Tag: inondations

  • [Entretien] « J’espère que 2026 sera un tournant dans les états d’esprit »

    [Entretien] « J’espère que 2026 sera un tournant dans les états d’esprit »

    La Marseillaise : Après cet été marqué par les canicules et les incendies, peut-on parler d’un tournant face aux risques naturels ?

    Alix Roumagnac : De manière large, je dirais que 2026 toute entière a marqué un tournant. On a commencé l’année avec de nombreuses tempêtes et inondations dans l’ouest de la France, puis nous avons connu une succession de canicules dès la fin du printemps. Predict fête ses 20 ans cette année. Tous les jours, notre travail consiste à observer les événements en région, en France et même à l’international. Objectivement, on constate une augmentation assez généralisée de leur fréquence et de leur gravité.

    Le Gard et l’Hérault ont été un peu des lanceurs d’alerte. L’idée de Predict est née après les événements qui ont touché l’Aude en 1999, puis le Gard en 2002 et 2003. Depuis, on observe une accélération. Et on prend conscience que cela ne concerne plus seulement le Gard et l’Hérault, mais l’ensemble du bassin méditerranéen.

    On vit dans un monde où les extrêmes se succèdent : on passe de sécheresses absolues, avec des incendies violents, à des inondations majeures. C’est pourquoi j’espère que 2026 sera aussi un tournant dans les états d’esprit. Quand nous nous éloignerons de ces chaleurs, de ces incendies et de ces orages, il ne faudra pas oublier que cette route vers les événements extrêmes est écrite. On ne s’en sortira pas si nous ne prenons pas des décisions fortes.

    Peut-on parler d’un système
    de risques en cascade ?

    A.R. : Tout est lié, en effet. Le dérèglement climatique renforce les extrêmes et génère des effets en cascade. Les canicules provoquent des sécheresses, qui favorisent les incendies violents. Elles contribuent aussi aux canicules marines. Aujourd’hui, la température de la Méditerranée bat tous les records, avec une valeur médiane supérieure à 29,5°C sur l’ensemble du bassin. C’est une énorme énergie disponible pour les épisodes méditerranéens.

    Pour le moment, les modèles que nous suivons ne voient pas de dépression susceptible de déclencher un tel phénomène dans les jours ou les semaines à venir. Mais la saison va être longue : plus la Méditerranée est chaude, plus le potentiel est important en septembre, octobre, novembre, voire décembre.

    Comment votre travail évolue-t-il face à cette accélération des risques ?

    A.R. : Notre métier évolue en permanence. L’alerte précoce, ce n’est pas simplement de la prévision météorologique ou l’envoi de messages. Elle repose sur quatre piliers : connaître le risque, s’y préparer, le monitorer et diffuser les messages le plus en amont possible pour permettre de prendre les bonnes décisions.

    La mobilisation s’intensifie. Nous suivons les événements près de 250 jours et nuits par an. Les collectivités nous demandent également de plus en plus de les accompagner sur les feux de forêt : détection des départs de feu, simulations de propagation, messages de sécurité, analyse d’images satellites… Nous devons adapter en permanence nos méthodes et nos outils. Mais les événements restent anticipables : les modèles et les outils d’observation deviennent de plus en plus précis.

    Les collectivités sont-elles aujourd’hui mieux préparées
    pour faire face aux risques ?

    A.R. : En 20 ans, nous avons vraiment observé un changement d’état d’esprit. La prise de conscience des risques et des problèmes climatiques par les élus n’a plus rien à voir. Nous avons également progressé sur les outils. La spécificité cette année, c’est qu’avec les élections municipales, de nombreuses nouvelles équipes sont en place. Nous avons donc dû aller à leur rencontre pour qu’elles prennent rapidement conscience des risques et des moyens d’agir.

    Nous avons par ailleurs mis en place les « Mercred1 » : tous les premiers mercredis du mois, les sirènes sonnent dans les communes de France. À 10 heures, nous organisons, avec les communes partenaires, un exercice de crise jusqu’à midi. Beaucoup d’élus participent et viennent s’entraîner avec leurs équipes municipales pour être prêts le jour J. Plus de 80% des communes travaillent avec nous dans le Gard et l’Hérault. À l’échelle nationale, ce sont plus de 25 000 communes sur les 35 000 existantes qui utilisent les outils de Predict.

    Et les habitants ? Sont-ils suffisamment préparés ?

