Tag: extrême droite

  • La Métropole Aix-Marseille en ligne de mire

    Au moment de présenter l’union des forces de gauche pour les municipales dans une majorité de communes des Bouches-du-Rhône, le sénateur écologiste Guy Benarroche le reconnaît volontiers : « Un des objectifs, c’est quand même aussi la Métropole. »

    « Nous avons eu notre dernière séance publique, alors je peux tirer le bilan, enchaîne la maire (GRS) des 1-7, Sophie Camard, à la tête du groupe marseillais au conseil métropolitain. Nous ne nous attendions pas à un tel mandat de guerre ouverte, nous sommes partis avec de grands débats politiques et nous sommes arrivés dans la défense des intérêts communaux, y compris pour nous même. »

    L’enjeu métropolitain est d’autant plus fort que le mode de scrutin donne un poids plus important aux petites communes, sur lesquelles l’extrême droite tente de mettre la main en avançant sous le couvert du label lancé par le député (RN) Franck Allisio avec ses alliés ciottistes de l’UDR, « la Provence qu’on aime ». « Il y a beaucoup de petits maires, je ne veux pas qu’ils basculent alors que la gauche défend la qualité de vie sur ces territoires », insiste Sophie Camard. Et de s’inquiéter : « On laisse trop de champ à trouver naturel que l’extrême droite soit la représentante de la France périphérique. » Cela d’autant plus pour elle que les blocages et les chicayas métropolitains ne peuvent qu’alimenter la défiance vis-à-vis de l’institution, nourrissant le RN.

    Alors pour la maire des 1-7, cette union très large tant dans les forces politiques que dans la diversité des territoires vise aussi « à nous appuyer pour la suite sur des contacts, sur des alliés ». Avec un vœu, peut-être pieux, déjà prononcé, d’un mandat « plus fédérateur, où on trouverait enfin des moyens d’avoir des vrais débats de fond, tout ce qui nous a manqué dans ce mandat ».

    Il sera bien assez temps, ensuite de penser aux autres scrutins qui se profilent, avec notamment les départementales en 2028. « On assiste tous les jours à un effondrement des politiques sociales du Département, nous avons besoin d’un gauche qui relève la tête », s’alarme Sophie Camard.

  • [Entretien] Catherine Pila : « Il n’y a pas eu de rapprochement avec le RN »

    [Entretien] Catherine Pila : « Il n’y a pas eu de rapprochement avec le RN »

    La Marseillaise : Qu’a pu apporter votre groupe dans ce mandat ?

    Catherine Pila : Ce 15 décembre, c’était l’anniversaire funeste de la démocratie, la date à laquelle Michèle Rubirola, qui avait été élue, a choisi de démissionner. Elle a été empêchée dans sa mission par Benoît Payan, qui non seulement voulait la place, mais a réussi à lui prendre. Cinq ans après, on fait un constat, nous avons eu des victoires : toujours dénoncer ce que nous avons eu à dénoncer, à trouver notre place, notre légitimité. Des Marseillais dans la rue nous remercient pour notre travail d’opposition. Mais notre première victoire, grâce à Pierre Robin, c’est d’avoir réussi à faire retoquer par deux fois le budget de la ville. Ce n’était jamais arrivé, nous avons démontré l’amateurisme de Benoît Payan et son équipe.

    Renaud Muselier en 2023 reprochait à votre opposition de n’être pas assez offensive…

    C. P. : Il voulait qu’on parle d’une seule et même voix, mais un groupe est composé d’individus, certains qui travaillent dans l’ombre, d’autres qui veulent se montrer. Notre but a été de s’opposer, sur des sujets clivants pour certains. Nous avons démontré que le conseil municipal n’était pas univoque. Nous n’avons pas démérité, cela a déplu au maire qui nous a coupé le micro à plusieurs reprises. Sa seule réponse, c’était taisez-vous, vous n’avez rien fait pendant vingt-cinq ans. Mais des personnes dans notre groupe venaient de la société civile, qui ont amené quelque chose au débat.

    Votre groupe a été marqué par les départs, vers la gauche, le centre ou le RN. Il était tiraillé par ses contradictions ?

