Tag: Insee

  • Une économie régionale sous pression mais résiliente

    Une économie régionale sous pression mais résiliente

    Denis Lauretou, directeur régional de la Banque de France en Paca, ainsi que Valérie Roux, directrice régionale de l’Insee, ont animé, mardi matin, la conférence de presse automnale de la Banque de France.

    Après avoir opéré un éclairage sur la conjoncture économique et budgétaire à l’échelle nationale, un focus a été effectué sur la situation dans la région.

    Géopolitique et canicule

    La hausse du prix du pétrole a été évoquée à plusieurs reprises au cours de la conférence, en raison de la situation au Moyen-Orient. Si les chocs pétroliers des années 1970 étaient plus importants et plus pérennes que celui en cours, « le pouvoir d’achat en produits pétroliers est nettement plus dégradé aujourd’hui que pendant les années 1970. Entraînant ainsi un impact sur les ménages bien plus important, surtout sur les plus modestes », précise l’Insee. Ce dernier a également observé les conséquences économiques de la canicule, à travers le secteur de l’agriculture : « La baisse de rendement agricole coûterait ainsi 0,1 point de croissance annuelle à l’économie française, là où les projections indiquent une croissance de 0,4% en France, sur l’année 2026 ».

    En région Paca, la Banque de France observe « un niveau d’activité et d’emploi légèrement meilleur qu’à l’échelle nationale, avec un secteur tertiaire marchand performant sur le long terme, même si le taux de chômage continue de grimper, atteignant 8,3% au deuxième trimestre 2026 ». Du côté des entreprises, « l’enjeu à retenir est la croissance. Notre rôle sera alors de les accompagner au mieux dans cette direction », complète Éloïse Lecouturier, cheffe du département des entreprises à la Banque de France Paca.

  • Face à l’illettrisme, la formation perd ses moyens

    Face à l’illettrisme, la formation perd ses moyens

    « La difficulté que nous avons, c’est que c’est relativement invisible », souffle la directrice générale de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), Cécile Jaffré. Ce mercredi 30 septembre, c’est sous les ors de la préfecture de région que l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) présentait une étude inédite sur les risques d’illettrisme en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    Un phénomène certes quasi-invisible, mais massif. « Au niveau national, sur 100 personnes scolarisées en France, 11 éprouvent des difficultés fortes à l’écrit ou en calcul à l’âge adulte », explique Olivier Sanzeri, chef de projet à l’Insee. Soit 3,7 millions de personnes empêchées face aux démarches du quotidien. Et contraintes à la débrouille. « Pour prendre le métro, un homme prenait le nombre de pièces correspondant au nombre de stations qu’il fallait passer, et les changeait de poche à chaque arrêt pour savoir où descendre », illustre la coordinatrice régionale de l’ANLCI, Corinne Matteaccioli.

    Alerte en Vaucluse

    « Le premier facteur de risque est le niveau de diplôme », poursuit Olivier Sanzeri. Au total, 38% des personnes qui n’ont aucun diplôme sont en situation d’illettrisme, soit treize fois plus que celles qui ont un diplôme du supérieur. Le phénomène touche aussi 18% des personnes qui ont commencé leur scolarité hors de France, avec des risques deux fois plus élevés que le reste de la population, ainsi que les personnes les plus âgées, dont 13% de celles qui ont entre 50 et 64 ans.

    Autant d’éléments qui permettent de dresser une carte des territoires cumulant les facteurs de risque dans la région. Avec en premier lieu le Vaucluse, cinquième département le plus pauvre de France hexagonale, en particulier l’Enclave des Papes et le Pays d’Apt. Mais Marseille est aussi particulièrement concernée : 23,1% des habitants du 15e arrondissement n’ont aucun diplôme, et 21,7% dans le 14e. Plus du double de la moyenne nationale.

    Des guichets des centres communaux d’action sociale aux centres sociaux, ce sont les services publics du quotidien qui sont en première ligne pour repérer ces difficultés. L’association régionale des missions locales s’est engagée, en 2023, dans une expérimentation pour repérer les jeunes les plus en difficulté. « Mais la difficulté, c’est que nous n’avons pas d’outils sur les territoires qui puissent prendre en charge la problématique », alerte leur directrice, Lila Bua.

