Tag: Europe

  • La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    À la tribune du 54e congrès de la CGT, pour cette deuxième journée de débats, on retrouve plus d’une douzaine de syndicalistes venus du monde entier : Amérique du Sud et du Nord, Asie, Afrique ou encore Europe. L’objectif est clair : « Nous construisons l’internationale du monde du travail face à l’internationale de la haine », comme le plaide Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.

    Et que les syndicats s’enrichissent mutuellement de leurs expériences face au fascisme. Quand Maurizio Landini, pour le syndicat italien CGIL, juge que « toutes les dimensions de la mondialisation ont dégradé nos conditions de vies », son homologue espagnole, Christina Faciaben, pour la CCOO, abonde : « L’inégalité économique a été le terroir de l’extrême droite en Espagne. » Si le premier constate que « la concurrence entre les travailleurs se traduit par des divisions », la seconde note que l’extrême droite s’en nourrit et « polarise la société » pour mieux « défendre les élites ».

    De quoi faire écho à l’analyse de l’Amérique sous Trump par Nick Allen, pour l’organisation syndicale états-unienne SEUI : « Les digues sautent tous les jours : les milliardaires américains sont aux astres, l’état de droit perdure à peine. » Mais il n’est pas désabusé pour autant : « Un syndicat fort est la seule chose qui compte lorsque tout s’écroule. L’offensive, c’est garder le cap de la construction d’un syndicat capable d’imposer de la démocratie sociale. » Le cheminement est le même pour le militant brésilien Antonio Lisboa, de la CUT : « L’extrême droite est en recrudescence depuis 2008, cette crise structurelle du capitalisme. C’est la raison pour laquelle on a une alliance entre le monde financier et l’autoritarisme. Pour contrer le fascisme, il faut donc s’attaquer aux maux du capitalisme. »

    Une alliance mondiale

    Une chose est sûre, c’est que tous s’accordent pour un travail commun contre cette montée. « L’extrême droite est un défi mondial, il est essentiel de mettre l’accent sur les alliances des syndicats à l’international », réclame Christina Faciaben. Son homologue italien est d’ailleurs venu avec une série de propositions : « Le monde du travail doit réinventer une nouvelle vision à l’international. Le capitalisme a des approches radicales, nous devons l’être aussi. » Encore une fois, Nick Allen fait la synthèse : « L’antidote à ce poison est un programme de justice économique et sociale international. Ce congrès est un pas de plus dans la construction d’une internationale ouvrière. » Il s’appuie sans doute sur le constat réalisé par Magdalena Chojnowska, pour le syndicat polonais Opzz : « Un travailleur à Varsovie a plus de points communs avec un travailleur à Marseille qu’avec ceux qui cherchent à nous diviser. Il faut une coopération internationale plus forte. »

    Ce sont les représentants de deux pays du Sud qui résument l’envie partagée de ce meeting. « Les droites s’unissent par intérêt, ne nous divisons plus », tonne Roberto Baradel pour le syndicat argentin CTA-A, quand son camarade indien Gautham Modi, du NTUI, appelle à « construire une coalition syndicale à travers le monde ».

    La Palestine mise à l’honneur

    C’est toute la CGT qui a fait corps avec le peuple palestinien, ce mardi, à l’occasion de prises de paroles de Youssef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France. « Notre relation est historique, ancienne, ancrée dans la lutte du peuple palestinien pour ses droits. Nous avons des valeurs communes », a loué cette dernière.

    La délégation a été reçue avec la manière : applaudissements à tout rompre par l’ensemble des délégués debout.

  • Les choses sérieuses vont commencer pour le Rouet

    Les choses sérieuses vont commencer pour le Rouet

    Après un ultime match de préparation face à la sélection des Bouches du Rhône (4 – 4), les Rouegasques ont pris la direction de Verano Brianza.

