Tag: gouvernance

  • 13 Habitat de marbre même devant un arrêté d’insalubrité

    13 Habitat de marbre même devant un arrêté d’insalubrité

    Assiata avait enfin obtenu en octobre 2022 un logement social pour découvrir qu’il est rongé par l’humidité et les moisissures. 13 Habitat, dont la gouvernance a vacillé cette année, est visé par 4 arrêtés préfectoraux d’insalubrité depuis le début de l’année : deux à Marseille dans la cité Louis-Loucheur de 1932 où vit cette mère, un à Rognac et un à Salon-de-Provence, ce qui renseigne sur la dégradation du patrimoine du premier bailleur social des Bouches-du-Rhône.

    Le maire de Marseille, Benoît Payan, s’en est ouvert par courrier au président du conseil d’administration de l’office public en relayant les alertes d’habitants des résidences des Aygalades, Val Plan, la Marie et la Verdière. Jean-Marc Perrin lui a répondu que c’était une « polémique stérile » tout en appelant à « coopérer ». Six mois après l’arrêté préfectoral d’insalubrité du 5 juin 2025, le bailleur public n’a toujours pas traité le logement ni même reloger Assiata Abdou et son fils. L’arrêté soulignait déjà « l’absence de réponse » de 13 Habitat à son courrier lançant la procédure contradictoire, ce qui en dit long sur l’inertie de l’office public qui engage désormais sa responsabilité pénale pour sa carence persistante.

    « Il faut avoir le courage

    de dénoncer »

    « L’arrêté n’a rien changé. Je n’ai eu aucune proposition de relogement. L’été, l’odeur insupportable réveille la nuit et l’hiver avec l’air qui passe par les fenêtres j’ai peur pour ma santé. Je fais de l’asthme, j’ai fait une rechute en juillet d’inflammation pulmonaire » raconte Assiata, 58 ans, accompagnante d‘élève en situation de handicap. « Depuis 3 ans qu’on vit ça, ils promettent des travaux mais sont champions pour envoyer un plombier ou le gardien reprendre des photos. Ils savent aussi déstabiliser les locataires en affirmant qu’on n’a pas répondu aux appels téléphoniques des entreprises. » Son fils de 21 ans est inquiet de voir la santé de sa mère se détériorer. « On est obligés de stocker nos vêtements dans des caisses hermétiques pour ne pas qu’ils pourrissent », dit-il.

    « Avant, moi aussi comme mon fils, j’avais honte d’habiter là où on vit, mais il faut avoir le courage de le dénoncer. Cela aidera les autres mamans seules à témoigner. » Comble de cet enfer, les désordres d’évacuation du logement impactent sa voisine du dessous. Assiata se retrouve assignée avec 13 Habitat devant le pôle judiciaire.

    En avril dernier, 13 Habitat a reconnu avoir « pu constater différents désordres et désagréments que vous subissez et qui impactent votre cadre de vie » et a promis des travaux. L’office concluait : « Soyez assurée que [13 Habitat] veillera tout particulièrement au suivi des travaux demandés afin que vous puissiez retrouver le cadre de vie que vous êtes en droit d’attendre. »

    « La situation de Mme A. vivant dans un logement déclaré insalubre à Louis-Loucheur, doit être améliorée de toute urgence. 13 Habitat assume sa part de responsabilité dans le retard pris, et présente ses excuses à la locataire », écrit le bailleur social dans le communiqué qu’il nous adressé ce jeudi 27 novembre et qui reconnaît qu’à ce jour, « seule la pose de réglettes d’aération sur menuiseries a été effectuée par l’entreprise prestataire. Les autres interventions n’ont pas pu être réalisées, en l’absence de rendez-vous fixés entre les prestataires et la locataire ».

    Le logement, occupé par Assiata et son fils, est couvert de moisissures. Il est frappé d’un arrêté préfectoral d’insalubrité depuis le 5 juin 2025, qui oblige désormais le bailleur à des travaux et à un relogement dans les trois mois. 13 Habitat indique avoir « décidé » d’interventions à faire. « 13 Habitat vient de demander à nouveau, à ses prestataires, d’intervenir dans les plus brefs délais, et sera particulièrement attentif à la qualité des travaux réalisés. »

    L’office demande à sa locataire de se rendre disponible afin de faciliter la bonne réalisation de ces interventions. Pour rappel, cette mère isolée qui travaille a déjà dû prendre des congés pour se rendre disponible et jusqu’alors pour rien, se mettant en difficultés financièrement. 13 Habitat dit « étudier la possibilité d’un relogement temporaire ou pérenne. L’objectif est bien de mettre un terme au plus vite à cet état d’insalubrité ». À suivre donc.

