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  • [Entretien] Abderahmen Moumen : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    [Entretien] Abderahmen Moumen : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    La Marseillaise : Comment et dans quel but a été créé ce mémorial ?

    Nicolas Lebourg : C’est une pétition citoyenne en 1998 qui a poussé à sa création, ce ne sont pas les institutions au départ. Cette pétition a fait suite aux révélations de l’envoi à la déchetterie d’archives relatives à la déportation des juifs internés au camp de Rivesaltes vers Drancy, avec pour destination finale Auschwitz. Ce qui est très particulier dans le camp de Rivesaltes, c’est que l’histoire du lieu va être construite pour faire le mémorial. Jusque-là, elle n’existe pas, il n’y a qu’une histoire orale. La société civile demande donc qu’on arrête de mettre ce passé sous la table.

    Quelles sont les populations qui sont passées par ce camp ?

    N.L. : De manière synthétique, pour la période de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des juifs étrangers du sud de la France, des familles de Républicains espagnols mais aussi des « nomades », c’est le terme employé à l’époque. Ensuite, il va y avoir le menu fretin des collaborateurs. Le camp sert alors plutôt de protection face aux risques d’exécutions extrajudiciaires. Il y a aussi un dépôt de prisonniers de guerre allemands qui est conséquent. Ensuite, il va y avoir un centre de formation réservé aux Nord-Africains dans l’idée qu’ils vont être reconnaissants à la France de les avoir formés. En réalité, Rivesaltes devient un centre de propagande indépendantiste. Il y a aussi une prison spéciale FLN en 1962. Ensuite, il y a des soldats guinéens et des harkis, environ 22 000, qui restent pour les derniers jusqu’en 1978. Enfin, Rivesaltes sera un centre de rétention administrative qui ouvre dans les années 1980 et qui va fermer en 2007. Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale française. Le camp a été utilisé sous trois Républiques et sous Vichy. Les guerres d’Espagne, d’Indochine et d’Algérie laissent toutes leurs traces dans ce camp. Quand on regarde, le plus important ce n’est pas la violence de l’État mais le désintérêt et l’indifférence de la société pour ces populations.

    Le RN a critiqué la présence d’un film sur les droits LGBT en Ouganda. Pourquoi ce sujet a toute sa place au Mémorial ?

    N.L. : Étant donné la répression des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale, il est d’une rationalité absolue que l’on parle de l’homophobie et des homosexuels dans un lieu comme celui-ci. Si ce lieu ne parle pas de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’homophobie, il trahit les gens qui y sont passés.

    La montée du RN s’accompagne-t-elle d’une réécriture de l’Histoire ?

    N.L. : Nous sommes sur un complet changement de régime mémoriel. La guerre d’Algérie est devenue la matrice des mémoires en France. Tous les débats, toutes les polémiques sur la société d’aujourd’hui portent sur la guerre d’Algérie. Georges Orwell disait que le pouvoir autoritaire réécrivait l’Histoire comme un palimpseste et que ça participe de l’acceptation des idées autoritaires. L’extrême droite revendique un double discours : un, que l’islam agresse en continu les civilisations, de Poitiers à nos jours, avec la guerre d’Algérie comme point fondamental. Et deux, que de tout temps, la gauche a été collaborationniste avec un retournement complet de l’image de la collaboration durant la Seconde guerre mondiale. Mais aussi que la gauche serait collaborationniste dans l’invasion de la France. Ce n’est pas nouveau, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait une affiche avec « Le Pen, la résistante ». Mais à l’époque, ça ne marchait pas. Aujourd’hui, avec le déplacement du régime de mémoire et la banalisation du RN, ça marche bien. L’histoire vue par CNews qui explique que le fascisme est en fait un socialisme et que la gauche c’est la collaboration, imprègne la population.

    Vous dîtes « ce n’est pas la mémoire qui divise, mais le ressentiment ». Qu’entendez-vous par là ?

