Tag: insécurité

  • [Rue de la République] Pierre-Marie Ganozzi : « À Marseille, nous voulons qu’il y ait le plus de bleu possible dans la rue »

    [Rue de la République] Pierre-Marie Ganozzi : « À Marseille, nous voulons qu’il y ait le plus de bleu possible dans la rue »

    Du plan écoles à la sécurité

    Didier Gesualdi : Vous êtes le nouvel adjoint du Printemps marseillais à la sécurité, vous succédez à Yannick Ohanessian après vous être occupé du plan écoles. Vous pouvez tout faire ? Vous êtes bon partout ?

    J’espère devenir bon partout en tout cas. M. le maire m’a confié cette délicate tâche de la sécurité. C’est un vrai beau défi. Il y a eu le plan écoles, maintenant la sécurité, c’est une vraie marque de confiance. Je mets tout en œuvre avec son aide et avec les fonctionnaires de police pour améliorer la sécurité globale à Marseille et pour lutter contre le sentiment d’insécurité qui est également très fort dans notre ville.

    Léo Purguette : Quel bilan tirez-vous du plan écoles ?

    Le plan écoles continue d’avancer. Nassera Benmarnia est très bien entrée dans ses nouvelles fonctions. On est aujourd’hui sur la vague 4 qui est en train d’être lancée en projet. Il y a des dizaines d’écoles dans lesquelles les travaux ont déjà commencé. Certaines vont être livrées d’ici une petite année environ. Le plan écoles avec la société publique des écoles ou, en direct avec la Ville de Marseille, continue d’avancer à un bon rythme. On peut être fier de cette réussite qui est collective, qui provient de la volonté du maire Benoît Payan avec l’aide de l’État et du président Emmanuel Macron. Quand l’État et une collectivité veulent travailler main dans la main, les services publics, la fonction publique, deviennent de véritables donneurs d’ordre et font avancer les choses.

    Didier Gesualdi : Il y a eu des batailles de chiffonniers sur les chiffres pendant la campagne électorale. Quoi qu’il arrive ça ne va jamais assez vite ?

    Évidemment, j’aimerais pouvoir tout reconstruire le plus rapidement possible. Mais nous respectons toutes les règles d’urbanisme, de conformité, les normes liées au réchauffement climatique, ça prend du temps, de l’argent mais on en est fiers parce que ceux qui en profitent ce sont nos petites Marseillaises et nos petits Marseillais.

    Léo Purguette : Vous dites respecter toutes les règles, l’ancien préfet de région a quand même signalé le contraire. Où en êtes-vous ?

    Il a signalé le contraire… oui, c’est quand même un peu confus ce qu’il s’est produit. Les services de la préfecture ont mené une enquête récemment et le nouveau préfet lui-même, M. Witkowski, a dit qu’il n’y avait aucune anomalie. Nous, on le savait. On avait travaillé avec nos avocats qui nous avaient dit qu’il y avait beaucoup de bruit pour rien. La campagne électorale a probablement servi de caisse de résonance.

    SA FEUILLE DE ROUTE

    Didier Gesualdi : Yannick Ohanessian nous disait que votre majorité avait fait plus en six ans que les autres en quarante ans. Il reste encore beaucoup à faire non ? Beaucoup de Marseillais ont le sentiment que ça ne va pas mieux.

    Je me mets dans les pas de mon prédécesseur et je m’inscris surtout dans les directives données par le maire, Benoît Payan. Nous avons déjà recruté 400 policiers durant le mandat précédent. On va doubler ce chiffre en passant à 800 recrutements sur le nouveau mandat. C’est le premier axe. C’est un vrai défi parce qu’aujourd’hui, tous les métiers de la sécurité sont en tension. À nous de faire en sorte que l’on vienne taper à notre porte. Le deuxième axe, c’est la proximité avec la volonté de créer des commissariats de police municipale dans tous les arrondissements de Marseille. Il y avait le plan écoles, il y aura très bientôt le plan commissariats avec l’objectif d’être au plus près des habitants pour pouvoir les rassurer, les renseigner, les protéger, faire du flagrant délit en cas de problème. Nous voulons assurer la sécurité de tout le monde, dans tous les quartiers.

    Léo Purguette : Ces ambitions sont très hautes alors que l’argent manque dans les collectivités. N’avez-vous pas l’impression d’en dépenser beaucoup pour compenser les manques de l’État ?

    Ce qui est sûr, c’est que nous ne ferons pas d’économies sur la sécurité. Nous allons investir dans des nouveaux commissariats, recruter des policiers mais aussi les équiper. En revanche, il est hors de question que la police municipale vienne remplacer la police nationale qui est sous l’autorité du préfet. Nous voulons qu’il y ait plus d’uniformes dans les rues, davantage de policiers municipaux et davantage de policiers nationaux. L’État s’est désengagé des services publics, d’abord la justice ensuite la santé, puis l’éducation… Il serait inadmissible qu’il se désengage de la sécurité.

    LA POLICE NATIONALE

    Didier Gesualdi : On a assisté à des échanges aigres-doux entre Benoît Payan et le préfet sur les effectifs de police nationale la nuit, faites-vous encore appel à l’État ?

    Bien sûr. C’est un domaine régalien de l’État. Ce que je veux c’est qu’il y ait le plus de bleu possible dans la rue que ce soit dans la journée ou la nuit parce que nos concitoyens ont besoin de les voir, d’être rassurés et en cas de flagrant délit, qu’il y ait une intervention. Avoir du bleu dans les rues, c’est nécessaire la nuit aussi. Je n’entre pas dans une bataille de chiffres mais les demandes répétées du maire de Marseille, je les ai moi-même relayées auprès de la préfète de police et du directeur de la police nationale que j’ai rencontré il y a quelque temps. Main dans la main on doit pouvoir arriver à trouver des solutions pour améliorer la sécurité à Marseille.

