Tag: France

  • Gouvernement Lecornu II : toujours aussi bancal et libéral

    Gouvernement Lecornu II : toujours aussi bancal et libéral

    Il fallait aller vite. À peine 48h pour composer une équipe gouvernementale destinée avant tout à déposer un projet de budget. En vertu de la Constitution, le Parlement doit disposer de 70 jours pour l’examiner, avant le 31 décembre. Il faudrait que le texte lui soit transmis en ce début de semaine, en principe après un passage en Conseil des ministres, ce mardi.

    Sébastien Lecornu, reconduit à Matignon par un président jusqu’au-boutiste, a dit dimanche soir, selon son entourage, avoir « proposé un mélange de société civile avec des profils expérimentés et de jeunes parlementaires ». Une équipe de 34 ministres encore et toujours marquée à droite, avec la participation de membres des Républicains, à l’image d’Annie Genevard, reconduite à l’Agriculture, ou du député Vincent Jeanbrun, porte-parole du groupe LR à l’Assemblée nationale, nommé au ministère du Logement et de la Ville. Malgré le mot d’ordre du parti LR de ne pas participer au gouvernement, dans un contexte d’éclatement du fameux « socle commun », entendre ses potentiels alliés de la droite et du centre. Dans la foulée de l’annonce du gouvernement, le parti de droite a indiqué exclure les ministres LR.

    Les électeurs de la première circonscription du Tarn-et-Garonne ont choisi dimanche, lors d’une élection législative partielle, un candidat soutenu par le RN, Pierre-Henri Carbonnel, plutôt qu’une socialiste, après l’appel du patron de LR, Bruno Retailleau, à ne donner « pas une voix » à la gauche.

    C’est dans ce contexte de rapprochement entre droite et extrême droite que Sébastien Lecornu s’était donné 48 heures pour rassembler un second gouvernement. « Repartir n’était pas une évidence pour moi » a-t-il confié à nos confrères de la Tribune Dimanche. Et de prévenir que « si les conditions n’étaient de nouveau plus remplies », il partirait de nouveau. « Je ne ferai pas n’importe quoi. On ne peut pas continuer comme avant, il faut un gouvernement plus libre, y compris dans la relation aux partis politiques », a-t-il ajouté. Une bonne partie des groupes de l’Assemblée nationale appellent à la censure.

    À droite, les Républicains ont explosé, leur bureau indiquant « un soutien texte par texte ». Décision sur laquelle le Modem et Horizons pourraient s’aligner. Laurent Panifous, président du groupe Liot, indique lui que son groupe ne censurera pas le futur gouvernement si celui-ci respecte quatre conditions : ne pas utiliser le 49.3, revenir sur la réforme des retraites, une mesure de justice fiscale et de nouvelles têtes.

    En embuscade, la cheffe de file du RN se frotte les mains, Marine Le Pen se disant prête à « censurer tout ». Mieux, 95 % de ses candidats seraient même pré-investis en cas de dissolution. De quoi inquiéter quand on se remémore le CV de ceux présentés aux législatives de 2024, entre incompétence crasse, casier judiciaire chargé et autres propos racistes.

    Le PS en arbitre ?

    À gauche, après avoir tenté la destitution, LFI opte aussi pour la censure sans attendre. Pour son coordinateur et député de Marseille, Manuel Bompard, « le cirque doit s’arrêter ! ». Du côté des communistes, réunis en conseil national samedi, la dissolution ne fait pas un pli non plus. Les Verts eux, ont encore besoin de se persuader. La secrétaire générale d’EELV, Marine Tondelier, appelle à un vote de confiance, préfère écouter le discours de politique générale avant une motion, persuadée que Lecornu ne parviendra pas à aboutir.

    Avec 69 députés, les socialistes se posent en arbitre. Sans l’abandon du 49-3, des mesures pour protéger et renforcer le pouvoir d’achat des Français et une suspension immédiate et complète de la réforme des retraites, ce sera la censure prévenait Pierre Jouvet, secrétaire général du Parti socialiste depuis la fête de la Rose à Marseille ce 11 octobre. « Une telle suspension n’épuiserait pas le débat sur le budget et l’avenir de la France, mais ce serait un gage de sa bonne foi et de sa volonté d’ouvrir une nouvelle période », a précisé Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, toujours dans La Tribune Dimanche.

