Tag: histoire

  • Le film « Le convoi sacrifié » veut résoudre une énigme

    Le film « Le convoi sacrifié » veut résoudre une énigme

    La date est symbolique. Le 30 octobre, Régis Michel, journaliste et réalisateur installé dans la région, a lancé la campagne de financement participatif pour son film sur Ulule, qui s’achèvera mi décembre.* Le même jour, en 1942, le Président-Doumer, paquebot de luxe construit en 1933 dans les chantiers navals et réquisitionné par les Anglais en 1940, est torpillé par les sous-marins allemands. Les 260 hommes à son bord, dont une vingtaine originaire de Marseille et sa région, périrent. Le Président-Doumer faisait partie du convoi SL 125, 42 navires arrivés de Sierra Leone pour rallier Liverpool. « Cette attaque d’un convoi civil est la plus meurtrière de toute la guerre », souligne Régis Michel. 11 navires sont coulés et 407 marins tués (dont les 260 du Doumer). Voilà pour le cadre. « Le sujet du film, c’est réellement résoudre cette énigme, révéler ce secret, que ce convoi a bel et bien été sacrifié, pour la grande cause », déclare Régis Michel. « Le convoi SL 125 a été sacrifié pour que l’opération Torch réussisse. Et Torch, c’est le tournant de la guerre », avance-t-il.

    « L’appât »

    Selon lui, le convoi aurait servi « d’appât ». Pendant que les sous-marins allemands s’acharnent sur ces navires, 200 bâtiments de guerre et 140 navires de transport vont, quelques jours plus tard, débarquer 107 000 hommes sur les côtes de l’Algérie et du Maroc. Il s’agit de l’opération Torch, « le plus grand débarquement de tous les temps, avant celui de Normandie ». Si ce « sacrifice » n’a jamais été prouvé, Churchill aurait par exemple qualifié, dans ses mémoires, d’« accident acceptable » le sort du convoi. « C’est toujours une hypothèse que les historiens ont évoquée mais on n’a jamais eu la preuve exacte. On veut aller chercher les preuves dans les archives en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni », lance le réalisateur. Celles-ci viennent d’être déclassées secret-défense. «Les descendants des victimes n’ont jamais su réellement ce qui s’était passé. On veut leur rendre hommage », dit-il. Régis Michel, qui travaille sur ce projet depuis dix ans, le mène de concert avec Romain Legras, océanographe. Il a été mis sur la piste de ce sujet par Marius Fayard, le grand-oncle de l’ex-femme de Legras, qui lui a raconté l’histoire du Président-Doumer. Le film sur Le convoi sacrifié devrait être présenté dans un an en avant-première au cinéma Eden-théâtre à La Ciotat.

    * www.sl125.com

    Conférence sur le sujet le 13 novembre à 18h à l’Institut
    de la mer à Marseille.

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    Ils ont tous 16 ans, des envies et des propositions. Et mieux : les défendent. Autour de la table, au centre social de la Martine (15e), Hadidja, Soulayman, Zayan et Iqbal font partie des jeunes que Kader Allem, coordinateur du service jeunesse, comptent bien voir intégrer officiellement un futur « conseil des jeunes », d’ici janvier.

    Sur l’idée qu’ici « on ne consomme pas des loisirs », explique Kader, qui insiste sur le rôle éducatif du centre social. « On doit vous apporter ce que vous n’allez pas proposer », insiste-t-il face aux jeunes, rappelant la sortie au musée d’histoire de Marseille, le matin même. « Génial », reconnaît Zayan. Il faut dire que sur le passage de Kader, ça déménage. En poste depuis 10 mois, il dynamite les idées reçues. Les presque jeunes adultes participent déjà aux réunions avec les responsables du centre. « C’est bien qu’on nous entende », se félicite Hadidja. Cet été, ils ont par exemple pu organiser une sortie bouée tractée. Cela peut paraître anecdotique, mais il a fallu argumenter et débattre pour y arriver face à une équipe de responsables pas convaincue. Une expérience de démocratie bien concrète.

    « Il faut trouver une activité que tout le monde soit en capacités de faire, avec laquelle tout le monde soit d’accord », explique Zayan. « On met tout à plat, chacun donne son avis et on fait une synthèse », complète Soulayman. Déjà organisés en groupes sur les réseaux sociaux pour échanger, ils ont su porter la parole de la majorité. « On ne peut pas dire aux jeunes “vous avez le pouvoir d’agir” et leur dire non », estime Kader, qui espère les voir intégrer à terme le conseil d’administration du centre social pour leur donner la possibilité de s’exprimer sur les projets, le fonctionnement de l’accueil jeunes. Histoire de « co-construire » la vie du secteur jeunes en « trouvant un équilibre ».

