Tag: Fonction publique

  • Coup de semonce

    Coup de semonce

    À la veille de la présentation du projet de loi de finances par le chef du gouvernement, les agents de la fonction publique ont donné le ton et un premier coup de semonce en manifestant massivement, ce mardi. Écoles, hôpitaux, enseignement supérieur, etc. Dans les trois versants de la fonction publique, d’État, territoriale et hospitalière, la colère monte contre une politique d’austérité avec des salaires de misère et un point d’indice gelé. Or, les besoins de la société sont massifs. Ne pas renforcer les services publics, c’est faire le choix de privatiser, in fine, l’accès à des droits fondamentaux, de l’éducation en passant par la santé.

    L’aspiration de la jeunesse

    Que répond pour l’instant le gouvernement de Sébastien Lecornu ? Austérité, austérité, austérité. 54 milliards d’économies sur le futur budget de l’État sont programmées. Des pans entiers de nos services publics seront encore affaiblis à l’instar de l’éducation. Le mouvement lycéen, qui commence à se répandre dans le pays, illustre à la fois l’état de délabrement de certains établissements, le manque de professeurs, mais aussi l’aspiration des jeunes, notamment, des quartiers populaires, à étudier dans des conditions décentes. Maltraiter les services publics, c’est accentuer les inégalités sociales. C’est cela que les agents de l’État, des collectivités locales, des hôpitaux, ont dénoncé ce mardi 29 septembre en faisant grève et en manifestant. Elles et ils ont porté des revendications salariales, dénonçant là encore une politique qui fait la part belle aux plus fortunés au détriment de l’intérêt général.

  • Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Manon Magagnosc, hospitalière
    CGT Toulon

    « C’est 20 ans de gel du point d’indice. Quand on nous annonce un budget avec 54 milliards d’économie… Responsable de l’UD CGT Var, je travaille à l’hôpital de Sainte-Musse. On nous demande encore de faire plus avec moins. Les gens ne font pas le lien avec l’austérité alors que les effets sont concrets, comme la fermeture des urgences. L’été quand ça brûle ou quand il y a le Covid, là on se rappelle qu’on a des fonctionnaires. Le mépris, il n’y a rien de pire. À la CGT, on dit qu’il faut un appel massif à la grève, qu’on mesure ce que c’est un jour sans eux. »

    Sophien Abid, technicien territorial FO
    Marseille

    « Le point d’indice est gelé depuis bien trop longtemps. Tout a augmenté de façon exponentielle mais pas notre salaire. Le 10 du mois, beaucoup de mes collègues fonctionnaires sont à zéro sur le compte. On subit aussi le manque de moyens humains : des départs à la retraite ne sont pas remplacés, les recrutements ne sont pas réalisés… On charge toujours plus les personnels mais sans mettre les bras avec. Ça vaut aussi pour les moyens techniques : on a un service espace vert qui n’a plus de tronçonneuse pour couper des arbres ! On en est là ! On n’a plus les moyens d’assurer nos missions comme il le faudrait. »

    Mélanie Saïsse, professeure des écoles
    CGT Educ’action Vaucluse

    « Jeudi dernier, notre syndicat a tenu son assemblée générale. Le bilan dressé confirme la nécessité de la mobilisation de ce mardi. Elle doit permettre de faire entendre une exigence simple : l’école publique ne peut plus reposer sur la capacité des personnels à compenser indéfiniment le manque de moyens alors que les besoins augmentent et que les personnels se sentent abandonnés par leur hiérarchie. Des élèves sans accompagnement, des enseignants qui travaillent dans des salles à 40 °C, des postes non pourvus, des personnels en souffrance, des établissements qui bricolent pour tenir. Une école qui tient uniquement parce que ses personnels la tiennent à bout de bras, ce n’est pas une école qui fonctionne. »

    Christelle Brotons, agent du Sdis
    Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels
    Digne

