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  • La pistache, une filière d’avenir en Provence

    La pistache, une filière d’avenir en Provence

    À quelques mètres du Vieux-Port, une odeur singulière flotte dans une nouvelle boutique de la rue Pythéas. Depuis le 25 juillet, la Maison de la Pistache a ouvert, dans un espace entièrement consacré au petit fruit vert. À l’entrée, un torréfacteur diffuse des effluves de pistaches chauffées à 135 degrés. À côté, une grande carte présente les 160 variétés du fruit présentes dans le monde. « On en importe d’Iran, de Sicile, de Grèce et d’Espagne », précise Béatrice Loncle, responsable de la boutique.

    Nature, en coque, décortiquée, en poudre ou en pâte, le fruit est décliné sous toutes ses formes. « On choisit celles qui ont une AOP, avec un ramassage et un séchage faits à la main. La pistache, c’est comme le vin, il y a des grands crus », insiste-t-elle.

    L’objectif est aussi de faire connaître une filière en pleine renaissance : celle de la pistache provençale, lancée en 2018 sur le plateau de Valensole, après sa disparition progressive au XXe siècle. C’est d’ailleurs là que la première boutique de la marque a ouvert. « Ça fait sens pour nous de mailler notre présence en Provence, parce que le but est d’être proche de la filière, de là où les pistaches vont être récoltées », explique Guillaume de Foucault, directeur général de la Maison de la Pistache.

    80 producteurs

    en Provence

    Pour l’instant, les pistaches commercialisées ne sont pas encore produites en Provence. « Les premières plantations datent de 2021 et il faut six ans pour être capable d’avoir un fruit et le récolter », rappelle-t-il.

    La filière se structure progressivement. Selon Benoît Dufay, coordinateur technique du syndicat France Pistache, elle compte aujourd’hui 160 producteurs adhérents, dont 80 en Provence, pour 300 à 350 hectares plantés dans la région, sur les 600 recensés en France.

    La relance de la filière bénéficie du soutien de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre d’un plan lancé en 2023. « Il y a un axe d’aide à la plantation pour les agriculteurs avec une partie des frais de plantation prise en charge par la région. On nous accompagne sur des prestations de recherche qu’on met en place pour valider des modèles de culture », indique Benoît Dufay.

    D’après l’agronome, cette renaissance est le fruit d’un marché en pleine expansion. « C’est une culture sur laquelle on a un vrai débouché. On observe des augmentations de consommation importantes en France. Il y a un réel besoin pour trouver de la pistache française », souligne-t-il.

    Un engouement renforcé ces dernières années par le phénomène des recettes venues de Dubaï, largement relayées sur les réseaux sociaux. « L’effet de mode n’est pas redescendu. Aujourd’hui, il n’y a pas un pâtissier, un boulanger ou un chef qui ne propose pas une pâtisserie à la pistache », observe Guillaume de Foucault.

    Le retour en force du pistachier s’explique également par son adaptation au changement climatique. « C’est un arbre qui a toutes les armes pour résister au chaud, aux sécheresses et en même temps au froid. Et il a des besoins en eau très faibles », détaille Benoît Dufay. Une qualité qui séduit des agriculteurs, notamment des viticulteurs à la recherche de diversification. « Le pistachier est un bon candidat parce qu’il a besoin de terrains qui sont à peu près les mêmes que la vigne », ajoute-t-il.

    Reste à construire un modèle économique durable pour les producteurs. « Tous ceux qui plantent aujourd’hui savent qu’ils sont pionniers », assure-t-il. La filière vise, à terme, une production annuelle de 2 000 à 3 000 tonnes de pistaches françaises d’ici 2035.

    Cette année déjà marque un premier tournant : « Jusqu’ici on avait produit 200 kg en tout, et là on s’attend cette année à avoir entre deux ou trois tonnes de pistaches », conclut Benoît Dufay.

  • La filière éolienne se structure, le projet DEOS se clarifie à Fos-sur-Mer

    La filière éolienne se structure, le projet DEOS se clarifie à Fos-sur-Mer

    Lors du bilan du premier semestre du Grand Port maritime de Marseille-Fos (GPMM), le 10 juillet, Hervé Martel avait prévenu : « L’éolien est une filière qui se structure, avec un jeu d’acteurs privés, français et internationaux, et un marché qui se clarifie au fil des décisions. (…) Ils y voient clair sur leur marché, on y voit clair sur nos subventions, on signe un contrat et on démarre [le projet DEOS, Développement de l’éolien offshore, Ndlr]. » Deux jours plus tard, l’institution portuaire clôturait son appel à manifestation pour trouver preneur, via une convention d’occupation temporaire, du foncier de 30 ha dans ses bassins ouest pour lancer l’aménagement de la plateforme début 2028.

