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  • [Rue de la République] Romain Simmarano : « Je saisis la chambre régionale des comptes pour connaître l’état de Marseille »

    [Rue de la République] Romain Simmarano : « Je saisis la chambre régionale des comptes pour connaître l’état de Marseille »

    Le positionnement vis-à-vis du RN

    Didier Gesualdi : Votre tête de liste, Martine Vassal, a alimenté un peu de flou sur sa position par rapport au RN au second tour des municipales. Vous avez dû faire le pompier depuis le début de la semaine ?
    Ni l’un ni l’autre mon capitaine. Martine Vassal, depuis très longtemps dans sa vie politique a toujours été claire comme Renaud Muselier, sur les lignes rouges à ne jamais franchir sous aucun prétexte. Quelque part, l’exercice de cette semaine est intéressant parce qu’il a permis une clarification nette, définitive, ancrée désormais dans l’esprit de chacun. Il n’y aura pas d’alliance, pas d’accord d’appareil ni d’accord tout court avec les extrêmes dans Marseille pour les élections municipales. Si certains en doutaient, ils peuvent être rassurés et nos adversaires politiques déçus car nous n’avons jamais été aussi courtisés. Ce retour aux valeurs essentielles du gaullisme, de l’identité de la droite et du centre, pose une autre question dans notre ville : est-ce que Benoît Payan aura vis-à-vis de la France insoumise et de l’extrême gauche, le même comportement. Je lui demande de s’engager aussi clairement que Martine Vassal et son équipe l’ont fait, sur une alliance de premier, deuxième ou troisième tour avec la France insoumise.

    Léo Purguette : Vous comprenez que ces paroles troublées aient pu choquer les Marseillais progressistes qui, en 2020, ont vu d’un bon œil la défaite du RN dans les 13-14 grâce au retrait d’une liste de gauche ?
    Ces Marseillais progressistes ont raison de rester fidèles à leurs valeurs qui sont aussi les miennes d’ailleurs. Ils ont raison d’exiger de la classe politique, clarté, constance, fidélité à une forme de tradition républicaine et gaulliste. Ce que je veux leur dire au nom de Martine Vassal et de toute l’équipe qui l’entoure, c’est que l’on porte la possibilité de ne pas choisir des gens à l’extrême droite qui veulent confiner les Marseillais pour lutter contre le narcotrafic et de l’autre côté, une extrême gauche qui veut désarmer la police municipale.

    Didier Gesualdi : La candidature d’Erwan Davoux et Nora Preziosi ne peut-elle pas vous prendre les quelques points qui risquent de vous manquer au premier tour par rapport au Rassemblement national ?
    Je ne suis pas sorcier. Je ne sais pas à qui Mme Preziosi et M. Davoux vont prendre des voix. Je ne sais pas quel est leur projet politique. Je ne fais pas de jugement de valeur, au fond chacun a le droit de se présenter en démocratie aux élections municipales. En vérité cette candidature n’a pas encore montré son vrai visage donc je n’ai rien à en dire.

    L’extrême droite

    Didier Gesualdi : Vous parlez d’amateurisme à propos du RN.Au-delà des valeurs, vous considérez donc qu’ils ne sont pas prêts pour gouverner Marseille ?
    Quand on fait de la politique, il faut avant tout penser aux Marseillais. On s’est posé la question comme n’importe qui : LFI, Payan, RN, pourquoi on les combat ? Pour des questions de valeurs, bien sûr, mais aussi parce qu’ils proposent aux Marseillais ne fonctionnera jamais. Quand on constate que M. Allisio, à Paris, dans ses activités de député de Marignane est capable de voter 36 milliards d’impôts supplémentaires sur le dos des Français ; quand on voit qu’il est capable d’aller se rallier à des propositions de la France insoumise pour créer plus de taxes, on voit bien la limite de leur exercice. Quand on voit leur réaction, assez indigne je dois dire, au moment des obsèques de Mehdi Kessaci où M. Allisio demande pendant les questions au gouvernement, l’état d’urgence pour Marseille, autrement dit le confinement des Marseillais pour lutter contre le narcotrafic, on voit bien que ces gens-là sont programmés pour sortir des punchlines sans aucune notion de ce qui ferait réussir Marseille.

    Léo Purguette : Dans le cadre de ces punchlines, Franck Allisio a dit qu’il réservait la présidence de son comité de soutien à Martine Vassal. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
    Rien, si ce n’est que Martine Vassal est au cœur de cette élection municipale. Tout le monde parle d’elle. Il y a trois blocs cohérents qui sont capables d’emporter la mairie de Marseille. Le nôtre est le seul à proposer quelque chose de rassembleur pour les Marseillais.

    La France insoumise

    Léo Purguette : Croyez-vous crédible – y compris chez les Marseillais de droite – d’assimiler Benoît Payan à l’extrême gauche ? Si c’est LFI que vous désignez, tout semble plutôt indiquer qu’ils souhaitent faire chuter le maire.
    M. Payan est dans un théâtre d’ombres qu’il a lui-même créé. Comme expliquer la présence dans son exécutif de M. Barles qui a affirmé son alliance avec LFI aux municipales. N’importe quel leader de gauche aurait mis fin à cette situation, de même que nous, dans nos secteurs, ceux qui transigent avec le RN perdent leurs délégations le jour même ou alors on leur demande leur démission. Comment expliquer qu’on ait des déclarations dans la presse de M. Payan qui s’étonne d’être attaqué par LFI et que M. Delogu, dans sa première interview de candidat annonce d’entrée qu’il souhaite trouver une alliance de second tour. C’est comme dans une enquête pénale, les preuves sont trop accablantes pour laisser le moindre doute. Je ne suis ni procureur ni juge mais je fais de la politique. La politique, c’est la clarté. Je pose la question sur votre plateau : M. Payan, pouvez-vous vous engager, formellement, solennellement, comme l’a fait Martine Vassal ces derniers jours pour le RN, à ne nouer d’alliance sous aucun prétexte avec LFI au second tour ?

