Tag: hébergement

  • Quand le préfet des bouches-du-Rhône veut mettre à la rue des demandeurs d’asile

    Quand le préfet des bouches-du-Rhône veut mettre à la rue des demandeurs d’asile

    Le préfet demandait vendredi 14 août au juge des référés du tribunal administratif d’enjoindre des étrangers ayant perdu leur droit à un hébergement dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) d’évacuer les lieux, ce qui revient pour des familles à des mises à la rue sèche.

    Pour ces audiences, la Préfecture n’envoie même pas de représentant à la barre du tribunal à la Joliette, à Marseille. Ses conclusions sont expédiées par mail au juge. À l’appel du dossier d’Helena, hébergée dans un logement de la cité d’Air Bel, son avocate Juliette Grebaut interpelle le magistrat sur l’argumentaire du Préfet qui invoque la saturation des dispositifs d’asile dans les Bouches-du-Rhône. Aucun document n’est fourni par la Préfecture à l’appui de cette affirmation suivant laquelle, en mars et selon une statistique de l’OFI, 152 demandeurs seraient en attente d’hébergement. « Il est impossible d’en vérifier l’authenticité. Je n’ai pas à pallier l’absence probatoire du préfet qui ne se donne même plus la peine d’étayer ses arguments avec des pièces justificatives. Vous lui rappellerez la règle du contradictoire » demande avec vigueur l’avocate.

    Sa cliente est une mère isolée avec un enfant de 6 ans et une fille de 18 ans astreinte à une prise en charge médicale. « Cette mère est en situation régulière depuis mars 2024. Elle travaille à temps partiel. Elle justifie de ses attaches en France. Elle n’a eu aucune proposition d’hébergement donc vous rejetterez la requête du préfet. »

    « Allez courage ! »

    La procédure suivante est vite examinée. « La famille a quitté le logement qu’elle occupait à Salon de Provence. Cette famille a pu être orientée vers un centre d’hébergement » explique Me Grebaut qui demande au juge de prononcer un non-lieu.

    Le cas de Blessing, que le préfet veut sortir d’un logement de la rue Stanislas Torrent, interpelle. « Elle est déboutée d’asile depuis 4 ans et on vous saisit maintenant ? L’absence d’urgence est patente » souligne son avocate qui rappelle qu’elle conteste en référé l’arrêté de refus de renouvellement de son titre de séjour. La jeune femme est arrivée mineure il y a 9 ans en France. Elle a été régularisée avec son enfant malade. L’avocate plaide les circonstances exceptionnelles devant la densité et la complexité de l’état de santé de sa fille de 7 ans, née prématurée. « Une expulsion avec mise à la rue rendra impossible le suivi médical de l’enfant. Elle n’a pas vocation à rester toute sa vie dans un Cada. Donnez-lui des délais conséquents pour quitter les lieux. Elle ne fait pas la fine bouche. L’envoyer à la Roque d’Anthéron n’aurait pas de sens, sa proximité avec le système de soin est nécessaire. »

    Comment chasser de son logis Kadiatou et ses enfants du 32 rue de Crimée ? Me Julie Grebaut insiste sur « la vulnérabilité de cette mère isolée avec deux enfants de 1 an et 2 ans. Le papa qui ne s’investit pas n’est même pas à Marseille. Elle est proactive dans ses démarches de renouvellement. Elle frappe à toutes les portes ». L’avocate demande a minima un sursis à exécution d’une expulsion à l’initiative d’un « préfet qui ne saurait se défaire de sa responsabilité sur le Département dans le manque de places d’hébergement ».

    Cinquième dossier avec Mariam dont les accompagnantes du Cada soulignent la fragilité psychologique de cette mère isolée de 20 ans avec un enfant d’un an. « Une mise à la rue aurait des conséquences disproportionnées pour elle et son enfant » argumente Me Grebaut qui demande un sursis jusqu’à son orientation vers une structure.

    Aïcha, 22 ans et Aboubakar, 27 ans, débarquent de Miramas en train en poussant le landau du bébé de 18 mois au pied du juge. La mère enceinte est épuisée et peine à se lever. Ayant un refus d’asile, le préfet veut les expulser de ce Cada éloigné où ils sont depuis janvier 2025. Leur avocate n’est pas là. « Y a pas de traducteur ? » demande Aïcha. « Non, ce n’est pas prévu, mais vous n’êtes pas obligée de parler. J’ai lu le mémoire de votre avocate » dit le juge. « On tape beaucoup de portes. On appelle le 115 pour nous aider, mais y a rien. Je suis malade et enceinte de 6 mois. Je ne sais pas où on va… On veut rester dans le Cada s’il vous plaît ». Elle pleure, pose sa tête sur l’épaule de son mari qui lui caresse les cheveux. « Allez courage ! Vous pouvez y aller » conclut le juge qui rendra ses délibérés la semaine prochaine.

  • Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    « Moi et ma famille on était hébergés à l’hôtel par le 115, ils nous ont appelés pour nous informer qu’ils ont trouvé une chambre [dans] un foyer… On a essayé de refuser, ils ont dit que nous n’avons pas le choix, c’est soit ça, soit ils nous mettent dehors. On a fait confiance et on a accepté. Aujourd’hui, ils nous ont déplacés et c’est la déception totale. » Dans une lettre au Secours catholique, cette maman de deux enfants dont un âgé d’un an, appelle à l’aide. Elle s’est vue mettre la pression pour déménager alors qu’elle a toute sa vie dans une ville où elle essaie de s’en sortir. Son mari ayant même obtenu un travail. Elle poursuit : « Le foyer est au milieu de nulle part. Et la chambre, plus petite que celle de l’hôtel, pleine de cafards. Sans climatisation, mes enfants n’ont pas pu dormir jusqu’à 1h. Mon fils n’a pas du tout accepté ce changement, il était très malheureux. J’aimerais que le 115 me déplace (…) avec des conditions de vies plus adaptées pour mes enfants et moi ».

    Des témoignages comme ça, Alain*, travailleur social du Secours catholique dans un centre d’accueil pour femmes, en a à la pelle. Dire qu’il soutient la lettre de l’association envoyée au préfet, dénonçant comme de nombreuses autres impliquées dans l’hébergement d’urgence, les instructions du représentant de l’État, est un euphémisme.

    Il raconte cette femme venue de Lyon avec ses enfants pour fuir son mari violent qui voulait la tuer et qui a fait de la prison pour cela. On lui demande d’y retourner car les violences n’ont pas eu lieu dans la ville où elle est accueillie. Elle restera dans sa voiture avec ses enfants en attendant une solution. Cette autre, enceinte de neuf mois qui sort de l’hôpital après des contractions, reste sans aucune solution auprès du 115, et est hébergée au centre, le temps d’en trouver une. Ou encore cette femme enceinte, violentée à Montpellier, qui part à Vitrolles, que le 115 refuse d’héberger car elle n’est plus en danger.

    Faveurs sexuelles et viol

    Être femmes à la rue, c’est « 100% de chances de se faire agresser sexuellement ou violer », assène le travailleur social. C’est aussi « être obligée d’échanger des faveurs sexuelles en hébergement chez un tiers, de faire l’esclave moderne en faisant le ménage » assure-t-il, fort des histoires de la vingtaine de personnes que reçoit le centre chaque jour. Un lieu pour prendre sa douche, se poser, respirer en toute intimité. S’il conçoit que les places en hôtel sont coûteuses, il rappelle que « ce n’est pas la panacée ». « On ne peut pas y cuisiner et cela se passe plus ou moins bien suivant l’hôtelier. Le matin, on doit partir, le soir on dort à 20h ou à 19h. Parfois, c’est ouvert le matin, parfois, l’après-midi, parfois, on oblige à faire le ménage pour rester, sous peine d’un signalement où on va dire que la personne s’est mal comportée et elle peut être mise dehors. On a eu des retours où l’on se servait joyeusement en disant que si l’hébergée voulait rester, c’était de la faveur sexuelle » détaille-t-il.

    Il revient aussi sur les conséquences de cette remise à la rue pour des personnes qui vont jusqu’à garder tous leurs tickets RTM pour nourrir leur dossier, montrant à quel point elles sont honnêtes. « Oui, ce sont souvent des personnes en situation irrégulière » admet Alain, « mais qui sont là depuis 3, 4 ou 5 ans, qui ont un emploi, se comportent comme des bons citoyens. Les enfants vont à l’école. Et à qui on dit finalement, désolé, tu repars à la rue, ou alors à Vitrolles, Marignane » indique-t-il. De quoi nourrir « la colère voire la haine, avec des gamins qui trouveront leur intérêt à faire le chouf à la cité du coin, moyennant 150 euros la journée », où « l’argent économisé en hébergement d’urgence, va être dépensé en santé mentale, en frais hospitaliers, en police, en lutte contre le narcotrafic ». Un « terrible retour en arrière » déplore-t-il.