    C. P. : Moi j’ai une conviction, c’est que nous avons tous été élus grâce à Martine Vassal. Quand on a été élu grâce à quelqu’un, on doit rester fidèle, ou démissionner. Certains ont fait le choix d’une aventure personnelle, pour aller à la gamelle, à qui le maire a confié de petites responsabilités. Ils n’attirent pas mon respect. On verra quelle place le maire leur réserve sur la liste. Sur le groupe de Lionel Royer-Perreaut, ayant annoncé qu’il souhaitait mettre fin à sa carrière politique, il était normal que les quatre élus partis avec lui, toujours dans notre groupe au conseil métropolitain, reviennent dans le giron.

    Martine Vassal a dû clarifier sa position vis-à-vis du RN, mais on a vu dans ce mandat des liaisons dangereuses de votre groupe avec l’extrême droite, sur les votes pour SOS Méditerranée, l’aide aux civils palestiniens…

    C. P. : Il n’y a pas de rapprochement, nous sommes là pour défendre les valeurs qui sont les nôtres. Nous avons des personnes de droite très affirmée dans notre groupe qui ont une rectitude par rapport au parti, mais elles n’ont jamais franchi les barrières. Le seul, c’est Jean-Baptiste Rivoallan, pour une aventure personnelle. Quand on n’a pas voté l’aide à l’Unrwa, c’était contre l’Unrwa elle-même, qui cachait dans ses couloirs des terroristes du Hamas, nous l’avons voté pour l’Unicef [une majorité à droite a refusé de le faire en juin, Ndlr]. Il était normal d’aider les enfants de Gaza, au même titre que les enfants d’Israël. SOS Méditerranée, on la voit comme une association qui encourage les passeurs. Si on n’aide pas les personnes en mer, peut-être que les passeurs vont restreindre leurs prétentions, le but n’est pas de laisser mourir des personnes en mer. Mais nous ne sommes pas d’une droite excluante comme le RN.

    Quand Guy Tessier cite Céline pour s’opposer à la dénomination de l’école Simone de Beauvoir, il n’y a pas une ligne rouge franchie ?

    C. P. : Je ne pense pas. C’est un homme érudit, il s’est beaucoup renseigné. On n’imaginait pas que Simone de Beauvoir ait pu tenir des propos excessifs. Citer Céline seul, cela aurait pu m’interpeller. Mais citer Céline en mettant en parallèle ce que Simone de Beauvoir a pu dire sur la sexualité des enfants, ce n’est pas quelque chose qui me choque.

  • Orange : le procès Bompard pourrait faire vaciller l’extrême droite

    Orange : le procès Bompard pourrait faire vaciller l’extrême droite

    La campagne des municipales de Yann Bompard n’a pas encore commencé et ne pourrait jamais finalement démarrer. Maire sortant d’Orange, l’édile d’extrême droite (Ligue du sud) est pressenti pour se représenter, une première sous son nom depuis qu’il a succédé il y a 4 ans à son père, Jacques, condamné pour prise illégale d’intérêts et rendu inéligible. Une sanction qui pourrait aussi échoir à son fils, ce vendredi à l’issue du procès qui s’ouvre ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Marseille. Yann Bompard est soupçonné d’emploi fictif lorsqu’il était assistant parlementaire de Marie-France Lorho, députée RN. Également conseillère municipale à Orange, elle siège dans l’opposition depuis qu’elle est brouillée avec le clan Bompard.

    Des faits qui démarrent au jour de l’élection comme maire de Yann Bompard, la justice estimant difficilement cumulable les fonctions de maire, conseiller départemental et donc d’assistant parlementaire. Il est poursuivi pour détournements de fonds publics au préjudice de l’Assemblée nationale. Un grief également porté à Marie-France Lorho qui risque plus gros : la députée est aussi poursuivie pour subornation de témoin, le parquet de Marseille disposant d’écoutes téléphoniques dans lesquelles elle dit à un autre collaborateur de « mentir aux enquêteurs sur la réalité de l’emploi ». Marie-France Lorho et Yann Bompard ont contesté toutes les accusations dès le début de l’enquête.

