Tag: jeunes

  • Une semaine pour découvrir les métiers de l’industrie dans le Var

    Une semaine pour découvrir les métiers de l’industrie dans le Var

    L’industrie est un pilier essentiel pour assurer l’indépendance et la souveraineté nationales. À ce titre, préparer la France de demain et réussir la réindustrialisation nécessite des talents et des compétences. Afin de susciter des vocations et changer le regard que les jeunes portent sur l’industrie, la Direction générale des entreprises (DGE) organise depuis 2011, avec le soutien de nombreux partenaires, la Semaine de l’industrie, rendez-vous incontournable entre le monde professionnel et les jeunes en âge d’orientation, mais aussi pour toutes les personnes intéressées par le secteur, enseignants, chercheurs d’emplois ou simples curieux.

    Pour sa 14e édition, la Semaine de l’industrie, organisée autour du thème « Avec l’industrie, fabrique ton avenir », invite les jeunes, hommes et femmes, à mûrir leur projet d’orientation en allant à la rencontre des professionnels, en visitant des ateliers, et en en découvrant les métiers. Porteuse de nombreuses opportunités, l’industrie offre CDI et salaires attractifs dans un milieu nécessaire à l’avenir de notre pays.

    Forum, jeu en ligne

    et visites d’entreprises

    Au total, plus de 8 000 événements ont lieu dans tout le pays, dont 51 dans le département, dont certains au-delà du 23 novembre. Ce mercredi et jeudi, l’opération « Professeurs en entreprise » invite les professionnels de l’Éducation nationale à s’immerger dans trois entreprises industrielles (Veolia mercredi à Cogolin et jeudi à la Valette-du-Var ; Naval Group mercredi) afin de découvrir les secteurs de l’eau et de la défense. Pour le grand public, de nombreuses visites (sur inscription) sont également organisées, dans des domaines d’activité divers et variés : l’entreprise cosmétique Alphanova au Pradet et le producteur d’aluminium Technal/Sapa à Puget-sur-Argens ouvrent leurs portes ce jeudi, tout comme l’entreprise à mission Mini Green Power, basée à Hyères, spécialisée dans la production d’énergie à base de déchets végétaux. Vous pourrez également découvrir l’entreprise de menuiserie Decking & Decors, à Grimaud, lundi prochain, mais aussi les métiers de la sécurité industrielle, à Six-Fours, sur un chantier géré par Alpes Contrôles, jeudi.

    D’autres métiers seront à découvrir à l’occasion du Mediterranean Maintenance Forum 2025, salon industriel dédié à la maintenance des systèmes complexes, qui rassemble plus de 50 partenaires, dont 40 entreprises leaders du secteur, 800 visiteurs professionnels et 1000 lycéens et étudiants, jeudi 27 et vendredi 28 novembre au Palais Neptune de Toulon.

    Enfin, Forindustrie, expérience 100% digitale, déployée dans plusieurs entreprises, est également proposée au grand public, du 17 novembre au 5 décembre. Ce jeu vidéo interactif offre une solution connectée adaptée aux jeunes – mais pas seulement – pour découvrir l’univers de l’industrie.

    Infos et inscriptions sur entreprise.gouv.fr

  • Les missions locales en action face à l’austérité

    Les missions locales en action face à l’austérité

    « On est la voix des jeunes les plus fragiles ! ». Devant la préfecture de la région Sud Paca à Marseille ce mardi, Daniel Wehrle, secrétaire régional de la CGT Missions locales, tient à rappeler le rôle essentiel de ces structures dans l’accompagnement des jeunes vers l’emploi. « On fait un accompagnement intensif, qui prend en compte les problématiques globales des jeunes. On ne s’arrête pas uniquement à la demande d’emploi, on voit aussi les besoins périphériques du jeune : mobilité, logement, santé mentale… », développe le syndicaliste. Devant lui, des salariés de structures de toute la région, d’Avignon à Aubagne en passant par Carpentras et Martigues, ont fait le déplacement pour cette mobilisation à l’appel d’une large intersyndicale (CGT, FO, SUD et CFDT). Et ils donnent de la voix à grands coups de slogans maison : « Plus de budget, jeunesse en danger ! Investir dans les jeunes, pas les ignorer ! ».