    Le tout alors que les femmes sans-abri étaient une priorité affichée par la préfète à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard, aujourd’hui sur le départ. Cette dernière insistant dans nos colonnes sur leur prise en compte lors de la présentation en juillet, par l’Observatoire de la pauvreté de la première enquête sur « le parcours de prise en charge des personnes sans domicile en sortie d’hospitalisation à Marseille ». Un double discours insoutenable pour les associations qui ont entamé un véritable bras de fer avec l’État.

    *Le prénom a été changé

  • La piscine de Nino

    La piscine de Nino

    Sous sa petite tente surchauffée, Élise s’apprête à (sur)vivre une nouvelle journée. Elle est sans-abri, dans une extrême précarité. Elle se fait discrète en marchant dans la rue ou quand elle s’assied sur le bitume, – qui brûle à plus de 40° – pour faire la manche. Élise reçoit plus d’indifférence que de mains tendues. Mais elle s’accroche, reste digne malgré l’exclusion.

    À Marseille, les personnes sans-abri sont près de 16 000 dont 40 % de femmes. Parmi elles, Élise. Leur situation est gravissime mais n’empêche pas l’État de supprimer 200 places d’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône. Pourtant Emmanuel Macron promettait « zéro SDF ». Une galéjade du président des riches, pilote de jet-ski.

    Indignité

    L’État et ses représentants savent parfois se montrer zélés avec les Élise de la rue. Précisons que si ces actes seraient a priori marginaux, des humiliations et vexations seraient commises par ceux qui sont censés protéger. Oui, les forces de l’ordre arpentent la ville pour notre sécurité. C’est bien. Mais, parfois, certains policiers butent sur une petite tente surchauffée, bien cachée des regards mais pas du leur. Celui du limier. Que voient les pandores ?Une minuscule piscine s’étiole près de la tente. On ne saura dire quel justicier a sorti un canif pour crever cette « arme par destination contre la canicule », qui a vomi son eau en quelques secondes. Ce microbassin de fortune (qui ne gênait personne) servait à rafraîchir le chien d’Élise. Unique compagnon de rue contre la solitude. Celui, aussi, qui éloigne les violeurs. La piscine de Nino a donc été crevée ; des dizaines d’hébergements sont supprimées ; Une dizaine de sans-abri sont déjà morts d’hyperthermie en France, depuis juin. Du plus infime au plus tragique, ces faits révèlent l’indignité d’une politique et l’absence de volonté. Il est temps que cela cesse.

  • Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Un non, « en lettres majuscules ». Unies, la vingtaine d’associations qui agissent dans l’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône opposent un front commun aux directives reçues par courriel, lundi soir, de la DEETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités), demandant de remettre à la rue six ménages actuellement hébergés à l’hôtel, faute de mieux.

    Une décision qui arrive au bout de lentes restrictions. « Il y a eu, depuis deux ans, une sélection sur des critères de vulnérabilité, sur l’âge, la présence de bébés, les malades », explique Christophe Magnan, administrateur du SIAO 13, plateforme en charge notamment du 115. Puis « les critères ont laissé place à un critère », les femmes victimes de violences, poursuit-il, pour arriver à un conditionnement à « la persistance d’une menace active ». Ce qui a « conduit le SIAO à orienter entre 0 et 2 personnes par jour » avec 267 personnes sans solution, s’indigne-t-il. Puis, « il nous a été interdit de proposer des solutions d’hébergement d’État à des femmes isolées, enceintes, ou ayant au moins un enfant de moins de 3 ans », au motif qu’elles relèvent de la compétence du Département.

    Le courriel de la DEETS vient couronner le tout. « Il s’agissait de nous demander de mettre fin à l’hébergement de six ménages en hôtel avec au moins trois enfants en bas âge », précise Christophe Magnan. Au total, 19 personnes sont priées de retourner à la rue, faute de proposition alternative, pour répondre à un objectif « comptable », fixé par l’État, de 1 500 nuitées par jour. Inacceptable pour les associatifs, qui ont signifié leur refus d’obéir en retour de message. « Non, le groupement ne mettra pas ces personnes à la rue. Ni celle-là, ni les suivantes », martèle le responsable du SIAO13.