    « Trahisons » en plein conseil municipal

    En attendant le verdict de vendredi, les grandes manœuvres ont démarré au sein de l’extrême droite, en responsabilité depuis 30 ans à Orange. Il y a une semaine, prudent, le RN a investi comme candidat Jean-Dominique Artaud plutôt que Marie-France Lorho. Sauf que la tête de liste était jusque-là un discret conseiller municipal de la majorité Bompard. Au sein du RN 84, on a fait d’Orange une cible prioritaire, pariant sur la fin de l’ère Bompard. Un débouchage en forme « de trahison », a fulminé le lendemain de l’annonce, en conseil municipal, Yann Bompard. D’autant que, en pleine séance, deux autres élus de sa majorité ont aussi rejoint le banc du RN. Encore suspicieux, le maire a insisté auprès de son premier adjoint s’il le soutenait encore, ce dernier étant le beau-père de Jean-Dominique Artaud… « Il a pris une autre voie que la mienne », a répondu le premier adjoint, gêné aux entournures. « C’est une opération blanc bonnet et bonnet blanc », a ironisé Fabienne Haloui, élue (PCF) d’opposition.

  • Face à la menace RN, un appel à l’union de la gauche et des démocrates à Bagnols-sur-Cèze

    Face à la menace RN, un appel à l’union de la gauche et des démocrates à Bagnols-sur-Cèze

    Elle a beau s’être désintéressée* du sort de ses habitants durant tout le mandat qui s’achève, Pascale Bordes fait figure d’épouvantail à Bagnols-sur-Cèze. En 2022, cette avocate d’extrême droite faisait main basse sur la 3e circonscription du Gard. Aux législatives de l’an passé, elle y était encore mieux réélue raflant plus d’un millier de voix supplémentaires. Et voilà que le RN vient de l’investir candidate aux municipales (15-22 mars 2026).

    « Il ne s’agit pas d’agiter une peur, le RN peut gagner la ville », alerte Elian Cellier, le secrétaire de la cellule PCF locale qui (re)lance un grand appel pour « l’union de gauche et de tous les démocrates ». Sans liste de rassemblement, « les candidatures de gauche seraient mort- nées », redoute le socialiste Vincent Poutier qui relaie l’appel de son homologue communiste. Alors que « quand on est unis, on score ! Le NFP l’a prouvé. »

    PCF et PS sur la même longueur d’onde ? Pas si simple. Le travail partenarial n’ayant pas abouti, les socialistes ont désigné leur chef de file (Sylvain Hille) et semblent pencher vers Michel Cegielski, un ancien adjoint du maire macroniste Jean-Yves Chapelet. La position définitive du PS sera donnée en janvier mais V. Poutier concède une « proximité » avec Cegielski. Les communistes, eux, devraient soutenir Philippe Broche. Petit chef d’entreprise dans l’imprimerie, il est connu pour avoir fait ses preuves à la CCI. « On a déjà travaillé avec lui à la réouverture de la ligne de la rive droite du Rhône », insiste Elian Cellier comme gage de confiance. Enfin, sous la bannière « Unitaires 30 », l’élu d’opposition Jérôme Jackel, pro François Ruffin, veut repartir avec une « liste citoyenne ».

    Une ville de 18 000 habitants

    Si l’on ajoute que le maire Jean-Yves Chapelet, bien que décrit par ses opposants comme « affaibli », devrait briguer un nouveau mandat, cela fait beaucoup. Probablement trop dans une ville de 18 000 habitants qui va mal. Après avoir connu son âge d’or grâce à la centrale de Marcoule, Bagnols est une commune « paupérisée, gangrenée par le narcotrafic et le communautarisme », déplore Elian Cellier. Avec l’affaire de l’imam Mahjoubi expulsé ou de la pharmacienne assassinée, le RN pourrait y faire son terreau. D’où l’urgence pour les forces progressistes de prendre leurs responsabilités.

    * En 6 ans, l’élue d’opposition n’a jamais mis un pied au conseil municipal de Bagnols.

