Tag: histoire

  • Les trésors de la Lune remontés à la surface

    Les trésors de la Lune remontés à la surface

    Jusqu’à « 60, 70, 80… », compte Michel L’Hour, à mesure que les plongeurs-démineurs de la Marine nationale s’enfoncent pour arrimer les sangles de L’Alfred-Merlin au canon tricentenaire, immergé à 90 mètres de profondeur. Le directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), dirige également les recherches sur l’épave de La Lune, aux côtés d’Olivia Hulot. L’opération est délicate : des sédiments recouvrent le canon. Toute l’équipe a les yeux rivés sur les sept écrans de la salle de contrôle, reliés aux caméras des plongeurs et du site de fouilles archéologiques.

    La mer est calme, « On a un temps parfaitement propice à ce genre d’opération », se réjouit Michel L’Hour. « Mais le soulagement, c’est quand c’est fini, quand les plongeurs sont dehors », ajoute-t-il. Après 20 minutes de remontée où toute l’équipe retient son souffle, le canon sort enfin de l’eau. « C’est l’aboutissement de beaucoup de travail, et quand ça marche, on ne peut pas rêver mieux, ça en fait le plus beau métier du monde ! », s’exclame sourire aux lèvres, Olivia Hulot, archéologue maritime, conservatrice patrimoine et cheffe de la mission de La Lune, aux côtés de Michel L’Hour.

    Depuis plus de six mois, le Drassm et le Centre d’expertise et d’essais pratiques de la Marine nationale (Cephismer), spécialisé dans la plongée humaine et l’intervention sous la mer, travaillent ensemble sur cette mission. Elle « demande une orchestration hyperfine, hyperciselée » selon Olivia Hulot. « Ça va du matériel qu’on doit acheter aux missions que doivent avoir nos spécialistes pluridisciplinaires qui sont à bord. Ça monte en puissance au fil des semaines », précise-t-elle. Le temps réduit des plongeurs au fond de la mer, seulement 15 minutes, impose aux équipes de connaître le site de fouilles sur le bout des doigts. C’est dans cette perspective que le site de La Lune a été numérisé en 3D en 2022. « On a une vue complète de tout ce qui s’y trouve. L’idée, c’est que les actions soient vraiment chirurgicales avec des gestes précis », explique Olivia Hulot, dont le rôle est de coordonner les informations entre les marins-plongeurs et l’équipage. « C’est une belle synergie qui fait de belles concrétisations comme aujourd’hui », se satisfait-elle. Avant la remontée du canon mercredi, deux plongées ont préparé le terrain. Une plongée « d’expertise » a d’abord permis d’« évaluer la résistance et la nature des sédiments autour du canon », explique le Major Aymeric, plongeur-démineur au Cephismer. La seconde plongée a servi à positionner les sangles autour du canon et à régler la pantoire, l’instrument qui allait en maîtriser l’élévation le jour J.

    « Un bateau emblématique sublimement conservé »

    Après 330 ans endormie au large de Toulon, l’épave de La Lune, est découverte en 1993 par le Nautile, sous-marin de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer. Sa tragique histoire se déroule au XVIIe siècle. La Lune fait partie d’une expédition militaire commandée par Louis XIV, qui cherche à asseoir son pouvoir en Méditerranée face aux corsaires Barbaresques. Alors que le fleuron de la Marine royale est largement fragilisé, il est déclaré apte à naviguer. Le 6 novembre 1664, une tempête lui est fatale, le navire sombre à pic, emportant avec lui près d’un millier d’hommes à bord. « C’est la soudaineté du naufrage qui fait que les objets sont miraculeusement préservés », explique Olivia Hulot. « C’est une vraie bulle temporelle ». Entre sa proue et sa poupe, La Lune mesure 40 mètres de long sur 11 mètres de large et recèle des « centaines de milliers d’objets conservés ».

