Tag: exposition

  • Violences faites aux femmes : à Martigues, une semaine pour sensibiliser

    Violences faites aux femmes : à Martigues, une semaine pour sensibiliser

    Il y a des rendez-vous qu’on préférerait voir disparaître. C’est le cas de la semaine dédiée à l’élimination des violences faites aux femmes, qui marque chaque année la fin du mois de novembre dans les communes membres du Conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance (CISPD) – Martigues, Port-de-Bouc Châteauneuf-les-Martigues et Saint-Mitre-les-Remparts.

    Car les chiffres sont alarmants. L’an passé, le nombre de féminicides a augmenté de 11%, passant de 96 victimes en 2023 à 107 en 2024. La région Sud, avec 20 féminicides recensés dont 6 dans les Bouches-du-Rhône, demeure la plus touchée. « Et notre commune, Martigues a elle-même été marquée par un tel drame cette année », rappelle le maire (PCF) Gaby Charroux. En effet, dimanche 3 août dernier, Sylvia Iannello, rouée de coups par son compagnon, décédait à son domicile à l’âge de 43 ans.

    Ce fléau n’est pas « inéluctable », affirme l’édile, qui pointe la responsabilité de l’État, des institutions et des collectivités territoriales, mais aussi la responsabilité citoyenne. Pour donner de la visibilité aux actions menées au quotidien par les associations et les acteurs locaux, la Ville et ses partenaires du CISPD ont construit un programme riche et ambitieux.

    Aller vers

    Jeudi, le van Nina Simone du CIDFF PACA sera stationné au marché de Jonquières puis devant le centre social du Mas de Pouane pour aller au-devant de celles qui n’osent pas franchir une porte ou demander de l’aide. Rebecca Guyot-Kaboré, la conductrice du véhicule, explique : « Ma mission est de sillonner le territoire pour sensibiliser les publics à l’égalité entre les femmes et les hommes et d’orienter les victimes vers les partenaires adaptés si elles se présentent à moi. La lutte contre les violences faites aux femmes est vraiment un enjeu sociétal et de santé publique. L’aller vers est indispensable. »

    Des actions de sensibilisation auprès des jeunes, des temps d’échanges et des expositions sont également proposées. Le film Black box diaries sera par exemple projeté ce mardi à La Cascade devant des lycéens. La population pourra se retrouver vendredi soir à 19h au centre social Jacques Meli pour discuter. Une exposition conçue comme un outil pour comprendre les mécanismes de violence au sein du couple est également visible au sein de l’hôtel de ville jusqu’au 28 novembre. Le programme complet est à retrouver sur le site de la Ville.

  • [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    Depuis le 15 octobre, l’exposition TransUrbaNîmes investit les murs de la Faculté d’éducation de Nîmes. Présentée dans le cadre de la mission photographique Regards sur la Ville, cette édition 2025 réunit dix artistes gardois autour d’un thème aussi poétique qu’essentiel : les métamorphoses urbaines. Cinéma disparu, collège fantôme, sites industriels ou quartiers en reconstruction… leurs œuvres racontent une ville en perpétuel mouvement. Le 4 novembre, les visiteurs avaient pu rencontrer les artistes lors d’une soirée d’échanges organisée par NegPos, structure à l’origine du projet. Pour Patrice Loubon, son directeur artistique, « TransUrbaNîmes interroge les états transitoires de notre espace urbain, les traces qui résistent et celles qui s’effacent ».

    L’urbanisme en transition

    De la démolition des tours de Pissevin captée par Jocelyn Banabera à la fermeture du cinéma Le Forum, immortalisée par Chantal Auriol, chaque série d’images documente un morceau de mémoire. Gwenaëlle Bourriaud explore la poésie du quotidien dans le même quartier, tandis que Marcelle Boyer saisit l’atmosphère d’un collège déserté. Sarah Malclès s’attarde sur la mobilisation citoyenne face à la bétonisation de certains secteurs, et Yann Roubeau fixe sur pellicule les vestiges industriels du site de la Sernam. Entre regards documentaires et approche sensible, TransUrbaNîmes dresse le portrait d’une cité en mutation, où la photographie devient archive vivante d’un patrimoine souvent éphémère. Une exposition à la fois esthétique et citoyenne, qui rappelle combien les images peuvent préserver ce que la ville efface.