  • En Espagne, les affaires font tanguer le gouvernement

    En Espagne, les affaires font tanguer le gouvernement

    Le gouvernement de Pedro Sanchez traverse de nouvelles turbulences qui secouent la vie politique, avec les derniers actes de corruption, de harcèlement et d’abus sexuels présumés commis par des responsables du PSOE. El Pais titrait dimanche à la Une : « Le gouvernement vit ses heures les plus critiques. » Les révélations sur la corruption de certains cadres du Parti socialiste, les cas de harcèlement sexuel dans les sphères dirigeantes de ce parti mis au grand jour par le journal en ligne Eldiario, et des détentions provisoires, fragilisent encore davantage le gouvernement de gauche. Un « tsunami politique » comme le disent des commentateurs, dont la droite et l’extrême droite espèrent tirer profit.

    Le Parti populaire (PP) attend avec impatience les résultats des élections régionales anticipées qui vont se dérouler en Extrémadure le 21 décembre. La droite et l’extrême droite (Vox) gouvernaient cette région ensemble jusqu’à la mise en retrait de Vox qui a eu pour conséquence la convocation de nouvelles élections. Le PP espère une réélection et une forte progression qui le conforterait dans sa volonté de faire chuter le gouvernement. Souvent en alliance avec Vox, il détient déjà la majorité des régions en Espagne. Le leader du PP, Alberto Nuñez Feijoo, en campagne électorale, samedi, n’a pas manqué de cibler Pedro Sanchez, qu’il accuse de donner des « leçons sur le féminisme alors qu’il cache un troupeau de machistes et de corrompus ».

    Du côté des partenaires au gouvernement, Yolanda Diaz, 2e vice-présidente, communiste et membre de la coalition Sumar a estimé, samedi, qu’il devient nécessaire de remanier en profondeur l’équipe gouvernementale.

    « Changement profond »

    « À Sumar, nous sommes clairs : le gouvernement a besoin d’un changement profond et courageux. Il ne suffit pas de retouches cosmétiques ni de gestes symboliques » a-t-elle déclaré lors d’un entretien sur la Sexta. Yolanda Diaz demande au président du gouvernement, Pedro Sánchez, « de prendre des mesures et au PSOE de faire face à sa responsabilité et d’agir (…) je veux envoyer toute mon amitié et solidarité aux femmes socialistes et féministes (…) la seule façon est d’agir sans ambiguïté et de remanier le gouvernement, pour continuer des politiques sociales et faire progresser le droit… »

    Les autres partenaires demandent aussi au président Pedro Sanchez qu’il comparaisse devant les députés comme le Parti National Basque (PNV) ou encore Esquerra Republicana Catalana (ERC) afin d’apporter des explications. Pedro Sanchez, qui semblait rester droit dans ses bottes « un capitaine ne quitte pas le navire en pleine tempête » avait-il déclaré lors de précédentes affaires de corruption, vient de trouver l’occasion de reprendre la main. L’interview ce dimanche dans le journal La Vanguardia du président de la conférence épiscopale espagnole ouvre un autre front, Luis Argüello connu pour sa proximité avec l’extrême droite profite de cette crise politique pour réclamer soit une motion de censure, soit des élections anticipées.

    « Il y a une autre option, celle de respecter le résultat électoral, même si vous êtes nostalgique de l’époque où les évêques interféraient dans la politique. Celle-ci est terminée depuis que la démocratie a été instaurée dans ce pays » a rétorqué Pedro Sanchez ce dimanche en meeting électoral à Caceres. À suivre donc, mais les joutes verbales ne suffiront pas à apaiser la colère et l’inquiétude dans l’électorat de gauche, tant que des actes concrets ne viendront pas clore cet épisode qui met à mal les progrès sociaux déjà accomplis par le gouvernement et ceux à venir.

  • L’extrême droite passée au peigne fin à Sète

    L’extrême droite passée au peigne fin à Sète

    L’extrême droite, mieux la connaître pour mieux la combattre. Tel est le leitmotiv de la journée de débat organisée à Sète, salle René-Llense, le 6 décembre. À la manœuvre, le collectif sétois de lutte contre l’extrême droite, qui avait déjà programmé une journée, en juin, pour analyser la gestion des municipalités d’extrême droite.

