Tag: immigration

  • Immigration illégale en Vaucluse : des chiffres qui interpellent

    Immigration illégale en Vaucluse : des chiffres qui interpellent

    Fin août, la préfecture avait communiqué sur les expulsions de ressortissants étrangers en situation irrégulière, détaillant les CV « dangereux » de 5 d’entre eux. Une communication également relayée sur les réseaux sociaux de la préfecture, faisant énormément réagir. Une situation qui vient de se reproduire. En milieu de semaine dernière, la préfecture a délivré un bilan annuel des interpellations d’étrangers en situation irrégulière.

    Ainsi, 1 069 étrangers irréguliers ont été interpellés, « soit une hausse de 28% », précise la préfecture. « Cette mobilisation a abouti à la prise de 1 265 mesures d’éloignement, type obligation de quitter le territoire français (OQTF), contre 891 en 2024 (+41%) », enchaîne la préfecture. 193 OQTF ont été réalisées. Cela « s’explique en grande partie par les difficultés d’identification et de délivrance de laissez-passer par les consulats », justifie la préfecture, en insistant sur le fait que 40 étrangers expulsés sortaient de prison.

    Des données qui font réagir diversement : « 1 000 interpellés, 193 expulsés… il en manque juste 807 qui sont retournés dans la nature », ou « Bravo mais on pourrait largement faire mieux ». D’autres sont plus mesurés, tel Pierre Platon, retraité CGT, soulignant que ce « bilan n’est que celui établi pour faire plaisir à la politique répressive du gouvernement ». Ou pointent des « OQTF prononcées sans aucun discernement, à l’encontre de gens qui sont intégrés depuis longtemps et exercent un métier difficile dans des secteurs en crise ». Cela rappelle le cas de Fatou, une Ivoirienne alternante (notre édition du 9/12). Conclusion ironique : « J’ai hâte de voir les Vauclusiens dans les champs ramasser les fruits à la place de ces personnes qui font le taf et dont ils ne veulent pas. »

  • [Entretien] Gérard Noiriel : « Les conservateurs utilisent l’histoire à des fins politiques »

    [Entretien] Gérard Noiriel : « Les conservateurs utilisent l’histoire à des fins politiques »

    La Marseillaise : Vous tenez
    à Marseille une conférence théâtralisée sur l’histoire du racisme, que vous organisez depuis une dizaine d’année. Pourquoi est-il encore important de rappeler l’histoire de cette idéologie
     ?

    Gérard Noiriel : Car ce sont des questions qui sont des enjeux civiques pour la société française d’aujourd’hui. C’est important parce que ça fait longtemps que je travaille sur les questions [de racisme et d’immigration] et j’ai le sentiment que nos recherches n’atteignent pas un grand public. J’ai créé cette association d’éducation populaire pour aller à la rencontre des gens qui ne lisent pas nos livres et pour rappeler l’histoire du racisme, ses discours de haine et aussi d’attirer l’attention sur les changements.

    Quels changements ?

    G.N. : Le racisme a évolué, ne serait-ce que parce qu’il y a eu des mobilisations antiracistes qui ont mené à des changements et depuis 1972 une loi qui condamne le racisme. Je ne dis pas ça pour minimiser le racisme actuel, mais pour caractériser ses nouvelles formes. Ce que j’ai aussi montré dans mes travaux, c’est qu’à chaque époque, les dominants, les réactionnaires, les conservateurs savent exploiter les failles du corps d’en face. Ils font des concessions quand ils ne peuvent pas faire autrement, pour reprendre l’initiative. C’est par exemple ce qu’ils ont fait avec le racisme anti-blanc. C’est une forme de réappropriation du thème humaniste de la lutte contre le racisme à des fins réactionnaires et il faut le prendre en compte.

    Pourquoi faire une conférence théâtralisée ?