    Jusqu’au 15 janvier 2026
    à la Faculté d’Éducation de Nîmes (62 rue Vincent-Faïta). Entrée libre du lundi au vendredi, de 9h à 17h. Fermeture du lundi 22 décembre 2025 au 5 janvier 2026

  • [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    En pénétrant dans la première salle d’exposition du musée de la Vieille Charité, le visiteur plonge dans l’Antiquité. « À la genèse de ce projet, on a un ensemble de pièces archéologiques originaires du Yémen qui ont été offertes aux musées de Marseille par la Compagnie des Messageries maritimes et par la famille Riès, présente Ann Blanchet, conservatrice en chef du patrimoine au sein des Musées de Marseille, dont cette magnifique dalle en albâtre, fragment d’un trône du VIIe siècle avant JC, venue d’un temple au sein du royaume de Saba », ajoute-t-elle. « Pour la première fois à Marseille, c’est l’occasion de présenter cette civilisation qui s’est épanouie au Sud de la péninsule arabique et avec laquelle il n’y a cessé d’y avoir des interactions. » Les prêts ont été consentis par le Louvre et par des grands musées européens tel que le British Museum.

    Quatre salles d’envergure, quatre espaces-temps qui remontent le fil de l’histoire. Les œuvres exposées témoignent des influences culturelles, sociales, économiques qui se sont tissées entre Marseille et la ville portuaire d’Aden. Dès le premier millénaire avant notre ère, les routes caravanières reliaient le sud de l’Arabie au monde méditerranéen et mésopotamien. L’écriture, centrale, y revêtait des formes originales et artistiques, au point que des marchands découpaient et revendaient les inscriptions esthétiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces territoires deviennent projections de fantasmes exotiques. Le développement de la consommation de café, d’encens, les rend attractifs. L’Alcazar de Marseille a fait le prêt de manuscrits retraçant les expéditions d’explorateurs sur ces terres de plus en plus cosmopolites. Le Yémen deviendra société coloniale, notamment sous l’influence d’Antonin Besse, homme d’affaires français au XIXe siècle.

    Rimbaud au Yémen

    Il y a des pièces inattendues. « Rimbaud a porté cette montre à gousset. Et nous avons ici l’un des rares portraits de l’artiste », explique Juliette Honvault, chargée de recherche à l’Institut de recherche et d’études sur les Mondes arabes. « Rimbaud a atteint le port d’Aden en août 1880 avant de s’associer avec de puissants hommes d’affaires européens sur place », développe-t-elle. L’exposition se poursuit avec la période industrielle. « La main-d’œuvre yéménite bon marché était embauchée dans les cales de navires marseillais, poursuit Juliette Honvault, ce qui a donné des destinées rares comme celle du yéménite Hayel Saees An’am qui finira par construire un groupe industriel avec ses compétences accumulées. » Il rentrera au Yémen et continuera de nourrir le lien en faisant connaître Marseille.

  • Une plainte inédite contre l’amiante dans le bâti scolaire

    Une plainte inédite contre l’amiante dans le bâti scolaire

    « L’omerta, le déni et les mensonges, ne peuvent plus durer. » Devant le palais de justice de Marseille, Nathalie Laclau, présidence de l’Avalé 13 (Association des victimes de l’amiante dans les locaux de l’éducation des Bouches-du-Rhône) tire la sonnette d’alarme sur un « scandale sanitaire » dans le bâti scolaire. Entourée de représentants syndicaux d’enseignants, d’agents territoriaux, d’association de parents d’élèves, elle dénonce : « Il n’y a jamais eu de politique d’éradication de l’amiante dans les locaux scolaires depuis son interdiction. Mais le bâti s’est usé et libère immanquablement des fibres d’amiante. »