    La Région à la traîne

    Chef de file de la formation, le conseil régional finançait pourtant un dispositif de formation spécifique, les Espaces territoriaux d’accès aux premiers savoirs (Etaps). Ceux-ci ont été abandonnés dès 2017 après la bascule à droite de la collectivité. De son côté, France Travail avait pu utiliser les fonds du premier Plan d’investissement dans les compétences, lancé en 2019 pour toucher les personnes les plus éloignées de l’emploi. Devenu régional en 2024 pour sa deuxième phase, avec la Région cette fois-ci partie prenante, il ne comporte plus de dispositif spécifique. À l’inverse d’autres conseils régionaux, comme l’Occitanie qui, dès 2019, s’est impliquée contre l’illettrisme avec son programme Lectio. La Région Sud rappelle certes qu’elle finance le centre de ressource illettrisme et analphabétisme (CRIA), qui accompagne les professionnels, à hauteur de 92 500 euros par an, et qu’elle a investi 374 000 euros entre 2022 et 2025 pour le projet Filia, qui permet d’accompagner les personnes en situation d’illettrisme ou présentant un trouble « dys ». « À partir de 2027, nous irons plus loin avec un repérage renforcé dès l’entrée en formation et un accompagnement davantage individualisé », annonce-t-elle.

    Mais en attendant, cet accompagnement repose davantage sur les opérateurs de compétences, chargés de la formation professionnelle. « Cela relève aussi de la responsabilité de l’employeur, la majorité des personnes en situation d’illettrisme sont en emploi », souligne la coordinatrice régionale de l’ANLCI. Et surtout sur le tissu associatif, « qui joue un rôle fondamental parce qu’il est pérenne », insiste-t-elle. C’est le cas du centre social de la Farandole, à Istres, qui propose des cours spécifiques pour les adultes. Mais ces structures sont frappées de plein fouet par les coupes budgétaires, des collectivités comme de l’État. « Nous n’avons plus la volumétrie permettant de servir tous les besoins », reconnaît le secrétaire général adjoint de la préfecture, Philippe Matheron.

    « Si nous voulons améliorer la situation, il ne faut pas détruire un écosystème qui existe aujourd’hui », alerte face à lui la directrice générale de l’ANLCI. Il y a urgence : alors que 5,1% des jeunes des Bouches-du-Rhône éprouvaient des difficultés sévères de lecture en 2023 lors de leur journée défense et citoyenneté, leur proportion est passée à 6,7% en 2024.

  • Insee : le diplôme paye encore mais la région peine à recruter

    Insee : le diplôme paye encore mais la région peine à recruter

    Le premier des Rendez-vous de l’Insee s’est tenu vendredi 2 octobre à Marseille, devant une foule d’étudiants de master mathématiques appliqués et sciences sociales à Aix-Marseille Université. Un temps d’échange en partenariat avec le Centre d’études et de recherche sur les qualifications (Céreq), pensé pour « apporter davantage d’ouverture autour de ce que peut apporter la statistique pour le débat public et l’éclairage de la société », s’enthousiasmait en ouverture Stéphane Lhermitte, directeur régional adjoint de l’Insee Paca.

    Cette première rencontre éclairait la thématique étudiante. Y aurait-il une érosion de la valeur du diplôme ? Cela vaut-il encore le coup d’engager des études dans le supérieur ? Ces questionnements présents dans le débat public ont attiré l’attention de Thomas Couppié, chef du département des entrées et des évolutions dans la vie active au Céreq. En se plongeant dans l’étude des six dernières générations de diplômés, il dresse deux constats : l’accès à l’emploi des jeunes est d’abord lié à la conjoncture, et ce de manière stable depuis 20 ans. Ce qui le pousse à affirmer que la valeur du diplôme ne s’est pas érodée : c’est bel et bien les différences de niveaux d’études qui creusent les inégalités d’accès à l’emploi et de rémunération, variant du simple au double entre non-diplômés et titulaires de master.

    Les bacheliers s’exportent en dehors de la région

    « Parmi les 32 000 bacheliers ayant poursuivi dans le supérieur par l’intermédiaire de la plateforme Parcoursup en phase principale, 26 000 le font dans la région », comptabilise Stéphanie Durieux, cheffe de projet à l’Insee Paca. Elle fait remarquer un solde négatif entre les 6 200 anciens lycéens qui quittent la région pour entreprendre des études ailleurs et les 4 400 entrants. Et de souligner : « Quand l’Occitanie accueille 2 200 nouveaux entrants et la région Auvergne-Rhône-Alpes 1 800. »

    Si l’échange de bacheliers se fait principalement avec les régions voisines, 20% des anciens lycéens se tournent vers l’Île-de-France. Un phénomène que Stéphanie Durieux relie à l’offre limitée de la région en écoles d’ingénieur post-bac, « des formations qui génèrent des mobilités entre provinces », affirme-t-elle.