    Le succès d’une telle opération a une saveur particulière pour Michel L’Hour, qui dirige les recherches autour de l’épave depuis 2012. « On a connu des moments un peu catastrophiques il y a quelques années sur un canon comme ça, alors qu’il n’était qu’à un mètre de la surface », se souvient-il.

    Long de 3,25 mètres et large de 24 cm, le canon remonté ce mercredi pèse 1,7 tonne. « Il est cerné de fleurs de lys, c’est rare qu’on en ait autant », se réjouit-il. Sur le canon trône également un blason et une ancre, « symbole de la Marine, que l’on trouve associé notamment aux armoiries de Richelieu », explique-t-il avec fierté. « Le fondeur s’est donné la joie de faire quelque chose de très prestigieux, on lui rendra hommage quand on aura fini de le nettoyer, on trouvera peut-être ses initiales ».

    « Rien n’a été cassé »

    Il faudra rester patient avant de percer tous les secrets du canon. Le colosse de bronze va être envoyé à Nantes, au laboratoire « Arc’antique », pour le libérer des organismes marins et des chlorures qui l’ont envahi depuis trois siècles. « La restauration permettra, via le procédé d’électrolyse, de voir l’âme du canon », s’impatiente Olivia Hulot. « Comptez deux à trois ans » et « un petit billet de 10 000 euros », avant de pouvoir l’admirer dans sa meilleure forme, précise Michel L’Hour. Pour les plus impatients, pas de panique, des services de vaisselle ont également été remontés lors de l’opération. « Rien n’a été cassé lors de la remontée », se félicite Olivia Hulot. À bord, une céramologue prodigue « les premiers soins » aux précieux vestiges, tandis qu’un ingénieur du CNRS numérise chaque pièce avec minutie. « Le scan présente cet avantage d’avoir une définition parfaite de l’objet dans son état actuel de sortie d’eau », explique Olivia Hulot. Au-delà de l’étude scientifique, cette numérisation permettra à l’épave de raconter son histoire au public lors d’une visite immersive, visuelle et sonore. D’ici là, certaines pièces de La Lune seront exposées au musée national de la Marine dès le 18 novembre prochain, au cœur de l’exposition Plongée(s) dans l’inconnu. L’aventure sous-marine en Méditerranée.

    « On est dans les 10 sites probablement les plus riches aujourd’hui pour leur potentiel scientifique, archéologique
    et même artistique »

  • Renée Marcos, rescapée et passeuse de mémoire

    Renée Marcos, rescapée et passeuse de mémoire

    Depuis l’annonce de son décès mardi, les hommages se multiplient pour saluer le courage de cette femme qui a consacré une grande partie de sa vie à témoigner auprès des jeunes générations. En janvier dernier, la Ville de Marseille lui avait d’ailleurs remis sa médaille pour son « courage et son engagement exceptionnel dans la transmission de la mémoire ».

    Née à Marseille le 14 janvier 1926 dans une famille juive originaire de Salonique, installée dans la cité phocéenne depuis 1915, Louise Renée Guelidi grandit au sein d’une fratrie de cinq enfants. Au printemps 1944, dénoncée par des voisins, elle est arrêtée à son domicile. Pour protéger ses frères et sœurs, elle affirme être fille unique, mensonge qui leur sauvera la vie. Après les Baumettes puis Drancy, âgée de 18 ans, elle est déportée par le convoi n°74 à Auschwitz, où sa tante et sa cousine sont gazées dès leur arrivée.

    Tatouée du matricule A-5503 au bras (et non sur le soutien-gorge comme indiqué dans notre édition de ce mercredi), elle survit au travail forcé, à la marche de la mort puis au camp de Theresienstadt. À la Libération, atteinte du typhus, elle ne pèse plus que 35 kg. Couturière de métier, épouse d’Isidore Marcos, elle consacrera ensuite sa vie à transmettre son histoire dans les collèges et lycées. Avec sa disparition, c’est une voix majeure de la mémoire de la Shoah qui s’éteint, laissant derrière elle un héritage de courage, de résilience et de vigilance face à toutes les formes de haine.

