Tag: Israël

  • Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Née en 1949 à Beyrouth, elle fut l’une des premières femmes à représenter l’OLP à l’étranger. Retrouvée morte à son domicile de Lecques, dans le Gard, elle laisse l’image d’une figure engagée et respectée du dialogue euro‑palestinien.

    Relire notre entretien du 15 septembre 2020 : « L’accord de normalisation avec Israël : une imposture »

  • La droite condamne la rupture du Mucem avec Digital Realty

    La droite condamne la rupture du Mucem avec Digital Realty

    Les présidents de deux des trois des institutions qui siègent au conseil d’administration du Mucem ont annoncé, ce jeudi 12 décembre, qu’ils interrompaient « toute forme ou perspective de coopération » de leurs collectivités avec le Mucem. « Nous refusons toute compromission avec l’antisémitisme et le racisme dans les structures que nous finançons, précisent de concert Martine Vassal et Renaud Muselier. Cette décision a été prise sous la pression d’activités d’extrême gauche qui veulent importer le conflit israélo-palestinien en France. »

    Dans un communiqué, la direction du Mucem justifie une décision commune qui visait « à ce que le musée poursuive ses missions de service public dans un contexte apaisé ». Le mécénat du géant des centres de données était en effet ciblé par des collectifs l’accusant d’être impliqué dans la colonisation en Cisjordanie, ce que contestait le Mucem lui-même dans nos colonnes, le 24 octobre dernier. Les collectifs impliqués célèbrent de leur côté « une grande première dans l’histoire des partenariats et mécénats culturels ».

    Un musée national

    Pour la Ville, qui siège également au conseil d’administration du Mucem, « la Région et le Département transforment les subventions en outil de chantage politique », a réagi Samia Ghali, première adjointe (DVG) au maire de Marseille. Rappelant : « Soupçon contre un collège ? financement suspendu », elle estime que « ce n’est plus de la gestion publique, c’est de la punition idéologique ».

    Quant à Audrey Gatian, élue (PS) en charge de la politique de la Ville, elle préférait ironiser sur « un gros potentiel comique de la droite marseillaise », qui oublie que « le Mucem est musée national et dépend du ministère de la Culture ».

  • Une mosaïque pour la paix face à la Méditerranée

    Une mosaïque pour la paix face à la Méditerranée

    « Ce banc, c’est une invitation à la rencontre, à s’asseoir côte à côte, comme un premier pas vers la paix », sourit Laura Sahin, co-responsable de la section sud de l’association Les Guerrières pour la paix. Sur la corniche Kennedy, à côté de la plage du prophète, une cinquantaine de personnes se sont réunies, ce jeudi, pour inaugurer la mosaïque de l’association. Un banc de la paix qui a d’autant plus de sens qu’il fait face à la Méditerranée, « une mer témoin des conflits qui frappent ses rives, en Israël, en Palestine, en Ukraine, en Syrie, au Liban », insiste la responsable.

    Débuté en octobre, le projet a été porté par l’association Les Guerrières de la paix, fondée en 2022 par Hanna Assouline, qui rassemblent des femmes juives et musulmanes pour promouvoir un discours de paix et la place des femmes dans ces processus. C’est en partenariat avec l’artiste Paola Cervoni, qui réalise les mosaïques de la corniche, et les élèves de l’école de la Seconde chance que ce banc a été réalisé.

    Pendant 2 mois, tous les mardi, élèves et bénévoles de l’association se sont retrouvés pour discuter de la paix et créer ce dessin de pierre, qui représentent une femme qui souffle les colombes de la paix. « ça fait chaud au cœur de voir le résultat », sourit Fadela Omari, guerrière de la paix.

    C’est donc un message d’apaisement et de solidarité que les guerrières de la paix et Ali Abu Awwad ont voulu porté, ce jeudi, jour du 10e anniversaire des attentats de Paris. « Dans un moment de grande fracture, où le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie montent, on a voulu recréer un espace commun et de dialogue », insiste Hanna Assouline, fondatrice de l’association. Un message de paix partagé par le fondateur de l’association palestinienne Taghyeer : « il faut que l’on soit pro-solution, pour que les Israéliens et les Palestiniens puissent vivre libres, dignes et en sécurité. »

    L’inauguration de ce banc a été suivi par la projection du film Résister pour la paix, au musée d’art contemporain de Marseille. Un film co-réalisé par Hanna Assouline, avec Sonia Terrab, sur des hommes et des femmes qui résistent pour la paix en Israël et dans les territoire palestiniens.