    « Nous sommes des fonctionnaires mais un peu différents. Au Sdis 04 [Service départemental d’incendie et de secours], je fais partie des personnels administratifs, techniques et spécialisés (Pats), on a le même rythme de travail que les autres, mais s’il y a une grosse intervention, on nous rappelle. Sans Pats pas de pompiers et inversement. Nous demandons des moyens matériels et humains parce qu’il y a les incendies mais aussi le secours à la personne. Si l’État ne revoit pas sa copie sur le financement des Sdis… On continuera. »

    Philippe Angelleli, agent territorial CFTC
    Marseille

    « Cela fait des années que le point d’indice n’a pas été revu, et on se rend bien compte de l’augmentation du coût de la vie, au point que les gens ne peuvent plus s’alimenter correctement sans compter les prix à la pompe, le prêt immobilier quand ils ont pu acheter. La plupart des territoriaux de Marseille sont des agents de catégorie C, au Smic. Face à des administrés en demande, dans les écoles, les crèches, les bureaux de proximité, on manque de postes. Les dossiers prennent plus de temps. Même si les agents assurent leur mission. On est en survie administrative. Il s’agit de l’avenir du service public. »

    Cécile Braca, enseignante d’anglais Snes-FSU
    Miramas

    « La principale revendication, c’est la revalorisation du point d’indice, indexé sur l’inflation. On en a marre que nos salaires soient bloqués. Ça a été le cas pendant dix ans. Ils l’ont un peu débloqué pour finalement le geler de nouveau dans le budget 2027. Le métier n’est plus attractif. C’est pas un métier facile, si en plus l’Éducation nationale paye mal les enseignants en début de carrière alors qu’ils ont fait un bac+5, ça n’aide pas. Pour compenser, et parce qu’il y a des matières où c’est vraiment la pénurie, comme les maths, le français ou les lettres modernes, leur solution consiste à recruter un peu plus tôt ou à embaucher des contractuels, qui sont encore moins payés que les autres. Ce n’est pas non plus optimal pour les élèves. »

  • Une voix collective dans la rue

    Une voix collective dans la rue

    À 48 heures de la présentation du budget où 54 milliards d’euros « d’effort » sont déjà annoncés via des coupes dans les dépenses qui vont toucher prioritairement les services publics mais aussi le possible gel du point d’indice des fonctionnaires, une large intersyndicale de la fonction publique appelle à manifester dans la rue.

    Pour faire entendre la voix de ceux qui font « fonctionner le pays », qui en sont l’épine dorsale collective comme on a pu le mesurer durant la pandémie ou les épisodes caniculaires et les incendies. La voix de ceux qui assurent au quotidien la réalité de l’égalité territoriale, qui permettent de se soigner, de se déplacer, de s’éduquer, qui s’occupent des enfants comme des personnes âgées, qui permettent aux salariés d’aller travailler.

    Argent public

    Face à ce modèle social construit après-guerre notamment par la création du statut de fonctionnaires par le ministre communiste Maurice Thorez et des trois versants de cette fonction publique par un autre communiste, Anicet Le Pors, cette journée est l’occasion de dire que la dérive libérale qui ne cesse de vouloir tout déléguer au privé qui coûte pourtant plus cher et d’exhorter à toujours faire plus avec moins, n’est plus possible. L’occasion de dire à ceux qui vont discuter le budget que non, l’aide publique aux entreprises ne peut pas être le troisième poste de dépense de l’État, que non des grandes entreprises ne peuvent pas engranger des milliards de bénéfices sur le dos des difficultés des citoyens comme TotalEnergies avec la nouvelle crise pétrolière sans qu’on ne leur demande rien.

    À quelques heures de la présentation du budget, cela revient in fine à poser une question simple : que veut-on faire de l’argent public. En l’occurrence, pas ce que prépare le gouvernement Lecornu.

  • La fonction publique, ça se défend !

    La fonction publique, ça se défend !

