Tag: Gard

  • Des médecins cubains à Alès ? « Nous sommes prêts »

    Des médecins cubains à Alès ? « Nous sommes prêts »

    Il y a un peu moins d’an, une quarantaine d’élus locaux et responsables associatifs du haut-Gard se réunissaient à Alès. Deux questions dominaient les débats : comment faire face à la pénurie locale de personnel sanitaire ? Comment renforcer les capacités et l’efficience de l’hôpital public alésien ? L’établissement compte près de 880 lits, mais souffre d’un manque chronique de personnel, malgré les efforts intenses de la direction qui recourt déjà aux PADHUE (personnel hors Union européenne).

    Les conséquences sont lourdes : des délais de consultation pouvant atteindre près de deux ans en dermatologie, et des urgences régulièrement « régulées ». Le centre hospitalier rayonne également sur cinq structures d’accueil et d’hébergement pour personnes âgées, où interviennent plusieurs médecins généralistes. Il coiffe aussi le centre hospitalier de Ponteils, qui comprend notamment 75 lits (médecine, chirurgie, obstétrique) ainsi que l’hôpital d’Uzès.

    La pénurie ne touche pas seulement l’hôpital. Dans le territoire de l’agglomération alésienne, où vivent près de 136 000 personnes, on comptait 71 médecins en 2021. Ils ne sont plus que 55 aujourd’hui. À Alès, sous-préfecture de 46 000 habitants, on ne recense que vingt médecins du secteur 1. Résultat : 16 000 résidents de l’agglo sont privés de médecin traitant ; on compte un médecin pour 2 400 habitants.

    Pour le seul bassin alésien, l’estimation des besoins humains fait apparaître un manque global d’environ quatre-vingt-quatre professionnels de santé, toutes catégories confondues. Face à cette carence qui nuit gravement à la santé des habitants, la direction hospitalière et les élus locaux se tournent de plus en plus vers les praticiens diplômés hors Union européenne, devenus indispensables au maintien de l’offre médicale. Mais une autre option prend corps : faire appel, à titre provisoire, à des médecins cubains dans le cadre de l’hôpital local. L’expérience existe déjà en Calabre (Italie), où le personnel cubain est réparti dans quatre grands centres hospitaliers. Une coopération reconduite chaque année.

    Alès, un test national

    Forts de ces expériences réussies, fin du printemps dernier, une quarantaine de maires et élus du haut-Gard, conduits par Sylvain André, ont engagé une démarche commune auprès du sous-préfet d’Alès pour soutenir la venue de médecins cubains. À l’échelle nationale, la démarche est défendue par André Chassaigne, député communiste durant 23 ans et ex-président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Fin connaisseur du dossier, il travaille à lever les obstacles réglementaires, en lien avec le ministère des Affaires étrangères et celui de la Santé. « Ce n’est pas une démarche individuelle » insiste André Chassaigne. « Les praticiens sont sélectionnés, formés, et payés par l’État cubain. Ce sont des missions qui concernent aujourd’hui une cinquantaine de pays dans le monde. » Ce fut notamment le cas lors de la covid 19, avec des interventions en Caraïbe aux côtés de PADHUE en Martinique et en Guadeloupe.

    Pour Jean Michel Suau, du Comité de défense de l’hôpital, l’établissement public d’Alès « pourrait devenir un test à valeur nationale ». L’Alésien figure parmi les chevilles ouvrières de ce projet santé, soutenu par André Chassaigne, qui coordonne les nombreuses demandes formulées par les élus à travers le pays. La possibilité d’un renfort cubain intéresse également les centres et antennes de santé Filieris, issus de la Caisse Autonome Nationale de la Sécurité Sociale des Mines, présents notamment aux Mages, Saint-Florent/Auzonet, La Grand-Combe, Saint-Martin-de-Valgalgues, Bessèges, Saint-Ambroix, Salindres et Saint-Christol. D’ores et déjà vingt maires sont prêts à mettre à disposition des locaux pour accueillir les praticiens.