    Pour le Premier ministre démissionnaire remissionné, « il y aura un moment de vérité. » Reste à savoir laquelle…

  • La « carte blanche », une impasse

    La « carte blanche », une impasse

    C’est une nouvelle fois dans la précipitation et dans une vaste pagaille politique que le gouvernement a été nommé, dimanche soir. Un exécutif sans relief, bancal et toujours libéral, piloté par un Premier ministre en sursis.

    En reconduisant Sébastien Lecornu à Matignon, Emmanuel Macron ne cherche pas à résoudre la crise politique, il l’aggrave. Ce choix illustre un refus obstiné d’écouter le peuple.

    Car cette crise est l’héritage direct de la dissolution de 2024. Une manœuvre présidentielle qui a tourné au désastre. Le Nouveau Front populaire (NFP), rassemblant les partis de gauche, est sorti vainqueur de ces législatives, porté par une dynamique forte. Mais, au lieu de respecter ce verdict, Emmanuel Macron a préféré ignorer les urnes, contourner les équilibres parlementaires et imposer un Premier ministre sans majorité. Depuis, règne une instabilité sans précédent.

    Paysage fracturé

    Sébastien Lecornu se retrouve avec une « carte blanche » qui ressemble surtout à une impasse. Il a composé un gouvernement dans un paysage politique fracturé, où les soutiens traditionnels se dérobent et où les oppositions se préparent à censurer. À gauche, la colère est légitime, avec des exigences concrètes : retrait de la réforme des retraites, justice fiscale ou encore un meilleur pouvoir d’achat.

    La semaine qui s’ouvre s’annonce tumultueuse, avec un gouvernement équilibriste déjà proche de chuter, juste en place pour déposer un projet de budget dans les temps.

    Il est temps que la gauche prenne le gouvernail du pays, avec une alternative crédible, sociale, écologique et démocratique. Le peuple a parlé en 2024. Il est urgent que le pouvoir l’écoute, enfin.

  • [Le coin de la bande dessinée] Plongée dans les nouvelles luttes féministes, face aux violences et au déni

    [Le coin de la bande dessinée] Plongée dans les nouvelles luttes féministes, face aux violences et au déni

    On ne peut plus ne pas savoir, ni ne rien faire ! Féminicides, viols, harcèlement sexuel… Malgré des avancées majeures, les violences faites aux femmes persistent. Cette somme signée Géraldine Grenet et Marie-Ange Rousseau permet d’aborder la question des violences sexistes et sexuelles de manière pédagogique par le biais d’une vaste étude socio-historique. L’objectif, atteint, était d’inscrire ces faits longtemps masqués et même excusés dans un contexte social, d’éclairer la perception de ces violences pour en comprendre les mécanismes et les dimensions politiques et juridiques. Mais aussi de montrer l’engagement et les résultats obtenus par les mouvements féministes dont le rôle est toujours indispensable.

    Leur travail des autrices transforme cette BD en un outil de transmission et de réflexion, capable de toucher un large public pour mieux comprendre ces questionnements et de donner de la voix aux femmes souvent réduites au silence.

    À travers des exemples concrets et des rencontres d’acteurs de terrain, cette BD, qui est à la fois un reportage et une encyclopédie, est complétée par de multiples notes pour aller plus loin et s’impose comme un ouvrage essentiel face à un système patriarcal de plus en plus contesté. Instructif, vulgarisant des notions parfois complexes et documenté, ce livre est aussi une arme destinée à un large public dans ce combat.

    Chez le même éditeur, il existe par ailleurs d’autres bandes dessinées qui touchent à des sujets d’actualité tels que « Tant pis pour l’amour », « IVG, A nos corps libre », « Amours » ou « Cher corps ».