    Le pacifisme comme solution

    Militant pacifiste palestinien, Ali Abu Awwad lutte pour une solution à deux états.

    Une des façons d’agir de manière la plus juste pour nous [les Palestiniens], c’est en faisant de la non-violence notre identité, car nous n’avons pas d’état et le monde entier nous critique si l’on résiste militairement. » C’est la conviction d’Ali Abu Awwad, fondateur de l’association palestinienne pacifiste Taghyeer. Né près de Hébron, en Cisjordanie, il y habite toujours « entouré de grillages et de checkpoints où personne ne peut se déplacer librement ou travailler ».

    C’est pour lutter contre cette réalité qu’il crée Taghyeer (changement en arabe), pour promouvoir une solution non-violente à la guerre Israélo-palestinienne. « Je ne veux pas résister à l’occupation, je veux y mettre fin. Pour cela, il faut une action stratégique qui donnera à mon peuple sa liberté. » Il défend donc une solution à deux états, avec une reconnaissance mutuelle et la libre circulation des populations « pour que les deux peuples puissent vivre libres et en sécurité sur cette terre ».

  • [Exclusif] Les contrats d’Eurolinks avec Israël jugés à Marseille

    [Exclusif] Les contrats d’Eurolinks avec Israël jugés à Marseille

    Le fabricant marseillais de maillons pour munition, Eurolinks, est assigné depuis la semaine dernière en justice à Marseille par l’association des Juristes pour le respect du droit international (Jurdi). Cette équipe de juristes chevronnés soulève la nullité du contrat de livraison passé avec deux entreprises israéliennes d’armement, IMI Systems, filiale du groupe de défense israélienne Elbit systems, prestataire du ministère de la Défense de l’État hébreu, en raison des violations du droit international et du risque génocidaire dans sa réponse aux attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023.

    « Au regard de l’ampleur et le schéma des attaques menées par les forces israéliennes en violation du droit international pénal et du droit international humanitaire, il existe un risque extrêmement élevé que des composants, et au surplus des armes, livrés à des sociétés liées par une relation commerciale avec l’État d’Israël, soient utilisés en violation du droit international », dénonce l’assignation consultée par La Marseillaise qui cible la société Eurolinks installée dans la ZAC de Château-Gombert (13e).

    Jurdi plaidera directement au fond à l’audience fixée au 23 mars 2026 devant le tribunal judiciaire de Marseille. Ces juristes considèrent que les contrats passés par Eurolinks avec ces sociétés israéliennes sont « contraires à l’ordre public français » et demanderont au juge de constater la faute civile de la société et de prononcer l’annulation des contrats, sous astreinte de 50 000 euros par infraction constatée. « On ne peut fournir des armes à un État alors qu’il est en train de commettre des crimes internationaux. C’est évidemment contraire à l’ordre public français. Nous rappelons qu’il y a eu plus de 68 000 morts et 172 000 blessés dans la bande de Gaza » explique à La Marseillaise le magistrat Ghislain Poissonnier, vice-président chargé du contentieux stratégique à Jurdi.

    « L’ordre public français n’accepte pas des contrats qui portent atteinte à la dignité et à la vie humaine, à la santé publique, à la sécurité des êtres humains. On veut transposer cette idée reconnue en général par la jurisprudence aux fournitures d’armes d’un pays qui commet des crimes internationaux », ajoute le juriste interrogé lundi. « Nous irons si besoin en appel et éventuellement devant la Cour de cassation et la Cour européenne des Droits de l’homme, car on ne peut pas à la fois signer des traités internationaux disant qu’on va lutter contre le génocide et livrer des armes à un État qui est soupçonné de commettre des crimes internationaux. »

    La Ligue des Droits de l’homme a été la première à porter plainte en juin mais au pénal avec constitution de partie civile devant le tribunal de Paris contre ses sociétés qu’elle accuse de complicité de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crime de génocide dans ce qui serait une « politique intentionnelle de destruction de la société palestinienne » selon les mots de deux ONG israéliennes et alors que la Cour internationale de justice estime depuis janvier 2024 qu’il existe un « risque plausible de génocide ».

