Tag: Hérault

  • Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Révolution dans le monde du vivant. Si l’on savait que l’Homme était capable de cloner artificiellement une autre espèce, on ignorait jusqu’à présent que d’autres espèces pouvaient le faire naturellement. C’est ce qu’a révélé l’étude de l’équipe de Jonathan Romiguier, chercheur à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Publiée le 3 septembre dans la revue Nature, cette étude montre comment la fourmi moissonneuse Messor ibericus est capable de se reproduire mais également donner naissance à une autre espèce : les fourmis moissonneuses Messor structor.

    Le résultat de cinq années de travail. Pour y arriver, il aura fallu échantillonner 120 populations, séquencer le génome de 400 individus et observer une cinquantaine de colonies pour mettre en lumière un phénomène jusque-là inconnu. « Traditionnellement, la manière dont on décide si un œuf va devenir une reine ou une ouvrière passe par la nourriture que l’on va donner à la larve – comme chez les abeilles. En fait chez les fourmis moissonneuses, il n’y a pas ça mais on a un système qui est entièrement génétique, c’est-à-dire qu’un œuf est prédestiné à devenir reine ou ouvrière dès le début », détaille Jonathan Romiguier.

    Ainsi, chez certaines espèces de fourmis moissonneuses, l’accouplement entre une reine avec un mâle proche génétiquement donnera naissance à une autre reine tandis que s’accoupler avec un mâle d’une autre espèce produira des ouvrières.

    « On s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose de très anormal chez les Messor ibericus parce qu’on voyait que toutes les ouvrières de cette espèce étaient des hybrides, entre Messor ibericus et une autre espèce assez éloignée, Messor structor. Sauf que Messor structor n’existe pas dans le pourtour méditerranéen. C’est totalement anormal parce que si on voit des ouvrières hybrides, c’est qu’il y a un père d’une espèce et une mère de l’autre qui sont présents. Là il manquait systématiquement le père », explique Jonathan Romiguier. Deux espèces assez différentes physiquement alors qu’issues de la même mère. L’une est très poilue alors que son « frère » est totalement glabre. « À partir des estimations des séquençages des génomes, les différences sont comparables à ce que l’on observe entre des espèces séparées de 6 millions d’années. Ce qui est similaire à ce que l’on peut trouver en termes de divergences entre l’homme et le chimpanzé », expose le chercheur. Bref, comme si une femme pouvait, au choix, donner naissance à des humains ou des chimpanzés.

    Un nouveau mode de reproduction baptisé « xénoparité » (du grec xeno « étranger » et parité « donner naissance »). « C’est le fait qu’une espèce a besoin de produire un individu d’une autre espèce dans le cadre de son cycle de vie. Elle est obligée de le faire car si Messor ibericus ne pond pas des Messor structor, elle disparaît de toutes les côtes méditerranéennes étant obligée d’avoir ses mâles clonés pour pouvoir avoir des ouvrières et donc des colonies fonctionnelles », souligne Jonathan Roumiguier.

    Une xénoparité permise grâce à la domestication sexuelle de Messor ibericus. « À l’origine, on pense qu’elles étaient obligées de trouver des mâles Messor structor pour pouvoir faire leurs ouvrières donc elles devaient en quelque sorte les chasser. Elles ont ensuite appris à contrôler leur reproduction et à les produire elles-mêmes dans leur propre nid. Après s’être accouplée avec un Messor structor qui était dans son environnement, la reine va stocker son spermatozoïde dans sa spermathèque, un de ses organes, et le conserver pendant plusieurs décennies. Elle va féconder son ovule et, dans son ovule, avant ou après la fécondation, le génome maternel va être éliminé. Du coup, un clone du père sera créé. » Une découverte inédite montrant la richesse du monde des insectes.

  • What a trip festival : l’invitation au voyage

    What a trip festival : l’invitation au voyage

    « L’objectif est de favoriser l’ouverture au monde et aux autres cultures. Le voyage, sous toutes ses formes, offre l’opportunité de rencontrer l’autre, de comprendre la richesse de ses différences et de cultiver plus de tolérance et de respect. On veut que les gens n’aient pas peur les uns des autres », livre Romain Tarrusson, fondateur du What a trip festival.