    Et s’il était aussi question de logement ? Le chargé d’étude Sébastien Novella dresse un constat préoccupant : seulement 37% des étudiants de la région vivent dans leur propre logement. Un pourcentage parmi les plus faibles de France métropolitaine qui s’explique notamment par le fort taux de pauvreté de la région et son marché immobilier particulièrement tendu.

    CHIFFRES

    48 000

    élèves ont obtenu leur baccalauréat en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2022

    14 %

    c’est le taux d’étudiants entrants en région Paca.
    C’est le plus faible de France qui affiche 18% en moyenne.

    70 000

    apprentis ont été recensés en région à la fin de l’année 2023. Entre 2018 et 2023, leur nombre a presque triplé.

    37%

    des étudiants de la région vivent dans leur propre logement. 58% vivent dans le domicile familial, un taux seulement dépassé en Corse et en région francilienne, et les derniers résidents dans des foyers étudiants et les internats.

  • [C’est l’été] Avec l’Insee, la statistique de l’emploi au contact du terrain

    [C’est l’été] Avec l’Insee, la statistique de l’emploi au contact du terrain

    En ce jeudi soir de juillet, Christicna Giorgetti a enfin réussi à organiser l’un des derniers rendez-vous de la « grappe » qu’elle doit interroger. « C’est un couple de soignants, disponibles seulement à partir de 20h, ils pensaient que c’était trop tard pour moi… » témoigne-t-elle. Au total, l’enquêtrice de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) devait rencontrer, en trois semaines, quelque 26 ménages tirés au sort parmi les habitants de Gémenos dans le cadre de l’enquête sur l’emploi, le chômage et l’inactivité. « La plus grosse enquête de l’Insee, la plus connue », sourit-elle.

    Depuis 1950 en effet, les enquêteurs de l’institut viennent interroger une série de ménages pour mesurer les évolutions de l’emploi et du chômage à l’échelle nationale. « C’est une enquête que nous essayons de garder relativement stable, même si nous nous adaptons aussi aux évolutions du marché du travail, explique Laura Castell, la cheffe de la division emploi au siège de l’Insee à Montrouge (Hauts-de-Seine). Depuis cinq ans, nous avons des questions sur le télétravail, qui était marginal avant. » Encadrés par les directions régionales, ce sont des enquêteurs contractuels – 40 en région Provence-Alpes-Côte d’Azur – qui vont à la rencontre des familles tirées au sort dans des secteurs géographiques déterminés.

    Face aux défiances

    de la société

    « La première chose que je fais, c’est de vérifier si les personnes habitent toujours au même endroit », raconte Christina Giorgetti. Après cette tournée de quelques heures, elle va alors les contacter par courrier puis téléphone et organiser un premier rendez-vous, en face-à-face. Un véritable parcours d’obstacles parfois, quand bien même ces enquêtes sont obligatoires. « La principale difficulté c’est l’accès, témoigne Marjorie Martin, cheffe de la division enquêtes ménages dans la région. Dans le 9e arrondissement de Marseille avec les résidences sécurisées, il faut plusieurs allers-retours pour pouvoir entrer… » Mais il faut aussi faire avec la défiance et des contextes sociaux parfois difficiles. « Nous avons deux enquêtrices dans les quartiers Nord qui connaissent très bien le secteur, elles ont leurs astuces pour éviter les situations de danger dans les endroits les plus sensibles, poursuit la responsable. Elles y vont le matin quand c’est plus calme s’il y a un point de deal, ne disent pas qu’elles sont enquêtrices mais qu’elles réalisent une étude, certaines ne montrent pas leur carte, parce qu’il y a la Marianne… » Au moindre risque, un droit de retrait leur est accordé. « En règle générale je suis bien accueillie, même si on m’a déjà dit que ce n’est pas normal que ce soit obligatoire, raconte de son côté Christina Giorgetti. Mais quand j’explique l’intérêt de l’enquête, ces personnes s’excusent ! » D’autant plus que cette défiance ne connaît pas de frontières. « Depuis de nombreuses années, les taux de réponse dans de nombreux pays européens ont beaucoup baissé, mais c’est moins le cas en France », précise Laura Castell.