    BW Ideol (concepteur de la fondation flottante en béton Damping Pool) et NGE (4e groupe français de BTP) annoncent s’être associés pour déposer leur candidature. L’accord signé prévoit un partenariat à parts égales dans Fos3F, qui vise à développer une ligne de fabrication en série dimensionnée pour produire environ 30 flotteurs par an, soit une capacité annuelle d’environ 500 MW. L’an dernier, 126 millions d’euros de financements publics avaient été sécurisés pour ce projet à 200 millions d’euros.

    Un moment clé

    Le président de BW Ideol souligne : « C’est une réponse souveraine aux besoins de la transition énergétique : des fondations conçues et fabriquées en France, à partir de matériaux sourcés localement, avec plus de 1 300 emplois directs à la clé pour le territoire. » Il rappelle : « Ce partenariat concrétise la création d’une nouvelle filière industrielle de fabrication en série de fondations flottantes, au moment où l’État lance avec l’AO10 le plus important appel d’offres jamais engagé pour l’éolien en mer. » L’attribution de l’appel d’offres, qui porte à plus de 5 GW le développement cumulé de l’éolien flottant en France dont 3,7 GW sur la façade méditerranéenne, devrait être connue d’ici le premier trimestre 2027.

    L’AO6, lui, a été remporté par Ocean Winds et Éoliennes Méditerranée Grand Large pour une capacité totale de 500 MW. La plateforme DEOS respecte son calendrier.

    Au total, 330 millions d’euros seront investis sur la zone Fos 3XL pour proposer une infrastructure, « un élément de la solution logistique » à l’opérateur choisi. Le ministre des Transports Philippe Tabarot a d’ores et déjà annoncé le concours de l’Ademe à hauteur de 82,3 millions d’euros. « On travaille à d’autres financements, notamment européens », avait précisé le président du directoire le 10 juillet.

  • Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté ce lundi matin l’offre de reprise des deux usine de pâte à papier Fibre Excellence portée par le financier Matthieu Pigasse, dont « les conditions suspensives ne sont pas levées » d’après une source syndicale. Une offre de reprise du site de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, a été déposée, tandis que le site de Tarascon et ses 270 emplois directs reste à ce stade menacé de liquidation judiciaire. Rassemblés devant la sous-préfecture d’Arles au même moment lundi matin, l’intersyndicale FO-CGT du site de Tarascon a renouvelé sa volonté de défendre les emplois et les outils industriels, notamment par l’occupation de l’usine depuis jeudi dernier.

  • [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    « Ma famille a vécu pendant la guerre parce qu’elle avait du petit épeautre, mon père n’avait que ça à manger parce que les Allemands prélevaient tout. Mais moi aujourd’hui, j’essaie de porter la voix du petit épeautre et des produits de qualités le plus loin possible » pose en préambule Sandrine Faucou, pétillante rousse qui avoue « ne pas s’être coiffée à la sortie de la douche ce matin » quand le moment de la photo est évoqué. Elle s’était tout d’abord tournée vers des études d’italien, avec pour objectif l’enseignement. De cette partie-là de sa vie, elle lance dans un éclat de rire : « Mangiare. »

    Si dans le cadre d’une agriculture vivrière, ses grands-parents cultivaient le petit épeautre, son père Aimé, dans les années 80 avec la mise en place de la politique agricole commune (PAC) marque un tournant avec un de ses collègues néo rural. Il décide de le protéger en enclenchant une démarche d’agriculture bio loin de l’agriculture productiviste des Trente glorieuses. « Au fil des années, il obtient l’indication géographique protégée, la fameuse IGP. C’était un pionnier », lance sa fille fiérote.