    Question de confiance

    « On aimerait des heures plus adaptées », lance Soulayman quand, aujourd’hui, il faut concilier l’accueil des tout-petits avec celui des ados. Dans un grand sourire, Hadidja se souvient de cette rentrée tardive de rando qui a fini sur la plage avec jeux et pique-nique. Plus de séjours, aussi, seraient les bienvenus. « Cet été, on a fait trois voyages dans les Alpes, à Paris et Argelès », raconte Zayan, heureux que « Kader ait tenu parole ». La confiance restant aussi le maître mot de la démarche.

    Le conseil jeunes, c’est aussi l’occasion d’aborder concrètement la question du financement. Une grande injustice, estiment-ils. « On nous dit toujours, y a pas de sous, on trouve ça dommage », commente Soulayman. Kader ne leur cache pas les difficultés, les dossiers déposés dans le cadre de subventions pour les quartiers prioritaires, « on est obligés de jongler ». Et l’État qui diminue tout. « Cela nous inquiète », alertent les jeunes.

    Ils aimeraient aussi que le centre social s’équipe de minibus pour se déplacer plus facilement. Une priorité pour Kader. Dans la vie de tous les jours aussi, l’expérience porte ses fruits. « Cela nous apprend à être à l’aise, à mieux s’exprimer », reconnaît Hadidja. « On est capable d’avoir un avis et qu’il soit pris en compte », ajoute Soulayman. Même si Zayan reconnaît qu’il « n’y a pas moyen » d’aller contre l’avis de sa mère ou d’un professeur.

    « Le pouvoir d’agir »

    Le « pouvoir d’agir des jeunes », c’est bien là le leitmotiv de Kader, qui doit par la même occasion convaincre les adultes.

    « Je suis assez grand pour prendre des décisions, je suis mature, quelqu’un de construit. Avoir 18 ans ça veut rien dire. Je suis un grand garçon », embraye Iqbal. « Des gens de mon âge ont déjà assez de poids sur le dos, beaucoup de responsabilités. Ils travaillent, paient le loyer de chez eux. Je suis assez grand pour que, ma parole, elle compte quand je dis quelque chose. On a tous notre mot à dire, c’est ça la liberté d’expression », insiste-t-il. Et de revenir sur ce qui se passe dans son quartier la Simiane.

    « On a des loyers trop chers. On est au centre des quartiers Nord, mais on est oubliés. Le syndic ne fait rien pour nous. Alors qu’il y a un terrain, on pourrait en faire un vrai stade comme à l’époque de mon grand frère. Là, je sors, je fais quoi ? Je m’assois sur le banc, je regarde l’heure passer ? Alors qu’il y aurait beaucoup de choses à faire », s’indigne-t-il. « C’est vide », confirme Zayan. Les tentatives de dialogue, n’ont « rien donné », déplorent-ils. « J’ai bien pensé à faire une manifestation », confie Iqbal, « mais les gens s’en foutent, car on n’est pas assez de jeunes, on est des générations séparées ».

    De là à évoquer le droit de vote dans les quartiers, il n’y a qu’un pas, qu’il franchit sans souci. « Je parle beaucoup politique avec mon père, je serai capable. Je veux vraiment que ça change et pas que pour moi, aussi pour les plus petits ! », insiste Iqbal. « Je veux pas déménager, je suis né ici, je veux changer là où j’habite », assène Zayan.

  • [Entretien] Benjamin Stora : « La crise diplomatique la plus forte depuis 1962 »

    [Entretien] Benjamin Stora : « La crise diplomatique la plus forte depuis 1962 »

    La Marseillaise : Dans quel cadre s’inscrivent les rencontres auxquelles vous participez à Marseille ?

    Benjamin Stora : Ces rencontres sont organisées par la partie française de la commission mixte des historiens français et algériens. Depuis sa mise en place en 2022, elle s’est réunie cinq fois. Puis, ses travaux se sont interrompus à cause de la crise diplomatique et politique actuelle. Le travail mémoriel de cette commission en a été la première victime, d’où l’intérêt d’essayer de maintenir un lien. L’idée est de faire le point sur l’état des travaux. Il y a quand même des historiens algériens qui sont invités, pas au nom de la commission mixte, mais à titre personnel.

    À Marseille, beaucoup gardent en mémoire la vague de crimes racistes qui avaient touché la ville en 1973 et 1974, avec pour point d’orgue, l’attentat contre le consulat d’Algérie, alors établi rue Dieudé. Une crise diplomatique s’en était suivie. Celle que l’on connaît actuellement a-t-elle dépassé son intensité ?

