Tag: Féministes

  • La place des femmes en débat au centre Velten

    La place des femmes en débat au centre Velten

    Le collectif Forum Femmes Méditerranée, né en 1993 suite à la première Rencontre internationale des femmes de la Méditerranée, œuvre au quotidien pour le droit des femmes et lutte contre toutes les formes de violences.

    « Nous menons ce combat à l’échelle internationale, nationale, mais aussi par du concret, sur le terrain », lance Esther Fouchier, présidente de l’association, lors du débat organisé vendredi.

    Hommage à Yvette Roudy

    Pendant cette discussion, il a été question du rapport produit en 2025 par l’association, intitulé Femmes de Méditerranée : Entre résistances et stratégies de pouvoirs. La présidente, ainsi que Martine Levy et Françoise Morvan, membres du conseil d’administration, ont pu présenter un résumé de ce qui se veut être un bilan de l’évolution de la condition des femmes méditerranéennes, trente ans après la conférence euroméditerranéenne de Barcelone de 1995.

    Toutes les trois constatent encore des inégalités importantes et persistantes, notamment au sujet de la propriété, de l’héritage et des droits sexuels et reproductifs. « Dans le Pacte pour la Méditerranée, un seul mot cite les femmes au détour d’une énumération. Et quand on ne nomme pas, on invisibilise », rappelle Esther Fouchier.

    La présidente a conclu cette discussion avec un hommage à Yvette Roudy, première femme ministre du Droit des femmes. « Elle a fait passer le féminisme du militantisme à la politique publique », scande Martine Levy, en rappelant les importantes conquêtes sociales de l’ancienne ministre.

    Une autre journée d’animations est prévue le 26 septembre au centre social Romain-Rolland de 13h30 à 19h.

  • [Entretien] Carole Orillard : « Le centre Eugénie-Cotton a une forte histoire féministe »

    [Entretien] Carole Orillard : « Le centre Eugénie-Cotton a une forte histoire féministe »

    Ses débuts dans l’animation sociale, il y a vingt ans, ont eu lieu au centre social Eugénie Cotton. Carole Orillard inscrit sa première rentrée comme directrice dans l’éducation populaire.

    La Marseillaise : À quoi sert un centre social en plein centre-ville ?

    Carole Orillard : C’est un lieu indispensable aux primo-arrivants, les « étrangers » qui viennent d’ailleurs que Martigues ou la France, et qui arrivent souvent dans le centre-ville. C’est une population plutôt en situation précaire, avec un fort besoin d’aide administrative, comme apprendre à connaître le territoire, ce qu’on structure depuis longtemps avec les centres sociaux. Il y a beaucoup d’habitats privés et une grande rotation dans les logements. On reçoit aussi les habitants de l’Île et du Grès, et globalement tous les Martégaux qui viennent trouver leur bonheur aussi. Car même si notre projet est fortement ancré dans notre micro-territoire, on échange de plus en plus entre quartiers, c’est une volonté que nous avons de favoriser la mixité et la mobilité des gens.

    Quelle a été votre première initiative comme directrice ?

    C.O. : Quand j’ai pris mes fonctions, j’ai tout de suite reçu des mamans du quartier du Grès, qui m’ont demandé un accompagnement scolaire pour les collégiens, sachant qu’on en faisait déjà pour l’école élémentaire. C’est aussi notre rôle d’accompagner les enfants à la réussite éducative. Je préfère ce terme car on ne se substitue pas aux profs, mais on a notre rôle à jouer dans l’acquisition des savoir-être, de la culture générale, en somme leur donner les outils qui font passerelle entre l’école et la vie quotidienne.

    Comme par exemple ?

    C.O. : Comme les séjours jeunes, qu’on fait camper. Il y a une grande part d’autofinancement réalisée par les jeunes, cela les responsabilise pour faire leurs courses et gagner en autonomie. Cette année, le groupe était âgé de 11 à 16 ans. On a vu une grande solidarité des grands avec les petits, pour le montage des tentes. En plus le thème de cette année est le voyage, dans l’imaginaire comme dans les parcours migratoires et tout ce qui s’y rapporte. Les enfants vont travailler sur le thème au musée Ziem. Penser nos activités au global contribue au sentiment d’appartenance et permet à chacun de partager ses connaissances, comme à l’atelier cuisine. On souhaite trouver un lieu qui puisse accueillir nos groupes pour l’année prochaine, d’une manière intergénérationnelle : mélanger jeunes et seniors par des temps communs. C’est tout ça l’esprit et les valeurs de l’éducation populaire.