    L’enquêtrice peut alors dérouler le questionnaire sur sa tablette, du niveau d’études au nombre d’heures travaillées ou aux différentes démarches pour chercher un emploi, selon les situations. Un échange d’un quart d’heure, pour chaque personne du foyer. Puis dans les coulisses, les premiers questionnaires sont relus avant le travail global de vérification face aux potentielles incohérences pointées par le logiciel et, au niveau national, l’anonymisation complète, le redressement statistique. Chaque trimestre, pendant 18 mois, les ménages sélectionnés seront réinterrogés pour savoir si leur situation a évolué, cette fois en ligne ou par téléphone. Au total, 90 000 personnes sont questionnées à chaque fois. « Cela nous donne des possibilités d’analyse très importantes, sourit Laura Castell. Nous publions les indicateurs phares du marché du travail une fois par trimestre et par an, mais aussi des données sur le travail, la formation… » Ainsi ce lundi le Premier ministre Sébastien Lecornu a-t-il dû assurer ne pas être « dans le déni », après la publication des derniers chiffres de l’Insee : le chômage a atteint son plus haut niveau depuis le Covid, alertait vendredi l’institut. Ces chiffres s’invitent aussi dans les politiques publiques : « Depuis la réforme sur le “plein-emploi“, le niveau des indemnisations des allocations-chômage dépend du taux que nous mesurons », explique Laura Castell.

  • Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    « Mesurer pour comprendre. » Telle est la mission de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En ces temps de canicules à répétition, il est temps de remettre en lumière une étude choc* de l’Insee Occitanie. Rendue publique le 19 novembre 2024, elle porte un titre brûlant d’actualité : « En Occitanie, les trois-quarts de l’offre touristique seront exposés à de fortes chaleurs en 2050 », c’est-à-dire à partir de 30°C et au-delà. Autrement dit, « 72% des lits des hébergements collectifs de la région sont situés dans des zones où les températures élevées seront les plus fréquentes à l’horizon 2050 avec plus de 35 journées où les températures dépasseront 30° C ou plus de 50 nuits tropicales par an » ; une nuit tropicale étant « une nuit où la température ne descend pas en dessous de 20°C ». L’étude de l’Insee parue il y a près de 4 ans, doit permettre aux professionnels du tourisme, aux services de l’État et aux collectivités locales de s’engager fortement sur le chemin de l’adaptation et l’atténuation d’un phénomène structurel : le réchauffement climatique. Sinon, le risque est de voir s’effriter un des piliers de l’économie régionale qui, au plus fort de l’été, génère jusqu’à 180 000 emplois, soit 7% de l’emploi marchand régional.

    L’autrice et l’auteur de l’analyse de l’Insee, Séverine Bertrand et François Hild, rappellent qu’en Occitanie « les étés 2022 et 2023 ont été marqués par des températures dépassant régulièrement les 35° C (voire 40° C) dans plusieurs départements, des niveaux rarement atteints autrefois » ; ajoutant que « les simulations climatiques les plus récentes confirment que ces phénomènes s’accentueront au cours des 25 prochaines années ». Résultat, l’Occitanie « est une des régions de France métropolitaine qui seront les plus exposées à des épisodes fréquents de fortes chaleurs, à la fois diurnes et nocturne ». L’étude de l’Insee a suivi l’évolution de la fréquence des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales pour la période 1976-2025 et aux horizons 2030 et 2050. L’accélération est impressionnante : sur la période 1976-2005, 2% seulement du territoire régional était concerné par les fortes chaleurs fréquentes, notamment dans l’Hérault et le Gard. Dans 4 ans, en 2030, ce sera 12% de l’Occitanie et dans 24 ans, en 2050, 50% de la surface régionale sera concernée ! Les touristes optent déjà pour des destinations au climat plus clément, notamment le littoral atlantique et du nord. Au printemps 2026, l’Insee a publié une analyse** montrant l’évolution des habitudes des vacanciers entre 2012 et 2024, sous l’impact du dérèglement climatique. « Dans ce contexte, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente moins fortement en Occitanie qu’au niveau national. En Occitanie, la concentration de la fréquentation touristique en juillet et en août tend à s’atténuer au profit d’un développement du tourisme au printemps, notamment en mai. » Une évolution portée par l’hôtellerie de plein air, « majoritairement sur le littoral méditerranéen ». Un bouleversement de la saisonnalité qui va exiger des adaptations structurelles de l’économie du tourisme.

    *Insee Analyses Occitanie, n°157, novembre 2024. **Insee Analyses Occitanie n° 168, mars 2026.

    CHIFFRES

    17,5

    millions de touristes ont été accueillis en 2023 dans les hébergements collectifs marchands d’Occitanie (hôtels, campings, résidences de tourisme, villages vacances) totalisant 55,2 millions de nuitées, soit 12% des nuitées de France métropolitaine.