    ET AUSSI

    Emma Goldman, femme et anarchiste

    Voici la première biographie dessinée d’Emma Goldman qui au tournant des XIXe et XXe siècle fut qualifiée de « femme la plus dangereuse d’Amérique ». Militante anarchiste originaire de l’empire tsariste, « Emma la rouge » a participé à tous les combats de la classe ouvrière tout en étant une pionnière du féminisme. Léa Gauthier et Hélène Aldeguer mettent à l’honneur cette figure d’une incroyable actualité. Le parti pris narratif, entre les années 1930 où elle vit à Saint-Tropez, et son parcours militant, permet d’aborder tous les aspects de ses luttes.

    Chez Futuropolis, 23 euros

    Une obsession

    Autrice à part, Nine Antico explore le désir féminin, le sien en l’occurrence, en replongeant dans son histoire et ses souvenirs. Rares sont celles et ceux qui arrivent à toucher à l’universel à partir d’eux-mêmes et Nine Antico en fait partie, parlant d’elle en évitant les écueils du voyeurisme ou de l’exhibitionnisme, le tout servi par un graphisme personnel et délicat. Le pitch ? Au lendemain d’une séparation douloureuse, elle embarque pour Venise afin de comprendre les schémas qui ont structuré ses relations sexuelles et amoureuses…

    Chez Dargaud Charivari, 29,95 euros

    Ces lignes qui tracent mon corps

    Vivant en France depuis 2011, Mansoureh Kamari se penche dans cet album magnifique, son premier !, sur son enfance et sa jeunesse en Iran, un pays où le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants et a les pleins pouvoirs sur les femmes de sa famille. Interdictions multiples, peur permanente, impuissance et incapacité à maîtriser son destin… Un témoignage indispensable de quelqu’un qui a fui cette prison pour femme et rappeler que le mouvement « Femme, vie, liberté » se poursuit là-bas malgré une répression féroce.

    Chez Casterman, 24 euros

    Rojava

    Premier volume d’un diptyque signé Aurélien Ducoudray et Sébastien Morice, cette BD suit les pas de Rojava, jeune kurde syrienne engagée dans les bataillons féminins des YPJ pour mener la lutte contre Daesh. Portant le nom de l’entité automne kurde de Syrie qui a mis en place la constitution la plus démocratique et égalitaire du Moyen-Orient, l’héroïne de cette fiction montre la complexité de la guerre, entre solidarité, humour et désespoir… Et rappelle que le conflit est aussi une bataille intérieure pour préserver son humanité.

    Chez Grand Angle, 15,90 euros

    Semmelweis, le médecin des femmes

    Isabelle Bauthian et Eva Rossetti redonnent vie au médecin qui dans la plus grande clinique de Vienne au XIXe siècle s’est véritablement préoccupé de l’état de santé des femmes venant d’accoucher et de l’incroyable mortalité qui les frappait alors, 10% en moyenne, considérée par tous les pontes comme une fatalité. Face à l’entêtement et au conservatisme de ses supérieurs, il va mener seul une lutte pour la diffusion de l’asepsie, un combat qui lui coûtera sa carrière et sa santé mentale. 30 ans après sa mort, ses préconisations seront devenues des évidences !

    Chez Steinkis, 22,50 euros

    La mère vénère

    Cru et drôle ! Camille Besse rappelle dans cette petite BD faites de strips d’une page que la maternité est un sport de combat, surtout quand elle est solo. Car le quotidien d’une mère célibataire est une course semée d’embûches. Sans tomber dans le moralisme, cet album féministe évoque les affres de la parentalité, entre quotidien, transmission des valeurs et liberté laissée à sa progéniture. Une suite de scènes succulentes et vengeresses dans un album à l’humour corrosif d’une autrice qui dessine également beaucoup pour la presse.