    D’où un dépôt de plainte inédit, contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, auprès du procureur de la République du pôle santé publique de Marseille, ce mercredi par la dizaine d’organisations et les plusieurs dizaines de parties civiles réunies sous la même bannière pour cette action. L’objectif affiché est simple : « Demander justice et faire la lumière sur les responsabilités politiques et institutionnelles. Que plus personne ne puisse se défiler sans rendre des comptes », résume Arnaud Dupleix pour la FCPE 13. Pour les travailleurs des établissements scolaires comme les parents d’élèves, la présence d’amiante et leur exposition ne font aucun doute. « Il y a eu des droits de retrait et des mobilisations d’ampleur dans plusieurs établissements sur la question », rappelle Laurence Rouvière, pour le Snudi-FO. « L’éducation et les collectivités territoriales refusent de se confronter à l’ampleur du phénomène », abonde Sébastien Fournier, pour la FSU-SNUipp.

    « Des expositions passives et actives »

    Et s’ils posent la question de la responsabilité, c’est car le collectif fait face à un labyrinthe institutionnel où se mêlent l’intervention de l’Éducation nationale et les compétences des collectivités territoriales sur le bâti scolaire : les écoles dépendent des communes, les collèges du Département et les lycées de la Région. « On a 12 exemples : des écoles maternelles et élémentaires, des collèges et un lycée dans les Bouches-du-Rhône où il y a une défaillance dans la production et la communication des diagnostics techniques amiantes. Ils sont parfois inexistants, parfois incomplets », précise Me Julie Andreu qui porte le dossier. Avant de conclure : « Il y a des expositions actives et passives : quand on est enseignant et qu’on perce un mur, on peut être exposé à l’amiante. Quand on est élève et qu’on dort dans une salle où il y a des dalles de plafond dégradées et amiantées, on n’est pas informé.»

  • Une exposition à Marseille pour lever des fonds contre le cancer

    Une exposition à Marseille pour lever des fonds contre le cancer

    En ce mois sans tabac, un laboratoire pharmaceutique, Bristol Myers Squibb France, propose une exposition pour briser le tabou autour de cette maladie. « Tout le monde sera touché par le cancer, de près ou de loin », campe Frédérique Saas, directrice des Affaires Corporates de Bristol Myers Squibb France, laboratoire pharmaceutique à l’origine du projet et qui consacre 80% de ses recherches au cancer, « et le tabac est le premier facteur de risque », 8 cancers sur 10 y étant liés.

    Récolter 100 000 euros pour la recherche

    Une semaine durant, trois espaces mêlant art et sciences sondent les origines de la maladie, l’immersion et l’espoir car d’« incroyables préventions thérapeutiques sont à venir tels que les immunothérapies, les car-T », explique Frédérique Saas. L’artiste marseillais Gaetan Marron y présente des œuvres inédites : « l’inspiration », souffle de vie, devient cellule cancéreuse qui explose, sons, lumières, papillon suspendu dans les airs…

    Chaque entrée, visite sur le site #InspireForCancer et interaction sur les réseaux permettront de mobiliser 0,10 euro. Bristol Myers Squibb France fait le pari de récolter 100 000 euros. Pour Frédérique Saas, l’« objectif financier est atteignable ». « L’opération, certes éphémère, oriente directement vers nos réseaux sociaux. De plus, les visiteurs ont le sentiment de faire une bonne action en entrant dans l’exposition », ajoute-t-elle optimiste. Les fonds seront directement reversés à l’Institut Paoli-Calmettes et à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille pour un projet public de recherche sur le cancer. L’opération prend sa source à Marseille en raison de ces deux centres scientifique d’excellence.

    Gratuit. 10h-17h. 41 rue Montgrand (6e).

  • Une autre image de Damas chez Negpos

    Une autre image de Damas chez Negpos

    Lancé en pleine période Covid, le festival Villes invisibles se pérennise à la galerie Negpos de Nîmes malgré la « diminution impressionnante des membres permanents de l’équipe due principalement à la disparition intégrale des emplois aidés », précise Patrice Loubon, le directeur artistique de la galerie.

