Tag: Géopolitique

  • Face à l’ONU, Trump déroule son argumentaire nationaliste

    Face à l’ONU, Trump déroule son argumentaire nationaliste

    Enlisé dans son conflit avec Téhéran, très impopulaire auprès des Américains, Donald Trump a certes menacé l’Iran, mais ajouté : « Je crois que nous passerons un accord juste après les élections » législatives prévues aux États-Unis en novembre.

    Sur une autre guerre qu’il avait promis de régler rapidement, le conflit entre la Russie et l’Ukraine, le président américain a – encore une fois – assuré qu’un accord serait trouvé « plus tôt qu’on ne le pense ». « Quand d’autres parlent de paix, je fais la paix. Quand d’autres ignorent les menaces, j’y fais face. (…) Quand d’autres ont promis la force, je l’ai utilisée pour faire de l’Amérique le plus puissant pays du monde », a assuré le républicain de 80 ans, en chute dans les sondages à cause d’un mécontentement général sur son bilan, notamment économique. Donald Trump, de manière inhabituelle, a suivi son prompteur. Pas de nouvelle édition des attaques virulentes déclenchées l’an dernier par une panne de ce dispositif, ou un problème d’escalator qui l’avait ulcéré.

    « Super intelligence »

    C’est sur un ton relativement mesuré que le chantre de l’« Amérique d’abord » a affirmé les ambitions géopolitiques américaines, en menaçant d’utiliser la « puissance militaire » pour défendre les intérêts de Washington en Amérique du Sud, en annonçant la construction prochaine de deux bases au Groenland, ou en prédisant que le gouvernement communiste de Cuba allait « tomber ». Donald Trump a aussi défendu sans hésitation le développement de l’intelligence artificielle, annonçant que les documents officiels américains allaient abandonner cette terminologie au profit de « super intelligence ». Il s’est aussi opposé à tout « projet mondialisé » de régulation de cette technologie, qui inquiète beaucoup ses concitoyens. Le président américain a repris ses critiques contre la gouvernance internationale, en appelant tous les États membres à se retirer de la Cour pénale internationale, et fustigeant entre autres l’Unesco.

    Donald Trump poursuivait son programme, mardi, avec une cérémonie de signature officielle de l’accord sur le Groenland, épilogue d’une saga diplomatique ayant viré par moments à la crise ouverte avec les Européens face aux revendications américaines sur ce vaste territoire arctique.

    Le président américain devait aussi avoir un tête-à-tête avec la présidente par intérim du Venezuela Delcy Rodriguez, qui gouverne sous forte pression américaine depuis la capture de Nicolás Maduro par Washington en janvier. Le milliardaire devait aussi rencontrer dans la journée le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

    à la tribune de l’ONU, la journée s’était ouverte par le dernier discours, très sombre, du secrétaire général Antonio Guterres, dont le second mandat de cinq ans arrivera à échéance en décembre. Il a accusé les géants pétroliers d’avoir traité l’atmosphère comme « une décharge à ciel ouvert ».

    À la veille d’un Conseil de sécurité sur l’intelligence artificielle, il a aussi exhorté les États-Unis et la Chine à « coopérer », quelques jours après avoir plaidé pour une « coordination mondiale ». Le chef de l’ONU a aussi remis un coup de projecteur sur la situation des Palestiniens, évoquant « le spectre d’un nettoyage ethnique » en Cisjordanie occupée où les violences de colons extrémistes israéliens se sont intensifiées ces derniers mois. Citant la guerre en Ukraine et la situation au Moyen-Orient, le Portugais de 77 ans avait récemment fait le constat amer que « chaque jour, les choses empirent un peu ». « Il n’y a aucune amélioration nulle part », avait-il insisté, lâchant même qu’il n’avait « aucun pouvoir ».

    Emmanuel Macron, qui devait prendre la parole pour la dernière fois en tant que président, mardi soir, aura lui forcément à cœur de défendre l’engagement de la France en faveur du multilatéralisme. « Le temps n’est pas venu du bilan, ni en matière nationale, ni en matière internationale », a prévenu la présidence française.

  • Le service militaire sous l’héritage de la Résistance

    Le service militaire sous l’héritage de la Résistance

    Le nom d’Henri Fertet, Résistant fusillé en 1943 alors qu’il n’avait que 16 ans, a été attribué par le président de la République, Emmanuel Macron, à la première promotion du nouveau service national militaire, ce mardi 15 septembre, à Orange.

    Le premier d’une longue série de « baptêmes ». Il a en effet été décidé que chaque promotion de ce service national porterait désormais le nom de l’un des 1 038 « compagnons de la Libération ». « Militaires, civils, venus de tous les horizons, illustres comme anonymes, ils avaient fait le choix de la France et de la liberté, le choix de servir plutôt que subir », a expliqué le Président.

    C’est sur la place d’armes de la base aérienne 115, devant les cent premiers volontaires du dispositif, que l’annonce a été faite. D’ici à la fin de l’année, ils seront au total 300 volontaires à la Cité des Princes. 300 autres sont attendus sur la base aérienne d’Évreux (Eure), avec un objectif de 10 000 volontaires d’ici à 2030.