    Il faut dire qu’il y a urgence pour les petites mains de l’insertion des jeunes vers l’emploi : une baisse de 13% des financements des missions locales est prévue dans le projet de loi de finances 2026 (lire notre édition du 18/11). Laquelle s’ajoute à une diminution de la dotation étatique de 5,6% pour les contrats d’engagement jeunes (CEJ) et une baisse de plus de 6% du budget des missions locales l’année passée. Bien qu’amendé en commission des finances et pas encore voté, l’inquiétude est vive. « C’est le coup de trop ! Qu’est-ce qu’on va faire de notre jeunesse sans ces moyens ? », s’insurge Isabelle Urbano, déléguée régionale pour la CFDT-Synami (Syndicat national des métiers de l’insertion). In fine, elle craint une forme d’arrivée de la politique du chiffre dans les structures : « On est déjà en état de saturation, il y a bon nombre de missions locales qui sont déjà en difficulté… Faire rentrer les jeunes dans des cases, ce n’est pas notre travail ! ». Elle dénonce : « Moins de moyens, ce sont des territoires qui seront pas, ou moins, couverts. Et donc des jeunes à l’abandon ! ».

    « Un impact pour les jeunes les plus éloignés »

    Car concrètement, cette baisse équivaudrait à « 1 100 fins de contrats ou contrats non renouvelés, selon l’UNML [Union nationale des missions locales Ndlr] », précise Daniel Wehrle. Soit entre 120 et 200 salariés en moins au niveau régional selon les calculs syndicaux, qui estiment à 25 pertes de contrats pour les antennes marseillaises. Un comble à l’heure où le chômage des jeunes est en constante augmentation. « On essaie de maintenir un accompagnement humain, mais sans moyens ça va devenir impossible », déplorent deux salariées de la mission locale de Marseille. Avant de faire un triste constat : « Ça va aboutir à moins d’équité et il y aura un impact pour les jeunes les plus éloignés de l’emploi. »

    Autre conséquence à craindre : « La hausse des délais d’attente pour un accompagnement », selon Fouzia Staali, salariée de la mission locale de Martigues et déléguée CGT. Laquelle insiste sur le travail effectué au quotidien : « Des jeunes à la rue, des jeunes qui ne mangent pas, c’est ça la réalité de notre accompagnement. Notre but c’est de les sortir du marasme. » D’où le débrayage du jour, avec maintien de salaire pour la plupart des travailleurs des structures de la région. Le tout, permis grâce à une alerte commune avec les directions et présidences des missions locales qui se mobilisaient devant l’Assemblée nationale à Paris, au même moment. Si une délégation syndicale a été reçue en préfecture à Marseille, « tout se jouera lors de l’examen final de cette loi de finances », conclut Daniel Wehrle.

  • Missions locales : aides, écoute, suivi… c’est « important » pour la jeunesse

    Missions locales : aides, écoute, suivi… c’est « important » pour la jeunesse

    Entre le moment où Léna, 24 ans, sonne pour monter à la mission locale du Vieux-Port, et celui où la porte s’ouvre, quatre autres jeunes l’ont déjà rejoint et attendent aussi de monter. Ce lundi, ils sont plusieurs dizaines, âgés de 16 à 25 ans, à passer la porte du 19 rue Vacon à Marseille (1er) pour se faire accompagner dans la recherche de travail, de logement ou pour trouver une écoute.

    Une bonne partie de ceux présents viennent pour leur premier rendez-vous. C’est le cas de Léna qui vient surtout pour avoir accès à des aides. « J’ai fait un service civique et j’ai rompu un contrat saisonnier. Comme je n’ai pas 25 ans, je n’ai le droit ni au RSA ni au chômage. ça fait un mois et demi que je n’ai plus de revenu, c’est très compliqué », confie-t-elle. Les aides apportées par la mission locale, sont « importantes pour moi », assure-t-elle. Si les missions locales permettent d’avoir accès à des aides financières avec le contrat d’engagement jeune (CEJ), elles assurent avant tout un suivi personnalisé pour des jeunes qui n’ont pas forcément de réseau familial ou professionnel. C’est le cas de Genta, 19 ans, réfugié en France depuis quelques mois. « J’habite seul et j’avais besoin d’aide pour trouver des formations et des stages. » Redirigé vers la mission locale par son assistance sociale, le jeune homme espère trouver une formation dans la couture grâce aux conseillers de la structure. Aurore, arrivée il y a un mois à Marseille, y cherche quant à elle de l’aide pour trouver un logement. Car l’accompagnement proposé ne se limite pas à la recherche d’emploi mais englobe l’accès « à la santé, au logement, aux droits, à la citoyenneté et à la mobilité », indique le site du ministère du Travail et des solidarités.