    Didier Gesualdi : Comment pouvez-vous contribuer à la lutte contre le narcotrafic ?

    C’est un drame pour les familles et les quartiers qui en sont victimes. C’est une compétence police nationale. Il y a des enquêteurs, des brigades spécialisées, ne nous prenons pas pour ce que nous ne sommes pas. En revanche, nous pouvons apporter une aide sur les caméras de vidéosurveillance, sur les opérations « grappin » en venant enlever les voitures qui ralentissent les services de police, les chariots ou autres… C’est aussi rétablir un cadre de vie agréable pour les personnes qui y vivent.

    LA PROXIMITÉ

    Léo Purguette : Un commissariat par arrondissement, c’est à quelle échéance ?

    On se donne le mandat pour y parvenir. À l’instant T, nous avons déjà des pistes dans plusieurs arrondissements.

    Léo Purguette : Avez-vous déjà une idée du prochain qui ouvrira ?

    Les deux pistes les plus avancées sont dans le 15e et dans le 11e. Nous avons déjà celui de Canebière qui fonctionne bien, celui de Loubon, dans le 3e, qui va fonctionner encore mieux dans la prochaine période. Trouver une implantation pour un commissariat n’est pas si facile que ça parce qu’il y a un critère intangible qui est le parking pour accueillir les véhicules de police.

    Léo Purguette : Quel lien police-population ? Ces rapports sont parfois tendus voire violents.

    Nous faisons de la prévention. Une de mes premières sortie d’adjoint était à la Savine pour faire découvrir tous les métiers à uniforme aux jeunes. Il y a des enjeux de recrutement.

    LA GAUCHE ET LA SÉCURITÉ

    Léo Purguette : « Plus de bleu dans la rue », c’est un discours que l’on n’entend pas toujours à gauche. La gauche est parfois critiquée pour un supposé angélisme en matière de sécurité. Quelle est votre doctrine ?

    L’angélisme, ce n’est pas la doctrine du Printemps marseillais. Ce que nous voulons c’est que toutes les Marseillaises et Marseillais se sentent en sécurité, où qu’ils se trouvent dans la ville. On vit dans un territoire magnifique avec la plus belle rade du monde, des sites absolument remarquables, il n’est pas acceptable que des personnes puissent être agressées, se sentent en difficultés selon les endroits, que certaines femmes se fassent harceler. C’est inacceptable que l’on soit de gauche ou de droite. Peut-être qu’il y a quelques décennies, la gauche pouvait être angélique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Au Printemps marseillais nous avons à cœur que l’on se sente bien en sécurité partout à Marseille. Nous ne voulons pas que des quartiers populaires soient abandonnés comme cela a été le cas pendant des années avec des problèmes de trafics, des services de propreté ou de bus qui ne venaient plus. Nous, nous remettons du service public dans les quartiers populaires.

    Léo Purguette : C’est votre manière de tenter de faire refluer l’extrême droite ?

    Ce que nous voulons, c’est faire vivre le vivre-ensemble. Tout le monde en parle mais comment fait-on ? On met du service public. C’est le service public qui doit permettre aux gens d’être reliés et de vouloir vivre ensemble. Ce n’est pas une évidence de vivre ensemble. Si vous avez une école délabrée, si vous appelez le 17 et qu’il ne se passe rien, si vous vous faites agresser dans la rue, si des gens vous empêchent de rentrer chez vous, vous vous sentez comme un citoyen de seconde zone. Nous à Marseille, on ne veut que des citoyens de première zone. Notre belle ville est peuplée par 900 000 Marseillaises et Marseillais qui sont fiers de l’être et ils ont raison. Nous, ce que nous voulons, c’est que notre police permette la concorde.

    Didier Gesualdi : Le moratoire sur les caméras de vidéosurveillance colle à la peau du Printemps marseillais. C’est totalement révolu ?

    D’abord, il était dans notre programme de 2020. On a donc fait ce pour quoi on avait été élu : pendant deux ans, on a fait un moratoire qui a permis d’analyser l’ensemble des caméras. On s’est rendu compte que certaines, soit ne fonctionnaient pas, soit ne servaient à rien, soit étaient dans des endroits un peu étranges pour surveiller des personnalités X, Y ou Z, ce qui n’est évidemment pas l’objectif principal. Nous avons mis les choses à plat, avec l’État, dans le cadre du plan Marseille en grand, à des endroits utiles : écoles, collèges, lycées mais aussi dans les lieux stratégiques pour lutter contre les trafics ou garantir la sécurité routière.

    L’INSÉCURITÉ

    Didier Gesualdi : Quand, à la Valentine, aux Accates, on voit des votes à 60% pour le RN lors des législatives, est-ce que c’est l’insécurité qui explique ces résultats ?

    Vous savez, quelqu’un qui est cambriolé, c’est un gros problème. Il faut d’ailleurs faire reculer cette insécurité concrète. Il faut aussi lutter contre le sentiment d’insécurité. Quand, dans la campagne, Mme Vassal disait qu’elle ne voulait pas venir au Vieux-Port à 18h de peur de se faire agresser. Excusez-moi, je suis régulièrement sur le Vieux-Port, à 18h, 20h ou 23h, il ne m’est absolument jamais rien arrivé. Il y a ce sentiment que Marseille serait une ville de non-droit, que ce serait Chicago dans les années 1930. C’est invraisemblable. Il y a une vraie insécurité qui existe, sur laquelle nous devons lutter au quotidien avec la police au plus proche des habitants. Et puis il y a ce sentiment d’insécurité qui est très fort. Le faire reculer passe par une présence policière accrue qui doit faire reculer ce sentiment-là. On vient très bien au Vieux-Port sans aucun problème.

    LA RÉPUBLIQUE, C’EST QUOI ?