    Dans un territoire confronté à une désertification médicale accélérée, la venue de médecins cubains pourrait-elle marquer un tournant ? « Les besoins ont été évalués à 84 médecins environ » pour le bassin sanitaire, précise Jean-Michel Suau. Un bassin de 180 000 habitants (qui comprend aussi la basse Ardèche et la basse Lozère) dont 146 000 vivent dans l’agglo d’Alès (72 communes). La rencontre du 23 février pourrait bien ouvrir une nouvelle page pour la santé dans le haut-Gard.

    Lundi 23/02 à 18h, soirée au Prolé d’Alès en solidarité à Cuba.

  • Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Née en 1949 à Beyrouth, elle fut l’une des premières femmes à représenter l’OLP à l’étranger. Retrouvée morte à son domicile de Lecques, dans le Gard, elle laisse l’image d’une figure engagée et respectée du dialogue euro‑palestinien.

    Relire notre entretien du 15 septembre 2020 : « L’accord de normalisation avec Israël : une imposture »

  • L’affaire des stades nîmois révèle la dérive des droites

    L’affaire des stades nîmois révèle la dérive des droites

    Salle comble, hommages, puis retour brutal au réel : pour le dernier conseil municipal de Jean-Paul Fournier, samedi, le feuilleton des stades a englouti l’émotion. Au cœur des échanges, la Ville a acté le rachat du stade provisoire des Antonins et du centre d’entraînement de la Bastide, pour près de 9,50 M au prix des Domaines. Une opération présentée par la majorité comme vitale pour « sauver le club », et devenue, à un mois des municipales, un marqueur politique explosif.

    Dans l’hémicycle, Vincent Bouget (Nîmes citoyenne à gauche) a choisi de ne pas prendre part au vote, mais pas de se taire. Il a rappelé ce qu’il décrit comme la facture d’une séquence entamée par la vente des Costières à Rani Assaf : « Voici donc l’addition, la douloureuse : 9,5 ME. C’est le prix du départ de Rani Assaf, le prix des erreurs accumulées, le prix que les Nîmois doivent payer. » Et de dénoncer un achat « contraint » : un stade « conçu comme provisoire, sans parkings, difficile d’accès », à l’issue incertaine au-delà de 2032. Sur la Bastide, il épingle une mécanique à rebours : des équipements déjà financés par la collectivité, revendus puis rachetés plus cher. À ses yeux, l’affaire dit moins une stratégie qu’une perte de maîtrise : « Sortir le chéquier des Nîmois n’est pas une stratégie. »

    Indignation sur commande

    La droite nîmoise, elle, tente de retourner l’argument. Franck Proust, premier adjoint et candidat LR-UDI-Horizons, assume une ligne : l’achat « se débarrasse » d’Assaf et dote la ville d’un stade réutilisable « pour tous les clubs », dans une ville qui « manque de terrains, de gymnases ». Dans la campagne, il promet désormais un référendum sur l’avenir des Costières, dès 2027 : « Je vais demander aux Nîmois de choisir », tout en affirmant « ne pas occulter l’avenir des Costières ». Problème : pour l’opposition, ce volontarisme tardif ressemble à une reconquête narrative, afin de faire oublier que la majorité a longtemps porté le dossier avant de le subir.

    Le conseil a surtout mis à nu l’état de décomposition des droites locales. Julien Plantier, ancien premier adjoint devenu rival, annonce l’abstention de son groupe et attaque : « Ne cédez pas au chantage de Rani Assaf, ne gaspillez pas l’argent des Nîmois. » Dans le même souffle, il dit « assumer pleinement » les décisions de l’époque. Plantier propose sa propre sortie par le haut : rénover les Costières (trois tribunes, pôle économique ou médical côté ouest), quand Proust défend les quatre tribunes ou ouvre la porte à la démolition/reconstruction. Même diagnostic : le dossier est devenu un boulet, mais rivalités, calendriers et montages opposés. La droite sortante se contredit en direct.

