Tag: Infirmiers libéraux

  • L’essence met les travailleurs à sec

    L’essence met les travailleurs à sec

    Jusqu’où s’arrêtera la hausse des prix de l’essence ? Depuis le début du conflit en Iran, les tarifs à la pompe n’en finissent plus de monter, jusqu’à dépasser les 2,30 euros le litre, en moyenne nationale, pour le gazole. À tel point qu’Emmanuel Macron a demandé, ce mercredi, « à son gouvernement la totale mobilisation sur l’approvisionnement et sur la maîtrise des prix », sur fond de risques de pénurie. De son côté, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, demande au Premier ministre une table ronde sur le pouvoir d’achat. Il faut dire que la situation devient intenable pour les travailleurs…

     Gaëlle, infirmière libérale à Peypin

    Quotidiennement en déplacement du fait de sa profession, Gaëlle Cannat, infirmière libérale, roule en moyenne « 150 km par jour ». « C’est un enfer. Cela fait des mois que l’on stresse quand on va à la pompe », dénonce celle qui est également la présidente du collectif « Infirmiers libéraux en colère ». Avec une voiture essence de 40 litres, le plein qu’elle a fait ce mercredi matin « a dépassé les 80 euros ». « J’en suis au point de dire à ma fille que je ne viendrai pas la récupérer en voiture à la fin des cours », déplore-t-elle. Il faut dire que l’équation s’avère plus que complexe pour elle : « Je prends l’exemple d’une injection sur un patient : elle rapporte 7,25 euros, avec les charges, il me reste 3 euros dans la poche. Maintenant, il faut enlever le coût de l’essence… » À la fin, il ne reste plus grand-chose. « Plus l’essence augmente, moins nous gagnons », résume-t-elle. Elle pointe surtout la conséquence pour les patients : « De moins en moins d’infirmiers libéraux veulent aller dans les zones intermédiaires, rurales. Il y a des patients qui se retrouvent isolés car nous avons de plus en plus de mal pour certains déplacements ».

     Nathan, technicien dans la pétrochimie à Lavéra

    « On commence à en être au point où la voiture représente un trou dans le budget. À 620 euros par mois, le budget devient très conséquent », s’agace Nathan, technicien supérieur de maintenance dans une raffinerie de l’Étang de Berre. Habitant de Saint-Martin-de-Crau, il « n’a pas d’autre choix que de prendre la voiture » pour aller au travail en l’absence de « liaisons en bus ou en train aux horaires adaptés ». Résultat : il est à « facilement une centaine d’euros par semaine de carburant ». Sa situation résume le quotidien de beaucoup de travailleurs : « J’ai récemment changé de voiture pour baisser la consommation de carburant, c’était un critère. Mais elle est achetée à crédit, avec 220 euros que je rembourse tous les mois ».

     Jordan, agriculteur

    de Vaucluse

    « Nos trésoreries sont déjà assez basses à cause de la sécheresse et des rendements plus faibles. Donc, le coût du gasoil pèse encore plus », déplore Jordan Charransol, le président des Jeunes agriculteurs 84. Une profession qui accuse le coup face à la montée du fuel : « Par exemple, le plein d’une cuve de 1 000 litres coûte environ 800 euros de plus qu’il y a quelques années. Avec les moissons puis les vendanges, on passe une cuve en un mois. » Et de dénoncer l’inaction macroniste : « Le gouvernement a mis en place un abattement de 15 centimes par litre, mais le problème, c’est que cette aide n’est toujours pas arrivée depuis juin. Au lieu d’être exempté dès le départ, on doit faire plein de paperasse. On sort de l’argent pour essayer d’être remboursé. »

     Hervé, pêcheur à Carro

    Ancien chalutier, aujourd’hui marin-pêcheur à Carro, quartier bien connu de Martigues, Hervé Gout-Vernier dresse un constat sans appel sur l’impact de la hausse des prix du gazole : « On est en danger de mort ! » Avant de développer : « Le plus compliqué, c’est pour les chalutiers. À 2 000 litres par jour pour 1,20 euro le litre de gasoil au Grau-du-Roi, il faut pêcher 2 400 euros de poisson par jour juste pour se rembourser ». Sans compter sur « les paiements des salaires et la comptabilité ». Même constat pour les plus petits pêcheurs qui ne sont pas à bord de chalutiers, comme lui : « C’est le même problème pour les fileyeurs. On consomme moins, mais il y a aussi le coût du matériel… »

     Marc, plombier

    à Saint-Zacharie

    À Saint-Zacharie, Marc, 54 ans, dirige une entreprise de plomberie avec un salarié. À eux deux, ils parcourent près de 40 000 km par an. Difficile, pourtant, pour cette société qui réalise des dépannages chez des particuliers, mais intervient surtout dans des cliniques, de se passer de la voiture. De Marseille à Toulon, en passant par Miramas et avec un gazole à plus de 2,30 euros le litre, la facture hebdomadaire de carburant approche les 700 euros par mois et par véhicule. « C’est plus simple peut-être pour ceux qui passent une journée sur chantier. Mais quoi qu’il en soit, on subit, on n’a pas le choix », note, fataliste, l’artisan. La hausse du prix des carburants pèse directement sur ses coûts de fonctionnement et dans un secteur où la concurrence est forte et où les clients surveillent leur budget, chaque centime compte. « Ça a des répercussions sur les tarifs que l’on pratique pour nos clients, mais on rogne surtout sur notre bénéfice », conclut-il.