    Interrogé, 13 Habitat
    nous indique préparer
    un communiqué jeudi.

  • Une liste « verte et sociale » alternative à la majorité

    Une liste « verte et sociale » alternative à la majorité

    Elle est clairement l’outsider des prochaines élections municipales. Entre François Bernardini, le maire d’Istres en poste depuis 2008 candidat à sa propre succession, et son principal opposant politique Robin Prétot (LR), Catherine Mickus, tête de liste du collectif créé en mars 2025 « Istres verte et sociale », voudra se frayer un chemin grâce à une campagne de qualité « menée sur les idées ».

    Arrivée à Istres en 2016, l’interprète de conférence à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) porte une alternative à la majorité sortante. « On ne dit pas que le maire a tout fait faux, ce n’est pas vrai, explique-t-elle. Il y a tout un réseau d’actions sociales qui sont tout à fait remarquables, et ça, on ne le remet pas en question. » Mais la presque retraitée, encartée chez la France insoumise, veut aller plus loin, avec un projet inscrit dans la « ligne du Nouveau front populaire ».

    Ses priorités : l’écologie et la transparence. « La surbétonisation de la ville n’est pas durable, il faut que ça cesse, affirme-t-elle. Et puis il y a l’enquête du Parquet national financier à l’encontre du maire (*) qui pose question. Ce n’est plus acceptable d’avoir ce type de gouvernance au XXIe siècle, il faut que ce soit moins horizontal en associant beaucoup plus les citoyens, donc en mettant en place des outils de concertation, de consultation et de participation. »

    Pour incarner l’orientation de cette liste de rassemblement de gauche, à laquelle se sont alliés Europe Écologie-les Verts, Génération.S et le Parti socialiste, Catherine Mickus a lancé une série d’actions concrètes, comme des ramassages de déchet, afin d’allier « l’utile à notre programme ». Les événements sont à retrouver sur les réseaux sociaux d’Istres verte et sociale.

    (*) Poursuivi pour des faits supposés de corruption, favoritisme et abus de biens sociaux, François Bernardini, présumé innocent, comparaîtra en juin 2026 devant le tribunal judiciaire de Paris, selon La Provence.

  • La dernière visite de Moscovici à Marseille

    La dernière visite de Moscovici à Marseille

    Parallélisme des formes, Pierre Moscovici, le premier président de la Cour des comptes, a tenu à installer « son » nouveau président de la chambre régionale des comptes Paca, Xavier Lefort, l’ancien préfet de Guadeloupe qu’il a convaincu d’accepter ce poste, après s’être déplacé personnellement le 26 juin dernier pour débarquer la présidente Nathalie Gervais, officiellement démissionnaire.

    Le nom de cette dernière n’a pas été prononcé dans les discours officiels. Une damnation mémorielle qui en dit long sur le sérieux de ce qui a pu lui être reproché en interne mais qui demeure secret. Ce qui a obligé de nouveau Pierre Moscovici à réfuter tout lien avec la publication du rapport sur « Marseille en grand ». « L’épisode qui m’a amené ici en juin est derrière nous », a voulu rassurer M. Moscovici à l’issue de l’audience solennelle à laquelle ont participé le président de région Renaud Muselier (Ren.), la présidente de la métropole et du département, Martine Vassal (DVD), le maire de Marseille Benoît Payan (DVG) ou encore le maire de Nice Christian Estrosi (Hor.).

    Tout juste a-t-il consenti à lâcher que « des difficultés managériales internes étaient intervenues qui ont entraîné le départ à l’amiable de la présidente qui n’a jamais été destituée. Je n’étais pas venu la débrancher mais rassurer le personnel à un moment de flottement après une crise de gouvernance », la situation ayant fait l’objet d’une « enquête administrative indépendante ».