    2e

    région de France pour la fréquentation des campings, l’Occitanie s’est hissée en 2025 au 3e rang des régions pour la fréquentation touristique, derrière l’Île de France et la Nouvelle-Aquitaine et devant Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    125 000

    emplois en moyenne par an sont générés par le tourisme en Occitanie. Cela représente 7% de l’emploi marchand de la région. Au cœur de l’été, le secteur emploie jusqu’à 180 000 travailleurs.

  • En Occitanie, « l’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup »

    En Occitanie, « l’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup »

    L’Insee prévoit une évolution de la croissance économique française similaire à l’année passée malgré l’instabilité géopolitique ambiante. « Le commerce mondial a progressé de 2,3 % grâce à la vigueur des exportations asiatiques, stimulée par les échanges de biens technologiques liés à l’intelligence artificielle », avance Katia Le Goaziou (Insee). Mais l’Occitanie peine à rattraper la dynamique nationale. L’activité technologique est principalement portée par l’aéronautique dans la région et l’évolution mensuelle des heures rémunérées dans l’industrie y est d’ailleurs en progrès. Cependant l’activité globale est en baisse de 0,3%, une diminution entraînée par les difficultés que rencontre le secteur de la construction. Comme toujours, la région observe des disparités entre ses territoires et si l’activité économique augmente dans l’Aveyron, l’Ariège et la Lozère, elle baisse nettement dans l’Aude et le Tarn qui font preuve d’une évolution négative de 1,5% comparé à 2025.De la même manière, là où l’emploi chute de 0,6% dans le secteur de la construction, il se rattrape dans le segment industriel de la filière aérospatiale(+0,4%). L’emploi piétine néanmoins dans la région et le taux de chômage (9,5%) surpasse de plus d’un point le niveau national (8,1%). Les défaillances d’entreprises atteignent un niveau historique(6 300 depuis janvier 2025) que les créations d’entreprises en nette hausse tentent de surpasser. Malgré une saison hivernale fournie sur le plan neigeux, la fréquentation touristique s’enlise(-0,8%). Les touristes en provenance de l’étranger affluent et redresseront peut-être la barre cet été, spécialement en Haute-Garonne, locomotive de la région quand les Pyrénées en sont le dernier wagon.

    Oriane Castan

  • [Démographie] À Martigues, ce que les noms racontent de la peste de 1720

    [Démographie] À Martigues, ce que les noms racontent de la peste de 1720

    Le 25 mai 1720, le Grand-Saint-Antoine débarque à Marseille. Le navire vient de l’Est de la Méditerranée. Dans sa cargaison, une bactérie : celle de la peste qui frappera toute la Provence. « C’est la dernière grande épidémie de peste en France », rappelle Isabelle Séguy, chercheuse associée au laboratoire Cultures – Environnements, Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge (CEPAM) à Nice. Elle fera plus de 120 000 victimes. « Mais il est difficile d’évaluer l’impact de l’épidémie sur la population et la démographie seulement à partir du décompte des morts », poursuit la chercheuse. C’est la raison pour laquelle, avec son collègue Pierre Darlu du Muséum national d’histoire naturelle (Paris), elle s’est plongée dans les noms de famille de la population de Martigues. « La ville tenait des registres exceptionnels », précise-t-elle. Et l’analyse parue dans Plos One révèle une histoire jusqu’alors inconnue : « Près de 50% de la population a été remplacée après la peste de 1720, résume Isabelle Séguy, coautrice de l’étude. C’est la première fois que nous mettons en évidence l’impact profond de cette épidémie avec les mouvements de population engendrés. »

    Anglesy, Diegue, Langlois… Avant 1720, ces noms de famille – ou leurs dérivés – sont communs à Martigues dans les listes des enfants baptisés. Après 1721, ils disparaissent. Certains sont morts de la peste : ils figurent dans les registres des victimes. D’autres ont fui. On les retrouve ailleurs dans les Bouches-du-Rhône ou plus loin en France au registre des noms de famille établi par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Exemple avec les Gratian, un nom typique de Martigues – dont beaucoup d’enfants sont nés avant 1720 et sont absents des registres des victimes – qui disparaît du département et apparaît dans le Sud-Ouest de la France plus tard. « Il serait intéressant de savoir qui étaient ces personnes pour voir si des facteurs
    – profession, milieu social – ont pu influencer la mobilité
     », indique Isabelle Séguy.