    Ingénieur et architecte

    « Votre époque n’est pas la sienne, votre mission ne sera pas la sienne, mais le choix qu’il fit, celui de servir la France et de défendre sa liberté, fait écho à votre engagement », a déclaré Emmanuel Macron lors de son discours, après une Marseillaise et après avoir salué les quelques centaines de militaires présents. « Henri Fertet écrivait : “Je veux une France libre et des Français heureux”. Des mots simples qui nous rappellent que si la liberté est le legs des générations qui nous ont précédés, il nous revient de la préserver, cultiver et propager. La liberté n’a de sens que dans la mesure où elle offre à chacun de vivre, d’espérer, de construire son avenir », a poursuivi le chef de l’État.

    Pour le porte-parole de l’armée, le colonel David Pappalardo, le lien avec la Résistance s’explique avant tout par le fait que « les jeunes sont mus par cette même motivation » qu’Henri Fertet, même si « le contexte est différent ». Il évoque ainsi un contexte géopolitique « qui ne manque pas d’actualité chaude, que ce soit sur le front Est de l’Alliance nord atlantique ou au Proche et Moyen-Orient ». Toutefois, il insiste sur la nécessité de « décorréler de cet engagement, qui est vraiment citoyen », de ces tensions internationales.

    Lors de sa visite, le Président a assisté à différents ateliers destinés à illustrer les entraînements quotidiens de la formation initiale des participants. Au programme : un « atelier de combat » avec des séquences de combat rapproché utilisant des armes factices, suivi d’exercices de montage et de démontage de fusils d’assaut, puis d’une séance de marche au pas.

    Parmi les volontaires figurent des profils variés, dont 38% de femmes à ce jour. L’aviateur Marius, 25 ans, et l’aviatrice Marie, 23 ans, présentés à plusieurs journalistes, font partie de ceux disposant d’un haut niveau d’études. Le premier est étudiant à l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace de Toulouse. Pour lui, ce service national tient en quelque sorte lieu de stage, puisqu’il lui « permet de démarrer des processus d’habilitation qui seraient intéressants dans la suite d’un parcours professionnel ». Il ajoute envisager de rester réserviste à l’issue de ces dix mois de service, avant d’étudier d’autres opportunités. Marie est originaire de l’île de la Réunion et sort tout juste d’un master 2 en architecture bioclimatique. Elle devrait intégrer le service d’infrastructure de la Défense. « Ce qui m’a motivée, c’est de pouvoir travailler dans mon domaine d’études », précise-t-elle, avant d’ajouter qu’intégrer l’armée était son rêve.

    « Servir
    la France fait écho à votre engagement »

  • Des avions français aux quatre coins du monde

    Des avions français aux quatre coins du monde

    Sur le tarmac brûlant de la base aérienne (BA) 125 d’Istres, huit avions multirôles Rafale patientent sagement, prêts au décollage. Ce mardi, quatre d’entre eux participeront à la mission Pégase 2026, accompagnés de quatre Airbus A330 MRTT, deux A400M Atlas et 300 aviateurs. Cette 7e itération de la mission vise à parcourir 40 000 kilomètres autour du globe en 40 jours, de la BA 125 jusqu’en Égypte en passant par le Groenland, le Canada, l’Alaska, le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie, l’Inde, le Qatar et la Réunion. L’opération est pilotée depuis le centre Air de planification et de conduite des opérations (Capcoda), à la base aérienne 942 de Lyon-Mont-Verdun.

    Aux militaires présents lors du briefing de masse, la ministre déléguée aux Anciens combattants Alice Rufo indique qu’il s’agit d’un « moment d’une génération que d’ouvrir une nouvelle route vers l’indo-pacifique, l’Inde et l’Indonésie ». Cette opération de projection de puissance aérienne de longue portée, dont la BA 125 est l’outil dédié, est garante selon la ministre de « la signature française de crédibilité » dans la capacité de la France à « être là où elle veut dans le monde pour défendre ses intérêts ».

    Une dimension partenariale

    De passage et d’escale dans une multitude de pays différents, cette mission s’effectue dans « une dimension internationale et partenariale » d’après la ministre déléguée. Que ce soit avec le Danemark, le Canada et les États-Unis, où le matériel sera testé et éprouvé dans des conditions particulières, confortant la « stratégie Arctique » de la France soulevée par Alice Rufo. « On peut compter sur la France jusqu’au Moyen-Orient, percuté de déstabilisations », assure la ministre, entre les escales de valorisation de la BA 181 de La Réunion et celles visant à renforcer les partenariats stratégiques avec les pays d’Asie traversés, au travers notamment de l’exercice multinational Tarang Shakti piloté par l’Inde.

    Sur le fond, la ministre déléguée affirme que la mission Pégase 2026 constitue surtout « un acte géopolitique important », dans la consécration de « la liberté de circulation » aérienne comme maritime et dans « la valeur du droit international », parlant de construire « un monde fondé sur le droit respect des souverainetés et alliances entre nations ».

    Plus tard, en marge du briefing lors d’un point presse, Alice Rufo insiste sur le fait que la BA 125 d’Istres est « le poumon opérationnel de la mission », « tout part d’ici et tout y reviendra ». « Les deux lois de programmation militaire ont renforcé cette base d’importance cruciale », rappelle la ministre, relevant « la base industrielle et technologique » en arrière-plan.