    Ce centre porte le nom d’Eugénie Cotton, cela vous inspire-t-il ?

    C.O. : Le bâtiment du centre social appartenait autrefois à l’Union des femmes françaises [UFF, aujourd’hui Femmes solidaires, ndlr]. La première crèche de Martigues y a été créée par l’UFF par Marie-Louise Maître-Robert pour que les femmes puissent travailler, c’était déjà un pas vers l’émancipation. Ici, le droit des femmes, leur accompagnement, fait partie du centre social. Nous avons une forte histoire féministe dans laquelle je m’inscris.

  • Vite une loi contre les violences sexuelles

    Vite une loi contre les violences sexuelles

    Exigée depuis des années par les mouvements féministes et enfantistes, ce n’est que quand le pire arrive que le sujet d’une loi-cadre contre les violences sexuelles, sexistes et intrafamiliales est mis sur la table. Le 4 juin dernier, la France découvre l’histoire terrible de Lyhanna, violée et tuée par un homme qui avait déjà été signalé plusieurs fois pour agression sexuelle ou comportement inapproprié à l’encontre de mineures.

    Les défaillances au niveau de la police et de la justice ne manquent pas d’attiser l’indignation d’une grande partie de l’opinion publique. L’importance d’une loi intégrale pour tenter de faire face à ces violences et aux dysfonctionnements institutionnels revient alors au cœur des débats. Ce lundi, la proposition de loi a débuté son parcours parlementaire, déposée officiellement le 11 août 2026 par la députée socialiste de Seine-et-Marne Céline Thiébault-Martinez.

    L’objectif est d’apporter une réponse globale contre ces violences, que ce soit au niveau de la police, du pouvoir judiciaire, de la santé et de l’éducation. Elle prévoit notamment la formation des personnels de police, judiciaire et éducatif pour mieux recevoir la parole des victimes et la création d’une juridiction spéciale. Elle statue aussi sur un budget annuel de 3 milliards d’euros de 2027 à 2032 consacré à la lutte contre les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales.

    Mais le temps est compté. La demande de session extraordinaire a été abandonnée, repoussant l’examen du texte début octobre. Entre les débats sur la loi de finances et la présidentielle qui approchent, les partisans de la loi craignent qu’elle ne soit pas votée à temps.

  • La lutte féministe investit Terres de résistance

    La lutte féministe investit Terres de résistance

    « Nous avons choisi de débattre de la place des femmes dans ce milieu très masculin de la BD », explique la militante communiste Marianne Bocca à quelques jours de l’ouverture du festival Terres de résistance. Pour la première fois, le collectif féministe de la section de Martigues du PCF tiendra son propre stand au sein du village des assos, dès l’ouverture, vendredi à 18h, au jardin du Prieuré de Martigues.

    Le débat organisé par le collectif samedi à 18h30 rassemblera la libraire Laure Quentien, spécialisée en bandes dessinées, manga et jeux et gérante de l’Argonaute, Simona Gabrieli des Éditions Alifbata, ainsi que l’auteur de BD Yann Madé et l’autrice Lili Sohn. Ce n’est pas le fruit du hasard : « Le collectif féministe du PCF a eu l’opportunité de travailler avec l’Argonaute autour de la BD “La Belle de Mai” », détaille Marianne Bocca. « Cette BD retrace l’histoire des cigarettières de la Manufacture de tabac et nous l’avons montré au gré de nos actions. On a décidé de poursuivre notre combat pour l’émancipation des femmes en montrant aussi celui des autrices de BD », précise la militante, considérant que les femmes « doivent jouer des coudes pour percer » et sont « toujours moins connues que les auteurs », comme dans le reste du milieu culturel.

