Tag: Gazole

  • À la pompe, entre déception et colère

    À la pompe, entre déception et colère

    Dans cette station Total du boulevard Sakakini (5e), en ce matin du 8 octobre, les voitures défilent… Comme le compteur du prix du plein à la pompe. L’annonce, la veille, du Premier ministre de puiser 10 millions de barils dans les stocks stratégiques pour baisser le coût du litre de gazole de 12 à 18 centimes, ne convainc pas vraiment.

    « On va voir déjà s’ils le font », lance Assiata. Habitante du 15e arrondissement, elle a absolument besoin de sa voiture pour « déposer les enfants » et se rendre à son travail à l’hôpital de la Timone, à quelques encablures. En transports en commun, elle perdrait trop de temps affirme-t-elle. À 2,25 euros le litre dans cette station « où on vient aussi parce que c’est le moins cher », le plein de sa petite citadine lui revient tout de même à 75 euros. « Je n’attends pas que le réservoir soit vide, pour payer moins d’un coup », précise la jeune femme. Avec son petit salaire elle doit « tout calculer » raconte-t-elle et essaie de se cantonner à un plein par mois, quand elle le peut.

    Plutôt augmenter

    les salaires

    À la pompe d’à côté, David ne cache pas sa colère. « Mais 12 centimes, ça ne sert à rien et il faudrait que cela concerne tous les carburants », estime-t-il. « C’est un truc de fou, c’est pas normal. Alors qu’on sait très bien, qu’ils prennent 1 euro voire plus de 1,20 euro de taxes », s’indigne ce salarié, au volant d’un camion frigorifique. Pour sa voiture personnelle, il a fait le choix du diesel, parce qu’à l’époque « ça coûtait moins cher et maintenant c’est l’essence qui vaut plus le coup ». Désormais un plein pour lui, « c’est 180 euros », assure-t-il. Et il n’a pas les moyens d’en acheter une autre. Selon lui, il faudrait plutôt augmenter les salaires, « de 1 000 euros au moins pour qu’on vive un peu ».

    Agent de sécurité, Ameziane roule à l’éthanol avec la voiture du travail, « quand il y en a, sinon c’est du sans-plomb » mais son véhicule personnel, « c’est du diesel », indique-t-il. Alors il a pris « une carte chez Total », pour réduire la facture. Pour s’en sortir, il évite également « les déplacements inutiles », prend le métro, rogne sur les loisirs des enfants même s’il essaie de leur proposer une à deux sorties par mois au moins. « Ce n’est plus comme avant, on a du mal simplement à vivre », témoigne-t-il. Alors, il fait de moins en moins le plein. « Dans la voiture, je mets 40 euros, ça fait même pas une moitié de réservoir », confie-t-il.

    Devant lui, Sabri, artisan marseillais, assure lui avoir perdu au bas mot 30% de chiffre d’affaires. « Qu’est-ce que vous voulez, on n’a pas le choix, il faut bien qu’on travaille » explique-t-il, mi-résigné, mi-agacé. Avant de s’en prendre au gouvernement dont « il ne faut pas attendre de miracles ».

    Il s’inquiète : « L’avenir ne s’annonce pas beau. » Et finit par faire le lien avec la répression du mouvement lycéen. « Ils sont dégoûtants ! L’argent, il faut le mettre pour l’éducation, pour l’avenir, pour les enfants », assène-t-il. Et de rappeler : « Quand c’était les Gilets jaunes qui ont mis le pays à feu et à sang, qu’il y avait le Rassemblement national, hein, personne a rien dit. »

  • [Entretien] Hami Kahia-Tani, Emmaüs : « Ce n’est pas tenable, on doit trouver des solutions »

    [Entretien] Hami Kahia-Tani, Emmaüs : « Ce n’est pas tenable, on doit trouver des solutions »

    La Marseillaise : Êtes-vous inquiet de la flambée du prix de l’essence ?

    Hami Kahia-Tani : Sincèrement, sincèrement, c’est très préoccupant pour nous. On va avoir une réunion vendredi pour en parler collectivement. Il va falloir trouver des solutions.

    Pour les livraisons de gros achats, ou pour aller chercher des dons, nous nous déplaçons en camion sur un secteur très étendu dans tout Marseille et jusqu’à La Ciotat. Les bénévoles qui œuvrent sur la communauté viennent avec leur propre voiture, ce n’est pas possible que cela leur coûte de l’argent.

    Envisagez-vous de ne plus sortir, si les prix continuent de grimper ?

    H. K.-T. : Cette solution est complètement inenvisageable, ça serait la mort assurée d’Emmaüs. Pour fonctionner, nous avons besoin de dons et de les vendre pour faire vivre notre communauté et les gens qui y travaillent. Nous ne bénéficions pas de subventions publiques pour l’accueil des compagnons, ni de dons pécuniaires de particuliers.

    Avez-vous chiffré le coût des déplacements ?

    H. K.-T. : Là, tout de suite, je ne sais pas précisément. Mais je me souviens qu’en 2022, on avait pris 40% d’augmentation sur le gazole. Et là, j’entends ce [lundi] matin, que les prix ont atteint un nouveau record dimanche. Autour de 2,41 euros le litre ?! Ce n’est pas tenable. On ne peut pas rester les bras croisés.

    Pensez-vous à des alternatives ?

    H. K.-T. : On doit trouver des solutions, nous devons nous adapter. Nous avons trois camions thermiques, pourquoi pas acquérir un camion électrique ? À Marseille, Emmaüs Pointe Rouge l’avait fait pour ses petits-déjeuners.
    Mais pour ça, il nous faut des aides… Ben, je lance un appel !