Tag: Israël

  • [Entretien] Nadjib Touaibia : « J’ai voulu mettre en exergue les actes des soldats israéliens »

    [Entretien] Nadjib Touaibia : « J’ai voulu mettre en exergue les actes des soldats israéliens »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir décidé d’écrire une fiction du point de vue d’un médecin-soldat franco-israélien ?

    Nadjib Touaibia : Avant d’adopter ce point de vue, il y a un fait central : un crime particulièrement épouvantable qui est le bombardement par l’armée israélienne d’une maison où se trouvaient neuf enfants [le 23 mai 2025 à Khan Younès, Ndlr.]. J’ai écrit plusieurs articles sur cet événement [sur le site mediaterranee.com]. Puis, je me suis dit qu’un tel crime n’était pas possible. Hormis L’Humanité, beaucoup de médias ont banalisé ce crime. L’idée m’est alors venue d’écrire une fiction. Je me suis dit que dans ce camp de tueurs, il y avait bien quelqu’un qui avait réagi comme un être humain. Et comme on est à Marseille, j’ai imaginé qu’il serait Marseillais. Je suis convaincu que ce type de personnage existe. Je reviens sur son enfance jusqu’à son attitude devant ce crime. À travers cela, j’ai voulu mettre en exergue le comportement des soldats israéliens. Il y a des soldats qui ont désobéi sans le dire, certains ont pris conscience de l’horreur une fois revenus, d’autres sont restés mutiques… et il y a aussi ce que j’appelle « l’uniforme sans tremblement », c’est-à-dire ceux qui ont participé à ces crimes passibles de justice. Moi je suis en rapport avec Efraim Davidi, un militant communiste en Israël. Il dit que la grande majorité de l’opinion israélienne approuve aveuglément ce que dit Netanyahou. Ça le rend dingue car il a l’impression que l’opinion est sous emprise de l’extrême droite. Mais selon lui, quelque chose couve dans l’armée. Il me parle d’un possible effondrement car l’armée est excessivement sollicitée.

    Le sujet principal du livre, c’est l’engrenage dans lequel un soldat peut être pris, malgré ses contradictions intérieures ?

    N.T. : Oui. Et il faut souligner que lorsqu’on est médecin-soldat en Israël, il n’y a pas d’ordre écrit mais des non-dits. Ils n’ont par exemple pas le droit de soigner des blessés palestiniens.

    La question du dilemme est aussi très présente dans votre récit.
    Le personnage principal est ainsi tiraillé entre la chimère du sionisme transmise par sa mère et ses réelles origines marocaines, par son père, prof d’histoire…

    N.T. : Et lui se trouve au milieu : entre sa mère qui veut absolument que son fils choisisse Israël, et son père qui est communiste. J’ai fait exprès d’en faire un descendant d’Abraham Serfaty [militant communiste mort en 2010 considéré comme le « Mandela marocain », emprisonné et torturé par le régime d’Hassan II dont il était un opposant, et aussi farouchement antisioniste, Ndlr.]. Je conseille d’ailleurs ses Écrits sur la Palestine qui témoignent d’une vision remarquable [réédités fin 2025 par son petit-fils Théo, Ndlr.]. Pour revenir à mon récit, le père du médecin-soldat est détaché de la religion et regarde la trajectoire de son fils. Paradoxalement, c’est le personnage central du récit. C’est lui qui a la subtilité d’observer son fils et de le laisser cheminer, avant d’entrer en contact avec lui au moment où il sent qu’il est mûr dans sa conscience. La façon qu’il a d’emmener son fils vers le concept de génocide est fine.

    Vous écrivez que le médecin-soldat franco-israélien est « étranglé entre deux fidélités »…

    N.T. : Il revient avec un poids sur la conscience mais a des remords vis-à-vis de ses grands-parents, de sa mère. Il n’a pas tout rompu mais revient sur Marseille, dans un univers où il retrouve sa famille et vit le fait d’être juif de façon sereine. En fait, il a fui un environnement épouvantable.

    Outre l’arrêt de la guerre et du génocide, quelles solutions politiques voyez-vous au conflit ?