    Pierre-Marie Ganozzi : « La République c’est une utopie, c’est l’idée formidable selon laquelle nous pouvons vivre ensemble, nous devons vivre ensemble. Rien n’est facile mais nous y travaillons, avec le maire Benoît Payan et tous les élus de la majorité municipale pour que notre République, j’ai presque envie de dire la «République marseillaise» se vive au quotidien. »

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Colette Drogoz :

    Je possède un garage donnant sur la rue, je ne peux ni entrer ni sortir car des voisins se garent devant en toute impunité. Pourquoi personne ne m’aide ? Cela dure depuis 10 ans !!!!

    Bonjour Colette. Ce que je peux vous dire, c’est que normalement il faut faire le 17 dans ce cas-là. Si ça ne fonctionne pas, il faut faire allô mairie qui peut être en direct avec la fourrière. Je vais voir ce qu’il se passe concrètement pour vous car il y a eu un temps d’adaptation mais la fourrière fonctionne désormais. En 2025, on en était à 11 000 mises en fourrière. Le début de l’année 2026, on est dans des ratios encore supérieurs et nous allons recevoir de nouveaux équipements pour encore augmenter notre capacité d’intervention.

    En outre, nous sommes à la recherche d’un deuxième site pour faire une deuxième fourrière dans les quartiers sud. Je vous donne un petit scoop : ça avance bien. J’espère que d’ici la fin de l’année 2026 on aura à la fois un deuxième site de fourrière dans le sud et de nouveaux équipements. Les deux réunis permettront à la fourrière d’être encore plus performante et donc pour Colette et pour les autres de multiplier les interventions. J’ai donné des consignes très claires en ce sens : on verbalise et on met en fourrière car l’insécurité routière à Marseille, ça suffit.

  • Au Rove, la Coop des élus communistes et républicains se renouvelle

    Au Rove, la Coop des élus communistes et républicains se renouvelle

    La Coop 13, Coopérative des élus communistes, républicains et citoyens des Bouches-du-Rhône, s’est réunie dans le village du Rove. Une cinquantaine d’élus des communes du département étaient présents pour échanger sur les objectifs de la Coop 13.

    Renforcée en nombre après les élections municipales et communautaires, la Coop 13 a dressé un bilan de son activité et s’est projetée dans l’agenda politique prochain avec notamment les sénatoriales qui doivent renforcer le pôle de gauche au Sénat.

    Pour les membres de la Coop 13, les enjeux politiques actuels sont déterminants pour l’avenir proche. De la Métropole au Département en passant par la Région Sud, la Coop 13 veut faire entendre sa voix ; l’activité doit prendre en compte la situation des habitants, des familles.

    Désireux d’être aux côtés de toutes celles et tous ceux qui sont victimes, à différents degrés, de la situation politique du moment : logement, emploi, insécurité, mobilité, bien vivre… Les élus s’inquiètent du contexte alarmant qui affecte la vie des personnes dans nos villes et villages et pour lequel ils restent mobilisés.

    Proximité avec

    les habitants

    Face à un Rassemblement national sans complexe et au plus haut, ils ont fait part de leur détermination de le combattre sur tous les fronts pour construire des espaces de dignité, de solidarité et de lutte avec la population.

    Résolument engagés au plus près des habitants pour défendre les acquis et en gagner de nouveaux, la Coop 13 s’est dotée d’un nouveau collectif de travail composé d’une trentaine de personnes représentantes d’une vingtaine de communes dans la diversité du département ; des élus inscrits dans les majorités municipales, mais aussi dans les oppositions, une nécessité pour être en lien avec les différentes réalités du terrain.

    Sur proposition de Florian Salazar-Martin, maire-adjoint à Martigues et président en titre, l’assemblée a élu à l’unanimité Paul Sabatino, maire du Rove, en tant que président, Florian Salazar-Martin devenant le secrétaire général de l’association et pour compléter le bureau départemental : Sophie Celton maire-adjointe à Septèmes-les-Vallons, membre du bureau national de la Coop ; Marie Claude Bonnet, maire-adjointe au Rove ; Ibrahim Mze, conseiller municipal des 15-16 à Marseille et Audrey Cermolacce, maire-adjointe de Septèmes-les-Vallons.

    La rencontre s’est terminée dans la convivialité avec un appel lancé à tous les élus progressistes par le président Paul Sabatino, pour adhérer à la Coop 13 ; une ambition partagée par l’assemblée pour peser partout dans le département pour mieux vivre.

  • Marché du Soleil : le procès de l’insécurité

    Marché du Soleil : le procès de l’insécurité

    Souriant mais affaibli, Georges Dahan, 81 ans, le patron du Marché du Soleil comparaissait lundi pour refus de fermeture d’un établissement recevant du public (ERP) malgré les arrêtés et mises en demeure de la Ville en 2023 et 2025 pour non-conformité aux règles de sécurité et, concomitamment, pour mise en danger d’autrui.

    Ce chef d’entreprise est à la tête depuis 1987 d’un bazar populaire de 3 600 m² près de la Porte d’Aix. Une opération de police et des douanes menée sous l’égide de la loi Narcotrafic a entraîné la fermeture par la préfecture le 30 janvier des 168 boutiques de vêtements, de quincaillerie… et parfois d’articles de sport contrefaits. 14 personnes dont 3 sociétés doivent être jugées en juin pour négoce en bande organisée de marchandises contrefaisantes et blanchiment. Trois policiers municipaux et un agent de la préfecture répondront, eux, de corruption et de trafic d’influence.