    Ces assignations font suite aux enquêtes des médias Disclose et Marsactu qui ont révélé l’expédition le 23 octobre 2023 par la société Eurolinks d’au moins 800 kg de maillons pour armes automatiques à destination d’Israël, puis l’escale d’un cargo israélien le 5 juin dernier à Fos-sur-Mer. Les dockers de Fos avaient alors bloqué les opérations destinées à embarquer en secret 14 tonnes des composants essentiels aux fusils-mitrailleurs de l’armée israélienne et fabriqués dans l’usine de Château Gombert.

    Contactée pour réagir, Eurolinks n’a pas donné suite.

  • [Entretien] Claire San Filippo : « Les conditions de vie à Gaza demeurent catastrophiques »

    [Entretien] Claire San Filippo : « Les conditions de vie à Gaza demeurent catastrophiques »

    Malgré l’annonce, le 10 octobre dernier, d’un cessez-le-feu conditionné, notamment, à la libération des derniers otages israéliens, la guerre se poursuit dans la bande de Gaza. Les bombardements ont déjà fait plus de 200 morts. Israël accuse le Hamas d’avoir restitué trois corps qui ne sont pas ceux d’otages enlevés le 7 octobre 2023. Le mouvement islamiste palestinien a, jusqu’à ce dimanche soir, restitué les dépouilles de 17 des 28 otages décédés, qu’il a accepté de remettre dans le cadre d’un accord de trêve négocié par les États-Unis avec Israël. Conformément à cet accord, pour chaque Israélien rendu, Israël a remis 15 corps de Palestiniens morts pendant la guerre, soit un total de 225.

    La Marseillaise : Un cessez-le-feu est censé être en place dans la bande de Gaza, mais les frappes israéliennes se poursuivent. Quelles sont les remontées de vos équipes ?

    Claire San Filippo : Le cessez-le-feu est indispensable, vital, dans la bande de Gaza, mais il reste extrêmement fragile. Le 29 octobre, nos équipes ont soigné des patients gravement blessés lors d’attaques menées par des forces israéliennes dans diverses structures de santé, notamment les hôpitaux d’Al-Aqsa, de Nasser et d’Al-Shifa. Depuis le début du cessez-le-feu, d’après le ministère de la Santé, plus de 211 personnes ont été tuées. Elles viennent s’ajouter à un bilan humain qui est absolument effroyable : plus de 68 000 personnes ont été tuées, 170 000 ont été blessées. Ces chiffres ne comprennent pas les personnes qui restent encore malheureusement sous les décombres, ni celles décédées faute d’accès aux soins. Derrière ces chiffres, il y a des individus, des vies qui sont détruites, des familles qui sont déchirées et un impact psychologique absolument dramatique. La bande de Gaza est détruite à plus de 90%, c’est inimaginable. Plus de 90% de la population a été déplacée à un moment ou à un autre et continue d’être privée de tout : d’un accès à l’eau, de quantité de nourriture suffisante, d’accès aux soins de santé, d’un logement sûr, digne, salubre, ce qui est particulièrement important alors que l’hiver approche à grands pas. Les personnes sont entassées dans des tentes de fortune, dorment à ciel ouvert ou au milieu de décombres, d’ordures, d’égouts. Plus de 70% de nos consultations, dans le sud, sont liées à des maladies qui sont directement en lien avec ces conditions de vie qui demeurent absolument catastrophiques.

    Quelles sont ces maladies qui se propagent ? Comment le système de santé peut-il y faire face ?

    C.S.F. : Ce sont des maladies cutanées, comme la gale par exemple, des maladies respiratoires, en augmentation avec le début de l’hiver, mais aussi des maladies gastro-intestinales, qui sont très liées à la destruction du système d’approvisionnement en eau et des systèmes d’assainissement. À MSF, on a traité plus de 78 000 cas de diarrhée au cours des deux dernières années, dont 24 000 depuis le mois d’avril 2025. Les Nations Unies avaient confirmé, le 22 août dernier, une situation de famine. Depuis l’annonce du plan américain, il y a une nette amélioration sur les marchés, avec la possibilité d’acheter des fruits, des légumes, du gaz domestique, mais ça ne résout pas le problème. La question nutritionnelle se pose aussi pour les quelque 170 000 blessés, parce qu’évidemment, la guérison nécessite un apport calorique important. Le manque d’accès à l’eau et d’hygiène de bases provoque des infections qui sont normalement évitables, mais sont aujourd’hui courantes à Gaza.