    N.T. : L’horizon immédiat est d’abord l’arrêt de la souffrance des Palestiniens. À l’heure où nous parlons, leur situation humanitaire est épouvantable. La question palestinienne est noyée entre l’Iran et les États-Unis. À terme, l’idéal serait que les deux États vivent côte à côte et en paix. Mais aujourd’hui, cela paraît hélas tellement utopique. Sans compter la situation de la Cisjordanie où les colons vandalisent, tuent et violent sous l’œil complice de l’armée.

    « L’heure et la poussière » est notamment disponible dans la librairie marseillaise L’île aux mots ainsi que sur commande.heureetlapoussiere@yahoo.com

  • Un nouveau procès, en appel, pour François Burgat

    Un nouveau procès, en appel, pour François Burgat

    Relaxé en première instance le 28 mai dernier, François Burgat est de retour devant la justice ce mercredi 29 avril à la cour d’appel d’Aix-en-Provence. L’islamologue de 77 ans, scientifique renommé, retraité du CNRS, chercheur à l’Institut de recherche et d’études sur le monde arabe et musulman, était poursuivi par la Licra, l’Organisation juive européenne et Avocats sans frontières, pour apologie du terrorisme suite à des tweets de janvier 2024.

    Fort de 39 000 abonnés à ce jour, ce dernier reprenait un communiqué du Hamas qui critiquait un article du New York Times sur l’attaque terroriste en Israël le 7 octobre 2023. Le Hamas estimant qu’il s’agissait là d’une « tentative sioniste de dédiaboliser la résistance (…) » et qualifiant ses membres de « combattants de liberté ». Un tweet intolérable pour sa collègue du CNRS, Florence Bergeaud-Blacker, qui a elle-même fait l’objet de plusieurs plaintes, autrice d’un ouvrage controversé, Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête, qui qualifie alors François Burgat d’antisémitisme négationniste. « J’ai infiniment, je dis bien infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël », lui répond-il. Puis, à la suite du verdict rendu dans le procès de Samuel Paty, il publie de nouveau sur X, « le verdict Paty (prononcé en présence d’Alain Finkielkraut) explicite un triste jalon de l’histoire contemporaine de France : sa sortie de l’État de droit. Nous sommes des terroristes », écrit-il.

    De la liberté d’expression

    Si le tribunal a jugé que « l’appréciation » portée sur le Hamas ne se rapportait « pas à ses actions violentes mais à sa légitimité électorale », que sur le verdict Paty, il se bornait « à exprimer de manière radicale certes, une opinion relative à une décision de justice (…) », le parquet a fait appel. La Licra, par la voix de son avocat, Serge Tavitian, ne compte pas laisser passer. Il s’agit pour lui de réaffirmer les fondamentaux de la liberté d’expression. Où s’oppose la conception « libertaires à tout prix que certains voudraient imposer » à celle inscrite « dans la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen, une liberté qui peut dégénérer en abus ». Il insiste aussi sur le contexte avec « des propos tenus le jour même d’une décision de justice » sur une affaire Paty « qui a traumatisé le pays, le corps professoral… », et souligne la portée phénoménale des réseaux sociaux.

    De son côté, François Burgat se dit par la voix de son avocat, Rafik Chekkat, « peu surpris » du recours en appel, « on l’avait prévenu ». Il pointe une forme de « basculement », dans une France « imprégnée » par le conflit israélo-palestinien. L’idée n’est pas « de nier les crimes commis le 7 octobre », mais « simplement de dézoomer et de replacer les événements dans leur contexte », assure maître Chekkat. « Il y a dix ans, François Burgat était auditionné par le Sénat en tant qu’expert sur les questions de terrorisme. » Et « dix ans après, on n’est plus dans une volonté de comprendre », considère-t-il. Un rassemblement de soutien est par ailleurs organisé sur site.

  • Iran : des pourparlers indécis avant la fin du cessez-le-feu

    Iran : des pourparlers indécis avant la fin du cessez-le-feu

    Une source proche du dossier a confirmé à l’AFP, ce lundi soir, ce départ imminent, alors qu’approche la fin du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril entre les deux pays ennemis, après plus d’un mois d’une guerre qui a embrasé le Moyen-Orient et ébranlé l’économie mondiale.