    B.S. : J’ai déjà évoqué les épisodes dont vous parlez dans la bande dessinée Les Algériens en France [signée avec l’illustrateur Nicolas Le Scanff et sortie en 2024 aux éditions la Découverte, Ndlr]. Mais à cette époque, il n’y avait pas eu de rappels d’ambassadeurs réciproques entre la France et l’Algérie. Or aujourd’hui, et depuis un an et demi, il n’y a plus d’ambassadeur de France en Algérie, ni d’ambassadeur d’Algérie en France. La crise diplomatique actuelle est la plus forte que l’on ait connue depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie.

    Plusieurs facteurs l’expliquent, parmi lesquels le récent vote de proposition de résolution portée par le RN à l’Assemblée nationale, qui remet en cause les accords de 1968. Qu’est-ce que ce vote dit de l’état du pays selon vous ?

    B.S. : Cette dernière résolution en date est très symptomatique de la dégradation, non seulement des rapports existants, mais aussi des points de vue relatifs à cette histoire générale. Les accords de 1968 avaient été prévus pour réguler le flux entre la France et l’Algérie car, suite aux accords d’Evian, il y avait une circulation libre entre les deux pays pour permettre, à la fois aux Européens d’Algérie qui sont venus nombreux après 1962, et aussi aux travailleurs algériens qui ont continué leur migration, de pouvoir venir au moment où le pays connaissait les Trente glorieuses : c’est-à-dire l’expansion économique de la France. Le pays avait besoin de bras à cette époque. Les accords de 1968 visaient à réguler ce flux en accordant une compensation aux Algériens qui n’avaient pas choisi la nationalité française : une compensation avec la carte de résidence de 10 ans et la possibilité de la migration familiale. C’étaient les conditions fixées à cette époque. Mais entre-temps, il y a eu toute une série de mesures qui ont été prises en France et qui ont restreint considérablement le champ d’application des accords de 1968. D’abord, la fermeture des frontières décidée en 1974 par Giscard d’Estaing, puis l’instauration en 1986 d’un visa pour les pays du Maghreb en général. Un durcissement des conditions d’entrée. Ensuite, il y a eu une révision de ces fameux accords par des décrets en 1993 et 94, de sorte à ce que ces accords de 1968 soient progressivement vidés de leur substance. Néanmoins, l’extrême droite française a pris cet aspect et cette question pour en faire une arme de bataille contre l’immigration algérienne en France. On n’avait pas parlé de cette histoire depuis longtemps. Et voilà que depuis quelques années, nous sommes dans une situation où les Algériens sont désignés comme étant une sorte d’ennemi principal, de l’intérieur. Le fait de dénoncer les accords de 1968 est une façon de livrer les Algériens à l’opinion publique française.

    La droite dite « républicaine » s’adonne également à ces manœuvres nauséabondes…

    B.S. : La droite traditionnelle s’est radicalisée depuis plusieurs années maintenant. Pour une partie, elle a jeté l’héritage du gaullisme qui était quand même celui de la décolonisation, pour passer sur le rivage de l’extrême droite qui, elle, était foncièrement anti-gaulliste. Il ne faut pas oublier qu’elle a voulu assassiner en 1961 et 62 le général de Gaulle. Une partie de la droite républicaine a abandonné cet héritage par souci électoraliste, peut-être, pour se joindre à cette volonté de désignation des seuls Algériens, coupables selon eux de toute une série de méfaits liés à beaucoup de stéréotypes racistes dont je ne vais pas faire l’inventaire.

    Outre la droitisation extrême de la société française, la crise diplomatique a aussi été exaltée par le soutien de la France au plan marocain sur le Sahara occidental…

    B.S. : La dégradation de ces relations est antérieure à cette histoire d’ambassadeurs. Lorsque j’avais remis mon rapport au président de la République en 2021, j’avais eu droit à des attaques très dures venant de la droite française avec des pétitions, et même des expositions contre ce rapport : de Louis Aliot à Perpignan, de Valérie Boyer avec pétition chez les LR contre le rapport, des fils et femmes de harkis avaient aussi fait pétition contre l’entrée de Gisèle Halimi au panthéon, une stèle de l’émir Abd-el Kader avait été vandalisée à Amboise… L’une des préconisations de mon rapport consistait aussi à poser des stèles pour commémorer les massacres du 17 octobre 1961 à Paris. Un climat de refus s’était déjà exprimé, notamment de la part de la droite et de l’extrême droite qui ne voulaient pas toucher au plan mémoriel, tout cela au nom du refus de ce qu’ils appellent la « repentance » : c’est-à-dire le refus de regarder en face ce passé colonial. Sauf que notre travail n’était pas un discours de repentance mais une série de mesures et actes symboliques, comme la réhabilitation de Maurice Audin assassiné en 1957. Bien avant 2024, il y avait une effervescence politique et idéologique forte d’opposition à l’établissement de relations entre l’Algérie et la France à travers, à la fois, la position française sur le Sahara occidental, mais aussi le refus des OQTF que l’Algérie ne voulait pas reprendre.