    G.N. : Quand j’ai commencé ma thèse sur l’histoire de l’immigration, le Front national de Jean-Marie Le Pen était à moins de 5%. Aujourd’hui, le rassemblement national à exploser. Je ne peux pas me dire que je n’ai pas une responsabilité là-dedans, c’est donc ce qui m’a amené à travailler avec des artistes, avec des comédiens, qui eux savent mobiliser le langage des émotions pour convaincre des publics qui ne seront jamais convaincus par des arguments rationnels. C’est un modèle d’action contre le racisme qui n’est pas dans une logique de leçon de morale.

    Pourquoi ?

    G.N. : J’attire l’attention sur ce que j’appelle le racisme de l’intelligence. Les élites, parfois par bon sentiment, se croient souvent supérieures aux classes populaires parce qu’ils ont fait des études et peuvent stigmatiser des comportements populaires. L’extrême droite utilise alors cela en disant « regardez ces antiracistes qui méprisent le peuple ». Je pense que si l’on veut lutter plus efficacement contre le racisme, il faut éviter de donner des armes aux populistes. Surtout que le rapport de force n’est plus en notre faveur, avec Donald Trump aux États-Unis ou en France avec la montée des populistes de l’extrême droite. Il faut donc essayer de prendre du recul pour mieux comprendre les mutations actuelles, et trouver des réponses qui soient plus adaptées.

    Vous présenterez également mercredi à la librairie Maupetit votre nouveau livre, « Le Peuple français, Histoire et polémiques ». Qu’est ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

    G.N. : Je voulais m’intéresser à qui parle au nom du peuple et pourquoi le peuple ne peut jamais parler à la première personne. Je m’intéresse surtout au rapport entre le présent et le passé. On est dans des sociétés où ce qu’on appelle la mémoire joue un rôle de plus en plus important. La mémoire, c’est l’exploitation du passé à des fins partisanes. C’est-à-dire qu’on va juger pour réhabiliter des gens qu’on veut défendre ou accuser ceux qu’on estime être coupables. C’est pour ça que dans ce livre il y a dix chapitres où à chaque fois j’ai une phrase d’exergue qui montre comment les conservateurs utilisent l’histoire à des fins politiques. C’est un usage mémoriel de l’histoire. À partir de là, je rétablis ce qui nous apparaît comme étant la vérité historique.

    Vous avez un exemple ?

    G.N. : Dans le premier chapitre, je parle d’une formule de Macron [« les gens qui ne sont rien », Ndlr.] qui caractérise le mépris à l’égard des classes populaires. Je montre comment ça s’inscrit dans une très longue histoire du mépris des élites pour les milieux populaires et c’est cela qui nourrit le populisme. Et je montre que la domination des élites sur le peuple s’inscrit dans la longue durée. Je prends des exemples dans la Grèce antique. Les formes changent, mais ce mépris à l’égard du peuple reste.

    Entretien réalisé par Eva Janus

    Conférence théâtralisée sur le racisme, mardi 6 janvier à 17h30
    à L’Alcazar

    Présentation de Le peuple Français, histoire et polémique, mercredi 7 janvier à 17h
    à la librairie Maupetit.

    Le peuple français, aux éditions Taillandier. 21,90 €

  • [Quoi de neuf] Hébergement d’urgence : « l’État pris en défaut »

    [Quoi de neuf] Hébergement d’urgence : « l’État pris en défaut »

    À l’heure où la précarité s’accroît en France – impactant notamment les étrangers – les membres de la Ligue des droits de l’Homme de Montpellier, Titouan Cady et Michel-Yves Billotte reviennent sur la question de l’hébergement d’urgence et le droit des étrangers.

    Louis Dupin : 200 000 personnes sont logées dans des centres d’hébergement par l’État. À cela s’ajoute plus de 100 000 personnes vivant dans la rue. Ce chiffre malheureusement progresse…

    Titouan Cady : Je n’ai pas de chiffres exacts sur cette progression, en revanche la pauvreté augmente, elle était environ à 14,3% de la population il y a 3 ans, elle est maintenant à 15,8%. La France est un des seuls pays d’Europe où la pauvreté augmente et ça s’accompagne forcément d’une précarité accrue et donc plus de personnes à la rue. On se rappelle tous les propos de Macron en 2017 où il disait à la fin du quinquennat il n’y aura plus personne dans la rue. C’est clairement un échec. Ce qu’on remarque et ce qui est troublant, c’est un désengagement de l’État, en tout cas de ses missions, parce que l’État assume de ne pas donner plus pour l’hébergement d’urgence alors que normalement l’hébergement est inconditionnel.