    Aide psychologique

    Keyra, 22 ans, vient elle depuis un an. Elle a trouvé entre ces murs une oreille attentive à ses problèmes. « Quand j’ai commencé, je n’étais pas très assidue. Mais mes conseillères m’ont poussée à revenir, se rappelle la jeune femme. Elles ont été très à l’écoute. Au lieu de me fermer les portes, elles ont essayé de me comprendre. » La jeune fille, qui est suivie par un psychiatre, a pu trouver une réponse appropriée au sein de l’institution. « On m’a conseillé des structures plus adaptées à mes soucis. Mes conseillères m’aident beaucoup sur le plan psychologique plutôt qu’à chercher du travail », explique-t-elle. Un psychologue est d’ailleurs présent au sein de la mission locale pour les bénéficiaires du CEJ. Un accompagnement personnalisé et complet qui risque d’être dégradé par la baisse du budget et du nombre d’employés, alors que les jeunes en difficulté ne cessent d’être de plus en plus nombreux, chaque année.

  • [Entretien] Claude Fournet : « On fait un travail de formation citoyenne » avec les missions locales

    [Entretien] Claude Fournet : « On fait un travail de formation citoyenne » avec les missions locales

    La Marseillaise : Pourquoi les missions locales se mobilisent aujourd’hui ?

    Claude Fournet : Dès la parution du projet de loi de finances 2026, nous avons vu qu’il était prévu une baisse significative de 13%, qui représente 77 millions d’euros de moins sur l’ensemble des missions locales. C’est énorme, d’autant que l’an dernier nous avions déjà eu une baisse, le tout arrivant à 20%. Les organisations syndicales de la région organisent notamment ce rassemblement à la préfecture. C’est complémentaire avec la mobilisation nationale impulsée par les présidents et conseils d’administration des missions locales notamment pour mobiliser les élus contre cette baisse.

    Quelles conséquences de ces baisses ?

    C.F. : Les premiers touchés seront les jeunes et les salariés des missions locales. On estime à 13 000 jeunes qui seront peu, mal ou pas accompagnés, seulement pour notre région si ce budget passe. Ce sont aussi 120 emplois menacés. Et donc des points d’accueil qui vont fermer ou qui seront moins longtemps ouverts.

    Quelle est votre analyse de cette politique de l’emploi ?

    C.F. : Il y a quelque chose d’antinomique. Il y a trois ans, le Président a fait une loi du plein-emploi et donne des moyens et des mesures pour l’accompagnement des jeunes. Les missions locales ont donc recruté, accueilli beaucoup plus de jeunes. Mais depuis, les financements diminuent ! Alors qu’on est au moment où on en a le plus besoin : le chômage remonte, et c’est celui des jeunes qui remonte le plus fort, avec plus de 20% sur un an.

    Pourtant, vous défendez un modèle d’accompagnement bien spécifique…

    C.F. : Nous sommes un exemple de décentralisation. Nous avons une mission de service public de proximité qui répond aux besoins des jeunes et aux exigences des territoires. Je rappelle qu’on travaille avec 12 000 entreprises dans la région pour les jeunes, nous sommes donc aussi une forme de développement économique. Il faut aussi avoir en tête qu’on propose un accompagnement global. Parfois, avant de parler d’emploi à un jeune, il faut qu’on parle de mobilité, de logement, de santé, de famille. On a une série de dispositifs qui aident à avoir une certaine autonomie, laquelle participe à l’entrée dans le monde du travail. On fait un travail de formation citoyenne, et même plus : culturelle, civique… Nous ne sommes pas une structure d’emploi bis de France Travail. On a une certaine vision de l’emploi pour les jeunes.

    Au niveau du calendrier parlementaire, il y a encore de l’espoir d’amoindrir la baisse prévue ?