    Dans cette crise, le RN avance en terrain découvert. Au conseil municipal, ses élus ont soutenu certaines délibérations mais calculent pour capitaliser sur la colère fiscale et le ressentiment. Dans la campagne, sa tête de liste Julien Sanchez, parachuté à Nîmes, se présente comme le « meilleur candidat » parce qu’il a « déjà dirigé une ville », et martèle en substance que le RN « gouvernera Nîmes, et demain la France ». Une fanfaronnade qui prospère sur un décor familier : droite éclatée, succession mal verrouillée, affaire des stades transformée en symbole de fin de règne. Reste une question, au-delà des tribunes et des plans 3D : qui paiera l’addition politique d’un dossier où ceux qui prétendent « réparer » sont aussi ceux qui ont allumé l’incendie ?

  • La Camargue au cœur des zones humides

    La Camargue au cœur des zones humides

    Vauvert, Scamandre. C’est au cœur de la Petite Camargue que s’est ouvert, vendredi 30 janvier, le mois des zones humides. Un lancement national hautement symbolique pour la Journée mondiale des zones humides (JMZH), célébrée chaque 2 février, qui rappelle l’importance cruciale de ces écosystèmes longtemps considérés comme des contraintes, mais désormais reconnus comme des alliés indispensables face au dérèglement climatique. Pendant plus d’un mois, jusqu’au 1er mars, des centaines d’animations sont proposées partout en France pour (re)découvrir ces milieux naturels essentiels.

    Marais, lagunes, étangs, roselières ou prairies humides jouent un rôle clé : régulation des crues, filtration naturelle de l’eau, stockage du carbone, refuge pour la biodiversité. Pourtant, ces espaces figurent parmi les écosystèmes les plus menacés, avec une disparition estimée à plus de 35 % à l’échelle mondiale en cinquante ans. En France, l’enjeu est d’autant plus fort que 2026 marque les 40 ans de la ratification de la Convention de Ramsar, premier traité international dédié aux zones humides, dont la Camargue fut le premier site classé.

    Pour cette édition 2026, placée sous le thème « Zones humides et savoirs traditionnels : célébrer le patrimoine culturel », les acteurs institutionnels, scientifiques et associatifs se sont réunis au Scamandre. Une reconnaissance pour ce site Ramsar de 42 000 hectares, véritable mosaïque de milieux façonnés par le Rhône et la mer, où cohabitent faune, flore et activités humaines. Élevage extensif, pêche, récolte de roseaux, tourisme naturaliste : ici, l’eau structure les paysages autant que les modes de vie.

    Un équilibre fragile

    Si la Camargue est un symbole, elle est aussi un territoire sous tension. Inondations, sécheresses, submersions marines : le delta vit avec le risque. Le réchauffement climatique fragilise l’équilibre subtil entre eau douce, saumâtre et salée, accentuant la salinisation des sols. Vignes, roselières, habitats d’oiseaux comme les hérons ou les flamants roses en subissent déjà les conséquences. « Ce territoire vit avec les risques, et l’Homme y intervient depuis toujours pour pouvoir y vivre », souligne Robert Crauste, le maire du Grau-du-Roi.

    Cette coopération dépasse les frontières administratives. Gardois, Héraultais et acteurs des Bouches-du-Rhône travaillent de concert, accompagnés par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Objectif : restaurer les zones humides, lutter contre la salinisation et sécuriser la ressource en eau potable, tout en maintenant les activités humaines. Un plan de lutte contre la salinisation a ainsi été engagé, avec des mesures à moyen et long terme.

    Au-delà des chiffres et des politiques publiques, le mois des zones humides veut aussi retisser un lien entre habitants et territoires. Sorties nature, conférences, projections, chantiers de restauration : plus de 700 animations invitent le public à comprendre que ces espaces ne sont pas figés, mais vivants, habités, et porteurs de savoirs anciens.

    * Pour trouver les animations autour de vous : https://bit.ly/Animations-JMZH-2026.

    « Les zones humides sont essentielles à
    la biodiversité »

  • « Au fil du jazz », un mois de swing au Pont du Gard

    « Au fil du jazz », un mois de swing au Pont du Gard

    Impossible d’évoquer le jazz sans convoquer les grandes figures qui l’ont façonné, de Louis Armstrong à Miles Davis, ni celles et ceux qui continuent de le faire vibrer aujourd’hui. En février, cette musique née de l’histoire afro-américaine poursuit son chemin jusqu’au territoire du Pont du Gard, où elle posera ses valises pour trois week-ends consécutifs.