    S’agissant du volet sécurité incendie jugé lundi, le Marché du Soleil était sous le coup d’un premier arrêté municipal de fermeture de juin 2008 suite à un incendie, arrêté resté totalement inappliqué sous Jean-Claude Gaudin qui a laissé faire sa réouverture en 2015. Les travaux réalisés depuis n’ont jamais trouvé grâce aux yeux de la commission communale de sécurité et les deux arrêtés de fermeture d’octobre 2023 et octobre 2025, sont restés lettres mortes.

    « On n’était pas dangereux. On a mis pour 450 000 euros de sprinklers sur 3 000 m² et il n’y a plus de faux plafond. Nous avons six sorties de secours balisées. Aujourd’hui les commerçants pleurent d’être à la rue », proteste le patriarche. « à aucun moment le marché n’a été en insécurité », témoigne son frère Théodore, architecte. « On a l’impression d’un capharnaüm mais les choses sont régulées. Il y a des détecteurs, des extincteurs, des sprinklers, des exutoires de fumées asservies, Je ne sais pas où ils ont vu un péril imminent. On a fait 700 000 euros de travaux mais ils nous ressortent toujours les mêmes choses ! »

    « Il y a un risque majeur évident en termes de sécurité incendie sur ce bâtiment », oppose le procureur Guillaume Bricier. « En cas de survenance d’un sinistre, ces manquements exposent à un risque immédiat de mort ou d’infirmité permanente. Oui, tout le monde pense au drame de Crans Montana en Suisse même si notre saisine date d’avant », précise-t-il démentant que ce dossier soit instrumentalisé par l’autre volet pénal. De requérir pour « la gravité des manquements et la persistance à maintenir le marché ouvert » une peine d’un an de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende et 5 ans d’interdiction de gérer contre l’octogénaire ; 75 000 euros d’amende et 5 ans d’interdiction contre sa société.

    « Dans ce bal des hypocrites ! »

    Plaidant la relaxe, Me Stéphane Ceccaldi, a rappelé que l’arrêté de fermeture de 2008 a été signé par l’adjoint au maire José Allegrini qui pourtant avait été l’avocat de George Dahan en 2005. « Entre 2008 et aujourd’hui, Il y a eu 25 procès-verbaux de la commission de sécurité, mais il faut attendre le 17 février 2026 pour que la Ville prenne un arrêté de mise en sécurité urgente sur un petit escalier branlant, après la fermeture préfectorale du 30 janvier 2026, ce qui veut dire qu’un arrêté “matraque” était possible. En réalité, chacun trouvait son compte dans ce bal des hypocrites ! » Se fondant sur un arrêt de la Cour de cassation, Me Ceccaldi rappelle que la violation d’une obligation de sécurité ne suffit pas, fut-elle particulièrement grave, pour caractériser une mise en danger délibérée, cynique de la vie d’autrui, « le risque devant être imminent, concret, immédiat et presque en voie de réalisation ce qui n’est pas le cas. Un travail de mise en sécurité progressive et de régularisation était mené face à une administration de plus en plus réticente à valider ».

    Délibéré le 6 juillet.

  • Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    La gauche nîmoise savait qu’elle serait attendue au tournant. À peine l’écharpe enfilée, Vincent Bouget a choisi d’attaquer un sujet longtemps confisqué par les postures : la sécurité, et derrière elle, la réalité brutale du narcotrafic.

    Le 31 mars, le nouveau maire rencontre le préfet du Gard, Jérôme Bonet. Le lendemain, 1er avril, il écrit au gouvernement : deux courriers, l’un au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’autre au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, pour demander des renforts policiers et judiciaires. Dans l’entourage municipal, le message est clair : la ville ne veut plus de réponses ponctuelles, mais des effectifs durables, côté police nationale comme côté justice, alors que l’actualité locale reste rythmée par des faits liés au trafic et ses violences.

    « Un fort besoin d’apaisement »

    Dans les premiers jours, l’exécutif cherche à tenir l’équilibre promis pendant la campagne : parler sécurité sans slogan, et sans angélisme. D’un côté, mettre l’État devant ses responsabilités. De l’autre, reprendre la main sur ce qui relève du pouvoir municipal : présence, règles, arrêtés, médiation. C’est là qu’arrive la mesure la plus visible : l’arrêté encadrant les épiceries de nuit, appliqué à partir du 1er avril et jusqu’au 31 octobre, avec fermeture entre 22h et 6h dans un périmètre ciblé. Un texte initialement annoncé sous Jean-Paul Fournier, jamais réellement mis en œuvre, et que la nouvelle majorité choisit de maintenir. L’objectif affiché : limiter attroupements, nuisances sonores, troubles de voisinage, et reprendre le contrôle d’espaces où la tension monte vite, surtout à l’approche de la belle saison.

    Nicolas Nadal, nouvel adjoint à la sécurité, assume un « signal d’apaisement ». Il évoque « un fort besoin d’apaisement et de tranquillité » exprimé pendant la campagne, et justifie une décision claire : « Ce sont bien trop souvent des points de rassemblement et de nuisances sonores pour le voisinage. » L’élu promet aussi « de la fermeté » sur l’application des arrêtés, tout en répétant que la ville doit marcher sur « deux jambes » : prévention et tranquillité. Au fil de ces premières décisions, Bouget cherche déjà à installer une méthode : exiger des moyens là où la mairie ne peut pas tout, et agir vite là où elle le peut. À Nîmes, ce tempo-là, et sa capacité à tenir dans la durée, sera le premier test politique.

  • Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    La gauche nîmoise savait qu’elle serait attendue au tournant. À peine l’écharpe enfilée, Vincent Bouget a choisi d’attaquer un sujet longtemps confisqué par les postures : la sécurité, et derrière elle, la réalité brutale du narcotrafic.

    Le 31 mars, le nouveau maire rencontre le préfet du Gard, Jérôme Bonet. Le lendemain, 1er avril, il écrit au gouvernement : deux courriers, l’un au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’autre au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, pour demander des renforts policiers et judiciaires. Dans l’entourage municipal, le message est clair : la ville ne veut plus de réponses ponctuelles, mais des effectifs durables, côté police nationale comme côté justice, alors que l’actualité locale reste rythmée par des faits liés au trafic et ses violences.