    L’ancien ministre socialiste de l’économie qui a par ailleurs annoncé la semaine dernière son départ anticipé au 1er janvier prochain pour la Cour des comptes européenne, a réfuté tout motif politique : « Le départ de Madame Gervais n’a absolument rien à voir avec Marseille en grand. Il n’a rien de politique. » D’assurer n’être jamais intervenu dans les travaux d’une chambre. « Je n’ai jamais demandé à un président de me faire remonter un rapport. Je ne l’ai jamais censuré, jamais caviardé. Il en va de même pour ce rapport “Marseille en grand”. Que cela ait pu indisposer certains, la chambre régionale des comptes n’est pas là pour plaire ou déplaire, mais pour dire ce que l’on trouve et faire des recommandations. »

    Une « nouvelle feuille de route » s’ouvre pour le président Xavier Lefort qui a fait le vœu d’« être collectivement encore plus efficace dans le rétablissement des comptes et dans la répression des atteintes à la gestion publique ». « Il n’y a pas l’ombre d’un doute, pour chaque contrôlé, qu’il sera traité avec le seul souci de rendre compte le plus fidèlement possible de son action. Aucune pression, aucune complaisance ne viendra orienter le sens de nos travaux. »

    Xavier Lefort s’est dit très conscient de « l’impérieuse attente de nos concitoyens qui demandent avant tout l’efficacité et la transparence de l’action publique. Parce que le citoyen est un contribuable, que l’euro que nous manions est le sien, que l’argent public n’a pas de propriétaire mais que des gérants. Il n’y a pas de consentement à l’impôt si son bon usage n’est pas garanti ». L’explication pédagogique est une nécessité car, citant Mark Twain, « le mensonge a le temps de faire trois fois le tour de la terre avant que la vérité ne mette ses chaussures ». « Notre indépendance est sacrée, a-t-il insisté devant la presse. Sinon c’est le crédit même de notre institution qui s’effondre. »

    L’ambition est affichée d’être au plus près des préoccupations de la gestion publique et « c’est ce que nous continuerons à faire ici avec le Plan “Marseille en grand” animé du souci du dialogue et de la compréhension des enjeux », a-t-il dit. Quant au rapport en cours de finalisation sur la Ville de Marseille, à entendre le président Lefort, il ne faut pas espérer une publication prochaine : « Il ne s’agit pas en période électorale de perturber la réflexion du citoyen en intervenant dans le débat. Trois mois avant le premier tour des élections, les chambres ne publient plus leurs observations. » « Nous ne devons pas interférer dans une élection », résume Pierre Moscovici.

    « Il n’y a pas de consentement à l’impôt si son bon usage n’est pas garanti. »

  • Un budget à l’équilibre pour le département

    Un budget à l’équilibre pour le département

    À l’aube d’un dernier trimestre qui approche au grand pas avait lieu ce lundi l’assemblée plénière du département du Var. Celle-ci revêtait plusieurs intérêts : aborder des sujets mis à l’ordre du jour et qui concernent le quotidien des Varois (ressources, éducation, subventions, financements…) et corriger le budget 2025 présenté en début d’année, eu égard aux dépenses déjà réalisées et à celles à venir.

    Objectif : parvenir à l’équilibre. Les dépenses s’élèvent à 1,569 milliard d’euros : 1,339 milliard de frais de fonctionnement, 192 millions pour le Plan pluriannuel d’intervention (l’ensemble des projets d’investissements prévus), et 38 millions pour le remboursement de la dette. Les recettes se chiffrent à 1,546 milliard d’euros : 1,426 milliard de recettes de fonctionnement, 25 millions de subventions et dotations d’investissement et 95 millions liés au résultat cumulé des exercices antérieurs. Un emprunt de 23 millions d’euros a donc été réalisé pour parvenir à l’équilibre.

    L’Aide à la vie partagée presque doublée

    Ce budget doit assurer la pérennité des projets du département. Au premier rang, le dispositif Var eau solidaire, qui vise à anticiper une maîtrise des besoins en eau, et dont les orientations stratégiques pour la période 2025-2028 ont été votées. Elles consistent en cinq points : améliorer la connaissance des ressources et usages, renforcer la sobriété, sécuriser l’alimentation en eau, préserver la qualité des milieux et développer la gouvernance. Les municipalités en sont parties prenantes. 20 millions d’euros leur ont été octroyés pour la poursuite du dispositif.