    Porté par la Communauté de communes du Pont du Gard, en partenariat avec le Labory Jazz Club Production, le festival « Au fil du jazz » revient avec une édition annoncée comme « riche et variée », fidèle au jazz traditionnel et à ses multiples influences. Particularité assumée : chaque formation est programmée pour une soirée unique, offrant au public un concert complet et immersif, dans différentes communes du territoire.

    Un jazz itinérant

    Le coup d’envoi sera donné ce vendredi 13 février à Pouzilhac avec les Canibal Dandies, formation montpelliéraine qui replonge le public dans l’univers cuivré de la Nouvelle-Orléans. Le lendemain, Jérôme Laborde’s Quintet proposera à Meynes un voyage inspiré de ses séjours américains, revisitant standards et compositions originales.

    Le festival repartira le week-end suivant à Collias avec Swing Machine, accompagné du saxophoniste Max Atger, promet une soirée haute en couleurs et en swing. Puis à Aramon, Overjoyed rendra hommage à Stevie Wonder, entre jazz, soul et musiques du monde. Le festival se conclura le 27 février à Valliguières avec Cosmos 4tet, et son audacieux dialogue entre musique classique et jazz.

    * Infos : https://www.uzes-pontdugard.com

  • Faire une « ville à hauteur d’enfant »

    Faire une « ville à hauteur d’enfant »

    Mettre « l’enfant au centre » : la formule est devenue un axe de campagne pour Nîmes en commun, qui décline une série de propositions allant de la petite enfance à l’adolescence, avec une idée directrice : une ville pensée pour les plus jeunes est aussi plus vivable pour tous.

    Côté petite enfance, la liste annonce le développement des structures d’accueil et l’élargissement des horaires, un accès facilité aux modes de garde et des aides municipales ciblées, notamment pour les familles monoparentales. Sur le pouvoir d’achat des familles, le collectif met en avant la gratuité des transports pour les moins de 25 ans, la gratuité des bibliothèques, et la mise en place d’un séjour vacances dès l’été 2026.

    Le cœur du volet école repose sur un plan d’urgence d’adaptation climatique et de rénovation pour les 83 écoles, complété par la renaturation des cours et un projet éducatif territorial renforcé : tutorat, accès au sport, éducation artistique et culturelle, ludothèque itinérante, réseau d’entraide parentale. La liste évoque aussi une refonte du Projet de réussite éducative pour mieux accompagner les enfants et familles en difficulté.

    Redonner la parole

    Enfin, sur la citoyenneté, le collectif veut créer un conseil municipal des enfants, élu dans les écoles, avec engagement de réponse publique à chaque proposition. Objectif affiché : agir tôt contre les déterminismes sociaux et rendre aux enfants une liberté réelle dans l’espace public. A.J

  • L’arrivée de médecins cubains se précise dans le Gard

    L’arrivée de médecins cubains se précise dans le Gard

    Après avoir lancé l’idée d’accueillir des médecins cubains pour pallier la pénurie de soignants dans les Cévennes (16 000 personnes sont toujours sans médecin traitant sur Alès agglomération), le comité de défense et de promotion de l’hôpital et de la santé a souhaité effectuer un point d’étape devant la presse vendredi 6 février. Car le dossier pourrait bien s’accélérer dans les prochaines semaines.

    « Nous avons été reçus au ministère de la Santé le 10 décembre puis le 15 décembre nous avons remis 3 500 pétitions au sous-préfet d’Alès. Enfin le 14 janvier, André Chassaigne, ancien parlementaire aujourd’hui en mission dans les Caraïbes et à Cuba pour l’Assemblée nationale, a rencontré le conseiller santé du Président de la République », détaille Roger André, membre du collectif. « Il est ressorti de cette réunion qu’il n’existe aucun obstacle de principe au projet. Le conseiller a même formulé plusieurs propositions comme élargir l’expérimentation à un territoire d’outre-mer, développer des coopérations entre établissements hospitaliers cubains et français et accueillir des stagiaires. »

    Concrètement, le collectif doit encore finaliser un dossier pour définir les derniers détails permettant la venue des médecins cubains comme leur nombre, leurs statuts, la durée de leur mission, etc. Ce dossier doit être remis à l’ambassadeur de Cuba en personne lors de son déplacement à Alès le 23 février, même si l’actualité avec les menaces formulées par Donald Trump sur l’île caribéenne pourrait obliger l’ambassadeur à reporter sa venue à Alès. Au-delà des Cévennes, deux autres territoires ont demandé le renfort de médecins cubains : les Alpes-de-Haute-Provence et les Côtes-d’Armor en Bretagne.