    La France est « une puissance de paix » qui « renforce l’autonomie stratégique européenne » selon Alice Rufo, insistant sur le « développement de l’interopérabilité avec les armées partenaires : on vole, se pose et travaille ensemble ». « Si on est amenés à agir face à une menace on doit être prêts » ajoute-t-elle, précisant que cette posture n’est « pas en réaction ». À l’heure du choc des impérialismes, le vœu est pieux.

  • [Entretien] Jean-Baptiste Guégan :« C’est clairement la Coupe du monde de Donald Trump »

    [Entretien] Jean-Baptiste Guégan :« C’est clairement la Coupe du monde de Donald Trump »

    La Marseillaise : Est-ce le Mondial de Donald Trump ?

    Jean-Baptiste Guégan : C’est clairement la Coupe du monde de Donald Trump pour plusieurs raisons. D’abord parce que sans lui, les États-Unis, le Mexique et le Canada ne l’obtiennent pas. En 2018, face au Maroc, la candidature américaine bénéficie de la pression du président qui avait été mis à l’écart jusque-là. Il publie un tweet où il dit, vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi. Quand Joe Biden était président, personne ne parlait de la Coupe du monde de Biden. Aujourd’hui, c’est donc une Coupe du monde qui met en scène Trump version deuxième mandat. Ça avait commencé avec la Coupe du monde des clubs l’été dernier (photo), où on l’a vu faire son sketch autour du podium. Il a voulu aller avec les joueurs de Chelsea pour soulever le trophée puis il a demandé s’il pouvait garder le trophée. Certains disent même qu’il l’a gardé et que Chelsea est reparti avec une copie. Il voudra être omniprésent sur tous les sujets, mais c’est sa stratégie politique habituelle. Ce sera d’autant plus la Coupe du monde de Trump que, comme tous les événements sportifs d’ampleur nationale et internationale, il va s’en servir comme caisse de résonance pour sa vision du monde et comme moyen de polariser son électorat, en vue des Midterms de novembre. En gros, pour lui, c’est une sorte de gigantesque moyen de montrer qu’il applique sa politique. C’est pour ça qu’il a durci le ton sur la politique migratoire.

    Le meilleur arbitre africain ne peut pas se rendre aux États-Unis, des membres du staff non plus
    et certains joueurs ont eu des problèmes de visa. Ce sont ces exemples qui lui permettent de prouver la réussite de sa politique migratoire ?

    J.-B.G. : Pour nous, ça donne l’impression d’une désorganisation, d’une radicalité de l’administration. Pour Trump, c’est au contraire la confirmation de sa politique. Tout son deuxième mandat s’est construit sur le fait de reprendre le contrôle des frontières. Et aujourd’hui, il s’attaque aux officiels, aux spectateurs et aux équipes. Il y a aussi le cas de l’attaquant qui a marqué le but décisif pour l’Irak, qui se retrouve bloqué pendant sept heures par la douane américaine. Il y a un véritable zèle, il y a des consignes qui ont été données de durcissement, et au moindre doute, on suspend et on interdit l’accès au territoire. En plus, il faut ajouter l’instrumentalisation autour de la sélection iranienne pour montrer qu’on a une position inflexible et qu’on sait que l’Iranien est fondamentalement méchant, Ajoutez à cela le discours vis-à-vis des Africains, avec les shithole countries [pays merdique, Ndlr], les travel ban [interdiction de voyager], et la suspension de toutes les formes de naturalisation et obtention de visa et on obtient le discours typique qui sert l’arrière-plan de la Coupe du monde, pour faire entendre sa politique. De toute façon, à chaque occasion qui lui permettra de valider ou de faire valider ses idées, sa vision du monde et sa radicalité durant ce Mondial, il s’en servira.

    Pourquoi la Fifa ne réagit-elle pas ?

    J.-B.G. : En général, la Fifa fait l’intermédiaire et essaie de détendre les choses, parce qu’elle a un lien direct avec les deux partis, mais là, ça ne marche pas. Gianni Infantino [le patron de la Fifa, Ndlr] est très lénifiant et quasi absent sur cette question. Il sait que s’il braque Trump, ce sera encore pire. Il est dans une posture où il n’y a que la flatterie qui fonctionne. Pourquoi est-il systématiquement aligné avec Trump ? Pour des questions de business, d’ego, et de rêve américain. Mais il est censé montrer un peu d’indépendance et qu’on ne fait pas n’importe quoi avec le football.

    Quelle sera la situation
    des Iraniens ?

    J.-B.G. : Les Iraniens ne sont pas au même niveau de traitement, puisqu’ils n’auront pas le droit de reconnaître le terrain la veille des matchs. Ils vont arriver le jour même et ils vont repartir juste après le match. Ce sera aussi la première fois qu’un régime est incapable d’assurer la sécurité d’une sélection. La question c’est : que se passera-t-il s’ils sont qualifiés en huitièmes de finale et qu’ils affrontent les États-Unis ? C’est donc pour toutes ces raisons que c’est la Coupe du monde la plus géopolitique et politique qu’on ait connue dans l’histoire. C’est la plus politique au sens détestable du terme puisqu’elle est très matérialiste. Personne ne parle de jeu mais tout le monde parle d’enjeux.