    « Ensemble contre

    le patriarcat »

    Outre ce débat, le collectif féministe rappellera son action pour la féminisation de l’espace public, proposition reprise par la Ville à de multiples occasions, ainsi que sa lutte pour une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles visant femmes et enfants.

    Les communistes se rendront, jeudi et vendredi matin, devant les lycées Langevin et Lurçat pour y distribuer le programme du festival. « C’est une manière de sensibiliser au combat féministe que nous menons », souligne Alain Graneli, également membre du collectif. « C’est une lutte des femmes et des hommes, ensemble », estime le militant, considérant que « lutter contre le patriarcat libérera aussi les hommes d’un poids et de la violence du masculinisme qui nous empêche d’exister ensemble ». Rendez-vous au Prieuré samedi, à 18h30.

  • [Tribune] Astérix au pays des discours identitaires

    [Tribune] Astérix au pays des discours identitaires

    Quels mots employer pour qualifier le discours d’ouverture de la Feria prononcé par Robert Ménard, le maire de Béziers : rétrograde ? Réactionnaire ? Masculiniste ? Prosélyte ? Grossier ? Xénophobe ? Beauf ? Ridicule ? Terrifiant serait sans doute plus approprié. On n’en finit pas en effet de s’étouffer en relisant cette entrée en matière de celui qui affiche une seule ambition : affirmer son pouvoir en flattant les obsessions de certains Français qu’il dit de souche.

    Ceci avec un ton de village gaulois assiégé. Assiégé par qui ? Ceux qui dénoncent le canon français et ses banquets aux relents racistes ? Sans doute, mais pas seulement. « On continuera à faire la fête », pourfend-il en Astérix méditerranéen. Comme si la Feria de Béziers était en quoi que ce soit menacée, comme s’il en était le gardien alors qu’elle a été créée par un socialiste, Jules Faigt, il y a 58 ans. Ses ennemis : ceux dont la vie est « grisâtre, réglementée ». Pour le coup, les réglementations ou plutôt les lois, il n’en a que faire. « la Vierge, la Sainte Vierge, continuera d’être portée en procession » psalmodie-t-il. « Ici je marie les gens qui sont en situation régulière et les OQTF on les renvoie chez eux », avance celui qui n’a aucun pouvoir en matière, si ce n’est celui de provoquer la Justice.

    Et pourquoi se gênerait-il, puisque préfète et sous-préfet ont assisté à la messe d’ouverture de la Feria aux côtés d’élus portant leur écharpe tricolore. La loi de 1905 fait évidemment partie des lois et des citoyens qu’il cible quand, élégamment, Robert Ménard assène : « Et tant pis si ça les emmerde », galvanisant ainsi la foule prête à partir au combat et les « jobards » de défenseurs de la laïcité. Comme il le fait depuis des années sur les chaînes Bolloré, Ménard lance ses flèches sans crainte d’être contredit contre les « sinistres animalistes », qui osent ne pas vouloir qu’on tue les toros, contre « les féministes à deux balles », particulièrement celles qui ont lancé MeToo : « On aime le corps des femmes, le regard des femmes, à notre façon… » Les dithyrambes publiées par « Boulevard Voltaire », feuille de chou proche de la droite identitaire créée notamment par les époux Ménard en 2012, en disent long sur l’idéologie déployée dans ce discours. « Devant une foule de festayres heureux d’être là, le maire de Béziers a tout assumé, tout revendiqué, tout mis sur la table. Les meilleurs moments de son discours, relayés par le Midi Libre – qui n’est pourtant pas un journal d’extrême droite – sont délicieux. » Et le plumitif de conclure : « Des édiles comme lui, dans le Sud, il y en a de plus en plus. Et il en faut de plus en plus. L’élection de 2027 portera aussi sur le mode de vie que nous voulons et les libertés que nous sommes prêts à défendre. » Ses idées rétrogrades, Robert Ménard en est tellement fier qu’elles s’affichent sur les murs de la ville, aux frais des contribuables. La palme revenant à celle-ci : « On aime la messe, on aime les femmes, on aime les toros, on aime les flics et vous ? » Fermez le ban ! Ménard a eu beau s’en défendre et donner des gages ici ou là à la droite, il est et reste un homme d’extrême droite qui se cache derrière un discours identitaire malheureusement pas toujours décelé par ceux qui l’entendent.