    C.F. : Il y a une forte mobilisation des parlementaires, grâce à notre pression, et un certain nombre d’amendements, qui ont été retenus en commission des finances contre cette baisse. Et ça a été relativement transpartisan. Il y a donc des chances.

  • Stagiaires en chantier-école, ils redessinent leur avenir

    Stagiaires en chantier-école, ils redessinent leur avenir

    Les projets sont un support pédagogique, un prétexte pour remobiliser ces jeunes qui nous sont adressés par des missions locales, la PJJ ou l’Aide sociale à l’enfance », explique le directeur. Apprendre à façonner son avenir professionnel, comme on apprend à travailler le bois ou le métal. C’est le pari de Julien Acquaviva, à la tête de l’association Appel d’aire, depuis sa création en 1997.

    Localisé depuis 2002 sur le site de la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse) aux Chutes-Lavie, le chantier-école a dû déménager, en décembre 2021, à la Belle de Mai dans le 3e arrondissement. Une solution trouvée en urgence par la Ville au sein du Comptoir de la Victorine, dans des locaux qu’il a fallu aménager.

    Dans l’atelier bois, Oumar, 20 ans, s’applique à la découpe d’une planche sous l’œil de Virgil, son formateur. « Des décors pour l’événement des centres sociaux, explique le stagiaire, arrivé il y a deux mois, et comme on fait du réemploi de matériau, c’est compliqué. » Pour les meubles à roulettes conçus pour l’association des Frigos solidaires « on a utilisé des palettes. Il a fallu 5 semaines pour les démanteler, nettoyer, retirer les clous, tronçonner, raboter… », liste Mohamed, 21 ans, en stage depuis un an. « Et avec le métal il faut faire attention à ne pas se couper avec la bavure. C’est pour ça qu’il faut d’abord bien connaître les machines, perceuse à colonne, scie à ruban… »

    Un travail de patience qui offre une seconde vie aux objets et une satisfaction aux artisans. « Vous avez vu les bancs qu’on a fabriqués pour la Savine, c’est du travail de pro ! », s’enthousiasme Enzo, 18 ans. « Mais, pour les décors, c’est chaud, il nous reste que huit jours pour finir », s’inquiète un peu Oumar. Et ce jour-là, ils ne sont que trois à bosser. Deux des huit stagiaires actuels viennent de signer un contrat en alternance en entreprise, une est malade et deux autres sont en retard. « On va y arriver », assure le formateur.

    « La vérité, c’est pas facile au début pour ceux qui ont décroché de la vie normale, il faut se réhabituer aux horaires, aux efforts. C’est cool ici, mais faut être régulier », intervient Enzo. Il plaide en faveur de ses camarades en connaissance de cause : « J’étais placé depuis tout petit, j’ai pas arrêté de tourner dans les foyers, les familles. Après, c’est dur d’être stable. » Il entame là sa deuxième expérience, après un stage de 5 mois en décembre 2024. « J’avais arrêté. Mais en fait j’étais pas prêt, reconnaît-il. Et puis je me suis senti de repartir. Travailler avec des pros, ça m’a redonné envie d’apprendre. »

    « Notre seul luxe,

    c’est le temps »

    Pour Mohamed, la projection vers l’avenir, conditionnée à l’obtention de papiers français, est plus « compliquée », regrette-t-il. « Mais en attendant, avec ce stage, je progresse, j’apprends à mieux parler français et j’apprends un métier. Car c’est très différent la façon de travailler en Europe et en Afrique. » Le temps de la réalisation, comme celui des stagiaires passés au sein de l’association, n’est pas compté. « C’est notre seul luxe ici. Ils restent selon les besoins, qui varient en fonction de chacun », précise Julien Acquaviva.

    Livré fin septembre, le premier modèle de meuble à frigo trône dans le bar le Peinard. Le prototype a été personnalisé aux couleurs des Frigos solidaires, lors d’une démonstration de flocage et de technique de graff par l’artiste marseillais El Bazu. D’autres sont en cours de réalisation. Le 9 octobre, les stagiaires d’Appel d’aire ont livré une nouvelle série de créations : du mobilier destiné au Hameau, espace convivial de la résidence William-Booth de l’Armée du Salut. Après l’assèchement des subventions régionales, le chantier-école démultiplie les partenariats pour continuer à offrir un enseignement riche à ses stagiaires qui, une fois bien rodés, « deviennent tuteurs des nouveaux », peut claironner Enzo.