    C’est au cœur de la Lombardie, à quelques kilomètres de Milan, que les hommes au maillot jaune s’apprêtent à vivre leur premier grand rendez-vous international. Une participation à l’Euro 2026 de la Conifa, la fédération des micro-nations du football.

    « Un vieux baron a dit, au XIXe siècle, que l’important était de participer. Je lui réponds que non. L’important, c’est gagner. Et c’est ce que nos gars vont faire ! » Pierre Ie, prince du Rouet, résume la confiance qui anime le groupe de Lucien Jaselme.

    Celui qui, dans sa jeunesse, a évolué en Ligue 2 à l’AS Aixoise, et connu quelques sélections en équipe de France juniors, sous les ordres d’un certain Georges Boulogne, a su trouver les ingrédients pour construire un groupe solide et solidaire. Un groupe capable de se qualifier pour une phase finale d’un tournoi majeur après moins d’un an d’existence.

    Pour déterminer le groupe qui ira en Lombardie, il a testé une centaine de joueurs. « Notre inscription à la Conifa a été acceptée, grâce à notre dossier qui était en béton », souligne-t-il. Alors que l’Alsace et l’Occitanie ont été recalée, le Rouet a pu se lancer dans les éliminatoires. Terminer invaincu et décrocher la timbale.

    «C’est un plaisir de travailler avec un tel groupe. Les gars sont sérieux, ils se sont préparés comme des pros, et c’est un véritable plaisir que de les retrouver pour lancer l’aventure de l’Euro» poursuit le sélectionneur national.

    Le Tessin en ouverture

    C’est au Beach café de la plage du Rouet qu’a eu lieu la dernière réunion, avant le grand départ. C’était l’occasion de présenter aux partenaires les 20 joueurs qui composent la sélection nationale. Et d’évoquer l’objectif sportif.

    «Sur ce que j’ai vu lors des derniers matches de préparation, mes joueurs sont très affûtés. Je peux donc dire que nous y allons pour rapporter le titre» insiste Lucien Jaselme. Pour lui, «tout va se jouer sur le premier match. Le gagner nous lancerait idéalement dans la compétition».

    Un premier match, mardi à 14 heures, face au Tessin. Une équipe qui fut leur premier adversaire lors des éliminatoires et que les Rouegasques avaient nettement dominé. «C’est Chypre du nord qui sera déterminant», poursuit le sélectionneur. «Ce sont les favoris, ils ont quelques joueurs évoluant en D1 turque». Réponse jeudi, à partir de 17h30. L’autre groupe se compose du Groenland, la Padanie et la Rhétie. Le premier de chaque groupe sera en finale. Pour les autres, suivront des matches de classement, le samedi.

    Trente accompagnateurs vont faire le voyage avec les joueurs. Pour les autres supporters rouegasques, une fan zone sera mise en place au Beach café sur la plage du Rouet. Quant aux rencontres, elles seront diffusées sur le site Conifatv.com

    Après l’Euro, la Principauté du Rouet songe au Mondial

    Pour les dirigeants de la sélection nationale du Rouet, participer à l’Euro des micro-nations n’est qu’une étape.

    Ils souhaitent ancrer leur formation, et leur nation, dans le paysage sportif et la géographie mondiale. Ainsi, après l’aventure en Padanie, d’autres projets sont sur le grill. Une tournée au Groenland est ainsi dans les cartons, ainsi que l’accueil de l’équipe du Penjab.

    Jérôme Baboulet et ses collègues travaillent également à organiser un match amical face à une sélection nationale Fifa, ce qui serait une première dans l’histoire de la Conifa. Enfin, la Principauté souhaiterait organiser la Coupe du Monde sur la Côte Bleue. Peut-être dès 2028.

