Tag: Gratuité des transports

  • Le conseil municipal d’Aubagne demande le maintien de la gratuité

    Le conseil municipal d’Aubagne demande le maintien de la gratuité

    Les places manquent ce mercredi soir dans l’espace des Libertés d’Aubagne. Six jours après l’annonce par le président (LR) de la Métropole Aix-Marseille, Nicolas Isnard, de la suppression de toutes les gratuités des transports, le conseil municipal de la ville a voté un vœu solennel lui demandant de renoncer à ce choix. Un vœu qui « condamne avec la plus grande fermeté la décision unilatérale » et « exige le gel immédiat et le retrait sans condition de ce projet d’assujettissement tarifaire ». Y sont jointes les plus de 10 000 signatures récoltées en seulement quatre jours sur la pétition lancée par la municipalité pour défendre la gratuité des transports dans le pays d’Aubagne, ainsi que la demande d’une table ronde institutionnelle réunissant l’exécutif métropolitain, les douze maires du pays d’Aubagne et de l’Étoile ainsi que les représentants du tissu économique et des usagers.

    « Mandat impératif »

    « Il y a quelques jours à peine, par une déclaration unilatérale, sans le moindre débat avec les exécutifs communaux ni les représentants des usagers, le président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Nicolas Isnard, a fait savoir qu’il entendait supprimer la gratuité des transports, résume le maire (DVG) d’Aubagne Jean-Pierre Squillari dès l’ouverture du conseil. D’un simple trait de plume, il voulait supprimer dix-huit années d’une conquête sociale, environnementale et humaine qui faisait l’honneur de notre territoire. » Face à cette « menace directe et sans précédent [qui] pèse sur la vie quotidienne de nos 42 000 concitoyens et les 100 000 habitants de notre bassin de vie », l’édile avait démissionné immédiatement de la présidence de la commission métropolitaine des transports, comme il l’annonçait à La Marseillaise. « Ce ne sont pas des tickets de transports que la Métropole veut réintroduire, mais un péage sur la vie quotidienne », dénonce-t-il. Et d’écarter les uns après les autres les arguments du président de la Métropole. Face à un coût estimé inférieur à 2 millions d’euros, « le gain net serait dérisoire », la billettique pesant jusqu’à 40% des recettes. D’autant plus que la gratuité était déjà assumée par le conseil de territoire. Il refuse également qu’un principe d’égalité juridique nivelle vers le bas l’accès aux transports, face à des tarifs déjà hétérogènes. Et pointe la double peine pour les employeurs qui devront payer la moitié des abonnements en perdant l’attractivité apportée par la gratuité. Surtout, il salue la « déferlante » des signatures sur la pétition lancée par la municipalité, « un mandat impératif du peuple d’Aubagne » et tend la main à l’opposition après la lettre écrite par l’ancien maire (LR) de la ville Gérard Gazay au président de la Métropole, refusant la fin de la gratuité.

    Peine perdue. Celui-ci s’emmêle les pinceaux en reprochant au maire d’avoir voté contre le budget métropolitain, quand celui-ci s’opposait aux coupes dans la dotation de solidarité communautaire. Et reproche à son successeur de ne pas avoir été informé plus tôt de la décision du président de la Métropole. « Défendre Aubagne ce n’est pas seulement protester, c’est négocier », lance-t-il sous les huées. En indiquant ne pas prendre part au vote sur le vœu solennel, selon l’habitude de son groupe. « Monsieur Gazay, les Aubagnais jugeront », réplique Jean-Pierre Squillari.

  • [Tribune] Suppression de la gratuité des transports dans le Pays d’Aubagne : l’urgence est à la suspension et à la concertation

    [Tribune] Suppression de la gratuité des transports dans le Pays d’Aubagne : l’urgence est à la suspension et à la concertation

    J’ai appris avec colère l’annonce par le président de la Métropole Aix-Marseille-Provence de son intention de mettre fin à la gratuité des transports dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Une décision aussi brutale qu’incompréhensible, sur la forme comme sur le fond.

    Sur la forme d’abord, il est inacceptable que le maire d’Aubagne et les onze autres maires concernés découvrent par voie de presse une décision qui touche directement leurs communes et leurs habitants. Ce mépris du dialogue avec les élus locaux n’est pas acceptable.