    A.R. : Pour qu’il y ait une bonne gestion de crise, il faut que tout le monde joue la même partition. Le citoyen doit donc être acteur de sa propre sécurité. Dans l’Hérault, nous sommes dans un département qui accueille beaucoup de nouveaux arrivants, notamment dans la métropole de Montpellier. Lorsqu’ils voient ce beau ciel bleu, ils ne s’imaginent pas forcément qu’en passant à côté du Lez ou du Verdanson, une crue peut survenir en deux heures. D’où l’importance de l’acculturation et de l’information en début de saison (lire p6).

    Que faut-il attendre des prochaines décennies dans nos départements ?

    A.R. : Je ne souhaite absolument pas dramatiser. Mais, de manière très factuelle, l’Hérault détient le record national de température, avec 46°C à Vérargues en 2019. Les 50°C sont écrits dans les modèles comme pouvant être dépassés d’ici 2050, mais ça peut aussi bien avoir lieu l’année prochaine, compte tenu de l’accélération actuelle. Il ne faut pas effrayer, mais il faut se préparer. Avec une Méditerranée à 29 ou 30°C, si une dépression arrive, il peut y avoir la formation de « medicanes », des sortes de cyclones méditerranéens. Ce n’est pas de la science-fiction. Cela peut signifier des vents très importants, des tempêtes, des submersions marines et de fortes inondations. Mon message est simple : nous vivons dans un beau pays, donc ne cédons pas à la panique. Face à ces scénarios de peur, je crois que la bonne façon de prendre le dessus sur la peur, c’est d’être dans l’action. C’est ce que nous essayons de faire à Predict. Chaque citoyen, à son niveau, peut avoir la même démarche.

  • Croix-Rouge : anticiper les crises pour mieux soutenir les sinistrés

    Croix-Rouge : anticiper les crises pour mieux soutenir les sinistrés

    En toile de fond du projet, les incendies dévastateurs de cet été et les déplacements de masse qui en ont découlé. Derrière les murs de l’unité locale de la Croix-Rouge, en parallèle de ses nombreuses autres activités, un groupe d’urgence social se monte, soit une unité spécialisée dans l’accompagnement social en cas de sinistre. Quel qu’il soit, de l’incendie, à l’inondation, aux routes bloquées par la neige. « On s’est dit qu’à Aix, si cela se passait un jour, il faudrait avoir une équipe de bénévoles Croix Rouge pour aider, organiser ces gens, les recevoir, les nourrir, les loger, leur remonter le moral en cas de nécessité », déroule Jacques Mignon, référent urgence sociale et membre du bureau. Cheville ouvrière de la composition de cette unité, soutenue par le président de la Croix-Rouge Jean-Michel Bottai, Jacques Mignon intègre la Croix-Rouge comme bénévole en 1968, alors lycéen. En repensant à la genèse du projet, c’est dans les années 1990, alors que Vitrolles et en proie à un incendie, que l’idée de monter cette unité à Aix prends ses racines. Un centre d’accueil des impliqués (CAI) avait alors été installé dans un gymnase « mais l’on était pas bien organisés, se souvient Jacques Mignon. On s’est finalement aperçus qu’on n’avait pas besoin des secouristes, on pouvait être bénévole à la Croix Rouge mais formé à l’accueil social. Ca a mis du temps mais ça y’est, on est bien partis. » Seule condition pour intégrer cette l’unité en devenir, être bénévole à la Croix-Rouge et être formé au tronc commun des acteurs de l’urgence (TCAU), une formation dispensée par l’association et en deux temps. Dernière condition pour intégrer le groupe d’urgence sociale, la disponibilité. Sur le principe des pompiers volontaires ou des réservistes, les bénévoles acceptent d’être appelés à toute heure, sur des plages horaires définies à l’avance. En contact avec la préfecture, en charge de diriger les bénévoles, ces derniers auront pour mission de se rendre au plus vite sur les lieux du sinistre. Pour composer le groupe social d’urgence, un appel déjà été lancé au sein de la locale aixoise. Selon Jacques Mignon, une quarantaine de bénévoles ont déjà répondu à l’appel. D’ici mi-octobre, la formation devrait être mise en place.