    En toute illégalité

    Pour des raisons humanitaires, évidentes, et légales. Car selon les articles L. 345-2-2 et 2-3 du Code de l’action sociale et des familles, le droit à l’hébergement d’urgence est inconditionnel, rappelle Thierry Mila président de la Fédération des acteurs de la solidarité Paca Corse, réclamant au passage l’ouverture du dialogue pour la mise en place d’une stratégie durable et de moyens « budgétaires à la hauteur ».

    Les associations se disent prêtes à engager un recours en justice si le préfet venait à utiliser la force publique. Toutes craignent que cette instruction ne soit qu’un « ballon d’essai ». Comme cela s’est passé « à Strasbourg, Bordeaux, Toulouse ou Montpellier », témoigne Thierry Mila. Même si, dans les faits, bien que concepteur de la base de données du SIAO, qui sert à établir des statistiques et coordonner l’action des travailleurs sociaux, l’État ne dispose pas, a priori, des noms et de la situation exacte des familles.

    Cette décision s’inscrit dans un contexte déjà catastrophique. Avec 5 400 places d’hébergement d’urgence disponibles dans les Bouches-du-Rhône, 9 000 demandes ont été recensées par le SIAO, 4 000 personnes sont toujours en attente, à la rue ou dans un hébergement de fortune. Et ce n’est que « le sommet de l’iceberg », pointe Francis Vernède, directeur régional Paca de la Fondation pour le logement des défavorisés, quand seulement une personne sur cinq appelle le 115. Il souligne aussi un manque de vision, dont le coût sera social, sanitaire, judiciaire. En se mettant « dans la peau d’un libéral », il insiste : « Proposer des hébergements dignes à des ménages, c’est pourtant leur donner la possibilité, demain, de devenir solvable, de participer à l’économie classique. »

    À la suite du SIAO, les fédérations d’acteurs sociaux puis le Secours catholique, ce vendredi, ont aussi interpellé le préfet par courrier. Le maire de Marseille a également pris la plume, s’adressant directement au Premier ministre.

    Contacté de nouveau par La Marseillaise, le préfet n’a pas répondu. Cette instruction intervient dans une certaine vacance administrative, où la préfète déléguée à l’égalité des chances, promue préfète de l’Aisne, prendra ses fonctions au 31 août, ainsi que son remplaçant.

  • Hébergement d’urgence, les associations refusent de trier

    Hébergement d’urgence, les associations refusent de trier

    Au tour des fédérations de monter au créneau. Après une lettre envoyée au préfet par le SIAO 13, plateforme en charge de l’hébergement d’urgence pour les sans-abri, dénonçant une politique publique comptable, la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité) Paca, la Fondation pour le logement, l’Unafo (Union professionnelle du logement accompagné) et l’Uriopss (Union régionale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux) Paca, solidaires, alertent dans un courrier sur les « conséquences des évolutions envisagées dans les modalités d’accès à l’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône ».

    Et de rappeler « l’inconditionnalité de l’accueil et sa continuité dans la prise en charge ». Pour les fédérations, « toute politique visant à limiter le nombre de places, dans un parc déjà saturé, contrevient au respect de ces droits essentiels ». Concrètement, la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités aurait déjà signifié la fin de la prise en charge à l’hôtel au 30 juillet de six ménages, soit 18 personnes, s’indigne un travailleur social, qui refuse de « trier selon des critères de vulnérabilité ». À terme, quelque 300 personnes seraient concernées pour répondre à un objectif « comptable » de 547 500 nuitées par an, soit 1 500 personnes par jour.

    La Ville en soutien

    Le tout dans une situation déjà dégradée et « en pleine période de très forte canicule » déplore Diletta Donnarumma, chargée de mission à la FAS Paca. Pour elle, si l’hôtel n’est qu’une solution transitoire, « un palier a été franchi » avec une « menace réelle de mise à la rue », faute de solutions dans un parc immobilier contraint.

    La Ville de Marseille a aussi réagi, estimant que « si ces informations [étaient] confirmées, elles marqueraient une rupture grave avec les engagements pris collectivement ces dernières années pour protéger les plus vulnérables ». Partageant l’alerte lancée par les associations, la Ville appelle l’État « à revenir sur toute décision conduisant à des sorties sans solution ».