    « Rempart »

    Bruno Benjamin, président du Crif Marseille-Provence, a longuement réagi sur Facebook : « C’est une voix de la mémoire qui s’éteint. Une femme qui, par son témoignage, incarnait la vérité face au mensonge, la dignité face à la barbarie et la transmission face à l’oubli. Les survivants de la Shoah étaient les témoins vivants de l’Histoire. Leur seule présence constituait un rempart contre le négationnisme. » Bruno Benjamin ajoute : « Aujourd’hui, alors qu’ils disparaissent les uns après les autres, notre responsabilité est plus grande que jamais : porter leur parole, transmettre leur mémoire et combattre sans relâche ceux qui cherchent à nier ou à déformer la vérité. Demain, certains prétendront que la Shoah n’a pas existé. C’est […] pour empêcher cette falsification de l’Histoire que nous devons continuer à raconter ce qu’ils ont vécu […]. »

    Le maire de Marseille (DVG), Benoît Payan, a partagé ces mots : « Hommage à Renée Marcos, survivante d’Auschwitz, dont le témoignage et l’engagement inlassable pour transmettre la mémoire de la Shoah ont marqué des générations de Marseillaises et de Marseillais. » Martine Vassal, présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône, se dit « profondément émue par la disparition de la Marseillaise Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz. Par son courage et son témoignage, elle a transmis inlassablement la mémoire de la Shoah et rappelé notre devoir de ne jamais oublier ».

  • Premières fois, premières photos

    Premières fois, premières photos

    Qui de l’œuf ou de la poule est apparu le premier ? Ce questionnement qui a traversé les siècles a inspiré Luce Lebart dans la construction de sa première exposition en tant que nouvelle commissaire au Pavillon Populaire. Tout comme les conclusions de la science, la directrice artistique indépendante en charge de la programmation artistique du lieu offre une réponse nuancée. La photo n’est pas apparue du jour au lendemain, elle est le résultat de bien des années d’expérimentations : il n’existe pas une invention mais bien les inventions plurielles de la photographie.

    Avec « Premières fois / premières photos », le Pavillon Populaire présente la première exposition de sa saison 2026 sous la forme d’un voyage à travers le temps pour enquêter sur l’apparition de la photographie. Entre les procédés de création artisanaux et les premiers brevets d’appareils bien loin de ressembler à ceux d’aujourd’hui, les salles du Pavillon Populaire se remplissent d’objets et de clichés qui transportent le visiteur entre les époques. Au total, ce sont 200 photographies de plus de 50 photographes historiques et modernes qui sont présentés en avant-première du bicentenaire de la photo, dans le cadre des rencontres de la photographie d’Arles.

    L’histoire d’une naissance

    « Premières fois / premières photos » recense les ratés, les essais et les expérimentations, pour montrer toutes les formes que peut prendre une première image. « J’ai voulu jouer avec le mot premier, en explorer tous les sens » avoue celle qui fait, en parallèle, ses premiers pas au sein du Pavillon Populaire. Après avoir dirigé de nombreuses institutions dédiées à l’image à Paris, au Canada et à l’international, elle revient en Hérault pour apposer sa patte dans la programmation de l’espace d’art photographique montpelliérain. « Le premier, c’est l’origine, le vainqueur, l’inédit. Au début je ne m’attendais pas aller dans des directions aussi folles mais c’est devenu petit à petit une exposition de recherche » ajoute-t-elle.