  • La lutte sociale se joue aussi sur les planches

    La lutte sociale se joue aussi sur les planches

    Comme chaque année depuis 18 ans désormais, le théâtre de la Bourse du Travail d’Avignon a, pendant le Festival, sa propre programmation. Six pièces sont ainsi à voir cette année dans l’enceinte d’une cinquantaine de places jusqu’au 25 juillet.

    « Ce lieu résonne à nouveau d’un sentiment de partage, de solidarité, d’échange et d’ouverture aux autres », lance ainsi Fred Laurent, directeur du théâtre et ex-secrétaire général de la CGT Vaucluse.

    Les journées, hors relâche les 6, 13 et 20 juillet, démarrent dès 11 heures avec Ça commence comme ça de la compagnie La Théière. Un seul-en-scène d’une heure sous la forme « d’une traversée sinueuse et passionnée des trésors littéraires qui peuplent la bibliothèque intérieure de l’autrice-personnage », explique la CGT. Suit à 13 heures Îles de la compagnie Le Chahut des Murmures. Une pièce où l’on suit la jeune Léo dans un voyage sur les traces de sa grand-mère, étudiante à la Sorbonne et militante féministe en plein printemps 1968. Un spectacle « qui fait dialoguer luttes féministes, utopies collectives et transmission entre générations ». À 15 heures, Ulysse à Gaza du Bar de la Poste prend le relais. On y suit un prisonnier attrapé en pleine mer alors qu’il voulait forcer le blocus sur la bande de Gaza pour aller enseigner la littérature russe aux habitants. À 17 heures, le seul-en-scène Misérables de la compagnie Franche Connexion nous emmène au XIXe siècle et dans l’épopée de Jean Valjean, Javert, Fantine ou encore Cosette. Puis Giono, la nuit, la lumière innove avec, les jours pairs, une pièce sur les écrits sur la guerre du Manosquin, et les jours impairs, sur les paysages de ses œuvres. Et, pour conclure en musique, Rendez-vous avec Serge Reggiani à 21 heures. Tandis que les cheminots du syndicat tiennent aussi une salle au théâtre des Rotondes, en extra-muros.

    Les valeurs

    L’occasion pour Fred Laurent de rappeler que « les attaques vont bon train sur notre protection sociale » et que « le monde de la culture n’y échappe pas. » Et explique souhaiter « pérenniser cette démarche » afin de « relever les défis d’un monde qui a bien changé avec l’aggravation des inégalités sociales qui a conduit à péjorer l’épanouissement culturel de nombreux salariés. » Des menaces qui risquent de s’aggraver « avec la montée des extrêmes droites et l’arrivée probable du RN au pouvoir » regrette-t-il.

  • [Entretien] Julie Bonato Dallet : « Le féminisme, c’est la remise en cause d’un système de dominations »

    [Entretien] Julie Bonato Dallet : « Le féminisme, c’est la remise en cause d’un système de dominations »

    La Marseillaise : À peine élue présidente, l’actualité est marquée par des violences faites aux femmes et aux enfants. Comment l’affrontez-vous ?

    Julie Bonato Dallet : Ces violences trahissent un système de domination. Le patriarcat, qui en découle, crée ces violences dont nous parlons un peu plus depuis #MeToo. Il faut aussi noter que le système juridique n’aide pas les enfants et les mères protectrices. Il y a de quoi être en colère quand Emmanuel Macron parlait de grande cause nationale et qu’en réalité la parole est toujours écrasée. J’espère que nous sommes à un point d’étape de la mobilisation. Avec notre coalition locale, composée d’Osez le féminisme ! et de Femmes souveraines, nous allons passer l’été avant de reprendre de plus belle à la rentrée, avec l’appel à la grève du 7 septembre, dans la lignée des manifestations du lundi au tribunal de Tarascon, et pour préparer l’examen de la loi globale promise par la présidente de l’Assemblée nationale.

    Quel est le rôle de Femmes solidaires dans ce combat ?