    Ce Mondial peut-il rapprocher
    le Canada et le Mexique des États-Unis ?

    J.-B.G. : Il y a un an, Trump proposait au Canada de devenir le 51e État américain et il proposait de bombarder le Mexique. Depuis quelques mois, les tensions se sont tout de même calmées parce que le Mexique a collaboré pour l’arrestation de trafiquants de drogue et Trump ne parle plus d’annexer le Canada ou le Groenland. Mais la défiance des Canadiens envers les États-Unis est toujours présente et il n’y a jamais eu autant de départs de Mexicains des États-Unis. Les personnes en situation opérationnelle vont arriver à travailler ensemble mais ce n’est pas cette Coupe du monde qui permettra de les rapprocher, bien au contraire.

    Cette Coupe du monde sera-t-elle rentable ?

    J.-B.G. : Beaucoup d’enquêtes sortent pour montrer que le Canada va être perdant. Pour le Mexique aussi ce ne sera pas une bonne opération. Aux États-Unis, le coût des transports, des infrastructures et des billets a explosé. Le logement est extrêmement cher parce qu’on est sur un marché dérégulé. Il y a une baisse des réservations partout de 20% sur l’ensemble des villes concernées. Financièrement, ça va être un fiasco. Ça va coûter très cher aux fédérations, c’est d’ailleurs pour cela que la Fifa a augmenté ses dotations. Le coût pour les supporters et pour les familles des joueurs est énorme. Après, pour la Fifa, ce sera une très belle opération avec au moins 11 milliards d’euros de retombées potentielles et probablement plus. Ce sera aussi intéressant pour des entreprises qui vont tester des technologies et vont vouloir se mettre en scène.

    Cette situation politique joue-t-elle sur l’engouement autour
    de la compétition ?

    J.-B.G. : Étonnamment, je trouve que le volume de critiques et d’appels au boycott ou de réactions politisées est quand même très limité. Il y en a beaucoup moins que contre le Qatar il y a quatre ans parce que personne n’a payé des agences de relations publiques pour démonter les États-Unis parce qu’on n’affronte pas l’administration Trump en frontale. Personne ne traite de la question environnementale comme c’était le cas avec le Qatar. Pourtant, la compétition se déroule dans trois pays, sur six fuseaux horaires, avec des distances entre les stades colossales. Le coût environnemental va être énorme. Aucune compensation n’est prévue. Il y a aussi la question des transports et toutes les difficultés logistiques autour. Donc c’est vrai qu’il n’y a pas l’enthousiasme habituel. La politique américaine dicte littéralement le tempo et l’enthousiasme de cette Coupe du monde. La figure de Trump écrase l’engouement. J’espère que ça va changer quand la compétition va débuter. L’enthousiasme viendra surtout des diasporas et des touristes qui auront réussi à venir. Au Mexique, la situation devrait tout de même être différente.

  • [Entretien] Pascal Boniface : « Trump espère être au centre du monde le temps de la compétition »

    [Entretien] Pascal Boniface : « Trump espère être au centre du monde le temps de la compétition »

    La Marseillaise : Dans quel contexte s’ouvre cette Coupe du monde ?

    Pascal Boniface : Le Canada regrette d’avoir candidaté parce qu’ils ont 13 matchs et aucun d’importance. La FIFA leur a imposé des conditions vraiment draconiennes dont l’interdiction d’organiser des spectacles pendant l’arrivée des matchs. Le Mexique a le match d’ouverture mais il n’a aussi que 13 matchs donc c’est avant tout une compétition aux États-Unis. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que lorsque le dossier de candidature a été déposé, Trump était déjà au pouvoir et il y avait déjà des relations très compliquées entre les pays. Depuis c’est pire, puisqu’il a carrément menacé d’annexer le Canada. Il faut aussi se rappeler qu’en 2019, lors de l’attribution de la compétition, Trump avait menacé de sanctions ceux qui ne votaient pas sa candidature. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde qu’un chef d’État menaçait les autres s’ils ne votaient pas pour lui. Et la FIFA n’avait pas réagi.

    Trump n’est pas fan de football. Pourquoi a-t-il tant tenu à accueillir cette compétition ?

    P.B. : Trump n’aime pas le football, ce n’est pas un fan, mais il aime bien les caméras. Il sait que le football, et la Coupe du Monde particulièrement, attirent les caméras donc il espère pouvoir être au centre du monde le temps de la compétition. Il risque de l’être pour des raisons négatives qui sont contraires à l’esprit du sport.

    La politique de son administration sur la délivrance des visas illustre son racisme ?

    P.B. : Il a voulu envoyer un message à son électorat, en disant que même s’il avait perdu la main en Iran et que les choses n’allaient pas aussi bien qu’il le disait et le voulait, il restait ferme sur la question des migrants. Et donc, il refoule un arbitre somalien, il refuse des supporters d’autres équipes, il accueille dans des conditions tout à fait épouvantables l’équipe du Sénégal qui a subi une fouille très intrusive sur le tarmac, qui n’aurait certainement pas été réservée à une équipe européenne.