    Un travail presque scientifique, qui fait écho aux débuts de cette discipline ancrée dans l’art aujourd’hui. L’exposition met en scène le lien très étroit entre photo et science, les clichés ayant servi à étudier le monde qui nous entoure du temps où les appareils photos étaient les outils d’étude les plus performants. Les salles du Pavillon Populaire reviennent sur les premiers pas des figures qui l’ont marqué : la visite débute par le travail d’une des premières femmes photographes, l’anglaise Anna Atkins et ses premières images d’algues marines, qui composent le tout premier livre de photographie. En écho avec cette ouverture sous-marine, l’exposition se clôture par des clichés de naissance d’étoiles, pour une exploration interstellaire. Une exposition qui fait traverser le temps et l’espace, à retrouver jusqu’au 1er novembre au Pavillon Populaire de Montpellier.

  • [La guerre d’Espagne 1/3] Du « Frente Popular » à « No Pasaran ! »

    [La guerre d’Espagne 1/3] Du « Frente Popular » à « No Pasaran ! »

    16 février 1936, il y a 90 ans, le Front populaire triomphe en Espagne, six mois plus tard, le 18 juillet, le général Franco aidé par Hitler et Mussolini tentent de renverser la République. Le fascisme dans une sorte de répétition générale fera de cette guerre le sanglant prologue de la seconde guerre mondiale. La République chutera le 31 mars 1939 après trois années d’une résistance héroïque du peuple.

    Le 12 avril 1931, les élections municipales qui font suite à la démission du président du conseil le général Primo de Rivera, donnent la victoire aux listes républicaines, Alfonse XIII, qui comptait sur la victoire des monarchistes, s’enfuira et ira se réfugier en France. La République est proclamée le 14 avril. Après deux années ponctuées de nombreuses avancées sociales de 1931 à 1933, l’arrivée au gouvernement de forces réactionnaires avec Alejandro Lerroux qui réprimera violemment les grèves des mineurs des Asturies, va faire monter la volonté d’union des forces de gauche et des syndicats. Le Frente Popular va triompher le 16 février 1936, aux élections législatives, grâce à la coalition des forces politiques de gauche (PCE – PSOE et partis républicains).

    Le Frente Popular, pendant les cinq mois qui vont précéder le coup d’État, prendra plusieurs mesures parmi lesquelles : la libération de milliers de prisonniers politiques suite à la Révolution des Asturies qui fut réprimée violemment par la droite en 1934 ; le Parlement va destituer le président Niceto Alcala-Zamora le 7 avril 1936. Manuel Azaña deviendra alors Président de la République ; la Generalitat de Catalogne, suspendue après les événements de 1934, sera rétablie avec retour de son autonomie ; relance des processus d’autonomie pour le Pays Basque et la Galice ; sur le plan social et économique, réactivation des politiques sociales du premier gouvernement républicain (1931 -1933). Les grèves et occupations des terres vont s’étendre avec accélération de mise en place de coopérative et processus de collectivisation dans les campagnes et dans les usines. Enfin, le gouvernement va réaffirmer le programme de 1931 avec la défense des libertés publiques et une politique clairement antifasciste.

    Minutieusement préparé plusieurs semaines en amont par les militaires factieux en liaison avec l’Allemagne nazie, le coup d’État du 18 juillet 1936 va mettre un coup d’arrêt à la mise en œuvre des réformes sociales et économiques.

    Franco pensait prendre le pouvoir en quelques jours, assuré de l’aide massive des fascistes italiens et des nazis en hommes et en armement, mais la guerre dura près de trois ans grâce à la résistance héroïque du peuple espagnol, aidé par les volontaires internationaux venus de 53 pays.

    Dès les premiers jours de la rébellion des généraux, des massacres sont perpétrés en Andalousie. Le 18 juillet le général Gonzalo Queipo de Llano va s’emparer de Séville et malgré la résistance des quartiers populaires, les franquistes appuyés par la Guardia civil et la Phalange procèdent à des fusillades massives contre les militants ouvriers et la population.