    Porté par l’énergie de 350 à 400 bénévoles, ce festival associatif dédié au film de voyage et d’aventure reprend ses quartiers à Montpellier du 22 au 28 septembre, pour une neuvième édition.

    31 projections seront proposées au public à la salle Rabelais* :12 films en compétition officielle, que sera chargé de départager un jury de professionnels présidé par la célèbre alpiniste Catherine Destivelle, seule femme à avoir obtenu le piolet d’or, Graal de l’alpinisme, et 19 autres hors compétition. Des glaciers de l’Arctique aux routes africaines, de la forêt tropicale au désert, ils offrent, au travers d’images à couper le souffle, un véritable panorama du monde.

    31 films, 9 expos, 5 concerts

    Le What a trip festival, c’est également 9 expositions photos réparties dans 5 lieux (maison des relations internationales, salle Pétrarque, place royale du Peyrou et base Alpha à Montpellier, ainsi que galerie des halles de Castries).

    Comme chaque année, le cœur battant du festival se situera sur la place du Peyrou, qui accueillera le village du voyage. Aventuriers et réalisateurs invités y rencontreront le public à travers de nombreuses animations : conférences, ateliers, salon du voyage, librairie du voyage… Les enfants ne seront pas oubliés avec la création, cette année, du « bivouac des juniors », zone où leur seront proposés ateliers et animations.

    Enfin, à partir de 19h jeudi 25, vendredi 26 et samedi 27, des concerts en plein air enflammeront la scène installée devant le temple des eaux de la place royale du Peyrou (5 euros l’entrée, gratuit le jeudi). L’accessibilité est une autre composante de l’ADN de ce festival, dont 80% des activités proposées sont gratuites.

    À noter également cette année, pour favoriser l’inclusion, la gratuité totale pour les personnes accompagnant des personnes en situation de handicap et l’instauration, au sein du village, d’une zone de tranquillité spécialement conçue pour les personnes autistes.

    A.G.

    * Les films peuvent également être regardésen replay du 29 septembre au 8 octobre.

    ** Toute la programmation sur www.watmontpellier.fr

  • La culture gitane à l’honneur à la Halle Tropisme

    La culture gitane à l’honneur à la Halle Tropisme

    Quatre jours pour découvrir la culture gitane et l’histoire de ce peuple à l’origine nomade, qui a traversé des siècles d’histoire et de discriminations. C’est ce que propose le festival international Mosaïque Gipsy Bohème. Portée par l’association du quartier gitan de Montpellier Cap Gély Figuerolles, la manifestation, a été lancée en 2021 pour « fêter la fin du Covid, qui avait fait des ravages dans la communauté gitane ». Forte du succès immédiat de cette première édition, elle s’est ensuite ancrée à la Halle Tropisme, lieu culturel voisin qui « fait le lien entre les bobos et les quartiers populaires », résume Stéphane Hernandez, de l’association Cap Gély Figuerolles.

    « Notre objectif est de faire connaître notre culture et de montrer que les gitans font partie du patrimoine de la ville comme de celui de la France », explique l’organisateur. « On estime que Montpellier accueille la deuxième communauté gitane de France, après Perpignan. » Manitas de Plata, « l’artiste français qui a vendu le plus de disques dans le monde » ou les Gipsy Kings, notamment, ont porté les couleurs de la capitale héraultaise à l’international.

    « On se sert aussi de ce festival pour parler des discriminations que ce peuple a subi durant l’histoire à travers des expositions. C’est un axe important pour nous. On accueille d’ailleurs à chaque édition des scolaires autour de ces expos », poursuit Stéphane Hernandez.

    La rumba catalane célébrée

    Comme chaque année, Cap Gély Figuerolles invite donc, durant 4 jours, à un grand voyage culturel entièrement gratuit, à travers des expositions, des concerts, de la danse, un spectacle équestre, des conférences…

    La rumba catalane sera une fois de plus mise à l’honneur, car l’association porte le projet de faire inscrire cette musique au patrimoine culturel et immatériel de la France. Une exposition lui est dédiée et une table ronde sur le sujet sera organisée vendredi 26 septembre à 18h.

    À ne pas manquer également, l’exposition de tableaux de Gabi Gimenez, peintre et plasticien français d’origine gitane, qui œuvre pour la mémoire des Tsiganes persécutés pendant et après la Seconde Guerre mondiale. De son côté, Ana Gimenez, première femme gitane docteure en anthropologie en Espagne, présentera son travail pour la défense des droits culturels Roms et la promotion de la langue romani. Nouka Maximoff présentera quant à elle en avant-première un livre totalement inédit de son père Matéo Maximoff.