    Natalité en baisse

    À l’inverse, des noms comme Pignatel, Mauras ou Cambon apparaissent à Martigues à partir de 1721 alors qu’ils étaient absents avant. L’étude note que ces nouveaux arrivants viennent plutôt de la région et non pas de l’autre bout de la France.

    D’autres noms comme Tourrel ou Fouque traversent la crise. Mais la natalité baisse parmi les survivants. Est-ce dû à la peste ou à un changement générationnel ? Les données font pencher la balance vers la première hypothèse car la baisse touche principalement les noms de famille touchés par la peste. Mais l’autre piste n’est pas exclue. « Cela serait plus tôt que ce qu’estiment les historiens », relève Isabelle Séguy. Ces derniers considèrent que le passage d’une forte natalité – compensant une forte mortalité – à une natalité plus faible, a débuté en France à la fin du XVIIIe siècle.

    Y. pestis

    Yersinia pestis est la bactérie responsable de la peste. Elle a été découverte en 1894. Ce n’est qu’en 1998 que l’épidémie qui a frappé la Provence en 1720 sera imputée à Y. pestis, suite aux avancées des analyses ADN qui permettent d’identifier la bactérie sur des squelettes dans un charnier.

    120 800

    C’est le nombre de morts de la peste entre 1720 et 1722 en Provence et dans le Bas-Languedoc sur une population totale de 400 000 habitants. À Martigues, l’épidémie tuera 2 150 personnes en quelques mois sur une population d’environ 6 000 habitants.

    4 022

    C’est le nombre de noms de famille d’habitants de Martigues retenus pour cette étude sur la période 1689-1789. Les données viennent principalement des registres paroissiaux conservés aux archives de Martigues et de l’association de généalogie des Bouches-du-Rhône (via le site Geneanet).

  • La fécondité au plus bas en Occitanie

    La fécondité au plus bas en Occitanie

    Le phénomène est français (même européen) mais plus fort encore en Occitanie, qui compte 6,2 millions d’habitants. La population de notre région a beau être de plus en plus nombreuse (+0,8%/an contre +0,3%/an en France depuis 10 ans), ce n’est que grâce à son solde migratoire positif. C’est-à-dire que l’Occitanie accueille beaucoup plus d’arrivées qu’elle ne concède de départs (vers d’autres régions ou des pays étrangers).

    Car pour le reste, son solde naturel est plus que jamais négatif. Depuis 2017, la courbe des décès est supérieure à celle des naissances dans notre région qui accuse un déficit naturel de -12 700 en 2024 au lieu de
    -11 000 l’année précédente. Seule la Haute-Garonne conserve encore davantage de naissances que de décès.

    La raison est simple, révèle une étude de l’Insee. Même en étant moins forte qu’en 2023
    (-8,4% après l’éphémère rebond du Covid et des confinements), la baisse des naissances se poursuit en 2024 avec 1 100 naissances de moins. Soit à peine 51 300 bébés nés en Occitanie en 2024 (-2,2% comme en France). Un recul entièrement dû à la chute du taux de fécondité puisque « le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants continue d’augmenter », renseigne l’Insee. Par ailleurs, cette baisse de la fécondité n’épargne aucune classe d’âge, y compris chez les femmes de 35 à 49 ans, où le taux était en hausse jusqu’en 2021. En raison de « l’allongement des études, des mises en couple plus tardives et du souhait des femmes d’être stabilisées dans la vie professionnelle », l’âge moyen du premier enfant est plus tardif en France (31,1 ans contre 26,8 ans en 1975).

    Le climat anxiogène en raison de la chute du pouvoir d’achat, de l’enjeu climatique ou de la crainte des guerres peut-il expliquer ce phénomène ? Toujours est-il que la fécondité est au plus bas en Occitanie, avec à peine 1,46 enfant par femme (1,62 en France), un record historiquement faible depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    En parallèle, le nombre de décès augmente. En 2024, 64 000 habitants ont disparu, soit 0,8% de plus qu’en 2023. Une tendance là aussi nationale (+1%) entièrement due au vieillissement de la population du fait de « l’arrivée aux âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom d’après guerre », les conditions sanitaires plus favorables en 2024 qu’en 2023 n’étant pas un facteur conjoncturel pertinent.

    La résultante de ces deux tendances qui s’amplifient est que la population de l’Occitanie vieillit. Près d’un Occitan sur quatre (24% au lieu de 22% dans le pays) est âgé de 65 ans ou plus. Il y a 20 ans, les seniors ne pesaient que 19% de la population d’Occitanie. Depuis 2022, ils sont devenus plus nombreux que les jeunes de moins de 20 ans (23% de la population régionale). À noter que sur cet indicateur, les disparités sont fortes. Si le Lot est le département français qui compte le plus de seniors (33%), la Haute-Garonne compte parmi les plus jeunes (18% de 65 ans ou plus). L’Hérault et le Gard sont dans une position intermédiaire (23 à 25% de seniors).