    J.B.D. : Nous sommes une association populaire qui inclut la lutte des classes dans sa lutte contre les dominations. L’un ne va pas sans l’autre car, en leur absence, nous resterions dans un système de domination. Je me retrouve dans cette association justement pour ce message politique assez fort. Femmes solidaires est née de l’Union des femmes françaises (UFF), créée dans l’après-guerre par des femmes résistantes, dont certaines étaient communistes. Leur leitmotiv était : plus jamais la guerre, plus jamais le fascisme. Nous avons d’ailleurs fêté les 80 ans de l’association l’année dernière. Cela me touche d’être dans la lignée de leurs grands combats.

    Il y a pourtant des femmes d’extrême droite qui se revendiquent féministes. Est-ce un combat commun ?

    J.B.D. : Ce sont des impostures ! Ces mêmes femmes d’extrême droite, dont celles de la mouvance tradwife [mouvement prônant le retour d’un rôle de la femme au foyer, Ndlr.], partagent des messages d’enfermement en mettant de côté tous les autres combats. Ce sont souvent des petites bourgeoises d’un bon niveau social, blanches… La femme de Charlie Kirk en est un exemple, à travers ses discours prônant le fait de s’occuper de son mari et de ses enfants. C’est à contre-courant de nos combats. Il y a une bataille culturelle avec les fémonationalistes. Une maman m’a récemment dit qu’elle s’identifiait à Némésis [collectif d’extrême droite qui se revendique féministe, Ndlr.]. Ces mouvements arrivent à faire croire que leur courant de pensée va dans le sens de nos batailles en mettant systématiquement en avant la nationalité d’un violeur, quand il est racisé, au lieu de dénoncer le patriarcat comme système de domination.

    Comment combattre ces idées ?

    J.B.-D. : La loi intégrale que nous voulons comporte ce versant de prévention scolaire. En tant qu’association, nous pouvons sensibiliser les jeunes à la vie affective, au consentement, aux dangers du masculinisme. Expliquer aussi que le masculin ne l’a pas toujours emporté en français. Ça ne semble pas évident, mais c’est aussi une violence sexiste. Ma fille de 10 ans était scandalisée quand on lui a appris : « Et pourquoi, en fait ? » La féminisation des noms de rues et des métiers permet aussi aux jeunes filles de s’identifier, d’avoir plus d’ambition, de pouvoir se projeter… Lors d’une conférence, une neurophysicienne nous a expliqué qu’à partir d’études sur la perception des couleurs, on détermine que la perception que l’on a du monde influe sur notre capacité à nous projeter. On peut en déduire que la perception d’un métier comme masculin influe sur la légitimité des filles à le faire. Cela fait partie de nos combats.

    Les réactions des hommes sont très diverses face à votre lutte. Quel est votre message à leur égard ?

    J.B.D. : Le féminisme n’exclut pas les hommes, ils peuvent nous soutenir. La société patriarcale impacte les femmes, les hommes, et ils sont aussi parfois victimes de cette société quelque part. Au contraire, on déplore qu’il n’y ait pas plus d’hommes dans nos mobilisations, surtout quand cela concerne aussi les enfants. La déconstruction du patriarcat se fera sur des générations, par l’éducation, la discussion, la sensibilisation. Le combat contre les stéréotypes de genre, qui sont des constructions sociales, est commun.

  • Benoît Payan et Nicolas Isnard demandent à Patrick Bruel d’annuler ses concerts

    Benoît Payan et Nicolas Isnard demandent à Patrick Bruel d’annuler ses concerts

    Benoît Payan, le maire (DVG) de Marseille, a demandé mercredi à Patrick Bruel de « ne pas maintenir son concert prévu à Marseille, le temps que la justice fasse sereinement son travail », d’après Ici Provence citant l’entourage de l’élu. Même son de cloche du côté du maire (LR) de Salon-de-Provence Nicolas Isnard, le même jour, qui enjoint le chanteur visé par plusieurs plaintes de femmes pour viol et agressions sexuelles d’ « d’annuler de lui-même ses concerts le temps que la justice se fasse ». Le chanteur doit normalement se produire le 4 juillet à Salon-de-Provence et en octobre à Marseille.