    « Un fort besoin d’apaisement »

    Dans les premiers jours, l’exécutif cherche à tenir l’équilibre promis pendant la campagne : parler sécurité sans slogan, et sans angélisme. D’un côté, mettre l’État devant ses responsabilités. De l’autre, reprendre la main sur ce qui relève du pouvoir municipal : présence, règles, arrêtés, médiation. C’est là qu’arrive la mesure la plus visible : l’arrêté encadrant les épiceries de nuit, appliqué à partir du 1er avril et jusqu’au 31 octobre, avec fermeture entre 22h et 6h dans un périmètre ciblé. Un texte initialement annoncé sous Jean-Paul Fournier, jamais réellement mis en œuvre, et que la nouvelle majorité choisit de maintenir. L’objectif affiché : limiter attroupements, nuisances sonores, troubles de voisinage, et reprendre le contrôle d’espaces où la tension monte vite, surtout à l’approche de la belle saison.

    Nicolas Nadal, nouvel adjoint à la sécurité, assume un « signal d’apaisement ». Il évoque « un fort besoin d’apaisement et de tranquillité » exprimé pendant la campagne, et justifie une décision claire : « Ce sont bien trop souvent des points de rassemblement et de nuisances sonores pour le voisinage. » L’élu promet aussi « de la fermeté » sur l’application des arrêtés, tout en répétant que la ville doit marcher sur « deux jambes » : prévention et tranquillité. Au fil de ces premières décisions, Bouget cherche déjà à installer une méthode : exiger des moyens là où la mairie ne peut pas tout, et agir vite là où elle le peut. À Nîmes, ce tempo-là, et sa capacité à tenir dans la durée, sera le premier test politique.

  • [Entretien] Philippe Pujol : « Le narcotrafic est le symptôme d’un problème de société »

    [Entretien] Philippe Pujol : « Le narcotrafic est le symptôme d’un problème de société »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur la situation nîmoise ?

    Philippe Pujol : Je ne suis pas un spécialiste de Nîmes, mais on observe ici ce qui s’est passé à Marseille il y a quinze ans. Le narcotrafic n’est jamais un phénomène isolé : c’est le symptôme d’un problème de société. On vit dans des sociétés de performance qui poussent vers la cocaïne et, en parallèle, dans des sociétés du mal-être qui favorisent la consommation de cannabis. Ensuite, quand les institutions n’arrivent pas à réduire les inégalités sociales, économiques ou culturelles, les trafiquants exploitent ces failles. Quand un trafic apparaît quelque part, c’est le signe qu’il y a eu pendant des décennies une faiblesse des politiques publiques.

    La guerre entre réseaux a marqué l’actualité nîmoise…

    P.P. : Le conflit a opposé des réseaux locaux, qui ont ponctuellement sollicité un appui logistique à Marseille. Mais à Nîmes, les trafics restent essentiellement gérés par des acteurs locaux. Les réseaux naissent localement : ce sont souvent des enfants du quartier qui se retrouvent là parce que les conditions sociales et politiques l’ont permis. On parle souvent d’abandon des quartiers, mais je dirais qu’il y a aussi une exploitation politique de la misère. Quand les quartiers populaires votent peu, ils sont délaissés, voire utilisés par des systèmes clientélistes. C’est un terreau pour la délinquance.

    Qui sont réellement les acteurs du trafic de drogue ?

    P.P. : Les gens imaginent des armées de trafiquants qui gagnent énormément d’argent. En réalité, les vrais chefs sont très peu nombreux. À Marseille, j’en compte environ 150. À Nîmes, il y en a peut-être une dizaine. Les autres sont des jeunes exploités : guetteurs, revendeurs, petits bras du réseau. On leur fait croire qu’ils vont gagner de l’argent, mais ils finissent souvent endettés, en prison ou blessés. Le trafic fonctionne comme un système d’exploitation. Les plus puissants sont peu visibles, tandis que ceux qu’on voit dans la rue sont les plus vulnérables.

    Comment lutter efficacement contre ces phénomènes ?

    P.P. : La répression seule ne peut suffire. Bien sûr, il faut une police judiciaire forte pour viser les têtes de réseau, et ça relève de l’État. Au niveau municipal, la priorité est la tranquillité et la prévention. Recréer du lien entre la police et les habitants, repérer très tôt les situations de vulnérabilité et agir socialement. Aujourd’hui, on attend que les problèmes arrivent pour les dénoncer politiquement ou médiatiquement. Il faudrait au contraire intervenir très tôt, parfois dès l’enfance, pour éviter que certains jeunes basculent.

    Que pensez-vous des propositions portées par Nîmes en commun ?

    P.P. : Ce que j’ai entendu va plutôt dans le sens d’une police de proximité et d’un travail de terrain, donc oui. Une police municipale doit d’abord être une police de tranquillité publique : gérer les conflits de voisinage, recueillir de l’information. La lutte contre le narcotrafic relève de la police nationale et de la justice. Si on donne trop de pouvoir sécuritaire aux polices municipales, on prend aussi un risque politique, parce qu’elles dépendent directement des maires. Mais une police de proximité formée, qui circule dans les quartiers et dialogue avec les habitants, est utile.

    Quelles priorités pour Nîmes ?

    P.P. : La santé mentale, puis la réduction des inégalités. Cela passe par l’équité : donner davantage à ceux qui ont le moins de chances. Il faut identifier les jeunes vulnérables et agir très tôt. Le maire a des leviers importants, notamment à travers les politiques sociales, le soutien aux associations et l’urbanisme. Les choix en matière de logement ou de permis de construire influencent directement la mixité sociale et la formation de ghettos. Si on veut une ville plus sûre, il faut d’abord une ville plus juste.