    L’aide humanitaire a-t-elle pu enfin entrer ?

    C.S.F. : On ne constate pas d’amélioration suffisante. Notre préoccupation majeure, c’est qu’à l’approche de l’hiver, s’il n’y a pas une amélioration immédiate, significative et massive de l’approvisionnement et de l’entrée de l’aide humanitaire, le risque de décès lié à des maladies évitables va être très élevé. Depuis le début de ce conflit, les autorités israéliennes ont apposé des blocages significatifs persistants face à l’entrée de l’aide humanitaire à toutes les étapes du processus d’approvisionnement, qui est extrêmement bureaucratique, qui manque de clarté et de cohérence. MSF exhorte les autorités israéliennes à laisser immédiatement entrer l’aide humanitaire en masse et de manière durable pour pouvoir répondre aux besoins qui sont absolument énormes.

    La Fondation humanitaire de Gaza (GHF organisation privée soutenue par Trump et Netanyahu) s’est dit prête à reprendre les distributions d’aide alimentaire. Cela vous inquiète ?

    C.S.F. : La GHF était tout sauf une organisation humanitaire. Elle a mis en place, dans la bande de Gaza, un système de violence institutionnalisé, de famine et de déshumanisation. En juin et en juillet dernier, sur une période de sept semaines, nous avons reçu dans nos deux centres de santé seulement quelque 1 380 blessés qui arrivaient des soi-disant sites de distribution alimentaire de cette fondation humanitaire, dont 28 cadavres. La situation était absolument catastrophique et nous avons appelé, avec toutes les autres organisations humanitaires et les agences de l’ONU, à la fermeture immédiate de la GHF, qui envoyait les gens à la mort. Pour nous, c’était des massacres orchestrés. Il est indispensable que tout plan futur de l’organisation du système humanitaire soit sous la houlette des Nations unies, dont l’expertise et l’expérience n’est pas à démontrer, et en aucun cas soit militarisée comme la GHF.

    Quinze membres de MSF ont été tué à Gaza depuis deux ans. Des enquêtes sont-elles en cours ?

    C.S.F. : Plus de 1 700 membres du personnel soignant est décédé à Gaza. Ce chiffre est effroyable et effrayant. Le décès d’un membre du personnel de santé, c’est une perte irréparable pour sa famille, ses proches, mais c’est aussi une perte pour l’ensemble du système de santé et pour la population gazaouie. On a vu, pendant cette guerre, que les structures de santé ont été ciblées, bombardées, de nombreux raids ont eu lieu. Des personnels soignants ont été et continuent d’être détenus, y compris sans avoir été inculpé. Aujourd’hui près de 16 000 patients sont en attente d’évacuation médicale vers d’autres pays, parce que ne pouvant pas être traités à Gaza, où seuls 14 des 36 hôpitaux sont encore ouverts. Les structures sanitaires sont submergées par un nombre très élevé de patients, qu’ils soient blessés, brûlés, polytraumatisés. À MSF, 15 de nos collègues ont été tués par les Israéliens depuis le début du conflit. Les mots me manquent pour décrire l’impact que cela a sur leurs familles, leurs proches, ainsi que les équipes. Le 2 octobre dernier, nous avons perdu deux de nos collègues dans une frappe aérienne israélienne. Ils venaient d’arriver dans une zone qui était censée être sûre après avoir fui la ville de Gaza suivant l’ordre d’évacuation des Israéliens. Ils ont été tués en attendant le bus pour se rendre sur leur lieu de travail dans l’hôpital de MSF. Ils étaient ergothérapeutes et kinésithérapeutes. Leur décès a évidemment eu un impact énorme sur ces activités qui sont absolument cruciales dans ce conflit.

  • [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    La Marseillaise : Ce 80e anniversaire est célébré dans un contexte inquiétant, de « menace existentielle pour l’Onu ». Faut-il craindre le pire ?