    Une pétition lancée par le collectif Salon féministe a réuni plus de 32.000 signature pour demander l’annulation de la tournée de l’artiste, invitant à « faire de cette tournée de la honte une tribune des idées féministes ».

    Les deux édiles ont emboîté le pas du maire (PS) de Paris Emmanuel Grégoire, qui a appelé, pour les mêmes motifs, le chanteur à « mettre entre parenthèses sa carrière », sur le plateau des 4 vérités de France 2 mardi matin.

  • [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    Dans sa tente, installée dans un coin du Vallon de la Barasse, en bordure de Marseille, Abigaël Lordon est tétanisée. Des crissements de feuilles se font entendre autour d’elle. « Des bruits de pas, pour sûr ». Moyen de défense ? « Aucun », constate la jeune fille d’alors 30 ans, après un rapide état des lieux. « Mon frère a fait du Judo lui, mais moi, avec mes restes de danses et de gymnastique, je ne sais rien faire. » Hurler puis courir ? « Mauvaise stratégie », s’avise-t-elle. Puis elle rit : « Des sangliers. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de sangliers, et ça m’a beaucoup rassurée. »

    Cette nuit, c’est la première qu’Abigaël Lordon passe sur le GR2013, chemin de randonnée périurbain de 365km dans les Bouches-du-Rhône, en août 2014. Douze ans plus tard, elle s’apprête à sortir une bande dessinée sur cette aventure de presque un mois, qu’elle est l’une des seules à avoir accomplie d’une traite. Une révolution par les pieds – titre de son roman – qu’elle raconte, au crayon et à la plume, comme un éveil féministe.

    Raconter l’irracontable

    Dans la maison des Berthoins à Divajeu (Drôme), où vit désormais Abigaël, aux côtés de sa fille, son conjoint, et 7 autres colocataires, la table du salon accueille quelques-uns des innombrables croquis qui ont permis de composer sa bande dessinée. À l’origine de ce travail : un petit carnet de voyage, déjà recouvert de plans et d’illustrations, tous élaborés en 2014, au fil de son aventure sur le GR2013. Certains, plus ou moins modifiés, apparaissent dans son projet final, publié le 20 mars aux éditions Wild Project. « Je me suis rendue compte en revenant de cette expérience qu’elle était, en un certain sens, irracontable. L’idée d’en faire un objet que je pourrais potentiellement publier a progressivement émergé », retrace la jeune maman. Un objet qu’elle prendra donc plus de 10 ans à construire, parce qu’Abigaël « aime raconter une globalité à partir des détails ». Et sa BD l’illustre à la perfection. Plus de 130 pages entièrement confectionnées par ses soins, composées de milliers d’éléments méticuleusement imaginés, dessinés puis, un par un, scannés. Sur la table de son salon, les cinq brouillons (presque identiques) de sa page 96, qui raconte « l’épaisseur du paysage », sont un témoin de ce titanesque travail de fourmi.

    L’éveil féministe

    De ce voyage, Abigaël tire une grande conclusion : la prééminence des inégalités hommes-femmes dans l’espace public. « Mais c’est dangereux toute seule ! », « Mais vous n’avez pas peur toute seule ? », « Moi, je ne le ferais pas à votre place », voilà un échantillon des remarques faites à Abigaël à l’annonce de son projet, en partie répertoriées dans les premières pages de sa BD. « Je suis sidérée d’être à 99% considérée comme, au mieux, une originale et au pire une femme (nue) et/ou un enfant », écrit-elle. « Je crois que j’étais jusque-là un peu naïve. Et soudain la conscience de la vulnérabilité des femmes dans l’espace public m’est apparue. »

    Du temps
    pour comprendre

    Elle se souvient d’un épisode marquant, qu’elle raconte aussi dans son livre. « Il y a eu ces vieilles dames, installées près d’un cimetière, à qui j’avais demandé ma route, démarre-t-elle, agacée. Leur seule réponse a été de me dire que ce chemin était beaucoup trop dangereux, qu’il ne fallait pas y aller. Et alors quoi ? L’espace public ne nous appartient plus ? Le chemin disparaît de nos représentations et devient de plus en plus hostile, car déserté par les femmes… »