    Sur le fond, prétendre réaliser des économies dès 2026 en supprimant la gratuité relève de l’absurde. Installer un système de billetterie, équiper les bus et les tramways, organiser les contrôles et mobiliser les personnels nécessaires aura nécessairement un coût et ne se fera pas en quelques semaines. Cette décision, présentée comme une économie, risque donc de commencer par coûter de l’argent aux habitants et à la collectivité.

    Surtout, elle constitue une attaque contre un acquis social qui a fait ses preuves depuis près de vingt ans dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Et elle intervient au pire moment : celui d’une flambée du prix des carburants et d’un pouvoir d’achat toujours plus contraint.

    Quand prendre sa voiture coûte toujours plus cher, supprimer la gratuité des transports est une double peine infligée aux habitants.

    Au regard de la précipitation qui entoure cette annonce et de l’absence d’économie réalisable sur l’exercice 2026, il est urgent de suspendre ce projet et d’ouvrir une véritable concertation avec les maires, les usagers et l’ensemble des acteurs concernés. Une décision aux conséquences aussi importantes pour le quotidien de milliers d’habitants ne peut être imposée dans l’urgence et sans dialogue.

    Je resterai pleinement engagé aux côtés des douze maires concernés, des usagers et des associations qui défendent la gratuité pour faire échec, dans les jours et les semaines à venir, à ce projet profondément injuste.

  • [Entretien] Jean Pugens : « Nous affirmons que la fin de la gratuité ne réglera rien »

    [Entretien] Jean Pugens : « Nous affirmons que la fin de la gratuité ne réglera rien »

    La Marseillaise : Vous dites que supprimer la gratuité des transports ne résoudra pas les difficultés financières de la Métropole. Pourquoi ?

    Jean Pugens : Le budget de la Métropole, c’est 5 milliards et le trou annoncé sur le budget 2026 qui n’est pas voté, c’est 144 millions, aujourd’hui réduit à 53. La gratuité sur le pays d’Aubagne et de l’Étoile, c’est 2 millions, et pour les plus de 65 ans et les moins de 11 ans sur l’ensemble de la Métropole, c’est 10 millions estimés… Ces 12 millions ne résoudront donc pas la problématique. Surtout que ça n’interviendra que sur le budget 2027.

    Vous faites le lien entre gratuité et transition écologique. Comment en évaluez-vous l’impact ?

    J.P. : Sur la fréquentation. À Aubagne, elle a été multipliée par trois avec la mise en place de la gratuité en 2009. Après, il n’y a pas de réelles études, mais on sent une montée en puissance, surtout aujourd’hui, avec le prix de l’énergie et du carburant : les gens veulent prendre les transports en commun.

    Pourquoi être opposé à la tarification sociale qui est proposée ?

    J.P. : La tarification sociale permet de préserver les plus démunis, c’est certain, mais pour mettre en place le tarif social, il faut des moyens de contrôle. On y est opposé parce que ça n’a pas été estimé par la Métropole, ça va coûter cher et on n’y gagnera rien. Après, sur un autre aspect, ça stigmatise les plus démunis qui doivent se justifier d’être pauvres. Beaucoup ne vont pas demander cette tarification, ils ne savent parfois même pas qu’ils y ont droit, donc derrière, il y a un non-recours aux droits. L’accès libre règle bien mieux les choses.

    Pourquoi demandez-vous un bilan du plan mobilité métropolitain ?

    J.P. : Le plan mobilité a été voté en 2021 avec des objectifs, notamment réduire la part de la voiture et les rejets de CO2, améliorer la fréquentation des transports en commun… Supprimer la gratuité, c’est remettre des barrières et bloquer à nouveau leur accès. On demande cet audit car comme la chambre régionale des comptes l’a signalé, il n’y a aucun indicateur dans le plan. On est sur des orientations qui étaient bonnes il y a six ans, mais aujourd’hui, on ne sait pas où on en est, ni ce qu’on peut mettre en œuvre pour y arriver. On a besoin de le mesurer pour repositionner la politique de la Métropole sur les transports.

    Quelles mesures portez-vous pour répondre à la question financière ?