    « C’est cool, mais faut être régulier. On fait du travail de pro, ça m’a redonné envie d’apprendre »

  • [En immersion avec les jeunes de La Martine 3/4] Un centre social comme « une deuxième maison »

    [En immersion avec les jeunes de La Martine 3/4] Un centre social comme « une deuxième maison »

    De la liberté, de l’autonomie, mais aussi découvrir le monde en collectif pour pouvoir se construire… L’accueil jeunes, mis en place au centre social La Martine (15e), en mars 2025, c’est tout ça à la fois. Des critères établis par la Caisse d’allocation familiale qui subventionne ce secteur. Kader Allem, coordinateur jeunesse, en a tiré la substantifique moelle pour donner la possibilité aux enfants âgés de 12 à 17 ans de participer aux activités.

    Son leitmotiv : faire en sorte que les ados s’ouvrent aux autres. « Tant que je serai là, les projets seront ouverts aux 12-17 ans de La Martine, explique-t-il. L’accueil jeunes, c’est un lieu de rencontres et de création. Tout le monde a le droit de s’inscrire et l’idée est que chacun prenne sa place. Ce qui m’intéresse, c’est que les jeunes prennent confiance en eux. » Ce qui n’est pas toujours chose facile.

    Nasser, 15 ans, le reconnaît bien volontiers : lui, ce qu’il aime, c’est « rester avec ses potes ». « On est soudés », explique-t-il. Alors accueillir les plus petits dans le groupe avec ce que l’on appelle, au centre social, « les passerelles », où les 11 à 13 ans se mélangent avec les plus grands de temps en temps, il a encore du mal. « On voit pas trop pourquoi, on est bien entre nous », insiste-t-il. « C’est un peu bizarre, il faut s’adapter », abonde Jhany, 14 ans. Petit à petit, Kader les a convaincus des bienfaits du collectif, même si par moment, il faut encore faire des piqûres de rappel.

    Ensemble, c’est plus facile

    La réflexion a néanmoins fait son chemin chez Chemsy, 16 ans. « Ici, on sait qui on va voir, y a pas de prise de tête. Mais, quand on se met à la place des petits, c’est pas la même. Moi, quand j’étais ici au centre, j’aurais aimé être avec les grands de temps en temps. » Quand Kader est arrivé, « cela se voyait à sa tête qu’il était gentil. Mais on s’est dit, il va changer des choses », poursuit-elle. « Alors que pour nous, c’était très bien comme ça », balance Nasser à ses côtés.

    Briser l’entre soi aura donc été le premier chantier avant de s’attaquer à l’accès pour tous aux activités. Du paiement en fonction du quotient familial, on est passé « à une nouvelle politique tarifaire où on ne paie que 30% des sorties, une petite participation est demandée pour les séjours », précise Kader.

    Résultat : « on fait des choses qu’on pourrait pas se payer », s’enthousiasme Jhany, et aussi « des sorties pédagogiques qu’on pourrait pas faire ailleurs ». « Le musée d’histoire de Marseille, j’y serai jamais allé tout seul », ajoute-t-il, tandis qu’un quiz sur la visite est justement en cours dans la salle à côté. Ce que nos ados préfèrent : « Partir ensemble, c’est plus facile », analyse Chemsy. « C’est bien qu’on se retrouve ensemble, autre part, pour découvrir d’autres mondes », insiste la jeune fille.

    Libres d’aller et venir au sein de cet accueil jeunes, devenu plus souple administrativement et techniquement, s’ils font le choix de rester, c’est aussi parce que la politique éducative menée est efficace. « On met tout en place pour qu’ils aient envie de rester toute la journée », lance Kader. Et de s’adresser aux ados : « La réussite éducative, c’est ce que nous, on peut faire pour vous en complémentarité de l’école et de votre famille. Pour que vous vous épanouissiez et arriviez à l’âge adulte. »