    Du matériel à trouver

    L’équipage trouvé, il reste encore, pour que cette unité soit fonctionnelle, à trouver du matériel. Celui-ci devrait être financé par des dons. « On a commencé à prospecter, on a commencé à demander des pistes pour essayer d’avoir des financements. Au minimum à Aix, il nous faudrait un mini-bus et une grosse remorque dans lequel on met du matériel (…) en ce moment, le problème des subventions est difficile », précise Jacques Mignon. Autorités locales ou entreprises privées, les bénévoles sollicitent les acteurs susceptibles de pouvoir soutenir leur démarche. Le député Marc Pena (PS) a déjà rencontré les bénévoles à ce sujet. Une rencontre a également été organisée avec le maire, Sophie Joissains. En plus du matériel nécessaire, des formations, Jacques Mignon reste confiant quant au lancement de cette unité. « On est en groupe, conclut Jacques Mignon. Pour faire face aux situations difficiles, on sait faire preuve de sang-froid, se soutenir et on n’est pas seuls. » Et pour renforcer les rangs, la Croix-Rouge cherche toujours plus de bénévoles.

    Pour rejoindre la Croix-Rouge ou l’unité: 06 26 26 71 08.

  • Pour adopter les bons réflexes en cas d’inondation à Marseille

    Pour adopter les bons réflexes en cas d’inondation à Marseille

    Premier risque naturel en France par le nombre de personnes exposées, les inondations menacent 9 millions d’habitants sur le pourtour méditerranéen, en particulier en automne. La saison est en effet propice à l’apparition d’« épisodes méditerranéens », autrement dit des épisodes de très fortes précipitations où peuvent tomber l’équivalent de plusieurs mois de pluie en seulement quelques heures ou quelques jours. De quoi motiver le gouvernement à lancer une nouvelle campagne de prévention, dont le coup d’envoi a été donné vendredi, au Centre zonal opérationnel de crise (10e). « L’été 2026 a été celui de tous les superlatifs et le rôle de l’État est d’anticiper les prochains risques, qui sont des risques fréquents sur l’arc méditerranéen, actifs du fait du dérèglement climatique, a noté en introduction Mathieu Lefèvre, ministre délégué auprès du ministre de la Transition écologique. Nous venons avec plusieurs messages (…) [dont celui] de la prévention et de la préparation à la fois collective et individuelle, en rappelant les bonnes conduites à adopter ». Parmi les bons réflexes à adopter en cas de fortes pluies : laisser ses enfants en sécurité à l’école, ne pas prendre sa voiture, car seuls quelques centimètres d’eau peuvent suffire à l’emporter, couper, si possible, les réseaux de gaz, d’électricité et de chauffage, ne pas descendre en sous-sol ou dans les parkings souterrains, ou encore s’éloigner des cours d’eau, des berges et des ponts… « Dans notre pays, beaucoup de moyens sont déployés pour assurer la sécurité de nos compatriotes, a souligné Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur. Mais au-delà de ces moyens, il faut que nos compatriotes deviennent eux-mêmes acteurs de leur sécurité. (…) Par une bonne pratique, ils peuvent sauver leur vie, mais également celles des autres Français ». À voir ce qu’en pensent les sapeurs-pompiers, qui annoncent une mobilisation historique le 29 septembre pour dénoncer la saturation du système de secours.

  • [Entretien] « On va créer une inégalité hydraulique avec les digues du Coulon »

    [Entretien] « On va créer une inégalité hydraulique avec les digues du Coulon »

    La Marseillaise : Vous organisez samedi en fin de journée une balade/rassemblement à Robion pour mettre en avant 17 km d’îlots de fraîcheur. Dans quel but ?

    Pierre Leclerc : On souhaite fêter un double tour de force d’avoir réussi à déposer en 15 jours deux recours en justice contre deux étapes d’expropriations et d’aménagements des digues du Coulon. C’est aussi une occasion de se rencontrer entre différents acteurs associatifs. Enfin, l’idée est de faire connaître le Coulon bleu, où il y a tout le temps de l’eau l’été. Ceux qui viendront samedi verront qu’il coule à flots, qu’il y a des cascades malgré la sécheresse. C’est un privilège d’avoir 17 kilomètres de rivière, en plus à l’ombre. Et quand on voit que Cavaillon est promise à être une des villes les plus insupportables à vivre face aux températures [selon un classement du Parisien], c’est étonnant qu’on soit amené à raser ces 17 km.

    Vous parlez de recours. Sur quoi portent-ils ?

