Tag: films

  • À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    Mise en scène par Michel André, fondateur du Théâtre de la Cité, espace théâtral situé sur la rue Edmond-Rostand qui porte la Biennale des écritures du réel, la lecture performée Les nouveaux anciens ouvre cette manifestation mercredi 18 mars. Guidée par Tiodhilde Fernagu, autour d’un texte de Kae Tempest, une balade enivrée de poésie qui appelle à « trouver les héros de notre quotidien », résume Magda Bacha.

    L’augure de ce festival de 75 propositions en tous genres qui, comme le souligne sa directrice adjointe, explore pour sa 8e édition « la thématique de l’oubli. En faisant ce choix, on part de nos histoires intimes, de nos creux, manques et pertes pour essayer de réinventer le réel ». De petites histoires qui s’inscrivent dans la grande, il sera beaucoup question au cours de la programmation. « Pour dépasser un état de sidération. » Un credo trouvant ses premières illustrations avec Minga de una casa en ruinas du colectivo Cuerpo Sur au Théâtre Joliette, « qui fait écho au retour au pouvoir de l’extrême droite et de José Antonio Kast au Chili », contextualise-t-elle. La dramaturge Ebana Garin Coronel y « raconte l’exil de sa mère qui avait dû fuir la dictature de Pinochet et montre comment se reconstruire quand on est obligé de tout quitter ».

    Liban, Rwanda, Arménie…

    La guerre civile au Liban (1975-90) occupera aussi l’esprit de plusieurs spectacles, parmi lesquels Silence, ça tourne, autour du massacre du camp palestinien de Tel al-Zaatar, « commis par des milices phalangistes chrétiennes ». Chrystèle Khodr et Nadim Deaibes « entrelacent les voix » d’une infirmière suédoise rescapée de ce charnier, « d’un médecin palestinien dont elle tombe amoureuse et d’un journaliste qui veut raconter son histoire », précise Magda Bacha. Alors que les crimes de guerre et génocides ne cessent pas de nos jours, la Biennale réparera également l’oubli de deux autres crimes contre l’humanité : le génocide rwandais, à travers Hewa Rwanda, lettre aux absents, à la Friche Belle de Mai, d’après un récit écrit et incarné par Dorcy Rugamba qui « pose la question de la résilience et de la foi quand l’irréparable a été commis ». Mais aussi le génocide arménien, encore et toujours nié par le pouvoir fasciste en Turquie, dont les atrocités trouveront une résonance avec les lectures performées de Pieds nus et Au bord de l’effacement, sur les pas d’exilés arméniens dans l’entre-deux-guerres, lors d’une soirée aux Archives départementales.

    Réel ancré dans la ville

    « La Biennale veut redonner de la visibilité à des choses qui ont moins de place et enrayer le spectacle de la cruauté, comme l’écrit l’anthropologue Chowra Makaremi », situe Magda Bacha, qui pointe également des journées de « créations partagées et journées festives, le 25 avril dans les centres sociaux Del Rio et des Musardises », à la Viste et Consolat, puis le 3 mai à la Maison des arts de Marseille, sur les lieux de l’ancien Théâtre Toursky.

    Outre sa vitrine festivalière, la Biennale des écritures du réel participe tout au long de l’année à la formation de troupes de jeunes et d’adultes « n’ayant jamais fait de pratiques artistiques. Le thème de l’oubli est venu de nos discussions avec elles. Les écritures du réel ont une utilité sociale », affirme la directrice adjointe de la manifestation. Parmi les nombreuses propositions de la Biennale, le centre social Saint-Mauront accueillera aussi le spectacle de Julien Gallix, J’oublie tout, référence au titre emblématique du rappeur Jul, pour parler des identités actuelles de la jeunesse.

  • Dix jours de cinéma d’outre-Manche à Nîmes

    Dix jours de cinéma d’outre-Manche à Nîmes

    Pendant dix jours, le public pourra découvrir plus d’une trentaine de films couvrant plus d’un siècle de cinéma britannique et irlandais au cinéma le Sémaphore et à Carré d’Art. Avant-premières, films inédits, documentaires ou classiques restaurés composent une programmation éclectique fidèle à l’ADN du festival : mêler patrimoine et création contemporaine.

    Temps fort de cette édition, la venue du réalisateur irlandais Jim Sheridan, figure majeure du cinéma engagé. L’auteur de My Left Foot, In the Name of the Father ou The Boxer accompagnera plusieurs projections et rencontres avec le public. Six de ses films seront présentés durant le festival.