    L’ultimatum expire « mercredi soir, heure de Washington », a déclaré Donald Trump à l’agence Bloomberg, jugeant « très improbable » l’extension de la trêve. Elle devait s’achever en théorie dans la nuit de mardi à mercredi, heure de Téhéran.

    Si les revendications américaines ne sont pas satisfaites d’ici là, « beaucoup de bombes exploseront », a ajouté le président américain, cette fois à la chaîne PBS, après avoir menacé plus tôt en avril d’anéantir « une civilisation entière ». L’Iran n’a pas « à ce stade » de « projet pour le prochain cycle de négociations et aucune décision n’a été arrêtée à ce sujet », a fait savoir pour sa part le chef de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, mettant en doute « le sérieux » des États-Unis dans le processus diplomatique.

    Il a ajouté que la saisie d’un cargo iranien par les États-Unis dans le golfe d’Oman, leur blocus naval des ports iraniens et les retards dans la mise en œuvre du cessez-le-feu au Liban constituaient autant de « violations manifestes du cessez-le-feu ».

    À Téhéran, où les principaux aéroports ont rouvert lundi pour la première fois depuis plusieurs semaines, la vie a largement repris son cours, entre cafés bondés, sportifs et promeneurs en nombre dans les parcs.

    « Pas de lumière »

    Mais le fatalisme et l’épuisement semblent l’emporter chez les gens interrogés par une équipe de l’AFP basée à Paris. « Quoi qu’il arrive, les perdants sont le peuple iranien », soupire une biologiste de 30 ans qui ne donne pas son nom pour des raisons de sécurité.

    Lundi, les cours du pétrole étaient en forte hausse après le regain des tensions dans le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. Le détroit « doit rester ouvert », a insisté le président chinois Xi Jinping lors d’une conversation téléphonique avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. M. Xi, cité par un média d’État, a également appelé à « un cessez-le-feu immédiat et global ».

    Selon plusieurs médias iraniens, une levée du blocus naval américain constituerait une condition préalable aux discussions avec Washington. Une question rendue plus compliquée encore par l’annonce, dimanche, de la saisie par la marine américaine du cargo Touska, battant pavillon iranien, à laquelle Téhéran a promis de « riposter bientôt ».

    Face au maintien du blocus américain, l’Iran avait annoncé samedi reprendre « le strict contrôle » du détroit, revenant sur sa décision de le rouvrir.

    Dans l’attente de possibles pourparlers, la sécurité a été visiblement renforcée dimanche à Islamabad avec la multiplication de routes fermées, barbelés et barricades, ont constaté des journalistes de l’AFP.

    La délégation américaine doit être menée par le vice-président JD Vance, déjà présent le 11 avril pour de premières discussions à un niveau inédit depuis l’avènement de la République islamique en 1979, celles-ci s’étant conclues par un échec.

    En annonçant dimanche cette nouvelle session au Pakistan, le président Trump a affirmé offrir à l’Iran un « deal raisonnable » et qu’en cas de refus, « les États-Unis détruiraient toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran ».

  • Un soldat français tué dans une embuscade au Liban

    Un soldat français tué dans une embuscade au Liban

    « La Nation s’incline avec respect et adresse son soutien aux familles de nos soldats et à tous nos militaires engagés pour la paix au Liban. Tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah », a déclaré le président français Emmanuel Macron sur X.

    Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a « condamné fermement » cette embuscade, soulignant que selon les premières conclusions de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), les Casques bleus ont « essuyé des tirs d’acteurs non étatiques, présumés appartenir au Hezbollah », chiite pro-iranien.

    Le sergent-chef Florian Montorio, rattaché au 17e régiment du génie parachutiste de Montauban, dans le sud-ouest de la France, a été tué « par un tir direct à l’arme légère », dans la région de Deir-Kifa, a précisé la ministre française des Armées Catherine Vautrin.