    J.P. : Aujourd’hui, la question financière, on la renvoie aux politiques qui ont à décider. Nous, nous affirmons que la fin de la gratuité ne réglera rien. Deux options ont été posées par le préfet sur les dotations financières d’équilibre et de solidarité. Les communes doivent se mettre d’accord. Après, un autre sujet commence à se poser, celui du millefeuille métropolitain et départemental, il y a peut-être là des économies à faire. On demande aussi l’utilisation des fonds verts européens et nationaux qui n’ont pas été mobilisés par la Métropole pour décarboner les transports. On demande aussi le retour de l’argent des dividendes des tunnels et parkings métropolitains qui tombent dans les poches des actionnaires de Vinci. On peut trouver de l’argent pour développer des politiques qui vont dans le sens de l’amélioration du climat.

    Le versement mobilité est une autre option sur la table ?

    J.P. : Nous portons ce sujet depuis plus de dix ans. Aujourd’hui, le président de la Métropole a signé une tribune avec l’association France urbaine en ce sens. Si le versement mobilité montait au même niveau que Paris, c’est 1% de plus, on gagnerait 220 millions. Or, la gratuité totale estimée sur la Métropole, c’est 202 millions. Par contre, on ne partage pas du tout le point de vue de Nicolas Isnard qui dit que c’est le budget de transport qui créé un déficit. Il y a d’autres choses qui créent du déficit. C’est pour ça aussi qu’on réclame cet audit du plan.

    L’équité de traitement des usagers du territoire est souvent avancée contre la gratuité ?

    J.P. : L’équité, selon M. Isnard, c’est que tout le monde paye, et paye plus cher puisqu’il parle d’augmenter la part du ticket. En 2025, avec la gratuité pour les plus de 65 ans et les moins de 11 ans, l’équité a progressé, et on demande à l’étendre à tous les retraités. La gratuité totale est finançable. C’est cette équité qui amènera un véritable progrès social.

  • [Entretien] « La fin de la gratuité des transports est un contresens complet »

    [Entretien] « La fin de la gratuité des transports est un contresens complet »

    La Marseillaise : Comment avez-vous vécu l’annonce de Nicolas Isnard, président de la Métropole (LR), qui dit vouloir supprimer la gratuité des transports ?

    Erwann Bouisseren : Ça a été une surprise, qui s’est transformée en colère juste après. C’est inadmissible. C’est une décision complètement descendante de la part de Nicolas Isnard, le président (LR) de la métropole. Sur le coup, nous avons été abasourdis, surtout venant de quelqu’un qui disait vouloir une « Métropole des maires » [formule utilisée lors de son discours d’investiture le 7 avril dernier, ndlr]. Le conseil métropolitain doit encore voter le 15 octobre, mais reste qu’il prend cette décision tout seul, en amont. Ce n’est pas comme ça que ça doit fonctionner.

    Et il s’agit pour vous d’un choix qui relève du « non-sens »…

    E.B. : C’est un non-sens, en vue de la crise climatique, dont on a déjà constaté les effets. On sort d’une période caniculaire, avec des pompiers morts dans les mégafeux. On traverse maintenant une crise énergétique, avec le gasoil qui atteint bientôt les 2,50 euros le litre. Les gens vont devoir réutiliser leurs véhicules personnels, et on va réencombrer les routes et engendrer plus de pollution, c’est un non-sens complet. Ça va être un coût en plus pour toutes les familles qui vont devoir prévoir un budget en plus pour que les enfants puissent aller à l’école ou participer à des sorties extrascolaires. En période de crise énergétique, c’est inacceptable. C’est un contresens complet. Sachant qu’en plus, c’est un levier pour l’emploi dans un territoire (…) qui permet aux gens de se déplacer librement et d’aller au travail et de trouver un emploi. C’est aussi un levier économique pour tous les commerces. C’est complètement absurde…

    L’objectif affiché est de résorber le déficit budgétaire, que répondez-vous ?

    E.B. : Ils ne savent pas faire autrement que de faire des économies. Ils ne savent pas aller chercher les recettes. Pourtant, elles existent : il y a des compétences qu’on doit récupérer, comme le tunnel prado-carénage, les parkings, la redevance spéciale liée au traitement des déchets. On devrait aussi porter le versement mobilité [contribution financière payée par les employeurs publics ou privés pour financer les transports en commun, ndlr] à 3,2%, comme c’est le cas à Paris, alors que les transports ne sont pas gratuits. Sachant que ça peut aussi être intéressant pour les entreprises, qui lorsque la gratuité est effective, elles n’ont pas besoin de payer 50 à 70% des transports de leurs employés. (…)

    La mairie d’Aubagne a notamment créé une pétition d’opposition. Quelles sont les prochaines étapes ?