    Bis repetita donc. Car le danger d’une extrême droite au pouvoir est toujours bien présent quatre mois avant les municipales où nombre de communes occitanes pourraient tomber sous l’effet d’une vague brune. Alors, pour le collectif, il devient urgent de réagir face à l’inexorable progression de ces partis xénophobes. « On voit que l’extrême droite progresse électoralement. Il y a 20 ans, on s’inquiétait quand elle faisait 15%, aujourd’hui elle est à 40%. Il faut donc s’organiser pour l’affronter, en décortiquant son programme pour montrer l’imposture sociale que c’est », soutient Daniel Kupferstein, du collectif. C’est en ce sens qu’est organisée une conférence portant sur l’histoire de l’extrême droite et ses liens avec le monde économique, qui sera animée par l’historienne Ludivine Bantigny (14h). Le journaliste et militant René Monzat proposera de son côté un débat concernant la résistance des quartiers, dans les familles face à l’extrême droite (15h30).

    Pas de profil type d’électeur du RN

    Mais la journée s’attardera surtout à décortiquer l’électorat de l’extrême droite, emmené par le Rassemblement national (RN). Après avoir ciblé le vote dans l’Hérault et dans les quartiers sétois (une conférence de Nadia Belaouni, de l’Observatoire départemental de l’extrême droite et Régis Catinaud, ingénieur de recherche à l’université Paul-Valéry à Montpellier, à 10h), la journée élargira la focale à l’Hexagone pour analyser le vote RN avec Christèle Lagier, politiste et maître de conférence de science politique à Avignon (11h30).

    Premier parti de France avec plus de 9 millions de voix au premier tour des législatives de 2024, le RN ne peut néanmoins pas compter sur un électorat homogène. « Il y a une volatilité très forte de cet électorat. Il y a aussi le fait que depuis 2017, l’abstention est devenue majoritaire avec des gens qui ne votent pas tout le temps. Ils votent parfois pour le RN, parfois pour d’autres formations politiques », développe Christèle Lagier. N’en déplaisent aux tenants de la thèse des extrêmes qui se rejoignent, la politiste n’observe pas d’électeurs transfuges de la gauche venus se réfugier au RN. En revanche, la porosité entre la droite et l’extrême droite est assez marquée. « Le RN se solidifie car il s’appuie sur ces bases électorales assez mouvantes. Il est renforcé par des clientèles qui, elles, ont l’habitude de voter, notamment les électeurs de droite qui ont tendance à voter régulièrement et sont souvent plus âgés. Ceux-là se sont déportés de manière beaucoup plus constante sur l’extrême droite », poursuit Christèle Lagier.

    Une porosité accentuée depuis la stratégie de Nicolas Sarkozy, venu labourer les terres du FN (ex-RN) lors de la Présidentielle de 2007. À cela s’ajoute une responsabilité médiatique impliquant des « catégories de la population qui s’autorisent à voter pour ce parti parce qu’il y a un accompagnement médiatique très fort de l’idée que ce n’est pas si grave d’être raciste. Les médias s’autorisent un certain nombre de propos qu’on n’aurait jamais entendus il y a dix ans », fait valoir la politiste.

    Dans cette droitisation des élites politiques et médiatiques – une thèse portée par le chercheur Vincent Tiberj – les forces de gauche ne sont pas lavées de tout soupçon. « Quand vous regardez le spectacle offert par la gauche aujourd’hui, avec des possibilités de cinq candidatures pour les élections, comment voulez-vous que les catégories populaires – qui normalement devraient se retrouver dans ces formations politiques – puissent s’identifier ? Soit elles ne votent pas, soit elles se rapprochent du parti qui leur paraît pouvoir taper du poing sur la table ou renverser le système », soupire Christèle Lagier. À quand la fin de la guerre des ego à gauche ?

  • À Marseille, une deuxième librairie ciblée par l’extrême droite en une semaine

    À Marseille, une deuxième librairie ciblée par l’extrême droite en une semaine

    Quatre jours après la librairie Transit, c’est cette fois la librairie-jardinerie Les Sauvages, dans le quartier des Cinq-Avenues (4ᵉ arr.) qui a été ciblée par l’extrême-droite.

    Ainsi, ce vendredi 5 décembre au matin, ses équipes ont-elles découvert à leur tour une croix celtique taguée sur leur rideau. «Nous ne nous laisserons pas intimider par ces actes menaçants et violents, et invitons nos confrères, nos partenaires, élus et citoyens à prendre conscience de cette menace grandissante», réagit la librairie face à cette attaque.

