Tag: Jeunes agriculteurs

  • DNC : la douleur des éleveurs et l’impasse politique

    DNC : la douleur des éleveurs et l’impasse politique

    C’est une colère qui ne cicatrise pas. Une colère rugueuse, enracinée dans la terre comme les bêtes qu’elle défend. Depuis l’été 2025, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) s’est imposée comme un cauchemar pour les éleveurs. Apparue en Savoie avant de gagner le Sud-Ouest, la maladie bovine a entraîné une riposte sanitaire brutale : abattage total du troupeau dès le premier cas, même lorsque les bêtes sont vaccinées. Dans les campagnes d’Occitanie, ce protocole est vécu comme un couperet. Des fermes transformées en friches à bétail, des animaux abattus en masse, des familles économiquement étranglées.

    Alors que le ministère assurait que « l’épidémie est sous contrôle », les blocages ont fleuri : A64 à Carbonne, A75 à Sévérac ou en Lozère, RN88 en Aveyron, préfecture d’Auch. Partout, la même colère : la décision est tombée d’en haut, sans concertation et sans nuance. Les syndicats agricoles – de la FDSEA à la Confédération paysanne – ont fait front commun, revendication assez rare pour être signalée

    L’espoir d’un dialogue s’est rapidement évaporé. Une cellule scientifique était censée réexaminer le protocole. Elle a finalement confirmé l’abattage systématique. Pour beaucoup d’éleveurs, « la porte s’est refermée ». Dans les esprits, le fossé avec l’État s’est encore creusé. À cette violence symbolique s’ajoute une réalité économique : fermes à l’arrêt, trésoreries exsangues, aides jugées dérisoires. Dans le Gers, certains paysans disent vivre avec 300 ou 400 euros par mois. Comment tenir ?

    Un monde paysan

    qui ne veut plus plier

    Au cœur de l’hiver, les barrages ont tenu. « Il n’y a pas de Noël, pas de Premier de l’An ; on sera là », répètent les militants. Les routes du Sud-Ouest gardent les stigmates : pneus brûlés, paille, radars détruits. Les dégâts se chiffrent en millions d’euros. Les élus locaux s’interrogent : qui paiera ? Les communes ? L’État ? Les sociétés d’autoroute ? Mais derrière ces factures se cache surtout un sentiment d’abandon. Car la DNC n’est qu’un révélateur : concurrence internationale, prix tirés vers le bas, accords commerciaux décriés, charges en hausse. La crise sanitaire a simplement mis le feu aux poudres.

    Les scientifiques espèrent une décrue de la maladie, portée par une vaccination massive : dans plusieurs départements, plus de la moitié des bovins sont déjà protégés. Le gouvernement promet qu’« il sera temps de réévaluer » l’abattage lorsque l’immunité collective sera atteinte. Le Cirad a été missionné pour étudier cette piste. Mais pour les paysans, le mal est fait. Certains ont renoncé au Salon de l’agriculture pour protéger leurs bêtes. D’autres ne savent même pas s’ils pourront redémarrer. Et la confiance dans la parole publique est au plus bas.

    2026 ne sera donc pas seulement l’année de la sortie de crise sanitaire. Elle sera celle de la décision : continuera-t-on à piloter l’agriculture depuis les cabinets ministériels, loin des fermes ? Ou acceptera-t-on que les paysans soient des partenaires, pas des variables d’ajustement ? Ce qui est sûr, c’est que les croix blanches plantées le long des routes pour les vaches abattues resteront un symbole.

  • Troisième action des agriculteurs en une semaine en Vaucluse

    Troisième action des agriculteurs en une semaine en Vaucluse

    « Madame Von der Leyen, le Mercosur, c’est nein », a lancé à de multiples reprises, tel un slogan, Sylvain Bernard, secrétaire général de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de Vaucluse (FDSEA 84), ce vendredi 19 décembre, lors d’un mouvement de son syndicat. C’est le troisième en une semaine, après celui de la Confédération paysanne lundi et déjà la FDSEA mercredi.

    Dès 6 heures du matin, plusieurs dizaines de camions et tracteurs sont partis de l’Agroparc en direction de la préfecture de Vaucluse, où ont été déversées des tonnes de produits invendus et de déchets agricoles. Les quelques petites collines de détritus ont ensuite été mises en flammes, dont la fumée noire a embaumé toute la Cité des Papes.