    Domiciliée dans le Luberon, côté Alpes-de-Haute-Provence, Sandrine précise : « C’est une zone où se croisent les quatre départements du Vaucluse, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Drôme. » Comprendre à environ 700 m d’altitude une terre aride, qui fleure bon le ciste et la bruyère, vous y êtes ? « J’ai compris très vite en ayant grandi à la campagne, que j’avais besoin d’être libre, d’être à l’extérieur, j’ai alors réorienté mes études vers un monde où je pourrais être mon propre patron, tout en profitant des paysages », commente-t-elle. Délaissant la fac de lettres, elle bifurque vers des études agricoles avec une spécialisation agriculture biologique. Démarre alors une nouvelle vie de conseillère agricole pendant 8 ans avant de s’installer en 2009 à la prise de retraite de son père. « À sa grande surprise, d’ailleurs. Mais au fond, je pense qu’il est fier. On naît agriculteur, mon père était un passionné, toujours à mes côtés », ponctue la productrice. La réalité du métier nécessite d’être très polyvalent, des travaux des champs, du semi à la moisson, en passant par la mécanique. « Sans oublier le décorticage, la transformation en farine par exemple, et la commercialisation », complète-t-elle.

    Appelé espeouto en provençal, le Petit Épeautre, aussi connu sous le nom d’engrain est un blé très ancien vieux de près de 12 000 ans qui demande peu d’eau.

    Histoire et humilité

    Aujourd’hui il est redécouvert et apprécié pour sa grande digestibilité due à son faible taux de gluten. L’agricultrice détaille son métier : « Le petit épeautre se moissonne, mais reste dans une enveloppe protectrice. Il est stocké au fur et à mesure. Tous les mois, je décortique, je trie et j’ensache de sorte que mon produit soit au plus près du moment où il est mis sur le marché pour une fraîcheur optimale. La farine se fait aussi au dernier moment. » Avec une ferme de 50 hectares dont 7 ou 15 hectares sont dédiés au petit épeautre, c’est un métier passion qui nécessite beaucoup d’investissement. « Moi, ce que j’aime, c’est toucher mon produit, la relation charnelle avec lui. En bouche, il faut qu’il soit comme le chocolat ferme et fondant à la fois. J’essaie de faire du mieux que je peux avec la terre, pour donner le meilleur de moi-même au consommateur. C’est comme l’éducation des enfants, on les confie qu’à des gens avec qui on sait qu’ils sont en confiance. J’essaie de porter la voix du petit épeautre le plus loin possible. »

    La génération de Sandrine a créé et développé les magasins de producteurs, se regrouper a sécurisé les ventes. Mais le climat change. En Provence, on dit Eici l’aigo es d’or [ici, l’eau est d’or]. Les pluies se raréfient, et sont en même temps plus denses. « Je n’ai pas d’eau du tout. On doit rester vigilant mais aussi évoluer. Par exemple, je fais un peu de lentilles, mais si l’année s’annonce très sèche, je choisis autre chose car je sais qu’elles vont griller. On se pose des questions sur les variétés à implanter, la conduite à avoir. Il faut garder de l’humilité. »

    Et de conclure : « Je sais le poids de l’effort du producteur pour avoir un beau produit et le prix à payer pour atteindre l’excellence. C’est sans doute en ça que je rends à ma famille et au monde agricole ce que j’en retire d’un autre côté ».

    Filière indication géographique protégée (IGP)

    Ce signe officiel d’identification de la qualité et l’origine du produit est un signe Européen. Il garantit qu’au moins une étape clé de la production est réalisée d’une zone géographique délimitée. Le produit doit être ancré dans l’historique de son territoire et ses particularités sont liées à un savoir-faire traditionnel et local.

  • Jean-Pierre Farandou : « Déployer le modèle de la feuille de route de l’industrie de Défense dans tous les secteurs où c’est nécessaire »

    Jean-Pierre Farandou : « Déployer le modèle de la feuille de route de l’industrie de Défense dans tous les secteurs où c’est nécessaire »

    La Marseillaise : Vous venez de signer une feuille de route visant à accompagner le développement industriel de la filière défense dans le Var. Ce modèle est voué à être répliqué ailleurs et dans d’autres domaines ?

    Jean-Pierre Farandou : Oui, l’objectif est de vérifier que les grands secteurs industriels souverains de notre pays disposent des salariés et des compétences nécessaires. On sait, par exemple, que dans la défense, il y aura énormément de commandes qui vont arriver. C’est 10 000 emplois à créer d’ici 2030. Et ce modèle-là, je m’apprête à le déployer partout en France où ce sera nécessaire. Ce sera la même chose dans le nucléaire, autour de l’énergie. Donc il faut s’organiser. Bien sûr, il y a déjà des filières qui existent, des formations. On voit bien qu’on a un saut quantitatif à faire. Et donc, j’ai voulu m’assurer que les industriels auraient bien les salariés nécessaires à cela. Et ensuite, on vérifiera que sur le territoire, on s’organise, et il faut le faire au niveau local.