  • Ces villes que le RN veut rafler et utiliser comme marchepied en Occitanie

    Ces villes que le RN veut rafler et utiliser comme marchepied en Occitanie

    Robert Ménard à Béziers, Louis Aliot à Perpignan, Nelson Chaudon à Beaucaire. À ce jour, seules trois Villes d’Occitanie sont dirigées par le Rassemblement national ou ses alliés d’extrême droite. Mais à l’issue des élections municipales (15-22 mars), la tache brune pourrait se répandre davantage.

    Pour l’heure donné favori à la Présidentielle 2027 en dépit de graves affaires judiciaires, le RN n’a pas l’intention d’enjamber ces élections locales où d’ordinaire il apparaît peu crédible. Ce n’est pas un hasard si Jordan Bardella a débuté samedi 7 février son tour de France des villes à conquérir à Agde puis à Carcassonne. Tournée qui va se poursuivre jusqu’à mi-mars pour soutenir les principales têtes d’affiche du parti à la flamme.

    Voilà plusieurs mois que le parti lepéniste a dressé la liste des villes qu’il rêve de voir tomber dans son escarcelle. La plupart sont situées dans le Nord ou à l’instar de Marseille, Toulon, sur la façade méditerranéenne (Sud Paca, Occitanie), socles forts de l’extrême droite qui se renforcent à chaque scrutin.

    Les villes à haut risque RN

    En Occitanie, outre Perpignan, Béziers et Beaucaire qui ont déjà rendu les armes en 2014 ou 2020, deux villes audoises sont particulièrement menacées : Narbonne (par le député RN Frédéric Falcon) et Carcassonne (avec le député RN Christophe Barthès qui ne croit pas au réchauffement climatique). Il faut dire qu’aux législatives provoquées par Emmanuel Macron en 2024, l’Aude n’a élu que des députés d’extrême droite. C’est le cas aussi du Gard où, à quelques exceptions près (Le Vigan, La Grand-Combe…), l’extrême droite étend sa toile.

    Au prix d’un travail minutieux compilant plusieurs statistiques, StreetPress a mis au point un « fachoscore » pour classer les principales communes sur un risque de A (faible) à E (élevé). Outre Beaucaire (E) qui a déjà basculé, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit ou Vauvert sont classés D. Le RN a envoyé l’artillerie lourde avec les députés Nicolas Meizonnet (Vauvert) et Pascale Bordes (Bagnols). Du côté d’Alès, c’est le policier Anthony Bordarier qui s’y colle. Méconnu, ce cadre du RN depuis 2020 est néanmoins soutenu par les députés Yoann Gillet et Pierre Meurin. Enfin à Nîmes, où le risque RN ne semblait pas écarté dans le dernier sondage, le député européen et ancien maire de Beaucaire Julien Sanchez fait figure d’épouvantail.

    Dans l’Hérault, plusieurs villes, particulièrement mal gérées par une droite affairiste, pourraient se tromper de colère. C’est le cas d’Agde où l’ancien maire Gilles d’Ettore (LR) a dû démissionner, embourbé dans l’affaire de la voyante. Le député RN Aurélien Lopez-Liguori est à l’affût. Situation comparable à Sète où Sébastien Pacull, en dépit d’une campagne discrète, pourrait tirer son épingle du jeu après la démission forcée de François Commeinhes (Divers droite). À l’image de Mèze (classée D par StreetPress) ou Frontignan, la menace est forte dans le bassin de Thau. Mais pas seulement. Des terres de bouvine (Mauguio) ou proches du bastion de gauche Montpellier (Lattes, Gignac…) auront des candidats d’extrême droite. Quant à Béziers, si le RN de Julien Gabarron venait à échouer, ce serait sans doute au profit de Robert Ménard (EXD). Quoi qu’il en soit, l’objectif est moins de s’emparer de villes pour lesquelles le RN nourrit rarement un réel intérêt que d’en faire un tremplin pour préparer la suite. Jordan Bardella en convient d’ailleurs lui-même. « Il faut gagner un maximum de communes et prouver dans le cadre de ces municipales que le changement n’attend pas l’élection présidentielle », a confié dans son bain de foule à Agde, celui qui l’an prochain pourrait concourir à l’Élysée à la place de Marine Le Pen.