    Macron n’est-il pas le premier responsable de cette crise diplomatique, lui qui s’est volontairement laissé déborder par sa droite la plus extrême ? Hormis de timides pas comme la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française de militants pour l’indépendance de l’Algérie comme Larbi Ben M’hidi ou Maurice Audin, le chef de l’État n’est-il pas un gardien de plus de l’imaginaire colonial français ?

    B.S. : On ne peut absolument pas dire cela car aucun chef d’État français n’est allé aussi loin que lui dans la mise en œuvre de préconisations mémorielles. Ce que l’on peut déplorer, c’est que le travail s’est interrompu car il n’y a eu ensuite pas de volontarisme dans la poursuite de cette tâche, coté Français. Mais les recommandations concernant Larbi Ben M’hidi, Ali Boumendjel, Maurice Audin, l’ouverture des archives, la réunion d’une commission sur les essais nucléaires, l’érection d’une stèle d’Abd-el Kader à Amboise, la participation du chef de l’État à la commémoration du 17 octobre 1961… Après, on ne peut pas régler le problème de 132 ans de colonisation française en Algérie, simplement par des mesures qui démarrent un processus. Le gros problème, c’est son interruption. L’objectif était pour moi de faire en sorte qu’elles soient inscrites dans les manuels scolaires en France. Ma préoccupation, c’est que toutes ces mesures prises risquent d’être détricotées par une extrême droite qui peut arriver au pouvoir dans deux ans. Mon problème est de faire en sorte que le démarrage de ce travail mémoriel ne soit pas détruit.

    « Un second souffle à un dialogue rompu »

    Dans le petit monde du Quai d’Orsay comme dans les cercles d’historiens, le constat ne fait pas de doutes : la crise diplomatique franco-algérienne actuelle est la plus aiguë jamais connue depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie. Portée par le RN, soutenue par ses affidés de la droite et votée à l’Assemblée nationale la semaine dernière, la proposition de résolution décriant les accords migratoires de 1968 a exalté un ressentiment colonial et raciste plus que jamais à l’œuvre dans l’Hexagone. Avec le soutien de la France au plan marocain sur le Sahara occidental, l’une des causes de cette crise diplomatique qui a également interrompu le travail d’une commission mixte d’historiens algériens et français, annoncée en 2022 par les chefs des deux États sismographes. Pour regarder le passé colonial en face. Certains de ces historiens se réunissent du 12 au 14 novembre à Marseille pour poursuivre tant bien que mal leurs travaux et tenter de redonner un second souffle à un dialogue rompu. Au prix de la seule chose qui vaille : des débats qui s’appuient sur les réalités de l’histoire et des préconisations pour apaiser une mémoire sans cesse bafouée.

  • Un dialogue à nourrir

    Un dialogue à nourrir

    Lors de la séance d’ouverture de la nouvelle législature en juin 2022, le doyen de l’Assemblée nationale, le député d’Allauch d’extrême droite, José Gonzalez, avait fait l’apologie de l’Algérie française, en mettant en scène son déracinement…

    Trois ans plus tard,
    son groupe politique,
    le Rassemblement national, a réussi à faire voter d’une courte voix -pour la première fois dans l’histoire- un texte non contraignant remettant en cause l’accord franco-algérien de 1968. Avec le soutien des groupes de droite…

    à qui profite la crise actuelle entre l’Algérie et la France ?

    Des rapports pacifiés

    La réponse est là, sous nos yeux. Aux tenants de la haine et de la rancune tenace, qui font de chaque Algérien un ennemi. Comme l’OAS en son temps. Cette crise ne date pas d’hier, rappelle à juste titre l’historien Benjamin Stora. Du soutien au Maroc sur la question hautement clivante du Sahara occidental, aux arrestations d’influenceurs dont l’Algérie a refusé l’expulsion, jusqu’aux emprisonnements de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, chacun des deux pays enveniment la situation à outrance, au point de laisser les portes grandes ouvertes aux extrêmes. Et la mise entre parenthèses des travaux d’historiens des deux rives est très préoccupante pour les partisans de rapports pacifiés entre les deux pays.

    Il y a pourtant une mémoire à nourrir, une histoire commune à écrire, un dialogue à faire fructifier. Mais faut-il vouloir la paix.

  • Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    « Il y a des lieux où le temps ne passe pas, où la terre elle-même garde la trace d’un cri. En 1943, cette maison fut pour quelques mères et leurs enfants une halte fragile dans un monde en ruines. Ils vivaient comme on respire sous l’eau, avec l’illusion d’un moment de répit avant la noyade », retrace, de façon imagée et sensible, Bruno Benjamin, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Marseille Provence. La cérémonie, à l’initiative du Comité des Enfants de la Verdière animé par Jean-Jacques Zenou, se tient sur l’emplacement même où s’élevait le château de la Verdière, rasé en 1994, au 40 avenue de la Rose, dans le 13e arrondissement. « Ce 20 octobre 1943, poursuit Bruno Benjamin, la vague les a engloutis. Ils ont été déportés de Marseille à Auschwitz, de la lumière du Sud à la nuit de l’Europe. »

    « Nous léguons notre mémoire meurtrie »

    Quelques minutes auparavant, l’historienne Suzette Hazzan, qui a contribué par ses recherches à tirer de décennies d’oubli ce tragique épisode, a rappelé les faits. Trente-deux enfants, dont les prénoms et noms ont été dits durant la commémoration, et 14 adultes furent déportés. D’abord dirigés vers le camp de Drancy, puis d’Auschwitz. Un seul survécut, Claude Lehmann. Déportée elle-même, Denise Toros-Marter, 97 ans, présidente de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz, a prononcé un discours empreint d’une grande justesse, humanité et émotion. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes défenseurs, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché les tréfonds de l’horreur, nous léguons notre mémoire meurtrie à nos jeunes héritiers de la marche des vivants et des voyages de la mémoire, ainsi qu’à leurs disciples », a-t-elle lancé. Ce devoir de mémoire, il est animé, depuis plus de vingt ans, par Jean-Jacques Zenou. Il a souligné combien, depuis le 7 octobre 2023, « notre pays, la France et ici même à Marseille, connaît une résurgence inquiétante d’actes et de paroles antisémites. Des hommes hésitent à porter la kippa dans la rue. Des familles changent leur nom sur leur boîte aux lettres, par peur. Cela nous rappelle tragiquement que rien n’est jamais acquis. Que la haine, lorsqu’on la laisse s’installer, recommence toujours son chemin ». Le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, nous a confié pour sa part : « Redire que la question de l’antisémitisme et du racisme est une question d’actualité », dénonce-t-il. Charlotte, Mathieu, Martin Lehmann, Clara et Pauline Rozenberg, descendants de Claude Lehmann ont témoigné : « Ce climat d’antisémitisme, on le ressent dans notre vie. Beaucoup font le raccourci entre juifs, Israéliens, génocidaires et antipalestiniens. »

  • Réparer et transmettre l’histoire du Cambodge après les Khmers rouges

    Réparer et transmettre l’histoire du Cambodge après les Khmers rouges

    Cinquante ans après la prise du pouvoir de Pol Pot pour installer un régime criminel au Cambodge de 1974 à 1979, la Ville de Martigues accueille une exposition de photographies de Micheline Dullin réalisées entre 1958 et 1964.

    Avant le vernissage samedi dernier, une table ronde fut organisée au sujet de la réparation et de la transmission de cette histoire du Cambodge, animée par Françoise Verna, rédactrice en chef adjointe de La Marseillaise.

    Méas Pech Métral y était, à 14 ans. Aujourd’hui écrivaine, elle estime que le travail de mémoire est « difficile quand il faut réparer une déchirure telle que celle du peuple khmer ». Mais est-ce qu’aujourd’hui les jeunes générations ont réussi à s’approprier leur histoire ? « Très peu », affirme l’autrice, prenant l’exemple d’« un journaliste de 27 ans qui croyait que le Cambodge n’avait jamais connu le protectorat français, les Khmers ou les Vietnamiens ». « En Europe, il y a des parents qui n’en parlent pas. Ça fait 50 ans mais la cicatrice reste à jamais. Pour pouvoir témoigner, écrire, il faut des psys, mais on n’a jamais eu tout ça », complète Méas Pech Métral.

    La culture comme vecteur

    Dara Thong, entrepreneur français d’origine cambodgienne, souligne le rôle du film La Déchirure de Roland Joffé dans sa découverte de la période. « Ça m’a traumatisé, j’étais enfant quand je l’ai vu. C’est trop dur à accepter, surtout à cet âge. » « C’est important de connaître son histoire, surtout quand on est Cambodgien. Car au pays comme en dehors, on peut être assimilé à ce régime. Certains effacent ce passé, d’autres ont besoin de se réapproprier son histoire et sa culture. »

    À chacun sa manière de recoudre la plaie.

  • [Entretien] Céline Laudin : « Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection »

    [Entretien] Céline Laudin : « Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection »

    La Marseillaise : Qui était Ziem ?