  • Des feux fixés, mais l’inquiétude demeure avec la canicule

    Des feux fixés, mais l’inquiétude demeure avec la canicule

    Le feu fixé à Gros Bessillon après huit jours de lutte

    L’important incendie dans le département du Var qui a parcouru environ 4 500 hectares en huit jours, menaçant plusieurs villages, a été déclaré fixé mardi soir et un homme soupçonné d’une dizaine de départs de feu dans cette zone a été incarcéré, ont annoncé les autorités. « Le feu est fixé mais le travail se poursuit et la vigilance reste de mise », a indiqué la préfecture du Var dans un communiqué, rappelant que près de 5 000 personnes avaient dû être évacuées de plusieurs communes du centre du département depuis le début du sinistre mardi dernier.

    Déclenché mardi 21 juillet en milieu de journée dans un champ situé sur la commune de Pontevès, l’incendie a dévoré un flanc du massif du Gros Bessillon et cerné plusieurs villages emblématiques de la Provence verte – entre mer Méditerranée et gorges du Verdon – dont Cotignac, Correns ou Barjols. « Certains quartiers de Correns et de Barjols restent soumis aux mesures d’évacuation car ils se situent à proximité ou à l’intérieur du périmètre du feu », précise la préfecture.

    L’incendie qui a mobilisé quotidiennement plus de mille pompiers avec d’importants moyens aériens, assistés de nombreux bénévoles, ne progressait plus depuis plusieurs jours mais avait connu de nombreuses reprises.

    Feu fixé, mais pas encore éteint

    au Bois noir

    Les flammes, qui ont parcouru 510 hectares sur le secteur du Bois noir, sur les communes de L’Argentière-la-Bessée et de Freissinières, sont désormais fixées par les sapeurs-pompiers.

    Après une semaine de haute lutte, le périmètre de l’incendie n’a plus évolué depuis près de quatre jours. Cependant, 120 sapeurs-pompiers et militaires, appuyés par 30 engins restent présents sur place car l’incendie n’est pas encore éteint. Une réactivation d’un foyer a été observée ce lundi soir d’après la préfecture, sur le secteur de L’Argentière. La préfecture prévient que de nombreux points chauds persistent sur l’ensemble du massif et présentent un risque de réactivation, notamment avec la remontée des températures, la sécheresse et les vents attendus dans les prochains jours.

    La gestion de cet incendie provoqué par la foudre et découvert dès le 15 juillet, a suscité des interrogations et critiques sur les réseaux sociaux, le maire de Freissinières évoquant même la création d’une commission d’enquête sur la gestion du feu. De son côté, la préfecture des Hautes-Alpes a rappelé la difficulté d’intervenir sur ce terrain accidenté et annoncé qu’un bilan complet de l’opération sera fait en septembre, avec une réunion de retour d’expérience.

    « Cette évolution favorable permet au territoire de retrouver son rythme estival », se félicite l’office de tourisme du Pays des Écrins. Au hameau de Pallon, le camping des Allouviers a ainsi rouvert ses portes et accueille à nouveau les vacanciers. De même pour les Élixirs d’Isabelle, et ce, dès mercredi, avec les visites du jardin et du caveau.

    Le mégafeu stabilisé, mais

    des inquiétudes liées

    aux températures annoncées

    L’incendie est « stabilisé » et ne « progresse pas », a déclaré en fin de journée mardi la préfète du département, Sophie Brocas. Pour autant, les pompiers ont fait face à « 14 reprises de feu, c’est très important, sur des zones qui avaient déjà été parcourues par le feu ». Ces récidives sont « un témoignage de la précarité de la situation », a averti le commandant Matthieu Jomain, du Service départemental de secours et d’incendie. Pour prévenir de nouvelles récidives, la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) a réalisé 121 km de pare-feu, selon son président Bruno Lafon. Passées à midi en vigilance jaune canicule, la Gironde et les Landes s’apprêtent à vivre selon Météo France un « fort pic de chaleur ». Après une première hausse des températures mardi jusqu’à 33 à 35 °C dans les terres, le thermomètre atteindrait des maximales « souvent comprises entre
    38 et 41
     °C » mercredi, avec des vents un peu moins forts mais plus secs, et avant une nette baisse attendue jeudi. Par précaution, mardi, environ 4 000 personnes ont été évacuées des hébergements touristiques de Lacanau, « dans le plus grand calme, puisqu’on avait un peu de temps », s’est satisfait le maire Laurent Peyrondet. Depuis le début du mégafeu, 222 000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes. Les habitants de trois villes proches de Bordeaux évacuées dans le week-end, Le Haillan, Mérignac et Eysines, vont pouvoir rentrer chez eux « s’ils le souhaitent », a annoncé mardi la préfète de Gironde, mais à deux conditions. « Un, qu’ils laissent leur portable allumé et qu’ils suivent strictement les consignes de sécurité. S’ils reçoivent de nouveau un message FR-Alert, ils devront partir. Deux, avoir un sac prêt », a-t-elle précisé. Le feu n’étant pas « fixé », c’est-à-dire contenu, le retour du plus grand nombre dans leurs hébergements n’est à ce stade pas envisageable.