    Pour autant, le festival renouvelle sa proposition d’éclairer les villes invisibles autour d’une exposition du photographe arlésien Jean-André Bertozzi, qui s’était rendu à Damas, capitale de la Syrie, en 2005, six ans donc avant la révolution avortée suivie par l’émergence de l’État islamique, la guerre civile et la chute de Bachar El-Assad fin 2024. « On a beaucoup entendu parler de cette ville ces 15 dernières années, mais ici, on se plonge dans la période précédant les Printemps arabes où l’on peut percevoir que quelque chose va se passer. Il y a comme une tension sourde dans ces photographies, qui révèle une explosion imminente », résume Patrice Loubon.

    « Tourner la page »

    Avec cette exposition, Negpos se projette désormais sur la suite après une année 2025 marquée par les actes de vandalisme contre l’exposition « Benzine Cyprine », de Kamille Levêque Jégo, fin avril, quinze jours après son inauguration. Suite à ce saccage, la galerie avait été contrainte de revoir son programme pour accueillir à nouveau cette exposition féministe jusqu’au 15 octobre dernier. « L’enquête est au point mort. Le principal suspect doit être convoqué prochainement mais il manque des preuves concrètes même si cette personne nous avait plusieurs fois menacés. Mais nous sortons enfin de ce tunnel et « Villes invisibles » a permis de tourner la page », confirme le directeur artistique de Negpos.

    Désormais tourné vers l’avenir, Patrice Loubon connaît déjà le thème de la 7e édition du festival de l’an prochain : « Ce sera Gaza parce que c’est obligatoire. Ce sera le travail d’une photographe grecque avec un jeune Gazaoui qui a déménagé au Caire. Cela évoquera aussi ce jeune photographe palestinien car nous ne voulons jamais détacher l’urbain de l’humain ».

  • Hommages aux Poilus à Marseille

    Hommages aux Poilus à Marseille

    « Garantir la sécurité, la liberté et la dignité de chacun, ce projet porte un nom : la République » a réaffirmé ce mardi 11 novembre Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants par la voix d’Isabelle Epaillard, préfète des Bouches-du-Rhône par intérim, qui a lu son message lors de la cérémonie d’hommage aux combattants de la Première guerre mondiale. Députés, sénateurs, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), la présidente de la Métropole, Martine Vassale (DVD) et les autorités militaires se sont réunis devant la porte d’Aix en fin de matinée. Cadets de Marseille et élèves de 3e du collège Mallarmé étaient également présents, assurant la lecture des poèmes « Mon enfant »,, « 1914 », « Les tranchées » de Fabienne Berthomier ou de « La dernière lettre écrite à ses élèves par l’Adjudant Henri Boulle. »

    Dans l’après-midi, c’est au carré militaire du cimetière Saint-Pierre que se sont retrouvés des élus de la majorité départementale, sous l’égide de la présidente Martine Vassal qu’une cérémonie a eu lieu avec un hommage à Gaston Castel, architecte de la Ville de Marseille et des Bouches-du-Rhône, qui a réalisé plus de 270 bâtiments dont la crypte du cimetière, l’opéra de Marseille ou encore les Baumettes… Mais dont on sait moins qu’il fut mobilisé dès septembre 1914, combattit à quelques encablures de Verdun avant d’y laisser un oeil. Une gueule cassée qui plus tard n’hésitera pas à s’engager dans la Résistance…

    La crypte est d’ailleurs ouverte au public gratuitement tous les jours jusqu’au dimanche 16 novembre, avec une exposition, organisée par les Amis du Vieux Saint-Marcel, le comité de Marseille du Souvenir français et l’association républicaine des anciens combattants de Saint-Marcel.

  • Réparer et transmettre l’histoire du Cambodge après les Khmers rouges

    Réparer et transmettre l’histoire du Cambodge après les Khmers rouges

    Cinquante ans après la prise du pouvoir de Pol Pot pour installer un régime criminel au Cambodge de 1974 à 1979, la Ville de Martigues accueille une exposition de photographies de Micheline Dullin réalisées entre 1958 et 1964.