    P.L. : Il y a un premier concernant des expropriations à Robion porté par trois riverains du Coulon, quartier de la Tengude. L’agglomération Luberon Monts de Vaucluse veut y refaire les digues d’ici à 20 ans. Il y a un deuxième recours, beaucoup plus important, avec 5 associations et 9 riverains, côté Cavaillon, pour s’opposer au commencement des travaux prévus l’année prochaine par le SIRC (syndicat intercommunautaire rivière Calavon-Coulon). On attaque sur tous les aspects écologiques. Les travaux consistent à raser des digues existantes pour les remplacer par des digues inégales. Parfois on peut admettre, comme sur l’île de la Barthelasse, un côté sacrifié car il est 30, 40 ou 50 fois moins peuplé que le côté protégé. Là, on va créer une inégalité hydraulique aux dépens de la population la plus nombreuse, soit environ 900 personnes, pour protéger, avec une digue dite insubmersible les 200 hectares du quartier agricole du Grès qui compte 300 personnes. Au lieu que l’eau aille des deux côtés, elle n’ira plus que d’un côté. Tout ça derrière pour obtenir des terrains constructibles.

    Il y a un an, vous alertiez sur l’absence de plan de prévention des risques inondations (PPRI) du Coulon aval. Le dossier a depuis été relancé…

    P.L. : Oui, alors qu’il date de 2002… Il devrait y avoir une enquête publique à la fin de l’année. On a eu droit à une nouvelle consultation avec trois réunions publiques en juin assez houleuses. Pour nous ce PPRI reste scandaleux. C’est notre motivation principale à l’association depuis 13 ans : il y a des zones inondables totalement cachées, des milliers de gens à L’Isle-sur-la-Sorgue, au Thor, à Châteauneuf-de-Gadagne, à Velleron et jusqu’au centre d’Entraigues qui sont inondables et dont le risque est caché dans le PPRI.

  • La digue de la Durance anticipe le scénario du pire

    La digue de la Durance anticipe le scénario du pire

    Dans le lit de la Durance, à quelques mètres de la bien nommée zone d’activité Bords de Durance de Cavaillon, un peu moins d’une dizaine de tractopelles et autres camions disposent des blocs de pierres de plusieurs centaines de kilos sur plusieurs dizaines de mètres le long de la digue.

    Une opération de « confortement » de l’ouvrage afin de résister aux crues centennales. Le tout est piloté par le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance (SMAVD) qui a présenté, jeudi 13 août, les avancées de l’opération qui devrait être terminée d’ici la fin de l’année. « On avait diagnostiqué des faiblesses dans l’ouvrage construit dans les années 90. Avec ces travaux, le tout peut résister à un débit jusqu’à 5 000 mètres cubes par seconde, ce qui équivaut aux crues centennales », explique Bertrand Jacopin, directeur des études et travaux pour le SMAVD.

    Parmi les aménagements réalisés, les plus visibles sont ces gros blocs empilés sur plusieurs mètres de haut mais aussi dans le sol, le long de la digue. C’est ce qu’on appelle les « enrochements ». Ce qui permet à l’installation de moins subir les effets de l’eau. Ce que l’on voit moins, c’est la modification de la structure même de la digue et du talus, la partie visible de l’extérieur. « L’eau s’infiltre et il y a un risque d’érosion venant de l’intérieur. Il fallait donc le modifier », poursuit Bertrand Jacopin. Des arbres plantés le long de l’ouvrage ont également dû être déplacés. La plupart ont été plantés en centre-ville de Cavaillon. Quelques centaines de mètres plus loin, c’est un mur de béton qui a été renforcé. Des sortes de clous de plusieurs mètres ont été ajoutés pour éviter que la structure ne bascule en cas de crue.

    Crues attendues

    en octobre

    « Cela va protéger plus de 30 000 personnes », se réjouit le responsable des travaux. Des critiques avaient cependant émané de collectifs de sinistrés qui estimaient que des projets de la sorte ne protègent qu’une partie de la population. « On ne peut pas mettre des digues de partout. Ce serait bien trop cher. D’autant que le chantier sera sans impact pour l’hydraulique », évacue Bertrand Jacopin.

    Le chantier doit également se faire dans un temps limité. Dès le mois d’octobre, les premières crues empêchent tout véhicule de s’approcher du lit du fleuve. Tandis qu’au printemps, différentes espèces se reproduisent dans le secteur, empêchant toute activité. D’après le SMAVD, les températures très chaudes de l’été annoncent généralement de fortes crues. L’occasion pour la digue confortée de prouver sa valeur.

  • L’organisation du Delta festival placée en liquidation judiciaire

    L’organisation du Delta festival placée en liquidation judiciaire

    Douze ans après sa création sur les plages du Prado, l’organisation du Delta Festival a annoncé dans un communiqué que le tribunal avait prononcé ce vendredi la liquidation judiciaire de la SAS Delta Agency, société organisatrice de ce qui est devenu l’un des plus importants festivals de musiques actuelles du sud de la France.