    E.B. : Des choses se dessinent. Pour l’instant nous informons les agents de la Métropole mais aussi les citoyens en général. Nous les invitons à signer la pétition mais aussi à interpeller leurs élus. C’est important. (…) Depuis 30 ans nous n’avons plus d’acquis sociaux : on sabre, on fait des économies. Ça devient insupportable.

  • Pays d’Aubagne : pétition, manif, et actions citoyennes pour défendre la gratuité des transports

    Pays d’Aubagne : pétition, manif, et actions citoyennes pour défendre la gratuité des transports

    Cette première intervention, en l’occurrence un point presse samedi matin qui a rapidement tourné à un rassemblement d’une cinquantaine de personnes sur le cours Foch, à Aubagne, « c’est le premier acte de la résistance », lance Maurice Marsiglia, le président de l’association Se déplacer en liberté et l’une des chevilles ouvrières de ce long combat pour la « gratuité des transports en commun ».

    « Pas question de se laisser faire », « il faut s’organiser ! », « aller manifester », « signer la pétition lancée par la mairie ! », « et informer dans vos associations, tout le monde est concerné ! » Les échanges fusent entre les participants. Car l’heure est grave. « Cette gratuité a été mise en place par l’Agglo d’Aubagne, en 2009, c’est une réussite », résume Yves Mesnard, le maire honoraire (DVG) de Roquevaire. Ils sont aussi venus de La Bouilladisse, de Belcodène, d’autres communes environnantes directement touchées par ce séisme, dont l’épicentre est à… Salon-de-Provence. « C’est honteux d’avoir fait une telle déclaration sans même en avertir les élus du territoire », dénonce Maurice Marsiglia. Et sur le fond, rien ne tient. « Les prétendues économies réalisées correspondent à 0,9% des 144 millions d’euros de déficit de la branche transport de la Métropole… », tranche Christine, membre de l’association, armée d’un solide argumentaire. À Rolland Bourglan de pointer les coûts faramineux pour remettre le réseau en payant, ce qui devrait réduire à néant les dites « économies ». « Sur le plan social comme écologique, alors que la moitié des grands réseaux urbains passent ou sont passés à la gratuité, cela ne va pas dans le sens de l’histoire… », conclut-il. Puis l’élu écologiste Denis Grandjean, délégué à la mobilité, apporte le soutien de la Ville aux militants qui s’apprêtent à livrer une dure bataille. Bataille qui s’apparente à une course contre la montre, « il y aura un vote sur cette question en séance, le 15 octobre prochain », pose Maurice Marsiglia.

    « Nous allons aussi nous mobiliser, lance Erwann Bouisseren, de la CGT Métropole, la gratuité concerne l’ensemble des salariés et des entreprises de ce territoire ! » Tous les citoyens, sans exception.

  • [Sénatoriales] Chaque camp compte ses divisions

    [Sénatoriales] Chaque camp compte ses divisions

    Ce dimanche, un nombre record de listes sont soumises au vote des 3 695 grands électeurs des Bouches-du-Rhône, avec neuf bulletins à disposition dans les bureaux de vote installés au sein de la préfecture. De quoi faire baisser le seuil pour obtenir un siège.

    Des huit sénateurs sortants, seul l’ancien maire (LR) de Rognac Stéphane Le Rudulier a jeté l’éponge, nourrissant les spéculations sur son avenir professionnel. Partie sans les centristes en 2020, la droite a vu l’addition de ses nuances exploser rapidement en plein vol, sapée par son effondrement aux municipales à Marseille. Le président (Ren.) de Région Renaud Muselier, après s’être lancé dans l’arène dès le mois d’avril, avait pourtant concédé la tête de liste à la sénatrice sortante aixoise Brigitte Devésa (UDI) pour laisser une place éligible à Valérie Boyer (LR). Celle-ci a finalement décidé de partir de son côté, et revendique la légitimité dans son camp. Quand la liste d’union de la droite et du centre recevait l’investiture des LR et le soutien du président LR du Sénat Gérard Larcher, elle affichait celui du président des LR lui-même, Bruno Retailleau. D’abord sollicité par la ministre déléguée Sabrina Roubache, brièvement candidate, le maire (LR) de Gardanne lui aussi mène une liste, revendiquant porter la voix des maires. Entre pressions et mots durs, la campagne à droite a connu un dernier éclat ce vendredi, Valérie Boyer annonçant déposer plainte et alerter le préfet, après l’envoi d’un tract « particulièrement agressif » s’en prenant aux listes de droite et du RN.