    Classiques et découvertes

    Les organisateurs proposent également plusieurs hommages, notamment au cinéaste britannique Charles Crichton, réalisateur du célèbre Un poisson nommé Wanda, ainsi qu’à Peter Watkins, disparu en 2025. Le festival mettra aussi en lumière la vitalité du nouveau cinéma irlandais avec plusieurs films inédits, dont Aontas, Fréwaka ou Horseshoe. Des courts-métrages de la London Film School, présentés par son directeur Chris Auty, complètent la programmation.

    Autre rendez-vous original : un ciné-concert autour de Sherlock Holmes, porté par Virgile Goller, qui fera dialoguer images muettes et musique en direct. Master classes, rencontres avec les invités et séances spéciales jalonneront également ces dix jours de projections.

  • 18 ans de cinéma suisse à Montpellier

    18 ans de cinéma suisse à Montpellier

    Les Journées du cinéma suisse reposent leurs valises à Montpellier pour une 18e édition. Au programme : neuf films qui incarnent « un cinéma engagé, qui ose dénoncer, et qui a aussi beaucoup d’humour », selon Christine Bolliger, fondatrice de l’événement.

    Depuis 2008, ces journées accueillent des films qui interrogent et donnent à voir le réel, les parcours humains et les mutations de la société dans la tradition du cinéma suisse, souvent plus intimiste et réflexif que spectaculaire. Cette année, les neuf films sélectionnés, documentaires et fictions, aborderont des sujets forts tels que l’avenir des montagnes, avec le documentaire Bergfhart (La danse des cimes) de Dominique Margot (5 février), la succession avec le film Nos chastè (Notre château et son histoire fabuleuse), de Suzanna Fanzun ou encore la résilience avec la fiction de Léa Pool : Hôtel Silence (7 février). Chaque projection sera suivie d’un échange avec le public et les invités présents. Une fois de plus, les cinéphiles pourront voyager à travers les différentes régions culturelles et linguistiques de la Suisse et pas seulement.

    Ouverture internationale

    L’événement montpelliérain franchit une étape cette année en accueillant pour la première fois des coproductions internationales. Dans Quir (4 février), Nicola Bellucci capte un lieu de résistance queer au cœur d’une Sicile patriarcale, à travers la boutique de Gino et Massimo. Un élargissement naturel, selon Christine Bolliger : « La plupart des documentaires suisses sont aujourd’hui produits avec nos voisins italiens ou français. On travaille souvent avec la maison de Heidelberg. Je suis persuadée qu’on a plus de visibilité et de facilité si on travaille tous ensemble. »

    Parmi les temps forts de cette édition, une journée consacrée à la famille abordera des thèmes sensibles et universels : la paternité, la maternité, le corps médical, la filiation. Un choix qui résonne aujourd’hui de manière très politique, même si ce n’était pas l’intention première. Si ces questions sont aujourd’hui politisées, c’est presque dramatique, estime-t-elle : elles devraient pouvoir être abordées de manière totalement naturelle. Ici, le cinéma devient alors un espace de dialogue, où l’on regarde le réel en face, sans posture, et où la discussion reprend ses droits après la projection.

  • Occitanie : deux docus pour célébrer l’amitié franco-allemande

    Occitanie : deux docus pour célébrer l’amitié franco-allemande

    Pour la troisième année consécutive, Doc Cévennes, réseau de diffusion de cinéma documentaire sur 4 départements (Gard, Hérault, Aveyron et Lozère) participe à la journée de l’amitié franco-allemande, en référence à la signature, le 22 janvier 1963 par le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, du traité de l’Élysée scellant la réconciliation franco-allemande après des décennies de conflits. Le projet vise à « créer un dialogue culturel entre la France et l’Allemagne » à travers une circulation de films documentaires.

    2 films, 2 invitées, 6 projections

    Durant 5 jours, du 19 au 24 janvier, Doc Cévennes va donc diffuser, dans 4 départements occitans (le Gard, l’Hérault, l’Aveyron et la Haute-Garonne) deux films documentaires contemporains et indépendants sélectionnés en partenariat avec le Festival DOK Leipzig, « un des plus anciens et des plus prestigieux festivals allemands de documentaires », souligne Marion Blanchaud, co-présidente de l’association Champ Contrechamp et responsable du réseau DOC-Cévennes.