    Côté musique, des concerts seront proposés tous les soirs. Miguel Kimbeo and friends, artistes montpelliérains de la gipsy pop, ouvriront le bal jeudi 26 (20h30). Le lendemain, Los Kémados groupe de Gipsy Rumba, se produira à 19h avant un concert exceptionnel de Titi Robin et son quartet « Retour aux sources gitanes » (20h30). Samedi, place à « une troupe spécialement formée pour notre festival », avec « les meilleurs artistes de rumba catalane d’Espagne, sous la houlette de “El Nen” et “Pépé” » (20h30). Enfin le dimanche 28 septembre, on termine en douceur et en gastronomie avec un brunch gitan animé par le groupe « Soy », spécialisé dans la rumba camarguaise.

    À noter, samedi 27 à partir de 15h, une scène ouverte avec les écoles de danse venues de toute la région suivie, à 18h, d’un apéro DJ Set animé par « Cathy Claret », de Barcelone. Et à 19h30, avant le concert du soir, Olivier Estrugo proposera un spectacle équestre.

  • Des mairies hissent le drapeau palestinien dans le Gard et l’Hérault

    Des mairies hissent le drapeau palestinien dans le Gard et l’Hérault

    « Ce n’est pas tous les jours que le conseil municipal de Cendras soutient le président de la République », lance Sylvain André devant sa mairie. L’édile communiste de Cendras a en effet accroché le drapeau palestinien lundi 22 septembre et organisé un rassemblement en fin de journée pour saluer la décision de la France de reconnaître officiellement l’État de Palestine.

    À l’instar des communes de Saint-Julien-les-Rosiers et Le Martinet, Sylvain André n’a pas suivi les consignes de la préfecture concernant l’accrochage du drapeau palestinien. « Je suis surpris par la polémique. Avec ce drapeau, je soutiens la diplomatie française. On avait déjà mis le drapeau ukrainien et la banderole «Ensemble pour la paix» quand la guerre en Ukraine a commencé », explique Sylvain André.

    Dans l’Hérault, plusieurs maires ont également accroché les couleurs de la Palestine comme René Révol (LFI). Saisi par la préfecture, le tribunal administratif de Montpellier a suspendu la décision du maire et le préfet lui a « demandé» d’appliquer cette décision. « La consigne du ministre de l’Intérieur contredit de fait la position diplomatique de la France et ne peut donc avoir aucune légitimité », s’est expliqué l’édile qui a laissé le drapeau flotter toute la journée de lundi. Des rassemblements ont également eu lieu devant de nombreuses mairies pour saluer la position française.

    Allegret-Pilot décroche le drapeau en pleine nuit

    À Cendras aussi, le drapeau palestinien devait être décroché mardi matin. Mais le député d’extrême droite de la circonscription, Alexandre Allegret-Pilot (UDR), en a décidé autrement en venant l’enlever en pleine nuit. Dans une vidéo où il se met en scène, l’élu ciottiste explique : «Le préfet du Gard a exigé que le drapeau soit retiré. Sans surprise, rien n’est fait. Donc on doit s’en occuper », lance-t-il avant de décrocher lui-même le drapeau.

    « Il s’est octroyé un pouvoir judiciaire qui n’est pas le sien en commettant une atteinte à l’autorité de la commune et au bon ordre public […]. Je demeure profondément choqué par cet épisode auquel je me réserve le droit de donner une suite judiciaire », a réagi Sylvain André qui a été contraint de fermer les commentaires sur les réseaux sociaux devant le flot d’insultes reçues : « J’ai reçu des messages comme « qu’il prenne le Hamas chez lui », « terroriste », «islamogauchiste ». Il y en a même un qui a dit : « Qu’on le brûle ». Je ne sais pas si c’était le drapeau ou le maire ».

  • Le quartier Cambacérès commence enfin à prendre vie

    Le quartier Cambacérès commence enfin à prendre vie

    Le projet initial étant tombé à l’eau en 2020, il n’accueillera pas le stade Louis-Nicollin. Mais à Montpellier, le quartier Cambacérès, situé au sud de la zone ludico-commerciale Odysseum, entre le lycée Mendès-France et Boirargues, est en train de prendre forme.