    Âgé de 40 ans, ayant servi sur de nombreux théâtres d’opérations depuis son engagement en 2007, il était « un militaire d’exception », a dit son chef de corps, le colonel Jérémy Akil, saluant un homme « profondément généreux et courageux ». Père de deux filles, il était « au terme de son parcours militaire » et devait revenir à la vie civile « d’ici quelques mois ». C’est le deuxième militaire français tué dans l’embrasement de la région après le début fin février des attaques américaines et israéliennes contre l’Iran.

    « L’arrestation

    des coupables »

    « La France exige des autorités libanaises qu’elles arrêtent immédiatement les coupables », a ajouté M. Macron, et qu’elles « prennent leurs responsabilités aux côtés de la Finul ». Le président libanais Joseph Aoun a condamné l’attaque contre les Casques bleus français et a promis de poursuivre les responsables. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a dénoncé une attaque « délibérée », estimant également que les auteurs de l’embuscade étaient vraisemblablement du Hezbollah. Forte de près de 8 200 militaires de 47 nations, dont plus de 600 Français, la Finul est régulièrement attaquée. Trois Casques bleus indonésiens ont été tués fin mars.

    « Le Hezbollah nie avoir un lien avec l’incident survenu avec la Finul », a affirmé dans un communiqué le groupe islamiste chiite allié de l’Iran, installé au Liban où il exerce une énorme influence et est en guerre contre Israël.

    De son côté, Emmanuel Macron recevra mardi le Premier ministre libanais Nawaf Salam, a indiqué dimanche l’Élysée, alors que la situation reste très instable au Liban où un cessez-le-feu fragile est entré en vigueur. S’il sera évidemment question, lors de cette rencontre, de la récente attaque contre les forces françaises de la Finul, « cette visite sera l’occasion pour le chef de l’État de rappeler son attachement au respect plein et entier du cessez-le-feu au Liban, le soutien de la France à l’intégrité territoriale du pays et aux actions entreprises par l’État libanais pour assurer la souveraineté pleine et entière du pays et le monopole des armes », a souligné la présidence française.

  • Recul des macronistes sur la loi Yadan

    Recul des macronistes sur la loi Yadan

    En moins d’un mois, pas moins de 700 000 Français ont exprimé – via une pétition – leur rejet de la proposition de loi sur les « formes renouvelées de l’antisémitisme », portée par la députée macroniste de la 8e circonscription des Français de l’étranger (Israël, Italie Turquie entre autres), Caroline Yadan, qui devait être débattue à l’Assemblée nationale depuis le 16 avril.

    Le texte fait l’objet de nombreuses critiques de la part de l’opinion publique – en témoignent les nombreux rassemblements organisés ces derniers jours, dont un à Montpellier le 11 avril – et de parlementaires de gauche, qui ont appelé à voter contre – à l’exception des socialistes François Hollande et Jérôme Guedj, cosignataires du texte. « Ce texte liberticide amalgame les critiques de la politique de l’État d’Israël à de l’antisémitisme », observe Jean-Louis Roumégas, député Les Écologistes héraultais. En effet, la proposition de loi stipule qu’une « haine de l’État d’Israël [qui] est aujourd’hui consubstantielle à la haine des Juifs. L’appel à la destruction de cet État, parce qu’il forme un collectif de citoyens juifs, est une manière détournée de s’attaquer à la communauté juive dans son ensemble ».

    « Dérives dangereuses »

    « Sous prétexte de lutter contre l’antisémitisme, le texte criminalise celles et ceux qui dénoncent la politique génocidaire de Netanyahu. Il présente des dérives dangereuses, n’a que des mauvais effets puisqu’il vise à faire taire ceux qui défendent le droit international et il ne lutte pas contre l’antisémitisme », soutient Nathalie Oziol, députée LFI de l’Hérault. Le groupe a notamment demandé d’inscrire la pétition à l’ordre du jour de l’Assemblée avant l’examen de la loi, « ce qui permettra de montrer que le peuple français n’en veut pas. » Sauf que la pétition ne sera pas débattue, la commission des lois estimant que le débat aura lieu lors de l’examen du texte.