    Fondé en 2014 par les Marseillais Matthieu Predal et Olivier Ledot, alors étudiants, le Delta Festival s’est progressivement imposé dans le paysage culturel national. Électro, rap, pop et musiques actuelles s’y sont succédé au fil des éditions avec des artistes comme DJ Snake, David Guetta, Martin Garrix, Damso, Soprano ou Angèle et jusqu’à 150 000 festivaliers. Même si la billetterie au rabais des dernières semaines (un pass acheté pour un pass offert) ne laissait rien présager de bon, cette liquidation intervient après une année 2026 mouvementée.

    À quelques jours de l’édition 2026, une série de témoignages de femmes accusant Olivier Ledot, cofondateur et président du festival, de violences sexuelles présumées ont entraîné le retrait de plusieurs collectifs partenaires et la déprogrammation d’artistes. Après la mise en retrait d’Olivier Ledot et l’ouverture d’une enquête indépendante, le festival s’était maintenu du 23 au 26 juillet.

    Situation économique impossible à surmonter

    Dans un message intitulé « On voulait vous écrire une dernière fois », l’équipe rappelle les difficultés accumulées ces dernières années : « Les annulations liées au Covid en 2020, la tempête de 2023, les inondations exceptionnelles de 2024, le mistral de 2025, puis des grêlons de la taille de balles de tennis le samedi 25 juillet 2026. Nous avons tout affronté, tout encaissé, sans jamais rien lâcher », écrit-elle. Mais selon l’organisation, « l’ampleur nationale » de l’affaire Ledot, les annulations d’artistes et de la journée du samedi « journée de plus forte affluence » ont mené à « une situation économique devenue impossible à surmonter ».

    La liquidation a des conséquences sociales importantes. « 23 personnes vont être licenciées pour motif économique », précise le communiqué. L’organisation rappelle aussi que chaque édition faisait travailler des centaines de techniciens, intermittents, agents de sécurité, restaurateurs, fournisseurs et associations…

    Les créanciers, y compris les festivaliers concernés par l’annulation du 25 juillet, disposent désormais de deux mois pour déclarer leur créance. Pour autant, la page n’est peut-être pas totalement tournée. Une reprise reste juridiquement possible et pourrait faire revivre une marque devenue emblématique de l’été marseillais.

  • [C’est l’été] Pierre, médecin tout-terrain

    [C’est l’été] Pierre, médecin tout-terrain

    Entre son activité au Samu à plein temps, ses interventions à la base de Marignane en tant que médecin volontaire et son engagement auprès des sapeurs-pompiers volontaires à Rognac, Pierre Morel jongle allègrement avec trois plannings et ce n’est pas près de s’arrêter. « Tant qu’à faire ! Quand on aime ça », nous répond-il quand on lui demande comment il fait avec toutes ses casquettes. Parmi l’équipe d’intervention à bord de l’hélicoptère, le médecin est tout aussi essentiel que le pilote, le mécanicien de bord, l’infirmier ou le secouriste « spécialisé hélico », « un SSH dans notre jargon à nous », explique-t-il.

    Trois institutions ou organismes « fournissent des médecins » à la Sécurité civile, le Samu des Bouches-du-Rhône, le Sdis 13 et le Bataillon des Marins-Pompiers, poursuit Pierre Morel, confessant qu’il en apprend tous les jours sur cette entité assez spéciale. « J’ai découvert il y a quelques années qu’il y avait un département déminage que je ne connaissais même pas ! », indique-t-il dans un sourire.

    Son engagement, « c’est très ancien ». « Ma première permanence, je l’ai faite en octobre 1989. Vous voyez, ce n’est pas d’hier ! », raconte-t-il. Ce qui l’a motivé, c’est élargir son panel de connaissance du métier. « Dans notre activité médicale extra-hospitalière, c’est une manière de mettre en œuvre notre profession, qui est un petit peu différente », estime-t-il. Même si le cockpit de l’hélico reste tout aussi contraint qu’un camion du Samu, avec chaque chose à sa place, des sacs rouges bien organisés.

    Autre atout, maîtriser à la fois l’intérieur, pour celui qui fait aussi de la régulation, et les interventions à l’extérieur. De quoi améliorer la prise en charge de la victime. Le concours de l’infirmier est aussi d’importance, « ça va plus vite évidemment à quatre mains qu’à deux mains ». Il descend alors, treuillé, après que le secouriste ait assuré la sécurité. Un ordre et des règles qui comptent, insiste-t-il.