    Céline Laudin : Félix Ziem est un peintre du XIXe siècle qui est né en Bourgogne, à Beaune, et qui est mort à Paris à l’âge de 90 ans. Il est plutôt autodidacte. Il fait des études d’architecture aux Beaux-Arts de Dijon où il est très doué. Il doit partir ensuite à Paris avec l’obtention d’une Bourse mais un problème au niveau de son comportement fait qu’il ne peut pas s’y rendre. Il décide de partir rejoindre un membre de sa famille qui travaille alors dans les abords de Marseille à la construction de l’aqueduc de Roquefavour. Il arrive sur ce chantier, et il commence à faire des croquis en plein air de la campagne environnante. Le duc d’Orléans arrive, voit ses croquis et lui achète. Et l’histoire commence ainsi.

    Pour quelles raisons est-il qualifié de peintre voyageur ?

    C.L. : Son rêve, c’est d’aller en Italie comme tous les artistes du XIXe siècle, sur cette idée de faire le grand tour, de voir les monuments à Rome, à Florence, à Venise. Félix Ziem est un peintre paysagiste. Ce qu’il aime, c’est la lumière et le rapport de l’eau et des paysages. C’est pour ça qu’il apprécie particulièrement Venise et qu’il choisit aussi plutôt Martigues que Marseille pour s’installer sur les bords du chenal de Caronte. Il ouvrira quatre ateliers : à Paris, à Venise, à Nice et à Martigues. C’est un artiste voyageur par excellence il fait énormément de voyages, en Italie, mais pas que. Il va beaucoup en Afrique du Nord. Il va aller aussi à Constantinople. Il va faire un grand voyage en Orient. Il va aller en Algérie. Mais il va aller jusqu’en Russie, en Angleterre, aux Pays-Bas. Il est tout le temps en mouvement.

    Était-il reconnu de son vivant ?

    C.L. : Dans son journal, on sent qu’il est assez insatisfait de ses peintures parce qu’il n’a jamais vraiment appris cet art. Malgré cette frustration, il va très vite exposer au Salon, qui est vraiment l’organe officiel où il faut que tous les peintres aillent à Paris, et il commence à vendre ses tableaux. Il est très malin. Il s’entoure de marchands, il fait monter les prix. Ses œuvres prennent de la valeur et c’est l’un des artistes les plus riches du XIXe siècle. Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection. Il est reconnu dans le métier, Théophile Gautier l’encense. C’est quelqu’un d’assez mondain, il va aux soirées des frères Goncourt, il est très bien installé et reconnu de son vivant.

    Ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

    C.L. : Il produisait énormément, et c’est ça qui l’a peut-être un peu desservi. Il faisait dans ses peintures ce que les amateurs d’art aimaient et attendaient, donc, on a pu le taxer ensuite de faire un peu tout le temps la même chose : un horizon bas, trois quarts de la toile consacrée au ciel… À Venise, une gondole, à Constantinople, à Martigues, une tartane. Ce côté un peu répétitif a pu être critiqué. Il a aussi longtemps été taxé d’orientaliste parce qu’il représentait l’Orient. Mais pour moi, ce n’est pas un orientaliste car il est vraiment allé dans ces pays, il ne représente pas un Orient fantasmé qu’il aurait pu lire dans les livres, il peint ce qu’il a vu, les danseuses, les petits métiers, les musiciens… Il est plutôt inclassable en fait et l’histoire de l’art n’aime pas trop les gens inclassables, il faut appartenir à une école à un mouvement, on aime bien les cases en histoire de l’art.

    Comment, à travers les expositions proposées au musée, tentez-vous de lui rendre sa place ?

    C.L. : La chance que nous avons eue au musée Ziem, c’est d’avoir reçu en legs de sa petite-fille tout son fond d’atelier. Et donc, on a, dans la collection, des œuvres qu’il n’a jamais vendues mais qu’il conservait. C’est très intéressant, parce qu’il a par exemple conservé toute sa vie son autoportrait qu’il a peint dans les années 1860-1865, où il s’est représenté en bleu, en mettant de la craie sur son tableau, ce qui est quelque chose d’extrêmement moderne mais qu’il n’a jamais montré. De même, il a gardé avec lui ses pochades, une sorte carnet de croquis mais sur du bois, qu’il prenait avec lui quand il allait voyager, ses aquarelles… Ce sont des œuvres beaucoup plus spontanées et modernes que ce qu’il commercialisait. Au musée, on valorise ce fond d’atelier qui est vraiment d’une très grande richesse. C’est formidable parce qu’on rentre aussi dans l’intimité de l’artiste où on voit son processus créatif. C’est comme si on était presque avec lui sur les bords du Bosphore ou sur les canaux de Venise.

  • [Entretien] Nicolas Da Silva : « La Sécurité sociale est une extraordinaire réussite »

    [Entretien] Nicolas Da Silva : « La Sécurité sociale est une extraordinaire réussite »

    La Marseillaise : Dans quel contexte est créée la Sécurité sociale en 1945 ?