    Quels vont être les acteurs
    à mobiliser et les grands enjeux pour organiser au mieux
    cette filière
     ?

    J.-P. F. : On mise sur la formation, les élus locaux, les industriels, l’éducation nationale, d’abord pour exprimer les besoins, et vérifier si on dispose des ressources, si on a enclenché les bonnes formations. Il y a aussi des sujets connexes comme le logement. Par exemple, il faudra loger les militaires, tel que Madame la ministre des Armées l’a rappelé. Il faut aussi être capable d’attirer des gens qui vont venir. Et donc, il faudra pouvoir les loger. Il y a aussi la question des services publics à apporter, la mobilité… Et j’ai toute confiance dans la capacité des forces vives du Var pour être à la hauteur des enjeux.

    Les liens avec les entreprises industrielles sont-ils établis ? Comment se matérialisent-ils ?

    J.-P. F. : Oui, elles sont très présentes avec nous. C’est pour elles qu’on se mobilise, mais elles-mêmes nous aident, bien évidemment. Elles financent, à l’image de l’école d’ingénieurs dans laquelle on est aujourd’hui [lire encadré]. Tout le monde se tend la main.

    En sortant du cadre strictement varois, les épisodes de canicule sont de plus en plus fréquents. Des dispositions sont-elles prévues pour garantir les droits des travailleurs ?

    J.-P. F. : Depuis 2025 un décret chaleur impose aux entreprises de prendre des mesures pour protéger leurs salariés en cas de chaleurs intenses : aménagement des horaires de travail, adaptation des postes et des lieux de travail, mise à disposition d’eau fraîche, augmentation des temps de pauses… Dès le 22 mai, afin de m’assurer, que les mesures de protection étaient bien prises, j’ai demandé à renforcer les contrôles de l’inspection du travail. Nous en sommes déjà à plus de 4 500 contrôles, soit plus que l’ensemble des contrôles réalisés en 2024 sur la période estivale. 430 mises en demeure ont été prononcées. Je rappelle que les employeurs peuvent être sanctionnés par une amende de 10 000 euros par salarié concerné. J’ai également invité les préfets des départements en vigilance rouge à arrêter les chantiers de 13 h à 21 h s’ils estiment que la situation locale l’exige, c’est une première en France. Enfin j’ai convoqué la semaine dernière les plateformes de livraisons et les représentants des livreurs pour qu’ils prennent des mesures concrètes de protection, et les plateformes ont pris la décision de suspendre les livraisons entre 14 h et 18 h pour les départements en vigilance rouge canicule. J’appelle également les restaurants à faire preuve de solidarité avec les livreurs en leur permettant l’accès à l’eau et à des espaces de fraîcheur. Dès aujourd’hui, le Premier ministre a activé le tout nouveau plan ORSEC « Chaleurs extrêmes », qui vient renforcer la réponse et la coordination des moyens face aux fortes chaleurs, sur l’ensemble u territoire.

    Le 27 juillet aura lieu l’audience de reprise de l’entreprise Fibre Excellence. L’Élysée a assuré qu’une solution serait trouvée pour lever les conditions suspensives. Qu’en est-il ?

    J.-P. F. : C’est un dossier particulièrement suivi par le gouvernement puisque plus de 600 emplois [directs] sont en jeu. Depuis 2020, l’État a soutenu l’entreprise avec près de 100 millions d’euros investis et est prêt à mobiliser 150 millions supplémentaires. En ce qui concerne le volet social du dossier, j’ai décidé d’enclencher le dispositif d’activité partielle de manière dérogatoire depuis le mois d’avril pour préserver les compétences et les chances de reprise. Cette mesure coûte presque 1 million€ par mois. À ce stade, l’investisseur potentiel évoque une participation de 5 millions et demande une mobilisation de l’État supplémentaire de 80 millions. Le projet de reprise doit reposer sur un modèle économique solide, et financé notamment par des fonds privés. Nous serons très attentifs à l’évolution de la situation dans les prochaines semaines.

    Dans la région, en été,
    les travailleurs saisonniers
    sont souvent confrontés
    à des difficultés de logement.
    Le ministre du Logement
    a soumis l’idée de créer
    des résidences emploi
    . Est-ce un
    dossier sur lequel vous travaillez ?