  • La gauche présente une liste volontariste à Châteauneuf

    La gauche présente une liste volontariste à Châteauneuf

    « Votre présence nous confirme la nécessité d’une candidature comme la nôtre », lance Laurence Jouanaud (PCF) aux soutiens venus au meeting de mercredi soir, à la salle Michel-Blasco de La Mède. L’enseignante retraitée y présente le programme et la liste d’union de la gauche « Un élan pour l’avenir » qu’elle conduit avec ses 34 colistiers qui « ont en commun les mêmes valeurs de justice sociale ».

    Parmi les candidats mis en avant, Marc Lopez (PS), présenté comme « le compagnon de lutte idéal dans la campagne », Élodie Thiebaut, conseillère municipale sortante, Guy Defrance (EELV), également sortant, Jacques Messeguer (PCF), ancien adjoint à l’éducation de Vincent Burroni (PS). Figure aussi sur la liste Cyril Mistral, sapeur-pompier professionnel et président du moulin associatif Les moulins d’Olive, produisant de l’huile. Mais également Sylvie Grosseau, « châteauneuvaine depuis 1966 qui se battra contre l’abandon des quartiers périphériques » selon Laurence Jouanaud, ou encore Toomaï Boucherat, chercheur associé au CNRS.

    La santé sujet n° 1

    « La justice sociale signifie des services publics forts et accessibles à tous » développe Marc Lopez, qui veut répondre à « l’insécurité routière, physique et des biens. Nous voulons un poste de police nationale, combler les municipaux vacants et former les agents », par exemple à l’accueil de femmes victimes de violences. Et propose de créer une « plateforme de veille sociale avec les associations pour lutter contre l’isolement et l’habitat indigne », bref, « les insécurités sociales comme environnementales ».

    Élodie Thiebaut, ancienne infirmière, fait de la santé « un sujet primordial ». « Avec un médecin pour 3 000 habitants, c’est difficile. Le maire sortant s’en remet à l’État, mais nous avons une volonté en attendant », affirme-t-elle, proposant d’« assurer la disponibilité des locaux et le financement du matériel et des internes pour leur installation » sur la ville.

    Un habitant demande : « Pourquoi vouloir municipaliser l’eau ? ». Guy Defrance répond que « l’eau qui passe par Châteauneuf va à Martigues, mais ils paient moins cher que nous. C’est politique, nous voulons passer en régie ». « C’est les actionnaires qui coûtent cher » complète un autre. Un dernier remarque qu’il s’agit d’une compétence de la Métropole. Jacques Messeguer l’affirme : « En votant pour nous et pour les listes de gauche partout, on récupérera la Métropole. » L’ambition est affichée.

  • Bagnols : une ville à réparer, une gauche à rassembler

    Bagnols : une ville à réparer, une gauche à rassembler

    À Bagnols-sur-Cèze, troisième ville du Gard, l’élection municipale s’annonce comme un match dangereux. Le paysage politique est éclaté : le maire sortant Jean-Yves Chapelet (divers centre) doit officialiser sa candidature le 24 janvier. Mais autour de lui gravitent d’anciens membres de la majorité devenus opposants, des candidats « hors étiquette », une droite radicalisée… et surtout une candidate RN, Pascale Bordes, qui fait de Bagnols une cible prioritaire. Les chiffres récents donnent la mesure du risque : aux européennes 2024, Jordan Bardella est arrivé largement en tête à Bagnols (plus de 41%). Et aux législatives 2024, Pascale Bordes a culminé très haut sur la commune au 1er tour.

    Cette dynamique ne tombe pas du ciel. Une partie de la ville est prise en étau. D’un côté, un centre ancien qui peine à retrouver du souffle : cellules vides, logements dégradés, image abîmée. La municipalité met en avant les outils « Action Cœur de Ville » et une concession de revitalisation (Crac) avec la SPL30 : acquisitions, restructurations, remise sur le marché de locaux adaptés, pour tenter de recréer une économie de proximité. Mais ces politiques, même utiles, restent lentes et fragiles si elles ne s’accompagnent pas d’un cap social clair : lutte contre l’habitat indigne, accès aux services publics, soutien aux petits commerces, politique du logement qui protège au lieu d’expulser.

    De l’autre côté, la question du narcotrafic empoisonne le quotidien, notamment aux Escanaux : opérations policières, interpellations, et jusque cette lettre attribuée à des dealers, promettant « coups de main », services et aide financière aux habitants, découverte en septembre dernier. Une offensive de communication glaçante, où l’économie parallèle tente de se donner des airs de solidarité, comme si elle pouvait se substituer aux services publics et acheter la paix sociale.

    À la croisée des chemins

    C’est là que la campagne bagnolaise devient tendue. L’union de la gauche, appelée dès le mois de juin par plusieurs forces politiques, n’a pas résisté aux logiques de chapelle. Faute d’accord, chacun avance désormais séparément. Le Parti communiste vient d’officialiser son soutien à Philippe Broche et à sa liste « Ensemble, Changeons Bagnols », avec l’entrée de plusieurs militants sur la liste. Pour le PCF, ce choix est assumé comme stratégique : éviter la dispersion des voix et construire une alternative crédible face à la majorité sortante et au RN.

    De son côté, Jérôme Jackel conserve un ancrage à gauche, notamment avec le soutien de Christian Roux (PRG), qui salue un projet fondé sur la démocratie participative, la solidarité et la justice sociale, ainsi qu’une démarche tournée vers le rassemblement. Mais la réalité demeure : la gauche part divisée. Or à Bagnols, l’enjeu dépasse la tambouille : il s’agit de savoir qui saura incarner une rupture réelle, défendre les services publics, lutter efficacement contre les trafics sans abandonner les quartiers, et redonner un horizon à une population qui doute.