  • Des vérités qui dérangent

    Des vérités qui dérangent

    L’avènement de l’intelligence artificielle crée un nouvel univers paradoxal. Il est en capacité de noyer chaque individu sous un raz-de-marée de posts, images, messages, dont la véracité n’est pas avérée,
    met à mal et fragilise l’ensemble des rédactions puisqu’il représente une menace concrète pour de multiples fonctions et métiers et exige, dans le même temps, un surcroît de journalisme, pour vérifier et valider -ou non- les dites « informations ». À cela s’ajoute le jeu des algorithmes, maintes fois dénoncé lors des récentes campagnes électorales, comme vecteur d’un entre-soi qui fait fi de la moindre vérification. L’abandon successif du fact-checking par Twitter puis Facebook en dit long sur cette volonté d’ouvrir les vannes de la « liberté d’expression » qui, aux États-Unis, permet à chacun de dire tout et son contraire, sans les limites légales qui existent -encore- en Europe.

    Une boîte de Pandore

    Une boîte de Pandore, une faille abyssale dans laquelle se sont engouffrés les manipulateurs, les tenants d’une « vérité » parallèle et alternative, qui préfèrent tout bonnement remettre en question un raisonnement cartésien pour faire la part belle aux « croyances ». Donald Trump a lui-même enfermé ses fans et followers via son propre média dans un monde de post-vérités, à l’instar d’un vaste mouvement d’extrême droite passé à l’offensive médiatique en multipliant les saillies complotistes ou climatosceptiques.

    À côté de ça, des dizaines de journalistes sont morts cette année, tués par balles ou par des bombes, pour démêler le vrai du faux, rapporter simplement le témoignage du réel. Celui qui dérange.

  • [Entretien] Vincent Boulet (PCF) : « Redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international »

    [Entretien] Vincent Boulet (PCF) : « Redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international »

    La Marseillaise : Quel message avez-vous envie de porter aujourd’hui ?

    Vincent Boulet : Je veux parler de paix. Parce qu’elle est, aujourd’hui, comme le disait Jean Jaurès, « la mère de toutes les batailles ». Elle permet de lutter contre la domination impérialiste et les concurrences capitalistes qui provoquent les guerres, de poser la question de l’émancipation démocratique et sociale, car il n’y a pas de paix sans progrès social ni de progrès social sans paix. Et puis, ça permet d’aborder le positionnement de la France dans les crises internationales. En perdant les outils de sa politique d’indépendance, la France est devenue inaudible et vassale de l’Otan et des États-Unis. Donc la question, c’est comment redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international.

    Comment fait-on pour peser
    sur cette question avec une gauche affaiblie, en France et en Europe ?

    V.B. : Au PCF, nous pensons que la question est de savoir sur quelle base on reconstruit une gauche à l’offensive sur les questions sociales et sur celle de la république que nous voulons. Est-ce qu’on veut un État désindustrialisé, sans vision ni poids sur les questions internationales, ou en position de peser ? Ça fait longtemps que les communistes disent que l’Otan n’est pas un outil pour la sécurité mais un outil de guerre et d’ingérence et on le voit aujourd’hui avec les injonctions à porter les dépenses militaires à 5% du PIB ou les menaces de Trump contre ses membres. Donc nous militons pour la sortie de l’Otan, ce qu’avait fait le général de Gaulle en sortant du commandement intégré en 1966 et nous posons aussi l’exigence d’un autre ordre de sécurité collective en Europe sur la base de l’esprit de la conférence d’Helsinki de 1975. Ce sont des sujets que nous portons, notamment via des événements comme la Fête de La Marseillaise.

    Sous-entendez-vous la création d’une Europe de la défense ?

    V.B. : Non, car elle serait soumise à l’Otan. L’UE a renforcé sa vassalisation envers l’Otan et les États-Unis, et après plus de quatre ans de guerre en Ukraine et plus d’un million de morts à nos frontières, elle a été incapable de prendre la moindre initiative diplomatique et pire, provoque des tensions. Donc une Europe de la défense ne peut pas exister et encore moins une armée européenne. Ce que nous voulons, c’est une Europe de la sécurité collective, impliquant que la sécurité d’un peuple ne peut pas être assurée contre celle du peuple d’à côté. C’est le principe de l’indivisibilité de la sécurité. Et les peuples européens de l’Atlantique à l’Oural ont des intérêts communs à la paix et à la sécurité.