    De quoi alerter l’association Librairie du Sud. «Depuis plusieurs mois, des librairies indépendantes, partout en France, sont intimidées et parfois vandalisées en raison de leurs choix éditoriaux et des opinions qu’elles défendent, réagit le réseau dans un communiqué ce vendredi. Ces attaques menacent directement la liberté d’expression, la diversité éditoriale et la sécurité des librairies.»

    Et de réaffirmer sa solidarité avec ces librairies visées, rappelant que la librairie indépendante est un lieu de débats, d’idées et de rencontres, qui ne doit «jamais être sanctionnée ou menacée pour ses choix».

    Condamnations politiques

    Le député (L’Après) de la circonscription, Hendrik Davi, a lui aussi apporté son soutien, et appelle à rester mobilisé «face à la fascisation et aux intimidations», tout comme l’adjoint (PCF) à la culture, Jean-Marc Coppola, qui rappelait la veille que «la défense de l’indépendance des librairies et des maisons d’édition est un devoir sacré qui transcende les clivages politiques».

  • 3000 Nîmois écrivent l’avenir de leur ville

    3000 Nîmois écrivent l’avenir de leur ville

    Depuis un an, le collectif Nîmes en Commun laboure le terrain politique nîmois à contre-courant des méthodes traditionnelles. Pas de programme ficelé à l’avance, pas de slogans plaqués. Mais une démarche patiente, construite autour d’une ambition : écouter les habitants pour construire avec eux une alternative de gauche crédible à la droite sortante et à l’extrême droite montante. « On a fait le pari d’inverser la logique classique des campagnes : partir des gens, de ce qui les traverse, pour en tirer des priorités politiques », résume Vincent Bouget, tête de liste du collectif.

    Ce pari a pris la forme d’un questionnaire citoyen d’une vingtaine de questions, diffusé massivement sur le terrain, marché après marché, porte après porte. Plus de 3 000 réponses ont été collectées, dont l’écrasante majorité en version papier. « Ce n’était pas un gadget. Aller chercher le papier, c’était aller chercher la parole », insiste Jean-Yves Chabanel, président de l’association Nîmes en Commun. « Chaque questionnaire, c’était une rencontre, un échange, parfois long. On n’a pas fait du chiffre, on a fait du lien. »

    Dans les réunions publiques qui rythment la vie du collectif, cette parole recueillie prend corps. Horia, habitante de Pissevin, a trouvé dans Nîmes en Commun un espace rare : « Depuis que je suis à Pissevin, rien n’a changé. Mais ici, je sens que je peux faire bouger les choses. J’ai été prof de musique, j’ai fait du droit, j’ai un bac littéraire, mais on ne me donne pas de chance. Avec eux, je suis actrice. » De fait, la force du collectif tient aussi à cette diversité de profils. Militants encartés, syndicalistes, habitants engagés sans étiquette : plus de 300 personnes font vivre la démarche, à tous les niveaux. Christine, enseignante et habitante du centre-ville de longue date, apprécie l’originalité du dispositif : « C’est la première fois qu’on va à ce point à la rencontre des gens. Souvent, on se contente d’attendre que les habitants viennent aux élus. Là, c’est l’inverse. »

    Un processus qui ne s’arrête pas à la collecte. Les réponses sont analysées, question par question, avec un objectif : faire émerger des priorités concrètes. « Sur certaines thématiques, il y a un consensus très fort, sur d’autres, des débats. À nous maintenant de faire des choix politiques clairs, en lien avec ce qui a été exprimé », explique Jean-Yves Chabanel.

    « Faire du commun » face aux divisions

    C’est aussi là que se joue la stratégie de Nîmes en Commun : reconstruire une dynamique à gauche, dans un climat de méfiance démocratique, sans tomber dans les vieilles recettes. Le collectif réunit un large spectre politique, des communistes aux écologistes, en passant par Debout ! de François Ruffin, le PS, Place publique ou encore d’anciens insoumis. La liste, en cours de composition, se veut à l’image du collectif : paritaire, diverse, ancrée dans tous les quartiers, mêlant figures expérimentées et visages nouveaux. « On cherche l’équilibre entre représentation politique et implication citoyenne. Il faut incarner ce qu’on veut faire : une ville plus juste, plus démocratique, plus inclusive », ajoute Vincent Bouget.