    Des « dérives dangereuses » que l’on retrouve notamment dans le préambule du texte puisque ce dernier reprend la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah (IHRA), décriée par de nombreux observateurs du fait de son parallèle entre critique d’Israël et antisémitisme. « Cette loi ouvre un flou juridique dangereux. Son premier article prévoit l’extension du délit de provocation au terrorisme aux « provocations implicites ». Mais en droit, « implicite » ne veut rien dire. Le manque de clarté de cette formule peut porter atteinte à l’État de droit », se désole Fanny Dombre-Coste. La députée socialiste de l’Hérault appelle au retrait du texte et à la mise en place d’une commission spéciale transpartisane, estimant que « l’Assemblée, à un an de la Présidentielle, n’est pas en capacité de travailler sérieusement, d’avoir un débat serein. »

    Et les risques juridiques que fait porter ce flou sont grands. « Ce texte va laisser la place à l’arbitraire. Selon les juges sur qui on tombe, toutes les interprétations seront possibles », fait valoir Jean-Louis Roumégas. Le texte pourrait ainsi représenter un danger pour une opinion publique acquise à la cause palestinienne. Sans oublier les Juifs français, assimilés de facto par le texte à des partisans de la politique coloniale de Netanyahu. Les débats s’annonçant enflammés – les partis de gauche ayant déposé nombre d’amendements – les macronistes ont finalement décidé de retirer la proposition de loi, le 16 avril, et annoncent que le gouvernement s’est engagé à un dépôt de projet de loi en juin prochain.

  • Les Marseillais et la diaspora libanaise en soutien au pays du cèdre

    Les Marseillais et la diaspora libanaise en soutien au pays du cèdre

    L’hymne national libanais a résonné à deux pas de l’ombrière du Vieux-Port de Marseille pour lancer une mobilisation de solidarité avec le Liban qui se déroulait ce samedi matin. Plusieurs dizaines de Marseillais et membres de la diaspora se sont réunies pour montrer leur solidarité avec le peuple libanais, qui subit des attaques d’Israël depuis le 8 avril dernier, drapeau au cèdre en main. « Le mercredi 8 avril aurait pu être une date ordinaire, pourtant il s’est gravé à jamais dans les mémoires. En quelques heures, le cours de l’histoire a basculé emportant avec lui des vies, de l’espoir », expose, la voix grave, Liliane Nasser, historienne et auteure, au nom du « Collectif pour le Liban », à l’origine de la mobilisation. Avant de poursuivre : « Nous sommes réunis pour dénoncer une énième agression contre le Liban. Alors qu’il avait scrupuleusement respecté l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, Israël a choisi, une fois de plus, la violence. » Plusieurs pancartes donnent le ton : « Gaza, Liban : L’impunité d’Israël continue » ou encore « L’armée la plus mortelle du monde ».

    Si Israël affirme viser les combattants du Hezbollah, les participants dénoncent surtout « une guerre de destruction aveugle contre des innocents ». « Plus de 400 morts et 800 blessés, pour la plupart des civils, depuis l’escalade du 8 avril… Des villages entiers ont été rasés, des écoles, des hôpitaux… Ce ne sont pas des dommages collatéraux », martèle Liliane Nasser. Le ministère de la santé libanais évoque plus de 1 900 personnes tuées depuis le 2 mars. Une minute de silence, de même que la lecture d’un poème, a été observée. Si une réunion est prévue entre Israël et Liban, ce mardi à Washington, des frappes avaient encore eu lieu, ce vendredi.

  • Boycott de Zim pour la Palestine : les militants au port

    Boycott de Zim pour la Palestine : les militants au port

    Avec le mistral qui se lève, les drapeaux palestiniens flottent et sont visibles de loin. Ce mercredi 25 mars, des militants issus de différents collectifs se postent sur le rond-point de la départementale 268 qui donne accès au terminal conteneurs du Grand Port maritime de Marseille-Fos entre midi et deux. L’objectif : sensibiliser les routiers à la chaîne logistique qui permet à Israël de s’armer, et appeler au boycott de Zim. Une membre de BDS France explique : « C’est un armateur israélien qui est très important dans le maillon logistique de la guerre qui est menée à Gaza. Dès octobre 2023, il a mis à disposition sa flotte à l’armée, et il continue d’envoyer des armes actuellement. »

    Malgré la conclusion d’un accord de cessez-le-feu à Gaza, les civils continuent de mourir. Depuis, selon les chiffres relayés par l’ONU, plus de 600 Palestiniens ont été tués et plus de 1 600 blessés. « Beaucoup d’ONG humanitaires sont interdites d’exercer » rappelle la militante, qui souligne par ailleurs que le passage des malades est « empêché à Rafah ».

