Tag: Gaza

  • Confrontation entre manifestants du Crif et pro-palestiniens devant le Mucem

    Confrontation entre manifestants du Crif et pro-palestiniens devant le Mucem

    Une manifestation se tient depuis 9h30 devant le Mucem, à l’occasion de la tenue du colloque « Faire face à l’anéantissement de Gaza », organisé ces 21 et 22 mai dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 .Plus tôt dans le semaine, le Crif Marseille avait appelé au rassemblement pour protester contre le rendez-vous culturel. Bruno Benjamin, président du Crif Marseille, reproche à l’événement un caractère trop orienté politiquement, ainsi que l’intervention de Francesca Albanese, en visioconférence, qu’il qualifie d’ « antisémite notoire ». En réaction, des militants pro-palestiniens, dont l’Union des juifs français pour la paix, le collectif Palestine Martigues ou le collectif chrétien contre le génocide, se sont eux aussi réunis devant les portes du Musée. Les deux groupes campent devant le l’établissement culturel depuis ce matin, séparés par un cordon de CRS.

  • L’interception de la flottille pour Gaza inquiète

    L’interception de la flottille pour Gaza inquiète

    Après l’interception, lundi, de 40 des 52 bateaux membres de la flottille Global Sumud (résilience, ténacité, persévérance en arabe), partie la semaine dernière de Turquie pour apporter de l’aide humanitaire à Gaza, les forces israéliennes ont progressivement poursuivi les arrestations mardi. « Trois des dix bateaux restants ont déjà été arrêtés, ils vont tous être interceptés, ce n’est plus qu’une question d’heures malheureusement », se désole Florence Heskia, coordinatrice de Global Sumud France, ce mardi après-midi.

    176 militants interceptés en avril

    à bord de ce cortège humanitaire, près de 400 personnes, issues de 47 nationalités, dont 41 Français et trois Marseillais. Si les activistes ne peuvent plus communiquer avec les organisations à terre depuis leur arrestation, Florence Heskia dit avoir été informée par le consulat français d’un transfert des militants sur des « bateaux prisons ». « Nous sommes très inquiets. Au début, les interceptions se sont déroulées sans violence, mais on constate sur certaines vidéos que des coups de feu ont eu lieu. D’autant que, au-delà du moment de l’interpellation, nous ne savons pas comment sont traités nos camarades », poursuit la coordinatrice.

    Global Sumud insiste par ailleurs sur le caractère illégal de ces opérations, a priori opérées en eaux internationales, où aucun état n’est en droit d’intercepter un navire. Il existe deux exceptions : les actes de piraterie (criminalité de guerre) et la lutte contre l’esclavage.

    Fin avril, 176 militants de la Flottille, partis, eux, de Marseille, Barcelone et Syracuse, avaient été interceptés par Israël, au large de la Grèce, là aussi en eaux internationales. Thiago Avila et Saif Abu Keshek, activistes présents à bord, avaient ensuite été détenus durant 10 jours dans une prison israélienne, où ils ont été « maltraités et brutalisés ».

  • Ce « musée embarqué » solidaire avec Gaza

    Ce « musée embarqué » solidaire avec Gaza

    Le voilier Hétérotope, devenu centre culturel embarqué de la flottille pour Gaza, a permis samedi de livrer des témoignages sur le blocus naval illégal de la Palestine alors qu’Israël menace à nouveau d’arraisonner dans les eaux internationales les 50 navires de la flottille partie vendredi de Grèce.

    « C’est ici un petit coin d’humanité et de Palestine et vous savez combien pour la Ville de Martigues la question de la paix, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est importante surtout quand on voit ressurgir des fantômes » a dit Florian Salazar-Martin (PCF), adjoint au maire en charge de la culture.