    Face à la dispersion des voix de droite, le parti lepéniste espère bien élargir ses voix au-delà des communes conquises et de son score élevé à Marseille pour obtenir une représentation. Il mise sur deux transfuges, Marie-Pierre Callet et Fabien Bravi, au risque de brusquer les historiques qui pourront se tourner vers le sénateur sortant (ex-RN) Stéphane Ravier. Menacé d’inéligibilité, il pourrait céder sa place à sa compagne Emmy Font.

    La gauche unie de son côté repart avec les trois sénateurs sortants, menés par Jérémy Bacchi (PCF) et espère obtenir un quatrième pour la Marseillaise Clara Jaboulay, forte d’un score écrasant dans la cité phocéenne aux municipalités et d’une victoire à Aubagne. Il faut certes compter sur la dispersion des voix : LFI présente pour la première fois une liste, la sénatrice guériniste Mireille Jouve se représente tandis que le maire (PS) du Puy-Sainte Réparade Jean-David Ciot a aussi déposé une liste. Mais ces deux dernières candidatures peuvent aussi bien mordre sur les plates-bandes de la droite.

    Surtout, la « mélasse » métropolitaine achève de brouiller les cartes entre blocage marseillais, suppression de la gratuité des transports dans le pays d’Aubagne, main tendue de son président au RN. De quoi faire bouger les positions partisanes.

  • [Entretien] Maurice Marsiglia : « Il existe des tas de solutions »

    [Entretien] Maurice Marsiglia : « Il existe des tas de solutions »

    La Marseillaise : Quel est votre sentiment à l’annonce de cette décision ?

    Maurice Marsiglia : Très étonné. Pas par la finalité mais par le timing. On savait que la gratuité n’était pas acquise et on continuait à se battre pour son maintien et son extension. Mais on pensait avoir plus de temps. Le président de la Métropole avait signé un courrier au Premier ministre pour une augmentation du versement de mobilité. On le croyait dans une autre optique.

    Comment est perçue la gratuité ? On sent une colère mais aussi du fatalisme.

    M.M. : C’est quelque chose de très positif que tout le monde a intégré et on sent une opposition totale à sa remise en cause, ce qui nous laisse un espoir dans la bagarre qu’on va mener. Après, ce fatalisme est peut-être inhérent à notre société qui n’a plus obtenu de victoire sociale depuis longtemps. Donc on va informer le public et construire des mobilisations importantes. N’oublions pas qu’on a réuni jusqu’à 600 personnes alors qu’il n’y avait que des bruits. La seule question, c’est vers qui les orienter ?

    Un tarif social est mis sur la table ?

    M.M. : La SDL est contre. 30 à 40 % des gens qui pourraient bénéficier de cette tarification ne la demanderaient pas. Il faut oser dire, je suis pauvre. Et puis ça ne règle pas les problèmes de billetterie, de contrôleurs… Au final les économies qu’on peut faire avec la gratuité sont perdues.

    Quelles solutions vous avancez ?

    M.M. : Depuis des années on se bat pour l’augmentation du versement en mobilité : Au même niveau que la région parisienne, ce serait 220 millions. Une autre solution serait de récupérer les délégations de services publics qui arrivent à terme, en régie publique. Car les sociétés qui gèrent les DSP versent des dividendes à leur actionnaire et cet argent pourrait servir aux transports. Il existe des tas de solutions pour maintenir cet accès libre et l’étendre partout.

  • À Aubagne, la fin de la gratuité suscite l’incompréhension des usagers

    À Aubagne, la fin de la gratuité suscite l’incompréhension des usagers

    Il est 13h passé, vendredi, et la foule se presse au pôle d’échanges intermodal d’Aubagne. Entre les collégiens et lycéens qui quittent leurs établissements, les voyageurs de la gare en transit, et les simples passants, les queues se font et se défont à l’ombre des abribus.