    Des expériences

    qui servent au quotidien

    Pour certains, le centre a pris une importance vitale. « Cela m’apporte du bonheur. C’est une des seules choses qui me plaît dans ma vie, en ce moment, avec la danse. Cela me permet de m’évader de mon quotidien. J’ai grandi ici, je venais déjà à l’âge de 5 ans, j’ai rencontré des personnes », témoigne Chemsy. À ses côtés, Jhany acquiesce. « Si j’avais pas ça, je pense que je me serais ennuyé, je serai resté sur la play[station] », estime-t-il, quand Nasser pense au pire. « Si j’ai pas le centre, c’est sûr, je vais faire plus de conneries. » « Oui, il serait livré à lui-même », commente Chemsy, parce que « chez soi, on gamberge, alors que là, on sait où aller », précise Maïssa, 16 ans.

    Elle revient sur le coup de foudre amical avec Chemsy. « Moi, ce centre, cela m’a permis des rencontres. Avec Chemsy, la première fois qu’on s’est vues, on est devenu copines comme si on se connaissait depuis 100 ans. Alors que, dans la vie de tous les jours, jamais je serais allée lui parler », raconte-t-elle, un peu émue. Le centre, c’est aussi « des trucs qui nous servent au quotidien, comme le concours d’éloquence, les ateliers radio », insiste la jeune fille. Bref, c’est comme « une deuxième maison », résume Nasser, « avec de nouveaux co-locataires », s’amuse Chemsy.

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    Ils ont tous 16 ans, des envies et des propositions. Et mieux : les défendent. Autour de la table, au centre social de la Martine (15e), Hadidja, Soulayman, Zayan et Iqbal font partie des jeunes que Kader Allem, coordinateur du service jeunesse, comptent bien voir intégrer officiellement un futur « conseil des jeunes », d’ici janvier.

    Sur l’idée qu’ici « on ne consomme pas des loisirs », explique Kader, qui insiste sur le rôle éducatif du centre social. « On doit vous apporter ce que vous n’allez pas proposer », insiste-t-il face aux jeunes, rappelant la sortie au musée d’histoire de Marseille, le matin même. « Génial », reconnaît Zayan. Il faut dire que sur le passage de Kader, ça déménage. En poste depuis 10 mois, il dynamite les idées reçues. Les presque jeunes adultes participent déjà aux réunions avec les responsables du centre. « C’est bien qu’on nous entende », se félicite Hadidja. Cet été, ils ont par exemple pu organiser une sortie bouée tractée. Cela peut paraître anecdotique, mais il a fallu argumenter et débattre pour y arriver face à une équipe de responsables pas convaincue. Une expérience de démocratie bien concrète.

    « Il faut trouver une activité que tout le monde soit en capacités de faire, avec laquelle tout le monde soit d’accord », explique Zayan. « On met tout à plat, chacun donne son avis et on fait une synthèse », complète Soulayman. Déjà organisés en groupes sur les réseaux sociaux pour échanger, ils ont su porter la parole de la majorité. « On ne peut pas dire aux jeunes “vous avez le pouvoir d’agir” et leur dire non », estime Kader, qui espère les voir intégrer à terme le conseil d’administration du centre social pour leur donner la possibilité de s’exprimer sur les projets, le fonctionnement de l’accueil jeunes. Histoire de « co-construire » la vie du secteur jeunes en « trouvant un équilibre ».

    Question de confiance

    « On aimerait des heures plus adaptées », lance Soulayman quand, aujourd’hui, il faut concilier l’accueil des tout-petits avec celui des ados. Dans un grand sourire, Hadidja se souvient de cette rentrée tardive de rando qui a fini sur la plage avec jeux et pique-nique. Plus de séjours, aussi, seraient les bienvenus. « Cet été, on a fait trois voyages dans les Alpes, à Paris et Argelès », raconte Zayan, heureux que « Kader ait tenu parole ». La confiance restant aussi le maître mot de la démarche.

    Le conseil jeunes, c’est aussi l’occasion d’aborder concrètement la question du financement. Une grande injustice, estiment-ils. « On nous dit toujours, y a pas de sous, on trouve ça dommage », commente Soulayman. Kader ne leur cache pas les difficultés, les dossiers déposés dans le cadre de subventions pour les quartiers prioritaires, « on est obligés de jongler ». Et l’État qui diminue tout. « Cela nous inquiète », alertent les jeunes.