    Dans le premier film, Lichter der strasse (littéralement Les lumières de la rue), la réalisatrice Anna Friedrich suit quatre femmes nomades et s’interroge sur la façon dont la société perçoit leur mode de vie. Dans le second, Sedimente, la Laura Coppens nous plonge, à travers les conversations qu’elle entretient avec son grand-père, dans différentes époques de l’Histoire allemande. Un film sur la mémoire et la responsabilité individuelle en temps de dictature.

    Chaque documentaire fera l’objet de trois projections*, à l’issue desquelles interviendront, pour l’un, la réalisatrice Anna Friedrich et pour l’autre, la programmatrice du festival DOK Leipzig Jana Kraft.

    * Lichter der Strasse sera diffusé lundi 19 à 18h15 au Sémaphore de Nîmes (30) ; mardi 20 à 19h au Goethe Institut de Toulouse (31) ; et mercredi 21 janvier à 19h à Trèves (30), petit village sur le Causse.

    Sedimente quant à lui sera projeté jeudi 22 janvier à 19h à la salle Pelloutier à Montpellier (34), précédé d’un cocktail ; vendredi 23 janvier à 19h à Valleraugue (30) ; et samedi 24 janvier à 18h à Nant (12).

  • Le réalisateur Robert Guédiguian à l’Eden, à La Ciotat

    Le réalisateur Robert Guédiguian à l’Eden, à La Ciotat

    Alors que son prochain film Une femme aujourd’hui devrait sortir en salles au printemps ou à l’été prochain, Robert Guédiguian, cinéaste proche du monde ouvrier viendra à la rencontre du public samedi 17 janvier.

    Dans la plus ancienne salle de cinéma du monde, et ce n’est pas une exagération de langage, deux de ses films seront projetés.

    À 18h, La villa (2017), film en compétition à la Mostra de Venise fait se retrouver trois frères et sœur venus au chevet de leur père mal en point. L’intrigue se déroule dans une calanque, en hiver. Bientôt « la fratrie voit débarquer des militaires, à la recherche de migrants rescapés d’un naufrage… ». À 21h, Les neiges du Kilimandjaro (2011), film en compétition à Cannes en 2011, sélection Un certain regard, lauréat du Prix Lux 2011 du Parlement européen, sera diffusé. Le film met en scène Michel et Marie-Claire, couple heureux depuis trente ans, « fier de ses combats syndicaux et politiques. Ce bonheur vole en éclats avec leur porte-fenêtre devant deux jeunes hommes armés et masqués qui les frappent, les attachent, leur arrachent leurs alliances, et s’enfuient avec leurs cartes de crédit… ». Dans ces deux films, le réalisateur fait tourner ses acteurs fétiches : l’actrice (son épouse) Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. La soirée sera présentée par Isabelle Masson.

    Au cinéma L’Eden théâtre, boulevard Clemenceau. Pass soirée : 18 euros avec 2 films et une formule apéritive.

  • Le festival Itinérances déroule sa 44e édition

    Le festival Itinérances déroule sa 44e édition

    Depuis plus de quarante ans, le festival cinématographique s’attache à transmettre une passion du septième art accessible et profondément ancrée
    dans le territoire cévenol. En 2026, l’événement prendra une dimension particulière : les travaux du Cratère amènent une partie de la programmation au théâtre éphémère de la Prairie.

    Après une édition 2025 marquée par la présence de Sergi López et près de 43 000 entrées, Itinérances revient avec un programme ambitieux : hommages, invités, avant-premières, cartes blanches et la traditionnelle compétition de courts-métrages francophones. La grande rétrospective 2026, intitulée
    Les Magnifiques ! explorera toutes les formes d’itinérance : du voyage au long cours au cheminement intérieur. Fidèle
    à son identité, le festival mettra en lumière des cinématographies du monde entier. Le Pass 2026, proposé à tarif réduit jusqu’au 4 janvier, permettra d’accéder à l’ensemble des projections, confirmant la volonté du festival de rester ouvert et populaire.

  • Un nouveau cinéma indépendant prend son envol à Frontignan

    Un nouveau cinéma indépendant prend son envol à Frontignan

    Il faut être un peu fou pour ouvrir un cinéma aujourd’hui », s’amuse Priscillia Schneider. Après 25 ans à la tête du Cinémistral, le cinéma municipal de Frontignan qui a fermé définitivement ses portes en avril, elle prend les rênes d’un cinéma indépendant flambant neuf.