    Gilles habite Auriol. Il rentre de Marseille où il est descendu faire des papiers rue Grignan. Ce retraité a le temps, alors prendre les transports en commun est évident. D’autant que c’est gratuit. « En plus pour moi c’est sur tous les Bouches-du-Rhône », sourit-il avant de rapidement cacher ses gencives : « Maintenant… Samia Ghali (la présidente DVG de la RTM, ndlr), de gauche, bravo ! »

    L’annonce la veille par Nicolas Isnard, président (LR) de la Métropole, de la fin de la gratuité des transports en commun en vigueur depuis 2010 sur le pays d’Aubagne et de l’étoile, et depuis un an sur toute la métropole pour les moins de 11 ans et les plus de 65 ans, le met en colère. « Elle, ne veut pas supprimer la gratuité mais elle veut la diminuer en fonction des revenus. Je ne suis pas d’accord. Les retraités ne sont fortunés et on sait que la limite du tarif social sera très basse. »

    « On recule »

    Le sujet est dans les têtes, entre colère et fatalisme. Le « tous pourris » s’impose dans la discussion de Sandrine et Nourdine qui tancent ces élus jugés loin des préoccupations de leur quotidien et moins enclins à « faire des économies sur leurs gueuletons ». Assis sur un banc, en pleine lecture, Sébastien utilise les transports pour aller travailler sur Marseille.

    « C’est une décision que je pourrais comprendre vu la situation financière de la Métropole mais je me demande si toutes les solutions ont été étudiées », s’interroge ce quinquagénaire pour qui seul le trajet Auriol – Aubagne est gratuit. « On n’est quand même pas sur du superflu. C’est une compétence de la Métropole, ça impacte les collégiens, les étudiants, ça risque de mettre la révolution. »

    Lena, 16 ans, habite aussi à Auriol. Elle arrive d’Aix où elle étudie. Son trajet sur sa partie non gratuite lui coûte 11 euros. « Ça fait déjà cher quand même » glisse timidement la jeune fille. Noa, 19 ans, vient lui de Saint-Maximin avec sa carte Zou à 90 euros par an pour effectuer son alternance à Aubagne. « La gratuité pour un étudiant ça compte. Mis bout à bout, les petits frais ça pique », sourit le jeune homme qui gagne moins de 1 000 euros par mois.

    Femme de ménage à la retraite, Nanou, 75 ans, habite Aubagne et entend conserver sa gratuité. « On s’est battu contre le maire sortant qui voulait nous faire payer. Il va falloir se battre encore », prévient la sexagénaire qui a connu le ticket à 1,20 euro avant 2010 et n’entend pas payer tous les jours pour se rendre au secours populaire où elle y est bénévole. « On a été les premiers à faire la gratuité et aujourd’hui on recule alors que d’autres s’y mettent je ne comprends pas. »

    ET AUSSI

    La ville d’Aubagne lance une pétition

    « La gratuité des transports est notre bouclier. Ne laissons personne le briser. Pour dire non à la décision de la Métropole et appuyer les démarches engagées par la ville, chaque signature compte ». La ville d’Aubagne a lancé dans la nuit de jeudi, sur son site internet une pétition pour la gratuité des transports. 2 000 signatures ont été recueillies dans la nuit. Vendredi soir, la barre des 5 000 était passée.

    La ferme opposition de Frédéric Szabo

    Frédéric Szabo, maire (DVD) de La Penne-sur-Huveaune, affirme dans un communiqué s’opposer fermement à la décision de la Métropole. « Dans le contexte actuel, la gratuité des transports est à la fois une mesure de pouvoir d’achat, une réponse aux difficultés quotidiennes de nos concitoyens et un engagement concret en faveur de la transition écologique et de la sécurité publique », explique-t-il après avoir rappelé la baisse significative des incivilités sur le réseau. Et d’en appeler aux maires du territoire : « Nous devons préserver ce dispositif et défendre les habitants ».

    LFI veut supprimer la Métropole

    La liste de La France insoumise aux élections sénatoriales, conduite par Michelle Blanchard-Svoboda, dénonce fermement la fin annoncée de la gratuité des transports. Les insoumis estiment qu’elle pénaliserait les ménages, sans garanties d’économies réelles, et défendent la gratuité comme un outil de justice sociale, écologique et de mobilité pour tous. « La gratuité des transports, comme les autres services publics, ne doit pas être sacrifiée au nom d’une pseudo-rentabilité », affirme la tête de liste qui entend « redonner leur pouvoir aux communes, concerter les citoyens et mettre fin à cette organisation métropolitaine responsable de nombreux maux de notre territoire ».