    Les collectifs annoncent par ailleurs deux dates : samedi 28 mars, une manifestation aura lieu à la Joliette « contre l’armement et la complicité locale des entreprises avec le génocide ». La veille, une projection du film Portuali est programmée au cinéma le Méliès de Port-de-Bouc à 20h30, suivi d’un débat en présence de dockers Génois.

  • À l’Estaque, une flottille se prépare pour Gaza

    À l’Estaque, une flottille se prépare pour Gaza

    Depuis plusieurs semaines, une quinzaine de bateaux ont pris place sur le quai dit « sans nom », un quai désaffecté entre le port de l’Estaque et la plage des Corbières. Ils ont été installés par le collectif Thousand Madleens to Gaza (TMTG), né d’un mouvement populaire en 2025.

    Leur projet ? « Mettre fin au blocus illégal de Gaza par Israël en envoyant une flottille assez nombreuse pour inverser le rapport de force », explique Tino, membre du mouvement et coordinateur du pôle navigation. L’enjeu est surtout de « montrer un élan de solidarité international et servir de catalyseur à l’action en forçant à tourner le regard vers ce qui se passe là-bas », continue Esther, coordinatrice de la stratégie du réseau.

    Mouvement de solidarité

    La flottille de TMTG a annoncé prendre la mer au début du mois d’avril, depuis Marseille. Des bateaux de la Global sumud flotilla et de la Freedom flotilla coalition, deux autres mouvements qui militent contre le génocide à Gaza, partiront au même moment de Barcelone et de Tunis.

    En attendant, des bénévoles s’activent à l’Estaque pour préparer le départ, soutenus par les habitants du quartier. « Nous avons senti une responsabilité dans l’accueil de la flottille », confie Fathi Bouaroua, habitant de l’Estaque. Solidaires, plusieurs fournissent nourriture et matériel au collectif. « Nous demandons aux autorités portuaires et aux collectivités d’autoriser à titre exceptionnel et temporaire l’occupation du quai », ajoute Fathi Bouaroua. Avant de conclure : « Marseille doit rester une terre de solidarité et d’ouverture sur la Méditerranée. »

  • Madrid affirme sa souveraineté et prône la désescalade

    Madrid affirme sa souveraineté et prône la désescalade

    L’Espagne a refusé lundi aux États-Unis, l’utilisation de ses bases militaires situées à Moron de la Frontera (province de Séville) et Rota (province de Cadix) pour les attaques contre l’Iran. Conséquence immédiate, le Pentagone a déplacé vers l’Allemagne une dizaine d’avions-citernes KC-135, dont la mission est la fourniture de carburant en vol aux chasseurs bombardiers. L’Espagne se démarque ainsi nettement des gouvernements Français, du Royaume-Uni et d’Allemagne, qui n’écartent pas la possibilité de lancer des actions défensives proportionnées contre l’Iran.

    Rappelons que le président du gouvernement Pedro Sanchez, dans un discours au Mobile World Congress à Barcelone, avait dès le début de l’attaque des États-Unis et d’Israël en Iran, exprimé sa condamnation, en la qualifiant « d’entorse à la légalité internationale » et en prévenant que « la violence ne pourra amener que plus de violence ».

    Dans son entretien sur TVE lundi, le ministre José Manuel Albares a clairement réitéré la condamnation de la répression du régime iranien contre son peuple : « Nous appuyons les sanctions de l’Union européenne contre Téhéran et la Garde révolutionnaire. Cependant, a réaffirmé le ministre, l’action militaire des Etats Unis et d’Israël se situe en dehors de la Charte des Nations Unies. »

    Le ministre a aussi alerté sur « une escalade militaire aux conséquences imprévisibles » en signalant que des effets étaient déjà visibles avec la paralysation du Détroit d’Ormuz, l’augmentation du prix du pétrole et l’extension du conflit dans la région.