    Avant l’ultime étape qui terrorise le camp républicain, les Sénatoriales de septembre 2026 seront une autre étape importante, souligne Michel Crespy. « Le RN pense pouvoir gagner quelques villes sur les triangulaires, des quadrangulaires ou bien avoir des élus d’opposition. Mais surtout le RN vise les sénatoriales car il aura besoin du Sénat [où le RN est inexistant, Ndlr] s’il arrive à l’Élysée. » Pour le camp des progressistes, il est plus que jamais temps de se ressaisir dès les élections municipales.

  • L’enfance, levier d’égalité pour Nîmes

    L’enfance, levier d’égalité pour Nîmes

    Elle n’a pas « choisi » l’enfance comme un thème de campagne : c’est l’enfance qui l’a rattrapée, chaque matin, à hauteur de CP. Géographe-urbaniste de formation, passée par la réhabilitation de quartiers d’habitat social, Agnès Charaix-Py s’est reconvertie dans l’enseignement. Aujourd’hui colistière de Nîmes en commun, elle porte deux dossiers qui se répondent : renaturaliser la ville, « y compris les cours d’école des 83 écoles de Nîmes », et redonner aux enfants une place de citoyens à part entière.

    Dans sa classe, elle dit avoir vu « une paupérisation certaine » en 17 ans : pauvreté matérielle, familles récemment arrivées, barrière de la langue. À cela s’ajoutent, selon elle, « les non-problèmes » devenus massifs : l’emprise des écrans, la concentration en chute, et des signaux sanitaires plus lourds dans les quartiers populaires (caries, obésité, alimentation déséquilibrée). « On est sur une santé défavorable », résume-t-elle, sans fatalisme. Car l’autre visage, elle le décrit avec une énergie contagieuse : des enfants « affamés de culture et d’apprentissage », un enthousiasme brut, une soif de découverte. « Ce sont des gamins pas blasés », dit-elle, évoquant une sortie aux Arènes, « magique », parce que beaucoup n’y avaient « jamais mis les pieds ».

    Ce contraste nourrit sa colère politique : « Il y a des pépites. Je les vois, ils ont six ans. » Et pourtant, faute d’accompagnement, beaucoup glissent, du primaire au collège puis au lycée, jusqu’à l’orientation subie. « Ça me met la rage », insiste-t-elle : « on sacrifie leur avenir ». Pour Agnès Charaix-Py, la mairie a des leviers concrets et immédiats : périscolaire, loisirs, accès à la culture, à la mobilité, à une alimentation saine. Des actions qui, mises bout à bout, « ouvrent des horizons » et desserrent l’étau du déterminisme social.

    « Vous êtes Nîmois »

    L’épisode de juin 2025 a marqué durablement la communauté éducative : « 81 écoles sur 83 ont été fermées pendant la canicule », rappelle-t-elle, décrivant des classes à 30-31°C, des journées perdues où l’on n’enseigne plus vraiment. Pour elle, le sujet n’est pas anecdotique : il dit une politique d’investissement, des priorités assumées. « Le musée de la Romanité ou le Palais des Congrès, c’est bien, mais ça nous a fait perdre du temps », lâche-t-elle, plaidant pour un plan pluriannuel transparent : diagnostic école par école, catégories d’urgence, calendrier lisible pour parents et équipes, travaux d’isolation, protections solaires, solutions de rafraîchissement sobres, et renaturation réelle des cours.