    Ch.C.

  • Jérémy Bacchi : « Colère et indignation »

    Jérémy Bacchi : « Colère et indignation »

    Jérémy Bacchi (PCF) est sorti de ses gonds à l’annonce de la volonté du président de la Métropole d’annuler toutes les gratuités dans les transports dont celle de l’ex-Pays d’Aubagne. « Je ressens beaucoup de colère et d’indignation », indique-t-il à La Marseillaise. Scandalisé sur le fond, il l’est aussi sur la forme : « Le maire d’Aubagne apprend cela par voie de presse, c’est totalement inacceptable et irrespectueux. Comment parler de Métropole des maires quand on a cette attitude ? »

    « On nous explique que c’est pour faire des économies sur la fin de l’exercice 2026 puisqu’il faut trouver 53 millions d’économies. Mais comment la Métropole va-t-elle installer toute la billettique et recruter des dizaines de contrôleurs dans ces conditions et à quel coût ? », interroge-t-il.

    Pour le parlementaire, « c’est une mesure purement idéologique prise dans un contexte de flambée des prix du carburant. Mettre fin à la gratuité, c’est un non-sens économique, social et environnemental ».

    Jérémy Bacchi ne veut pas en rester là. « Ce qui a été annoncé peut être défait », affirme-t-il en appelant à la mobilisation des élus toutes couleurs politiques confondues et de la population.

    L.P.

  • [Entretien] Jean-Pierre Squillari : « Nous allons faire entendre la voix d’Aubagne dans la rue »

    [Entretien] Jean-Pierre Squillari : « Nous allons faire entendre la voix d’Aubagne dans la rue »

    La Marseillaise : Nicolas Isnard a annoncé ce matin la fin de la gratuité des transports en commun sur tout le territoire métropolitain. Êtiez-vous au courant de ce projet ?

    Jean-Pierre Squillari : C’est vous qui me l’avez appris.

    Quelle a été votre première réaction?

    J.-P. S. : Il y a le fond et la forme. Je suis maire d’Aubagne et président de la commission des transports. Apprendre par la presse qu’on supprime la gratuité des transports c’est une désinvolture de la part du président.

    Quelles suites comptez-vous donner ?

    J.-P. S. Nous ne sommes pas étonnés qu’il agisse comme cela. Depuis bientôt six mois, Aubagne a toujours été mise de côté. Lors du vote des vice-présidences, le président avait annoncé que les quatre premières villes de la Métropole auraient un poste. Nous sommes la quatrième ville, mais on a mis Istres, dont le maire a la même sensibilité politique que le président de la Métropole. Nous avons aussi été mis dehors de toutes les instances métropolitaines : l’Eau des collines, l’Epage HuCa [le syndicat de l’Huveaune, Ndlr], la Semagora [gestionnaire du centre des congrès d’Aubagne, Ndlr]… Pour masquer cet état de fait, Nicolas Isnard m’a donné la présidence de la commission des transports. Bien entendu, je vais démissionner. Je ne suis pas un homme de paille, je ne subis pas.

    Vous avez aussi annoncé porter ce combat en justice ?

    J.-P. S. : Nous allons étudier toutes les voies de recours. À Aubagne, les transports gratuits sont dans notre ADN. Mes petits-enfants n’ont jamais payé le bus de leur vie ! Et d’un coup on nous dit que l’on va faire payer les transports, au bout de dix-huit ans. Donc nous allons mobiliser. Nous l’avons déjà fait quand il a été question de supprimer la gratuité des transports il y a quelques années, et nous avions fait salle comble et une grande manifestation, avec plus de 600 personnes.

    Le président de la Métropole disait que le préfet avait alerté, qu’il n’était pas possible de maintenir cette gratuité parce qu’elle posait une question d’égalité entre les territoires…

    J.-P. S. : On nous mène en bateau ! Monsieur Isnard m’a dit que c’était la conséquence du rejet du budget de la Métropole [le 10 septembre dernier, Ndlr]. Ce qui veut dire que si j’avais voté pour le budget il n’y aurait pas eu d’inégalités ? Pour qui on nous prend ? Cela fait dix-huit ans que cela existe, et on se réveille juste maintenant ? Ils n’ont pas étudié les conséquences de faire payer les transports. On ne pense qu’aux économies, mais il faut penser aux dépenses. Il faut embaucher des contrôleurs, il faudra équiper tous les bus de distributeurs de billets. Cela a un coût ! Il faut y ajouter la dette grise : ce qu’on ne paie pas immédiatement mais que l’on paiera par les conséquences.