    En termes de souveraineté, la hausse de 36 milliards d’euros de la loi de programmation militaire
    ne va-t-elle pas dans ce sens ?

    V.B. : Non, elle ne répond pas à ces enjeux-là car elle reste, là aussi, dans une logique de soumission à l’Otan et de renforcement de la militarisation. La défense nationale doit retrouver son indépendance en sortant de l’Otan, en rebâtissant un pôle public industriel de défense, et au service d’objectifs politiques de paix. Mais on n’oppose pas les choix souverains des peuples à la nécessité des coopérations. Au contraire, l’un ne va pas sans l’autre. C’est justement en reconquérant des outils de souveraineté que la France pourra rebâtir des politiques de coopération selon ses intérêts, mais aussi les intérêts communs à l’ensemble des peuples.

    Un débat sur la paix au programme de l’après-midi

    Quelle défense nationale ? Pour ou contre le nouveau porte-avions ? Quel rôlede la France dans le concert des nations ? Quel chemin pour atteindre la paix ?Vincent Boulet (PCF) a croisé son point de vue avec celui de Richard Roméo-Giberti (UD CGT 83). Un débat de haute tenue salué par l’assistance. Photos M.E.H.

  • [Entretien] Gaby Charroux : « J’interpelle le président pour protéger nos industries »

    [Entretien] Gaby Charroux : « J’interpelle le président pour protéger nos industries »

    Le projet Carbon de giga-usine de panneaux solaires à Fos-sur-Mer, avec les 3 000 emplois promis, est abandonné par son porteur, qui dénonce l’absence de protectionnisme de l’Europe sur ses marchés. Le vice-président de la Métropole chargé du développement industriel, réagit.

    La Marseillaise : Comment accueillez-vous cette nouvelle de l’abandon du projet Carbon ?

    Gaby Charroux : C’est un coup de massue. Ce projet suscitait des espoirs énormes dans les perspectives de développement industriel. Ma crainte est de voir, peu à peu, tout le monde reculer et que tout soit abandonné. Certains s’en réjouiront peut-être, mais la situation est plus que délicate. Il ne faudrait pas que d’autres entreprises ou projets soient affaiblis. Je pense notamment à Marcegaglia, qui a des industriels à sa tête, avec des préoccupations industrielles, à la différence de financiers.

    Pensez-vous à une remise en cause du contournement autoroutier de Port-de-Bouc ?

    G.C. : Celui de Port-de-Bouc, comme la liaison Fos-Salon, j’espère qu’ils n’auront pas de plomb dans l’aile. Le dynamisme apporté par ces nouvelles entreprises a montré une nouvelle considération de notre territoire, une quasi-presqu’île avec un seul chemin pour accéder à la zone industrialo-portuaire. C’est pour ça que le contournement autoroutier a été envisagé. J’espère qu’il n’y aura pas de recul, pour l’instant et définitivement. Ce serait un renoncement terrible pour le territoire, mais aussi pour la France.

    Les porteurs du projet dénoncent la politique libérale de l’Europe et ses nombreux accords de libre-échange. Est-ce le cœur du problème ?

    G.C. : On nous présentait cette entreprise comme un fleuron, qui allait montrer la puissance de la France face à la concurrence internationale. Je suis quand même surpris que des libéraux parlent comme ça. Ces acteurs veulent l’exclusivité, le contrôle et l’argent public. C’est comme si un pizzaïolo s’installait à Jonquières et se plaignait de ne pas pouvoir travailler à cause de la concurrence. Ma foi, c’est un marché concurrentiel qu’ils ont choisi !

    Alors, on laisse faire ?