    Trêve de Noël

    Outre le Mercosur et la dermatose nodulaire, la FDSEA dénonce aussi l’aménagement de la taxe carbone aux frontières sur les engrais importés. « On ne peut pas prendre de charges supplémentaires car on ne fait pas de marges. Cette taxe n’a aucun sens alors qu’on importe des produits de pays qui ont massivement déforesté pour cultiver », assure le responsable syndical. C’est à quelques centaines de mètres de là, devant la Cité administrative donc, que les responsables syndicaux se sont exprimés, juste après un jet de pommes pourries sur les bureaux. Une action stoppée net après que l’un des fruits a heurté le visage d’un des policiers. « C’est un petit coup qu’on vient de mettre. S’il ne se passe rien, à la rentrée, ce sera un grand coup de pied qui sera mis », lance à la foule Jordan Charransol, président des Jeunes agriculteurs de Vaucluse. Tandis Sylvain Bernard évoque tout de même deux ou trois actions coup de poing pendant les vacances, la « trêve de Noël » demandée par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, devrait bien être respectée.

  • Plus d’une tonne de légumes donnés à Avignon pour ne pas les jeter

    Plus d’une tonne de légumes donnés à Avignon pour ne pas les jeter

    Devant la préfecture de Vaucluse, ce mercredi 10 décembre en milieu de matinée, un long camion rempli de dizaines de cagettes de mâche est déchargé par une demi-douzaine de bénévoles d’associations diverses du territoire avignonnais. « On donne pour ne pas jeter », lâche avec dépit Sylvain Bernard, secrétaire général de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de Vaucluse (FDSEA 84).

    Au total, 500 kilos de mâche, 200 de céleri, de blettes et de butternuts ont ainsi été donnés aux Restos du Cœur de Sorgues et à l’épicerie solidaire de Châteaurenard.

    Car chaque semaine, « on en jette au moins dix fois plus par exploitation », assure un exploitant de Pernes-les-Fontaines, gilet sans manches des Jeunes agriculteurs sur les épaules. « On comprend que les gens achètent le moins cher, bien sûr. Surtout quand on voit que ça passe du simple au double. Mais de notre côté, on est obligés de tout broyer. C’est comme ça chez tout le monde. Qui peut travailler dans ces conditions ? », s’interroge son confrère dans la même tenue. « C’est de la belle marchandise, et au lieu de la jeter, c’est formidable de pouvoir en proposer à nos bénéficiaires. Car on en manque en ce moment », témoigne Claude, bénévole pour Les Paniers solidaires, épicerie sociale basée à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône). « Il faudrait mettre un système en place pour pouvoir récupérer tout ça dès qu’ils doivent jeter quelque chose. Car on est très demandeurs de ces produits et on peut se déplacer sans aucun problème », insiste Vincent Rodrigue, bénévole « à la ramasse » des produits pour les Restos du Cœur de l’Isle-sur-la-Sorgue, tout en tentant de faire rentrer toutes les cagettes dans son camion tel un Tetris de verdure. D’autant qu’il affirme qu’il y a « de plus en plus d’inscrits » aux distributions alimentaires, avec aujourd’hui 210 familles accompagnées. « Surtout beaucoup de jeunes », ajoute-t-il tristement.

    Moins de consommation

    Une action qui a été organisée par la FDSEA de Vaucluse, car confrontés « à un surplus de production et à des difficultés de mise en marché », précise le syndicat dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux. « Les magasins nous disent qu’il n’y a plus de consommation. Et dans le même temps, ils mettent des produits étrangers moitié moins chers que les nôtres. Et ce alors que la différence quand eux les achètent est bien moindre. Ils profitent du fait que c’est produit en France pour se remplir les poches », poursuit Sylvain Bernard. « D’autant qu’avec la loi anti-gaspi, on est hors-la-loi avec tout ce que l’on jette. Déjà qu’on est assaillis par des normes sans commune mesure avec celles des autres pays », abonde Philippe Bon, vice-président de la FDSEA de Vaucluse.

  • Un forum autour de l’installation des agriculteurs

    Un forum autour de l’installation des agriculteurs

    S’installer en tant qu’agriculteur, cela peut paraître périlleux. Et pour répondre aux nombreuses interrogations, le syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) de Vaucluse organisait ce mardi 18 novembre la 26ᵉ édition du Forum à l’installation au lycée agricole Pierre Le Roy de Boiseaumarié à Orange.