    Malgré tout, l’espérance de vie à la naissance se stabilise en Occitanie à son niveau d’avant pandémie comme dans le reste de l’Hexagone. Elle s’élève à 85,7 ans pour les femmes et à 80,3 ans pour les hommes.

  • Pour le monde agricole, une région d’inégalités criantes

    Pour le monde agricole, une région d’inégalités criantes

    L’écart est grand, des petits maraîchers subsistant grâce au revenu de solidarité active (RSA) aux grands propriétaires terriens de Camargue ou aux grands domaines viticoles varois. En Provence plus qu’ailleurs, les inégalités qui traversent le monde agricole sont profondes.

    La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est la deuxième région la plus inégalitaire de France hexagonale pour les ménages agricoles, révèle ainsi une étude menée conjointement par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et le service de la statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste) publiée ce mercredi 22 avril. En moyenne, les 10% d’exploitants les plus riches y ont un niveau de vie 5,4 fois supérieur aux 10% les plus pauvres, selon cette étude (contre 4,1 fois au niveau national). Des fractures nettement plus marquées que pour le reste de la population active. Ainsi le niveau de vie annuel des individus des 10% des ménages agricoles les plus aisés de la région dépasse 51 100 euros… quand les 10% les plus modestes ne dépassent pas 9 500 euros. Hors les outre-mer, il n’y a que la Corse voisine pour présenter un écart aussi important.

    Un agriculteur sur cinq sous le seuil de pauvreté

    Si elle ne bénéficie pas des richesses des plaines de Brie comme l’Île-de-France, ou des vignobles de Champagne et de Bourgogne comme dans le Grand-Est, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur fait pourtant partie de celles où le niveau de vie des exploitants agricoles est parmi les plus élevés. La moitié d’entre eux vivent avec plus de 29 600 euros par an, soit 7 000 euros de plus que le revenu médian des ménages actifs dans la région. Un niveau de vie qui ne dépend pas seulement de leur production. Parmi les ressources dont ils disposent, 30,7% de leurs revenus proviennent de leur patrimoine, le niveau le plus important en dehors de l’Île-de-France. Et dans le même temps, ils sont 20% dans la région à vivre sous le seuil de pauvreté, contre 14,6% pour le reste de la population active. En France hexagonale, il n’y a que la Corse et l’Occitanie pour faire pire.

    Les fractures sont tout aussi nettes quand on compare les territoires entre eux, à l’échelle des grandes régions agricoles découpées en fonction de leur géographie et de leurs productions. C’est que les revenus des agriculteurs dépendent en bonne partie de leur activité : le niveau de vie médian d’un viticulteur, à hauteur de 27 000 euros par an, est supérieur de quelque 40% de celui d’un éleveur de chèvres ou de moutons (19 600 euros).

    Les moutons face au vin

    On retrouve cette division dans la région. Dans les 25% de régions agricoles les plus riches au niveau national, on retrouve les coteaux de Provence, qui courent du pays d’Aix dans les Bouches-du-Rhône à la Dracénie dans le Var, avec un niveau de vie médian de 25 700 euros par an, ainsi que les massifs varois des Maures et de l’Esterel (26 000 euros). Des terres largement consacrées à la production de rosé, sur un foncier plus qu’onéreux. Dans les Maures et l’Esterel, les 5 958 hectares de vignes représentent les trois quarts de la surface agricole utile et les deux tiers de la production brute, devant l’horticulture. Dans les coteaux provençaux, la viticulture représente près de la moitié des terres cultivées (aux deux tiers dans le Var) et plus des deux tiers de la production, à hauteur de 312 millions d’euros selon le recensement agricole de 2020.

    À l’inverse, les Alpes niçoises (14 900 euros par an) et la vallée du Queyras, dans les Hautes-Alpes (16 600 euros), font partie des dix régions agricoles au niveau de vie le plus bas dans toute la France. Là, la majorité de la surface agricole est consacrée au pâturage des chèvres et moutons, avec 35 000 moutons dans les Alpes niçoises, et plus de 8 000 dans le Queyras.

    Surtout, on retrouve le poids des grands domaines au cœur de cette fracture, de manière exemplaire en Camargue, le deuxième territoire le plus inégalitaire de France pour les agriculteurs. Là, entre riziculture et gardians, moins d’un quart des exploitations possède la majorité des terres agricoles… et concentrent 80% de la production.