    Quand le diable se niche

    dans les détails

    « La Sécurité civile, c’est un environnement sécuritaire que j’apprécie tout particulièrement. On n’est pas dans une entreprise privée qui pourrait estimer qu’il faut que la machine vole pour rentabiliser », précise-t-il, « ici, s’il y a un moment il y a un voyant qui s’est allumé, même si on sait que c’est un voyant qui ne pose pas de problème, s’il y a une des fenêtres sur laquelle il y a une toute petite fissure qui a commencé parce qu’il y a une vis qui a claqué le petit plexiglas… On en tient compte ». C’est même pour lui « essentiel ». Il se souvient d’un drame, « il y a quelques années… C’était l’hélicoptère du Samu 30 qui s’est crashé sur les collines de la Nerthe avec trois morts dedans ».

    Pour agir vite et bien, l’entraînement reste également une constante. « Le treuillage c’est une phase habituelle mais qui n’est pas dénuée de risques, et nécessite une pratique régulière. Il faut une forme physique minimale, même si vous le voyez je ne suis pas un grand sportif », se marre-t-il. Plus impressionnant, il détaille aussi cette formation plus sous-marine, « au cas où on est obligé de s’extraire d’un hélico qui se met à l’eau. On nous plonge dans la mer, et il faut qu’on puisse se détacher, apprendre les gestes ».

    Pour le reste, il se dit avoir été comme touché « par un virus ». « Une fois qu’on y est, on apprécie tellement ça. Alors si en plus de l’activité, le compagnonnage avec les collègues est fantastique, pourquoi vouloir le quitter ? » précise Pierre Morel, qui assure volontiers jusqu’à trois permanences par mois sur la base de Marignane.

    « Ça me plaît, ça c’est évident. Il pourrait y avoir de la lassitude, de la fatigue… mais non », enchaîne-t-il, mettant en avant son moteur : « le côté humain ». « C’est sans fin. Rien que la satisfaction d’avoir eu le sentiment d’aider la personne… » se félicite-t-il. Et puis « on a des situations incroyables, des choses que personne ne vivrait à part nous, quoi, finalement » estime le médecin, « je ne veux pas faire dans le lyrique, mais vous imaginez bien que quand vous survolez la mer Méditerranée, les calanques… On a de ces points de vue… On n’en est jamais blasé ».

    Reste la vérité crue de l’intervention. S’il tient, c’est aussi parce qu’il a « une capacité à oublier faramineuse ». Mais il y a des souvenirs qui s’incrustent. Comme cette mission dans la Sainte-Victoire « où un caillou s’est détaché par le souffle de l’hélico, alors qu’on était auprès de la victime. Et en fin de compte « le gros caillou a claqué sur une dalle de roche à côté de nous à 5 ou 10 mètres. Et là vous vous dites : “On est passés près quand même” Et on ne peut rien y faire ». Le secours porté à un plongeur en arrêt cardiaque dans la rade de Marseille ou le treuillage sur un bateau l’ont aussi marqué.

    « C’est l’inconnu. Même si les choses se sont améliorées, puisque grâce à l’informatique qui a envahi évidemment tous nos systèmes, on a quand même des informations même pendant qu’on vole sur notre smartphone de travail. On peut lire à jour le bilan qui a été passé », nuance-t-il. Et puis « dans l’activité urgentiste, il y a le vinaigre et il y a le sucre, le miel. Ce sont des activités comme ça qui font le miel, le petit plus », résume-t-il.

    Assuré de la relève, « il y a plus de demandes que de places », heureux que la profession se féminise aussi, il imagine un arrêt de carrière « ferme, définitif et brutal ». Mais « sans regret aucun ». « Il y a 20 ans on aurait discuté ensemble, j’aurais fait exactement la même chose que ce que je fais actuellement. Quand ça s’arrêtera, ça s’arrêtera. »

  • À Orange, un projet hôtelier de luxe fait bondir les riverains

    À Orange, un projet hôtelier de luxe fait bondir les riverains

    Un complexe hôtelier haut de gamme d’une centaine de chambres, avec résidences de tourisme dédiées au vélo et spa, la « Baie des Princes », espère voir le jour d’ici 2030, là où se trouvait l’ancienne carrière Saint-Eutrope, à Orange. Mais non sans opposition.