    « Gaza vit sous blocus hermétique depuis 20 ans », énonce Pierre Stambul de l’Union juive française pour la paix, qui présente son livre Du projet sioniste au génocide. « Les Gazaouis sont punis collectivement, ont subi des bombardements incessants. Plus personne ne peut douter du mot “génocide” et l’Europe et les États-Unis en sont coauteurs. Il ne reste plus que les sociétés civiles du monde entier et ces flottilles sont un exemple formidable. Elles se substituent à la lâcheté, à la complicité de nos politiques. »

    Le collectif d’habitants de l’Estaque est présent. « Plus de 150 habitants sont venus à soutenir la flottille Thousands Madeleens To Gaza qui s’était amarrée en mars à l’Estaque et qui a rejoint en avril la flottille Global Sumud partie de Barcelone le 31 août. Nous exposons les dessins réalisés par des enfants de l’Estaque pour les enfants de l’école El-Watan à Gaza », montre Fathi Bouaroua qui souhaite ardemment un jumelage avec Marseille. « Ces dessins ont été très appréciés des petits Gazaouis. Ils ont tout imprimé et affiché sur leur tente », explique Maeva, une des enseignantes qui a participé à cette correspondance de dessins, de poèmes et de lettres avec l’association Education For Gaza pour des enfants qui vivent et sont scolarisés dans des conditions matérielles et morales épouvantables.

    « Il y a tout un processus d’invisibilisation de la culture palestinienne » rappelle l’organisateur Émilien Urbach, journaliste à l’Humanité, arrêté et arbitrairement retenu par les Israéliens. « Ce n’est pas pour rien que les journalistes sont les premières cibles à Gaza, que les chercheurs, les enfants sont tués à Gaza et de plus en plus en Cisjordanie. C’est un processus qui participe de tuer cette culture, de tuer l’existence de ce peuple, sa vitalité, sa créativité. C’est pour ça qu’on a créé ce bateau le centre culturel embarqué et qui comme, une criée après la pêche donnent tout ce qu’ils ont récolté. »

    Doyenne de la flottille attaquée le 8 octobre, Isaline Choury, 82 ans, a témoigné de la violence inouïe de l’armée israélienne qui a kidnappé 176 militants. « Un type très massif me frappait en criant en français “bienvenue en enfer !” » a relaté la fille du résistant corse, Maurice Choury et nièce de Danielle Casanova, la résistante communiste assassinée à Auschwitz. « Il y a eu pire. Trois de ma flottille ont été dénudés, un chien leur a pissé dessus et ils ont été violés (…). Depuis, je milite. Ils n’ont pas gagné. Je suis debout et vivante. Ils n’ont pas fini de m’entendre. Ils ne gagneront pas ! »

  • La mairie des 15-16 solidaire de la flottille pour Gaza

    La mairie des 15-16 solidaire de la flottille pour Gaza

    Alors que s’ouvre la Saison méditerranéenne avec, dans les 15e et 16e arrondissements de Marseille, le vernissage ce samedi à Jeanne-Barret de l’exposition Déplacer le silence en soutien aux artistes de Gaza, la mairie du 8e secteur dirigée par le communiste Jean-Marc Coppola, a tenu, à travers un communiqué publié ce mercredi, apporter son soutien aux équipages des flottilles humanitaires qui tentent de briser le blocus de Gaza. Après l’arraisonnement dans la nuit du 29 au 30 avril de navires civils par la marine israélienne dans les eaux internationales, la mairie d’arrondissements condamne ainsi « des violations graves du droit international ».

    « La mairie des 15ᵉ et 16ᵉ arrondissements réaffirme son attachement aux principes de paix, de justice et de solidarité internationale et adresse son soutien aux civils engagés dans ces missions humanitaires », appuie le communiqué. Qui rappelle aussi que « Marseille, ville portuaire ouverte sur la Méditerranée, historiquement attachée aux valeurs de fraternité entre les peuples avait accueilli, préparé et soutenu depuis le port de l’Estaque une de ces flottilles parties vers Gaza le 4 avril dernier ».

    Alors face à la situation humanitaire et sanitaire dans la bande de Gaza sur laquelle alertent les organisations internationales, « ces actions de solidarité destinées à acheminer une aide humanitaire vers Gaza doivent pouvoir être menées dans des conditions de sécurité et de respect du droit », insiste la mairie de secteur qui demande à l’État de « garantir le droit de la Palestine à accepter souverainement l’aide humanitaire dans ses ports, sans interférences d’État étrangers ».

  • Photo Kegham, une archive incomplète d’histoires palestiniennes

    Photo Kegham, une archive incomplète d’histoires palestiniennes

    Parmi les propositions de la Saison Méditerranée, le Centre photographique de Marseille reçoit Photo Kegham : une archive inachevable, une exposition conçue par Kegham Djeghalian Jr qui retrace les transformations et les ruptures que traverse la ville de Gaza. Son grand-père, Kegham Djeghalian Sr avait fondé le premier studio photographique professionnel de Gaza, Photo Kegham, en 1944 et devient une figure majeure de la photographie à Gaza au milieu du XXe siècle.