    CHIFFRES

    11,2

    En milliards d’euros, les bénéfices engrangés par Total au premier semestre 2026, une augmentation de 72% sur fond d’explosion des prix.

    +43,6%

    L’évolution en un an du prix du gazole, qui atteint 2,35 euros par litre, à trois centimes du record du mois d’avril, quand l’essence (SP95-E10) atteint un niveau historique de 2,15 euros par litre.

    10,6%

    Des ménages propriétaires d’une voiture ont dépensé, en 2021, plus d’un mois de leurs revenus annuels en carburant, selon une étude de l’Insee publiée le 8 septembre. Ils sont 9,5% dans la Métropole Aix-Marseille, 11% dans le Grand Avignon et 13,8% pour Provence Alpes agglomération.

  • Les infirmiers libéraux veulent de la rentabilité

    Les infirmiers libéraux veulent de la rentabilité

    En marge de son assemblée générale mardi dernier, le Sniil 83 tenait une réunion publique pour aborder le dossier chaud du moment : celui de l’avenant 11, destiné à créer le statut d’infirmier référent, mentionné dans le dossier médical du patient au même titre qu’un médecin traitant. Une avancée « qui paraît minime sur le papier, mais qui est importante car ça va permettre de valoriser la position de l’infirmier et faciliter l’échange d’informations avec les pharmaciens, les médecins, les familles… C’est l’infirmier qui fait le lien avec tout le monde, mais ce n’était écrit nulle part » explique Lazhar Abdelaziz, infirmier libéral à La Seyne et vice-président du Sniil 83.

    Trop peu de moyens pour la prise en charge

    des patients dépendants

    Un progrès qui en amène d’autres, notamment l’accès aux pansements simples (hors chirurgie) pour les infirmiers à partir de 2027 (qui pourront désormais les prescrire eux-mêmes, sans avoir besoin de l’aval d’un médecin) et la revalorisation des AMI (actes techniques hors cadre de la dépendance, tels que les prises de sang, les vaccinations, les pansements…) et AMX (actes techniques dans le cadre de la dépendance, comme les injections d’insuline, ponction, surveillance…) de 3,15 à 3,35 euros à partir de novembre, avant de passer à 3,45 euros un an plus tard.

    Pour Lazhar Abdelaziz, et en dépit d’une légère augmentation du forfait déplacement en 2025 (de 2,50 à 2,75 euros), « cela reste insuffisant en cette période d’inflation ». D’autant plus dans le cas des patients sujets à la dépendance, sujets au Bilan de soins infirmiers (BSI), un forfait décomposé en trois niveaux selon l’importance de la dépendance (BSA, BSB, BSC), et dont seul le dernier échelon a été revalorisé (de 28,70 à 31,80 euros). « C’est un forfait unique journalier, que vous fassiez deux, trois ou quatre déplacements, et peu importe le temps passé sur place, on touche la même chose », dénonce le vice-président de la Sniil, qui rappelle par ailleurs que « ce sont des montants bruts soumis de 46 à 52% de charges. C’est peu rentable au point que certains infirmiers ne veulent plus faire ces prises en charge. » Et conclut, en promettant des mobilisations si la situation ne s’améliorait pas : « On se sent extrêmement isolé. Les applaudissements à 20h nous ont fait chaud au cœur mais n’ont pas arrangé notre quotidien. »

  • Prix des carburants : les infirmiers libéraux alertent

    Prix des carburants : les infirmiers libéraux alertent

    Les infirmiers libéraux sont la dernière profession médicale à se rendre tous les jours à domicile chez leurs patients. Face à la flambée des prix du carburant, la Fédération Nationale des Infirmiers du Gard (FNI 30) a donc annoncé le 15 avril se donner la possibilité de ne plus prendre en charge de nouveaux patients, tout en assurant la continuité des soins, si aucune mesure n’est prise pour compenser la crise. « Les tarifs des infirmiers sont conventionnés, donc contrairement aux autres professions libérales, nous ne pouvons pas jouer sur les prix pour compenser la hausse des coûts liés au carburant, explique Matthieu Reynet, président de la FNI 30. Ainsi, sur des zones avec de gros écarts de kilométrages entre les patients, les cabinets risquent de devoir calculer le coût du déplacement selon le soin, et certains patients pourraient alors se retrouver avec des refus de prise en charge. C’est la raison pour laquelle nous nous mobilisons pour alerter sur cette urgence. » Selon l’infirmier, le surcoût lié à cette augmentation des prix du carburant serait d’environ 15 euros par jour de travail, ce qui représente en moyenne entre 150 et 200 euros par mois.

    Ce que la FNI réclame, ce sont des mesures spécifiques en cas de crise, comme une exonération partielle ou totale des taxes sur le carburant pour surpasser l’augmentation des prix. « Si cette part de charge continue d’augmenter, nous serons obligés de faire des choix, se désole Matthieu Reynet. Nous ne sommes plus au temps de bonnes sœurs. » Le 21 avril, le gouvernement a tout de même annoncé une aide de 20 centimes par litre de carburant pour les « travailleurs modestes » dits « gros rouleurs », soit une aide soumise à des conditions de revenus et de kilométrage.