    J.-P. F. : On travaille avec Vincent Jeanbrun puisque la difficulté d’accès au logement est un des principaux freins à l’emploi. Cela concerne les saisonniers mais aussi les jeunes ou les salariés en reconversion. Des solutions peuvent être élaborées dans les territoires concernés. Je pense à Saint-Nazaire où le préfet de Loire-Atlantique a accompagné la création d’une foncière logement avec les collectivités et les entreprises, pour créer 300 logements afin d’accueillir les salariés des chantiers navals. Pour les travailleurs saisonniers je suis pleinement mobilisé pour favoriser des solutions d’hébergement en dur. En lien avec le ministère de l’agriculture, j’ai décidé de lancer un groupe de travail interministériel avec les partenaires sociaux du secteur agricole pour répondre au sujet de l’hébergement pour les saisonniers du secteur.

  • Un guide pour accompagner les projets agritouristiques dans le Var

    Un guide pour accompagner les projets agritouristiques dans le Var

    Dans un territoire marqué par l’agriculture, sur le littoral comme dans l’arrière-pays, l’agritourisme représente un levier de diversification essentiel pour les exploitations agricoles confrontées à des défis économiques et climatiques croissants. Un enjeu d’autant plus important dans le premier département touristique de France. Déjà doté d’une proportion d’exploitations engagées dans cette activité deux fois supérieure à la moyenne nationale, le Var entend structurer et renforcer cette dynamique.

    Une filière qui incarne « une alternative au tout plage et tout soleil », appuie le président (LR) du Département, Jean-Louis Masson, et qui permet de « faire découvrir le département dans son authenticité et ses spécificités, et représente un complément de revenu intéressant pour les agriculteurs ».

    C’est à cet égard que le Comité de pilotage « Agritourisme dans le Var », créé en 2025 et réunissant l’État, le conseil départemental du Var, la chambre d’agriculture du Var, l’Agence de développement Touristique (ADT) Var tourisme et les représentants des filières, lance un guide d’accompagnement des projets agritouristiques. « Le diagnostic de la chambre d’agriculture montre une volonté de développer l’activité agritouristique. 180 agriculteurs ont émis ce désir », affirme Guillaume Décard, président de Var Tourisme.

    Une simplification des lois attendue

    Ce guide, voué à être réactualisé avec les retours d’expérience, affiche une triple vocation : faciliter l’accès aux règles d’urbanisme pour les exploitants, qui ne sont pas forcément spécialistes en la matière ; ériger des règles communes entre élus, chambre d’agriculture et services de l’État pour que les projets soient lus avec les mêmes critères, et enfin, permettre aux exploitants d’identifier l’ensemble des volets à prendre en compte, sur le plan pratique (risques naturels…) comme légal.

    Sur ce dernier aspect, « nous attendons une loi de simplification », milite Sylvain Audemard, président de la chambre d’agriculture du Var, qui joue un rôle de « guichet unique » pour « orienter les exploitants dans leur projet ». Un texte voué à apporter plus de souplesse en matière d’urbanisme et de fiscalité, deux freins à l’expansion de l’activité agritouristique. « Dès lors qu’on est raisonnable sur les objectifs et qu’on ne transforme pas les exploitations agricoles en lieux touristiques, tout est conciliable à travers l’adaptation des textes nationaux », a répondu le préfet Simon Babre, laissant entendre que les services de l’État étaient ouverts à l’idée, mais pas à n’importe quel prix.

  • Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Les pales des trois immenses éoliennes de la ferme pilote « Provence grand large » sont visibles depuis la côte Saint-Louisienne. À l’horizon 2032, 12 à 19 nouvelles infrastructures flottantes seront mises en service un peu plus loin, à 25 km du rivage, pour une puissance installée comprise entre 230 MW et 280 MW, l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 450 000 habitants. C’est donc naturellement que les pouvoirs publics ont choisi la commune rhodanienne pour l’installation de l’Instance de concertation et de suivi de ce projet, ce lundi 29 juin. En décembre 2024, la société « Éoliennes Méditerranée Grand Large » a remporté l’appel d’offres n°6 pour assurer la conception, la construction et l’exploitation du premier parc commercial flottant de Méditerranée.

    Le maire, Martial Alvarez (DVD), souligne : « Nous sommes alignés sur la volonté d’accompagner cette nouvelle filière (…) pour assurer la souveraineté énergétique de la nation, mais nous sommes attachés à ce que puissent être mises en place des compensations. (…) On est sur un périmètre où on peut se dire : on nous a déjà préempté la terre avec la plus grosse zone industrialo-portuaire d’Europe, on est en train de nous enlever la mer, qu’est-ce qui va nous rester ? » Avec un enjeu particulier : celui de la pêche, qui représenterait localement entre 100 et 300 emplois. Un comité de liaison a été mis en place par EDF Power solutions pour « construire, anticiper les travaux et partager les résultats des études d’impacts » avec les acteurs du secteur.