    Le 19 juillet, face à la tentative de coup d’État, la député communiste Dolorès Ibarruri « La Pasionaria » prononcera à Madrid un discours radiodiffusé historique : « Travailleurs, antifascistes, peuple laborieux ! Tous debout ! Soyez prêts à défendre la République, la liberté et les conquêtes démocratiques du peuple ! (…) Le fascisme ne passera pas (No Pasaran !), les communistes, les socialistes, les anarchistes et les républicains, les soldats et toutes les forces restées fidèles à la volonté du peuple écraseront les rebelles félons (…) Le pays tout entier est bouleversé par les actes de ces scélérats. Ils veulent, par le fer et par le feu, transformer l’Espagne démocratique et populaire en un enfer de terreur et de tortures. Mais ils ne passeront pas ! …. » Ils sont finalement passés, et quelques mois plus tard la France payait au prix fort sa politique de non-intervention et fausse neutralité de ses gouvernements depuis 1936, la seconde guerre mondiale débutait.

  • La famille Nicollin garde la main

    La famille Nicollin garde la main

    Ils ont fixé un rendez-vous au mardi 7 juillet. Laurent et Olivier Nicollin, respectivement président du Montpellier Hérault et patron de l’entreprise éponyme de nettoiement, s’expliqueront sur l’avenir du club et la vente avortée.

    Les deux successeurs de Louis Nicollin, président-fondateur de la Paillade, restent pour l’heure aux commandes d’un club dont ils ont ouvert le capital en mars 2025 afin de s’en séparer pour tout ou partie.

    Lundi 29 juin, quelques jours après la reprise de l’entraînement, ils ont éclairci leur position auprès du staff sportif, des joueurs et de l’environnement du club pour prolonger leur bail à la tête du MHSC, entamé en 1974. « Après des mois de réflexion, une conviction s’est imposée à nous. Notre histoire avec le MHSC n’était pas terminée », ont-ils indiqué dans un long communiqué. « Depuis cinquante-deux ans, le MHSC est bien plus qu’un club de football pour notre famille. C’est une histoire de travail, d’engagement et de responsabilité commencée en 1974 par notre père, Louis Nicollin », ont-ils poursuivi.

    La famille Nicollin n’a pas abouti dans les négociations de vente avec un fonds d’investissement anglais, GSS, qui avait comme figure de proue l’ancien international allemand : Ilkay Gündogan. Depuis septembre, elle avait accéléré dans son processus de vente en confiant ce projet à une banque d’affaires. Trois ou quatre repreneurs étrangers avaient alors fait part de leur intérêt pour racheter le club héraultais classé à la 8e place de la Ligue 2 et finaliste de la Coupe Gambardella.

    Est-ce un échec dans le processus de vente ? Ou est-ce seulement une suspension actée à l’aube de la reprise de la saison afin de rassurer les divers acteurs sportifs ? Leur possible retrait, qui a provoqué un réel émoi, a-t-il généré une prise de conscience à Montpellier et la région ? Tout est possible au regard de leur réflexion. « Nous croyons profondément que l’identité du MHSC est indissociable de celle de notre Ville. C’est cette conviction qui nous conduit aujourd’hui à poursuivre notre engagement. Nous savons les efforts que cette décision exigera. Nous connaissons les défis qui nous attendent. Nous les assumons avec lucidité et détermination », estiment-ils.

    « Cette ambition ne pourra se construire qu’en rassemblant. Le football moderne impose de savoir fédérer des compétences, des énergies et des partenaires autour d’un projet commun. Le moment venu, nous serons ouverts à accueillir à nos côtés des femmes et des hommes qui partageront notre vision, nos valeurs et notre attachement au territoire, dans le respect de l’identité du MHSC », précisent-ils, laissant la porte ouverte à l’ouverture du capital de leur club.

    Mardi 7 juillet, le patron du sportif et celui de l’entreprise seront en mesure de lever certaines ambiguïtés. Ou pas. L’entraîneur Zoumana Camara, qui désire disposer « d’une équipe compétitive » en Ligue 2, sera attentif aux mots des deux frangins.