    Car « la ville à hauteur d’enfant » commence derrière le portail : moins de goudron, plus de pleine terre, des arbres, des potagers qui fonctionnent, des composteurs suivis, du vivant. Pas pour faire joli, mais pour transformer l’expérience quotidienne et l’adaptation climatique. Et au-delà de l’école, elle déroule une vision urbaine très concrète : abords d’écoles apaisés, rues temporairement libérées des voitures, cheminements piétons sûrs, pistes cyclables praticables par des enfants, quartiers ralentis. Autrement dit : l’enfance comme test de vérité des politiques publiques.

    Mais l’ambition, insiste-t-elle, est aussi démocratique. Elle regrette l’absence d’un conseil municipal des enfants et veut éviter le gadget : sujets travaillés en amont dans les écoles, élus référents, engagement public de réponses, et retour devant les enfants « dans six ou douze mois » sur ce qui a été fait. « Ce ne sont pas seulement les citoyennes de demain, ce sont les citoyennes d’aujourd’hui », martèle-t-elle.

    Dans sa classe, une phrase revient : « Moi je voudrais qu’ils se sentent Nîmois. » Parce que l’appartenance, dit-elle, peut être un point d’appui, plus accessible que l’identité nationale pour des enfants de familles diverses. « Vous êtes Nîmois », répète-t-elle à des élèves pourtant nés ici. Derrière, une idée simple : faire de la ville un bien commun, et de l’enfance un point de départ. « Un enfant égal un enfant », conclut-elle, « des beaux quartiers comme des classes populaires ». À ses yeux, la justice sociale commence là : dans une cour d’école, un trajet du matin, un repas de cantine, une bibliothèque gratuite, un droit réel à la parole.

  • [Entretien] Florence Bouis : « Ce n’est pas par le chaos qu’on trouve des solutions »

    [Entretien] Florence Bouis : « Ce n’est pas par le chaos qu’on trouve des solutions »

    La Marseillaise : Pourquoi vous être engagée et quel bilan tirez-vous de ce premier mandat ?

    Florence Bouis : Je n’étais pas du tout issue d’un milieu politique. À la base, c’était un constat : un village qui se dépeuplait, qui s’endormait, après la fermeture de la dernière usine il y a une vingtaine d’années. À un moment, soit on râle, soit on agit. Le mandat a commencé dans des conditions compliquées, avec le Covid, sans formations possibles. On a appris sur le tas. . Notre priorité a été de redresser les finances, de désendetter la commune et d’agir sur le quotidien : un village propre, entretenu, sans grands projets coûteux. Aujourd’hui, avec l’expérience et des formations dédiées aux élus ruraux, je me sens plus solide pour la suite.

    Quels sont vos grands axes de travail pour Molières-sur-Cèze ?

    F.B. : Le cœur du projet, c’est l’habitat. Molières est une ancienne commune minière avec beaucoup de logements sociaux. Les bailleurs se désengagent et cela crée des logements vacants au cœur des quartiers. Il faut redynamiser pour attirer des couples d’actifs avec enfants. La mobilité est l’autre enjeu majeur : tout le monde n’est pas véhiculé, on est à trente minutes d’Alès, et on mise beaucoup sur la réouverture de la ligne ferroviaire Alès-Bessèges et sur les mobilités douces. Notre projet s’articule autour de quatre axes : habitat, mobilité, transition énergétique et bien-vivre ensemble, avec aussi un volet sur la souveraineté alimentaire et le lien social.

    Comment analysez-vous la montée de l’extrême droite dans le Gard et localement ?

    F.B. : Oui, c’est un vrai risque. On assiste à une banalisation, parfois cachée derrière des listes dites “sans étiquette”. Pourtant, localement, les enjeux ne sont pas l’immigration ou l’insécurité, mais le logement, le travail, la mobilité. Ce qui me frappe, c’est le paradoxe : Molières est une commune de brassage depuis plus d’un siècle, avec une histoire minière, des Italiens, des Espagnols, des Polonais, des réfugiés bosniaques. Malgré cela, l’extrême droite progresse sur les scrutins nationaux. On joue sur la peur, sur le sentiment de perte. Moi, je ne crois pas que ce soit par le chaos qu’on trouve des solutions. Je crois au local, aux initiatives de terrain. Tant que je resterai positive, je continuerai.