    Très bientôt la gare TGV Sud de France, inaugurée en juillet 2018 en rase campagne au grand dam des voyageurs, ne sera plus orpheline. Au-delà des aménagements routiers qui permettent déjà de la contourner vers Lattes ou du nouveau pont au-dessus de l’autoroute qui fait la jonction avec Odysseum, le tramway va enfin la desservir. À compter du 18 octobre, une extension de la ligne 1 de tram depuis Odysseum permettra de se rendre directement à la gare Saint-Roch en une vingtaine de minutes au lieu de près d’une heure actuellement.

    Anima, futur poumon

    Jusqu’ici isolé non loin du château de la Mogère et du mas rouge, le futur quartier Cambacérès est en train de se déployer tout autour. Les grues attestent de l’ampleur des chantiers en cours. Par exemple celui des halles Nova. À l’instar de celles du marché du Lez, il s’agira de halles dites « festives et gourmandes » (25 stands) dont la livraison ne saurait tarder. Imaginées par la foncière Hibrid, elles ouvriront au cœur du quartier où verront le jour, dans les mois et années à venir, des bureaux, logements, commerces, écoles et crèches.

    À proximité, un autre poumon économique du quartier est en train de sortir de terre. Il s’agit du campus Anima imaginé par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du président André Deljarry, qui vient d’organiser une visite de chantier. D’un coût total de 108 millions d’euros (dont 21 de la Région Occitanie), le lieu abritera en 2027 sur 28 000 m² l’École supérieure de management Montpellier Business School (MBS), le centre de formation et le siège régional Purple Campus, les sièges des CCI Hérault et Occitanie. « Anima sera l’âme de ce nouveau quartier, le souffle qui va l’animer », a confié André Deljarry.

    Le seul point d’interrogation qui reste à Cambacérès c’est la question de la qualité de vie. Situé entre les deux autoroutes A709 et A9, le quartier a déjà été pointé par l’agence Atmo parmi ceux à Montpellier où l’air est le moins pur…

  • Salagou : une Biennale pour célébrer le territoire

    Salagou : une Biennale pour célébrer le territoire

    C’est une première pour le territoire : la Biennale du Grand Site Salagou – Cirque de Mourèze s’ouvre mercredi 24 septembre et promet cinq jours intenses.

    Portée par le syndicat mixte et les communes partenaires, cette manifestation se veut une grande fête populaire, ancrée dans les villages, sur le thème « Habiter le Grand Site ». Elle marque aussi la reconnaissance nationale obtenue récemment avec le label Grand Site de France, gage d’un engagement fort en faveur de la préservation et de la valorisation de paysages exceptionnels.

    « L’invitation à réfléchir »

    Expositions, conférences, ateliers, balades, spectacles et concerts s’enchaîneront du 24 au 28 septembre dans tout le territoire. L’inauguration officielle aura lieu à Pézènes-les-Mines, où habitants et artisans présenteront l’exposition « Pézènes en terre inconnue », avec démonstrations de ferronnerie, vitrail, céramique ou gravure sur verre. Dès ce premier jour, les visiteurs pourront également s’essayer à la sculpture sur pierre à Brenas ou participer à un atelier nature pour les enfants à Clermont-l’Hérault.

    La suite du programme ne manquera pas de diversité : projection et conférence sur les films tournés au Salagou, exploration géologique de la dalle de la Lieude, théâtre participatif à Octon, sortie naturaliste pour le comptage des chauves-souris, marché des producteurs, concerts et spectacles en plein air… Sans oublier la Salagoumania, grande randonnée VTT qui attire chaque année des centaines de passionnés. Pour Marie Passieux, présidente du Grand Site, cette Biennale dépasse le simple rendez-vous festif : « Sur le thème Habiter le Grand Site, c’est une invitation à réfléchir à notre manière de vivre ce territoire, de le parcourir, de le raconter, de le préserver. »

  • « Avec Lecornu, on est sur de la cosmétique sur le plan économique »

    « Avec Lecornu, on est sur de la cosmétique sur le plan économique »

    ENTRETIEN

    La Marseillaise : Depuis 2023, c’est la première fois que l’intersyndicale est réunie. Faut-il y voir le signe d’un mouvement social qui va durer ?