    Une journée noire : c’est ce que promet l’intersyndicale CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC et FA-FP pour ce mardi 29 septembre. La grève nationale à laquelle ils appellent concerne les trois versants des services publics, soit la fonction publique d’État, territoriale et hospitalière. Et pour cause : pour la quatrième année consécutive, le gouvernement prépare un nouveau gel du point d’indice des fonctionnaires, visant une économie de 2 milliards d’euros sur le dos de ceux qui font fonctionner le pays. Un véritable coup de massue au moment où l’inflation ne cesse d’augmenter dans un contexte de hausse des prix des carburants. « Depuis 2017, les fonctionnaires ont déjà perdu plus de 16% de pouvoir d’achat », arguait la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, au lendemain de l’annonce du Premier ministre. C’est ainsi que partout en France, une journée noire se profile. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la CGT recense 174 rassemblements dans tout le pays.

    Preuve de la colère qui gronde, les dix syndicats de France Travail se joignent à la grève, une première depuis 2018. De leur côté, les sapeurs-pompiers, éreintés par une saison d’incendie inédite, poursuivent leur mobilisation. Les agents rejettent l’austérité promise par l’exécutif.

    54 milliards d’euros, l’austérité chiffrée

    Alors à deux jours de la présentation du budget, tous les yeux sont rivés sur le gouvernement. Dans l’entretien au Figaro du 18 septembre, le Premier ministre prépare les esprits : « Le projet de loi de finances que je propose contiendra un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros, dans la stabilité fiscale. » Et ce, afin de ramener le déficit public à 5% du PIB. Pire que les annonces formulées moins d’une semaine plus tôt par le ministre de l’Économie Roland Lescure, qui, au journal le Parisien, tablait sur un « effort » d’« au moins 30 milliards d’euros ». Si la macronie s’en prend une nouvelle fois aux services publics et ses agents, il réduit le rendement de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises de 8 à 5 milliards d’euros, et la limitant à celles qui réalisent plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires par an.

    De plus, le gouvernement prévoit, dans la même copie, d’augmenter de 6,4 milliards d’euros l’enveloppe dédiée aux Armées et de 800 millions d’euros celle de l’Éducation nationale. À croire que pour les macronistes, tous les services publics ne se valent pas.

    Les Sages planchent sur les non-remplacements

    Les attaques fusent de toutes parts. Dans une note publiée le 21 septembre, la Cour des comptes appelle à un « effort sur la masse salariale », préconisant notamment de ne pas remplacer les départs en retraite estimés à 408 000 entre 2026 et 2032. Seraient exclus de ce calcul des ministères dont des créations d’emplois sont prévus à travers les lois de programmation à savoir : justice, intérieur, armée et recherche. Et puis, tant pis pour l’hôpital et l’école !

    Dans ce contexte, la rue doit s’exprimer et faire basculer le rapport de force. La dernière mobilisation d’ampleur de la fonction publique remonte au 5 décembre 2024, au lendemain de la chute par la censure du gouvernement de Michel Barnier. Quelque 200 000 personnes s’étaient rassemblées partout en France. Cette journée a valeur de test avant la mobilisation nationale prévue le 17 octobre. Les organisations syndicales veulent maintenir la pression à six mois de l’élection présidentielle, alors que certains des candidats déclarés continuent à taper sur les fonctionnaires, les piliers de notre pays.

  • Fonction publique : les rendez-vous pour la manif’ du 29 septembre

    Fonction publique : les rendez-vous pour la manif’ du 29 septembre

    Marseille

    10h30, aux Réformés.

    Martigues

    10h, rond-point de la mairie.

    Miramas

    10h30, devant la mairie.

    Arles

    10h, au kiosque à musique.

    Toulon

    10h30, place de la Liberté.

    Draguignan

    10h30, sous-préfecture.

    Avignon

    10h30, cours Jean-Jaurès.

    Digne-les-Bains

    11h, place du Général- de-Gaulle.

    Gap

    10h30, devant la préfecture.

  • Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre ne sera pas seulement une bataille de fiches de paie. Dans le Gard et l’Hérault, comme partout dans l’Hexagone, les syndicats veulent faire de cette journée de grève un point de convergence des colères qui traversent les services publics et, au-delà, le monde du travail. Les huit organisations représentatives de la Fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, auxquels s’ajoute la CFTC) appellent ensemble à se mobiliser pour une journée interprofessionnelle. Une unité rare, renforcée après l’échec du rendez-vous salarial du 8 juillet et sur fond de nouvelles économies annoncées pour 2027.

    Au cœur des revendications : la revalorisation du point d’indice, gelé à 4,92 euros depuis juillet 2023, la refonte des grilles, le retour de la GIPA [garantie individuelle du pouvoir d’achat], l’abrogation du jour de carence et davantage de moyens humains. Depuis juin, 862 000 agents doivent même percevoir une indemnité différentielle pour que leur traitement indiciaire atteigne le Smic. Ambiance faste. « Ce n’est plus une histoire de pouvoir d’achat, mais de pouvoir de vivre », tranche Pascale Thoirey, de la FSU du Gard. Elle décrit des enseignants qui décrochent, des AESH maintenues dans la précarité et « une perte de sens du métier » jusque chez des personnels autrefois « avec le service public chevillé au corps ». « L’État organise la précarité de ses personnels », tout simplement.

    Même constat côté CFDT. Sylvia da Costa, secrétaire générale de l’UD du Gard et soignante, refuse de réduire la mobilisation à une défense corporatiste : « Le service public, c’est un bien commun. Tout le monde doit pouvoir y accéder dans de bonnes conditions. » La soignante pointe les urgences du CHU de Nîmes, où plus de 150 patients attendaient récemment une prise en charge, mais aussi les écoles et collectivités confrontées aux non-remplacements. « Sans nous, le pays ne fonctionne pas. »

    Du salaire au service rendu

    Dans le Gard, FO veut justement éviter que le 29 septembre ne soit qu’une date de plus sur le calendrier syndical. Gilles Besson, secrétaire général de l’UD, préfère partir des conflits déjà ouverts : à Carrefour Supply Chain Saint-Gilles, dans l’énergie, à la Sécurité sociale ou encore chez les marins-pêcheurs. « La convergence ne se décrète pas depuis une salle de réunion », insiste-t-il. Elle doit, selon lui, se construire sur les revendications concrètes des salariés : « Une journée de grève coûte cher : pour qu’un salarié accepte de perdre une journée de salaire, il faut construire un rapport de force qui ait du sens et des perspectives. »

    Pour Mathieu Guy, qui coordonne la journée pour la CGT dans l’Hérault, « le 29 septembre n’arrive pas de nulle part ». Santé, éducation, secours, action sociale : « Les besoins explosent », tandis que les syndicats redoutent de nouvelles restrictions budgétaires. La CGT oppose notamment ces économies aux 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises recensées en 2023, tandis que 54 milliards d’euros d’efforts sont annoncés pour 2027. Le sens des priorités. Derrière les salaires se joue enfin la capacité même des services publics à remplir leurs missions. « Nous ne voulons pas choisir entre de bons services publics et des agents correctement rémunérés : nous voulons les deux, parce que l’un ne va pas sans l’autre », résume Mathieu Guy. Tous ne promettent pourtant pas déjà un mouvement reconductible. Les suites dépendront du rapport de force construit sur le terrain, dans les ateliers, les hôpitaux, les écoles et dans la rue. La colère est là : reste à voir si, le 29 septembre, elle saura se transformer en rapport de force.

    « L’État organise la précarité de ses personnels »

  • [Témoignages] La fonction publique chevillée au corps

    [Témoignages] La fonction publique chevillée au corps

    De quoi remettre en avant le travail quotidien des agents des services publics qui œuvrent au quotidien, et parfois dans l’ombre, pour le bien commun. Et qui s’alarment du budget de l’État à venir qui risque bien de réduire encore leurs moyens. Des moyens dont ils manquent déjà cruellement à l’image des sapeurs-pompiers, en grève depuis début septembre et figures de proue du mouvement. En bref, les petites mains de l’État ne veulent pas subir à nouveau l’austérité.