    Baptisé Quai des lumières, qui sonne comme un hommage croisé à Quai des brumes et aux frères Lumières, ce nouveau cinéma est amarré au bord du canal, quai Voltaire, dans d’anciens chais réhabilités. Le 19 décembre, au terme de 3 ans de travaux, il accueillera ses premiers spectateurs pour un envol qu’on lui souhaite heureux. Un pari forcément risqué, le cinéma indépendant restant une économie très fragile, mais un défi stimulant pour les quatre passionnés de 7e art qui se sont associés dans ce projet : Priscillia Schneider, donc, directrice de ce nouveau lieu, mais aussi Isabelle Moreau, Frédéric Perrot et Jean Villa, tous exploitants de salles de cinéma en Occitanie.

    Une expérience
    haut de gamme

    Avec ses quatre salles et 548 fauteuils, le Quai des lumières voit bien plus grand que son prédécesseur, à salle unique (149 fauteuils). Mais l’esprit, lui, reste fidèle à ce que fut le Cinémistral : « Je défends une programmation pluraliste, qui présente à la fois Avatar et l’Inconnu de la grande arche », illustre Priscillia Schneider. Du cinéma grand public comme des films d’auteur, généraliste mais avec un axe fort art et essai. « Un cinéma ouvert, vivant, en lien avec ses spectateurs », où seront programmés régulièrement, comme du temps du Cinémistral, des événements autour des films.

    « Nous accordons aussi beaucoup d’importance à ce que les tarifs – moins de 10 euros* – restent accessibles », insiste la directrice. Cela n’empêchera pas les spectateurs de visionner les films dans les meilleures conditions : « On a un outil extraordinaire entre les mains. D’un point de vue technologique, on est au même niveau qu’un multiplexe, avec des projecteurs dernier cri, des fauteuils inclinables haut de gamme. ». Au Quai des Lumières en revanche, pas de bornes numériques pour prendre ses places, mais un accueil en chair et en os, à l’ancienne. Priorité à l’humain.

    « On est dans une période complexe pour la salle de cinéma. On est sorti d’une année 2024 exceptionnelle et on a fait une année 2025 catastrophique liée à l’offre de films, vraiment faiblarde – à cause notamment de la grève des scénaristes aux États-Unis. À quoi s’ajoutent l’attrait des plateformes et la qualité des séries », décrypte Priscillia Schneider. Outre le noyau dur des cinéphiles, il faut donc « aller chercher des gens qui ne vont plus au cinéma et leur redonner l’envie. C’est un gros challenge. Mais je me sens forte de l’histoire du Cinémistral pendant 25 ans : on a démarré à 17 000 entrées par an et on a fini à 60 000 pour 149 fauteuils. Là, on a un objectif de 120 000 entrées pour 548 fauteuils, en espérant atteindre les 140 000. Si tel est le cas, on fera deux salles supplémentaires, car on a gardé une réserve locative », confie la directrice.

    Le site devrait attirer du monde, car outre le cinéma, les « Chais du canal » comprennent également une librairie, une école de cinéma documentaire (Explore Academy) et une brasserie ouverte 7 jours sur 7, pour casser la croûte ou boire un verre avant ou après une toile…

    * 9,50 euros la place
    7,50 euros tarif réduit.

  • « Tous Courts », le grand écran des films miniatures

    « Tous Courts », le grand écran des films miniatures

    Il s’est imposé comme l’un des rendez-vous incontournables des cinéphiles. Pour sa 42e édition, le Festival Tous Courts, porté par l’Association des Rencontres Cinématographiques d’Aix-en-Provence, propose une programmation aussi dense que pluridisciplinaire, du 2 au 6 décembre.

    « International », riche de productions issues des quatre coins du monde, le festival « se déploie sur cinq jours et se tient dans cinq lieux : les cinémas aixois – Mazarin et Cézanne – l’Institut de l’image à l’École supérieure d’Art d’Aix-en-Provence, mais également à la Manufacture et au Onepoint », indiquent les organisateurs.

    L’ouverture des festivités, « porte d’entrée » du festival, est d’ailleurs prévue ce mardi. Les projections seront lancées dès 19h30 avec Timoura de Azedine Kasri, mais aussi An Irish Goodbye de Tom Berkeley et Ross White, ou Clean with Me (After Dark) de Gabrielle Stemmer, en présence des réalisateurs.