    N.L. : Je crois qu’une grande partie de nos soucis actuels en France sont liés à cette culture du ressentiment. Ce qu’on nous raconte toute la journée avec d’autres mots sur les oppositions entre mémoires, entre groupes sociaux, entre cultures ou ethnies, relève du ressentiment. L’aigreur nous mine collectivement. J’ai travaillé sur les personnes arrêtées pour des faits violents d’ultra droite depuis 2017 et je constate qu’elles viennent de territoires où l’on vit mieux que la moyenne. Ça ne confirme pas le discours de la violence qui naît de la misère, au contraire. Elles vivent dans des territoires plus inégalitaires où il y a ce ressentiment. Ces personnes travaillent et ont l’impression qu’il y a des « parasites » en bas, des immigrés qui prennent les allocations par exemple. Elles pensent que les autres sont mieux traités et qu’elles s’opposent à eux pour s’affirmer. C’est une aigreur collective qui peut faire exploser une société.

  • [Entretien] Ofer Cassif : « J’espère qu’Israël ne violera pas de nouveau cet accord »

    [Entretien] Ofer Cassif : « J’espère qu’Israël ne violera pas de nouveau cet accord »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur la première phase de cet accord ?
    Est-ce la fin du génocide à Gaza
     ?

    Ofer Cassif : Je l’espère sincèrement. Je me réjouis de la signature de cet accord. Il était nécessaire, même si ce n’est pas tout à fait ce que j’aurais aimé avoir. De mon point de vue, un bon accord, qui bénéficierait aux deux peuples, acterait la fin totale de l’occupation, le retrait d’Israël de toute la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris le démantèlement des colonies. Et, bien sûr, la libération des Palestiniens avec leur État établit avec les frontières de 1967, vivant aux côtés de celui d’Israël. C’est ce que j’aimerais voir. Mais, dans les circonstances actuelles, la chose la plus importante est, bien sûr, de mettre fin à ce terrible génocide, de libérer les otages et j’espère que cela fonctionnera correctement. J’espère qu’Israël s’y tiendra et ne violera pas de nouveau l’accord après la première phase, comme il l’a fait auparavant, et j’espère que le monde continuera de mettre pression pour atteindre une vraie paix et la justice.

    Est-ce la pression populaire exercée par les milliers de manifestants qui ont défilé chaque semaine dans les rues qui a contraint Netanyahu à accepter cet accord ?

    O.C. : C’est certain que cela y a contribué, des Israéliens ont perdu leurs emplois parce qu’ils ont manifesté et se sont opposés à ce génocide. Mais c’est surtout la pression exercée par les activistes internationaux qui a changé la donne. Ceux qui ont très clairement fait entendre leurs voix contre. Je voulais saluer tous ceux qui étaient impliqués dans la pression du gouvernement israélien pour atteindre cet accord. Les activistes internationaux, les Israéliens qui ont démontré, et les Palestiniens qui ont continué à se battre et n’ont jamais abandonné.

    Comment envisagez-vous la suite d’un point de vue politique ? Vous appelez à vaincre le fascisme en Israël. Est-ce par la tenue d’élections ?

    O.C. : Les élections sont censées se tenir en octobre 2026, mais je pense que Benjamin Netanyahu aimerait les convoquer plus tôt afin d’utiliser cet accord à son avantage dans la campagne à venir. Le scrutin pourrait ainsi avoir lieu en février, mais rien n’est officiel pour le moment. J’ai peur qu’il y ait une grande chance que les élections ne soient pas transparentes. Netanyahu et sa bande sont déjà en train de fomenter des plans pour utiliser tout ce qui est en leur pouvoir pour manipuler les résultats de cette élection. Mais nous ferons tout notre possible pour les en empêcher.

    Qui pour lui faire face ?

    O.C. : Nous avons besoin d’une vraie opposition. Des personnalités telles que Yaïr Lapid, Benny Gantz ou encore Avigdor Lieberman se sont positionnées comme des opposants à Netanyahu, mais politiquement, l’offre est la même. La clé pour empêcher des attaques comme celles qui ont eu lieu dans le Sud d’Israël le 7 octobre est la libération des Palestiniens. La fin de l’occupation et la reconnaissance de l’État palestinien sont la clé pour une paix stable et durable dans tout le Moyen-Orient.