    « Le gouvernement met école publique et fonctionnaires en porte-à-faux »
    Julien Saint-Roman professeur d’histoire-géo-EMC (FSU) à Toulon

    Être enseignant, de nos jours, c’est « faire face à des injonctions contradictoires ». Professeur d’histoire-géographie au collège des Pins d’Alep de Toulon, Julien Saint-Roman a la sensation d’être pris dans un étau, entre les difficultés « de permettre à tout le monde d’accéder aux mêmes chances » d’un côté, et « les attaques de la droite et de l’extrême droite, en des temps où tout n’est qu’opinion, avec des parents d’élèves, des politiques, voire des élèves qui remettent en question la vérité des faits, le travail scientifique » de l’autre. Ajoutez à cela « la concurrence féroce de l’enseignement privé sous contrat », autre entrave à l’égal accès à l’enseignement, et vous obtenez « séparatisme sociologique et politique », favorisé par « un gouvernement qui met l’école publique et ses fonctionnaires en porte-à-faux ».

    Les conditions matérielles d’exercice du métier sont elles aussi pointées du doigt, entre un pouvoir d’achat en berne provoqué par « une inflation qui augmente deux fois plus vite que le point d’indice depuis 2010 », « une charge de travail multipliée à cause du nombre croissant d’élèves, qui nécessiterait plus de 40 000 professeurs supplémentaires pour avoir le même taux d’encadrement qu’en 2007 », des profils qui « ne sont plus pris en charge correctement » et des « bâtiments vieillissants soumis à la canicule et au froid l’hiver ». Il y a « de multiples facteurs qui peuvent conduire à la mobilisation » pour le secrétaire adjoint de la FSU du Var.

    « Pendant le Covid, on était applaudi, aujourd’hui, la situation est pire »
    Ludivine Russo agent de service hospitalier (CFDT) à Avignon

    À l’hôpital d’Avignon, Ludivine Russo est « partie de tout en bas », assure-t-elle. Aujourd’hui agent de service hospitalier (ASH), elle a commencé par de la plomberie avant de monter des échelons et de prendre des responsabilités syndicales à la CFDT.

    Dans l’établissement hospitalier, le plus important de Vaucluse avec pas moins de 3 600 agents, « on galère », regrette-t-elle. « On tient grâce à notre engagement et notre sens du service public », explique-t-elle. Et prône la volonté de tous d’assister les patients et les familles, mais aussi entre collègues. « C’est la force des services de s’aider. Quand les services ne s’aident pas, la moitié se barre. Alors qu’un service super soudé, les filles se disent on est dans la mouise, mais on l’est ensemble », poursuit l’ASH. Au quotidien, des agents constatent un manque de reconnaissance. « Pendant le Covid, on était applaudi. On pensait que ça changerait dans le bon sens mais non, c’est encore pire ! On n’a jamais vu l’hôpital comme ça », illustre la responsable syndicale.

    Ce mardi, une mobilisation intersyndicale avec la CGT et FO est prévue sur le site pour sauver la crèche hospitalière qui va potentiellement être externalisée. « Cela permettait aux agents de travailler plus sereinement et ça illustre ce qu’il se passe au niveau national. On est en train de démanteler le service public », pointe-t-elle.

    « Nous sommes le dernier recours pour la population » Laurent Guilloteau sapeur-pompier (CGT) dans les Bouches- du-Rhône

    Le quotidien de Laurent Guilloteau, sapeur-pompier professionnel pour le service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône (Sdis 13) et secrétaire général de la CGT Sdis 13 est pour le moins chargé. « Une journée classique de pompiers débute par une prise de garde entre 7 et 8 heures, pour une garde de 12 ou 24 heures. Il y a ensuite un appel des présents, où l’on va savoir sur quel engin on va intervenir dans la journée. On a aussi une vérification des engins, pour être sûr qu’ils soient bien opérationnels. On enchaîne ensuite sur du sport ou alors sur des manœuvres et des entraînements pour nos futures missions… Ensuite, la journée est cadencée par les interventions », explique-t-il. Ces interventions justement « peuvent durer 10 minutes comme 12 heures, cet été, on a dépassé les 500 interventions par jour dans le département ». De quoi donner un aperçu de la charge de travail : « Fin juin, on a eu une très forte activité sur une journée, j’ai retrouvé des collègues arlésiens qui n’avaient pas eu le temps de manger le midi et qui n’avait toujours pas mangé à 2h du matin. »