    Kegham Djeghalian Sr est un rescapé du génocide arménien. Pendant les années 1920, sa famille fuit vers la Syrie. Il traverse alors les villes de Jérusalem, puis de Jaffa et atterrit à Gaza où il ouvre le studio Photo Kegham en 1944. Ce studio devient une institution incontournable à Gaza. L’archive de Kegham Sr s’étale sur quatre décennies, une période qui connaît de nombreux changements : du mandat britannique, au règne égyptien, l’occupation israélienne ou le déplacement forcé des Palestiniens suite à la Nakba de 1948. Son œuvre comprend des portraits, des photos en studio, mais également des photographies prises dans son temps libre. « Il a documenté la vie quotidienne, et au-delà, de la ville de Gaza. C’était un chroniqueur », résume Kegham Jr. Il dira : « Le regard qu’il mène à Gaza est radicalement différent de l’archive britannique » que l’on trouve au British Library.

    Artiste, c’est en 2007 que Kegham Djeghalian Jr essaie de trouver l’archive de son grand-père : « J’ai grandi avec ses récits, avec les anecdotes sur mon grand-père », mais il ne connaissait pas son œuvre, explique-t-il. Il souhaite par là dresser le portrait de Kegham Sr. En 2018, « mon père a trouvé, dans son armoire au Caire, ces trois boîtes rouges qui sont la source de l’exposition. C’est là que le vrai travail a commencé », précise l’artiste. Ces boîtes contiennent une petite partie de l’archive mais « ce sont des négatifs assez détruits, avec le temps, avec les matières chimiques, avec la chaleur : c’est un travail fragile », poursuit-il.

    Une archive non-linéaire

    Malheureusement près de 90% de l’archive a disparu. À la mort de Kegham Sr, c’est Maurice Al-Tarazi, son assistant, qui avait repris le studio ensuite légué à son frère, Marwan. Marwan meurt tragiquement en 2023 lors de bombardements à Gaza, le 19 octobre, une partie de l’archive part avec lui. Kegham conserve des captures d’écran d’une conversation Zoom qu’il avait eu avec Marwan en 2021 mais la construction d’une archive formelle devient impossible. Il se rend alors compte que son projet n’est pas de construire l’opus de Kegham, mais que « les histoires interrompues sont un dénominateur commun dans l’histoire de Kegham et de toutes ses photos », dit-il.

    Kegham Jr se souvient : « Pour moi Gaza, c’est une terre toujours en guerre, toujours ravagée, c’est une géographie qui est saturée par l’image de destruction. Et je voulais déconnecter cette association, et être fidèle à ce que j’ai trouvé dans les trois boîtes qui montraient une vie quotidienne, une vie de joie, une vie à laquelle on peut s’identifier. (…) Je voulais montrer la contre-image. »

    Cela devient alors un choix : le choix de l’unmade archive. Pour Kegham Jr, la notion d’archive est une notion coloniale, de posséder, enfermer. « L’unmade archive c’est une résistance à cette histoire solide (…) c’est une manière de proposer des récits alternatifs qui invitent à une historiographie collective et participative », développe l’artiste. Après une première exposition en 2021 lors de la Cairo Photo Week, Kegham Jr commence à recevoir des images de photographies prises par son grand-père, accompagnées de récits personnels ou d’anecdotes. Ces images prises par des caméras mobiles sont souvent floues avec une perspective étrange. « Ce n’est pas la photo qui compte mais les récits qu’elle tient en elle. Elle devient une cartographie du déplacement de cette famille, de la diaspora ou l’immigration des Gazaouis », conclut Kegham Jr.

    Exposition visible jusqu’au 12 septembre au Centre Photographique Marseille.

  • Alima Boumediene-Thiery témoigne depuis la flottille

    Alima Boumediene-Thiery témoigne depuis la flottille

    « Partir, pour moi, était naturel, je ne pouvais plus rester ici sans rien faire », affirme Alima Boumediene-Thiery. Ancienne eurodéputée et sénatrice écologiste, l’avocate a embarqué à bord de Persévérance, un bateau qui bat pavillon français avec pour ambition de rejoindre la bande de Gaza et mettre fin au blocus israélien. Au moment où elle témoigne, la flottille longe les côtes grecques en direction de la Turquie, l’un des points d’étape et de rendez-vous des activistes. « Notre objectif, bien sûr, c’est de poursuivre, quels que soient les risques, jusqu’au bout », martèle-t-elle, consciente des dangers encourus.