    Chez Glénat, 14 euros

  • [Le coin du roman] Les folles aventures d’une femme commise à un étrange sauvetage

    [Le coin du roman] Les folles aventures d’une femme commise à un étrange sauvetage

    Vous n’êtes pas sans savoir, chers lecteurs, qu’un O.L.N.I. est un Objet Littéraire Non Identifié. Si vous l’ignoriez, il vous suffit de lire La Corporation des Fabulistes de Mikaël Hirsch. Écrivain extraterrestre descendu de la planète Mars pour semer la littérature de graines qui perturbent les habitudes des lecteurs, davantage accoutumés à l’expression, plus ou moins fidèle, de la réalité qu’à l’errante imagination, dont on dit qu’elle se repaît (et c’est tant mieux) de bizarreries et d’excentricités. La seule certitude, c’est que vous êtes bien en présence d’un personnage, fictivement réel : Florence Teller, chercheuse en littérature antique, et chargée de protéger de précieux ouvrages menacés d’autodafé par des guerriers que nous qualifierons de belliqueux. Y parviendra-t-elle ? That is the question, comme disait l’autre.

    Mystérieuse liasse

    Pour l’heure, Florence s’occupe comme elle peut, jusqu’au jour où elle trouve d’étranges feuillets reliés par le même cuir. Les uns signés par un lettré malien, un autre par un compagnon de cellule de Marco Polo, et un dernier par Pythéas de Massalia, premier homme à avoir franchi les frontières d’une île mythique, et dont la statue figure sur le palais de notre Bourse phocéenne, à deux pas du Vieux-Port. Ne sautez pas la page 216, et bouchez-vous les oreilles, car un vacarme va déchirer le ciel. Fermez aussi les yeux afin d’éviter les tourbillons de poussière… Pour un roman qui reste, des milliers d’autres vivent un jour, des centaines font quelque bruit à leur apparition, puis disparaissent six mois après, sans qu’un seul lecteur puisse en dire le titre. Celui-ci restera.

    Le Dilettante, 20 euros

    ET AUSSI

    Le Carnet de Ludwig X

    Primo : nous sommes en 1944, sur le front de l’Est. Ludwig X, étudiant brillant, engagé dans la Résistance, disparaît, et sera retrouvé mort sous un uniforme allemand. Secundo : le roman est une narration, vraie ou feinte, où l’auteur cherche à susciter notre intérêt. Tertio : l’histoire racontée dans le nouvel ouvrage de Pierre Fiastre est-elle authentique, car tout est fait pour y voir un document d’archives, ou des plus incertaines ? Quarto : les lecteurs s’en contrefichent, puisqu’ils auront pris du bon temps. Parfaitement exécuté. Succès assuré.

    Melmac, 12 euros

    La délivrance de Tolstoï

    Premier écrivain russe à recevoir le prix Nobel de littérature, Ivan Bounine, mort à Paris en 1953, nous offre, vingt ans après la disparition de Tolstoï, et grâce à la traduction de Marc Slonim, la biographie d’un écrivain qui passa une grande partie de sa vie à comprendre l’incompréhensible, à savoir le sens de la vie. Biographie où se mêle l’autobiographie de Bounine tant l’auteur s’identifie aux obsessions de celui qui voyait du mystique jusque dans l’aboiement d’un chien. Une écriture élégamment discrète qui nous change des romans tapageurs.

    Les Syrtes, 12 euros

    Jacques- Louis David

    Ami des Jacobins et admirateur de Napoléon, d’où les sympathies et les antipathies qu’il excita, celui qui voulut peindre l’Histoire en marche, et que l’on surnomma L’Empereur des Peintres, a trouvé en David Chanteranne son Biographe (la majuscule est mise pour donner sa pleine valeur au spécialiste de la Révolution et du Premier Empire). Lisez la vie de cet homme dont on commémore le bicentenaire de la mort, dont les tableaux prouvent qu’il prit part à tous les événements de son temps, et qu’une congestion cérébrale privera de l’usage de ses mains.

    Passés/Composés, 24 euros

    L’appel des odeurs

    Née à Tokyo, Ryoko Sekiguchi vit à Paris. Depuis 2001, elle est devenue une écrivaine de langue française, même si ses livres continuent de faire honneur à la littérature japonaise, dont on dit qu’elle est une des plus riches du monde. Tout au long de son nouveau livre, nous parvient, comme par enchantement, l’odeur d’une personne, d’un animal, d’une plante, d’un souvenir, d’une citation, d’un tableau, d’une présence, qui est, ou qui s’est enfuie. Laissez-vous tenter par des phrases harmonieuses, mises au service des bouffées de parfums répandues sur les pages.