    Prochaine étape : la restitution publique des résultats du questionnaire, prévue le 11 décembre. Une soirée ouverte à tous, où sera projeté un film retraçant la démarche participative et présentés les résultats détaillés. Une nouvelle étape avant la finalisation du programme et la présentation publique de la liste, prévue fin janvier ou début février. Pour l’heure, les visages s’additionnent, les récits se croisent, et la dynamique se renforce. « Ce projet, ce n’est pas celui de Vincent Bouget seul, ni d’un parti, mais celui de toute une ville qui veut se réapproprier son avenir », conclut Jean-Yves Chabanel. Et dans une ville où le chacun pour soi et le tous contre tous semblent avoir gagné du terrain, c’est peut-être là que réside la véritable rupture.

  • À Marseille, des tags d’extrême droite sur la librairie Transit

    À Marseille, des tags d’extrême droite sur la librairie Transit

    La troisième attaque subie par cette librairie associative engagée depuis le début de l’année, alertent ses équipes. « Ce phénomène national doit interpeller tous les acteurs de la chaîne du livre », écrivent-elles dans un communiqué ce mercredi. En promettant que la librairie « ne se laissera pas intimider et continuera, pour sa part, à défendre sa ligne éditoriale en présentant les ouvrages et les auteurs qui lui semblent nécessaires ».

  • Occitanie : Sylvain André, « Cette liste se revendiquera de gauche »

    Occitanie : Sylvain André, « Cette liste se revendiquera de gauche »

    La Marseillaise : Pourquoi avez-vous hésité à vous représenter ?

    Sylvain André : J’ai pris du temps parce que je connais bien la fonction et je sais que c’est un mandat très prenant, très exigeant mais passionnant. La passion est intacte et j’ai envie de finir les projets engagés et d’en porter de nouveaux. J’ai surtout envie de continuer ce travail engagé sur le vivre-ensemble. Les attaques que j’ai subies m’ont aussi fait réfléchir parce que c’était très virulent. Mais l’envie est toujours là.

    Quel bilan tirez-vous de ces six ans de mandat ?

    S.A. : Nous avons dédié un vrai budget à l’éducation et nous avons beaucoup soutenu le centre socio-culturel, avec un programme culturel important. Concernant les investissements importants, nous avons réalisé la rénovation du centre du village, la rénovation énergétique des bâtiments publics et la création d’un deuxième réseau chaleur bois pour alimenter plusieurs bâtiments. Nous avons aussi mené un travail pour améliorer les équipements des services techniques et nous avons réalisé un travail de fond sur la tranquillité publique. Nous avons mis en place la vidéoprotection en début de mandat, qui sert uniquement aux gendarmes quand il y a une infraction. Ensuite, nous avons acheté un terrain pour un projet d’habitat inclusif de onze appartements. L’appel d’offres est prévu en 2026. Nous avions commencé à travailler sur ce projet en 2016 et si tout se passe bien, il verra le jour en 2028.

    Quels sujets allez-vous porter durant la campagne ?

    S.A. : Nous avons des projets pour plusieurs mandats, entre ceux pensés par l’équipe sortante et ceux portés par les nouveaux. Mais il y en a deux qui sont certains : le cimetière, où nous venons de trouver un nouveau terrain et l’habitat inclusif. Il y a d’autres projets dans les tuyaux comme la création d’une boulangerie à la place du foyer, la rénovation de la salle polyvalente, l’aménagement du quartier des Fonzeaux qui a besoin d’un gros travail… Il faut avancer sur un maximum de choses, plus que ce qu’on peut déjà faire, et en fonction des financements que l’on pourra trouver nous les réaliserons. Ce sont les financements qui déterminent si certains projets se font avant les autres. Pour cela, nous aurons aussi une équipe renouvelée à 50%. Cette liste se revendiquera de gauche. J’y tiens beaucoup. Toutes les personnes de la liste se revendiquent de gauche avec différentes sensibilités.

    Vous êtes régulièrement la cible de l’extrême droite, y aura-t-il une liste soutenue par le RN face à vous ?

    S.A. : Je ne pense pas. Je n’ai pas entendu de liste se positionner en face mais on n’est jamais à l’abri.