    Au total, 75 courts-métrages seront présentés : expérimentaux, internationaux, animés, documentaires et fictions. L’équipe met en avant trois grands axes. à commencer par une programmation « riche, variée et exigeante », jalonnée par deux compétitions, dont une internationale, des séquences cartes blanche, « coups de cœur », jeunes publics ou films en région. Deuxième priorité, la promotion européenne et la contribution à la « vitalité » du court-métrage par l’ouverture de « perspectives d’achat, de distribution et de diffusion pour les films inscrits en compétition ». Enfin, le dernier, et pas des moindres, la volonté d’une diffusion élargie, avec des séances dans le milieu scolaire et un panel d’actions tournées vers le public dit éloigné de la culture.

    Les réservations, sont à retrouver sur le site du festival. E.B.-G.

  • Migrant’scène, pour porter un autre discours sur les migrations

    Migrant’scène, pour porter un autre discours sur les migrations

    Prendre de la hauteur et remettre de l’humain au cœur de la question des migrations. Tel est le credo du festival Migrant’scène porté par la Cimade, qui revient à Béziers du 11 novembre au 12 décembre. « Il s’agit de lutter contre cet esprit nauséabond où l’immigré est porteur de tous les malheurs. On essaye d’aller à contre-courant de cette perception avec plusieurs événements pour prôner l’hospitalité, la richesse interculturelle et dénouer tout ce qui entraîne le rejet de l’autre avec des discours propageant la peur », détaille Jackie Bost, membre de la Cimade Béziers.

    Pour ce faire, plusieurs projections – suivies de débat en présence de membres des films ou des équipes de la Cimade – sont programmées. Loin des clichés xénophobes et racistes portés par l’extrême droite et une partie (de plus en plus importante) de la droite, le festival met en lumière plusieurs épisodes de la migration. Notamment Nouveau Monde, de Vincent Cappello, qui revient sur l’arrivée d’un jeune réfugié afghan à Paris cherchant un travail pour envoyer de l’argent à sa mère (10.12 à Béziers et une séance unique à Bédarieux le 16 novembre).

    Un film sur les CRA

    Ou encore, Les astres immobiles, dessin animé de Noémi Gruner et Séréna Picques, où l’on suit le quotidien de Chengdua, 9 ans, sollicitée par ses parents comme traductrice (17.11 à 14h30). Car la migration ne se résume pas à la traversée de la Méditerranée. En ce sens, le documentaire Outrepasser d’Elsa Putelat et Nicolas Dupuis s’arrête sur la frontière franco-espagnole (12.12, 16h30). « On voulait faire le parallèle avec la guerre civile espagnole où des réfugiés arrivaient en France en passant la frontière, vue comme un espace de liberté, sans se poser de questions. Aujourd’hui, quand on traverse le Perthus, on est soumis aux contrôles permanents, l’accord de Schengen est bafoué », soupire Jackie Bost.

    Un parcours semé d’embûches dont le calvaire ne prend pas fin une fois arrivé dans le pays d’exil. En effet, nombre de personnes peuvent être enfermées dans des Centre de rétention administrative (CRA). Un sujet au cœur du documentaire d’Annick Redolfi, Devant – contrechamp de la rétention (03.12, 20h). « Ce film montre comment les familles attendent des heures dans des conditions parfois indignes quelqu’un que l’on a enfermé alors qu’il n’a rien commis, à part ne pas avoir de papiers. De ce problème administratif, on fait un contentieux, un délit, mais ce n’est pas du tout le cas. Parfois, cette situation est créée par l’État lui-même qui ne délivre pas dans les temps les documents nécessaires au titre de séjour », observe Jackie Bost. Les personnes se retrouvent alors avec une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) pouvant conduire à leur enfermement pendant plusieurs mois dans un CRA. À cela s’ajoute la dématérialisation des procédures, qui rend les démarches encore plus compliquées pour des personnes ne comprenant pas forcément le français.