  • Avant la télévision, il y avait Samuel Bastide

    Avant la télévision, il y avait Samuel Bastide

    « Il n’y avait pas de télévision. Nous vivions dans un milieu protestant assez austère où l’on fréquentait peu le cinéma. Nous n’étions pas dans une société de l’image comme aujourd’hui », raconte Daniel Travier, commissaire de l’exposition et fondateur de Maison Rouge, qui se souvient encore avec précision des projections de Samuel Bastide auxquelles il assistait enfant au début des années 1950.

    Né en 1879 à Saint-Jean-du-Gard, Samuel Bastide a consacré sa vie à parcourir la France et la Suisse avec sa lanterne magique. C’était l’ancêtre du cinématographe, jusqu’à devenir un simple projecteur de diapositives. À partir des milliers de plaques de verre peintes de sa main, il donnait des conférences illustrées mêlant histoires huguenotes, récits bibliques, contes et sujets de société comme la lutte contre l’alcoolisme.

    Mais pour Daniel Travier, le souvenir va bien au-delà des images. « Bastide était un conteur hors pair. Sa voix était extraordinaire, avec des pauses, des intonations, une manière de faire vivre les récits. Plus de 70 ans après, je l’entends encore raconter La Chèvre de Monsieur Seguin ou les textes de Victor Hugo. »

    Revivre l’expérience d’une projection

    Les visiteurs pourront découvrir cette voix dans l’exposition grâce à des enregistrements conservés sur bandes magnétiques. Au centre du parcours, la reconstitution d’une salle de projection des années 1950 permet de revivre l’expérience d’une séance telle qu’elle pouvait être vécue à l’époque. Parmi les quelque 2 500 plaques conservées par le musée, toutes n’ont évidemment pas pu être présentées. Les équipes ont donc retenu six grandes thématiques représentatives de son œuvre. Les commissaires ont également choisi des vitrines et projections qui éclairent à la fois le travail et la technique de Bastide.

    Au-delà de leur dimension historique, « les créations de Samuel Bastide surprennent encore par leur modernité. Certaines vues utilisent des silhouettes en ombres chinoises associées à des jeux de lumière particulièrement raffinés. Cent ans après leur création, elles restent d’une grande modernité. » C’est une exposition qui rappelle que bien avant le cinéma populaire et les écrans omniprésents, un Cévenol passionné avait déjà compris la puissance du récit par l’image.

    Maison Rouge – Musée des vallées cévenoles. Jusqu’au 2 mai 2027.

  • L’émancipation des femmes des quartiers populaires à la loupe

    L’émancipation des femmes des quartiers populaires à la loupe

    « Ni invisibles, ni silencieuses. » Tel est le nom de la journée d’études organisée au Musée d’Histoire de Marseille, ce mercredi. Ce rendez-vous a rassemblé chercheurs, sociologues, géographes et militantes associatives. Organisé par le Comité d’histoire de la politique de la ville, en partenariat avec la Ville de Marseille, l’événement a permis d’apporter une analyse des trajectoires des femmes issues des quartiers populaires.

    « La jeunesse féminine, notamment les femmes des quartiers populaires de Marseille, est généralement réduite à des figures imposées du patriarcat, celles des mères », introduit Philippe Mejean, représentant de la coordination marseillaise du Comité d’histoire de la politique de la Ville.

    Souvent considérées comme apolitiques et invisibilisées dans la société, l’histoire et de nombreux travaux de recherche démontrent pourtant que ces femmes se sont engagées, ont porté de nombreuses mobilisations et ont créé des associations. « Quand on commence un mouvement où la classe traditionnelle et celle des travailleurs sont en crise, les femmes sont le public cible d’un certain nombre d’associations, appelées à les rejoindre et à en être actrices », raconte Michel Peraldi, sociologue.