    Ils aimeraient aussi que le centre social s’équipe de minibus pour se déplacer plus facilement. Une priorité pour Kader. Dans la vie de tous les jours aussi, l’expérience porte ses fruits. « Cela nous apprend à être à l’aise, à mieux s’exprimer », reconnaît Hadidja. « On est capable d’avoir un avis et qu’il soit pris en compte », ajoute Soulayman. Même si Zayan reconnaît qu’il « n’y a pas moyen » d’aller contre l’avis de sa mère ou d’un professeur.

    « Le pouvoir d’agir »

    Le « pouvoir d’agir des jeunes », c’est bien là le leitmotiv de Kader, qui doit par la même occasion convaincre les adultes.

    « Je suis assez grand pour prendre des décisions, je suis mature, quelqu’un de construit. Avoir 18 ans ça veut rien dire. Je suis un grand garçon », embraye Iqbal. « Des gens de mon âge ont déjà assez de poids sur le dos, beaucoup de responsabilités. Ils travaillent, paient le loyer de chez eux. Je suis assez grand pour que, ma parole, elle compte quand je dis quelque chose. On a tous notre mot à dire, c’est ça la liberté d’expression », insiste-t-il. Et de revenir sur ce qui se passe dans son quartier la Simiane.

    « On a des loyers trop chers. On est au centre des quartiers Nord, mais on est oubliés. Le syndic ne fait rien pour nous. Alors qu’il y a un terrain, on pourrait en faire un vrai stade comme à l’époque de mon grand frère. Là, je sors, je fais quoi ? Je m’assois sur le banc, je regarde l’heure passer ? Alors qu’il y aurait beaucoup de choses à faire », s’indigne-t-il. « C’est vide », confirme Zayan. Les tentatives de dialogue, n’ont « rien donné », déplorent-ils. « J’ai bien pensé à faire une manifestation », confie Iqbal, « mais les gens s’en foutent, car on n’est pas assez de jeunes, on est des générations séparées ».

    De là à évoquer le droit de vote dans les quartiers, il n’y a qu’un pas, qu’il franchit sans souci. « Je parle beaucoup politique avec mon père, je serai capable. Je veux vraiment que ça change et pas que pour moi, aussi pour les plus petits ! », insiste Iqbal. « Je veux pas déménager, je suis né ici, je veux changer là où j’habite », assène Zayan.

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    Ils sont très exactement 18, âgés de 12 à 17 ans, venus du centre social la Martine, à Marseille (15e) à débouler ce matin-là à la mairie des 15e et 16e arrondissements, rue de Lyon. Sous la houlette de Kader Allem, coordinateur jeunesse, Jhani, Yacine, Kalil, Léo, Élise ou Sami sont venus en savoir plus sur l’institution dans le cadre d’un « rallye citoyen », démarré en mars dernier. Le but : les rendre véritablement acteurs de leur cité.

    « On est toujours en train de leur dire qu’il faut être citoyen mais la citoyenneté ne se décrète pas, elle se vit », explique Kader. Un travail de longue haleine dans des quartiers où être jeune relève parfois de la gageure.

    Franche et directe, madame la maire, Nadia Boulainseur (DVG), joue volontiers le jeu, bombardée de questions. « Comment vous gérez les quartiers ? », « Comment vous comptez améliorer notre cadre de vie ? » « C’est vous qui entretenez les city stades ? » « C’est quoi votre quotidien ? » Patiemment, l’élue rappelle les compétences d’une mairie de secteur : état civil, animations des centres aérés, « entretien des équipements transférés »… Mais au-delà, il y a aussi « la bonne volonté de l’équipe en place » pour agir détaille Nadia Boulainseur. Et de défendre ses choix, comme celui d’une politique culturelle « ambitieuse ».

    Pas de diplôme de maire

    Elle donne l’exemple de la maison de musique, ouverte à Saint-Henri (16e). « Avec des cours de piano, de violon. On m’a dit que cela ne fonctionnerait pas », se souvient l’élue. « Mais moi j’ai habité à la Granière, au K62, je sais ce que les habitants de ces quartiers veulent et surtout ne veulent pas », poursuit-elle. L’équipe municipale a détecté le frein, « il était financier » témoigne Nadia Boulainseur. « Alors on a fait un tarif symbolique à 5 euros et dégressif dans les fratries. Et aujourd’hui, on travaille à tripler les cours », développe-t-elle fièrement.