    Et la FIFA reste passive ?

    P.B. : Son attitude est proprement scandaleuse. C’est un arbitre référent qui a été désigné par la FIFA comme le meilleur arbitre africain pour l’année passée. Le refus de Trump de le laisser rentrer est à la fois une insulte à la FIFA et à tout le continent africain. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde que le pays organisateur refuse l’arrivée d’un arbitre envoyé par la FIFA. C’est quelque chose qui est tout à fait hors normes que la FIFA n’aurait jamais dû accepter sans protester. Elle n’a même pas fait semblant d’être ulcérée par cette mesure qui est proprement raciste. On ne reproche rien de précis à cet homme sauf d’être somalien donc c’est bien en fonction de ce qu’il est et non pas de ce qu’il a fait qu’on lui refuse un visa. Trump avait tenu des propos extrêmement négatifs et vexatoires à propos de la Somalie en disant que c’est un pays horrible, particulièrement arriéré, dans lequel il n’y avait rien d’autre que des gens qui se battaient.

    Certaines places affichent des prix exorbitants, ce qui contraste avec un sport censé être populaire ?

    P.B. : C’est devenu la tradition qu’il y ait des places extrêmement cher payées par des gens qui ont les moyens ou par des sponsors. Mais il y a également une tradition qu’il y ait des places à des prix abordables, ce qui n’est pas du tout le cas là. À cela s’ajoute le prix des hôtels qui a augmenté ainsi que celui des transports urbains : il faut compter 100 dollars [au lieu de 12,90$, Ndlr.] pour aller de New York aux matchs à New Jersey. C’est l’offre et la demande, selon les règles du libéralisme américain. Ce capitalisme sauvage a pour conséquence des chambres d’hôtels vides et des stades où tous les sièges ne sont pas remplis, ce qui n’est pas étonnant.

    Des stades autour desquels l’ICE menace ?

    P.B. : Il y a d’une part des supporters de certaines équipes venant de pays considérés comme inamicaux ou suspects de la part de Trump qui n’ont pas eu leur visa. Et puis il y a effectivement notamment les Latino-Américains passionnés de football qui risquent de ne pas venir au stade de peur de subir des rafles de l’ICE comme ça s’est fait dans les compétitions nationales américaines.

    C’est déjà arrivé que l’un des pays organisateurs d’une Coupe du monde soit partie prenante d’une guerre ?

    P.B. : Jamais, parce que généralement quand il y a des guerres on arrête les compétitions. Le fait que le pays organisateur soit en guerre avec un pays qualifié, c’est là aussi une très grande première.

    Trump espérait trouver un accord avant la cérémonie d’ouverture ?

    P.B. : Il l’aurait certainement souhaité, mais il n’a pas la maîtrise des événements et il est dépassé par ces derniers. Il aimerait effectivement montrer qu’il a bien mérité le prix de la paix de la FIFA, en mettant fin à une guerre qui a lui-même déclenché par ailleurs.

    *La géopolitique, les pieds dans le sable

    Aux éditions Eyrolles.

  • Le président en appelle à la fée électricité

    Le président en appelle à la fée électricité

    « Produire, raccorder, électrifier, réindustrialiser. » C’est sur cette méthode qu’Emmanuel Macron entend rassembler son « équipe de France de l’électricité ». Étaient réunis autour du président et des ministres concernés plus de 200 chefs d’entreprise, d’organisations professionnelles du BTP, de l’industrie, des transports et de l’énergie au palais de l’Élysée ce mardi. « L’électrification est un combat contemporain et une stratégie pour notre pays pour être plus indépendant, plus compétitif, créer davantage d’emplois sur le pays et décarboner », appuie le président de la République à la tribune.

    « L’actualité nous rappelle ô combien, ce qui se joue est important pour le pays et combien nos dépendances en particulier à l’égard des énergies fossiles peuvent nous fragiliser dans des dérèglements géopolitiques », renchérit-il alors que la guerre au Moyen-Orient fait flamber le cours du brut. Une problématique déjà soulevée lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a mis en exergue la dépendance des États européens vis-à-vis de la Russie.

    « Sur l’électrification, il faut vraiment ne pas voir la géopolitique de ce monde pour ne pas comprendre, entendre, une bonne fois pour toutes que la dépendance aux hydrocarbures est une laisse étrangleuse terrible pour le peuple français, pour notre économie », a abondé le Premier ministre à l’Assemblée nationale quelques heures plus tard. « Il faut pivoter vers le tout électrique », insiste-t-il face à la représentation nationale.

    Réduire la consommation d’énergie fossile

    Cette grand-messe élyséenne s’est tenue un mois après la publication par le gouvernement d’un plan de 22 mesures visant à relancer la consommation d’électricité en France. Et pour cause, le chef de l’État ambitionne à travers la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de réduire la consommation d’énergie fossile qui est de 60% actuellement dans le pays à 30% à horizon 2035. Et, a contrario, faire passer la consommation d’électricité de 27% actuellement à 38% en 2035 à la faveur d’une production nucléaire ou renouvelable (biomasse, gaz renouvelable, chaleur fatale, géothermie, hydrogène naturel). Cela pourra notamment être réalisé par la construction de nouvelles lignes électriques comme celle de Fos dont le président envisage « une mise en service d’ici 2029 » (lire ci-contre).