    « Féminisme marxisme avenir (FMA), en 1967 [association devenue aujourd’hui Mouvement de libération des femmes, Ndlr.], a joué un rôle important dans le mouvement féministe maghrébin », souligne Louise Barbier, à l’origine de cette journée et doctorante travaillant sur l’état des connaissances et les controverses autour des figures féminines en milieu populaire urbain.

    Ces mouvements politiques féministes de l’histoire maghrébine ont permis aux femmes de poursuivre le combat et de construire leur place dans la société française. « Les femmes devaient être de bonnes épouses, faire six enfants… Le statut de mère, il n’est pas inné, il s’est construit », explique Yamina Benchenni, militante associative.

    Le passé impacte le présent

    La mémoire coloniale de la ville et son histoire politique sont étroitement liées. Pour Lela Bencharif, géographe et militante associative, il est essentiel de travailler sur la question coloniale, en l’articulant aux flux migratoires. « Aujourd’hui, il faut lutter contre la fabrique de stéréotypes, comme pendant le temps de la colonisation, pour éviter de créer des paniques identitaires », tranche-t-elle. C’est dans ce contexte que les démarches mémorielles prennent tout leur sens politique.

    Si les femmes sont invisibilisées, c’est parce qu’elles se trouvent à l’intersection de plusieurs dominations : elles subissent à la fois des rapports de domination masculine, du racisme et des stéréotypes sexistes. « On a soit la beurette émancipée, soit la voilée à sauver », déplore Louise Barbier, qui dénonce une vision culturaliste, voire islamophobe.

    Pour lutter contre ces stéréotypes, la Ville de Marseille souhaite développer des politiques publiques et renforcer le travail associatif auprès des jeunes femmes issues des quartiers prioritaires. « Elles ont des trajectoires complexes et il faut faire tomber ces barrières en mettant en place des dispositifs qui leur ouvrent des portes », affirme Anne-Sophie Sidani, conseillère municipale déléguée à la politique de la ville.

    L’enjeu est ainsi de complexifier la vision des quartiers populaires et de sortir d’un certain nombre de clichés.

  • Camp des Milles : Alain Chouraqui passe la main

    Camp des Milles : Alain Chouraqui passe la main

    C’est une page symbolique de 44 années d’engagement qui se tourne, pour le site-mémorial du Camp des Milles. Lors du dernier conseil d’administration de la Fondation, son président et fondateur Alain Chouraqui a annoncé qu’il souhaitait se retirer de ses fonctions, « à un moment et dans des conditions qui permettent d’assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions fondamentales, patrimoniales, éducatives et citoyennes », explique-t-il par communiqué.

    Directeur de recherche émérite au CNRS, il avait repris le flambeau de Denise Toros-Marter, Louis Monguilan et de son père Sydney Chouraqui pour transformer l’ancienne briqueterie, le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, en site-mémorial. Après plus de trente ans d’engagement, celui-ci avait ouvert ses portes le 10 septembre 2012. « Il est du devoir d’un dirigeant -en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique- de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée,
    explique aujourd’hui Alain Chouraqui. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. L’inverse pourrait la fragiliser à terme. »

    Son successeur devrait être désigné pendant la deuxième quinzaine de juillet. Dans un entretien accordé à La Provence, il plaide pour passer la main
    à l’actuel trésorier de la Fondation, l’ancien préfet Claude Kupfer, fils et frère de déportés. Lui-même restera impliqué, en tant que titulaire de la Chaire Unesco qu’il dirige mais aussi en tant que président d’honneur.

    1,2 million de personnes sensibilisées

    Le chercheur émérite en effet, au-delà de la conservation et de la valorisation du site, y a développé un « volet réflexif et citoyen » pour comprendre comment l’on passe de l’antisémitisme ou du racisme au crime de masse, et comment y résister. En 2015 fut créée ainsi une chaire de l’Unesco sur l’éducation et la citoyenneté, en lien avec Aix-Marseille Université et regroupant des universités d’une vingtaine de pays. De quoi donner un rayonnement international à une Fondation très largement reconnue et respectée. Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été sensibilisées dans et hors les murs du site-mémorial, son Petit manuel de survie démocratique diffusé à 250 000 exemplaires. Reste un combat, l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco, dont la longue démarche a été lancée le 28 avril dernier.