    Folio, 9 euros

  • [Le coin du roman] Il honnissait l’omniprésence de l’argent qui infectait le peuple dont il était issu

    [Le coin du roman] Il honnissait l’omniprésence de l’argent qui infectait le peuple dont il était issu

    Qui était Charles Péguy, ce fils issu d’une mère rempailleuse de chaises et d’un père menuisier, ce socialiste libertaire inséparable des hussards de la République laïque, qui lui enseignèrent à lire, à écrire, et à calculer ? Personnellement, la première fois que nous avons entendu parler de lui, c’est en lisant le Marseillais André Suarès, et le livre que lui consacra Félicien Challaye, son ami pacifiste et anticolonialiste. Le premier aimait le voir sourire dans sa barbe de philosophe antique, et de capucin en mission qui n’a pas besoin d’une chaire dans une cathédrale pour se faire entendre, mais d’un livre. Le second qui n’oublia jamais le gamin de la classe ouvrière, devenu normalien puis écrivain calligraphiant ses manuscrits, évitant les ratures, et faisant la chasse aux coquilles dans ses textes imprimés.

    C’est cet homme-là, qui mit le peuple en garde contre les illusions du capitalisme, qu’il faut lire pour comprendre les méfaits des progrès bourgeois (ceux qui n’ont pas conservé intactes les vertus ouvrières) et l’importance de donner aux classes laborieuses l’instruction qui leur est due. C’est cet homme-là qui rendit hommage à son instituteur, comme le fit Albert Camus lorsqu’il obtint le prix Nobel de littérature. Ces maîtres d’école, chargés de l’instruction et qui ont tendu la main aux enfants pauvres qu’ils étaient. Un livre indispensable en ce temps de l’argent roi, et des dérives responsables du nivellement par le bas.

    Allia, 7 euros

  • Sébastien Lecornu, « carte blanche » et promesses de censure

    Sébastien Lecornu, « carte blanche » et promesses de censure

    Rebelote, et dix de der ? Empêtré dans un crise politique sans nom, Emmanuel Macron a donc choisi de donner carte blanche à… Sébastien Lecornu. Entre les lignes, on peut comprendre que le Premier ministre aura les coudées franches pour choisir son nouveau gouvernement. Il y a une semaine, la présence de Bruno Le Maire aux Armées avait provoqué sa chute. Mais ce proche du Président de la République, ministre sans discontinuité depuis 2017, nommé à Matignon le 9 septembre après la défiance la politique d’austérite de Bayrou, n’incarnera jamais la rupture annoncée.

    « Par devoir »

    Sébastien Lecornu qui n’avait tenu que 27 jours à Matignon pourra-t-il faire mieux ? Censé incarner une nouvelle méthode de gouvernement, fondée sur la concertation, la cohérence budgétaire et le respect des institutions, il s’est heurté à une impasse politique majeure : absence de majorité, blocages internes et détermination des oppositions.

    Auto-proclamé « Premier ministre le plus faible de l’histoire de la Ve République », celui qui avait présenté sa démission le 6 octobre après avoir promis en vain de faire adopter le budget 2026 sans recourir au 49.3, paraît encore un peu plus affaibli au terme d’une semaine de négociations qui a vu voler en éclat le socle commun de la droite et du centre droit, formé par Renaissance, LR, Horizons, l’UDI et le MoDem. « L’expression socle commun est morte dimanche soir », a rappelé Bruno Retailleau, le chef des Républicains dans la journée.

    Sur le réseau social X, Sébastien Lecornu a expliqué, vendredi, avoir accepté « par devoir » sa reconduction et assuré que « tous les dossiers » évoqués pendant les consultations seraient « ouverts au débat » parlementaire. Le futur gouvernement « devra incarner le renouvellement et la diversité des compétences », a ajouté le Premier ministre. « Celles et ceux qui entreront au gouvernement devront s’engager à se déconnecter des ambitions présidentielles pour 2027 », a-t-il répété, excluant de fait de le ministre l’Intérieur démissionnaire….