    La santé

    Léo Purguette : Vous parlez de développer la ville, ça veut dire quoi ? Vous y mettez l’activité économique et les services publics ?
    Qui aujourd’hui propose un véritable développement du Port de Marseille comme véritable vivier d’emplois du futur ? Qui aujourd’hui s’engage pour la santé des Marseillais en termes de couverture d’accès aux soins ? Elle s’est encore aggravée puisque l’hôpital public vient de sortir du top 35 des hôpitaux français !

    Léo Purguette : N’est-ce pas plus imputable à la politique du gouvernement que vous soutenez qu’à celle du maire de Marseille ?
    Que je sache, le conseil de surveillance de l’assistance publique hôpitaux de Marseille est présidé par le maire de Marseille et son représentant, en l’occurrence la maire légitimement élue par les Marseillais en juin 2020, Michèle Rubirola.

    La gestion de Marseille

    Didier Gesualdi : Marseille est une ville fracturée, ça ne date pas du dernier mandat. Que proposez-vous pour corriger cela ?
    D’abord répéter toute la journée que ce n’est pas une fatalité.

    Didier Gesualdi : Ça l’a été sous Jean-Claude Gaudin, c’est peut-être pour ça que le Printemps marseillais a été élu.
    Mais en réalité personne ne veut fracturer Marseille sauf que dans les actes, dans les preuves d’amour comme on dit dans les relations sentimentales, il y a ceux qui font et ceux qui ne font pas. Je ne veux pas remonter à l’an pèbre pour vous parler de Robert-Paul Vigouroux ou de Jean-Claude Gaudin. Je veux vous parler des six années qu’on vient de passer. Il y avait une fracture réelle de la ville sur le sujet des écoles, l’état du bâti et aussi ce qu’on y faisait. L’État, en début de mandat, a mis un milliard d’euros sur la table en disant qu’on allait pouvoir rénover et reconstruire 87 écoles. On moment où je vous parle, il y en a eu au total uniquement 9 de réellement faites par la société des écoles de Marseille dans le cadre du plan Marseille en grand. Pendant ce temps, dans les transports vous avez eu des projets majeurs de développement du tramway et des bus à haut niveau de service, plus une modernisation du métro avec la totalité des crédits mis sur la table, utilisée par Mme Vassal.

    Léo Purguette : Vous parlez de preuves d’amour, la chambre régionale des comptes démontre par les chiffres que peu d’aides du Département sont allées à Marseille, n’est-ce pas un problème ?
    Je regarde les dynamiques et je constate qu’à l’époque de M. Guérini, le maître à penser et à agir de M. Payan, il y avait 7 fois moins d’aides et de subventions à Marseille qu’il n’y en a eu sous le mandat de Martine Vassal depuis 10 ans. On peut considérer que c’est jamais assez, que ce n’est pas suffisant mais…

    Léo Purguette : … Vous critiquiez à l’époque l’absence d’aide à Marseille.
    …7 fois plus que lorsque la gauche gouvernait ! Mais je vais plus loin : Martine Vassal a mis sur la table avec le Département et la Métropole un certain nombre de crédits, comme Renaud Muselier à la Région, qui n’ont jamais été engagés. Comme les crédits d’État, comme les crédits européens… Il y a un problème de gestion de cette ville et de capacité à se saisir des opportunités. Sinon, c’est dans les poches des Marseillais qu’on va piocher l’argent comme pour les galeries Lafayette. Benoît Payan est devenu au fil du temps le pire maire de l’histoire de cette ville.

    Didier Gesualdi : Il dit qu’en arrivant c’était la gabegie et qu’il a dû demandé un audit sur les finances.
    La Chambre régionale des comptes et la Ville détiennent un rapport tenu secret qui recense, l’ensemble de la situation de la Ville. Nous allons saisir la chambre la semaine prochaine pour demander, par souci de transparence et de rigueur démocratique, le contenu de ce rapport. Les Marseillais méritent de savoir dans quel état Benoît Payan a laissé la Ville, comme ils méritaient de savoir dans quel état Jean-Claude Gaudin l’avait laissée. Aucun fonds européen n’est allé dans les caisses de la Ville mais M. Payan est capable de venir sur votre plateau pour dégainer 50 millions d’euros pour acheter les galeries Lafayette.

    Léo Purguette : Sur ce même plateau, Mme Camard parlait des efforts de désendettement de la Ville. Vous êtes en désaccord ?
    Non, mais j’ai une nuance avec Mme Camard. Elle est dans le camp des décroissants, de ceux qui ne veulent pas le développement, le progrès. Elle était la suppléante de Jean-Luc Mélenchon. Elle pense que le centre ville mérite d’être dans l’état où il est. Elle en est très fière.