    Serge Ragazzacci : En tout cas on le souhaite. Pour cette première journée, on a eu 55 appels à la grève public/privé. Ce qui est sûr, c’est que les annonces de Bayrou le 15 juillet, qui faisaient suite au naufrage du Conclave sur les retraites, ont tout de suite créé les conditions de l’unité syndicale qui manquait depuis deux ans. Ça a été un détonateur. De la même manière qu’il n’avait pas appelé les partis politiques, Bayrou n’a pas consulté les syndicats de salariés. Tout le monde a parlé de la suppression des deux jours fériés mais il y a aussi la énième réforme de l’Assurance chômage, la question du déremboursement des médicaments avec les retraités – les « boomers » – pointés du doigt. Sans oublier la remise en cause de la monétisation de la 5e semaine de congés payés, des 35 heures… Sur ce budget, on est sur tout ce qui peut remettre en cause les conquêtes sociales des 50 dernières années.

    Cela signifie qu’après avoir accusé le coup en 2024, le moral des troupes syndicales est regonflé à bloc ?

    S.R. : Il y a eu un moment de flottement avec le passage de Bayrou. Mais tout le monde a compris que c’était pour maintenir le même cap, notamment la réforme des retraites qui est le catalyseur de toutes les colères depuis 2023. C’est cette réforme qui a conduit à la chute des différents gouvernements et a conduit aux échecs électoraux de la macronie et de ses soutiens. En tête de la plateforme revendicative figure toujours l’abandon de la réforme des retraites à 64 ans.

    La chute de Bayrou change-t-elle la donne ?

    S.R. : Son plan d’austérité n’est pas caduc. Pour l’instant la seule assurance que l’on a, c’est le renoncement à la suppression des deux jours fériés. Tout en réclamant de demander aux syndicats de trouver des rentrées d’argent. Pour le reste, il n’y a pas d’abandon global, c’est pour cela qu’on appelle à la mobilisation. On reste dans la même veine. Ils ont sorti les boucliers et les défenses anti-aériennes pour défendre les intérêts des plus riches via les 211 milliards d’euros annuels d’aides aux entreprises sans aucun contrôle ni contrepartie. Depuis quelques semaines, c’est haro sur la taxe Zucman [2% d’imposition sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, Ndlr], dont on nous dit qu’elle générerait le départ des plus grandes fortunes qui se sont gavées comme jamais. Ils oublient qu’on est champions d’Europe de réversion des dividendes. La taxe Zucman, ce serait vraiment le minimum. Les pauvres, eux, sont toujours suspects. Comme s’ils allaient s’acheter des voitures de luxe et des Rolex avec leur allocation de rentrée scolaire. Contrôler ces 211 milliards aux entreprises par contre ce serait une atteinte à la liberté. Je constate qu’à ce jour, à part nous, personne au gouvernement ne parle des fermetures de boîtes et des licenciements alors même que 300 000 emplois sont sur la sellette. Bayrou s’en foutait et pour l’instant, Lecornu n’en parle pas.

    Sébastien Lecornu tente d’envoyer des signaux (jours fériés maintenus, fin des « privilèges à vie » des ministres). Cela va-t-il dans le bon sens ou est-ce de la poudre aux yeux ?

    S.R. : J’ai l’impression qu’on est sur de la cosmétique sur le plan économique. On parle d’un côté de ponctionner 40 milliards sur le dos du monde du travail et de l’autre de quelques millions d’euros… Il n’y a pas de commune mesure. Si c’est pour retirer des privilèges à 15 personnes pour justifier d’aller en massacrer des millions d’autres à coups de déremboursements médicaux et de remise en cause de l’emploi, on se rendra vite compte de la limite de l’effet d’annonce. Le sujet principal de notre pays, c’est que les salaires et les pensions n’ont pas été revalorisés, on n’a pas retrouvé le niveau de 2020. Le pouvoir d’achat reste une revendication essentielle. Si on veut remplir les caisses de la Sécu, la question des salaires et de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui rapporteraient 6 milliards d’euros, fait partie de la solution. Des gens peinent à finir le mois. Si on veut relancer l’économie, il faut relancer la consommation, en recul avec l’inflation, la hausse des coûts de l’énergie avec par exemple la hausse de la TVA sur le gaz. Les gens continuent à perdre du pouvoir d’achat alors que les plus riches continuent de voir leur fortune augmenter. En 30 ans, le PIB de la France a été multiplié par deux mais pas le Smic. Les 500 plus grandes fortunes possédaient 9% de la richesse nationale, elles en contrôlent aujourd’hui 42%. Je pense qu’on peut leur en prendre un peu.