    Quelles conséquences aurait l’abandon de la gratuité ?

    J.-P. S. : Il y a surtout un manque à gagner moral et écologique. Lorsque nous avons mis en place les transports gratuits, nous avons multiplié par trois la fréquentation, on a diminué la circulation automobile. Lorsqu’on décide de faire payer, on multiplie la circulation automobile. Renoncer aux transports en commun gratuits va à l’encontre de ce qu’on entend depuis plusieurs semaines, quand le carburant augmente de façon extraordinaire. On nous dit de favoriser les transports en commun mais on les fait payer, c’est paradoxal ! C’est comme si pendant la canicule, au lieu de rendre gratuite la piscine comme nous l’avons fait on avait doublé les prix !

    Nicolas Isnard invoque la situation financière de la Métropole, vous le comprenez ?

    J.-P. S. : C’est une goutte d’eau dans la piscine de la Métropole les transports en commun à Aubagne. On ne nous a donné aucun chiffre officiel, on lance des chiffres comme ça. Il faut être sérieux.

    Le président Nicolas Isnard n’avait jamais masqué son opposition à la gratuité…

    J.-P. S. : La politique de Monsieur Isnard, c’est de faire payer. Mais peut-être qu’il faut trouver d’autres sources. Il faut se pencher sur le versement mobilité. Peut-être que le patronat n’est pas d’accord, mais l’augmenter permet de desservir correctement les entreprises qui sont enclavées, je pense à Rousset par exemple.

    Comment comptez-vous faire davantage entendre la voix d’Aubagne à la Métropole désormais ?

    J.-P. S. : Dans la rue ! Il n’y a plus que ça puisqu’on a tout essayé ! Je ne vais pas rester les bras croisés, ce n’est plus possible. Le président de la Métropole a franchi le Rubicon et nous allons nous battre avec les maires du pays aubagnais.

    ET LES AUTRES MAIRES

    Roland Giberti, maire (DVD) Gémenos

    « C’est quelque chose qui tombe trop brutalement. C’était peut-être à prévoir mais je ne sais pas si y a eu concertation, si la commission présidée par M. Squillari a débattu. En tout cas ça tombe et ça va faire des dégâts sur le pouvoir d’achat. Je suis quelqu’un qui sait prendre ses responsabilités. Mais même si c’est la seule solution, je pense qu’une telle décision doit être débattue. »

    Michel Lan, maire (DVC) La Destrousse

    « Avec le gasoil à 3 euros, les gens se serrent la ceinture, on tente de mettre le repas des étudiants à 1 euro et nous on supprime la gratuité… Elle a fait ses preuves, on a fait toutes les simulations, elle fonctionne si on met le versement mobilité où il doit aller. Qu’on dise le ticket à 1 euro c’est une chose mais là on est au bord du conflit social et on tape sur les petites économies. Ça ne va pas. »

    Frédéric Gibelot, maire (DVD) Peypin

    « C’est dommage que le budget n’ait pas été voté en juin, on n’en serait pas là. L’exécutif a peut-être une pression de la préfecture, on parle du budget de 2026, le temps est compté. Ça ne fait plaisir à personne mais j’ai cru comprendre qu’il allait y avoir un tarif social et il y aura des débats en conseil métropolitain, c’est une situation que je déplore mais qui ne concerne qu’une quinzaine de communes. J’attends quand même de voir pour l’heure je réserve mon vote »

    Ch. C.

    « Un énorme recul »

    « Cette décision politique est un énorme recul qui arrive au pire moment pour les ménages avec l’inflation des prix des carburants », déplore Yves Mesnard, maire honoraire de Roquevaire. L’apparenté communiste était à l’origine avec son groupe en 2009 de la gratuité en pays aubagnais. « À trois mois de la mise en service du Val’ Tram… Partout on avance et nous on régresse », note celui qui a porté la gratuité partielle (-11 ans et +65 ans) en place depuis 2025 sur la Métropole. Ch. C.