    Cependant, le gouvernement a aussi fait savoir à l’ambassadeur iranien à Madrid qu’il condamnait « toutes les attaques qui se réalisent vers pratiquement tous les pays du Moyen Orient » des critiques ignorées par l’ambassade d’Iran, qui dit reconnaître et respecter la position espagnole conforme au droit international, tout en menaçant de représailles si les bases américaines étaient utilisées.

    La position du gouvernement de gauche est dénoncée avec véhémence et colère par la droite et l’extrême droite espagnole « Maduro, Bildu (indépendantistes basques), Hamas, Houthis, Talibans, et maintenant les ayatollahs ! Tous avec Sánchez et avec le droit international » a déclaré la députée du Parti populaire (PP) Cayetana Sanchez, rejointe avec des propos similaires, par le leader de Vox (extrême droite) Santiago Abascal, qui a assuré que « Pedro Sánchez est le meilleur ami que les ayatollahs ont en Europe et le meilleur ami que Maduro a eu. »

    Mais, loin de ces positions trumpistes de la droite, une des préoccupations majeures du gouvernement, c’est aussi la présence de citoyens espagnols dans les zones de guerre. Le ministre des Affaires extérieures a signalé, que ses efforts vont vers les quelque 30 000 Espagnols qui résident dans les pays du Moyen Orient affectés par l’extension du conflit et la fermeture de l’espace aérien de plusieurs États. La situation est particulièrement délicate pour 154 Espagnols en Iran. Le gouvernement a assuré que dès la réouverture des espaces aériens, il activerait les mécanismes nécessaires pour faciliter le retour en Espagne pour tous ceux qui le désirent.

    Parmi les autres réactions politiques, à noter celle du secrétaire général du PCE, Enrique Santiago qui déclarait lundi « nous demandons la fermeture des bases et qu’elles ne soient pas utilisées pour augmenter l’escalade guerrière, les États Unis et Israël nous emmènent vers la troisième guerre mondiale en bombardant systématiquement et en appliquant la loi de la jungle ».

  • [Entretien] Ofer Cassif : « Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples »

    [Entretien] Ofer Cassif : « Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples »

    La Marseillaise : Comment vivez-vous cette nouvelle guerre ?

    Ofer Cassif : Je viens tout juste de rentrer de l’abri et je vais peut-être devoir y retourner… Qui sait ? Sur un plan personnel, je suis coincé entre les missiles iraniens et la persécution de l’establishment israélien. Parce qu’évidemment, je me suis opposé à cette attaque sur l’Iran, ce qui nous a valu à mes camarades et moi d’être accusés par le gouvernement israélien et une partie de l’opposition de soutenir le régime iranien, auquel nous nous sommes toujours opposés. C’est un régime assassin. Les Américains et les Israéliens ont attaqué l’Iran pour leurs propres intérêts politiques et économiques, rien d’autre. Nous sommes contre cette intervention impérialiste.

    Pourquoi déclencher cette guerre maintenant ?

    O.C. : Les intentions de Trump et Netanyahu n’ont jamais été de parvenir à un quelconque accord. Il y a quelques jours, dans un message vidéo, Trump a exposé les deux objectifs de cette attaque massive : la destruction des capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et le changement de régime. Le premier objectif, n’est que mensonges. Car en juin 2025, à la fin de la première offensive sur l’Iran, Netanyahu a dit « nous avons éliminé le projet nucléaire iranien ». Soit il a menti à l’époque, soit il ment maintenant. Je crois que les deux sont vrais. Chaque personne rationnelle sait qu’il n’y a pas de moyen militaire d’arrêter le projet nucléaire iranien mais des moyens diplomatiques et politiques. N’oublions pas que ceux qui se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien, c’était les États-Unis sous le premier mandat de Trump, à la demande de Netanyahu ! C’est ce qui nous a menés à la situation actuelle. Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples de la région.

    Selon les derniers sondages, l’opinion publique israélienne et l’opposition autoproclamée à Netanyahu soutiennent ces frappes.