    L’autre enjeu, c’est celui des services publics. La CGT donnera d’ailleurs des suites le 9 octobre avec une mobilisation nationale et dans l’Hérault sur les questions de santé et de Sécurité sociale. Du côté de l’intersyndicale, il y aura bien sûr des suites au 18 septembre…

    Si le mouvement citoyen « Bloquons tout » rebondit, l’intersyndicale envisage-t-elle des actions communes ?

    S.R. : Le 10 septembre, il n’y a pas eu que « Bloquons tout ». Ce mouvement ne souhaitait pas d’élargissement syndical mais à Béziers, Bédarieux ou Lodève, comme il ne se passait rien, la CGT avait déclaré un rassemblement. Ici ou là, on a déjà eu des contacts. On est sur un mouvement hybride. On n’est pas dans la situation des Gilets jaunes.

  • Le préfet ouvre un boulevard au COM

    Le préfet ouvre un boulevard au COM

    Après des années d’atermoiements, le Contournement ouest de Montpellier (COM) semble sur la voie royale. Le préfet de l’Hérault vient de lui offrir un boulevard, une autoroute, diraient les opposants à ce projet routier de construction d’une 2 fois 2 voies (plus une voie d’urgence empruntée par les bus) de 6,2 km entre Saint-Jean-de-Védas et Juvignac.

    Le double objectif affiché par les porteurs du projet, à savoir relier l’A709 à A750 et ainsi réduire le trafic de transit dans Montpellier, qui souffre des embouteillages et de la pollution, a été réaffirmé par le préfet de l’Hérault. Comme il s’y était engagé, François-Xavier Lauch est (enfin) venu, lundi 15 septembre, présenter aux maires et conseillers métropolitains les contours d’un projet jusqu’ici ficelé en coulisses entre l’État, le maître d’ouvrage désigné (Vinci) et l’exécutif de la Métropole.

    Durant cette séance de travail d’1h30 non ouverte à la presse, le représentant de l’État a défendu bec et ongles le COM qu’il juge « indispensable », comme le président Michaël Delafosse (PS). Selon François-Xavier Lauch, les résultats de l’enquête publique préalable qu’il avait programmée en août (au grand dam des oppositions) sont sans appel. « Quand 6 000 personnes se prononcent sur une infrastructure de ce type, avec 65% en faveur du projet, je pense que c’est beaucoup. » Suffisant en tout pour annoncer publiquement qu’il délivrera l’autorisation environnementale le 30 octobre au chantier qui pourrait débuter (après les diagnostics archéologiques) fin 2026 ou début 2027. D’un coût de plus de 300 millions d’euros financé par Vinci (qui se rémunérera sur la hausse du tarif des péages de l’A9 à Baillargues et Saint-Jean-de-Védas), l’infrastructure doit être livrée à l’horizon 2030.

    Le préfet juge et partie ?

    Ainsi la messe semble dite, même si le préfet dit « s’attendre à des recours ». Pourtant, à l’instar de René Revol (Grabels), Isabelle Touzard (Murviel) ou Véronique Négret (Villeneuve), des maires ont soulevé des interrogations voire émis des réserves. C’est aussi le cas de Manu Reynaud, pourtant fidèle adjoint au maire M. Delafosse. Plutôt que ce qui est désormais qualifié de « route express », l’élu écologiste aurait préféré un « vrai boulevard urbain limité à 70 km/h, pas 90 km/h ». D’autant, insiste-t-il, que « l’infrastructure est conçue pour 110 km/h donc surdimensionnée ». Persuadé, à l’instar de l’échec annoncé du doublement de l’A9, que les bouchons persisteront après le COM, Manu Reynaud s’étonne aussi d’apprendre qu’aucun aménagement pour le covoiturage n’a encore été envisagé.