  • Matraques et bombes lacrymo pour les agents de la RTM

    Matraques et bombes lacrymo pour les agents de la RTM

    Des armes non létales, mais des armes tout de même. Comme annoncé voilà près d’un an, la présidente de la Métropole, Martine Vassal (DVD) a officiellement équipé ce mardi 13 janvier les agents du Groupement d’assistance et de protection (GAP) de la RTM de matraques télescopiques et de bombes lacrymogènes. Seuls 9 des 99 traminots de cette brigade dédiée à la sécurité ont pour le moment été formés, par une agence composée d’anciens militaires nous précisera Christian, membre du GAP depuis sa création en 2022, qui insiste sur le côté dissuasif et de médiation de sa mission.

    Mais tout devrait aller très vite se félicite l’élue, déjà satisfaite que tous bénéficient déjà de caméras piétons depuis le 19 décembre. De quoi réduire de 40% les incivilités à leur égard et lutter contre le fameux « sentiment d’insécurité ».

    Surtout, la candidate à la mairie de Marseille a vu là une belle occasion de pilonner sur son thème favori. « C’est une belle séquence qui renoue avec la façon de faire de la politique, avec ma majorité et mes élus, quand nous faisons des promesses, nous les tenons », martèle-t-elle, quand « la sécurité est la première de nos libertés ». Et de préciser qu’il aura « fallu se battre » pour obtenir les habilitations tant convoitées, où le soutien de « deux ministres très engagés, Bruno Retailleau et Philippe Tabarot » aura permis d’aboutir.

    Un continuum de sécurité

    En attendant les métros climatisés cet été, on saura que les agents du GAP pourront désormais dégainer s’ils jugent que leur intégrité physique ou celle des voyageurs est menacée, précise Catherine Pila, présidente de la RTM.

    Également présent, le préfet de région, Jacques Witkowski, satisfait. « Un pas vient d’être franchi, vous entrez de plain-pied dans le continuum de la sécurité », résume-t-il, considérant « vain d’opposer les forces de sécurité les unes aux autres ». Pour lui, « il faut plutôt les additionner », chacun « à sa place ». Car police nationale et CRS sont déjà présents sur le réseau. Et « les résultats sont bons » affirme-t-il, taclant Benoît Payan, maire DVG de Marseille et candidat à sa succession, qui n’a de cesse de réclamer des moyens : « Comme quoi avec 40 policiers en ville, on arrive encore à faire des choses ! » Et qu’on ne voit pas là le morcellement d’une activité régalienne de l’État. « On ne répond pas toujours aux questions de sécurité par plus d’effectifs », assène le préfet. Il prône l’utilisation de « moyens modernes » comme les caméras de rues, considérant « le débat d’atteinte à la liberté individuelle » éteint quand elles sont devenues « un élément de fiabilité de la sécurité du quotidien » et que « les concitoyens appellent à avoir encore davantage ». L’ex-gendarme Witkowski assume son côté répressif, « désolé, mais on ne se refait pas », avec du Audiard : « Quand on négocie avec un 11.43 en pogne, on est nettement plus crédible. »

  • Avec « Nîmes en commun » la ville va-t-elle basculer à gauche ?

    Avec « Nîmes en commun » la ville va-t-elle basculer à gauche ?

    Nîmes sort de vingt-cinq années de « système Fournier » comme on se réveille d’une longue nuit : groggy, traversée de rancœurs, mais aussi d’espoirs confus. Le bilan est lourd. Dans une ville parmi les plus pauvres de France, plus de 30% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, avec des pics dépassant largement les 70% dans certains quartiers populaires comme celui Pissevin où les habitants subissent une double peine : l’insécurité sociale et celle de l’insécurité liée aux narcotrafiquants.

    La carte postale romaine
    – Arènes ripolinées, Maison carrée classée à l’Unesco, centre historique repeint pour les touristes – masque mal une ville à deux vitesses. Les habitants parlent d’une « ville d’en haut » et d’une « ville d’en bas », séparées par quelques rues et un gouffre social. Pendant que la majorité sortante vantait le « rayonnement » et louait son patrimoine, les immeubles lézardés du centre ancien et les barres des quartiers populaires s’enfonçaient dans l’humidité, la précarité et le décrochage scolaire.

    Sur cette toile de fond, l’insécurité est devenue l’obsession officielle. Nîmes aligne l’un des parcs de vidéosurveillance les plus denses de France – plus de 680 caméras, juste derrière Nice en ratio par habitant – sans que cela n’enraye durablement ni la petite délinquance ni les règlements de comptes liés au narcotrafic. Là où la droite promet toujours plus d’objectifs, de caméras de surveillance, les habitants réclament d’abord de l’humain : des policiers de proximité, des médiateurs, des éducateurs, du travail et des logements dignes. Les colères sont multiples : jeunes qui ne se projettent pas dans leur ville, locataires du vieux centre qui vivent dans des passoires, habitants des quartiers populaires relégués loin des équipements publics, commerçants étranglés par la hausse des charges. Les inégalités climatiques s’y ajoutent : à l’heure du dérèglement du climat, le projet « Nîmes 2035 » de Franck Proust un des candidats de la droite, avec ses palmiers de carte postale qui « ne font pas d’ombre », apparaît comme le symbole d’une droite plus préoccupée d’esthétique que de justice sociale ou de fraîcheur urbaine.

    Pourtant, les urnes ont déjà montré qu’une autre majorité est possible. En 2022, Jean-Luc Mélenchon arrive en tête avec 28,68% au premier tour de la présidentielle à Nîmes, en 2024, lors des élections législatives anticipées, le Nouveau front populaire rassemblant la gauche devance le parti d’extrême droite RN dans la ville, quand le reste du département bascule massivement à son profit. Cette contradiction – ville votant plutôt à gauche au premier tour dans les scrutins nationaux mais bloquée à droite au niveau municipal – « Nîmes en commun » veut en faire un atout, un point d’appui.