    Daniel Durand : Nous sommes dans une période difficile, inquiétante à de nombreux égards où le risque de guerre mondiale est réel. Mais il faut garder son sang-froid. Il y a déjà eu, ces quatre-vingts dernières années, des périodes extrêmes : les années 1960, avec les missiles russes à Cuba, les années 1980, avec les euromissiles et les risques d’affrontements en Europe, pour ne citer qu’eux. Il y a 80 ans on crée les Nations Unies, on établit une charte qui est censée régir les rapports des nations. Dès le départ, il y a deux conceptions qui vont s’affronter. Il y a l’espoir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’idée qu’on peut essayer de construire une humanité débarrassée de la violence, qui se traduit dans le texte fondateur par ce magnifique préambule « Nous, peuple des Nations Unies ». Et puis, il y a une autre conception qui traverse la charte de manière souterraine, c’est l’accord entre les deux vainqueurs de la guerre, l’Union Soviétique et les États-Unis, qui, pour régler leurs relations, privilégient le plan des rapports de force, et donc négocient entre eux le règlement au Conseil de Sécurité. Ce qu’on appelle le droit veto et la création de membres permanents. D’un côté, on a « nous, les peuples », et de l’autre, on a « nous, les États ». Cette opposition traverse l’histoire des 80 ans qui viennent de s’écouler.

    Dans votre livre vous saluez la place que tient désormais le droit international grâce à l’Onu. Comment cela a été rendu possible ?

    D.D. : Dans les dernières années, il y a eu des évolutions profondes notamment concernant le droit international qui est devenu une question politique de premier plan. En 2024, à deux reprises, la Cour internationale de justice (CIJ) s’est prononcée sur le risque de génocide à Gaza et sur la légalité ou non de l’occupation israélienne. Ça n’avait jamais été tranché de manière claire depuis 1967. La CIJ a statué que « non », il n’y a pas de doute, l’occupation israélienne des territoires occupés est illégale et Israël doit s’en retirer. Ces décisions ou ces avis sont rejetés, contestés par les États-Unis, par Israël, mais elles posent un problème politique et c’est un appui pour tous ceux qui veulent construire un monde où il y ait des véritables normes. Donc, on est vraiment dans un débat.

    C’est par ailleurs la pression des ONG qui a permis la création de la Cour pénale internationale (CPI). Celle-ci peut lancer des mandats d’arrêt contre quelqu’un comme Vladimir Poutine, le dirigeant d’une puissance membre permanent du conseil de sécurité.

    Depuis trois ans [et l’invasion russe en Ukraine, Ndlr], Poutine ne peut plus se déplacer comme il le veut. Cela concerne aussi le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu qui a été contraint de modifier son itinéraire de vol en se rendant à Washington pour ne pas survoler des pays comme l’Espagne ou autres, où il risquait d’être arrêté.

    Vous appelez à une réduction drastique des dépenses d’armement dans le monde. C’est bien le contraire qui se déroule actuellement…

    D.D. : Il faut être extrêmement inquiet et mobilisé sur ce qui est en train de se passer, notamment sur l’augmentation considérable des dépenses d’armement. On va sans doute approcher à la fin de cette année des 3 000 milliards de dollars de dépenses d’armement. À la fin de la Guerre froide, en 1989, on était à 900 milliards de dollars. On sait que des armes, un jour ou l’autre, sont faites pour servir. On assiste à deux phénomènes inquiétants : l’accumulation d’armes dans de nouvelles parties du globe, par exemple au Moyen-Orient, dans les pays du pétrole et en Europe avec la volonté des différents pays européens maintenant de dépasser les 3% du PIB et d’aller à 5%.

    La semaine dernière, le secrétaire général de l’Otan, a lui-même dit que l’augmentation des dépenses militaires se fait aux dépens des dépenses de développement, des dépenses sociales, etc. C’est le danger principal et immédiat auquel il faut faire face. Il ne faut pas lâcher sur le renforcement et l’élargissement des traités.

    Comment rester optimiste ?

    D.D. : Il faut avoir un regard intériorisé par rapport à ce que représentent les Nations Unies. Les problèmes qui sont en face de nous que ce soit le climat, l’eau, les migrations, sont globaux et on ne les réglera que si on les ressent comme des problèmes touchant l’ensemble de notre communauté.