    L.D. : L’État est hors la loi ?

    T.C. : C’est compliqué. Il y a une différence en droit entre ce qu’on appelle l’obligation de résultat – quand on oblige une personne à atteindre un résultat – et l’obligation de moyens – quand on l’oblige à prendre les moyens nécessaires pour atteindre un hypothétique résultat. Sur la question de l’hébergement d’urgence, on est sur une obligation de moyens. Théoriquement, on ne peut pas dire que le fait qu’il y ait des personnes dans la rue, en tant que tel, met l’État dans une situation d’inégalité. En revanche, il y a des décisions de justice qui sont intéressantes, qui ont notamment été poussés par des municipalités qui montrent que l’État ne met pas les moyens suffisants pour héberger toutes les personnes qui sont là.

    Olivier Nottale : Et on l’a vu avec deux cas récents à Bordeaux et à Grenoble…

    T.C. : Oui c’est intéressant pour les municipalités parce que c’est une boîte à outils juridiques. Plusieurs municipalités – dont Grenoble et Bordeaux – ont lancé des contentieux devant le tribunal administratif en attaquant l’État. En fait, ces communes ont hébergé des personnes qui étaient à la rue alors que c’est à l’État théoriquement de le faire. Après les avoir hébergées, elles ont demandé à l’État de les indemniser pour avoir exercé la compétence à la place. C’est une forme d’innovation juridique parce qu’on n’avait pas eu ce format de contentieux avant. Les juges administratifs ont donné raison aux municipalités et ont obligé l’État à rembourser une partie des frais.

    L.D. : Est-on condamné à s’en remettre aux associations ou aux collectivités locales ?

    Michel-Yves Billotte : Oui effectivement, à partir du moment où l’État se désengage, il reste les collectivités et les citoyens, la solidarité entre citoyens. Mais du côté des collectivités locales, il faut quand même bien reconnaître qu’elles sont elles-mêmes en difficulté financière, elles sont obligées de faire des choix budgétaires drastiques pour arriver à tenir leur budget et qu’une partie des compétences qui ont été dévolues aux collectivités n’ont pas été compensées en termes financiers depuis des années. Donc c’est un peu la quadrature du cercle de ce côté-là.

    L.D. : Dans un autre registre, on voit qu’il y a eu 117 textes sur l’immigration depuis 1945, avec une accélération ces dernières années…

    T.C. : Il y a des obstacles de plus en plus importants pour la régularisation des personnes sans papiers. Ce qui est dû à l’origine à une forme d’impossibilité politique. Les responsables politiques n’arrivent jamais à faire ce qu’ils promettent, à massifier les expulsions. En réalité, ça ne fonctionne pas. Quel que soit le caractère autoritaire des ministères de l’Intérieur, il n’y a pas d’augmentation du taux d’exécution des OQTF. Ce taux n’a jamais dépassé les 20%. Les politiques ne peuvent pas le changer parce qu’il y a des centaines de milliers d’OQTF rédigées chaque année. À partir du moment où on fait ça, il n’y a pas de suivi administratif possible pour permettre l’expulsion de toutes ces personnes. Donc en fait, on précarise des gens. Ils savent très bien qu’ils n’y arriveront pas, donc ils pourrissent la vie de ces personnes, avec l’idée que ça va les faire partir. Ce qui est très faux.

    O.N. : On observe un durcissement des conditions de régularisation, notamment le niveau de français…

    T.C. : La logique des ministères de l’intérieur successifs est de renforcer l’intégration par l’apprentissage du français, c’est une condition pour l’obtention de la nationalité et de titres de séjour. Pour un titre de séjour pluriannuel c’est niveau B1 et pour la nationalité, niveau B2. Il y a aussi des QCM de connaissances de la République française avec des questions sur l’épouse de Napoléon III. Je pense qu’il y a pas mal de français qui ne seraient pas en mesure d’y répondre de manière aisée et pourtant ce sont des questions qu’on pose aux personnes qui sont en chemin pour acquérir la nationalité française.