    Du côté du collectif AutreCOM, pas d’étonnement. Mais on s’agace d’un certain passage en force du préfet. « Il bafoue son rôle d’arbitre, il a un devoir de réserve. Il devrait attendre le rapport du commissaire enquêteur », souligne une porte-parole du collectif d’opposants. Chez AutreCOM, on s’interroge aussi sur la crédibilité des trois études commandées par la Métropole et présentées aux élus lundi soir. « La première a été faite par des personnalités émérites au Canada, la seconde confiée à un géographe pro-Frêche et la troisième à un chercheur du CNRS qui critique l’agence Atmo », liste la porte-parole qui y voit « des études de complaisance financées par le contribuable ». « Elles reprennent les éléments de langage de Vinci, elles sont bâclées. Leur seul but est de discréditer l’étude des Shifters, qui prouve que le trafic induit n’est pas pris en compte dans le projet de Vinci. »

    « Pour un vrai boulevard urbain limité
    à 70 km/h »

  • Le tourisme du Canal du Midi en crise face à son pire déficit d’eau

    Le tourisme du Canal du Midi en crise face à son pire déficit d’eau

    Depuis plusieurs semaines, le niveau d’eau du Canal du Midi inquiète les autorités. Les épisodes de canicule et le manque de pluie ont asséché les réserves qui alimentent ses 240 kilomètres, reliant Toulouse à la Méditerranée. En conséquence, les préfectures de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault s’apprêtent à annoncer une mesure inédite : réduire les horaires de navigation de huit à six heures par jour.

    Pour Voies navigables de France (VNF), gestionnaire du Canal, la décision est inévitable. « Nous sommes entrés en situation de crise plus tôt que prévu », confie Cédric Jaffard, adjoint au chef de service territorial Midi. La consommation des réserves a commencé avec un mois d’avance sur les années précédentes, et les épisodes caniculaires de juin puis d’août ont précipité l’entrée en crise. Résultat : les prélèvements d’eau pour la navigation ont chuté de 70%. À court terme, cette réduction des créneaux vise à limiter les débits utilisés pour les écluses. D’autres solutions sont étudiées, comme le regroupement des bateaux lors des passages, afin d’économiser l’eau.

    Le scénario de la fermeture pure et simple

    Mais si la sécheresse persiste, un scénario radical se dessine : la fermeture pure et simple du Canal à la navigation, une première dans son histoire et une éventualité que les autorités n’excluent plus. « Il n’est pas exclu de ne pas aller jusqu’à la fin de la saison de la navigation libre, en novembre », avertit Cédric Jaffard. Ce couperet serait un choc pour l’ouvrage de Paul Riquet, classé à l’Unesco, et un aveu de vulnérabilité face au dérèglement climatique. Ce spectre hante autant les acteurs du tourisme que les agriculteurs.

    Car le Canal du Midi n’est pas qu’un site de croisière : il sert aussi à irriguer des cultures et alimente des usages agricoles. En mars 2023 déjà, des exploitants avaient bloqué une péniche à Castelnaudary pour dénoncer une gestion jugée trop favorable au tourisme. « Il faut que les efforts soient partagés », plaidait alors Jérôme Barthès, président de la FDSEA de l’Aude. Pour lui, la priorité doit rester l’eau potable, puis l’agriculture, avant le tourisme.

    70 à 90 millions

    de retombées touristiques

    Or, l’impact économique du Canal est colossal. Selon la CCI Occitanie, sa fréquentation génère chaque année près de 70 millions d’euros de retombées, voire 90 millions en incluant les visiteurs de proximité. Quelque 70 000 touristes fluviaux, en majorité étrangers, parcourent chaque année cette voie classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996. Rien qu’à Béziers, le site des Neuf écluses de Fonseranes attire jusqu’à 430 000 visiteurs par an.

    Le Canal du Midi, joyau hydraulique et patrimoine universel, se retrouve ainsi au cœur d’un dilemme. Une telle manne est vitale pour les territoires traversés. « Le Canal du Midi a une notoriété internationale », rappelle Jean Muller, directeur de l’office de tourisme Béziers Méditerranée. La moindre restriction menace donc tout un pan de l’économie régionale, déjà fragilisé par la baisse générale de la plaisance. Mais au-delà de l’économie, c’est la symbolique d’un patrimoine vieux de plus de trois siècles qui vacille.