    « D’abord on se tait, on écoute et puis on construit »

    Face à ce paysage, la force de Vincent Bouget coordinateur et leader de « Nîmes en commun » n’est pas seulement d’incarner l’union de la gauche (PCF, PS, écologistes, PRG, Place publique, mouvements citoyens), mais d’avoir patiemment construit une autre manière de faire de la politique. Depuis plus d’un an, « Nîmes en commun » laboure le terrain : film participatif s’appuyant sur les témoignages des habitants projeté dans les quartiers, plus de 110 entretiens filmés, une trentaine de réunions publiques, puis un questionnaire portant notamment sur les vœux de chacun, rempli par près de 3 000 Nîmoises et Nîmois dans tous les quartiers.

    La soirée du 11 décembre de restitution de ce questionnaire devant 900 personnes, micro et parole qui circulent, – une assemblée décrite comme un « moment démocratique rare et enthousiasmant ». Là où la droite s’est enfermée dans l’entre-soi municipal, Vincent Bouget assume un pari inverse : « D’abord on se tait, on écoute », avant de « construire un projet ». Il promet de prolonger cette méthode après le scrutin de mars, pour que la démocratie participative ne s’arrête pas au soir du vote.

    Sur le fond, la colonne vertébrale qui se dessine est claire : une ville qui « prend en compte tous les quartiers » et ne se contente plus de bichonner l’hypercentre ; une politique de sécurité globale, articulée à l’emploi, au logement et aux services publics, plutôt qu’aux seuls slogans « musclés » ; une stratégie de réhabilitation massive de l’habitat, plutôt que de nouveaux grands « projets vitrines » ; une priorité assumée à la jeunesse, à l’éducation, au sport et à la culture ; une véritable politique écologique, où « on peut trouver mieux que les palmiers pour faire de l’ombre ». Vincent Bouget le martèle : « Face à la division, il faut faire du commun », et se présente comme « le seul à pouvoir battre l’extrême droite », non pas en moralisant, mais en proposant un espace démocratique où les habitants se reparlent et reprennent la main sur leur ville.

    « Faire du commun », ou « la guerre de succession »

    Car en face, le spectacle offert par la droite locale est aux antipodes de ce patient travail de terrain et de concertation populaire. À l’approche des municipales, sous la pression des ambitions personnelles, la majorité sortante se divise. Jean-Paul Fournier, affaibli, tire sa révérence après vingt-cinq ans à l’Hôtel de Ville, sans designer de successeur.

    D’un côté, Franck Proust, président LR de Nîmes Métropole, adoubé récemment par Horizons, parti de l’ancien premier ministre Edouard Philippe. De l’autre, Julien Plantier, ancien premier adjoint, qui refuse de se ranger derrière lui et finit par s’allier à la macroniste Valérie Rouverand sous la bannière « L’avenir des Nîmois ». S’ajoutera, une liste du RN, dont la dynamique est forte à l’échelle du département. Les communiqués assassins, les invectives sur « l’arrogance » de l’un ou « le mépris de l’autre » sonnent comme autant de coups de Jarnac : tout concourt à donner l’image d’un camp qui règle ses comptes sur la place publique et cherche sa survie électorale plutôt qu’il ne se préoccupe des Nîmois.

    Politiquement, cette fragmentation ouvre une fenêtre historique pour la gauche rassemblée. Publié fin novembre 2025, Un sondage Quorum pour Le Réveil du Midi dessinait les contours d’une ville en trois blocs : gauche, droite et extrême droite. Dans la plupart des scénarios, Vincent Bouget arrive en tête au premier tour, autour de 28-30%, devançant l’extrême droite RN autour de 25-27% et Franck Proust crédité de 22%. En cas de ticket Plantier-Rouverand, Proust est même relégué plus bas, et la quadrangulaire devient un cauchemar pour la droite traditionnelle. Rien n’est fait pour autant. Les mêmes enquêtes montrent que dans le cas d’une triangulaire classique, avec un RN qualifié au second tour, la droite espère encore arracher la victoire de justesse, « Nîmes en commun » considère que forte de sa diversité elle rassembler et devenir un rempart face à la menace RN et à une droite essoufflée et sans réel projet transformateur.

    C’est là que se noue la réponse à la question : Nîmes va-t-elle basculer à gauche avec Vincent Bouget porteur des couleurs de « Nîmes en commun » ? C’est possible, si la dynamique citoyenne enclenchée par « Nîmes en commun » dans les urnes, si les milliers de personnes qui ont pris la peine de remplir un questionnaire, d’aller aux assemblées votent et font voter glissent aussi un bulletin le 15 mars. Oui, si « Nîmes en commun » parvient à être entendue à la fois aux quartiers populaires aujourd’hui délaissés et à l’électorat traditionnel démocrate écœuré par la « fin de règne » chaotique aspire à un changement positif et serein. Dans un Gard saturé par la poussée lepéniste, le basculement de Nîmes serait bien plus qu’un changement de maire : un signal national, la preuve qu’une ville populaire du Sud peut encore choisir de résister et reconstruire ensemble, plutôt que de céder à la résignation ou à la haine.

    REPERES

    11 février 2025 : Projection du film-documentaire Si je vous dis Nîmes, donnant la parole aux habitants de tous les quartiers.

    Automne 2025 : Les militants et bénévoles sillonnent marchés, et quartiers pour interroger les Nîmois via un questionnaire. 3 000 réponses recueillies.

    11 décembre 2025 : 900 personnes réunies à la halle des sports Ludivine-Furnon pour débattre du résultat du questionnaire.