    Au fur et à mesure des échanges, elle revient sur la nécessité de faire avancer la question du logement, des transports… « C’est pas normal que les jeunes disent quand ils vont dans le centre-ville, qu’ils descendent à Marseille, qu’ils ne se sentent pas Marseillais », s’indigne-t-elle devant une assistance qui approuve.

    « Et le maire de Marseille, il vous gère à vous aussi ? À quoi il sert finalement ? », balance sans ambages Chemsy. « À valider les permis de construire, assurer l’entretien des parcs quand ils font plus d’un hectare, à gérer la police municipale même si les maires sont aussi OPJ, officier de police judiciaire », répond la maire qui se marre.

    Puis, stupeur quand la troupe apprend qu’il suffit d’avoir 18 ans et de se présenter pour être maire. Tout le monde étant persuadé qu’il faut un diplôme. « Mais alors moi si je veux, je peux me présenter ? Et être élu ? » insiste un ado. Nadia Boulainseur s’embarque alors dans une explication simplifiée de la loi PLM, pour aborder la question de la majorité et on devine qu’une partie de l’assistance décroche un peu… Elle tient à faire passer le message : « Cette mairie est la vôtre, moi je ne fais que passer… »

    Être acteur de sa vie

    Mais vient le fond de toute l’affaire : « Pourquoi c’est important d’être citoyen ? », lâche timidement Yasmine. « Parce qu’il ne faut pas laisser les autres choisir pour toi ! Et puis après quand on ne s’intéresse pas, il ne faut pas se plaindre même si je comprends qu’on puisse être dégoûté par la politique. Mais il faut être acteur de sa vie », estime l’élue revenant sur son propre parcours. « À l’époque j’habitais la Granière et le bailleur a fait faillite, il a vendu les logements. Mes parents n’avaient pas les moyens d’acheter, on a dû partir dans le 11e. Je me suis retrouvée dans un bidonville avec 15 familles d’Arabes, 15 familles de gitans, l’idée étant de nous laisser loin de tout », raconte-t-elle. Elle martèle : « Si j’avais dû me dire c’est mort, je ne serais pas en face de vous aujourd’hui. Il ne faut jamais baisser les bras. Même si c’est plus difficile pour vous, on ne va pas se mentir, et aussi pour les filles en particulier. » Mais elle en est persuadée : « Vous pouvez déjouer tous les plans. » Après plus d’une heure de questions-réponses, les ados repartiront ravis. Prochaine étape, un voyage à Paris à l’Assemblée nationale en décembre prochain. Une visite « trop stylée » imaginent-ils déjà.

  • Quatre jeunes redonnent vie au mur du dojo de Pertuis

    Quatre jeunes redonnent vie au mur du dojo de Pertuis

    Les travaux, effectués dans le cadre d’un chantier jeunes, se sont achevés ce vendredi. « Le but de ce chantier est de remobiliser des jeunes déscolarisés ou en errance, qu’ils se réapproprient les codes du travail et de la société, les faire s’investir plus dans leur ville, développer la citoyenneté, les faire se sentir utiles tout en découvrant le métier de peintre, rapporte Romain Hervatin, éducateur pour l’Addap 13 et encadrant du chantier, aux côtés de Ariane Domenach, éducatrice à Pertuis. Les jeunes ont été repérés grâce à un travail de rue et des présences sociales. »

  • Rappeurs en herbe et tremplin hip-hop à Marseille

    Rappeurs en herbe et tremplin hip-hop à Marseille

    Des jeunes de 12 à 15 ans

    Organisé sur la deuxième semaine des vacances de la Toussaint, le stage a concerné une quinzaine de jeunes entre 12 et 15 ans, sélectionnés par les réseaux respectifs d’Étincelles et We Are Etendard, en contact avec plusieurs centres sociaux de la ville. Sponsorisé par Puma, le programme s’est déroulé en deux phases. La première, du lundi au jeudi, avec 2 heures d’entraînement de foot suivi d’1h30 d’ateliers d’écriture rap chaque jour. La deuxième le vendredi, avec une session d’enregistrement le matin et une visite exclusive du Vélodrome l’après-midi.