    L’ouvrage de Paul Riquet est autant un repère culturel qu’un outil vivant, au croisement des enjeux climatiques, agricoles et touristiques. Les sécheresses à répétition et l’avancée de la « crise hydrique » questionnent sa pérennité.

    L’urgence est telle que les préfets de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault multiplient réunions et mesures provisoires. Mais sans précipitations suffisantes dans les semaines à venir, les restrictions pourraient se durcir encore. Ainsi pour VNF, la saison pourrait ne pas aller jusqu’en novembre, date habituelle de fin de navigation.

  • Le tourisme du Canal du Midi en crise face à son pire déficit d’eau

    Depuis plusieurs semaines, le niveau d’eau du Canal du Midi inquiète les autorités. Les épisodes de canicule et le manque de pluie ont asséché les réserves qui alimentent ses 240 kilomètres, reliant Toulouse à la Méditerranée. En conséquence, les préfectures de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault s’apprêtent à annoncer une mesure inédite : réduire les horaires de navigation de huit à six heures par jour.

    Pour Voies navigables de France (VNF), gestionnaire du Canal, la décision est inévitable. « Nous sommes entrés en situation de crise plus tôt que prévu », confie Cédric Jaffard, adjoint au chef de service territorial Midi. La consommation des réserves a commencé avec un mois d’avance sur les années précédentes, et les épisodes caniculaires de juin puis d’août ont précipité l’entrée en crise. Résultat : les prélèvements d’eau pour la navigation ont chuté de 70%. À court terme, cette réduction des créneaux vise à limiter les débits utilisés pour les écluses. D’autres solutions sont étudiées, comme le regroupement des bateaux lors des passages, afin d’économiser l’eau.

    Le scénario de la fermeture pure et simple

    Mais si la sécheresse persiste, un scénario radical se dessine : la fermeture pure et simple du Canal à la navigation, une première dans son histoire et une éventualité que les autorités n’excluent plus. « Il n’est pas exclu de ne pas aller jusqu’à la fin de la saison de la navigation libre, en novembre », avertit Cédric Jaffard. Ce couperet serait un choc pour l’ouvrage de Paul Riquet, classé à l’Unesco, et un aveu de vulnérabilité face au dérèglement climatique. Ce spectre hante autant les acteurs du tourisme que les agriculteurs.

    Car le Canal du Midi n’est pas qu’un site de croisière : il sert aussi à irriguer des cultures et alimente des usages agricoles. En mars 2023 déjà, des exploitants avaient bloqué une péniche à Castelnaudary pour dénoncer une gestion jugée trop favorable au tourisme. « Il faut que les efforts soient partagés », plaidait alors Jérôme Barthès, président de la FDSEA de l’Aude. Pour lui, la priorité doit rester l’eau potable, puis l’agriculture, avant le tourisme.

    70 à 90 millions

    de retombées touristiques

    Or, l’impact économique du Canal est colossal. Selon la CCI Occitanie, sa fréquentation génère chaque année près de 70 millions d’euros de retombées, voire 90 millions en incluant les visiteurs de proximité. Quelque 70 000 touristes fluviaux, en majorité étrangers, parcourent chaque année cette voie classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996. Rien qu’à Béziers, le site des Neuf écluses de Fonseranes attire jusqu’à 430 000 visiteurs par an.

    Le Canal du Midi, joyau hydraulique et patrimoine universel, se retrouve ainsi au cœur d’un dilemme. Une telle manne est vitale pour les territoires traversés. « Le Canal du Midi a une notoriété internationale », rappelle Jean Muller, directeur de l’office de tourisme Béziers Méditerranée. La moindre restriction menace donc tout un pan de l’économie régionale, déjà fragilisé par la baisse générale de la plaisance. Mais au-delà de l’économie, c’est la symbolique d’un patrimoine vieux de plus de trois siècles qui vacille.

    L’ouvrage de Paul Riquet est autant un repère culturel qu’un outil vivant, au croisement des enjeux climatiques, agricoles et touristiques. Les sécheresses à répétition et l’avancée de la « crise hydrique » questionnent sa pérennité.

    L’urgence est telle que les préfets de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault multiplient réunions et mesures provisoires. Mais sans précipitations suffisantes dans les semaines à venir, les restrictions pourraient se durcir encore. Ainsi pour VNF, la saison pourrait ne pas aller jusqu’en novembre, date habituelle de fin de navigation.