    Quelques jours auparavant, les autorités israéliennes ont intercepté, dans les eaux internationales, une vingtaine de navires humanitaires de la Global Sumud Flotilla et détenu plus de 170 militants sur un bateau-prison, où ils auraient été battus. La plupart ont depuis été relâchés. Deux militants brésiliens et espagnols sont toujours en détention. Leurs gouvernements respectifs ont appelé à leur libération. « Israël est non seulement un État criminel, mais aussi un État voyou, un État pirate. C’est absolument interdit dans le droit international, mais aussi dans le droit maritime, d’intercepter des bateaux dans les eaux internationales. Et il est interdit de monter sur un bateau qui a un pavillon étranger », soulève Alima Boumediene-Thiery.

    Elle fait par ailleurs état de drones qui survolent le navire depuis des jours, ce qui renforce sa détermination. « Ça fait 40 ans que je manifeste et 20 ans que je me rends en Palestine régulièrement. Voilà 3 ans qu’il y a un génocide sous nos yeux, on doit briser ce silence et mettre nos États au pied du mur pour les forcer à réagir et couper tout lien avec Israël pour l’isoler », pousse-t-elle.

  • Les Marseillais et la diaspora libanaise en soutien au pays du cèdre

    Les Marseillais et la diaspora libanaise en soutien au pays du cèdre

    L’hymne national libanais a résonné à deux pas de l’ombrière du Vieux-Port de Marseille pour lancer une mobilisation de solidarité avec le Liban qui se déroulait ce samedi matin. Plusieurs dizaines de Marseillais et membres de la diaspora se sont réunies pour montrer leur solidarité avec le peuple libanais, qui subit des attaques d’Israël depuis le 8 avril dernier, drapeau au cèdre en main. « Le mercredi 8 avril aurait pu être une date ordinaire, pourtant il s’est gravé à jamais dans les mémoires. En quelques heures, le cours de l’histoire a basculé emportant avec lui des vies, de l’espoir », expose, la voix grave, Liliane Nasser, historienne et auteure, au nom du « Collectif pour le Liban », à l’origine de la mobilisation. Avant de poursuivre : « Nous sommes réunis pour dénoncer une énième agression contre le Liban. Alors qu’il avait scrupuleusement respecté l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, Israël a choisi, une fois de plus, la violence. » Plusieurs pancartes donnent le ton : « Gaza, Liban : L’impunité d’Israël continue » ou encore « L’armée la plus mortelle du monde ».

    Si Israël affirme viser les combattants du Hezbollah, les participants dénoncent surtout « une guerre de destruction aveugle contre des innocents ». « Plus de 400 morts et 800 blessés, pour la plupart des civils, depuis l’escalade du 8 avril… Des villages entiers ont été rasés, des écoles, des hôpitaux… Ce ne sont pas des dommages collatéraux », martèle Liliane Nasser. Le ministère de la santé libanais évoque plus de 1 900 personnes tuées depuis le 2 mars. Une minute de silence, de même que la lecture d’un poème, a été observée. Si une réunion est prévue entre Israël et Liban, ce mardi à Washington, des frappes avaient encore eu lieu, ce vendredi.

  • Les syndicalistes de la flottille ont l’internationalisme au cœur

    Les syndicalistes de la flottille ont l’internationalisme au cœur

    Il y a du monde qui s’active le long du quai de la friche portuaire abandonnée du Rio, à l’ouest du quartier de l’Estaque. Une vingtaine de navires de plaisance arborant le drapeau palestinien l’ont quitté après escale samedi, cap vers la Sicile. Ils font partie de la flottille Thousand Madleen, dont le but est de briser le blocus organisé par l’armée israélienne à Gaza. « Mille Madleen », la traduction, est un hommage au navire éponyme qui participait à la flottille de la liberté, en 2025, intercepté en eaux internationales dont l’équipage avait été arrêté et détenu avant d’être expulsé d’Israël.

    « Engagés contre l’impérialisme »

    Les équipages sont composés de syndicalistes, militants d’associations et membres de partis politiques. À l’image d’Anouk Brunet, assistante d’éducation au collège Edgard-Quinet de Marseille et syndicaliste CGT Éduc’action : « C’est important de participer à cette initiative en tant que syndicat. » Elle souhaite « apporter un soutien à la communauté éducative sur place ».