  • L’ONU, une maison commune menacée

    L’ONU, une maison commune menacée

    « Nous, peuples des nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. » Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, la charte des Nations Unies était ratifiée par la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’URSS, les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale aux côtés de 46 autres états. L’idée étant d’empêcher un nouveau conflit mondial dévastateur. Cette volonté d’une communauté internationale avait déjà émergé au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec Société des nations (SDN) créée en 1919 et qui se solde par un échec après 25 ans d’engagement.

    L’Organisation des Nations Unies (ONU) est donc fondée sur quatre missions : maintenir la paix et la sécurité internationale, favoriser la coopération internationale, lutter contre la pauvreté et assurer le respect des droits de l’homme. Deux ans après la ratification de la charte, le drapeau est adopté, fond bleu et rameau d’olivier, symboles de la paix.

    Quatre-vingts ans plus tard, l’institution est critiquée, les attaques fusent. Dans son texte fondateur, il est notifié dès l’article 2 que « l’organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres ». Si ce principe s’applique pour l’Assemblée générale et ses 193 États membres, ce n’est pas le cas du Conseil de sécurité, organe exécutif de l’Onu, dont seuls les cinq membres permanents ont un droit de veto. Cette hiérarchie, issue de la guerre, pose question au fil des ans et des conflits qui éclatent. Ces lignes ne suffiront pas à tous les lister… Le génocide à Gaza en est un exemple criant. Les États-Unis, allié indéfectible d’Israël, ont, en deux ans seulement, opposé à six reprises leur veto sur des projets de résolutions exigeant la fin immédiate et permanente de la guerre sur le territoire palestinien. « La 10 000e réunion du Conseil de sécurité se solde par un veto, symbole de sa paralysie », se désolait le 18 septembre dernier le site d’information onusien. L’organisation reste, à ce jour, la seule garante du multilatéralisme. Et fait face à l’une de ses plus grandes menaces à ce jour en la personne de Donald Trump.

    C’est au siège new-yorkais de l’institution, à la tribune de la grande salle recouverte de marbre vert qu’ont été prononcés les discours parmi les plus marquants de notre histoire récente. De Harry Truman à Yasser Arafat, Thomas Sankara, Fidel Castro en passant par Nelson Mandela, Mouammar Kadhafi, Vladimir Poutine. Ces murs ont été le théâtre de la diplomatie mondiale. Pour le meilleur et parfois, le pire. « L’ONU ne règle pas les problèmes (…), elle en crée de nouveaux que nous devons résoudre », c’est ce qu’a avancé l’actuel président américain le 25 septembre dernier. Depuis le retour du milliardaire républicain au pouvoir en janvier, les États-Unis, premier contributeur de l’ONU, ont suspendu leur financement. C’est 1,5 milliard de dollars de cotisés qui n’avaient pas été payés au 30 septembre, dont 300 millions de dettes cumulées au fil des années selon un rapport de l’ONG Service international pour les droits de l’Homme (ISHR), publié ce mardi.

    À cela s’ajoutent les manœuvres de la Chine et de la Russie pour couper les financements de certains organismes qui déplaisent à ces deux puissances. « À l’heure où l’ONU est en pleine réforme et où la crise financière la frappe durement, ces efforts (…) constituent une menace existentielle pour le système des droits humains », note l’ONG suisse.

    Une catastrophe pour l’ONU qui prévoit d’ores et déjà une réduction de 15% de son budget ordinaire pour 2026, qui va nécessairement impacter les 38 000 personnes travaillant pour le Secrétariat et les 112 000 agents sur le terrain. Et des millions de personnes dans le monde.

    CHRONOLOGIE

    24 octobre 1945 : Ratification de la charte

    La charte de l’Organisation des Nations Unies est ratifiée et acte sa création officielle. Les cinq membres permanents, vainqueurs de la Seconde guerre mondiale sont signataires aux côtés de 46 autres États.

    10 décembre 1948 : Déclaration universelle des droits de l’Homme

    Les 58 États qui siègent alors au sein de l’Assemblée générale adoptent la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris.

    22 novembre 1967 : La résolution 242

    Après la guerre des Six Jours le Conseil de Sécurité adopte la résolution 242 censée servir de base à la paix au Moyen Orient. Le texte demande, déjà, le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés».

    13 novembre 1974 : Arafat, le rameau d’olivier et le fusil

    Le leader de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, s’exprime pour la première fois devant l’Assemblée générale, dans ce qui était alors considéré comme un tournant.

    4 octobre 1984 : Sankara à la tribune

    Dans la célèbre salle de marbre vert, le président burkinabé lance un vibrant discours contre les grandes puissances impérialistes qui restera dans l’histoire.

    31 janvier 1992 : Première réunion du conseil de sécurité

    Le Conseil de sécurité tient la première réunion de son histoire au niveau des chefs d’État ou de gouvernement dans son siège new-yorkais. Ce rendez-vous posera les bases d’un rapport du Secrétaire général intitulé « Agenda pour la paix ».

    5 février 2003 : Colin Powell et la fiole

    Pour justifier d’une intervention militaire en Irak, le secrétaire d’État américain Colin Powell présente de fausses preuves d’armes de destruction massives retrouvées sur le sol irakien. Le discours du Français Dominique de Villepin restera aussi un moment fort de l’opposition à cette guerre basée sur ce mensonge.

    12 décembre 2015 : Accord de Paris

    Lors de la COP21 de Paris, 195 partis signent un accord et universel sur le climat.

    30 janvier 2020 : Épidémie mondiale

    Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé déclare l’épidémie de Covid-19 urgence de santé publique de portée internationale.

  • Isaline Choury libérée par l’armée israélienne

    Isaline Choury libérée par l’armée israélienne

    Sa détention avait provoqué une vague de solidarité en Corse et bien au-delà. Fille du militant Maurice Choury, Isaline incarne une filiation militante profondément ancrée dans la mémoire collective. Comme sa tante, elle affirme que « résister, c’est vivre » : un engagement qu’elle prolonge aujourd’hui en portant haut les valeurs de liberté et de justice.

    La mobilisation n’a pas faibli durant sa captivité. En Corse, de nombreuses voix se sont élevées pour exiger sa libération, parmi lesquelles celles d’élus, d’associations et de citoyens. La publication d’une chronique spéciale sur la marseillaise.fr, à l’initiative de notre association Kallisté, a contribué à amplifier cette mobilisation. Cette visibilité médiatique et citoyenne aura sans nul doute pesé dans la décision rapide des autorités israéliennes.

    Dignité humaine

    Libérée, Isaline Choury réaffirme par son engagement que la solidarité ne connaît ni frontières ni blocus face à l’oppression. Son nom, indissociable de celui de Danielle Casanova, rappelle qu’en Méditerranée comme ailleurs, la lutte pour la liberté et la dignité humaine se poursuit avec la même conviction : aucune mer, aucune frontière, ne peut empêcher la fraternité entre les peuples.

  • [Chronique corse] Isaline Choury, arrêtée par l’armée israélienne

    [Chronique corse] Isaline Choury, arrêtée par l’armée israélienne

    Isaline Choury, militante corse, nièce de la résistante Danielle Casanova, a été interpellée par l’armée israélienne alors qu’elle participait à une mission humanitaire à bord du bateau Conscience, l’un des navires de la Flottille de la Liberté pour Gaza.

    Membre du collectif Corsica Palestina, Isaline Choury participait à cette flottille civile qui avait pour but de briser le blocus imposé à la bande de Gaza et d’acheminer une aide humanitaire symbolique.

    Le Conscience a été intercepté le 8 octobre en mer Méditerranée par la marine israélienne. Un épisode qui, par la force du symbole, ravive l’écho d’un nom inscrit dans l’histoire de la Résistance.

    Car le nom d’Isaline Choury ne laisse pas indifférent. En tant que nièce de Danielle Casanova et fille du militant Maurice Choury, elle incarne une filiation militante qui traverse les générations.

    Lors de la rencontre organisée à Marseille le 14 mai dernier par le gouverneur militaire, La Marseillaise et notre association, consacrée à la mémoire de sa tante, nous avions pu mesurer combien cette héritière de la Résistance porte haut les valeurs de liberté et de solidarité.

    Solidarité entre les peuples

    Aujourd’hui, c’est au nom de ces mêmes valeurs qu’elle s’est engagée dans cette action humanitaire, convaincue que la solidarité ne s’arrête pas aux frontières et que la lutte contre l’oppression est universelle. « Ma tante est morte pour la liberté, disait-elle. Comment pourrais-je rester silencieuse face à l’injustice?»