    Quelles sont les alternatives ? Le Rassemblement national qui n’a pas participé aux réunions de Matignon a continué tout au long de la journée d’appeler à la dissolution de l’Assemblée, et a assuré qu’il voterait la censure de cet « attelage sans aucun avenir ». C’est le chemin que tracent aussi les partis de gauche avec différentes nuances. PCF, PS et Les écologistes qui avaient accepté d’entrer dans la discussion, ont vu leur espoir de voir nommer un Premier ministre de gauche, rapidement douché.

    « Aux urnes »

    Emmanuel Macron n’a apporté « aucune réponse claire » sur les retraites ou le pouvoir d’achat, déplorait le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Pour le PS, dont la position sera décisive pour la survie du gouvernement, le secrétaire général Pierre Jouvet, a indiqué qu’il n’y avait « aucun deal ». « Tout ça va très mal se terminer » avec une possible « dissolution » de l’Assemblée nationale, confirmait Marine Tondelier. « Inacceptable entêtement du président. Sans rupture ce sera donc la censure: retour aux urnes ! », a pour sa part réagit le PCF.

    Les Insoumis n’ont pas tardé à faire savoir qu’ils déposeraient « une nouvelle motion de destitution du président de la République » et censureraient « immédiatement » le prochain gouvernement : « Nous proposons dès ce soir aux parlementaires de la gauche de l’hémicycle de signer une motion de censure immédiate et une nouvelle motion de destitution du Président de la République », précise le groupe insoumis à l’Assemblée nationale. Sébastien Lecornu présentera son budget lundi. Mais la censure du futur Gouvernement que tous envisagent, dessine en arrière plan une nouvelle dissolution

  • Le forcené de l’Élysée

    Le forcené de l’Élysée

    Emmanuel Macron avait promis, mercredi, de nommer un Premier ministre « d’ici 48 heures ».

    En reconduisant son Premier ministre démissionnaire, il balaye l’hypothèse la plus évidente depuis la dissolution désastreuse décidée à la demande de l’extrême droite : désigner une personnalité issue de la coalition arrivée en tête aux élections législatives, le Nouveau front populaire.

    Alors que son ancienne Première ministre, Élisabeth Borne, qui a imposé au pays une réforme des retraites injuste, illégitime et anti-démocratique, s’est dite ouverte à la suspension du texte, il a refusé la moindre garantie aux partis de gauche venus le rencontrer vendredi en début d’après-midi.

    Démission, défiance ou censure

    Le chef de l’État semble incapable de comprendre qu’il a perdu les élections législatives et que son action est désavouée par une majorité de Français.

    « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ! », écrivait Albert Einstein.

    Si le chef de l’État, imagine pouvoir imposer au « socle commun » de se rabibocher pour maintenir son Premier ministre de continuité, il déraisonne.

    Son destin sera le même que celui des trois hôtes de Matignon qui s’y sont cassés les dents : la démission, la défiance ou la censure.

    Par son entêtement, le président de la République, dégrade sa fonction et fragilise les institutions.

    En démocratie, l’absence de solution n’existe pas : le retour aux urnes est indispensable.

  • Macron choisit le dernier de ses fidèles

    Macron choisit le dernier de ses fidèles

    Tout ça…pour ça. C’est donc Sébastien Lecornu, Premier ministre ayant rendu sa démission lundi, qu’Emmanuel Macron choisi ce vendredi soir, pour rempiler à Matignon. Le président de la République se tourne vers le dernier de ses fidèles, l’autoproclamé « moine-soldat », pour poursuivre la politique menée depuis 2017.