    Sur un emplacement de 17 hectares, en friche depuis les années 60, la société Immobilis, qui pilote l’ouvrage, avance pas à pas. Le terrain est entré dans le Plan local d’urbanisme (PLU) en 2023 après deux années de concertation. Les porteurs mettent en avant la dimension écologique avec, en parallèle, la réhabilitation de l’ancienne carrière. Et l’attrait touristique qu’il pourrait y avoir avec une vue sur le Ventoux, l’accueil de cyclotouristes ou encore les vignobles à proximité. Pour un coût total estimé entre 120 et 160 millions d’euros. Et 200 à 250 emplois créés pour le fonctionnement du site.

    Et ce jeudi 30 juillet s’est achevé l’avis de consultation du public « ayant pour objet une demande d’autorisation environnementale relative aux travaux d’aménagement urbain ». Une consultation qui portait notamment sur la loi sur l’eau et le « rejet d’eaux pluviales dans les eaux douces superficielles ou sur le sol ou dans le sous-sol ». Lors de la dernière réunion publique, le jeudi 23 juillet, le commissaire rapporteur a fait état de 563 avis favorables, 532  défavorables, 68 sans avis et 71 hors sujet. Le préfet devra ensuite valider après consultation suite à une demande d’autorisation environnementale, puis au maire d’accepter le projet suite au dépôt d’une demande de permis d’aménager auprès de la commune en 2025.

    Vive opposition

    Après la publication du compte rendu de cette consultation, la suite est dans les mains du préfet de Vaucluse, puis du maire d’Orange pour valider le lancement de potentiels travaux. Alors que la mairie de Jean-Dominique Artaud (RN) affirme qu’elle « se doit de respecter une position de neutralité concernant le projet immobilier de la Baie des Princes », associations et groupes d’opposition clament leur désaccord depuis plusieurs années. Christian Gastou, élu d’opposition (DVC) du Printemps pour Orange, pointe que ce projet « met en danger la biodiversité du site ». L’Association de défense de l’environnement orangeois (Adeo) abonde dans ce sens, en s’appuyant notamment sur l’avis laissé par le Conservatoire d’espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur (CEN). « C’est un environnement sableux très particulier, très rare en Vaucluse et encore plus dans la région. Avec des espèces particulières, protégées. Et donc, au moindre dérangement, même minime, cela met en danger leur survie. Même si le projet prévoit d’en tenir compte, je ne vois pas comment il est possible d’éviter d’abîmer le milieu définitivement », explique Thierry Joumard, président de l’Adeo. Avec des espèces telles que le criquet des dunes, « le seul endroit où il a été observé en dehors du littoral », explique le responsable associatif, ou encore le scorpion languedocien.

    Une pétition contre le projet a également récolté plus de 2 000 signatures. Le risque d’inondation, d’incendie et d’effondrement est également pointé. « Il y a eu un feu sur la colline la semaine dernière. Mais le site se trouve aussi à flanc de falaise et le seul conduit qui doit évacuer l’eau, car c’est un bassin fermé, est en mauvais état », résume Christian Gastou.

  • Roesch, du cabinet de Castex, à la sous-préfecture d’Alès

    Roesch, du cabinet de Castex, à la sous-préfecture d’Alès

    « J’ai vraiment un parcours classique », lance la jeune femme devant la presse. À seulement 33 ans, Lucie Roesch coche en effet toutes les cases de ces serviteurs de l’État, bien décidée à « être utile à mon pays ».

    Diplômée de Sciences po, puis de l’École nationale de l’administration (ENA), elle devient auditrice à la Cour des comptes, puis chargée de mission auprès de son premier président Didier Migaud. En 2020, en pleine crise Covid, elle est nommée directrice de cabinet du préfet de l’Ain. L’année suivante, elle rejoint le cabinet de Jean Castex, alors Premier ministre, où elle occupe le poste de cheffe de cabinet adjointe, notamment en charge de ses déplacements. Elle quitte ensuite Matignon en mai 2022 suite au changement de gouvernement. Elle rejoint alors le secrétariat général de la préfecture de l’Aude et devient sous-préfète de Carcassonne.

    Quatre ans plus tard, elle est donc nommée à Alès, « une région que je connais peu mais qui est très attrayante ». Après avoir échangé sur les dossiers les plus importants avec son prédécesseur, Émile Soumbo, Lucie Roesch veut multiplier les rencontres. Pour sa première semaine de fonction, elle a d’ailleurs échangé avec le maire d’Alès, le procureur et a rencontré les forces de l’ordre mardi 28 juillet. « Je veux profiter de l’été, qui est normalement une période un peu plus calme, pour aller sur le terrain », explique-t-elle. Une méthode qu’elle souhaite d’ailleurs poursuivre tout au long de sa mission : « J’ai vocation à passer peu de temps dans mon bureau. J’aime aller sur le terrain, à la rencontre de la population, des entreprises et savoir où l’État est attendu. »