    Dans une des salles de l’établissement, une dizaine d’organisations tenaient un stand pour échanger avec environ 150 élèves de différents lycées du territoire, mais aussi des BTS. Comme la Chambre d’agriculture, mais aussi des représentants du Département, de la Région ou même de la Chambre des notaires de Vaucluse.

    « On croit à ce qu’il y ait des jeunes qui s’installent et on est là pour les aider », confirme Guillaume Greter, vice-président des JA de Vaucluse et président de la commission sur l’installation. Tout en concédant que « comme dans tous les secteurs c’est difficile » mais qu’il faut « prendre les aléas comme ils viennent », le syndicaliste estime que « le Vaucluse est assez propice avec une courbe d’installation stable chaque année car c’est le département le plus riche en terres agricoles de Paca ».

    Agriculture raisonnée

    « Cela m’ouvre un peu les yeux sur mes possibilités et m’a donné envie de poursuivre mes études dans ce secteur, notamment le secteur viticole », confie ainsi Maxime, élève en terminale, tout en vagabondant de table en table au milieu de ses camarades.

    Tables où se trouvent également des structures qui valorisent l’agriculture raisonnée, à l’image de la Fadear, réseau de l’agriculture paysanne. « On peut partir sans rien et augmenter petit à petit tout en prenant soin de l’environnement », confie Clara Landais, co-présidente de la structure.

  • Les raisins de la colère avant un salon viticole tendu à Montpellier

    Les raisins de la colère avant un salon viticole tendu à Montpellier

    Attendue au Salon international des filières viticole, vinicole, arboricole et oléicole (Sitevi) du 25 au 27 novembre à Montpellier, Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, pourrait avoir les oreilles qui sifflent.

    Au sortir de vendanges qui laissent augurer d’une récolte historiquement faible (avec l’arrachage), les viticulteurs, en proie à une crise systémique de surproduction en raison de l’effondrement de la consommation de vin et du jeu pervers des puissants intermédiaires (négoce, grande distribution), ont le moral en berne.

    Samedi 15 novembre, après plusieurs mois de faux calme, entre 4 000 et 7 000 vignerons ont à nouveau dit leur inquiétude pour l’avenir d’une profession qui subit aussi les droits de douane de Trump ou les taxes chinoises (Cognac, Armagnac). La colère s’est exprimée aussi. En marge du calme cortège, un magasin Lidl et un radar ont été dégradés.

    Malgré la belle affluence, une viticultrice du Minervois se montre pessimiste. « On a l’impression qu’on ne nous écoute pas, qu’on se fout de nous », lâche-t-elle tandis qu’une réunion doit se tenir au ministère le 24 novembre, veille du Sitevi au parc des expos.

    À l’heure où la profession doit s’adapter (eau, cépages…) aux effets du dérèglement climatique (sécheresse, gel, grêle…), le président des Jeunes agriculteurs (JA) du Gard, Romain Angelras s’agace. « On nous étouffe sous les normes. On nous noie sous les taxes. On nous ment sur les prix. Et pendant qu’on se bat pour survivre, d’autres exportent le vin au prix de l’eau. D’autres vendent des bouteilles au prix d’un simple café ».

    Les propositions du PCF

    Attentifs, les élus du groupe communiste, républicain et citoyen d’Occitanie se disent solidaires. Ils réclament « l’instauration de prix planchers pour les vins de table, IGP, AOP et biologiques, fixés par une conférence exceptionnelle réunissant l’ensemble de la filière et garantissant une rémunération juste du travail des vignerons ». Le groupe se prononce aussi en faveur de « l’activation de mesures de sauvegarde et le blocage des importations lorsque le maintien de filières de production spécifiques est en jeu ». À plus long terme, les élus PCF prônent la « diversification des exploitations viticoles afin de sécuriser une partie du revenu agricole en cas d’aléa climatique ou sanitaire sur la vigne ». Enfin, ils réclament la mise en place d’un « véritable régime public d’assurance contre les risques climatiques, sanitaires et environnementaux ».