    Les Biterrois sont on ne peut plus concernés par ce dernier film. En effet, l’édile d’extrême droite Robert Ménard s’est trouvé une lubie avec le projet d’un CRA dans la cité de Riquet – prévu pour 2027. Une occasion de plus pour l’adepte des plateaux télés de recracher son discours xénophobe, associant immigration et insécurité, repris en boucle par une grande partie de la sphère médiatique. « La migration est une richesse pour le pays et non une plaie. L’extrême droite est une frange de la politique française mais il y a tout un réseau associatif local qui montre une tolérance d’un large public, la solidarité existante. Mais tout ça est couvert par l’extrême droite, laissant croire le contraire. C’est une lutte permanente. »

    * Programme complet à retrouver sur migrantscene.org

  • [En immersion avec les jeunes de La Martine 4/4] Un film engagé pour mieux se raconter

    [En immersion avec les jeunes de La Martine 4/4] Un film engagé pour mieux se raconter

    « Ce film, il nous parle, c’est notre langage. » Dans la grande salle du centre social La Martine, ce matin-là, on vient de rallumer les lumières sous les applaudissements. Venus du centre social La Provence à Aix-en-Provence, une dizaine d’ados ont rejoint ceux du secteur jeunes pour la projection du second volet d’Adosblessang, un court-métrage d’une trentaine de minutes, imaginé, réalisé et monté en quatre mois à peine. Un projet financé notamment par la politique de la Ville.

    Après un premier épisode sur le harcèlement, c’est sur le phénomène des rixes entre bandes des cités que Yassine, Maïssa, Iqbal, Zakary ou Soulayman ont travaillé, cette année. « Malaza [animateur, Ndlr.] nous a proposé un squelette de scénario, on l’a modifié au fur et à mesure des réunions et puis on a tourné en une semaine », explique Yassine à la petite assemblée. Les contacts d’Amel, une des animatrices, ont permis d’assurer les décors in situ dans plusieurs cités, dont celle d’Air Bel (11e). Tirs de mortier, bagarres en gros plan, blessure sanguinolente, tout y est. La BO, percutante, a aussi fait son office. Là encore, c’est du fait maison. Les jeunes de La Martine sont allés enregistrer leurs textes en studio, toujours grâce à Malaza, qui a également des contacts dans le milieu artistique. Des beatmakers connus, « comme celui qui fait les instrus de Jul », ont filé la main. Le tout assemblé provoque un réalisme saisissant qui a frappé les jeunes spectateurs.

    Un projet aussi pour

    les générations futures

    « Les rixes, on y est souvent confrontés. Des embrouilles entre jeunes, il y en a plein, avec les collègues puis les collègues des collègues », assure Zayan. « Que ce soit à Marseille, Aubagne ou Marignane », ajoute Yassine. Pour lui, il s’agit de « sensibiliser les jeunes à ne pas faire ça, montrer aussi ce que l’on a dans la tête ». Les petits Aixois acquiescent. « Le contenu, les images, c’est super, c’est bien fait et puis c’est adapté à nos âges », estiment une partie d’entre eux. Leur animateur se dit « bluffé ». « On a fait des courts métrages, nous aussi, mais moins long, là c’est poussé », commente-t-il.

    Pour Malaza, ce projet, dont il est un peu l’initiateur, doit surtout servir aux prochaines générations. « Et après, et après, et après », déroule-t-il, se félicitant d’avoir réussi à réunir des « grands, petits, moyens » et « des familles aussi qui ont accepté de jouer dedans ». Surtout, certains se sont découvert des capacités. « J’aime bien faire l’acteur », reconnaît sans ambages Najdine, « et puis cela nous ouvre des portes, on peut le mettre sur le CV et cela nous aide aussi pour la vie de tous les jours ». Lui qui « avait du mal à parler », s’est « débloqué ».

    Tous se disent fiers de leur réalisation et de pouvoir la partager. Mieux, d’autres ont même été repérés par le milieu du cinéma et ont passé des castings.

    Il y a aussi ceux qui ont tout juste essayé, n’ont pas été jusqu’au bout et c’est bien là l’essentiel : donner à tous la possibilité de participer. Ce sera le cas pour un troisième volet, déjà dans les tuyaux, prévu pour 2026.

    Fidèle à lui-même, Kader, coordinateur du secteur jeunesse, voudrait aller encore plus loin, en rassemblant les trois films au sein d’une mallette pédagogique. « Pour aller les projeter dans toute la France pendant les vacances scolaires », précise-t-il.

    Des colis solidaires

    « Tous les mois, on prépare les colis, les gens paient 2 euros et viennent les chercher. C’est l’occasion de se parler. » Najdine, Soulayman, Iqbal et Yassine participent à l’initiative mise en place il y a 2 ans avec le Secours populaire. Une animatrice, Amel, les a aidés. « Cela fait du bien… De faire du bien », résume Soulayman. Mieux, les ados sont allés défendre leur projet auprès de la CAF et obtenu 5 000 euros pour financer, entre autres, l’achat de trottinettes électriques et livrer ceux qui ne peuvent pas venir.