    G.C. : Parlons franchement : si on nationalise Arcelor Mittal alors, oui, il faut protéger son marché. Aujourd’hui, on est dans un monde concurrentiel, tant que les lois sont celles du marché, on aurait tort de s’apitoyer. Il ne faudrait pas faire les chevaliers blancs quand cette façon de faire nous met dans le mur. Je remarque quand même que l’Europe se défend moins bien que les États-Unis ou la Chine sur le plan économique.

    L’État a-t-il encore un rôle à jouer pour défendre son industrie existante et en projet ?

    G.C. : L’Opération d’intérêt national sur la zone se cantonne à l’industrie et la mobilité, c’est une question d’indépendance nationale et je compte sur le rôle prépondérant de l’État et sur son influence européenne. C’est lui qui doit défendre cette position. Je pense justement interpeller le président de la République à ce sujet. Nous, sur le plan local, ne pouvons pas grand-chose face aux va-et-vient de l’Union européenne. Il faut rappeler que le rôle de l’état a été déterminant dans ces sujets. Lors de sa visite en 2023, le président déclarait que, pour la décarbonation et le maintien de l’industrie existante, il fallait pouvoir disposer de source d’énergie indispensable – l’électricité – pour ce faire. Je pense à l’indispensable ligne Très haute tension, la THT, même si je regrette l’absence de recherche de solution alternative pour préserver le patrimoine exceptionnel de Camargue.

    Quid de l’attractivité du territoire après un tel rétropédalage ?

    G.C. : La question de l’attractivité dont on se glorifie est soumise à des critères qui nous dépassent largement, que ce soit la commune, la Métropole, le Département ou la Région. La preuve en est avec Carbon : ils parlent de l’Europe. Ça se joue ailleurs.

    Entretien réalisé par Antonin Maja

  • L’usine de panneaux solaires Carbon ne verra pas le jour à Fos-sur-Mer

    L’usine de panneaux solaires Carbon ne verra pas le jour à Fos-sur-Mer

    Nous avons pris la décision d’arrêter le projet. » La promesse de 3 000 emplois directs dans une grande usine de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer, faite par la startup Carbon en 2022, s’est officiellement envolée, ce mardi, avec la publication d’un communiqué de l’entreprise sur ses réseaux sociaux, après plusieurs mois de rumeurs persistantes.

    L’entreprise met en cause la politique européenne de libre-échange. « Un projet d’une telle ampleur exige l’existence d’un marché spécifiquement dédié aux acteurs européens et soutenu par les États membres », affirme-t-elle, en référence à son objectif de production de 5 GW de cellules d’ici 2027.

    Made in Europe… en Inde ?

    Plus précisément, Carbon pointe « l’absence de préférence pour une production photovoltaïque européenne malgré l’affirmation d’une volonté de relocaliser la chaîne de valeur dès 2023 ». Une dynamique confirmée par la loi sur l’accélérateur industriel (IAA), voté par la Commission européenne en mars dernier, qui « élargit le périmètre du Made in Europe à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne, incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l’Inde », repoussant à 2030 une éventuelle préférence européenne.

    C’est dans ce contexte que Carbon jette l’éponge, arguant de « l’absence de visibilité » et de « divergences persistantes entre les États membres » pour créer un marché protecteur, ainsi que l’impossibilité de sécuriser les financements du projet. 100 millions d’euros d’aides publiques avaient été débloqués par l’État via France 2030, ainsi que 70 millions d’euros supplémentaires par la Région Sud et la Métropole.

  • Un cessez-le-feu qui peut exploser à tout moment

    Un cessez-le-feu qui peut exploser à tout moment

    Si le cessez-le-feu annoncé le 8 avril a largement mis un coup d’arrêt à la guerre déclenchée par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran le 28 février, le contexte reste inflammable. Washington a présenté une liste de cinq points, exigeants notamment que l’Iran ne maintient qu’un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d’uranium hautement enrichi aux États-Unis, a rapporté l’agence de presse Fars. Selon cette même source, les États-Unis ont également refusé de débloquer « ne serait-ce que 25% » des avoirs iraniens gelés à l’étranger ou de verser des réparations pour les dommages subis par l’Iran pendant la guerre. De son côté, l’agence Mehr a affirmé que les États-Unis n’avaient accordé à l’Iran « aucune concession tangible », dénonçant « des conditions excessives » imposées par Washington.