    Vendanges : les résultats dévoilés par Sun’Agri au salon Sitevi

    Mardi 25 novembre à 9h30, au premier jour du Sitevi au parc des expositions de Montpellier, Sun’Agri dévoilera les résultats agronomiques des vendanges 2025. Un millésime qui pourrait être de bonne qualité mais d’une quantité historiquement faible, selon les craintes des syndicats. Tout au long de ce salon, Sun’Agri, agritech filiale d’Eiffage Concessions, pionnière et leader de l’agrivoltaïsme dynamique, propose plusieurs animations sur son stand. Mardi 25 novembre (11h), une dégustation du premier vin agrivoltaïque de Damien Besombes. Les 26 et 27 novembre, d’autres dégustations de vins agrivoltaïques comparés. Forte de 15 années de recherches conduites avec l’Inrae, auteure du premier démonstrateur agrivoltaïque dynamique, Sun’Agri équipe 41 parcelles agrivoltaïques.

  • Mobilisation agricole calme et revendications fermes

    Mobilisation agricole calme et revendications fermes

    Sur ce paquet de pâtes, il y a marqué “origine UE et non UE” sans précisions. Il y a de grandes chances que ce soit du blé canadien traité au Roundup », tonne haut et fort Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA 84, paquet de pâtes dans les mains, dans les rayons du Lidl situé route de Montfavet, à Avignon, ce vendredi 26 septembre.

    Une prise de parole qui résume bien la matinée passée par une trentaine de militants de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs. De 8h à midi, ils ont inspecté les rayons, notamment ceux des fruits et légumes, du Auchan Avignon Nord, du Grand Frais, puis du Lidl, situé à quelques centaines de mètres. Ils ont scrupuleusement balisé chaque produit non issu de l’agriculture française, ou vendu à un prix jugé trop bas pour permettre une rémunération correcte des producteurs, notamment pour le vin.

    Les militants ont également distribué aux passants, panier ou caddie en main, un « menu déséquilibré », composé de produits d’origine étrangère cultivés dans des conditions interdites en France et en Europe, mais importés. « On entend beaucoup parler du Mercosur. Mais il y a d’autres accords, comme celui avec le Maroc, qui nous touchent beaucoup, surtout en Vaucluse, avec les cerises, les tomates ou le melon », poursuit le responsable syndical.

    Dans chaque magasin, les producteurs se sont aussi attardés devant les rayons d’amandes et de noix. « On essaie de relancer ces filières, mais il n’y a quasiment aucun produit français. On trouve beaucoup de produits des États-Unis et on sait dans quelles conditions ils sont produits là-bas », poursuit Julien Latour, viticulteur à Violès et secrétaire général adjoint de la FDSEA. Tandis qu’au rayon des vins de Lidl, c’est aussi le prix qui est dénoncé, avec des bouteilles à parfois moins de 2 euros. « À moins de 3 euros, n’achetez pas, car cela ne nous rémunère pas », lance un militant aux clients.

    Et maintenant ?

    À l’issue des quelques heures de mobilisation, les agriculteurs mobilisés se sont réunis autour de leur secrétaire général pour faire le point et envisager la suite. « Il faut passer un cap. Il faut se coordonner dans toute la France pour s’attaquer au portefeuille, sinon, on n’arrivera à rien », lance un des producteurs. « Si ça continue, on risque de se radicaliser, car on est à bout », avance un autre. « Ils doivent s’attendre à ce que ce soit plus dur qu’avant. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi, car on peut finir devant des tribunaux », tempère Sylvain Bernard. Ce dernier souhaite « mettre la pression en permanence » tout en proposant d’aller à la rencontre des patrons de la grande distribution, « qui sortent d’écoles de commerce et ne connaissent même pas la saisonnalité des produits ».

  • Une mobilisation calme, mais des revendications fermes

    Une mobilisation calme, mais des revendications fermes

    Sur ce paquet de pâtes, il y a marqué “origine UE et non UE” sans précisions. Il y a de grandes chances que ce soit du blé canadien traité au Roundup », tonne haut et fort Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA 84, paquet de pâtes dans les mains, dans les rayons du Lidl situé route de Montfavet, à Avignon, ce vendredi 26 septembre.

    Une prise de parole qui résume bien la matinée passée par une trentaine de militants de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs. De 8h à midi, ils ont inspecté les rayons, notamment ceux des fruits et légumes, de l’Auchan Avignon Nord, du Grand Frais, puis du Lidl, situé à quelques centaines de mètres. Ils ont scrupuleusement balisé chaque produit non issu de l’agriculture française, ou vendu à un prix jugé trop bas pour permettre une rémunération correcte des producteurs, notamment pour le vin.

