je me mets à nu devant les spectateurs. C’est un moment marquant et émouvant qui plaît beaucoup.

    Vos vidéos cartonnent sur les réseaux sociaux mais au-delà du succès vous avez reçu des commentaires grossophobes. Ces commentaires vous avez décidé de les mettre en scène et d’y répondre en chanson. C’était important pour vous de montrer l’envers du décor ?

    S.Sch. : C’est important pour moi parce que les réseaux sociaux, à partir du moment où on s’affiche il faut s’attendre à avoir du bon comme du mauvais peu importe ce que l’on fait. Moi j’ai préféré répondre de manière humoristique pour dédramatiser un peu les choses bien que j’aie eu des propos à mon égard qui étaient très graves et border. C’est aussi un moyen de montrer aux gens qui sont confrontés au harcèlement qu’ils ne sont pas seuls et que ça peut arriver à tout le monde, même à ceux qui sont très présents en ligne.

    Vous affichez clairement les noms des personnes dans la vidéo où vous répondez. La réponse en elle-même demande aussi beaucoup de courage, c’est votre caractère ou la notoriété vous a aidée à avoir confiance en vous ?

    S.Sch. : J’ai toujours eu ce côté-là en moi mais honnêtement je pense que ma confiance en moi a énormément évolué grâce aux gens, grâce au public principalement qui est tellement gentil avec moi. Je me sens bien plus sereine et la proportion de commentaires positifs que je reçois est largement supérieure aux commentaires négatifs !

    Je pars donc du principe que même si j’affiche ces commentaires négatifs ça ne va pas les faire progresser, mais peut-être au contraire, les faire régresser et les gens seront là pour rétablir la justice ! (rires).