    Des chiffres qui ne prennent pas en compte les quelque 18 000 salariés agricoles de la région, dont une majorité de saisonniers, qui triment dans les vergers, vignobles et serres maraîchères de Provence et de Vaucluse. Parfois dans des conditions d’exploitation la plus brutale, pour des salaires de misère.

  • L’été ne fait plus le printemps du tourisme en Occitanie

    L’été ne fait plus le printemps du tourisme en Occitanie

    « Réchauffement climatique, choix de consommation : les habitudes des vacanciers évoluent », constate l’Insee dans une étude menée en partenariat avec l’Agence d’attractivité et de développement de la Région Occitanie (AD’OCC) et Destination Occitanie qui charpente la stratégie touristique régionale.

    Cette étude, menée sur un temps relativement long d’un peu plus d’une décennie, de 2012 à 2024, révèle une tendance forte : « Depuis quelques années, la fréquentation touristique augmente tendanciellement moins fortement dans la région qu’au niveau national. Ainsi, entre 2012 et 2024, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques d’Occitanie progresse de 4,5% contre +11% en France métropolitaine », a calculé l’Insee. En outre, ajoutent Sophie Andrieu et François Hills, auteurs de l’étude pour l’Institut national de la statistique, cette hausse de 4,5% « n’est portée que par l’hôtellerie de plein air dont les nuitées augmentent de 19,4% alors que les nuitées diminuent dans les hôtels (-4,7%) et les autres hébergements (-12,6%) ». L’Occitanie est la cinquième des régions de France métropolitaine les plus fréquentées par les touristes en 2024 avec 55 millions de nuitées mais « Depuis 2012, le tourisme se développe au printemps et s’atténue en été », résume l’Insee qui image ce constat en chiffres : « Entre 2012 et 2024, la fréquentation touristique au printemps a augmenté de 17,7 %. »

    Pourquoi ces évolutions ? « Des facteurs multiples peuvent influer sur l’évolution de la fréquentation touristique », prévient l’Insee qui identifie cinq facteurs principaux. Le premier est le réchauffement climatique. Il « entraîne une hausse de la fréquence des canicules en été et une baisse de l’enneigement en hiver. Il peut conduire les touristes à modifier leur choix de destination ou décaler la période habituelle de leurs séjours. » Deuxième facteur, « les évolutions dans les choix de consommation peuvent avoir le même type de conséquences ».

    886 000 lits sont proposés par les plateformes internet

    Troisième facteur, le vieillissement démographique entraîne le développement du tourisme des retraités « particulièrement hors des périodes scolaires et estivaux ». Quatrième facteur, « la crise Covid a eu un fort effet sur le tourisme en 2020 et 2021 et a également entraîné des changements durables de comportement ». Cinquième facteur et non des moindres, « l’offre de logements locatifs sur les plateformes numériques, en essor depuis la décennie 2010, concurrence les hébergements collectifs traditionnels ». Les logements en location saisonnière proposés par les plateformes internet comme Airbnb, Booking ou HomeAway atteignent en 2024 « des volumes offerts proches de ceux des hébergements collectifs » et représentent en Occitanie 178 000 logements représentant environ 886 000 lits. « Ainsi, la fréquentation du locatif en plateforme se développe très nettement entre 2019 et 2024, bien que moins vite que l’offre », analyse l’Insee. L’exemple d’Airbnb est parlant : entre 2019 et 2024, la fréquentation estimée des hébergements sur cette plateforme, mesurée en nuits réservées croît de 57%.

    « L’évolution de la saisonnalité du tourisme en Occitanie est essentiellement portée par les campings », renseigne l’Insee. En Occitanie « ils représentent la moitié des nuitées annuelle, hors hébergements locatifs en plateforme et hors hébergements non marchands ». La hausse de 19% de leur fréquentation entre 2012 et 2024 « est portée par le littoral qui concentre les deux tiers de la fréquentation régionale en camping ». Elle est « particulièrement forte en début de saison estivale, entre avril et juin. Dans la région, ces trois mois concentrent 25% de la fréquentation en 2024 contre 18% en 2012 ». Les nuitées en camping augmentent aussi sensiblement en septembre, note aussi l’étude. « Ainsi, la période dite des “ailes de saison”, qui couvre les mois d’avril à juin et de septembre, pèse autant dans la fréquentation de 2024 que chacun des deux mois du cœur de l’été. » Une tendance de fond.