    Chargée de projet, Amélie Cuba assure que l’énergéticien a à cœur de « travailler avec des acteurs du territoire sur des thématiques transverses, parce qu’on est sur des projets qui sont à l’interface en lien avec la question de la biodiversité, du tourisme, de l’emploi ». Dans le budget global d’un milliard d’euros environ, 5 millions d’euros seront alloués à ces actions. La filiale renouvelable d’EDF participe déjà au projet Fishwind, en partenariat avec l’organisation Sathoan (une coopérative de pêcheurs méditerranéens), sur la notion de co-activité de pêche et de récifs écoconçus destinés à être posés au sein des futurs parcs commerciaux.

  • Le centre français de recherche aérospatiale fête ses 80 ans

    Le centre français de recherche aérospatiale fête ses 80 ans

    Pour entrer dans l’enceinte du bâtiment Onera, il faut passer plusieurs niveaux de sécurité. D’abord, les barrières la base aérienne 701 de Salon-de-Provence, qui abrite l’École de l’air et de l’espace. C’est dans les 450 hectares de ce terrain militaire, proche des pistes, que se situent les locaux bien gardés de ce que le directeur du centre Paolo Gomes appelle « la Nasa française ».

    Le département des Bouches-du-Rhône a beau avoir une culture aérospatiale profondément ancrée – tant par son histoire, avec le premier vol en hydravion d’Henri Fabre au-dessus de l’étang de Berre, que par la présence de l’armée ou son économie, avec une filière bien implantée et des locomotives telles qu’Airbus Helicopters ou Dassault -, la présence du centre de recherche n’est connue que des initiés. Pourtant, cette année, cette entité qui compte huit sites répartis dans l’Hexagone fête ses 80 ans.

    L’importance

    des souffleries

    En 1946, l’Onera « nait des cendres de la guerre », suite à la fusion de plusieurs petits laboratoires aéronautiques. L’idée, derrière cette mutualisation : organiser la recherche à l’échelle nationale. « On ne voulait pas prendre de retard par rapport à nos alliés, au premier rang desquels les États-Unis et la Russie », raconte Paolo Gomes. La découverte d’une soufflerie allemande en Savoie, véritable prise de guerre, est le second fait marquant de la création du centre français de recherche aérospatiale.

    Aujourd’hui encore, ces souffleries, au nombre de 12, sont primordiales pour sa bonne santé. « On dit que quand les souffleries vont mal, l’Onera tousse », confie le directeur du site. Son collègue Jean-François Nouvel, directeur du rayonnement scientifique pour la région Paca précise : « Actuellement, tous les avions en opération sont passés dans nos souffleries, du Concorde aux fusées en passant par les Airbus. On a l’avantage d’avoir des installations qui couvrent toutes les gammes de vitesses. » En 2025, les prises de commandes ont atteint 60 millions d’euros, un record. Dans les années 1940, « les premiers efforts de recherches concernaient l’aérodynamique, la définition du dessin des nouveaux avions pour gagner en robustesse, en performance et en autonomie », retrace Jean-François Nouvel.

    Depuis, l’Onera multiplie les faits d’armes. Ses scientifiques ont par exemple travaillé sur les propulseurs, le design, l’entrée dans l’atmosphère d’Ariane. « L’une de nos cartes de visite, c’est nos modélisations sur les risques de foudroiement des fusées. On travaille aussi sur le givrage pendant le vol des avions, ce qui est aussi une niche. »

    Les spécialités salonaises

    Le centre de Salon-de-Provence, le seul installé sur une base militaire, est le plus récent de l’Onera. « On y est installés depuis 1992 », précise Paolo Gomes. L’unité dédiée au « facteur humain », créée en 2018, y occupe une grande place et son activité est en plein essor. De 5 chercheurs il y a 8 ans, elle est passée à 33 scientifiques, avec des métiers allant de neurophysiologistes à des électroniciens en passant par des mathématiciens et des informaticiens. Le directeur régional du rayonnement scientifique résume ses missions : « C’est l’ergonomie, comment on passe l’information de la machine vers l’équipage et inversement. »

    À la tête de l’équipe majoritaire du site, Jean-Christophe Sarrazin. Le responsable explique : « Nous avons une démarche expérimentale, en particulier autour de la thématique de l’autonomisation des systèmes, qui repose sur un ensemble de moyens qui permettent de maquetter des interfaces et un environnement qui immergent l’opérateur dans un scénario réaliste. » Parmi ces moyens, des simulateurs dernier cri, faits maison sur-mesure, dont un poste de pilotage d’avion type Airbus financé en interne à hauteur de 2 millions d’euros en 2020.