    Les militants ont également distribué aux passants, panier ou caddie en main, un « menu déséquilibré », composé de produits d’origine étrangère cultivés dans des conditions interdites en France et en Europe, mais pourtant importés. « On entend beaucoup parler du Mercosur. Mais il y a d’autres accords, comme celui avec le Maroc, qui nous touchent beaucoup, surtout en Vaucluse, avec les cerises, les tomates ou le melon », poursuit le responsable syndical.

    Dans chaque magasin, les producteurs se sont aussi attardés devant les rayons d’amandes et de noix. « On essaie de relancer ces filières, mais il n’y a quasiment aucun produit français. On trouve beaucoup de produits des États-Unis et on sait dans quelles conditions ils sont produits là-bas », poursuit Julien Latour, viticulteur à Violès et secrétaire général adjoint de la FDSEA. Tandis qu’au rayon des vins de Lidl, c’est aussi le prix qui est dénoncé, avec des bouteilles à parfois moins de 2 euros. « À moins de 3 euros, n’achetez pas, car cela ne nous rémunère pas », lance un militant aux clients.

    Et maintenant ?

    À l’issue des quelques heures de mobilisation, les agriculteurs mobilisés se sont réunis autour de leur secrétaire général pour faire le point et envisager la suite. « Il faut passer un cap. Il faut se coordonner dans toute la France pour s’attaquer au portefeuille, sinon, on n’arrivera à rien », lance un des producteurs. « Si ça continue, on risque de se radicaliser, car on est à bout », avance un autre. « Ils doivent s’attendre à ce que ce soit plus dur qu’avant. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi, car on peut finir devant des tribunaux », tempère Sylvain Bernard. Ce dernier souhaite « mettre la pression en permanence » tout en proposant d’aller à la rencontre des patrons de la grande distribution, « qui sortent d’écoles de commerce et ne connaissent même pas la saisonnalité des produit ».

  • La mobilisation des agriculteurs annoncée à Avignon et Tarascon

    La mobilisation des agriculteurs annoncée à Avignon et Tarascon

    En cette veille de mobilisation agricole, difficile d’obtenir quelques infos, même de la part des syndicats agricoles qui y appellent… Le président de la Fédération du syndicat des exploitants agricoles (FDSEA) des Bouches-du-Rhône, Romain Blanchard annonce simplement dans une vidéo qu’il ira manifester « chez lui, à Tarascon, vendredi 26 septembre ». Secrétaire général des Jeunes agriculteurs (Vaucluse), Guillaume Bonino, viticulteur à Roaix, près de Vaison-la-Romaine, consent à dire le lieu et l’heure de rendez-vous à Avignon (voir ci-contre), mais pas le détail des actions. « On donnera les consignes demain vendredi sur place, pour éviter comme l’autre fois que les infos fuitent », dit-il. Selon l’appel au national, les actions devraient par exemple se concentrer devant les services de l’État, les grandes et moyennes surfaces (GMS).

    La censure de la loi Duplomb contestée

    « On va se focaliser sur les problématiques de l’agriculture en Vaucluse », indique pour sa part Guillaume Bonino. « On veut que les GMS et la grande distribution jouent le jeu avec les producteurs français et nous achètent nos produits à des prix rémunérateurs pour les producteurs locaux », appuie-t-il. Il prend l’exemple de la « fraise de Carpentras, un des premiers fruits de la saison. Chaque année, notre production, vendue à 18 euros le kilo, est concurrencée par les fraises espagnoles et marocaines, vendues à 6 euros le kilo, et achetées par 90% des consommateurs. Or la fraise marocaine est cultivée avec des produits interdits en France. Les fraises de Vaucluse, qui ne se vendent pas, sont conservées dans des frigos et l’acheteur finit par nous les acheter à prix cassé, à 4 euros le kilo, mais il les vend toujours à 18 euros le kilo », dénonce Guillaume Bonino. Ce problème est loin d’être nouveau… « Nos parents ont connu les mêmes problèmes, mais avant le coût de la vie était moins cher… », pointe-t-il.