    Sans surprise, la rupture promise n’aura pas eu lieu. C’était attendu. À la sortie des 2h30 de réunion à l’Élysée, les représentants de la gauche – arrivés ensemble – ont conspué la teneur des échanges. « Nous sortons de cette réunion sidérés », lance la patronne des Écologistes Marine Tondelier. « Nous n’avons eu aucune réponse, si ce n’est que le Premier ministre qui sera nommé dans les heures prochaines ne sera pas de notre camp politique », prédit elle, avant d’alerter : « tout ça va très mal se terminer ». Après elle, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, poursuit « si le nouveau Premier ministre est dans le camp macroniste, nous ne pourrons pas l’accepter », prévient-il. C’est désormais chose faite. Les Socialistes menacent : « il n’y a aucune garantie de non-censure notre part », tranche Olivier Faure, Premier secrétaire du parti.

    Seuls la gauche et le président des députés Liot ont pris la parole sur le perron du palais présidentiel. Aucun des membres des partis censés former ce qui était jusqu’alors nommé « socle commun » ne s’est exprimé. Pour Bruno Retailleau, « l’expression “socle commun” est morte dimanche soir, faute de confiance ». Pour lui, « s’il doit y avoir un avenir en commun, ce sera sur le fond, par une plateforme programmatique », a avancé le président des LR devant Emmanuel Macron. Une réunion du parti est prévue ce samedi matin.

    Avec qui Sébastien Lecornu va-t-il former le gouvernement censé plancher sur le budget dès lundi en Conseil des ministres ? Son camp a implosé. Et la réforme des retraites, totem du second quinquennat d’Emmanuel Macron, semble être l’un des points de crispation majeur.

    Ces derniers jours, la question d’une suspension de la réforme honnie s’était immiscée dans le débat, à l’initiative d’Elisabeth Borne, l’ex Première ministre qui a forcé par 49-3 l’adoption de cette loi. Les forces progressistes attendaient des gages, il n’en fut rien. Cette simple évocation provoque l’ire de la droite et d’une partie du camp présidentiel. « Il n’y aura pas de ministre Horizons dans un gouvernement qui revient sur la réforme des retraites », indique Arnaud Péricard, porte-parole du parti d’Edouard Philippe sur BFMTV ce vendredi soir.

    Dissolution, destitution, censure…

    Dans la matinée, le chef de file de la France insoumise a dit refuser « de renoncer à la dissolution et à la présidentielle anticipée », averti Jean-Luc Mélenchon. Insoumis, au même titre que le RN, n’ont pas été convié au rendez-vous élyséen. Une fois de plus, le macronisme tire dangereusement un trait d’égalité entre LFI et le parti d’extrême droite lepéniste, auquel il déroule le tapis.

    À l’heure où nous écrivons ces lignes, les promesses de censure s’enchaînent. La chute d’un gouvernement Lecornu II semble inexorable et avec lui, celle du macronisme.

  • Pas d’effet Covid pour l’attractivité de la région

    Pas d’effet Covid pour l’attractivité de la région

    « Dans notre région, nous n’avons pas relevé d’effet Covid important », affirme Valérie Roux, directrice régionale de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Ce lundi, l’Insee Paca présentait les résultats de son étude sur les migrations résidentielles, c’est-à-dire interne à la France, de la région Sud.

    En 2021, la région a eu une augmentation de sa population liée aux mobilités internes au pays similaire à celle de 2015. Une stabilité qui la place en 10e position des régions les plus attractives, loin derrière la Bretagne, première, qui a eu une augmentation de huit habitants en plus pour 1 000 résidents, contre 0.5 pour la région Sud. La Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que la Normandie, se révèlent également plus attractives que la région Sud. Pour la directrice régionale, cet écart peut s’expliquer par la proximité de Paris pour ces régions. « Elles ont eu un effet Covid, car leur proximité à l’Île-de-France permet d’y habiter en allant y travailler deux ou trois jours par semaine. Cet effet Covid a donc creusé l’écart, alors que l’attractivité de notre région est restée stable. »

    Autre surprise de cette étude : la région Sud attire moins les retraités qu’avant. Le département du Var accueille toujours plus de retraités qu’il n’en part, mais moins qu’en 2015. Cela pourrait s’expliquer par la présence déjà importante de retraités sur place et l’augmentation des prix, qui limitent l’arrivée de nouveaux.