    Un éveil féministe qu’Abigaël poursuivra tout au long de sa rédaction, en partie au contact d’Edith Hallauer, son amie et éditrice. « Ce qui est très intéressant dans son travail, c’est qu’elle a mis beaucoup de temps à qualifier vraiment ce qu’il s’était passé, aussi parce qu’elle était encore elle-même en train de vivre une transformation », s’enthousiasme-t-elle. De ces échanges naîtront des réflexions de plus grande échelle sur les femmes et la marche, et sur la force d’indépendance qu’incarne cette pratique. Edith et Abigaël partageront leurs lectures et apprendront des récits de Lucie Azema, Annabel Abbs et Lauren Bastide, trois figures féministes intéressées par le rapport des femmes au voyage. À la question « Que diriez-vous aux gens pour les convaincre d’acheter votre BD ? » Abigaël prendra, comme elle aime à le faire, le temps de la réflexion. Sa réponse viendra une semaine plus tard, par e-mail : « Ils y trouveront un témoignage inspirant, de la beauté, de la curiosité, de la sincérité, de la liberté, sûrement des résonances avec eux-mêmes… une invitation au voyage intérieur. »

    Une révolution par les pieds

    Éditions Wild Project

    20 euros

    En librairie à partir
    du 20
     mars

  • Les femmes ont aussi droit à un buste dans l’espace public

    Les femmes ont aussi droit à un buste dans l’espace public

    « Un jour, en 2019, j’étais dans le bureau d’un collègue. Il y avait quatre bustes d’hommes sur un meuble. Je lui ai dit qu’il fallait aussi en mettre de femmes, mais il m’a répondu que ça n’existait pas. Je me suis dit : alors si ça n’existe pas, il faut le faire ! », raconte cette quadragénaire. La graine était semée. Presque cinq ans plus tard, elle germe sous la forme de SoBuste. « Un peu d’argent de côté » a suffi pour se lancer, fin 2024, dans la création de son entreprise pour réaliser des sculptures de bustes de femmes, en complément de son activité principale.

    « Le but est de promouvoir le travail des femmes, les rendre visibles », affirme-t-elle. Pour son étude de marché, elle contacte plusieurs villes. « Toutes me disent que c’est une bonne idée », relève Sophie Dievart, en particulier quand il s’agit de Simone Veil, Marie Curie ou Louise Michel, au milieu d’une « longue liste d’écrivaines, artistes et scientifiques », parmi lesquelles Frida Kahlo, Joséphine Baker, Angela Davis, Hedy Lamarr ou encore Colette. « Ce sont des femmes trop peu visibles, alors que leurs parcours sont incroyables », souligne l’entrepreneure.

    Une partie des ventes dédiée à la cause

    D’emblée, l’initiatrice de SoBuste annonce que, une fois son investissement remboursé, « un pourcentage des ventes sera dédié aux associations féministes et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles », comme la Fondation des femmes, qui redistribue elle-même à d’autres structures, l’AVFT ou au CIDFF.

    Les bustes sont actuellement réalisés en plâtre par une sculptrice partenaire basée en France. « Tout est fabriqué à la main. D’abord en argile, puis on fait un moule en silicone qui sert ensuite à façonner le plâtre », détaille Sophie Dievart. Les pièces mesurent une cinquantaine de centimètres de haut, soit « quasiment la taille qui est utilisée par les institutions », précise-t-elle.

    La Martégale envisage d’installer prochainement son atelier à Martigues, afin de produire des modèles plus petits, « pour mettre au bureau ou chez soi », avec l’idée, à terme, « pourquoi pas d’en faire mon activité principale ». Elle insiste sur un principe essentiel. « Je veux absolument que le buste soit taillé en V, ni accessoirisé, ni embelli, conforme à la réalité », sans poitrine pour « désexualiser le corps de la femme ». Elle imagine déjà la suite : « Et pourquoi pas du bronze ou du marbre, à l’avenir ? », sourit celle qui se voit rester à Martigues, convaincue que « c’est une ville qui offre beaucoup en matière de culture et d’art ».

    Si la collectivité a choisi de féminiser ses rues, Sophie Dievart propose, en somme, de passer à l’étape suivante. L’espace Simone-Veil aura-t-il droit à son buste ?