    De quoi surtout remettre en perspective le rôle de ces fonctionnaires territoriaux : « On subit depuis des années la dégradation de l’ensemble des services publics : nous sommes le dernier recours pour la population. Si l’hôpital public ne peut pas prendre en charge la population, si elle n’a pas accès à de l’aide sociale, elle fait appel aux pompiers. »

  • Pas de démocratie sans service public

    Pas de démocratie sans service public

    Quelque six millions de travailleurs exercent un métier dans les services publics. Le statut des fonctionnaires a été créé par une loi, datée du 19 octobre 1946, sous l’impulsion du ministre d’État communiste, Maurice Thorez. L’objectif était de refonder la fonction publique pourrie par la collaboration et de garantir l’indépendance des agents en leur assurant un statut solide, garant de l’intérêt général. Moins de 40 ans plus tard, au début des années 1980, un autre ministre communiste, Anicet le Pors, va encore creuser le sillon pour faire franchir aux travailleurs des services publics une étape historique. Les trois versants de la fonction publique vont être créés : d’État, des collectivités territoriales et de l’hôpital.

    Attaques

    Depuis, les gouvernements de droite successifs ont tenté de démolir un pilier essentiel de la démocratie Par méchanceté ? Bien sûr que non. Par idéologie. Car financer des services publics solides par l’impôt et rémunérer correctement les agents publics c’est préserver des secteurs essentiels, des droits fondamentaux comme l’éducation, la santé, la sécurité. C’est permettre à tous les citoyens, quelle que soit leur classe sociale, d’avoir accès à ces biens communs essentiels. Avec son statut, la fonction publique en France est aussi la moins corrompue de la planète. Les possédants n’ont que faire de cette visée. Les défenseurs d’un État strictement « régalien » (ordre et ordre), laissant au privé la main sur tous les aspects de la vie sociale et économique, mènent une guerre contre les fonctionnaires.

    La crise démocratique va de pair avec le délitement de nos services publics, les seuls à même de garantir l’égalité entre les citoyens et les territoires.

    En faisant grève le 29 septembre, les fonctionnaires tirent aussi cette sonnette d’alarme.

  • À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    Depuis plus de trois ans et les immenses manifestations contre la réforme des retraites, il est rare de retrouver un aussi large front syndical appelant à une journée d’action commune. En l’occurrence ce mardi dans la fonction publique. Dans le Vaucluse, le cortège a rendez-vous à Avignon (10h30) au départ du cours Jean-Jaurès jusqu’au Palais des papes. « On appelle à une journée noire, elle sera réussie si plusieurs services publics sont à l’arrêt, des écoles fermées », campe Laurence de Villèle, secrétaire générale de l’UD CGT 84. Un message délivré ce vendredi lors d’un point presse au sein de l’UD CFDT, en présence de FO, la FSU, Solidaires et l’Unsa.

    Les syndicats réclament une revalorisation des salaires et redoutent que les services publics soient davantage sacrifiés dans le prochain budget d’austérité. « Faire mieux avec moins, je ne sais pas comment on fait », ironise Laurence de Villèle pour qui les services publics sont une sorte de valeur refuge pour tous en ces temps de crises. « Ce n’est pas la dépense publique qu’il faut réduire, c’est l’injustice fiscale qu’il faut combattre », défend la représentante CGT, en faisant allusion aux « 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises en 2023 [selon une commission d’enquête du Sénat] ».

    Des salaires en dessous

    du Smic

    « Qui sont les vrais assistés dans ce pays ? », questionne faussement Alice Raimundo, secrétaire adjointe de la FSU. La prof des écoles dénonce « les cadeaux fiscaux aux plus riches » et plaide notamment pour la taxe Zucman « qui aurait rapporté 20 milliards d’euros et permettrait d’augmenter les salaires de 10% ». L’intersyndicale s’émeut de la paupérisation dans la fonction publique. « Il y a 56 branches qui sont en dessous du Smic avec des indemnités de compensation, rappelle Étienne Raoul, délégué FO 84. Depuis 2000, l’inflation a progressé de 58% quand le point d’indice n’a bougé que de 15,95%. » Exemple criant de cette précarité, les AESH [accompagnant d’élèves en situation de handicap], « qui ont un temps partiel imposé sur la base du Smic », rappelle Étienne Raoul. « Bien souvent ce sont des femmes qui subissent cette discrimination salariale, abonde Pascale Battaglia, trésorière de l’Unsa 84. Avant, c’était le 2e salaire du foyer, aujourd’hui beaucoup de femmes vivent seules et portent leur famille à bout de bras. »

    « L’austérité ne marche pas, si on augmente les salaires c’est, derrière, de l’argent dépensé dans l’économie à l’inverse des cadeaux fiscaux pour rentiers », peste Florent Ponzo, secrétaire CFDT santé. Des décisions qui « conduisent au délabrement du service public, cela pousse les gens hors du champ républicain qui se tournent alors vers le RN, un leurre casé avec le capitalisme », décrypte Laurent Derbès, secrétaire adjoint Solidaires des finances publiques. Une position contre l’extrême droite unanimement partagée, hors FO qui applique une stricte neutralité politique.

  • Les agents des services publics se rebiffent

    Les agents des services publics se rebiffent

    Tous unis ! Les huit organisations composant l’intersyndicale de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE/CGC et FA-FP) annoncent un mardi 29 septembre de grèves et de manifestations massives dans tout le pays, en métropole et outre-mer. À Montpellier et Nîmes, les cortèges partiront respectivement à 14h et 14h30 de la Place Albert 1er et de la Maison Carré.

    Ces agents des services publics, titulaires ou contractuels, représentent 10% de la population active et assurent les services publics du quotidien quel que soit leur métier. À titre d’exemple non exhaustif, ils et elles sont policiers ou enseignants dans la fonction publique d’État ; cantinières, éboueurs ou ingénieurs dans la fonction publique territoriale ; médecins, infirmiers, brancardiers, aides-soignants ou secrétaire dans la fonction publique hospitalière. Des métiers publics qui échappent au système marchand.

    Mercredi 23 septembre, lors d’une conférence de presse, toutes les organisations syndicales représentant les quelque six millions de travailleurs de la fonction publique ont rappelé les raisons de la colère : « La semaine dernière [le premier ministre Sébastien Lecornu] a annoncé les premiers contours de son budget. Il confirme une nouvelle fois le gel du point d’indice à la veille de la mobilisation Fonction publique du 29 septembre ce qui résonne comme une véritable provocation. Et il annonce 54 milliards de coupes budgétaires. »

    Pour les agents publics, précise l’intersyndicale « ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des rattrapages de perte de pouvoir d’achat qui n’auront pas lieu. Or les agents publics ont perdu plus de 6% de pouvoir d’achat depuis la dernière revalorisation du point d’indice en juillet 2023 et plus de 15% depuis 10 ans ! ». Alors que l’inflation galope, alimentée par le coût des produits pétroliers et de l’alimentation, les travailleurs du public vont continuer de s’appauvrir. « Combien d’agents publics de plus auront leur traitement indiciaire inférieur au Smic ? », interroge l’intersyndicale.

    « Jamais il n’y a eu autant de dividendes dans notre pays. La France est deuxième sur le podium mondial. Nous préférerions qu’elle soit championne du monde des salaires et des droits sociaux », a déclaré mercredi la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. Elle appelle à faire du 29 septembre une « grande journée de grève » avec pour « mot d’ordre, les salaires et les services publics ». 150 cortèges étaient déjà annoncés. Le secteur public est moteur de la colère sociale qui gronde.