    Nicolas Da Silva : Il y a souvent cette idée que la Sécurité sociale viendrait d’un grand consensus national. Il n’en est rien. Si elle a été créée en 1945 et pas 1938, ce n’est pas parce qu’en 1945 on est plus riche – c’est le contraire – ni parce qu’on est plus intelligent. Ce qui change, c’est le rapport des forces politiques, parce qu’il y a un conflit militaire qui bouleverse l’ordre social. Deuxième élément de contexte important  : dans ce bouleversement de l’ordre social, tout le monde n’est pas d’accord. Il y a déjà une très grande conflictualité sur la Sécurité sociale. De nombreux acteurs sont contre : le patronat – le problème c’est qu’il a beaucoup collaboré, donc forcément sa légitimité est remise en cause -, la CFTC, qui va boycotter la mise en place de la Sécurité sociale ou encore les médecins. On a donc, dès le début, une matrice critique extrêmement contemporaine.

    Quel est l’esprit de la Sociale, cette sécurité sociale originelle ?

    N.D.S. : La Sécu crée deux choses. D’abord le régime unique, c’est-à-dire qu’on va rassembler tous ces risques dans une caisse unique qu’on va appeler le régime général. Et ensuite l’idée que plutôt qu’une gestion paternaliste (les caisses sont gérées à l’époque par des patrons, des religieux…), cette fois-ci elles seront gérées en majorité par ceux qui cotisent. Les comités d’administration qui ont le pouvoir de gestion sont ainsi composés aux trois quarts de représentants des salariés. Ce qui change beaucoup de choses, car forcément vous allez pouvoir influencer la politique.

    La position majoritaire des salariés va pourtant être remise en cause…

    N.D.S. : En 1967, les ordonnances Jeanneney imposent la séparation des caisses. C’est la réforme qui donne la Sécu qu’on connaît aujourd’hui, avec les caisses d’allocations familiales d’un côté et de l’autre les caisses de l’assurance maladie et de la vieillesse. Les ordonnances de 1967, c’est aussi l’introduction du paritarisme. Alors que les représentants des salariés, essentiellement ouvriers, étaient majoritaires (75%), on passe à du 50-50 avec le patronat. La parité paraît être de l’égalité, sauf que les patrons ne représentent qu’une partie infime de la population. Pourquoi ils auraient 50% du pouvoir de décision ? C’est très anti-démocratique. Alors qu’on attribue souvent la paternité de la sécurité sociale à Charles de Gaulle, cette réforme de 1967 menée sous son gouvernement, remet précisément en cause les originalités de 1945, à savoir le régime général et la démocratie sociale.

    Cela explique-t-il la contestation de plus en plus importante de l’objectif d’universalité de la Sécu ?

    N.D.S. : L’objectif de la sécurité sociale en 1945, c’est : « Chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins », avec l’idée de tendre vers un remboursement intégral. Sauf que progressivement, des forces sociales vont dire : ça coûte trop cher, on ne peut pas. Cela va prendre la forme d’une politique de ciblage, avec des personnes qui seront mieux remboursées (les affections longue durée par exemple) Du point de vue de la production, l’un des enjeux de la sécurité sociale est de financer des formes de productions publiques ou para-publiques. Par exemple des médecins sans dépassement d’honoraires, l’hôpital public plutôt que les cliniques privées. Avec le développement de l’étatisation, il y a l’idée que tout ça est un peu indifférent. La sécu va financer les plus performants, indépendamment du fait de savoir s’ils sont publics ou privés.

    Que penser des déclarations sur l’insoutenabilité financière de la Sécurité sociale ?

    N.D.S. : La Sécurité sociale est une extraordinaire réussite. La Sécu d’aujourd’hui est beaucoup plus développée que celle de 1945. On est beaucoup mieux couverts, on a accès à beaucoup plus de soins. Ça fonctionne beaucoup mieux que le passage vers le privé. S’agissant de la soutenabilité financière, je trouve que la question est posée de manière très biaisée, déloyale. Depuis sa création, la question du déficit de la Sécurité sociale est posée. Or ces déficits sont toujours instrumentalisés pour culpabiliser les patients. Ce qu’il se passe en réalité, c’est que les besoins augmentent, c’est donc normal que les dépenses en fassent autant. Plus la population vieillit, plus elle est malade. Par ailleurs on soigne mieux les gens, et l’innovation a un coût. Or face à cette augmentation des besoins, il y a une politique délibérée de limitation des ressources via les exonérations de cotisations sociales. L’évitement des recettes représente quelque chose de l’ordre de 100 milliards d’euros. C’est un choix de politique publique : on fait exprès de se passer de certaines ressources dans le but, nous dit-on, d’améliorer le niveau de l’emploi, en se disant que si les entreprises ont moins à payer pour embaucher, elles embaucheront davantage. Or les nombreuses études sur le sujet montrent que cet effet n’existe pas. Ou de façon infime.