    EDF ajoute 30 millions supplémentaires, soit 270 millions au total, à son plan dévoilé le mois dernier à l’occasion de ses 80 ans, visant à accélérer le passage à l’électrique pour les ménages les plus modestes et les petites entreprises. RTE a aussi annoncé un investissement de 8 milliards d’euros pour accélérer l’électrification des usages, quand Enedis avance le chiffre de 33 milliards d’euros d’investissements sur la période 2026-2030 pour augmenter les raccordements industriels et les infrastructures de recharge.

    Dans la foulée de cette réunion, l’Union sociale pour l’habitat (USH), publie un communiqué dans lequel le mouvement HLM dit planifier l’électrification d’un million de logements, sur les 5,4 millions que compte le parc social français. « La première phase de ce plan portera sur une priorisation de 700 000 logements individuels HLM dont le vecteur énergétique est actuellement carboné (gaz, fioul…) », assure l’USH.

    Les entreprises s’engagent à investir

    Le principal investissement annoncé vient du constructeur automobile Stellantis qui va produire à partir de 2029 une « nouvelle génération de véhicules électriques » sur son site de Mulhouse. Pour un total estimé à plus d’un milliard d’euros. « C’est un véritable avenir industriel que nous offrons à ce site », fait valoir le président.

    De son côté, Leclerc s’est engagé à mettre en place 10 000 points de charge dans ses enseignes d’ici 2030. Soit 7 000 en quatre ans pour un total de plus de 200 millions d’euros. Mais aussi d’intensifier l’électrification de ses transports, alors que « les trois-quarts des camions des coopératives régionales roulent déjà au HVO100, biocarburant qui réduit de 90% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au diesel », appuie le groupe qui entend déployer quelque 2,3 milliards d’euros pour transformer son parc immobilier.

    REPÈRES

    240 000 bornes de recharge déployées d’ici 2030

    Les opérateurs « se sont engagés à déployer 240 000 bornes » de recharge supplémentaires pour les véhicules électriques, « dont 60 000 points de charge rapide et ultrarapide », d’ici 2030, a annoncé mardi Emmanuel Macron lors d’une réunion à l’Élysée sur l’électrification des usages énergétiques. « Ces bornes et ces annonces viendront compléter les plus de 185 000 bornes déjà en service pour atteindre notre objectif de 400 000 points de recharge ouverts au public en 2030 », a précisé le chef de l’État. Les voitures électriques ont représenté 28% des ventes début 2026 contre moins de 2% en 2017. Stellantis a annoncé dans la journée « investir plus d’un milliard d’euros » pour produire, à partir de 2029, une « nouvelle génération de véhicules électriques » sur son site de Mulhouse.

    Quand l’opérateur de recharge Electra prévoit l’investissement de 300 millions d’euros d’ici 2030 pour installer 1 000 points de charge ultra-rapides par an. D’autres investissements sont annoncés par Lidl France, Leclerc, Renault ou encore Enedis.

    35%

    C’est la part d’électricité dans la consommation finale d’énergie que le gouvernement entend viser d’ici 2035. Elle est actuellement de 27% dans le pays quand les énergies fossiles représentent 60% des usages en France. Une ambition détaillée dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publié en février.

    600 000

    C’est le nombre d’emplois qui devraient être « créés » ou « pérennisés » par le plan d’électrification du gouvernement, si l’on en croit Emmanuel Macron. Ce projet qui « embarque » 6 000 entreprises est un « grand plan industriel », insiste le président de la République depuis l’Élysée mardi.

  • Une année encore riche pour la douane régionale

    Une année encore riche pour la douane régionale

    « L’année 2025 a été chargée, 2026 le sera tout autant », a promis, ce jeudi 26 mars, Michael Lachaux, directeur régional des douanes de Marseille, à l’occasion du bilan de ses services. Si ses 402 agents n’ont pas chômé, c’est d’abord parce que le département est un vaste hub économique, explique-t-il, avec une activité soutenue dans les Bouches-du-Rhône, 18 milliards d’euros d’exportations et 36 milliards d’importations. Pas moins de 979 312 déclarations ont été effectuées en 2025, soit -3,4% par rapport à 2024. Pas une baisse, mais une « régulation technique », précise Michael Lachaux.

    Tandis que les crises « s’additionnent », constate-t-il, entre guerre en Ukraine, conflit au Moyen-Orient et hausse des droits de douane américains quand les États-Unis sont la première destination hors-UE pour les entreprises locales, la douane « les accompagne pour utiliser au mieux la réglementation et en faire une arme », explique-t-il.

    Dédouaner en 5 mn chrono

    Faciliter et contrôler étant ses deux principales missions, le délai d’immobilisation des marchandises ne dépasse pas les 126 secondes et 96,6% d’entre elles sont dédouanées en moins de 5 minutes. Pour ceux qui ne jouent pas le jeu, 6 millions d’euros de droits et taxes ont été redressés en 2025, directement dans l’escarcelle de l’État.