    Début de retour à la normale

    À Biscarrosse, l’incendie qui a détruit près de 200 bâtiments ayant été fixé, les habitants étaient de retour dans la ville mardi, oscillant entre désarroi et soulagement. Après « trois jours dignes de scènes de guerre », « tout le monde est content de rouvrir », assure derrière son comptoir une boulangère à l’entrée de la ville de 15 000 habitants hors saison, autour de laquelle jusqu’à 30 000 personnes ont été évacuées pour échapper aux flammes qui ont ravagé 3 700 hectares de pinède. Le brasier qui a sévi durant plusieurs jours, fixé dans la journée de lundi mais pas encore éteint, continue d’inquiéter. « Le feu peut reprendre. On peut avoir des mauvaises surprises », avait mis en garde la veille le préfet Gilles Clavreul, en maintenant bouclé une poignée de quartiers par précaution.

    Le pays entrevoit « le bout

    du tunnel »

    Si le vent menace de tourner au sud, la levée de l’ordre d’évacuation dans 13 communes donne un premier signal positif de la lutte contre les feux en Espagne. Le travail des pompiers et des militaires « dans des heures très difficiles, très critiques » a permis d’inverser « réellement la tendance et nous permet donc de commencer à entrevoir la lumière au bout du tunnel dans la lutte contre ces incendies, avec toutes les précautions nécessaires », a déclaré mardi le Premier ministre Pedro Sanchez.

    Mais le front le plus critique, au nord du lac artificiel de San Juan à 70 kilomètres à l’ouest de la capitale, préoccupe encore les autorités. Une nouvelle vague de chaleur arrive en Espagne et doit durer jusqu’à au moins dimanche, selon l’Agence météorologique nationale (Aemet), qui a alerté sur des risques « extrêmes » d’incendies.

    Une femme grièvement brûlée dans l’incendie qui a touché l’Andalousie le 9 juillet est morte des suites de ses blessures, a annoncé jeudi l’hôpital où elle était soignée, portant le bilan à 14 morts, en majorité des étrangers. Cet incendie, qui s’était déclenché dans la région d’Almeria, était parti d’un câble d’alimentation électrique le long d’une route nationale dans la zone de Los Gallardos, où la végétation était desséchée à cause de la chaleur, d’après les autorités.

  • Hébergement d’urgence, les associations à bout dans les Bouches-du-Rhône

    Hébergement d’urgence, les associations à bout dans les Bouches-du-Rhône

    Nous vous demandons, Monsieur le préfet, d’être le garant de l’inconditionnalité de la mise à l’abri des personnes vulnérables hors de toute autre considération que leur besoin d’un abri immédiat, sûr et digne. » Dans un long courrier, argumenté, en date 24 juillet, dont nous avons eu connaissance, le Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO 13), plateforme départementale qui gère l’hébergement, l’insertion et l’accès au logement des personnes sans abri, regroupant une vingtaine d’associations, dresse un bilan déplorable des dispositifs d’hébergement d’urgence.

    Elle dénonce une politique publique ultra-restrictive avec « une sélection des demandeurs en fonction de critères de vulnérabilité », une « orientation réduite aux femmes victimes de violences intrafamiliales », un accès aux centres d’hébergement et de réinsertion sociale et d’urgence réservé aux seuls ménages issus d’hôtels « excluant de fait tous les autres ». Elle pointe également l’exclusion de l’accueil des mères isolées avec au moins un enfant de moins de 3 ans, au motif que leur prise en charge relève du Département. Autant de critères qui ont conduit à « un démantèlement complet des possibilités de mise à l’abri », s’indigne le SIAO.