    La garde d’enfants

    Didier Gesualdi : Quelles propositions avancez-vous ?
    Regardez le sujet de la garde d’enfants. C’est un sujet très important pour l’équipe que je représente. On a une municipalité qui a été incapable de se saisir de cet enjeu sociétal et qui a dégainé à un moment un milliard d’euros d’urgence sans qu’on comprenne bien ce que ça voulait dire. Aujourd’hui vous avez des mères, et même des pères, des parents isolés qui ne sont pas en mesure de chercher un travail ou d’avoir une vie tout simplement, parce que le sujet de la garde des enfants est devenu un problème. Ça a des conséquences parce que certains- quand on n’a pas le choix – sont laissés à eux-mêmes.

    Didier Gesualdi : Comment on fait ?
    On porte avec Martine Vassal un droit opposable à la garde d’enfants. Ça se fait dans plusieurs villes d’Europe.

    Léo Purguette : Est-ce compatible avec vos exigences de rigueur budgétaire ?
    Bien évidemment, il y a des crédits qu’on peut aller chercher, notamment à l’Europe où Benoît Payan aurait pu se saisir de la main tendue par Renaud Muselier.

    Christophe Gleizes

    Léo Purguette : La condamnation de notre confrère Christophe Gleizes en Algérie a été alourdie en appel. Quelle est votre réaction ?
    Je suis particulièrement choqué comme beaucoup d’entre nous, y compris d’ailleurs des Marseillais d’origine algérienne et qui constate que ce régime ne sait répondre à la critique, à l’analyse, au journalisme que par la violence et les sanctions pénales. Ce qui me choque encore plus, c’est que Benoît Payan a donné une interview à So Foot, le journal qui employait M. Gleizes comme pigiste, et il n’a pas eu la dignité de dire un mot de lui. C’est un scandale. Surtout quand son propre député, M. Lhardit, est président du groupe d’amitié, France-Algérie.

    La question des lecteurs

    Jérôme Toul : Je trouve incompréhensible que Martine Vassal fasse campagne en critiquant son propre bilan sur la propreté et les commerces de centre-ville. C’est un acte de contrition ?
    Non, Martine Vassal a le mérite d’être lucide sur l’état de la ville mais tous les efforts qui ont été faits à la fois en termes de redynamisation du centre ville et de propreté ont été faits par la Métropole sur ce dernier mandat. Le vrai scandale dans le centre-ville de Marseille comme dans les noyaux villageois d’ailleurs, c’est l’absence total de sanctions. Aujourd’hui Benoît Payan a créé un permis de salir en ne sanctionnant et en verbalisant – alors que c’est sa compétence – seulement 200 personnes par an, là où une ville comme Nice qui a trois fois moins d’habitants, en sanctionne 2 000 !On a un problème parce qu’il a laissé s’installer une situation dans laquelle les habitants de Marseille ne descendent plus dans le centre ville, y compris à cause de l’absence de propreté, mais ce n’est certainement pas à cause de Martine Vassal.

  • À Rognac, le RN s’est emparé d’une ville rongée par une gestion chaotique

    À Rognac, le RN s’est emparé d’une ville rongée par une gestion chaotique

    Sans faire de bruit, Rognac, 12 335 habitants, cité dortoir et ouvrière par excellence, est passée, il y a un an, aux mains du Rassemblement national. Trente ans après ses succès à Marignane et Vitrolles, à quelques kilomètres de là, l’extrême droite est revenue aux manettes.

    Les municipales anticipées tenues les 17 et 24 novembre 2024 après des démissions en cascades au conseil municipal, ont été un fiasco pour la liste de la maire (UDI) sortante, Sylvie Miceli-Houdais, qui avait pris la succession de Stéphane Le Rudulier (LR) devenu sénateur.

    Réunissant 13,84% des votants, elle était arrivée en troisième position, loin derrière Willy Nicollet (DVD), son adjoint à la sécurité (34,65%), et Christophe Gonzalez (RN) arrivé en tête (38,24%) à l’issue d’une quadrangulaire mortifère. Un novice, débarqué au RN un an plus tôt qui a bénéficié de l’étiquette et du soutien affiché des ténors nationaux du parti d’extrême droite.

    Mais ce désaveu des citoyens est surtout le fruit des scandales qui ont éclaboussé la gestion de Sylvie Miceli-Houdais et celle de son prédécesseur. Un rapport de la Chambre régionale des comptes rendus public cet été, a dépeint cette gestion municipale à la dérive, de 2019 à 2024.

    Les magistrats y pointaient un manque de pilotage, avec un poste de Direction générale des services vacants durant deux ans, un cabinet du maire pléthorique, des dépenses de marchés publics explosant les seuils légaux, ou bien encore des frais de mission comportant l’utilisation « dévoyée » d’une carte achat…

  • La foire des santons de retour sur le Vieux-Port

    La foire des santons de retour sur le Vieux-Port

    Depuis 1803, la foire des santons provençaux investit le Vieux-Port. Samedi, la mythique foire aux santons ouvre ses portes pour l’édition 2025, avec 21 santonniers provençaux. « Les visiteurs peuvent avoir l’absolue certitude qu’ils sont fabriqués en Provence », assure Philippe Risch, secrétaire de l’association IGSP. Une association qui organise la création et la gestion pour une indication géographique de cet artisanat traditionnel. « Le but est de protéger les santons provençaux », explique Daniel Coulomb, président de l’association. Les deux hommes espèrent que l’indication géographique sera effective en décembre 2026.

    Un patrimoine culturel que la foire tient, cette année encore, à mettre en avant. Comme l’année passée, les enfants pourront découvrir ce savoir faire tous les mercredis, en faisant leur propre santon d’argile. Les week-end seront animés par des chants et danses provençales.

    Une année difficile tout de même pour la foire, qui a perdu la subvention de la Métropole. « La filière d’argile de la Métropole a été transférée à la ville d’Aubagne, explique Michel Bouvier, président de l’Union des fabricants de santons de Provence. Comme ils organisent une foire concurrente, on a perdu nos subventions », se désole-t-il. Un manque à gagner de 20 000 euros.

  • La collecte individuelle des déchets à l’étude pour Saint-Pierre et les Laurons

    La collecte individuelle des déchets à l’étude pour Saint-Pierre et les Laurons

    À chaque conseil de quartier, les ordures reviennent sur le tapis. Sauf que cette fois mardi soir pour Saint-Pierre et les Laurons, la porte de sortie du problème est à l’initiative du représentant de la Métropole, chargée de la collecte.

    Le problème pour M. Tokarski, habitant la colline des Cléments, est que « les grands containers dans lesquels l’ensemble du quartier jette ses ordures sont insuffisants », ce qui conduit certains à jeter derrière et autour. Il remarque que « dans les quartiers où il y a les containers individuels y’a pas de problèmes ». Le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux « interpelle aimablement » le représentant de la Métropole Thomas Fian, présent à la réunion, à ce sujet. « Oui, nous pouvons mener une étude pour voir s’il est possible de doter en bacs individuels » annonce le fonctionnaire, qui « partage le constat qu’avec les bacs individuels on n’a pas d’objets indésirables » autour des bacs ni dedans. Une étude qui sera menée en étroite collaboration avec Odile Teyssier-Vaïsse (PCF), l’adjointe de quartier.

    « J’avais prédit que ça serait dysfonctionnel »

    Les dysfonctionnements dans la collecte ont une triple conséquence. L’insatisfaction des usagers contribuables, qui peinent à signaler leurs problèmes, malgré l’application Réflexe de la Métropole, qu’un habitant a voulu utiliser mais qui « se met en erreur ». La saleté autour des poubelles, qui est du ressort du service propreté urbaine de la Ville, qui « intervient très souvent et ramassent parfois deux plateaux par jour alors que c’est pas leur job », rappelle Odile Teyssier-Vaïsse.

    Et au fond, une certaine frustration. « Je ne trie plus. On nous dit c’est la Métropole, mais c’est facile de se défausser », lance cet habitant excédé au maire. Odile Teyssier-Vaïsse intervient : « Non, ça n’est pas facile. Mais remarquez que quand c’était nous en gestion y’avait pas de problèmes » estime l’élue, au sujet de l’ex-Communauté d’agglomération de l’ouest de l‘étang de Berre (Caoeb).

    Gaby Charroux, auteur d’un livre sur la métropolisation, approfondit. « J’avais prédit que ce serait terrible et c’est le cas partout autour. Et on paye désormais une taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qu’on payait pas avant avec la Caoeb. La Ville paye son service propreté, qui paye encore lorsqu’on dépose au Vallon du Fou, qu’on avait nous-même financé. On paye trois fois ! » détaille l’édile.

    Ou quand les centres de décision s’éloignent autant que les finances.

  • La Chambre des comptes pointe le déficit structurel de l’hôpital de Martigues

    La Chambre des comptes pointe le déficit structurel de l’hôpital de Martigues

    Le rapport est assez alarmant. Mardi 28 octobre, la chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur a publié ses observations après avoir contrôlé le centre hospitalier de Martigues, à compter de l’exercice 2019. Elle pointe une « situation financière structurellement déficitaire », aggravée par des dépenses jugées irrégulières et un manque d’investissements pour moderniser ses installations.

    Pourtant, l’activité de l’établissement est en hausse. Sa part de marché en médecine est ainsi passée de 44,6% en 2019 à 48% en 2022. En hospitalisation complète de chirurgie, la progression est encore plus soutenue, puisque la part de marché a atteint 39,4% en 2022 contre 31,8% en 2019. Mais cette progression ne suffit pas à assurer une situation financière saine, qui ne « s’est trouvée améliorée que durant la période de crise sanitaire du fait d’une activité soutenue et des aides exceptionnelles qui ont été allouées durant cette période par l’ARS, note la chambre régionale des comptes. Hors période de crise sanitaire, la dynamique de progression des charges nettement supérieure à celle des produits conduit à des déficits qui s’accroissent. » Entre 2019 et 2023, les dépenses ont progressé de 34%, soit 42 millions d’euros supplémentaires. En valeur absolue, les plus fortes augmentations concernent les charges de personnel (27,4 M) et les charges à caractère médical (8,7 M).

    Le directeur de l’établissement, Loïc Mondoloni, explique : « Le Centre hospitalier de Martigues a aujourd’hui 50 ans et est conçu comme un bâtiment des années 70. L’évolution vers l’ambulatoire, la modernisation des plateaux techniques, le développement des technologies s’imposent. Mais, si la structure n’évolue pas, les possibilités sont limitées. Prendre en charge correctement chaque patient conduit dès lors à devoir déployer des ressources supplémentaires à celles d’un bâtiment configuré de manière optimale et fonctionnelle. »

    Une incapacité

    d’auto-financement

    Des avantages octroyés au personnel de manière irrégulière sont également mis en lumière. Le document rapporte, par exemple, qu’1,2 million d’euros de temps de travail additionnel majoré au-delà du tarif réglementaire a été versé à certains praticiens des urgences, entre 2019 et avril 2023. Le directeur alors en fonction, Barthélémy Mayol, a justifié cette décision par « le caractère essentiel du service des urgences dans le fonctionnement de l’établissement et la nécessité de disposer d’une équipe médicale en nombre et compétences suffisants dans ce service ». Loïc Mondoloni assure que ces irrégularités de rémunération « ont aujourd’hui quasiment toutes cessé ».