    Idée similaire pour Denis Vemclefs, représentant l’Union départementale CGT de Seine-Saint-Denis : « Nous sommes engagés contre l’impérialisme et on soutient Gaza, dans le cadre de la solidarité internationale de la CGT. » L’UD CGT 93 a d’ailleurs financé le navire Nour, prenant part à la flottille, « en même temps que des panneaux solaires à Cuba », précise Denis Vemclefs. Pour ce dernier, « l’internationalisme n’a pas de frontières », et se dit aussi solidaire « du peuple libanais, congolais ou soudanais ».

    Lors de la conférence de presse de Thousand Madleen, la coordinatrice du mouvement Esther Le Cordier a affirmé que cette flottille était un « outil politique », comme celle de 2008. « Nous ne lâcherons rien jusqu’à l’autodétermination de la Palestine », promet-elle. Tout en appelant à des actions à terre contre « le génocide et les guerres impérialistes et coloniales ». L’étudiante à l’Ehess a remercié les habitants de l’Estaque pour « leur accueil et leur solidarité » indispensables. Marseille a répondu présent.

  • [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir voulu monter à bord de cette flottille ?

    Edmond Baudoin : Comme beaucoup d’êtres humains, je suis concerné par ce qu’il se passe en ce moment. Je suis né à Nice, en 1942, il y a bien longtemps, et c’est aussi pour ça que la mer Méditerranée m’importe tant. C’est un lieu de passage, où l’on meurt énormément, et depuis longtemps maintenant. L’horreur dans laquelle nous sommes arrivés, nous ne pouvons plus la continuer. Je vais bientôt mourir et je sais que je voudrais que l’humanité continue, c’est ce que j’espère. Le chemin que nous avons pris nous emmène vers un point limite. Il faut que ça bascule. Donc j’ai dit oui à ce voyage, avec cette flottille, pour participer à ce militantisme sur la Méditerranée, parce que je suis encore vivant, parce que j’ai encore la possibilité de faire et d’écrire.

    Quel message portez-vous ?

    E.B. : Le message sera la Méditerranée et la culture. Bien sûr, ce qui se passe tue, mais c’est aussi un assassinat de la culture. On voit comment tout est détruit : en Palestine, à Gaza, qui est un espace d’une grande culture, mais aussi partout au Liban, puis en Iran… On piétine les êtres humains, c’est ça, bien sûr, le plus grave. Mais derrière les êtres humains, il y a tout ce qu’ils étaient. Dire qu’on va ramener l’Iran à l’âge de pierre, qu’est-ce que ça veut dire ? [Donald Trump a déclaré mercredi depuis la Maison-Blanche vouloir « ramener l’Iran à l’âge de pierre », Ndlr] Pourquoi ne sommes-nous pas en train de manifester dans la rue ? Juste ces mots… comment est-ce possible ?

    Comment occuperez-vous
    vos journées à bord
     ?

    E.B. : Bien sûr, je vais aider à faire avancer le bateau, car nous sommes huit à bord, ce qui signifie que nous devons tous participer à son fonctionnement. Mais dès que j’aurai une minute, je dessinerai ce que je pense, ce que je vois. Je vais remplir du papier, faire ce que je suis censé faire dans le monde. J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner. Pour ça, je n’ai pas beaucoup d’autres moyens que le dessin et l’écriture.

    Quelles affaires avez-vous emportées ?

    E.B. : Je suis déjà allé en bateau sur la Méditerranée. Je sais donc que, n’importe où, même en plein été, il fait froid, ou qu’en tout cas tout est très humide. Donc je me suis habillé comme pour partir à la montagne. Sinon, j’ai pris de l’aquarelle, de l’encre de Chine… C’est à peu près tout. Ah oui, j’ai aussi pris des médicaments pour le mal de mer !

    Avez-vous peur ?

    E.B. : Non. C’est quelque chose que je connais mal, le stress. Je ne sais pas, je me dis que ce n’est pas maintenant que je vais mourir. Et puis, quelle importance ? Mourir ne me pose aucun problème. Simplement, je n’existerai plus. Voilà. Mais pendant des millions, des milliards d’années, je n’ai pas existé, donc je n’existerai pas. Et puis j’ai 84 ans, disons que ça me pend au nez.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud