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  • [Rue de la République] Benoît Payan : « Aujourd’hui, c’est Marseille qui fait la richesse de la métropole »

    [Rue de la République] Benoît Payan : « Aujourd’hui, c’est Marseille qui fait la richesse de la métropole »

    Les 100 premiers jours

    Didier Gesualdi : Nous sommes à 100 jours de votre élection, vous êtes le maire le mieux élu par les Marseillais, ce qui vous oblige…
    Il faut prendre cela avec beaucoup d’humilité. Certains me disent : « C’est fantastique, tu es le maire le mieux élu de l’histoire et en plus tu as été le plus jeune… » Ce n’est pas comme cela qu’il faut penser la politique. Il faut juste penser que c’est une responsabilité et qu’il faut la prendre avec humilité. C’est sept ans au service des Marseillaises et des Marseillais dans des conditions qui ne sont pas faciles. On va vivre des moments peut-être très compliqués l’année prochaine pour les élections présidentielles. On vit actuellement des moments difficiles. Le rôle d’un maire est de protéger sa population, toute sa population. Marseille est une ville qui ne ressemble à aucune autre et a besoin d’être protégée car c’est une ville qui est merveilleuse, forte, fragile, jeune, qui a aussi besoin qu’on la ménage, qu’on pense à elle et qu’on soit là tous les jours.

    Léo Purguette : Vous avez fait le choix de rebattre toutes les délégations de vos adjoints. Est-ce que cela ne vous fait pas perdre un peu de temps dans la mise en œuvre de votre programme ?
    Au contraire ! Ça fait du bien. La monotonie, quand elle s’installe, que ce soit dans la vie, au travail, dans un couple ou dans une mairie, devient l’ennemie de ce qu’il y a de plus beau : l’exaltation. Aujourd’hui on a des adjoints qui hier s’occupaient des écoles et qui ont pris dès le lendemain leurs nouvelles délégations, à qui la sécurité, à qui la solidarité et qui le font avec un entrain absolument incroyable. Certains d’entre eux, ceux qui avaient déjà une délégation, ont cette habitude la gestion. Donc les tâtonnements qu’on pouvait avoir au début du premier mandat sont aujourd’hui derrière nous. Tout le monde m’a dit : ça va faire un chamboule-tout. C’est le contraire qui s’est passé. On a des services heureux, des élus heureux et des gens qui se sont mis au travail tout de suite. Et c’était cela : je ne voulais pas de rupture dans le temps de travail.

    Léo Purguette : Quels sont les premiers marqueurs de ces 100 jours, de quoi êtes-vous fiers ?
    On a passé des épisodes extrêmement difficiles et compliqués. Revoir toute la gouvernance de la métropole, insérer une ville qui ne l’a jamais été dans la Métropole, qui a toujours été rejetée par la gouvernance de la Métropole : j’en suis très fier. Se mettre au travail ne serait-ce que sur la question des transports, de la propreté où on voit de plus en plus de passages en centre-ville notamment. On continue à avancer dans les écoles. Vous allez voir de nouvelles écoles sortir de terre à partir de la rentrée… L’idée de se dire qu’après une élection tout est magique et merveilleux, je préfère la laisser aux démagogues et aux populistes.

    Léo Purguette : On vit un épisode caniculaire très dur. Quand on n’est pas un Marseillais qui a les moyens d’avoir la climatisation, c’est difficile. Que peut une municipalité face au changement climatique ?

    La municipalité se mobilise. On ouvre par exemple en centre-ville une plage 24h/24 en mettant de la police municipale, des maîtres-nageurs sauveteurs, une équipe de gardiennage, de l’éclairage… on ouvre les musées et les bibliothèques où il y a de la climatisation, on fait la gratuité des piscines, on étend les horaires… Quand on fait un bâtiment public, je ne le construis pas aux normes d’aujourd’hui. Je le construis pour que dans 50 ans il soit encore efficace, qu’il soit climatiquement responsable, avec des produits sourcés, que l’hiver comme l’été la température soit tempérée. Ça, c’est une nécessité. Si vous me demandez si je vais acheter des climatiseurs pour tous les Marseillais, certains vous auraient répondu : « Oui bien sûr. » Moi je dis non.

    Léo Purguette : Pourquoi ?
    Parce que financièrement ce n’est pas soutenable pour 900 000 habitants.

    Léo Purguette : C’est donc plus financier que philosophique ? On a entendu une partie de la gauche nous expliquer que la climatisation serait presque intrinsèquement d’extrême droite ? Ça a choqué.
    Je ne partage évidemment pas cela. On sait tous que la climatisation n’est pas la panacée et que ce n’est pas une réponse à long terme au changement climatique. C’est même quelque chose qui accélère quelque part le changement climatique. Quand on a un bébé de 6 mois ou comme moi une grand-mère de 95 ans… On sait qu’elle ne serait peut-être plus là si elle n’avait pas mis la climatisation.

    La polarisation politique

    Didier Gesualdi : La nouvelle donne politique au conseil municipal est marquée par une forte extrême droite dont on va reparler aux élections nationales.
    Les Marseillais ont dit ce qu’ils avaient à dire aux élections du mois de mars. Je suis évidemment très inquiet de voir que la droite traditionnelle a disparu, ce n’est pas à moi de m’inquiéter mais quand la droite disparaît c’est l’extrême droite qui fait son lit. Aujourd’hui quand on écoute des gens comme Éric Ciotti dire « je vais grand-remplacer la droite », quand on écoute des gens comme Jordan Bardella ou Marine Le Pen dire « la droite, c’est nous », et voir la droite républicaine, gaulliste avec qui on a partagé une certaine idée de la France et notamment au moment de la Résistance, disparaître, je ne m’en réjouis pas. Il y a des différences fondamentales entre la droite et nous, on avait quelque chose en commun. Avec l’extrême droite, on n’a rien en commun. Quand on utilise les mots de quelqu’un, les gens préfèrent toujours l’original à la copie. Et c’est exactement ce qui s’est passé.

    Léo Purguette : Est-ce qu’il n’y a quand même pas un problème du côté des catégories populaires qui ne se mobilisent pas sur la gauche ?
    Ce n’est pas ce qu’on a vu à Marseille. On a vu remonter comme on ne l’avait pas vu monter depuis longtemps, le vote des classes populaires. Ça a été très net dans les 13-14, dans les 2-3 aussi où je m’étais présenté en 2020 et je peux vous dire que ce n’est pas encore la panacée mais on voit de l’effet quand les politiques tiennent leurs engagements. Les gens sont intelligents, ce ne sont pas des clients. Il ne faut pas leur mentir. Je prends des coups pour ceux qui pendant 30 ans on dit « vous allez voir avec moi, tout sera formidable ». C’est pour cela que j’ai essayé d’être sur une ligne la plus juste possible.

    La rentrée scolaire

    Léo Purguette : Qu’est-ce qui va changer à la rentrée pour les petits Marseillais ?
    Je me suis engagé pendant la campagne à faire un kit scolaire de meilleure qualité. Il y aura donc un kit scolaire plus fourni, plus beau, toujours en concertation avec les parents et les enfants, pour qu’on puisse être au rendez-vous sur la question du pouvoir d’achat quand on voit que les prix des fournitures scolaires sont en train d’exploser. Préparez-vous à aller dans les grandes surfaces à partir du 15 août, et vous verrez qu’une gomme qui valait 1,10 euro, vaut 1,80 euro. Mis bout à bout, le panier à la fin, au lieu d’être à 120 ou 130 euros il va passer à 170 euros. Et quand on a deux ou trois enfants, ce n’est pas supportable. C’est pour ça qu’on a décidé de faire cette mesure – la seule grande ville en France à le faire – pour tous les élèves. C’est notre choix, car la question du pouvoir d’achat concerne tout le monde, comme celle de la dignité car quand on est petit, qu’on arrive dans une classe et qu’on n’a pas toutes ses affaires scolaires, on a honte. Tout ça, c’est fini et j’en suis très fier.

    La Métropole

    Léo Purguette : Marseille est désormais dans la gouvernance de la Métropole. Elle a été un gros caillou dans votre chaussure durant le premier mandat. Mais aujourd’hui on a l’impression qu’elle ne fonctionne pas vraiment : elle est sous tutelle, elle n’a pas de moyens…
    Je comprends la question et vous avez raison. Cela a été six années difficiles et compliquées. Aujourd’hui, le choix qui a été fait d’accepter les coupes sombres par le président et par d’autres en expliquant que c’était des économies n’est pas mon choix. Moi je considère que la politique de la Ville, que s’occuper des plus fragiles, que la culture, que le sport ne sont pas des endroits où on fait des économies. Ce n’est pas un sujet qui devrait normalement être mis sur la table car on sait que derrière cela, quand on ferme une association, 2, 10, 20… 100 associations sont concernées. Ce sont des plans sociaux que l’on fait et ce n’est pas acceptable. Bien sûr que j’ai accepté d’entrer dans la gouvernance pour les Marseillais…

    Léo Purguette : … Mais vous n’avez pas accepté d’être vice-président.
    Car je suis maire de Marseille et je ne suis pas friand de mandats, de postes, d’indemnités… Ça ne m’intéresse pas. Je suis et je reste maire de Marseille et je m’occupe des Marseillais. Pourquoi j’accepte d’aller dans une gouvernance partagée ? Parce que je pense qu’à ma ville, au développement métropolitain, à ce qui peut aider les communes autour à se développer pour que Marseille rayonne, pour que les autres communes puissent exister… Marseille a toujours été vue comme le vilain petit canard, sauf que les gens ont oublié que c’est Marseille qui a fait la richesse de la métropole. Vous pensez que des zones d’activité comme on en a à Géménos existeraient sans les Marseillais ? Vous pensez que les milliers d’habitants de Mimet travaillent à Mimet ? Ils travaillent à Aix. Ceux de Gémenos travaillent à Aubagne, à Marseille. J’entends le maire de Gémenos dire qu’il a créé la zone d’activité de Gémenos. Non, c’est un maire communiste qui l’a créé et créé des emplois. Donc il faut revenir à la réalité. Les Marseillais ne sont pas là pour payer, payer, payer. On paye la taxe foncière métropolitaine la plus importante, pourquoi ? En fait, les Marseillais payent deux fois plus que les autres pour un service qui est deux fois moins important. J’ai voulu entrer dans la gouvernance pour réparer cette injustice.

    Didier Gesualdi : On est bien loin du discours œcuménique de Nicolas Isnard. Vous n’avez pas peur d’opposer les territoires en disant cela ? Les pays aixois, martégal, salonnais… Pensent aussi à défendre leurs intérêts et ils sont tous légitimes.
    Ils sont tous légitimes bien sûr à partir du moment où on regarde la réalité en face.

    Didier Gesualdi : Il n’y a quand même pas d’argent volé dans les territoires.
    Si j’en crois ce qui est écrit dans tous les rapports de magistrats financiers, de tous les experts qui se sont mis sur cette question, il y a beaucoup d’argent indus. Indus, qu’est-ce que cela veut dire ? Je vais pas faire un cours de Français. Tout le monde sait ce que cela veut dire.

    Léo Purguette : Sur ce même fauteuil la semaine dernière, le vice-président aux Finances, David Ytier disait que, non, ça n’existait pas des sommes indues et que tout cela était l’héritage de la taxe professionnelle supprimée par l’État.
    On va revenir là-dessus mais je ne veux pas opposer les territoires. En 1999, on a arrêté ce qui était donné aux communes – les attributions de compensation – donc il y a 27 ans. La vie, la ville, ont changé en 27 ans. La Ville de Marseille il y a 27 ans était au bord du gouffre, elle ne créait plus d’emplois, elle en perdait, elle avait 50 000 touristes par an, la CMA-CGM, Onet, la Sodexo… perdaient de l’argent. Aujourd’hui, nous avons des multinationales qui rapportent des milliards d’euros à l’État. Aujourd’hui, nous créons des milliers d’emplois sur Marseille, nous avons des millions de touristes sur Marseille, nous avons une attractivité du territoire avec des gens de planète entière qui viennent à Marseille. Donc si on devait calculer aujourd’hui ces taxes-là, le fruit de l’histoire dont vous parlez, vous pensez que Marseille en serait là ? Qu’on aurait moins que les autres ? Qu’on payerait plus d’impôt que les autres ? Je ne crois pas. Mais c’est opposer qui de dire cela ?

    Les finances

    Léo Purguette : Vous espérez un Plan la Métropole en Grand ? Allez chercher de l’argent auprès de l’État ?
    Il faut avoir de l’ambition dans la vie. Qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis venu il y a 6 ans et je vous ai dit : il n’y a plus rien. Est-ce que je vous ai dit : je ferme boutique, je pleure et je dis que c’est la mort de la Ville de Marseille ? J’ai dit je vais me battre comme un lion, j’ai fait Marseille en grand et on a relevé les comptes de la Ville.

    Léo Purguette : Est-ce que Nicolas Isnard est sur cette ligne ?
    Je l’accompagne et je l’incite maintenant à se lever. Mais déjà quand on veut obtenir quelque chose de l’État on ne l’insulte pas. Je n’ai jamais été d’accord avec les gouvernements d’Emmanuel Macron et je ne m’en suis jamais caché. Mais je n’ai jamais insulté qui que ce soit, jamais dit d’un préfet que c’était un préfet stagiaire, jamais dit d’un État qu’il était complotiste. J’ai été opposé aux politiques d’austérité, libérales, de droite d’Emmanuel Macron mais on peut discuter avec eux et d’ailleurs, ça marche. Vous avez vu que le territoire a obtenu des centaines de millions d’euros pour pouvoir faire des projets. La condition, c’était quoi ? C’était de tout revoir. Ça n’a pas été fait, maintenant celles et ceux qui avaient cette responsabilité en payent les conséquences.

    La question des lecteurs

    Dominique : Bonjour M. Payan, est-ce que vous comptez un jour participer à La Marseillaise à pétanque ? Je suis bénévole.
    Est-ce que je compte un jour participer à La Marseillaise à pétanque ? D’abord j’y vais depuis que je suis petit en suivant mon père, mon grand-père. J’y vais chaque année mais cette fois c’est la première année où je m’inscris avec mon père et avec Romain Pastor [conseiller municipal délégué aux traditions, à la culture et aux pratiques sportives provençales, Ndlr.]. On attend un peu de voir où on va jouer la première partie. J’espère qu’on va passer la première pour pouvoir aller au Parc Borély. Je vais suivre tout ça avec grand intérêt. C’est une institution, La Marseillaise. C’est ce qu’on a de plus beau et de plus fort dans le monde de la pétanque.

    Léo Purguette : Vous avez le niveau ? C’est la première fois qu’un maire va participer à la compétition générale.
    Je vais être un poids mort pour les deux autres. Mon père fait ça depuis 70 ans, et Romain Pastor a été titré dans la discipline. Je serai premier pointeur et on verra bien jusqu’où on arrive !

  • Nîmes Métropole valide le compte financier 2025

    Nîmes Métropole valide le compte financier 2025

    À la tête de l’Agglomération comme à la Ville, Vincent Bouget doit surtout faire face à l’opposition de l’extrême droite. Et de sa démagogie. Alors que les élus RN n’ont pipé mot sur le bilan du compte financier 2025 – le gros dossier à l’ordre du jour de la séance de mardi 23 juin – ils ont tenté d’attaquer le président communiste sur plusieurs sujets plus mineurs.

    Ils ont par exemple voté contre le règlement intérieur fortement critiqué par l’élue Christine Tournier-Barnier. Sauf que Vincent Bouget n’a pas hésité à lui faire remarquer que c’était le même règlement intérieur que sous Franck Proust lorsque celle-ci siégeait alors dans la majorité avant de rejoindre les bancs de l’extrême droite. Puis ce fut au tour de Julien Sanchez d’entrer dans la danse sur le changement de répartition des moyens financiers alloués aux groupes politiques. Toujours adepte des recours juridiques (après avoir déjà contesté les élections à Nîmes), l’élu RN a annoncé attaquer cette délibération au tribunal administratif. En effet, Vincent Bouget a choisi d’attribuer l’enveloppe aux différents groupes « proportionnellement à leur effectif ainsi qu’en considération de la charge de travail résultant des responsabilités exercés par leurs membres ».

    « Inquiétudes légitimes » autour de l’aéroport

    Le vice-président aux Finances, Gilles Guillaud a aussi présenté le compte financier 2025 marqué par une baisse des recettes de fonctionnement de 0,6% et une hausse des dépenses de fonctionnement de 2,6%. L’épargne brute a diminué à 72,1M d’euros. 105 millions d’euros ont été fléchés vers des projets d’investissements, « ce qui est un niveau élevé ». L’endettement s’est lui stabilisé à 466M d’euros. « L’encours de la dette place Nîmes Métropole parmi les collectivités les plus endettées de France », souligne Gilles Guillaud.

    Outre le compte financier, Vincent Bouget a confirmé que « les inquiétudes qui s’expriment depuis plusieurs semaines sont légitimes », concernant la gestion par Edeis de l’aéroport de Nîmes puisque « les ambitions affichées lors de la signature de la délégation de service public et les objectifs fixés au délégataire sont aujourd’hui loin d’être atteints ».

    Il a également annoncé vouloir engager à partir de septembre un travail de « réactualisation du projet de territoire de Nîmes Métropole ». C’est dans cet optique qu’il a donc demandé « d’acter le report du vote du budget primitif de 2027 en début d’année prochaine ».

  • Vaucluse, au Département, on se pavane sur sa bonne situation financière

    Vaucluse, au Département, on se pavane sur sa bonne situation financière

    Deux salles, deux ambiances. Alors qu’un peu plus tôt dans la matinée, Olivier Galzi, maire (DVD) d’Avignon présentait le « champ de ruines » dont il dit hériter comme situation financière (lire page suivante), l’atmosphère budgétaire est bien plus sereine au sein du Conseil départemental. Ce vendredi, les élus avaient à approuver le compte financier unique (CFU) 2025, qui est le bilan comptable de l’année écoulée.

    Baisse de la dette

    Et il apparaît flatteur à la lecture des différents indicateurs mais aussi des remarques – ou plutôt leurs absences – de la part de l’opposition. Dans un esprit œcuménique, le CFU a donc été adopté. « Compte tenu de la stabilisation des dépenses de gestion et de la hausse des recettes de fonctionnement, les différents niveaux d’épargne apparaissent en hausse et offrent une situation saine malgré un contexte national peu porteur », résume Jean-Baptiste Blanc, élu (LR) délégué aux finances.

    Si la contraction des dépenses de fonctionnement ne se fait pas sans heurts internes (lire l’encadré sur la mobilisation des agents CGT), l’embellie immobilière (le Département perçoit une partie des frais de notaire) permet d’alimenter une épargne nette qui repart à la hausse et engendre moins d’emprunt pour investir. La dette a diminué sur un an de 9% à 145,5 millions d’euros. Résultat, la capacité de désendettement tombe à 1,3 ans quand celle de la Ville d’Avignon tendrait vers 12 ans.

    Un parallèle loin d’être anodin car plusieurs allusions narquoises ont ensuite été faites aux décisions prises par la nouvelle municipalité. Quand Sophie Rigaut (PS), face à la canicule, propose « d’accélérer l’isolation des bâtiments et de végétaliser les cours des collèges », Dominique Santoni va dans son sens en soulignant que « la végétalisation des cours est très importante ». Et ce alors qu’Olivier Galzi a gelé le dispositif Fraich’ cours à Avignon, ne réalisant qu’une école cet été contre 6 prévues, arguant de restrictions budgétaires.

    Dans la même veine, Dominique Santoni insistera sur le fait que le Département « a augmenté ses subventions de 19,1 à 20,1 millions d’euros », à l’heure où Avignon réduit les siennes jusqu’à 10%. Sans se réjouir de la situation avignonnaise, les sénatoriales laissent déjà des traces au sein de la droite. L’empressement d’Olivier Galzi à prétendre à un poste en propulsant tête de liste sa compagne Anaïs Hausmann passe mal auprès de la droite départementale, soutenant le sénateur sortant Jean-Baptiste Blanc, qui pourrait être secondé par Dominique Santoni.

  • Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    L’annonce début juin par le Centre national du livre (CNL) a fait l’effet d’une bombe. Pour la première fois depuis que ce recensement existe, il s’est fermé plus de librairies (85) l’an passé en France qu’il ne s’en est ouvert (83). Si en 2025 les fermetures concernaient majoritairement des structures créées dans la dernière décennie, les librairies historiques ne sont plus épargnées en 2026.

    Deux enseignes majeures, Gibert et le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord et de Decitre, viennent d’être placées en redressement judiciaire. Si la librairie montpelliéraine Gibert n’est pas directement visée, il n’en est pas de même de son homologue Sauramps, qui célèbre ses 80 ans cette année. Depuis plusieurs mois, la rumeur d’une mauvaise santé financière enflait au fil de témoignages de salariés inquiets. Le propriétaire, l’architecte François Fontès, avait d’abord tenté de rassurer sans convaincre. Le mois dernier, l’absence de Sauramps lors de l’événement majeur de la Comédie du livre avait fait grand bruit à Montpellier. Le couperet est tombé quelques semaines après. La librairie historique, qui avait déjà été reprise en 2017 par le groupe Ametis et qui accuse environ 3,5 millions d’euros de pertes et une absence de trésorerie, vient à son tour d’être placée en redressement judiciaire le 15 juin (lire page 6). François Fontès n’est pas décidé à laisser tomber. De leur côté, la Région Occitanie de Carole Delga (PS) et la Métropole de Michaël Delafosse (PS) ont signifié leur soutien. L’audience est fixée au tribunal de commerce le 3 juillet.

    Sur les 3 400 librairies que compte l’Hexagone et qui vendent près d’un livre sur deux, des centaines d’autres librairies indépendantes seraient au bord du gouffre. Chaque fois, le scénario se ressemble. Les librairies sont prises en étau entre la hausse de leurs coûts fixes (loyers, matières premières, personnel…) et l’érosion continue du lectorat (-6% des ventes au premier trimestre 2026, selon le CNL), que la période Covid n’avait que freinée un temps. Le CNL précise que l’érosion que subit le livre papier est générale. Elle touche toutes les tranches d’âge et tous les milieux sociaux.

    Creuset social

    Impossible aussi de ne pas penser à la concurrence de la grande distribution (+6 points) ou à l’impact d’internet. Mais pour Marion Mazauric, qui dirige la maison d’édition Au Diable Vauvert, dans le Gard, le numérique (+6%) est un faux coupable. « Ce phénomène de décroissance de la lecture n’est pas nouveau, il a 40 ans. On aime incriminer les plateformes (…) mais on peut être connecté et lire beaucoup. Nous avons beaucoup de geeks dans nos lecteurs  », assure-t-elle.

    Pour l’éditrice gardoise, la perte de la pratique de la lecture est surtout corrélée à la dégradation de la situation sociale de nombreux Français. « Une poignée ont tout, beaucoup d’autres n’ont rien. Quand vous vivez sous le seuil de pauvreté comme 40% des Nîmois, vous ne passez pas vos journées à lire des romans ». Et d’ajouter : « De plus en plus de gens sont dans des vies qui les éloignent de la lecture ». L’écosystème traduisant parfois le manque de demande. « Le Gard est l’un des départements les plus pauvres de France. D’Aigues-Mortes à Sommières, il n’y a pas une seule librairie ». Marion Mazauric observe par ailleurs un impact de l’apprentissage raboté et de la place réduite de la lecture à l’École. « L’éducation populaire a aussi beaucoup décru », déplore-t-elle.

    Aujourd’hui, l’éditrice invite l’ensemble des acteurs à faire bloc autour des libraires. « Ils sont le poumon du secteur du livre. Sans eux, on n’existe pas. On doit être très attentif à tout ce qui peut les aider ». Au-delà de l’appel aux lecteurs, elle aimerait que l’État prenne enfin ses responsabilités. « Le tissu des librairies françaises est unique au monde. Elles ne sont pas un commerce comme les autres, elles constituent un commerce d’utilité publique ». Dans la lignée des demandes du Syndicat de la librairie française (SLF), l’État est appelé à agir concrètement. Par exemple en pratiquant des allègements immédiats sur les loyers ou les charges. Bien d’autres mesures sont possibles. Il y a urgence.

  • À Martigues, le fragile équilibre des comptes de l’association des centres sociaux

    À Martigues, le fragile équilibre des comptes de l’association des centres sociaux

    « La direction a fait preuve d’une gestion prudente et rigoureuse en respectant les engagements pris en 2025 » restitue Mathieu Lucchesi, l’expert-comptable de l’Association pour l’animation des centres sociaux et des maisons de quartier de Martigues (AACS) lors de l’assemblée générale de mercredi soir, à l’hôtel de Ville.

    Avec 6,25 millions d’euros de charges et 6,27 millions d’euros de produits pour l’année 2025, l’AACS génère un excédent de 25 000 euros « grâce au développement de Miss », le chantier d’insertion sociale de l’AACS, comme l’explique le trésorier Jean-Louis Richard. Mais aussi en raison de « petites subventions qui arrivent en fin d’année » complète Sébastien Clauzel, directeur de l’AACS. Un contexte bienvenu pour compenser les 4 000 euros de déficit des centres sociaux et maisons de quartier. Pour l’exercice 2026, dont l’assemblée générale aura lieu en 2027, le trésorier avance un budget à l’équilibre de 5 millions d’euros : « L’AACS devra poursuivre ses efforts de maîtrise et pérenniser ses ressources. Nous abordons 2026 sur une situation saine mais restons vigilants sur les contraintes budgétaires à venir » prévient Jean-Louis Richard.

    La Ville en soutien

    Le directeur Sébastien Clauzel nuance : « Le budget prévisionnel 2026 n’est pas impacté. Mais notre gestion plus rigoureuse est obligée par le contexte économique », notamment des collectivités. Gaby Charroux, maire (PCF) de Martigues, rassure « les subventions municipales ne baissent pas et même avec les nuages au-dessus de nos têtes, les centres sociaux et maisons de quartiers restent une priorité ».

  • [Entretien] Yves Moraine : « le Département restera un pôle de stabilité »

    [Entretien] Yves Moraine : « le Département restera un pôle de stabilité »

    La Marseillaise : La gauche marseillaise accusait pendant la campagne Martine Vassal d’avoir « cramé la caisse » au Département. C’est le cas ?

    Yves Moraine : J’essaie d’éviter de rentrer dans ces polémiques. La gestion des finances des collectivités territoriales est quelque chose de très complexe, qui s’accommode mal des gesticulations politiciennes. La réalité, c’est que Fitch confirme que notre gestion est très sérieuse, avec un contrôle très étroit de nos dépenses de gestion dont l’augmentation en 2025 inférieure à 1%. Fitch note que nous faisons face à l’augmentation des dépenses sociales, notamment du RSA « bien que historiquement les mécanismes de soutien de l’État n’aient pas été suffisants ». Et que la dette du Département est complètement sécurisée. Ceux qui parlent d’une dette insupportable ne se rendent pas compte que le Département est moins endetté qu’un ménage qui achète un appartement sur quinze ans ! Surtout que cette dette permet d’investir, 500 millions d’euros par an. Voilà ce qu’est la situation, et je m’en réjouis, mais je reste très prudent dans un contexte international incertain.

    Vous bénéficiez surtout de la reprise immobilière et donc des recettes des frais de notaires…

    Y.M. : On ne peut pas me dire que je suis un âne bâté quand il y a moins de DMTO [droit de mutation à titre onéreux, les taxes sur les frais de notaires, Ndlr.] mais qu’en revanche quand ça remonte je n’y suis pour rien ! Bien sûr, la robustesse de nos recettes bénéficie du retour à la normale, mais si je dégage une épargne de gestion, c’est que je n’utilise pas cette manne pour faire n’importe quoi mais pour investir.

    Les coupes dans le budget de la Métropole vont impacter les communes, et dans le même temps le Département a réduit d’un quart ses aides aux municipalités. C’est la double peine ?

    Y.M. : On ne peut pas une année me reprocher de trop aider les communes, et l’autre année de ne pas assez les aider… Les années électorales, c’est toujours une année où l’aide aux communes baisse parce que les équipes municipales n’ont pas encore enclenché de dossier. Mais il y a aussi une raison de choix politique, nous avons beaucoup aidé les communes depuis quinze ans, et face aux difficultés j’ai souhaité que cet investissement soit un petit peu réduit. Notre politique ayant porté ses fruits, c’est normal que cela se tasse. Mais le Département restera un pôle de stabilité sur lequel les communes pourront s’appuyer quand elles en auront besoin, dans le cadre des critères redéfinis en application des recommandations de la chambre régionale des comptes.

    Vous parliez d’économies, cela ne se fait pas au détriment des politiques sociales du conseil départemental ?

    Y.M. : Ce sont les achats et les subventions qui baissent. Les dépensent sociales augmentent encore en 2025, mais nous réussissons à y faire face en faisant attention ailleurs. On rogne sur ce qui n’est pas l’essentiel pour faire face à ce qui est essentiel dans la mission du Département.

    Un rapport alerte sur la dégradation des finances de 13 Habitat, dont vous garantissez les emprunts. Cela vous inquiète ?

    Y.M. : Fitch est plutôt très rassurant sur nos garanties d’emprunt. Il faut être attentif, mais je n’ai pas d’inquiétude particulière sur une défaillance de 13 Habitat, d’autant qu’il y a un patrimoine en face très important.

  • La Métropole veut réécrire le budget du préfet

    La Métropole veut réécrire le budget du préfet

    Pour la première fois depuis qu’ils ont fait le choix délibéré de ne pas voter les budgets de l’institution, menant tout droit à une mise sous tutelle préfectorale, les conseillers métropolitains se réunissent ce mercredi dans l’hémicycle du Pharo. Une semaine après la copie présentée par le préfet, ordonnant de couper 53 millions d’euros dans les dotations aux communes, les questions budgétaires s’imposent logiquement à l’ordre du jour.

    Mais tandis que les services de l’état prônaient de couper dans les attributions de compensations (AC) reversées aux municipalités sur la base de l’ancienne taxe professionnelle, la Métropole s’oriente désormais bien vers les préconisations de la chambre régionale des comptes, dont le rapport doit être présenté en début de séance. Au-delà des 91 millions d’euros d’économies dans le fonctionnement et les investissements de l’intercommunalité, repris intégralement par le préfet, les magistrats financiers proposaient de sabrer 53 millions d’euros dans la dotation de solidarité communautaire créée en 2023 pour réduire les inégalités entre les communes. Une solution qui touche au premier plan la municipalité marseillaise.

    Hausses de tarifs

    Dans une délibération ajoutée au dernier moment à l’ordre du jour, le président (LR) de l’intercommunalité Nicolas Isnard propose « de modifier les modalités de versement de la dotation de solidarité communautaire 2026 », compte tenu du contexte budgétaire. Au moment du refus de voter le budget le 28 avril dernier, les conseillers métropolitains avaient pourtant bien pris soin d’approuver les 66 millions d’euros de cette dotation aux communes, qui devait être versée avant la fin du mois de juin. Celle-ci désormais « fera l’objet d’un versement unique d’ici la fin du mois d’octobre », énonce le rapport.

    Pourtant préférée par la municipalité marseillaise, l’option préfectorale de toucher aux attributions de compensation « ne peut pas être mise en œuvre techniquement de manière simple », expliquait le vice-président (LR) aux finances David Ytier dans nos colonnes ce week-end. En plus d’un vote aux deux tiers du conseil métropolitain et des communes concernées, elle nécessitait la réunion d’une commission locale d’évaluation des charges transférées (Clect). Initialement prévue à l’ordre du jour, la création de cette commission a été finalement retirée. De quoi paver la route à une prochaine décision budgétaire modificative, qui doit être présentée lors d’un prochain conseil métropolitain au mois de juillet pour arbitrer les coupes entre les différentes communes et les projets abandonnés.

    En attendant, derrière le pass RTM à 10 euros pour les moins de 26 ans cet été, l’hémicycle va approuver des hausses de tarifs pour les navettes de l’aéroport ou du Frioul, tandis que la présidente (DVG) de la RTM Samia Ghali ouvrait la porte à l’abandon de la gratuité pour les jeunes et seniors en septembre. En attendant les négociations de plus long terme : un groupe de travail avec onze membres doit être créé pour élaborer un nouveau pacte financier et fiscal pour la Métropole.

  • Les quatre infos principales du week-end autour de l’OM

    Les quatre infos principales du week-end autour de l’OM

    Arsenal et Tottenham s’intéressent à Greenwood

    L’ailier anglais Mason Greenwood attirait jusqu’ici principalement les convoitises de l’AS Rome. Mais des clubs anglais aux moyens financiers quasi illimités seraient désormais entrés dans la course pour s’attacher les services de la pierre angulaire de l’attaque olympienne.

    Les deux rivaux londoniens, Tottenham et Arsenal, s’intéresseraient de près à l’attaquant, dont la valeur est estimée à 55 millions d’euros. Une information à prendre toutefois avec précaution compte tenu du passé judiciaire de l’ancien prodige de Manchester United. Outre-Manche, la simple évocation de son nom demeure un sujet sensible.

    Un transfert vers la Premier League n’est néanmoins pas à exclure, notamment du côté des Spurs. L’arrivée de Roberto De Zerbi à la tête de l’équipe, lui qui a fait de Greenwood son principal atout offensif à l’OM, pourrait faciliter les discussions entre les deux parties.

    L’AS Rome pourrait cependant revenir rapidement à la charge pour tenter de recruter l’ailier anglais. En effet, le Borussia Dortmund s’intéresserait de près à Matías Soulé et préparerait une offre avoisinant les 30 millions d’euros. Une vente qui permettrait au club romain de disposer des liquidités nécessaires pour se rapprocher des 50 millions d’euros réclamés par l’OM.

    Accord verbal entre Traoré et le Genoa

    Recruté par l’Olympique de Marseille à Bournemouth pour un peu moins de 10 millions d’euros l’été dernier, Hamed Junior Traoré ne semble pas avoir convaincu la nouvelle direction de le garder. Selon Calciomercato, le Genoa aurait trouvé un accord verbal avec le milieu offensif ivoirien.

    Les négociations sont en cours entre le club italien et l’OM sur les modalités de ce transfert. Avec un salaire d’environ 320 000 euros par mois, l’OM va donc baisser un peu sa masse salariale, ce qui n’est pas négligeable compte tenu des finances actuelles.

    Grenier dans le futur staff de Genesio ?

    Alors que l’arrivée de Bruno Genesio sur le banc olympien semble se préciser, malgré les derniers obstacles administratifs et financiers, un nouveau nom circule avec insistance pour intégrer son futur staff technique : celui de Clément Grenier. Récemment diplômé de l’UEFA A, l’ancien international français est désormais habilité à intégrer un staff professionnel en Ligue 1 ou en Ligue 2. Mais l’OGC Nice serait également sur le coup.

    Malang Sarr ciblé

    L’Olympique de Marseille continue d’explorer plusieurs pistes pour renforcer sa défense cet été. Parmi les noms qui circulent ces dernières semaines figure celui de Malang Sarr, auteur d’une saison convaincante sous les couleurs du RC Lens.

    Benoît Payan fixe ses exigences à la nouvelle direction

    Une nouvelle page de l’histoire de l’OM s’apprête à se tourner avec la future nomination officielle de Stéphane Richard comme président du club phocéen. Celle-ci surviendra le 3 juillet. Invité sur le plateau de BFM Marseille Provence, le maire de Marseille (PM), Benoît Payan, s’est exprimé sur la prise de fonction de l’ancien PDG d’Orange. « Il prend la présidence de l’OM dans un moment très compliqué. C’est très courageux de sa part. Il va falloir avoir une équipe rapidement performante et qui ne nous fasse plus honte. Qu’elle soit constante », a-t-il lancé. Le maire en a également profité pour exprimer son souhait de voir le logo actuel être revu et a réaffirmé son attachement au nom du stade Vélodrome.

  • David Ytier : « Il faut revoir le modèle financier de la Métropole sinon elle va s’éteindre »

    David Ytier : « Il faut revoir le modèle financier de la Métropole sinon elle va s’éteindre »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    Attributions de compensation

    Didier Gesualdi : Vous êtes le grand argentier de la Métropole…

    En ce moment on m’appelle plutôt Picsou !

    Didier Gesualdi : Et le préfet qui a rendu sa copie sur le budget et a décidé de demander de l’argent aux territoires à travers les attributions de compensation. Comment avez-vous réagi ?

    La première réaction est de dire qu’on est au bout d’une procédure qu’on a choisie volontairement puisqu’il y avait eu un choix collectif des élus de ne pas voter le budget face à des difficultés structurelles et donc de saisir les magistrats de la Chambre régionale des comptes. Il y a eu une petite surprise puisque le préfet s’écarte en partie de ces préconisations et va sur un terrain sur lequel les magistrats disaient qu’il ne pouvait pas aller puisque ce sont des mesures qui ne relèvent que du conseil de Métropole et pas du pouvoir de l’État.

    Didier Gesualdi : Une volonté politique ?

    Il y a sans doute une volonté politique de l’État d’envoyer un message à ce territoire mais surtout de retenir une préconisation qui en réalité ne peut pas être mise en œuvre techniquement de manière simple. Quand le préfet dit « il faut retirer des attributions de compensation » il soulève un sujet. Pour mettre en œuvre cela, il faut que les représentants des communes valident aux deux tiers dans une majorité qualifiée du conseil de Métropole dit la loi, et ensuite que chaque conseil municipal, dans chacune des communes concernées par la baisse de dotation, le ratifie.

    Léo Purguette : Donc ça n’arrivera pas.

    Tout le monde a compris que la loi sanctifie les attributions de compensation. L’État a fait, via la signature du préfet, ce que les magistrats disaient qu’il ne pouvait pas faire. Donc ce sujet n’existe pas politiquement.

    Léo Purguette : Pourtant le maire de Marseille en parle beaucoup…

    On peut débattre de tout, et tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas de tabou, mais au regard de cet élément technique, on voit bien que le chemin est plus que complexe à prendre.

    Sommes indues

    Didier Gesualdi : Le maire de Marseille défend son territoire, ceux d’Istres, de Martigues, d’Aix-en-Provence… revendiquent eux un héritage du passé, disant on avait des moyens, on nous les a pris pour construire la Métropole. On parle de « sommes indues », ce qui est difficilement audible pour les populations et les élus ?

    À ce stade, aucun juge n’a prononcé l’illégalité de ces sommes et d’ailleurs elles sont revotées mécaniquement tous les ans dans les budgets par délibération et aucun préfet n’a saisi un juge de ce sujet. Il y a un désaccord politique entre l’État et les communes sur le calcul de ces dotations. Ces attributions de compensation représentent une histoire : l’histoire de la taxe professionnelle qui était avant versée aux communes et qui est partie dans le giron métropolitain, l’histoire des transferts de compétences… Donc c’est un dû aux communes. Ce qui est dit « indus » ce sont les mécanismes qui ont été mis en place par toutes les anciennes intercommunalités lorsqu’elles ont de force été intégrées à la Métropole pour geler les acquis de ces anciens territoires. En réalité, personne dans ce territoire ne demandait la Métropole. Elle pouvait être souhaitée, certains la demandaient, mais elle a été faite de force. Donc il y a eu des mécanismes de protection mais personne ne vole rien. On a l’impression que, quand on évoque des attributions de compensation indues, il y a des communes qui volent de l’argent, qu’il y a des gens qui se mettent de l’argent dans les poches. Il n’y a personne qui se répartit des bénéfices et part avec la caisse publique.

    Refus de voter le budget

    Léo Purguette : Vous ne regrettez pas ce choix d’avoir refusé de voter le budget ?

    Non dans le sens où, quand on le fait, il y a 123 millions à chercher et une seule solution sur la table : l’augmentation massive de l’impôt avec en moyenne 200 euros de plus par contribuable foncier. On dit tous qu’il est hors de question d’aller vers cette solution et qu’il est temps que l’État ouvre les yeux sur le financement des transports dans notre Métropole. Donc nous l’avons fait pour interpeller l’État, pour éviter d’aller vers la solution de l’impôt, pour gagner du temps et essayer de regarder dans l’organisation de notre Métropole et dans son budget s’il n’y avait pas des pistes d’économie. Donc malgré tout, une partie du chemin a été faite. Pas la totalité, mais maintenant que l’on a un budget, on a un peu de temps pour y travailler.

    Didier Gesualdi : Mais le préfet dit aussi : non la Métropole n’est pas pauvre. Un effet boomerang ?

    Ce discours est assez incroyable. Les magistrats disent que la Métropole est arrivée au bout dans son modèle financier, qu’elle ne peut plus arriver à assumer le financement des transports dans un territoire où on a besoin de les développer.

    Austérité

    Léo Purguette : Vous dénoncez le choix du préfet de demander de l’argent aux communes. C’est l’austérité. Vous qui appartenez à une famille politique qui l’a souvent prônée, vous en faites le bilan ?

    Je ne prône pas l’austérité, je prône le fait de gérer le mieux possible l’argent public et de faire en sorte d’avoir des modèles qui tiennent, avec des économies quand on doit les faire, avec une rationalisation de nos dépenses… C’est ce qu’on est en train de faire à la Métropole. Faire 90 millions d’économie, c’était attendu par un certain nombre qui se disait que cette Métropole, non qu’elle était mal gérée, mais que peut-être dans des choix du passé, dans des politiques publiques qui s’étaient accumulées et pouvaient faire doublon, dans des dépenses de communication exagérées… Est-ce qu’on avait besoin de lancer un magazine métropolitain distribué à 600 000 exemplaires qui coûtait un million d’euros ? Nous, on dit non.