    La juridiction financière signale, par ailleurs, l’incapacité d’auto-financement de l’hôpital : « La faible évolution des immobilisations, l’importance des aides extérieures, l’accroissement des dettes financières témoignent d’un établissement qui ne peut investir sans aide ou sans emprunt. Le centre hospitalier de Martigues ne dispose d’aucune ressource lui permettant d’autofinancer l’entretien de ses bâtiments, ainsi que le renouvellement ou l’acquisition d’équipements. » Hors, la vétusté des locaux a été soulignée dans le rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté concernant la psychiatrie, à l’issue de sa visite en mai 2019, et de la Haute Autorité de santé, en juillet 2020.

    Un plan de restructuration et des économies

    Un plan de restructuration de 60 millions d’euros, dont 28 millions d’euros financés par le Ségur, est néanmoins sur la table. Il vise à construire un bâtiment médico-technique comprenant un nouveau bloc opératoire, un nouveau service d’urgences dimensionné pour 60 000 passages par an et le regroupement des soins critiques. Mais ,son financement ne convainc pas la CRC, qui ne le trouve « pas soutenable ». « Tous les indicateurs aujourd’hui dégradés se détérioreraient davantage. »

    Pour redresser la barre, « un plan d’efficience de plus de 14 millions d’euros a été élaboré » par la direction et « l’ensemble des pôles d’activité médicale », précise Loïc Mondoloni. Il est en cours d’analyse auprès des services de l’Agence régionale de santé.

  • Les autorités traînent à reloger les victimes du 85 bd Viala à Marseille

    Les autorités traînent à reloger les victimes du 85 bd Viala à Marseille

    Confisquée en janvier 2024 par la justice à Gérard Gallas, ancien flic de la Police aux frontières condamné à 4 ans ferme qu’il purge pour soumission aggravée de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement indignes, la courée ouvrière du 85 boulevard Viala (15e) reste un sombre bidonville où croupit une trentaine d’habitants dans 20 taudis sur deux niveaux.

    Réseau Hospitalité Marseille alerte sur l’indignité et l’insécurité persistante des conditions de vie des habitants prisonniers dans cet immeuble, désormais propriété de l’État. « On veut qu’ils soient relogés », explique Margot Bonis, chargée de mission Accès aux Droits du Réseau, aux côtés des avocats Aurélien Leroux et Me Clara Merienne. Ils envisagent un référé pour enjoindre l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRSC) à reloger ses occupants. « Comment sortir de cette situation ? Les gens sont coincés ici. Ils en ont marre. Ils ont pris des risques pour témoigner au procès. Ils ont cru à la Justice qui est désormais leur propriétaire. Est-ce que la prochaine étape, c’est d’attaquer l’état ? », interroge-t-elle.

    « Je suis rentré en 2019, porte 18 », dit Adam, 63 ans. Il versait 380 euros par mois pour cette cellule peuplée de punaises de lit, de moisissures. Le robinet cassé se détache de l’évier, les fils électriques sont à nu. Alseny, travailleur guinéen du BTP, est là depuis 5 ans. Des amis refont sa porte d’entrée, car « il y a trois jours, en rentrant, j’ai trouvé un squatteur ». « Si j’ai un récépissé, je peux trouver un bon job et un bon logement. » Festus ouvre son petit logis humide, où il vit depuis 2019 et pour lequel son taulier exigeait 400 euros. « C’est pas trop la sécurité, des fois on a les portes cassées. Je veux un nouveau logement et un titre de séjour. J’ai une spécialité en carrelage. Je veux accomplir mes rêves. »

    Immeuble « invendable »

    L’AGRASC se déclare impuissante. « Nous n’avons pas les moyens d’engager des travaux de rénovation. Une enveloppe de 200 000 euros pour la seule reprise de l’électricité serait une rustine car l’immeuble nécessite une réhabilitation totale », écrit l’agence du ministère de la Justice, qui dit avoir alerté ses tutelles, Bercy et la place Vendôme, « sur les coûts induits par les confiscations en matière d’habitat indigne ». Interrogée, une étude notariale a répondu que « cet immeuble est invendable hormis à un nouveau marchand de sommeil compte tenu de son occupation ». Il y a trois semaines, alors qu’une procédure préalable de mise en sécurité est engagée depuis mai, les services de la Ville sont revenus tout inspecter. Pour enfin donner l’ordre d’évacuer ?

  • À Marseille, la vente d’un taudis confisqué au « Campus 1 » interroge

    À Marseille, la vente d’un taudis confisqué au « Campus 1 » interroge

    L’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) met aux enchères en ligne, à partir du 16 décembre, un studio occupé et son box au sein de la résidence « Le Campus 1 », au 5 avenue du Merlan (14e), à Marseille. Cette copropriété dégradée de 276 lots d’habitation était à l’origine, en 1997, une résidence pour étudiants qui l’ont progressivement désertée comme pour Le Gyptis, rue Cristofol (3e). Les désordres, la paupérisation, l’insécurité, les mutations entre marchands de sommeil et autres investisseurs « CAFistes » ont alimenté la spirale de sa chute. Le squat massif de studios a ensuite plongé les comptes de la copropriété.