    Lutte contre le narcotrafic

    Lucie Roesch débarque à Alès dans un contexte difficile alors que le maire, Christophe Rivenq, a reçu des menaces de mort signées « DZ Mafia ». « C’est un contexte particulier pour le territoire et ces menaces ont choqué la France entière. J’ai réaffirmé tout le soutien de l’État à Christophe Rivenq. Nous allons poursuivre le travail très intense déjà engagé contre le trafic de drogue. C’est évident que cette actualité va donner une coloration particulière à mes premières semaines, à mes premiers mois ici », explique-t-elle.

    Dans l’Aude, Lucie Roesch avait également été confrontée aux risques, que ce soient les inondations ou les incendies, comme celui de Ribaute qui avait détruit plus de 11 000 hectares l’an dernier. Des risques auxquels elle sera à nouveau confrontée à Alès. Si elle connaît les grands enjeux du territoire, Lucie Roesch devra tout de même attendre l’installation de Fabienne Decottignies comme nouvelle préfète du Gard le 17 août pour affiner sa feuille de route.

  • Occitanie, préparer la sécurité civile de demain

    Occitanie, préparer la sécurité civile de demain

    Face à des incendies plus fréquents, plus violents et qui s’étendent désormais bien au-delà du pourtour méditerranéen, la France doit revoir en profondeur sa stratégie de sécurité civile. C’est le constat dressé par les députés Sophie Pantel (PS) et Damien Maudet (LFI), co-auteurs d’un rapport parlementaire consacré aux moyens aériens de la sécurité civile. Au-delà du renouvellement des bombardiers d’eau, les deux parlementaires plaident pour une planification de long terme, un renforcement des moyens des services de secours, une loi d’investissement pluriannuel et une meilleure anticipation des conséquences du dérèglement climatique.

    « On voit bien aujourd’hui, avec ce qu’il se passe en Gironde, qu’on a une accélération et que c’est l’ensemble du territoire national qui est ou qui va être concerné. Donc il faut se préparer à ces conséquences liées au changement climatique pour pouvoir faire face et avoir des moyens de lutte qui permettent, en cas de feux multiples, de pouvoir répondre partout aux besoins », précise Sophie Pantel, pour qui cette évolution justifie une révision complète de la politique de sécurité civile.

    La nécessité

    de fixer un cap

    Pour la députée, le principal enjeu ne se résume pas à une question budgétaire. C’est avant tout l’absence de vision d’ensemble qui freine l’adaptation du pays. « Avec mon collègue Damien Maudet, on avait demandé, dans l’intérêt de l’État, d’avoir un document transversal de l’ensemble des crédits affectés à la sécurité civile. » Ce document permettrait d’offrir une vision globale, jugée indispensable pour définir une stratégie. Une stratégie qui, selon les auteurs du rapport, passe par une réforme plus large de la sécurité civile, bien au-delà du seul renouvellement de la flotte aérienne. « Il faut vraiment avoir, d’une part une loi de modernisation ambitieuse pour la sécurité civile, qui va traiter évidemment de la question des feux, mais qui va surtout s’intéresser au volontariat, qui va donner des axes sur la diversification des choix à faire dans l’investissement, qui peut apporter un nouveau pacte capacitaire », précise-t-elle.

    Face à des catastrophes appelées à se multiplier, la députée socialiste estime qu’il faut développer une véritable culture du risque au sein de la population, pour permettre notamment, sur chaque commune, d’avoir des réserves communales de sécurité civile. Si la prévention et la résilience constituent un premier pilier de cette réforme, les moyens matériels restent tout aussi essentiels. Pour les auteurs du rapport, l’enjeu est désormais de trouver un équilibre entre coopération européenne et maintien d’une capacité nationale. « Il faut évidemment une flotte nationale souveraine. Il faut s’inscrire dans le cadre du programme RescEU dans la solidarité européenne, mais on ne peut pas se contenter uniquement de la solidarité européenne », estime Sophie Pantel. Selon elle, cet équilibre passe aussi par un soutien renforcé aux industriels français afin de garantir, à terme, une autonomie durable face à des crises appelées à se multiplier.
    Il ne s’agit donc plus seulement de renforcer les moyens existants, mais de repenser en profondeur la sécurité civile afin de répondre à des risques appelés à s’intensifier sous l’effet du dérèglement climatique, des feux de forêts en passant par les risques d’inondation plus accrues.