    Peut-on légitimement s’inquiéter pour l’avenir de la Sécurité sociale ?

    N.D.S. : Oui mais pas parce que le système serait à bout de souffle, pas pour des raisons financières ou démographiques qu’on nous serine. La sécurité sociale est une institution très moderne, très efficace. L’archaïsme, c’est le marché. S’il y a du souci à se faire pour la Sécurité sociale, c’est pour des raisons d’économie politique : globalement, les classes dirigeantes n’ont pas les mêmes intérêts que le reste de la population et ne feraient pas les réformes qui sont faites si la Sécurité sociale était plus démocratique.

  • Un hommage a été rendu à l’historien militant Robert Mencherini

    Un hommage a été rendu à l’historien militant Robert Mencherini

    « L’art de construire son discours pour être compris par tous », « le croisement entre la culture savante et la culture populaire » : telles sont les qualités attribuées à l’historien Robert Mencherini, vendredi, dans les rangs de l’auditorium de la mairie des 1-7. Historien de la Seconde Guerre mondiale et auteur de nombreux travaux sur sa Provence natale, le chercheur aubagnais, décédé en avril, a été mis à l’honneur par l’association Provence mémoire monde ouvrier (Promemo), dont il est le fondateur.

    Militant de la Ligue communiste révolutionnaire dans sa jeunesse, Robert Mencherini a prolongé son engagement en construisant une connaissance approfondie de l’histoire sociale locale. Parmi ses sujets de prédilection : la Résistance.

    « Robert a voulu démontrer, dans son œuvre, à quel point l’historiographie nationale, c’est-à-dire parisienne, a omis une partie de l’histoire du Sud-Est. Ces ouvrages ont permis de montrer l’importance des mouvements résistants à Marseille, et plus globalement dans les Bouches-du-Rhône », explique Sylvie Orsoni, historienne invitée à l’occasion de cette journée d’hommage.

    Cette histoire résistante est notamment racontée dans la quadrilogie Midi rouge, ombres et lumières, en particulier dans le 2e tome Résistance et occupation. Longtemps animateur de l’équipe du Musée de la résistance en ligne, il publiera aussi, en 2022, un livre consacré à Berty Albrecht, figure marseillaise du féminisme, de l’antifascisme et de la Résistance.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    Ma conclusion déclarait que la classe ouvrière de France s’était prononcée pour une Fédération syndicale mondiale destinée à rassembler, dans son sein, tous les pays et toutes les tendances. Je fus ovationné par le congrès debout. Étonné d’une telle ovation, je ne m’attendais pas à ce que Jouhaux voulait m’imposer : présenter des excuses à Citrine. Il demanda à Benoît Frachon d’intervenir auprès de moi dans ce sens. Benoît lui répondit : « Demande-lui toi-même. »

    C’est ce qu’il fit en quittant la tribune. Il exigea que je fasse des excuses à Lord Citrine. J’étais ennuyé et regardais Benoît Frachon, qui était sur la tribune et faisait passer sa pipe de gauche à droite : c’était un message. Je refusais toute excuse, applaudi par la délégation française, sauf les minoritaires.

    Cette intervention faite en 1945 à la création de la Fédération syndicale mondiale permet de mieux comprendre la suite, les événements et la scission de 1947. Trois mois après le Comité confédéral de la CGT, Saillant, secrétaire de la Fédération syndicale mondiale, dénonça l’Américan Fédération of Labor qui travaillait contre la FSM. Ce n’est pas une nouveauté pour nous, mais les attaques contre la FSM avaient pris d’autres caractères. Elles étaient menées et conduites par les gouvernements américains et de Grande-Bretagne sur le conseil de Citrine, ouvertement hostiles au développement et le rayonnement de la FSM. Il fallait donc constater que ces gouvernements, y compris celui de la France, ont tout fait pour nuire aux initiatives et au travail de la FSM refusant par exemple les visas pour les responsables de celle-ci. L’Américan Fédération of Labor refusa d’adhérer à la FSM nouvellement créée et, parallèlement, elle délégua en Europe Irving Brown pour mener l’action contre les forces hostiles à la stratégie américaine.

    Sur le plan international, l’année 1947 fut marquée par la division du monde en deux camps qui se concrétisa par la création du plan Marshall et du Kominform. En France, chacun prit place dans son camp. Les communistes dénoncèrent la trahison des chefs socialistes qui les avaient exclus du gouvernement sur l’ordre des USA. Quant aux socialistes, ils dénoncèrent la rupture par les communistes de la solidarité gouvernementale à propos des revendications des travailleurs.

    à suivre la semaine prochaine…