    O.C. : Notre position est actuellement minoritaire dans le pays, même si de plus en plus de gens ouvrent les yeux et se rendent compte que le gouvernement ne se soucie pas du bien-être des Israéliens, ni des autres peuples. Nous nous sommes opposés avec dégoût au terrible massacre commis par le Hamas le 7 octobre. Mais nous avons aussi dit que l’unique façon de prévenir de tels carnages des deux côtés est d’arrêter l’occupation et de parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens. C’est au cœur de tout ce qui se passe dans le Moyen-Orient, y compris vis-à-vis de l’Iran. Encore une fois, nous nous opposons à ce régime répressif, dirigé par des assassins. J’aimerais qu’il disparaisse, mais cela ne peut pas se faire par des moyens militaires, c’est aux Iraniens de s’en débarrasser.

    Benjamin Netanyahu poursuit ces campagnes militaires dans le but d’éviter des élections ?

    O.C. : Non, je pense que c’est le contraire : il veut continuer cette guerre afin de gagner l’élection, c’est la seule chose qui le préoccupe. Il se demande comment l’emporter et se fout de savoir que des gens mourront. Netanyahu et ses acolytes, son gang fasciste, savent qu’ils sont minoritaires : si le scrutin avait lieu aujourd’hui, ils seraient battus. Pour eux, l’attaque sur l’Iran est une réussite jusqu’à présent. C’est pourquoi ils veulent convoquer l’élection au plus tôt – probablement en juin – et profiter de ce « succès » pour mener campagne.

    Il craint aussi le procès qui l’attend ?

    O.C. : Netanyahu est accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance. Sous son maquillage et sa voix de baryton, nous avons affaire à un lâche. Il sait qu’une fois qu’il perdra sa position en tant que Premier ministre, il se retrouvera derrière des barreaux. Il en est terrifié. Ajoutons à cela qu’il est entouré de fanatiques messianiques, au sein du Likoud et d’autres partis qui constituent la coalition gouvernementale. Il y a une convergence entre les intérêts personnels de Netanyahu pour éviter la prison et les rêves des messianiques qui l’entourent. Ces derniers croient que le messie est juste au coin de la rue et qu’Israël doit s’emparer de Gaza, voire même du Liban et de la Syrie. Pour eux, il s’agit d’une guerre divine. Mais Netanyahu n’est pas un fanatique messianique, c’est un psychopathe mégalomane qui ne se soucie que de lui-même.

    Prévoit-il une guerre à long terme ?

    O.C. : Il veut une guerre sans fin. C’est la seule chose qui le maintient au pouvoir. Il n’a rien d’autre à « vendre » à la population, si ce n’est la peur et la haine.

    Pendant ce temps, les frappes se poursuivent sur Gaza et l’annexion de la Cisjordanie s’accélère…

    O.C. : Toutes ces choses sont connectées : l’attaque sur l’Iran, le nettoyage ethnique en Cisjordanie, le génocide à Gaza et le fascisme à l’intérieur de l’Israël avec la persécution des citoyens palestiniens, des juifs de gauche et démocrates. Cela fait partie du « plan décisif » présenté par Bezalel Smotrich en 2017. Derrière l’écran de fumée de l’attaque en Iran, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’accélère au quotidien. Les milices judéos-nazis des colons, sous l’égide des forces d’occupation, avec le soutien et le financement du gouvernement attaquent les Palestiniens, les activistes israéliens et internationaux. Ceux qui veulent soutenir Israël doivent comprendre que l’ennemi des Israéliens est le gouvernement israélien. Avec Trump, ils constituent le principal danger pour les Israéliens, pour la région et même pour le monde !

    Rassemblement pour la Paix à Martigues

    La Ville de Martigues lance un appel à un rassemblement ce mercredi à 18h, sur le parvis de l’hôtel de ville « pour exprimer notre exigence de Paix, afin de porter ensemble un message clair : non à l’escalade militaire, oui à la Paix, à la justice et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », précise la ville. « La guerre et les bombardements ne peuvent être une solution. Et « d’exprimer sa solidarité avec le peuple iranien ».