    L’unité achèvera en juillet le projet « Medieval », démarré il y a quatre ans sous l’égide de la Direction générale de l’aviation (DGA), en partenariat avec les armées. L’objectif : permettre d’opérer des drones depuis le cockpit d’un hélicoptère en développant des fonctions d’autonomie décisionnelle. L’interface créée sera intégrée aux futurs engins industriels.

    L’autre spécialité du centre salonais sont les capteurs radars. Deux « pods » ultra-compacts y ont été développés. « On travaille avec des PME pour les faire voler sur des drones à voilure fixe avec une autonomie et capacité de déploiement plus intéressantes pour des opérations que ce qu’on fait ici, qu’on appelle des preuves de concept », apprend Jean-François Nouvel. À l’Onera, le prototype de radar permet de faire des mesures de signature des véhicules « qui intéressent beaucoup la DGA » puisqu’elles aident à la détection automatique par ordinateur. Autant d’applications concrètes issues d’une recherche discrète, mais décisive pour l’avenir de l’aérospatial.

  • [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    La Marseillaise : L’arrivée de Matthieu Pigasse est une première victoire mais il y a toujours urgence ?

    Carlos Tunon : Il va falloir approfondir pour transformer cette lettre d’intention en reprise ferme. Mais on a déjoué le scénario prévu, qui était la mise en liquidation des entités, ça nous a été confirmé. « Prévu » par un certain nombre de personnes, dont le Ciri, le comité interministériel de restructuration industrielle.

    Sophie Binet explique que le Ciri
    a soufflé le chaud et le froid, comment analysez-vous la position du gouvernement ?

    C.T. : Depuis un certain temps, quand on fait des rencontres à Bercy, ils essaient de nous rassurer. Mais le lendemain, il y a des déclarations où il est dit quasiment l’inverse de ce qui était raconté la veille. C’est forcément difficile d’avancer avec cette façon de faire.

    Ça reflète la politique industrielle menée depuis deux mandats ?

    C.T. : Tout à fait. L’impression qu’on a, c’est que le Ciri n’est pas en capacité de prendre de certaines décisions alors qu’il devrait. Idem pour le Premier ministre et le ministre de l’industrie. Un exemple : la réintégration de l’usine de Saint-Gaudens dans les quotas carbone [Marché des quotas carbone européens, ndlr]. C’est une décision qui dépend de l’État mais elle n’est pas prise. Alors que c’est seulement une application des textes de loi et qu’il n’y a pas de difficultés particulières.

    Outre les quotas carbone, il y a d’autres « conditions suspensives » qui dépendent de l’État…

    C.T : L’État doit s’engager clairement et lever de ces conditions suspensives. Outre les quotas carbone, il y a la fameuse question du prix de revente du mégawatheure. Aujourd’hui, la formule de calcul n’est pas très claire et il faut que l’État éclaircisse cette question. Pour l’approvisionnement en bois, autre condition suspensive, c’est pareil : il n’y a pas l’application d’une directive européenne qui permettrait une restructuration de la filière avec une priorisation des utilisations des bois pour ainsi fournir plus de volumes pour les fabricants de pâte à papier. On voit là l’échec de la politique de soi-disant réindustrialisation de l’État. À une époque, l’État nous avait assuré que si l’on trouvait un investisseur fiable, il mettrait tout en place pour aider à la reprise. Il va devoir passer des paroles aux actes. Surtout au regard des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises qui profitent beaucoup aux multinationales et aux grands groupes.

    Justement, l’ancien actionnaire indonésien de Fibre Excellence
    a eu un soutien financier public…

    C.T. : Il a largement bénéficié d’argent public et il a bénéficié d’effacements de dettes, notamment en 2022 quand il avait mis Tarascon en redressement judiciaire. De mémoire, on était autour des 170 millions d’euros, payés par l’état et donc les contribuables.

    Vous portiez l’idée d’une nationalisation, comment passe-t-on de cette proposition à un soutien d’un investisseur privé ?