    Dans ce département où se côtoient beaucoup de productions agricoles, le viticulteur remet sur le tapis la loi Duplomb, dont le Conseil constitutionnel cet été a censuré l’article 2. Celui-ci prévoyait le retour, sous certaines conditions, de l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes, jugé dangereux pour la santé et l’environnement. L’acétamipride est également accusé d’être un « tueur d’abeilles ». Guillaume Bonino déclare : « On ne veut pas d’interdiction sans solution. Car toutes les semaines, on nous retire des matières actives, ce qui met en péril nos cultures. » Quant aux taxes Trump, +15% de droits de douane annoncés sur le vin, cela risque de porter un mauvais coup aux Côtes-du-Rhône, « 1ère des appellations importées aux États-Unis » selon lui. Dans l’Union européenne, la France et l’Italie surtout se battent pour obtenir une exemption de ces droits de douane.

  • L’unité syndicale reste intacte contre l’accord avec le Mercosur

    L’unité syndicale reste intacte contre l’accord avec le Mercosur

    Véritable serpent de mer depuis 20 ans, le traité de libre-échange avec le Mercosur sera-t-il une couleuvre de plus à avaler pour les agriculteurs ? La profession est en tout cas prête à se mobiliser pour s’opposer à la ratification de ce traité.

    Mercredi 3 septembre, la Commission européenne a pourtant validé l’accord commercial négocié depuis plus de 25 ans entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Pour entrer en vigueur, cet accord doit désormais être soumis à l’approbation des États membres et du Parlement européen.

    Alors que l’Assemblée nationale s’était déjà prononcée contre cet accord le 30 janvier, le gouvernement –avant de devenir démissionnaire– a salué les changements effectués par la Commission européenne sur cet accord. « Cela va dans le bon sens […] La France va maintenant examiner dans le détail ce qui est proposé, afin de s’assurer de l’efficacité du dispositif », a ainsi réagi Laurent Saint-Martin, le ministre démissionnaire délégué du commerce extérieur. Dans cette nouvelle mouture, plusieurs ajouts ont pour but de défendre la filière agricole française. Une « clause de sauvegarde » a en effet été introduite pour garantir la pérennité d’une filière qui serait mise en difficulté par l’accord. Touché par la hausse des droits de douane aux États-Unis, le patronat pousse depuis plusieurs semaines pour la signature de cet accord qui devrait augmenter les exportations de voitures, machines, vins et spiritueux et favoriser l’importation de viande, sucre, riz, miel et soja.

    Mobilisation

    le 26 septembre

    Immédiatement, la profession a fustigé la décision de la Commission. L’ensemble des syndicats agricoles français ont ainsi fait part de leur colère. « Tous les syndicats sont opposés à cet accord. C’est un problème car cet accord permet de faire rentrer en France des productions qui n’ont pas les mêmes normes soit sanitaires soit sociales. Ça va encore faire baisser le prix des productions dans un moment où l’agriculture va très, très mal », explique Didier Gadéa, le président du Modef de l’Hérault qui ne « croit pas » aux garde-fous ajoutés dans la dernière version. « Il faut savoir que ces accords que l’on signe peuvent être modifiés, notamment concernant les volumes d’importations », ajoute le viticulteur.

    Même constat du côté de la Confédération paysanne : « Depuis plusieurs décennies, nous nous opposons à tout accord de libre-échange et à l’expansion d’un modèle néolibéral. Nous considérons que ces accords vont tirer vers le bas notre modèle agricole, social et humain. C’est de la concurrence déloyale pour nos agriculteurs locaux. On veut nous faire croire que sans cet accord on ne peut plus commercer avec l’Amérique latine, c’est faux ! », rappelle Simon Le Berre, porte-parole de la Conf’ du Gard.

    « Nous restons fermes sur notre opposition pleine et entière à la ratification de l’accord du Mercosur. Depuis des mois, les agriculteurs français et leurs homologues européens expriment leur désaccord : faire la sourde oreille et ignorer la voix des agriculteurs ne feront que raviver la colère », a aussi réagi Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA qui a cosigné un communiqué avec les Jeunes agriculteurs. Les deux organisations appellent d’ailleurs les agriculteurs à manifester le vendredi 26 septembre contre « le Mercosur, les taxes imposées par Donald Trump et le flot des importations internationales qui ne respectent pas les normes qui sont les nôtres ». Une nouvelle mobilisation inflammable qui s’ajoute à un climat social incandescent. Car de leurs côtés, le Modef et la Conf’ appelaient les agriculteurs à faire grandir les cortèges du 18 septembre.