    Un administrateur judiciaire a fini par être nommé en juillet 2023, dans un contexte sécuritaire lourd. Caméras de surveillance et accès sécurisé par badge ont été installés en août 2024, avec un maître chien. Trois mois plus tard, le 14 novembre, la préfecture prêtait le concours de la force publique pour déloger des squatteurs retranchés dans 14 appartements. En juin dernier, un incendie a ravagé plusieurs appartements, entraînant l’évacuation d’une trentaine d’occupants.

    369 ventes en 5 ans

    Pour ne rien arranger, la copropriété est, depuis août, sous le coup d’un arrêté de mise en sécurité des équipements communs. Les propriétaires ne peuvent plus percevoir de loyer, réduisant à peau de chagrin des capacités déjà réduite de financement de travaux. C’est dans ce contexte périlleux que l’AGRASC met à prix, pour 8 864 euros, un studio de 18m2 avec son box. Si l’établissement public prend soin de rappeler que la perception de loyer (450 euros par mois) est interdite tant que la mainlevée du péril n’est pas intervenue, cette enchère interroge.

    Qui a les moyens d’acquérir dans une copropriété dégradée, au prix d’une voiture d’occasion, un logement qui, loin de générer du profit, va produire du déficit ? Le risque de captation par un marchand de sommeil à l’affût ou une société qui serait son faux-nez n’est pas négligeable. En bradant un taudis, le ministère de la Justice ne s’expose-t-il pas à nourrir le cycle de l’habitat indigne que sa décision de confiscation était censée fustiger ? Comment l’état peut se prêter à être le relais entre le portefeuille d’un délinquant et celui d’un autre prédateur de l’immobilier dégradé ? Car, pour l’heure, aucune collectivité ou acteur institutionnel n’est positionné pour préempter au Campus et lancer une maîtrise foncière publique qui semble pourtant nécessaire pour sortir l’ensemble immobilier du naufrage. Le turnover des ventes y est considérable. En 5 ans, Le Campus a fait l’objet de 369 mutations. Une adjudication a même atteint en janvier 2024 le prix dérisoire de 4 000 euros.

  • Alès : Roustan épinglé sur sa gestion de Logis Cévenols

    Alès : Roustan épinglé sur sa gestion de Logis Cévenols

    Dans le rapport de l’Ancols portant sur Logis Cévenols pour la période 2019-2023, tout n’est pas à jeter dans la gestion de Max Roustan, qui en préside le Conseil d’administration. Parmi les réussites figurent la qualité énergétique des logements dont 2 262 ont été rénovés en ce sens, la qualité du service de proximité et l’accessibilité des loyers.

    Mais le rapport pointe aussi plusieurs dysfonctionnements qui ont de quoi inquiéter. Comme par exemple la révision des chaudières à gaz puisque 490 d’entre elles n’ont pas fait l’objet d’un entretien annuel. « L’absence d’entretien présente des risques pour la sécurité des personnes et des biens, plus particulièrement pour les logements non visités deux années consécutives », précise l’Ancols qui a donc demandé à Logis Cevenols de revoir sa procédure de contrôle.

    Un taux de vacances record

    L’autre point noir souligné est l’importante vacance des logements. L’Ancols l’estime à 10,5% en 2023 (il était de 7,4% en 2020), soit plus du double de la moyenne nationale (5%) et régionale (4,8%). Un chiffre étonnant lorsque l’on connaît les difficultés pour beaucoup de familles d’obtenir un logement social… L’Ancols préconise donc de mettre en place un plan d’action de lutte contre cette vacance. L’agence souligne aussi un manque de transparence dans l’attribution des logements, qui « se caractérise par une certaine opacité » puisque « Logis Cévenols n’a pas suffisamment formalisé et n’a pas diffusé sa politique d’attribution des logements ». Ce rapport reproche également à Max Roustan d’avoir « pu s’immiscer dans les questions de fonctionnement et d’organisation de l’office alors que cela relève du pouvoir du directeur général ». L’actuel premier adjoint a ainsi participé aux comités de direction y compris lorsque le nouveau directeur général avait été nommé.

    « Ce rapport confirme que la majorité veut moins de logements sociaux sur Alès. Comme il faut reconstruire un logement social quand on en détruit un, ils détruisent à Alès et reconstruisent dans les villages de l’agglo. C’est bien pour ces villages mais moins pour Alès », constate aussi Paul Planque (PCF).

  • La gauche dénonce « une saignée » budgétaire volontaire

    La gauche dénonce « une saignée » budgétaire volontaire

    Martine Vassal et son exécutif ont voulu se montrer rassurants. Malgré 2,2 milliards de dette attendus lors du vote du compte administratif 2025, et une capacité de désendettement de 18 ans, « le bateau est piloté et bien piloté », martèle la présidente (DVD), « Oui le département est solide, oui il agit, oui il regarde l’avenir avec confiance ». Un discours de la méthode (coué) approfondi par Yves Moraine (LR), son rapporteur des finances, en abordant la décision modificative (DM 2) du budget 2025. Saluant un « exercice exceptionnel » pour un budget voté à l’aveugle « sur la base d’un projet de loi de finance qui n’a jamais vu le jour », lui aspire « aux encouragements ».