    Frappes sur une centrale nucléaire émiratie

    Lundi, la diplomatie iranienne avait indiqué que Téhéran avait appelé, dans ses propositions, à une cessation immédiate des hostilités dans la région, notamment au Liban, ainsi qu’à la levée du blocus imposé à ses ports par la marine américaine. L’Iran a également réclamé le dégel de ses avoirs détenus à l’étranger, visés de longue date par les sanctions américaines.

    Par ailleurs, un incendie s’est déclaré après une frappe de drone près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis, sans faire de blessés ni provoquer de hausse de la radioactivité, ont annoncé dimanche les autorités locales. L’incident survient alors que des monarchies du Golfe accusent l’Iran d’avoir mené des frappes de drones sur leur territoire malgré le cessez-le-feu. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a exprimé « sa profonde préoccupation » dans un message publié sur X. « Toute activité militaire menaçant la sûreté nucléaire est inacceptable », a ajouté le chef de l’agence onusienne.

    Au début du mois, les Émirats avaient déjà imputé à Téhéran une frappe de drone contre une installation énergétique à Fujaïrah, dans l’est du pays, accusation démentie par l’Iran. Téhéran accuse de son côté des pays du Golfe d’avoir permis aux forces américaines d’utiliser leur territoire pour mener des attaques contre la République islamique.

    La tension est encore montée cette semaine après des informations de presse faisant état de frappes menées directement par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite contre l’Iran pendant la guerre.

    Des Européens négocient le passage par Ormuz

    Malgré la trêve, la République islamique continue de bloquer le détroit d’Ormuz tandis que les États-Unis maintiennent leur propre blocus des ports iraniens. La télévision d’État iranienne a affirmé samedi que des pays européens étaient en discussion avec Téhéran afin d’obtenir des autorisations pour franchir cette voie stratégique du commerce mondial de pétrole bloquée depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient.

    « Après le passage de navires en provenance de pays d’Asie de l’Est, notamment de Chine, du Japon et du Pakistan, nous avons reçu aujourd’hui des informations selon lesquelles des Européens ont entamé des négociations avec la marine des Gardiens de la Révolution » pour traverser le passage, a annoncé la télévision d’état sans préciser les noms de ces pays. Le blocage iranien de cette voie maritime par laquelle transite habituellement un cinquième de la production mondiale de pétrole perturbe les marchés mondiaux et confère à Téhéran un levier stratégique.

    CHRONOLOGIE

    1957

    Lancement du programme nucléaire iranien par la signature entre le Shah et les États-Unis en 1957 d’un accord de coopération civile sur l’utilisation pacifique de l’atome nommé « Atome pour la paix ».

    1968

    L’Iran s’engage pour le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qu’il ratifie en 1970.

    1974 Création de l’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran (OEAI) et début de la construction de deux sites industriels atomiques à Bushehr.

    1979

    La révolution iranienne éclate, le programme nucléaire est suspendu. La France refuse de remettre à l’Iran l’uranium enrichi inclut dans l’accord d’Eurodif pour lequel Téhéran a avancé 1 milliard de dollars. Une série d’attentats éclatent. La République islamique créé un centre de technologie nucléaire pour assurer sa propre production.

    2002

    Des opposants exilés iraniens dévoilent l’existence de sites nucléaires jusqu’alors inconnus. Quelques mois plus tard, l’AIEA se rend sur place et demande à l’Iran de prouver qu’elle ne développe pas l’arme nucléaire.