  • « Je peux quitter le conseil, le raviérisme n’est pas mort »

    « Je peux quitter le conseil, le raviérisme n’est pas mort »

    Benoît Payan pouvait bien se placer au-dessus de la mêlée, en ouverture du conseil municipal de Marseille ce vendredi matin. « Les mots, les actes nous engagent, parce que nous sommes des élus de la République », invitait l’édile depuis la tribune, rappelant aussi bien la période de réserve électorale que les menaces de mort dont il avait fait l’objet, pour avoir simplement mangé un couscous à Noailles.

    Un vœu pieux dans un hémicycle recomposé. À droite, l’ex-maire (Ren.) des 9-10 Lionel Royer-Perreaut est absent, après avoir annoncé son départ de la vie publique et la dissolution de son groupe, dont les élues siègent maintenant avec les troupes de la candidate Martine Vassal. Sans Hayat Atia et Aurélie Falek, qui ont claqué la porte en dénonçant une dérive « vers l’idéologie de l’extrême droite ». Stéphane Ravier (ex-RN) en revanche est bien présent, après avoir annoncé la veille qu’il ne serait pas candidat aux prochaines municipales, ouvrant la voie au RN qui saluait « un geste extrêmement fort ».

    Complotisme antisémite

    Pas de quoi l’inciter au silence. Après les premières escarmouches de la droite sur le coût de l’Été marseillais, le château de la Buzine ou l’état du centre-ville, il n’aura fallu qu’à peine une demi-heure pour que le sénateur vienne mettre les pieds dans le plat. Une de ses diatribes habituelles, au gré d’une attribution de subventions, pour s’attaquer à une supposée « xénophilie suicidaire qui envoie un message aux candidats à l’immigration ». Mais en virant jusqu’au complotisme antisémite cette fois, désignant l’ONG SOS Méditerranée comme « Soros Méditerranée ». Il est rapidement interrompu. « Beaucoup de fake news existent contre Monsieur Soros en raison de sa religion, notamment celle que vous venez dire », le reprend vertement Benoît Payan, après avoir exigé son départ de l’hémicycle. Cette fois, Stéphane Ravier reconnaît son erreur.

    Mais la porte est ouverte. Vingt délibérations plus tard, le RN est fidèle à lui-même en accusant la majorité de « subventionner la submersion migratoire ». Mais dans la foulée, c’est la sénatrice (LR) Valérie Boyer qui accuse la municipalité d’avoir fait de Marseille « la capitale de l’immigration illégale ». Refusant une subvention de 130 000 euros à SOS Méditerranée, « cette organisation par laquelle arrivent dans nos rues la misère et l’errance ». Et s’opposant avec l’extrême droite au contrat territorial d’accueil et d’intégration à 630 000 euros pourtant signé avec l’État. Au fond de la salle, Stéphane Ravier jubile. Et crucifie la droite : « Je peux quitter le conseil municipal, le raviérisme n’est pas mort. »

    En tribune, Benoît Payan proteste. « Est-ce que vous savez combien de personnes ont été débarquées par SOS Méditerranée à Marseille ? Zéro. » « Nous avons entendu les représentants de la droite et de l’extrême droite dire que notre humanisme était mauvais parce qu’il permettait de vivre dans une forme de misère, ajoute l’adjointe (PCF) aux solidarités, Audrey Garino. Mais lorsque nous contractualisons avec l’État pour leur intégration, ils votent contre ! »

    Peu importe : la porte désormais ouverte dans les 9-10, le risque de la dispersion des voix écarté, le RN n’a qu’à dérouler, pendant que la droite surenchérit pour espérer reprendre leur électorat. « Arrêtez de les singer, les gens préféreront toujours l’original à la copie », avertit Benoît Payan. Au fond de la salle, le lepéniste de la première heure Bernard Marendat applaudit des deux mains.