    Enchaînant les parallèles avantageux avec « la situation dramatique des 100 départements de France », l’avocat s’attribue les bons points, expliquant que depuis 2022, la baisse des Droits de mutation à titre onéreux, a fait perdre à la collectivité 500 millions, l’équivalent de plus d’une année d’investissement.

    L’élu de droite y ajoute « la contrainte des dépenses sociales et de la solidarité » qui « contenu de la situation de sa ville centre », représentent 63 % des dépenses contre 54% en moyenne en France. Insistant sur le fait que le choix a été fait de recourir à l’emprunt pour maintenir l’investissement, ce dernier juge enfin bon de rappeler que le Conseil départemental « dépense moins pour son personnel que la moyenne des départements ».

    « Variables d’ajustement »

    « Finalement tout va bien, pourquoi sommes-nous inquiets ? », ironise Audrey Garino pour le groupe communiste estimant que « cette DM s’inscrit malheureusement dans la continuité du budget d’austérité et de renoncement » voté l’an dernier.

    Évoquant des coupes de 400 000 euros dans la culture, 600 000 dans le sport, 600 000 euros dans la jeunesse, elle, dénonce « une saignée volontaire à défaut d’être assumée » : « Les habitants de nos territoires ne sont pas des variables d’ajustement permettant d’équilibrer vos comptes publics que vos défaillances et vos choix politiques ont grandement fragilisés », glisse-t-elle.

    Plus qu’une « gestion rigoureuse », Azad Kazandjian (PS) pointe un « essoufflement financier inquiétant qui trahit des années d’arbitrages politiques hasardeux centrés davantage sur la communication que sur une véritable stratégie d’investissement au service des habitants ».

    Nouriati Djambae, l’élue écologiste, en remet une couche faisant le lien entre la mobilisation, au même moment devant le Département (lire encadré), d’associations travaillant dans l’aide sociale à l’enfance, « des associations qui protègent nos enfants, étranglés par des coupes budgétaires insensées, des éducateurs épuisés, des jeunes en détresse », et un rapport de la commission permanente actant l’achat d’une villa pour loger le sous-préfet d’Aix, « dans le confort le plus parfait ». « Voilà donc le sens des priorités », tance cette dernière.

  • Gérard Paquet, créateur de Châteauvallon : « C’était l’aventure humaine qui nous intéressait, pas l’art »

    Gérard Paquet, créateur de Châteauvallon : « C’était l’aventure humaine qui nous intéressait, pas l’art »

    La Marseillaise : Comment et pourquoi vous est venue l’idée
    de créer Châteauvallon ?

    Gérard Paquet : Quand j’avais 18 ans, je faisais la cour à une fille qui s’appelait Monique. Pour se débarrasser de moi, elle m’a présenté Komatis [Henri, architecte qui a créé Châteauvallon avec Paquet, Ndlr]. Il est devenu mon meilleur ami, malgré nos 22 ans d’écart. On rêvait et un jour, on s’est dit qu’on allait faire un truc ensemble. On avait décidé de trouver une belle baraque à retaper, avec une idée très vague. Un jour, une amie de ma mère lui a suggéré de me parler de Châteauvallon. Je suis allé le repérer un samedi matin.

    C’était un bel endroit, mais il n’y avait rien et la bastide était en ruines. Le maire d’Ollioules n’avait jamais voulu la louer. Mais comme il avait été réélu grâce à mon père, il nous l’a louée, à hauteur de 10 francs par an pour 33 ans. On a mis 100 balles (sic) chacun, et on s’est mis au boulot. Komatis était doué de ses mains, moi je ne savais rien faire à part commander, sans ne jamais donner d’ordre. Les choses se sont faites naturellement et on en a fait un lieu culturel. J’ai toujours pensé que j’avais un destin. Châteauvallon a été constitué de plein de hasards, qui ont fait le mien.

    Nous étions alors au cœur
    d’un âge d’or de la culture
    en France, avec la présence au gouvernement d’André Malraux. Cela vous a-t-il été favorable ?

    G.P. : Oui, clairement. J’ai même l’outrecuidance de penser qu’on a été les seuls fidèles à ce qu’il souhaitait, c’est-à-dire une vraie ambition liée à la création. Mais on n’a pas été subventionné par le ministère de la Culture tout de suite car on était un lieu d’initiative personnelle. C’est Guy Brajot, ancien administrateur d’outre-mer, qui avait intégré le ministère de la Culture, qui nous a choisis. Mais ce n’est pas vraiment l’art qui nous intéressait, c’était l’aventure humaine. Avec Henri [Komatis], on n’avait pas de discussion à ce sujet. La seule qui en était passionnée c’était Simone, sa femme.

    En 1995, le FN arrive à Toulon. Vous refusez ses subventions
    et, en fin de compte, vous êtes licencié et l’association est dissoute. Comment l’avez-vous vécu ?

    G.P. : Dès le lendemain de l’élection, j’ai déclaré que je ne demanderai plus de subvention à la Ville. On ne demande pas d’argent à quelqu’un du Front national, c’était une question de principe. Personne n’était d’accord avec moi. Les gens se sont dit que j’avais combattu le Front national, mais ils n’ont pas compris que refuser de l’argent dans un monde dominé par l’argent, ça a du sens. C’est fondateur de quelque chose. J’ai ensuite continué à diriger le lieu, avant d’en être viré, mais pas par le Front national. Eux étaient contents d’avoir le théâtre sans avoir à donner de l’argent. C’est à cause de Jean-Charles Marchiani, préfet du Var de l’époque [de 1995 à 1997], qui était un immonde salopard (sic), et un ami de Charles Pasqua. Comme il représentait l’État au sein du conseil d’administration et que j’avais refusé l’argent, il a nommé un administrateur judiciaire, alors que pendant un an, j’avais réussi à faire fonctionner le lieu sans subvention. Il avait tous les pouvoirs et il m’a viré.