    C.T. : On portait l’idée d’une nationalisation temporaire pour avoir du temps pour trouver des investisseurs et pouvoir travailler avec eux, sur un projet pérenne. Avec l’arrivée de Matthieu Pigasse, on peut s’exonérer de ce sujet là pour l’instant. Mais si l’État souhaite entrer au capital, pourquoi pas ? Il y a déjà les régions.

    Quel impact sur la filière si Fibre Excellence disparaît ?

    C.T. : En France, on dépense 1 milliard d’euros pour acheter de la pâte à papier dans d’autres pays, en comptant la production de Fibre Excellence. Cela veut bien dire qu’il y a un marché pour ce produit sur le territoire. Si l’entreprise disparaît, on doublerait cette somme pour acheter ailleurs. Le déficit serait énorme, la balance commerciale ne s’arrangerait pas et cela poserait des questions de dépendance. Quand on voit la situation géopolitique actuelle, en cas de blocage, on peut se retrouver sans pâte à papier. Reconstruire une capacité industrielle comme celle de Fibre Excellence, c’est un coût astronomique et prendrait des dizaines d’années. Refaire l’usine de Saint-Gaudens, c’est environ 1 milliard d’euros.

  • Sophie Binet et Carole Delga somment l’État d’agir pour sauver Fibre Excellence

    Sophie Binet et Carole Delga somment l’État d’agir pour sauver Fibre Excellence

    « Nous avons déplacé des montagnes. » Au pied des Pyrénées, dans l’usine de pâte à papier Fibre Excellence à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), Sophie Binet affiche sa satisfaction quant à la récente évolution positive du dossier. « Grâce à la combativité des salariés, nous avons réussi à trouver un investisseur qui souhaite la pérennité des sites », martèle la secrétaire générale de la CGT, aux côtés de Carole Delga (PS), présidente de la Région Occitanie, et des représentants des salariés.

    Une référence à l’arrivée de Matthieu Pigasse, banquier d’affaires, en soutien à l’unique offre de reprise pour sauver l’entreprise en redressement judiciaire (lire nos articles du 18/06). D’où le message emprunt de combativité de Sophie Binet : « Ces victoires nous permettent de déjouer le scénario que les vautours avaient organisé dans notre dos. Le scénario prévu était la liquidation. Maintenant, nous allons pouvoir construire un projet d’avenir pour les trois papeteries », développe-t-elle, citant les sites de Tarascon et de La Chapelle-Darblay (Seine-Maritime).

    Reste toutefois de sérieux points d’interrogation pour que le sauvetage de Fibre Excellence se déroule sans accroc : la position du gouvernement et le rôle de l’État dans le dossier. Car ce sont bien leurs actions qui peuvent, ou pas, « lever des conditions suspensives » dont dépend l’avenir de l’entreprise. Sophie Binet cite plusieurs « enjeux » liés à une intervention étatique et qui sont une question de survie pour l’entreprise. Parmi eux, une « révision du prix de rachat de l’électricité produite sur les sites » ou encore « garantir un approvisionnement en bois » à des prix raisonnables. C’est sur ce dernier point que la secrétaire générale tape du poing sur la table : « Les difficultés sont essentiellement dues à la désorganisation de l’approvisionnement en bois. L’État refuse d’organiser cette filière, nous lui demandons solennellement d’y remettre de l’ordre. »

    « Trois semaines pour corriger le tir »

    Autre demande formulée par Sophie Binet et Carole Delga : « Nous demandons au ministre de l’Industrie une table ronde avec l’investisseur, les porteurs du projet, les élus, l’intersyndicale. » En clair, si Matthieu Pigasse « s’est positionné sur un ticket d’entrée », comme le résume Sophie Binet, « la question reste bien les conditions suspensives ». « Pour faire les investissements, nous avons besoin que le marché du bois ne soit pas déséquilibré comme il est aujourd’hui », prend-elle pour exemple. Avant d’insister : « La balle est dans le camp du gouvernement. Nous avons besoin que l’État soit au rendez-vous. »

    D’autant que cela n’a pas vraiment été le cas depuis le début des difficultés de Fibre Excellence : « À ce stade, le ministre se contente à dire qu’il peut accorder des prêts garantis par l’État. Même quand on a un investisseur, les portes ne s’ouvrent pas en grand… Ça interroge. Si les usines ne sont pas sauvées, il y aura un seul responsable : l’État. Ça se paiera très cher. Il reste trois semaines pour corriger le tir. »