    Vers la fin ?

    Léo Purguette : À vous entendre, la situation est assez bloquée, est-ce que la Métropole a un avenir ?

    Ce qui est certain est que le modèle est à bout de souffle et fait même sourire ceux qui disaient – et ils étaient nombreux sur le territoire il y a 10 ans – que cette Métropole ne tiendrait pas. On est dans une séquence forte mais quand on va parler du budget 2027, les problèmes seront les mêmes, voire amplifiés. Le modèle financier n’est plus viable. C’est ce que tout le monde s’accorde à dire. Si l’État continue à être aveugle il va y avoir peu de pistes. Mais il y a une volonté dans cette métropole pour dire : essayons de sauver les meubles, de tenir le plus possible, le temps peut-être que dans la loi de Finances à venir il puisse y avoir quelques pistes optimistes pour nous et l’année prochaine il y a une élection présidentielle et il y a aura peut-être une autre majorité qui se dégagera et qui aura d’autres visions. Il faut qu’on arrive à finir 2026 qui est une année compliquée mais il faut aussi qu’on arrive à revoir le modèle financier de la Métropole sans quoi, c’est sûr, elle va finir par s’éteindre.

    Transports

    Didier Gesualdi : Le préfet a dit que l’État n’aiderait pas plus la Métropole ?

    On peut tourner le problème comme on veut : il y a un problème structurel de financement de nos transports. Il y a deux solutions. Soit on dit on revient en arrière, on arrête les plans transport, le plan Marseille en grand, on ferme des lignes de bus… Mais personne n’a envie de ça. Donc si on a besoin de le développer, il faut qu’on parvienne à le financer et que l’État ouvre les yeux sur une chose : notre situation n’est pas propre à la Métropole Aix-Marseille. La région Île-de-France était dans le même cas et l’État a réagi en disant « on ne peut pas laisser la région Île-de-France se tourner soit vers une augmentation massive du pass navigo, ou d’impôt, il faut leur confier des outils de recettes supplémentaires ». Pourquoi les bonnes solutions sont proposées à Paris et pourquoi sur nous l’État reste aveugle.

    Léo Purguette : Si l’État acceptait d’augmenter le versement mobilité, quel devrait être à votre avis, la hausse et à quelle échéance ?

    Le versement mobilité est la piste essentielle et privilégiée. C’est dans le système fiscal en France l’outil financier qui permet de financer le fonctionnement des transports. Si on nous rajoute une carte, on peut imaginer une solution qui permette de dire : on répartit l’effort sur un plus grand nombre, un peu sur les entreprises et les grandes qui nous demandent notamment d’améliorer les transports, un peu sur les contribuables…

    Léo Purguette : Combien et à quelle échéance ?

    Aujourd’hui on applique un versement mobilité plafonné à 2%. 1% de versement mobilité, c’est 220 millions de recettes. Nous n’irons jamais augmenter d’un point le versement mobilité. Mais 0,1% de versement mobilité c’est l’équivalent de 200 euros par contribuables fonciers sur le territoire.Léo Purguette : Allez-vous revenir sur la gratuité pour les seniors ou pour les jeunes ?On est dans l’une des métropoles de France où la participation des usagers au financement des transports est la plus faible : 15 à 18% quand dans les autres Métropoles on est autour de 25%. Quand on demande à l’État de nous donner des cartes supplémentaires, il faut dans le même temps qu’on prenne nos responsabilités en remettant un certain nombre de choses à plat. Qu’est-ce qu’il en sera exactement de la gratuité ? Je ne sais pas, mais on ne peut pas faire l’impasse sur ces sujets, on ne peut pas avoir de tabou.

    Les personnels

    Léo Purguette : Les agents de la Métropole sont très inquiets. Est-ce que vous allez aussi leur mettre un coup de bambou ?

    Coup de bambou non mais si la masse salariale de la Métropole ce n’est pas l’essentiel de nos dépenses, on est malgré tout sur 25% des dépenses. On est obligé de le regarder. Par exemple, les heures supplémentaires, pas pour les réduire mais peut-être réorganiser le fonctionnement. Mais il n’y a pas de demandes de suppressions massives des postes. Ça n’arrivera pas car il faut bien faire tourner les services publics et encore heureux ! Il n’y a pas des pertes de salaire qui vont arriver, Il y a des petits sujets et ça ne devrait pas se ressentir individuellement par les agents.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Marine : On ne comprend plus rien. Pourquoi ne pas taxer les plus riches pour résoudre le problème ?

    Sur cette question de justice fiscale, il faut d’abord se dire que la Métropole ne dispose pas de tous les pouvoirs. Aujourd’hui le seul levier fiscal qu’a la Métropole, c’est l’impôt foncier, les autres sont assez marginaux. Cet impôt touche autant les propriétaires qu’on peut qualifier de riches que des personnes vivant avec des petites retraites ou des jeunes qui ont réussi après un premier CDI à acheter un bien à crédit. Quand on annonce une hausse d’impôt de 150 à 200 euros en plus en moyenne pour les contribuables, ça concerne tous types de propriétaires. Augmenter seulement sur les plus riches, la Métropole n’en a pas le pouvoir, ça relève d’un débat national. La justice, peut être traitée en revanche par le biais de la tarification des transports. Il y a un sujet sur la table : est-ce que la gratuité est une véritable mesure de justice ? Il y a des personnes riches qui en bénéficient autant que des personnes qui ne le sont pas du tout. Des voix commencent à s’élever, notamment celle de Samia Ghali, qui a pris position en ce sens. Je partage son diagnostic : la tarification sociale est plus juste que des mesures de gratuité éparses. Pour le reste, la justice fiscale relève d’un débat national et ne fait malheureusement pas partie de nos pouvoirs.

  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité David Ytier

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité David Ytier

    Finances de la Métropole, fonctionnement, économies, fiscalité…À vous la parole ⬇️