    90 % des appels au 115

    sans solution

    Pire, « à ce jour, le 115 n’offre aucune solution pour 90 % des appels reçus malgré l’ouverture des haltes de nuit, 267 personnes restant quotidiennement sans réponse », déplore la plateforme. « Tout semble indiquer que (…) la politique publique d’accompagnement de la rue au logement sur notre département est aujourd’hui focalisée à l’excès sur le respect d’une cible de nuitées hôtelières de 1 500 personnes par jour, soit 547 500 nuitées par an », analyse le SIAO. Un potentiel de nuitées compromis par « les opérations de renouvellement urbain, les évacuations de campement, ou encore les dispositifs exceptionnels comme les plans Grand froid ou Canicule ».

    Violences sexuelles, exploitations, emprise… En tant qu’associatifs de terrain, « nous constatons quotidiennement les risques majeurs encourus par les femmes auxquelles aucune solution n’est proposée », témoigne le SIAO, ajoutant que pour les enfants, les conséquences sont tout aussi dramatiques avec rupture de scolarité, difficultés d’accès aux soins, insécurité permanente qui porte atteinte à leur développement. Un « coût financier et humain » qui « produira dans les années à venir son lot de malheurs », entre « violences, délinquances, traite d’êtres humains et trafics en tout genre », alerte le SIAO.

    C’est à la fois un « cri d’indignation » et « un combat » que porte la plateforme départementale, s’interrogeant « très sérieusement » sur son maintien au sein du dispositif. Décision que le SIAO prendra lors de sa prochaine assemblée générale, en septembre, en fonction de la réponse du préfet, prévient-il.

    Contactée, la préfecture se refuse à tout commentaire. À noter qu’un marché public pour l’hébergement d’urgence des personnes sans domicile en Provence-Alpes-Côte d’Azur a été lancé, en février, auprès des hôteliers. De quoi « optimiser le taux d’occupation de leurs établissements tout au long de l’année, sécuriser leurs revenus et s’inscrire dans une action à forte utilité sociale », vantait alors la préfecture. Selon le dernier bilan de la Dreets (Direction régionale de l’économie de l’emploi, du travail et des solidarités) Paca, en date de novembre 2025, quelque 20 070 personnes et 12 460 ménages ont sollicité le 115, en 2024, dans le département. Au final, trois demandes sur quatre n’aboutissent pas à un hébergement.

  • À Nîmes, L’Espelido face à un contexte budgétaire tendu

    À Nîmes, L’Espelido face à un contexte budgétaire tendu

    Depuis sa création, L’Espelido accueille, héberge et accompagne des personnes confrontées à des difficultés sociales, économiques ou psychologiques. L’association œuvre aussi pour l’insertion, l’accès aux droits et la lutte contre toutes les formes d’exclusion.

    Des moyens qui ne suivent plus les besoins

    Comme d’autres acteurs du secteur, l’association subit les effets des restrictions budgétaires qui touchent le monde associatif. Sa direction a déjà expliqué il y a plusieurs mois ses difficultés et indiqué disposer que de « 38 euros par salarié et par jour pour couvrir l’ensemble des dépenses de fonctionnement », une enveloppe jugée insuffisante face à l’inflation et à l’augmentation des besoins. Cette situation fragilise la capacité des équipes à assurer leurs missions auprès des publics les plus vulnérables, alors même que les demandes d’accompagnement continuent de progresser.

    Présentes au plus près du terrain, ces associations constituent souvent le premier recours pour des personnes en grande précarité. En assurant un accompagnement quotidien vers l’hébergement, les droits, l’emploi ou les soins, elles jouent un rôle essentiel de prévention et de cohésion sociale. Leur fragilisation risque ainsi de se répercuter directement sur les publics les plus vulnérables, dans un contexte où les besoins ne cessent d’augmenter.

    L’APS 34 est aussi sous tension

    L’association de prévention spécialisée (APS) de l’Hérault -structure qui apporte du soutien aux familles et aux jeunes, restaure le lien social, lutte contre la délinquance etc. – dépends également des enveloppes allouées par le Département. Le contexte budgétaire menaçant laisse l’association sous tension.

  • Alerte sur l’hébergement d’urgence à Marseille

    Alerte sur l’hébergement d’urgence à Marseille

    D’année en année, les recours dans le cadre du droit à l’hébergement opposable (Daho) explosent dans la région. 2 195 demandes ont été déposées en 2025, en hausse de 24% sur une seule année, concentrés essentiellement dans les Bouches-du-Rhône. Plus des deux tiers obtiennent une réponse favorable. « L’effectivité de l’accès à une offre d’hébergement n’est pas systématique », alerte cependant le rapport annuel publié à la mi-juin. Chaque mois, 11 246 nuitées ne sont pas pourvues par le numéro d’urgence, le 115. Jusqu’à la mise en place de critères qui « peuvent impacter la notion d’inconditionnalité de l’accueil prévue par le législateur » note pudiquement le rapport.