    Autre mission, la protection du consommateur. Étalé ce jour-là dans les locaux du Port center, un aperçu des saisies : un mur de paquets de cigarettes, des jouets, des maillots de l’OM, de faux sacs et parfums, du viagra qui n’en a que le nom et autres miels aphrodisiaques.

    De la figue pleine de champignon cancérigène au four à pizza qui prend feu, en passant par les poussettes pour bébés qui tranchent les doigts, quelque 936 tonnes de produits alimentaires dangereux ont été refusés à l’import. Au total, 3 292 000 articles non conformes (+328%) ont été interceptés avant leur arrivée sur le marché européen et français.

    Côté stupéfiant, « on dépasse la tonne, c’est une année record, une augmentation de plus de 30% », se félicite Michael Lachaux. Dont 189 kg de cocaïne (+37% par rapport à 2024), 808 kg de cannabis (+194%) et 19 kg de drogue de synthèse. « C’est tous les ans plus », s’inquiète-t-il, pointant un « développement extrêmement rapide et inquiétant » de ces dernières, « notamment les amphétamines et l’ecstasy, que nous retrouvons de plus en plus dans les flux postaux ou dans les vecteurs routiers ».

    Sur le trafic de tabac, une des priorités des douanes, avec 10,5 tonnes saisies en 2025, « les Bouches-du-Rhône restent sur la même tendance haussière », ajoute le directeur régional. En coordination avec la préfecture de police, deux fois plus de contrôles d’épiceries, bars à chicha et autres ont été menés, aboutissant à 48 fermetures administratives.

    Un camion scan tout neuf

    « Nous sommes la première brigade de France à l’avoir. » Une cellule de 13 agents utilise au quotidien ce nouvel outil sur le port : un scanner embarqué à bord d’un petit camion, qui permet de lire à travers les parois des conteneurs que viendra admirer, ce vendredi, David Amiel, ministre des Comptes publics.

    L’équivalent d’une « radio chez le médecin » à rayons X, que les douaniers ont appris à décrypter, précise une agente, de quoi « fluidifier significativement les contrôles ».

  • [Tribune] Aux candidats de s’engager en solidarité avec Cuba

    [Tribune] Aux candidats de s’engager en solidarité avec Cuba

    L’Association France Cuba Marseille 13, à laquelle se joignent les associations Cuba Coopération Marseille Sud-Est, le Mouvement de la Paix13, France Amérique Latine Marseille, se permet de solliciter les candidats des listes électorales constituées en vue des élections municipales de mars 2026 (excepté le RN).

    Comme vous le savez, Cuba a commencé lundi 9 février 2026 à appliquer de nouvelles mesures d’urgence destinées à économiser le carburant pour faire face à l’étranglement énergétique imposé par le gouvernement de Donald Trump, qui s’ajoute à l’embargo infligé depuis soixante-deux ans. Ce cumul entraîne une extrême précarité énergétique.

    Les restrictions d’accès à l’énergie continuent de dégrader l’économie du pays ainsi que les conditions de vie des Cubaines et des Cubains, plongeant les habitants, les plus vulnérables dans l’insécurité physique et psychique.

    C’est pourquoi, il est aujourd’hui urgent d’agir pour mettre fin au blocus imposé par les États-Unis qui ont déployé un mur de navires de guerre autour de Cuba, pour empêcher la navigation et tout accostage. Pour rappel ce blocus affecte toutes les Caraïbes, dont nos départements français, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane.

    En conséquence, nous vous proposons en tant que futur·e premier·e édile de Marseille de prendre des engagements de campagne forts :

    1) concevoir un jumelage de notre ville portuaire avec un port cubain, par exemple celui de Mariel, proche de la capitale.

    2) engager immédiatement des actions de solidarité et de coopération pour venir en aide aux populations déjà fortement impactées par l’ouragan Mélissa.

    Dans un monde que les grandes puissances entraînent à marche forcée vers la guerre, le symbole d’un tel jumelage contribuerait à redonner à la France sa place sur l’échiquier géopolitique international. Il s’agit aussi d’inscrire cette démarche dans un héritage politique plus large, celui du « Non à la guerre » pour une culture de la paix dans le monde.

    S’opposer au blocus criminel contre Cuba, c’est aussi se faire le porte-parole des centaines de pays qui, chaque année, adoptent à l’ONU à une majorité écrasante une résolution en réclamant sa levée.

    Le groupe transpartisan d’Amitié France-Cuba de l’Assemblée Nationale s’inscrit également dans cette démarche, comme il l’a rappelé en mars 2025 en recevant l’ambassadeur de Cuba en France, Otto Vaillant Fría, pour réaffirmer son opposition au blocus et travailler au développement de nouvelles coopérations dans des secteurs d’intérêts communs. Nous vous demandons de faire vivre ce consensus mondial en faveur du droit du peuple cubain comme de tout pays, à l’autodétermination et d’affirmer ainsi une position juste et courageuse, à même de faire rayonner la France à l’international.

    Faire le choix de ce jumelage, au-delà de l’aide concrète à la population cubaine en souffrance, c’est aussi cultiver un amour partagé entre nos deux pays. Comme le disait Victor Hugo, « je ne regarde pas où est la force, je regarde où est la justice […] Cuba est majeure. Cuba n’appartient qu’à Cuba ».