    Avant le vernissage samedi dernier, une table ronde fut organisée au sujet de la réparation et de la transmission de cette histoire du Cambodge, animée par Françoise Verna, rédactrice en chef adjointe de La Marseillaise.

    Méas Pech Métral y était, à 14 ans. Aujourd’hui écrivaine, elle estime que le travail de mémoire est « difficile quand il faut réparer une déchirure telle que celle du peuple khmer ». Mais est-ce qu’aujourd’hui les jeunes générations ont réussi à s’approprier leur histoire ? « Très peu », affirme l’autrice, prenant l’exemple d’« un journaliste de 27 ans qui croyait que le Cambodge n’avait jamais connu le protectorat français, les Khmers ou les Vietnamiens ». « En Europe, il y a des parents qui n’en parlent pas. Ça fait 50 ans mais la cicatrice reste à jamais. Pour pouvoir témoigner, écrire, il faut des psys, mais on n’a jamais eu tout ça », complète Méas Pech Métral.

    La culture comme vecteur

    Dara Thong, entrepreneur français d’origine cambodgienne, souligne le rôle du film La Déchirure de Roland Joffé dans sa découverte de la période. « Ça m’a traumatisé, j’étais enfant quand je l’ai vu. C’est trop dur à accepter, surtout à cet âge. » « C’est important de connaître son histoire, surtout quand on est Cambodgien. Car au pays comme en dehors, on peut être assimilé à ce régime. Certains effacent ce passé, d’autres ont besoin de se réapproprier son histoire et sa culture. »

    À chacun sa manière de recoudre la plaie.

  • [Portrait] Nine Antico, virtuose de la bande dessinée avec « Une obsession »

    [Portrait] Nine Antico, virtuose de la bande dessinée avec « Une obsession »

    « Amour de la Méditerranée »

    Née il y a 44 ans à Aubervilliers d’un père italien venu des Pouilles et d’une mère française d’origine espagnole, Nine Antico vit à Marseille depuis dix ans et y travaille dans un vaste appartement du centre-ville transformé en atelier qu’elle partage avec onze autres femmes chacune créatrice dans son domaine, autrices, réalisatrices, traductrices ou graphistes, ce qui permet des confrontations d’idées et une ouverture d’esprit alors que le travail de la BD est « tellement solitaire ». Une zone non mixte « non voulue mais qui s’est faite toute seule ».

    C’est « par amour et amour de la Méditerranée » que cette « raconteuse d’histoire » a posé ses pinceaux et ses feutres dans la cité phocéenne en quittant Paris où elle avait débuté tout en ayant des boulots alimentaires en publiant des fanzines, une volonté de dessiner qui vient de l’enfance à laquelle s’est ajoutée celle de raconter des histoires, d’abord chez des éditeurs indépendants puis chez Glénat, Dupuis ou Dargaud. Ce qu’elle fait également à travers l’image puisqu’elle est réalisatrice de trois courts-métrages et d’un long Playlist et qu’elle en prépare un autour de sa ville d’adoption où elle anime également des ateliers à la maison d’arrêt des Baumettes. Une cité où elle retrouve des ambiances de vacances familiales dans le sud de l’Italie, évoquées dans Une obsession et le mélange qu’elle a connu et apprécié à Aubervilliers et qui est « le vrai visage de la France ». À Marseille, elle retrouve également avec le côté latin « un rapport au temps différent dans une ville qui pousse à se rendre disponible, à s’accorder plus de temps libre ». Tout en ayant une autodiscipline féroce pour s’atteler à la table à dessin, « être sa propre secrétaire » et mener plusieurs projets éditoriaux de front sur plusieurs années. Pour un lectorat intéressé par la BD d’auteur d’abord essentiellement féminin et qui aujourd’hui, comme elle le voit en dédicace, compte de plus en plus d’hommes et qui de façon générale « soutient à fond mon travail ».