    Et les signaux d’alerte se multiplient. Dans un courrier adressé le 24 juin dernier à la préfète déléguée à l’égalité des chances, le réseau Hospitalité de Marseille dénonce des expulsions de lieux précaires qui se sont multipliées ces derniers mois, avec l’annonce de nouvelles interventions cet été. « La multiplication des expulsions sans perspectives crédibles de relogement ou de mise à l’abri risque d’alimenter une véritable fabrique de la grande précarité, écrivent les 17 associations du réseau. Elle entraîne des ruptures de parcours, fragilise les liens sociaux, nourrit le découragement et compromet les efforts engagés depuis plusieurs années. » Elles soulignent les conséquences directes « particulièrement lourdes », de la privation des accès à l’eau et électricité à une exposition accrue aux violences et risques sanitaires. « Les personnes concernées ne disparaîtront pas à la suite de leur expulsion », alertent-elles en réclamant un dialogue « constructif ».

    Lors du conseil municipal de Marseille le 26 juin, Audrey Garino l’adjointe (PCF) au logement avait aussi alerté sur le risque de fermetures de places. « On nous annonce une nouvelle fois des coupes budgétaires dans les crédits de l’hébergement quand trop de personnes appellent sans obtenir de réponses », dénonçait-elle (notre édition du 27/06), déplorant que les expulsions ne soient plus suivies systématiquement de mises à l’abri. Un message aussi relayé par le député LFI Manuel Bompard ce jeudi : à travers un courrier, il sollicite l’appui du préfet « afin d’éviter toute réduction des capacités d’hébergement sur notre territoire ».

  • Un vaste programme social de 1 000 logements à Marseille d’ici 2050

    Un vaste programme social de 1 000 logements à Marseille d’ici 2050

    « Un projet construit en dialogue permanent avec les habitants », affirme Fairouz El Hayti, directrice territoriale d’ICF Habitat lors de l’inauguration de la résidence « Les Jardins de Cazaulx » ce mardi 30 juin. La construction de ces 88 logements marque la première des 7 phases d’un projet plus vaste de renouvellement patrimonial des plus de 1 000 logements sociaux de la Grande Bastide Cazaulx dans le 12e arrondissement de Marseille à l’horizon 2050. Chaque phase respecte la même logique : de nouveaux logements sont construits afin de loger des habitants d’anciens appartements pour pouvoir les libérer, les détruire et reconstruire.

    Afin d’améliorer la qualité du logement et de réduire les coûts énergétiques pour les habitants, la directrice se félicite d’une opération « exemplaire sur le plan environnemental ». En effet, en plein épisode caniculaire, la réponse aux enjeux du changement climatique était au centre de la présentation. Pour Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille déléguée au logement, ce projet est à la fois « adapté aux besoins des habitants » mais aussi « aux enjeux de demain ».

    Ces habitants sont au cœur de la conception du projet comme le rappelle André Cargnino, membre du comité régional Action Logement qui a financé à hauteur de plus d’1,6 million d’euros l’opération et pour qui la priorité reste d’« accueillir, héberger et loger les salariés ». Le maire de secteur d’extrême droite, Olivier Rioult, se contente lui de commentaires sur l’esthétique des constructions…

    Un enthousiasme partagé par les habitants

    « C’est beaucoup mieux qu’avant », savoure Mohamed, habitant de la résidence, qui note l’amélioration du confort et des aménagements. Chaque appartement dispose maintenant d’un espace extérieur (terrasse ou jardin) et une majeure partie des unités sont équipées d’ascenseurs afin de garantir l’accessibilité de la résidence. Des efforts d’adaptation salués par Patrick, résident en fauteuil roulant qui se réjouit de pouvoir se « déplacer beaucoup plus facilement ». Pourtant, ce dernier émet une réserve : selon lui certains bâtiments de la résidence ne sont pas accessibles aux ambulances, camions de pompiers ou de police.

    Finalement, alors que tous les logements sont déjà occupés, la préfète Isabelle Epaillard, met en garde sur la situation du logement social, « il n’y en a pas assez ! ». Elle félicite néanmoins le département qui a dépassé les objectifs de reconstitution de l’offre de logement l’année passée et voit ce projet comme la continuité de cette dynamique.