    La raison, c’est qu’on publiait un programme tous les deux mois. Dans l’ours [page indiquant les personnes ayant pris part à l’élaboration de la programmation, Ndlr], on n’avait pas mentionné l’administrateur judiciaire, ce qui a été considéré comme une faute grave. Le lendemain, après 33 ans de Châteauvallon, j’ai été viré sans un centime d’indemnité. Mais ça m’a sauvé car je n’aurais jamais pu travailler avec le Front national.

    Comment est-ce que cela vous
    a sauvé ?

    G.P. : Catherine Trautmann, qui était alors ministre de la Culture, m’a récupéré. À Châteauvallon, on était les seuls à joindre l’art et la science. Au ministère, on réfléchissait sur celle-ci, car c’est ce qui a changé le monde du XVIIIe au XXe siècle. Trautmann m’a fait écrire une étude sur le rôle que la science pouvait jouer dans l’univers de la culture. Elle était d’accord, mais son cabinet n’a pas voulu de moi. On m’a viré vers la cité des sciences. De là, j’ai fini à la Maison des Métallos [ancien siège de la CGT converti en lieu culturel par la mairie de Paris, que Paquet a participé à ouvrir, en tant que directeur de 2003 à 2009, Ndlr]. Je l’avais d’ailleurs fait visiter à de vieux militants, qui m’avaient fait le plus beau compliment qu’on pouvait me faire, en me disant « on se sent encore chez nous ».

    Votre gestion financière a aussi été remise en cause au moment
    de votre éviction…

    G.P. : J’ai eu à côté de moi une femme qui s’appelait Nicole Jarier [administratrice historique de Châteauvallon, Ndlr]. Elle gérait très bien et elle est arrivée avant que je n’aie le temps de mal gérer. Je me payais très mal, avec Henri, on a eu notre premier salaire de 200 francs en 1971. On a eu un déficit en 1994, qui s’est expliqué par la programmation de West Side Story et Martha Graham, cette même année, durant laquelle le dollar est passé de 4 à 10 francs. On a eu 1 million de francs de déficit, qu’on a remboursé intégralement un an après. Mais il est vrai que je n’aurais jamais été un bon gestionnaire financier. En revanche, j’avais quelqu’un de solide à mes côtés.

    N’avez-vous pas regretté d’avoir été dépossédé de votre œuvre ?

    G.P. : Non, parce que je savais que je ne pouvais pas aller plus loin. J’ai compris une chose assez tard, c’est que qu’on ne peut pas aller au-delà de ce qu’une ville peut porter, peu importe son talent. Et je pense qu’en portant Châteauvallon, on a été à l’extrême limite de ce qu’une ville comme Toulon pouvait faire. En étant parti, j’ai vécu un certain nombre d’aventures, et je ne regrette pas. J’ai pu faire des choses dont je n’ai pas trop à rougir.

    Quel regard portez-vous
    sur l’évolution de la culture
    en France ?

    G.P. : Je ne connais rien à la culture, je n’ai par exemple jamais été au Théâtre Liberté, que j’ai pourtant créé. En revanche, la culture faisait à l’époque partie des deux ou trois préoccupations au cœur de la vie politique française. Ce n’est plus le cas. Ça s’est perdu, on fait beaucoup de choses, il y a des artistes. Mais à l’époque, et c’était sûrement dû à de Gaulle, mais pas que, il y avait une volonté d’État de faire exister la culture dans la vie politique. Je ne sais même pas quoi dire sur son évolution. Ce qui m’intéresse, c’est la vie humaine. Mes livres, ce sont les gens que je rencontre.

    Et sur l’évolution de Châteauvallon ? Est-ce toujours une « utopie réaliste » ?

    G.P. : C’est une chose que j’ai faite par hasard et dont je suis assez fier. Châteauvallon, c’est la culture en rapport avec l’humanité, l’histoire, l’ensemble des choses de la vie, c’est quelque chose de vital. L’art n’est pas suffisant. L’utopie réaliste, c’est un terme que j’avais glissé à Edgar Morin pour les 20 ans de Châteauvallon. Pour moi, le résultat de toutes ces années d’existence reste une utopie réaliste, mais ce que je sais surtout, c’est que j’ai beaucoup d’amitié et de respect pour Charles Berling. Je trouve qu’il travaille trop, mais c’est un homme extrêmement ouvert, honnête, très loyal.

    On va d’ailleurs faire ensemble ma dernière œuvre, intitulée Une pensée pour le Monde. Une réflexion sur la mondialisation, qui existe sans ne jamais avoir été pensée. Elle révèle que les gens se combattent, dans un monde qui est tout sauf une unité. J’aimerais contribuer en développant un narratif sur ce que pourrait être un monde de paix, où les gens se parlent sans s’entretuer. En ce qui me concerne, l’utopie réaliste continue.

    « Avec Berling, on va faire ma dernière œuvre, “Une pensée pour le monde”,
    une réflexion sur
    la mondialisation »