    De nombreuses initiatives municipales ont lieu chaque année. Par exemple, la Ville de Bonneuil-sur-Marne a participé en 2025 à la rénovation du cinéma « Colonia » de la ville de Cienfuegos et fait des dons de matériels sportifs à des clubs de boxe cubains partenaires. Dans notre département, cette coopération s’est récemment exprimée lors de la visite de la chèvrerie municipale de Septèmes-les-Vallons par un Chef de projet de l’ambassade de Cuba en France, Justo Rodriguez.

    Un accord entre les départements du Gard et de l’Hérault concernant la gestion de l’eau dans les zones humides, a été signé en octobre 2025, ou encore, en faveur de la lutte contre les déserts médicaux, des négociations sont en cours dans les zones rurales des Cévennes ainsi qu’avec la ville d’Alès…

    Décloisonner les esprits par le partage, voilà ce qu’il y a de plus beau à opposer au blocus mortifère imposé par les États-Unis ! Là où il y a la volonté de faire changer les choses, il existe un chemin, que nous vous proposons de concevoir ensemble.

    Par les responsables des associations : Cuba Coopération Marseille Sud-Est et France Cuba Marseille 13, le Mouvement de la Paix, France Amérique Latine Marseille.

  • Marseille, collectivité la plus engagée pour l’ONG SOS Méditerranée

    Marseille, collectivité la plus engagée pour l’ONG SOS Méditerranée

    À jamais la première : avec 130 000 euros de subventions, Marseille est la collectivité qui soutient le plus SOS Méditerranée. C’est dans la cité phocéenne que se trouve son siège et que l’Ocean Viking effectue ses départs en mer. La Ville signait, dès 2021 une tribune réunissant 28 collectivités, appelant à soutenir l’association. « Tant que les États européens se soustrairont à leurs devoirs, nous serons là pour nous mobiliser et les rappeler à leurs responsabilités, nous serons aux côtés des citoyennes et des citoyens de SOS Méditerranée pour faire vivre sa mission vitale de sauvetage en mer », écrivaient-ils alors. Cette plateforme rassemble désormais 143 collectivités qui contribuent à financer 9% des missions de l’ONG, le reste étant issu de dons privés.

    C’est ainsi que le Département d’Ille-et-Vilaine a réaffirmé son engagement en votant, le 14 février dernier, une subvention annuelle de 50 000 euros pour l’association, adoptée de façon transpartisane, par 40 des 54 conseillers départementaux. Une subvention de 10 000 euros est également octroyée chaque année, depuis 2021, par le Département de Meurthe-et-Moselle.

    La Région Occitanie, la première et l’une des seules à être mobilisée, avait accueilli à l’automne 2024 les premières assises du droit de la mer et des solidarités maritimes, en partenariat avec le Département de l’Hérault et la Métropole de Montpellier. L’objectif était alors d’« envoyer un message politique fort aux nouveaux élus de la Commission européenne et rappeler qu’il est de notre responsabilité collective de sauver les vies humaines en Méditerranée. Parce qu’il ne saurait y avoir de délit de solidarité », martelait sa présidente, la socialiste Carole Delga.

    Pendant ce temps, le navire poursuit sa mission en Méditerranée. L’Ocean Viking est actuellement en route vers le port de Livourne, dans le nord de l’Italie. À bord, 147 rescapés mis en sécurité à l’issue de deux sauvetages. Autant d’enfants, de femmes et d’hommes qui auraient pu mourir noyés s’ils n’avaient pas été sauvés.

  • Dans la tempête, tenir bon notre boussole

    Dans la tempête, tenir bon notre boussole

    600 hommes, femmes et enfants ont péri dans les flots de la Méditerranée depuis le début de l’année. Le chiffre glace le sang de tous ceux qui ont au cœur le respect de la vie humaine. Dans un débat public rythmé par l’extrême droite à l’échelle nationale, les municipales sont malheureusement devenues l’occasion de pointer du doigt les associations de sauvetage en mer qui, à l’image de SOS Méditerranée, ne font qu’accomplir un devoir d’humanité.

    Tandis que des militants identitaires sont jugés à Aix-en-Provence pour avoir craché leur haine à l’égard des migrants en marge d’un concert de soutien à Marseille, le candidat d’extrême droite à la mairie de Marseille établissait un lien de causalité, il y a quelques jours sur Cnews, entre le soutien de la municipalité aux opérations de sauvetage en mer et… la multiplication des points de deal à Marseille.

    Sauver des vies et agir pour une prospérité partagée

    Dans ce climat délétère, les voix porteuses de la fraternité humaine sont précieuses. C’est à Marseille que celle du Pape François s’était fait entendre sur le sujet. Dans la tempête, les humanistes de tout bord, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, doivent tenir bon leur boussole.

    Oui, les villes qui ne se résolvent pas à voir la Méditerranée se transformer en cimetière s’honorent à soutenir celles et ceux qui agissent pour tendre la main et sauver des vies. Les communes peuvent aussi, à travers les coopérations décentralisées et les initiatives de paix, s’engager pour une prospérité partagée sur nos deux continents.