    En revanche, la région semble attirer plus d’actifs, notamment des cadres, artisans, chef d’entreprise et employés venant des régions limitrophes, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, et Île-de-France. « Une attractivité qui s’explique par un secteur industriel, certes pas énorme, mais qui se porte mieux que dans le reste de la France », affirme Valérie Roux.

  • Nouveau plaidoyer pour un Premier ministre de gauche

    Nouveau plaidoyer pour un Premier ministre de gauche

    « Monsieur le président, entendez le pays », ont exhorté, jeudi soir, la patronne des Écologistes Marine Tondelier, le premier secrétaire du PS Olivier Faure et le secrétaire national des communistes Fabien Roussel, dans une déclaration commune publiée en fin de journée, demandant au chef de l’État de choisir une cohabitation avec un Premier ministre de gauche.

    Alors qu’Emmanuel Macron doit nommer vendredi son quatrième Premier ministre depuis la dissolution, les trois chefs de parti insistent une nouvelle fois pour obtenir du président qu’il respecte le résultat des élections législatives de juillet 2024, qui ont placé en tête, mais sans majorité, le Nouveau front populaire. Pour eux, « persister dans l’obstruction serait fragiliser encore davantage notre démocratie ».

    Les trois responsables politiques préviennent : « Soit vous persistez dans l’isolement et le déni, et vous prendrez devant l’Histoire la responsabilité d’avoir considérablement aggravé la fracture entre le peuple et ses institutions. » « Soit vous écoutez le pays (…) et vous ouvrez une nouvelle étape : celle d’une cohabitation », avec « la nomination d’un Premier ministre et d’un gouvernement de gauche et écologiste qui permettra la construction de majorités à l’Assemblée » nationale, proposent-ils.

    Ils soulignent que « l’échec des gouvernements successifs n’est rien d’autre que le refus d’un changement de politique sur des aspirations majoritaires dans le pays », comme le rejet du recul de l’âge de départ à la retraite ou la demande d’une fiscalité plus forte des plus riches et du capital, « et la conséquence d’une méthode antidémocratique qui impose des choix sans débat au Parlement ».

    Les trois chefs de gauche rappellent que le gouvernement Barnier, qui devait être « le gage d’une stabilité institutionnelle retrouvée », n’aura été « qu’une courte parenthèse, tout comme celui de François Bayrou », et que le gouvernement Lecornu « n’aura même pas duré 24 heures ». « Il est temps de tirer les leçons de cette séquence », martèlent-ils, estimant que la France a besoin « d’un gouvernement de gauche et écologiste », qui propose « une autre politique » et « un projet de budget de justice sociale et fiscale ».

    Une option qui a obtenu de nouveaux soutiens jeudi. Celui de la ministre démissionnaire de la Transition écologique, qui a affirmé à Ici Nord : « On a essayé la droite, on a essayé le centre, alors pourquoi ne pas essayer la gauche ? »

    Hypothèse Borloo

    À la veille de la nomination, les hypothèses ont été nombreuses. Dont celle mentionnant… de manière insistante Jean-Louis Borloo, qui a opposé un démenti. Celui qu’Emmanuel Macron avait renvoyé dans les cordes après lui avoir demandé un rapport sur les banlieues en le traitant de « mâle blanc ne vivant pas dans ces quartiers » ne représente pas vraiment la « rupture ».

    Mais l’ex-ministre de la Ville puis de l’Emploi sous Jacques Chirac, et de l’Écologie sous Nicolas Sarkozy, a suscité quelques approbations. Dont celle du patron des Républicains Bruno Retailleau, qui l’a qualifié de « disruptif », en se disant ni pour ni contre, mais en soulignant qu’il n’était « ni de gauche, ni macroniste ». Un Bruno Retailleau qui a fait des adieux vibrants d’émotion aux… préfets lors d’un séminaire sur le narcotrafic, ce jeudi matin, comme le rapporte Le Parisien : « Si je devais m’éloigner de ce ministère, je ne voudrais pas que ce soit sans vous avoir dit ma gratitude, ma reconnaissance, mon admiration et mon affection. »

    Manifestement, Bruno Retailleau ne se voit pas dans le futur gouvernement. Parce que de gauche ?