  • « Le fascisme a aussi été théorisé en France »

    « Le fascisme a aussi été théorisé en France »

    La Marseillaise : Quel est cet ouvrage que vous venez présenter ?

    Pierre Serna : C’est un hommage à Zeev Sternhell, partagé avec les experts du fascisme que j’ai réunis pour l’écriture de ce livre. Cet historien a passé sa vie à déterrer les racines du fascisme en France, ainsi qu’à dénoncer la dérive nationaliste de son pays d’origine qu’est Israël. Jusqu’à parler d’un fascisme israélien semblable au nazisme sous sa forme de 1933.

    Le fascisme aurait-il déjà existé en France ?

    P.S. : C’est tout le débat qui existe entre Zeev Sternhell et d’autres courants de science historique. Certains pensent que la France est imperméable au fascisme et qu’il n’y a jamais eu d’épisode à l’italienne. Sternhell dit qu’au contraire, il y a une matrice plus forte de fascisme en France. L’ultranationalisme, la corporation, faire corps avec le Capital, la violence comme mode d’action et l’antisémitisme de l’extrême droite : tout cela a été théorisé en France et sert de socle au fascisme. Les chemises vertes de l’entre-deux-guerres et l’État français de Pétain en sont des exemples.

    Il y aurait un cadre propice au fascisme, mais quelle serait son origine ?

    P.S. : La théorie de Zeev Sternhell parle d’une droite révolutionnaire qui évolue à côté des autres droites radicales. Elle prend racine face à la modernité déshumanisante de la révolution industrielle et porte en elle des idées révolutionnaires, venant du rêve égalitaire de la Révolution. Le boulangisme en est un prolongement.

    Y aurait-il plusieurs fascismes ?

    P.S. : C’est pour ça que l’ouvrage a été écrit à plusieurs. Pierre Salmon aborde le franquisme en Espagne, Valeria Galimi le fascisme italien. Benjamin Stora est spécialiste de la guerre d’Algérie et nous explique comment le fascisme s’exprime dans les colonies, ce qui clôt le volume et renvoie à l’importance de la colonisation française pour comprendre l’histoire de la métropole.

  • Une soirée de solidarité pour les victimes du Prolé d’Alès

    Une soirée de solidarité pour les victimes du Prolé d’Alès

    Plus de trois mois après l’attaque du Prolé dans la nuit du 30 au 31 mai, le Parti communiste français a tenu à organiser une soirée de solidarité pour les victimes. L’objectif est de récolter des fonds pour une caisse de soutien qui permettra de les aider pour leurs frais d’avocat. « C’est une soirée pour financer les victimes mais aussi parce qu’il faut faire la fête, faire une fête antifa », explique Giovanni di Francesco, secrétaire de la section PCF d’Alès qui s’est également porté partie civile dans ce dossier. Vendredi 26 septembre (20h30), deux groupes (Paris-Brest et MC’s du Midi) viendront donc jouer bénévolement dans la cour du Prolé.

    L’objectif est également de rappeler les faits alors que l’enquête patine. En effet, malgré le dépôt par plusieurs victimes d’éléments prouvant l’implication des néofascistes du Bloc montpelliérain, aucune arrestation n’a encore eu lieu trois mois et demi après les faits. « Le parquet et la police ne se bousculent pas au portillon pour mener l’enquête. Va-t-on tirer un trait sur ce qu’il s’est passé ? Ces groupuscules peuvent-ils agir impunément dans notre pays ? Pour l’instant nous n’avons aucune nouvelle. Mais il y a tellement de complaisance au niveau national que la plupart de ces histoires ne sont pas instruites. Le Bloc Montpelliérain faisait partie des groupuscules d’extrême droite qui ont défilé à Paris le 10 mai sous la protection plus que bienveillante de la police », enrage Giovanni di Francesco.

    D’autant que les victimes, et notamment le cheminot qui avait eu le nez cassé, restent sous le choc. « Il va reprendre le travail cette semaine. Il s’est remis de ses blessures physiques mais il était complètement traumatisé parce que c’est un gars qui est un vrai pacifiste dans l’âme », explique le communiste.