    Également à l’ordre du jour, le programme Var insertion travail, qui favorise le retour à l’emploi des bénéficiaires du RSA, a vu son budget à horizon décembre 2027 rallongé de plus de 6,5 millions d’euros. Dans la même optique, le marché d’accompagnement social a été revalorisé à hauteur de 807 000 euros pour répondre aux nouveaux besoins. Enfin, le dispositif d’Aide à la vie partagée, qui consiste à permettre à des personnes dépendantes de vivre dans des habitats inclusifs (logements privés avec espaces communs en partage) a presque été doublé, passant de 10,7 à près de 20,1 millions d’euros. Le nombre d’aides passera ainsi de 244 à 444 d’ici 2028. Un appel à manifestation d’intérêt va être lancé, afin de retenir les projets d’habitat inclusif qui bénéficieront des 100 premières aides à la vie partagée, sur les 200 prévues au total.

  • Parc des Cévennes : la fusion qui inquiète

    Parc des Cévennes : la fusion qui inquiète

    À Florac, siège du Parc national des Cévennes (PNC), la tension est palpable. Depuis que le Sénat a rendu public, début juillet, un rapport proposant la fusion des onze parcs nationaux français avec l’Office français de la biodiversité (OFB), le monde de la protection de la nature est en émoi. Officiellement, il s’agit de rationaliser les opérateurs de l’État et de participer à l’effort d’économie de 40 milliards d’euros annoncé par le gouvernement. Mais sur le terrain, la colère monte. « Ça serait vraiment une catastrophe », martèle Stéphan Maurin, président du PNC, qui s’indigne de n’avoir jamais été consulté. « Quand on fait un rapport, on va au contact des gens pour prendre la température, pour voir ce qui fonctionne, ce qui aurait le mérite d’être amélioré. Je n’ai pas vu un sénateur au kilomètre carré depuis que je suis président. »

    Les critiques s’appuient sur un point central : la gouvernance. Depuis la loi Giran de 2006, les parcs nationaux sont des établissements publics autonomes, ancrés dans leur territoire. Leurs conseils d’administration réunissent des élus, des associations, des agriculteurs, des chasseurs ou encore des habitants. Une diversité saluée pour sa capacité à prendre des décisions adaptées aux réalités locales. La perspective d’un rattachement à l’OFB, organisme national centralisé, signifierait la disparition de ce modèle participatif.

    « On perdrait toute notre liberté »

    Au conseil d’administration réuni le 26 juin à Florac, agents et administrateurs ont d’ailleurs adopté une motion unanime contre la fusion. « Nous refusons catégoriquement ce projet, pas seulement en raison des postes qui seraient supprimés, mais parce que cela nous couperait de notre ancrage territorial », a déclaré le représentant du personnel, Laurent Bernard. « Dans le projet proposé, on perdrait vraiment toute notre liberté dans la prise de décision. » Les opposants rappellent que des mutualisations existent déjà, notamment sur la formation ou la gestion administrative, et qu’elles pourraient être renforcées sans remettre en cause l’autonomie des parcs. « Ce n’est pas avec les 8 ou 9 millions d’euros de chaque parce qu’on comblera le déficit de l’État », dénonce Stéphan Maurin, pour qui l’argument budgétaire est un « très mauvais calcul ».

    Cette inquiétude dépasse largement les Cévennes. Le parc du Mercantour a déjà lancé une pétition qui a recueilli plus de 20 000 signatures, et les dix autres parcs nationaux préparent une mobilisation commune. Tous redoutent de voir s’effacer des décennies de travail de concertation locale. Au-delà des chiffres, c’est une certaine idée de la relation entre l’État et ses territoires qui est en jeu. « On échange, on dialogue, on écoute avec attention ce que le territoire nous dit », souligne le maire du Pont-de-Montvert. « Si nous ne sommes plus là, qui va le faire ? »

    Pour le Parc national des Cévennes, habité et vivant, l’enjeu dépasse la simple protection de la biodiversité : il s’agit aussi de défendre un mode de gestion de l’environnement qui associe les habitants, loin des décisions prises à Paris. Le combat s’annonce animé à la rentrée, alors que le gouvernement doit présenter son budget à l’automne.

    « Je n’ai pas vu un sénateur depuis que je suis président »