    C’est en 2008 qu’elle bascule comme autrice professionnelle de bande dessinée, son style évoluant depuis « sans que je ne le décide ». « Mes inspirations sont autobiographiques, la chronique d’instants de vie autour de moi, le réel, des conversations, des phrases qui peuvent sortir de manière commune mais qui avec le travail prennent un autre sens », raconte-t-elle. « C’est ce décalage, cet humour qui m’intéresse. »

    La cause des femmes

    La cause des femmes et le point de vue féminin sont aussi au centre de son œuvre où les questions comme le désir, la sexualité, la représentation de soi et la difficulté plus grande de la liberté chez les filles que chez les garçons sont abordées de manière crue et frontale sans jamais sombrer dans la vulgarité ou le voyeurisme mais de façon politique sans avoir l’air d’y toucher. Elle va par ailleurs participer au boycott du prochain Festival d’Angoulême, la Mecque de la BD européenne mais dont la direction est aujourd’hui fortement contestée par les auteurs.

    « Ces questions étaient là à la base, cette interrogation sur la liberté que les filles devaient payer de quelque chose que les garçons ne payaient pas. C’était une rage, une envie irrépressible sur laquelle je revenais toujours », se souvient-elle. « Aujourd’hui, je suis un peu un tank et je sais que je suis chanceuse d’être publiée et d’avoir une résonance. J’aime bien dire les choses telles qu’elles sont, ce qui n’est pas déguisé, avec les gens qui m’entourent on a ce franc-parler. Mes BD sont à la fois très directes mais ont aussi une manière détournée, ce que l’on retrouve par l’utilisation du masque et de l’ellipse : je ne montre pas tout ce que je dis et les mots utilisés sont à la fois directs et très choisis. Le dessin vient ensuite finaliser l’envie de texte et d’histoire. »

    Évoquant des passages extrêmement durs de sa biographie qu’elle « n’aurait pas pu écrire sans masque », l’autrice reconnaît que mettre des mots lui a fait du bien. Même si la dimension artistique a pris le dessus sur l’aspect psychologique et que les difficultés ont été surmontées « avec de la distance dans le temps et une volonté de dénouer quelque chose ». « Ma mère m’a trouvée courageuse et ça m’a fait beaucoup de bien », résume-t-elle.

  • Plongée au cœur des profondeurs à Montpellier

    Plongée au cœur des profondeurs à Montpellier

    Une plongée au cœur des profondeurs aux côtés de ce natif de Montpellier passionné par le patrimoine marin, qui a bâti son œuvre en dialogue constant avec la Méditerranée, qu’il explore depuis plus de trente ans.

    Auteur de quatorze ouvrages photographiques et lauréat à quatre reprises du prestigieux prix Wildlife photographer of the year, décerné par le Museum d’histoire naturelle de Londres, Laurent Ballesta « incarne un regard à la fois scientifique et poétique sur le monde marin ».

    Présentée sur le stand de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, cette exposition constituée d’une trentaine de photographies propose une immersion dans des mondes marins proches comme l’étang de Thau ou la côte méditerranéenne, mais aussi lointains comme l’Antarctique ou la Polynésie. « Le titre, “Loin du ciel, et parfois près d’ici”, souligne l’idée que l’émerveillement ne réside pas nécessairement dans l’exotisme, mais peut se trouver à notre porte. Cette démarche rejoint la thématique d’Art Montpellier 2025, qui met le cap sur le voyage, en invitant les visiteurs à explorer de nouveaux horizons à travers l’art contemporain », expliquent les organisateurs de la manifestation. Être accueilli dans le milieu de l’art constitue, pour Laurent Ballesta, une reconnaissance particulière. « Si l’art peut sublimer la réalité, il existe aussi une réalité sublime, celle de la nature. Mes photos sont très figuratives parce que le monde sous-marin est déjà complexe à lire. Mon effort, c’est de rendre ces créatures visibles et compréhensibles, sans ajouter une couche d’interprétation qui risquerait de brouiller la lecture », précise-t-il. Cette exposition s’inscrit dans une série d’événements dédiés à l’art et à la nature, avec une exposition Mers et Mystères qui a été présentée jusqu’à fin septembre au Musée de la photographie Charles Nègre à Nice et une autre prévue au Festival international de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der (20-23 novembre).

    * Parc des expositions de Montpellier.