    « Résister, c’est vivre » : la devise de Danielle Casanova semble aujourd’hui résonner jusque sur les flots de Méditerranée, où sa nièce, fidèle à cet héritage, continue d’affirmer qu’aucune mer, aucune frontière, ne saurait empêcher la solidarité entre les peuples.

  • L’espoir d’une paix durable renaît

    L’espoir d’une paix durable renaît

    De Khan Younès à Jérusalem, des scènes de liesse, de l’espoir. Deux ans et trois jours après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, Israéliens et Palestiniens se permettent de croire à la fin de la guerre. Ce jeudi, une étape est franchie : « la version finale de la première phase a été signée, ce matin en Égypte, par toutes les parties en vue de la libération de tous les otages » retenus à Gaza, selon une porte-parole du gouvernement israélien. L’accord devait encore être validé, jeudi, par le cabinet de sécurité israélien, a dit la porte-parole du gouvernement, ajoutant qu’un cessez-le-feu entrerait en vigueur dans les 24 heures suivant cette approbation. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, devait ensuite réunir son gouvernement au complet pour le valider. Le ministre d’extrême droite des Finances, Bezalel Smotrich, a déjà annoncé qu’il ne le soutiendrait pas.

    La version finale de la première phase du plan du président américain Donald Trump prévoit un cessez-le-feu entre les belligérants, un échange dans les 72 heures des otages israéliens contre plus de 2 000 détenus palestiniens. Membre élu du Conseil législatif palestinien et du Fatah, Marwan Barghouti, considéré par certains comme le « Nelson Mandela palestinien », emprisonné depuis 23 ans, ne fera pas partie de l’échange, a indiqué une porte-parole du gouvernement israélien.

    Frappes israéliennes

    sur Gaza ce jeudi

    Le plan américain prévoit, par ailleurs, le retrait par étapes de l’armée israélienne à Gaza et le désarmement du Hamas. L’attaque terroriste du 7-Octobre a provoqué la mort de 1 219 personnes, en majorité des civils, en Israël. Sur les 251 personnes enlevées et emmenées à Gaza, 47 y sont toujours retenues, dont au moins 25 sont mortes selon l’armée. En riposte, l’offensive de Tsahal, qualifiée de génocide, a tué plus de 67 194 personnes – en majorité des civils – et dévasté la bande de Gaza notamment par la famine, utilisée comme arme de guerre. « L’Unrwa (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) dispose de nourriture, de médicaments et d’autres fournitures de base prêts à être acheminés vers Gaza. Nous avons suffisamment de provisions pour nourrir toute la population pendant les trois prochains mois », insiste, dans un post sur X, le chef de l’agence onusienne, Philippe Lazzarini.

    Si cet accord de paix fait renaître l’espoir, reste que les bombardements n’ont pas cessé. Plus tôt dans la journée de jeudi, la Défense civile locale a fait état de la poursuite des frappes israéliennes à Gaza. Deux précédentes trêves, en novembre 2023 et début 2025, avaient permis le retour d’otages ou de corps de captifs en échange de prisonniers palestiniens, avant de s’effondrer. « J’exhorte toutes les parties prenantes à saisir cette occasion unique pour établir une voie politique crédible vers la fin de l’occupation, en reconnaissant le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, afin de parvenir à une solution à deux États permettant aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre en paix et en sécurité. Les enjeux n’ont jamais été aussi importants », pousse le patron de l’ONU, Antonio Guterres.

    Lors d’une réunion à Paris sur « le jour d’après » dans les territoires palestiniens, le président français, Emmanuel Macron, a souligné la nécessité de préserver l’unité de Gaza et de la Cisjordanie sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. « L’accélération de la construction des colonies (juives) en Cisjordanie constitue une menace existentielle pour l’état de Palestine », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « elle est non seulement inacceptable et contraire au droit international. Elle alimente les tensions, la violence, l’instabilité et, de fait, elle vient d’abord contredire le plan américain et notre ambition collective d’une région en paix. »

    Les négociations pour la deuxième phase du plan Trump devaient commencer « immédiatement » après la signature de l’accord sur la première phase, avait annoncé un responsable du Hamas.