  • Alain Chouraqui passe la main au Camp des Milles

    Alain Chouraqui passe la main au Camp des Milles

    C’est une page symbolique de quarante-quatre années d’engagement qui se tourne, pour le site mémorial du Camp des Milles. Lors du dernier conseil d’administration de la Fondation, son président et fondateur Alain Chouraqui a annoncé qu’il souhaitait se retirer de ses fonctions, « à un moment et dans des conditions qui permettent d’assurer dans la durée la continuité de l’institution et de ses missions fondamentales, patrimoniales, éducatives et citoyennes », explique-t-il par communiqué.

    Directeur de recherche émérite au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), il avait repris le flambeau de Denise Toros-Marter, Louis Monguilan et de son père Sydney Chouraqui pour transformer l’ancienne briqueterie, le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, en site mémorial. Après plus de trente ans d’engagement, celui-ci avait ouvert ses portes le 10 septembre 2012. « Il est du devoir d’un dirigeant — en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique — de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée, explique aujourd’hui Alain Chouraqui. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. L’inverse pourrait la fragiliser à terme.»

    Son successeur devrait être désigné pendant la deuxième quinzaine de juillet. Dans un entretien accordé à La Provence, il plaide pour passer la main à l’actuel trésorier de la Fondation, l’ancien préfet Claude Kupfer, fils et frère de déportés. Lui-même restera impliqué, en tant que titulaire de la Chaire Unesco qu’il dirige mais aussi en tant que président d’honneur.

    1,2 million de personnes sensibilisées

    Le chercheur émérite en effet, au-delà de la conservation et de la valorisation du site, y a développé un «volet réflexif et citoyen» pour comprendre comment l’on passe de l’antisémitisme ou du racisme au crime de masse, et comment y résister. En 2015 fut créée ainsi une chaire de l’Unesco sur l’éducation et la citoyenneté, en lien avec Aix-Marseille Université et regroupant des universités d’une vingtaine de pays. De quoi donner un rayonnement international à une fondation très largement reconnue et respectée. Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été sensibilisées dans et hors les murs du site mémorial, son Petit manuel de survie démocratique diffusé à 250 000 exemplaires. Reste un combat, l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco, dont la longue démarche a été lancée le 28 avril dernier.

  • Les époux Vidal-Naquet honorés à Marseille

    Les époux Vidal-Naquet honorés à Marseille

    « Il y a quand même, dans les écrits de Marc Bloch et de Lucien Vidal-Naquet, une certaine proximité », souligne Nicolas Vidal-Naquet, petit-fils du juriste du même nom. « C’étaient des bourgeois juifs déjudaisés, comme le disait Raymond Aron. C’est-à-dire que la religion n’avait pas de prise sur eux. Mais, par contre, ils revendiquaient quand même leur identité juive (…). Ce sont des gens qui ont ancré en eux les valeurs de la République », pousse-t-il.

    Mercredi, au square Monticelli (8e), une plaque sera dévoilée en mémoire de Margot et de Lucien Vidal-Naquet. C’est dans ce lieu symbolique que les époux, réfugiés durant la guerre, ont été arrêtés le 15 mai 1944 par la Gestapo, puis déportés et assassinés à Auschwitz-Birkenau. « Symboliquement, c’est un hommage à tous les Juifs qui ont été déportés. C’est aussi rappeler qu’il y avait des familles, dans tous les coins de Marseille, qui ont subi le racisme, l’antisémitisme. C’est une leçon pour aujourd’hui », note Nicolas Vidal-Naquet.