    2015

    Un accord historique est conclu entre l’Iran et le groupe des « 5+1 » (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) après des années de négociations. Donald Trump s’en retire dès son arrivée à la Maison Blanche.

    2025

    Israël déclenche ce qui sera nommé la guerre de 12 jours contre l’Iran qui réplique. Les États-Unis bombardent les sites nucléaires qu’elle dira alors avoir totalement détruits… Jusqu’au déclenchement d’une nouvelle attaque en février 2026.

  • [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    La Marseillaise : Quel est l’état des lieux du trafic aérien ?

    Julien Boullay : Pour l’instant, il n’y a rien d’alarmant. Le trafic est stable par rapport à l’année dernière, malgré des billets d’avion plus chers. C’est lié au fait que le carburant est le premier poste de dépense des compagnies aériennes et que le prix du kérosène a plus que doublé. Pour les compagnies, l’impact est donc phénoménal. Évidemment, plus le vol est long, plus l’impact de la hausse du kérosène est important. Sur un vol d’une heure, ce n’est pas colossal, mais pour un vol long-courrier, ça va être plus important. On voit aussi que les compagnies qui ont suspendu les destinations vers le Moyen-Orient ont reporté les vols sur des destinations plus proches. Certaines, qui ont annulé la Jordanie, l’Arabie-Saoudite ou Israël, ont en revanche ajouté des vols vers la Tunisie ou le Maroc. Par exemple, habituellement, on a un bon trafic pour Tel-Aviv et Beyrouth, mais là, il n’y a plus de vols tout simplement. À l’inverse, pour Le Caire, la demande est toujours là. Sur le plan géographique, ce n’est pourtant pas si éloigné des zones de conflit, mais les gens ne s’en détournent pas. Certaines compagnies ont revu leurs programmes de vols à la baisse, mais ça reste contenu. Il y a des annulations, mais ça reste à la marge. C’est peut-être entre 1% et 2% de vols en moins.

    Et du côté des passagers ?

    J.B. : Quand on regarde du côté de la demande, le sentiment, c’est qu’elle reste solide. Le budget voyage des passagers est sanctuarisé. Les clients, confrontés à des problématiques de pouvoir d’achat, vont faire des arbitrages, mais pas forcément défavorables aux vacances. Certains décideront de rester en France, d’autres de prendre l’avion pour partir moins loin. Donc, la demande est encore là, mais il peut y avoir des changements de destinations. Forcément, le Moyen-Orient souffre un peu, avec un report sur l’Europe ou l’Afrique du Nord. Des gens qui souhaitaient aller à Dubaï, Tel-Aviv ou au Liban vont peut-être se reporter sur le Maroc, l’Italie… On commence aussi à constater une réduction de la durée des vacances, peut-être pour ajuster le budget. On le voit notamment car les passagers restent moins longtemps sur nos parkings.

    Cette situation peut-elle entraîner des annulations de vols ?

    J.B. : Personne n’a intérêt à annuler un vol en dernière minute, surtout pas les compagnies aériennes. Leur intérêt, c’est justement d’anticiper les annulations de vols. S’il y en a, c’est surtout pour des problèmes opérationnels. Elles ajusteront plutôt le nombre de vols en amont. Les compagnies aériennes subissent de plein fouet la situation. Les premières victimes de l’explosion des prix du carburant, ce sont elles. Normalement, on arrive à la période de l’année où elles font leur beurre. La demande est logiquement plus forte l’été que l’hiver, les billets s’y vendent plus cher globalement. C’est cela qui leur permet d’opérer des vols en hiver, qui sont plus compliqués à opérer car il y a moins de demande. Si elles ne gagnent pas leur vie comme elles l’avaient souhaité cet été, il risque d’y avoir un effet boomerang cet hiver. Concernant le manque de kérosène, il n’y a pas de soucis pour les prochaines semaines, mais je n’ai pas de visibilité particulière au-delà.

    Il y a des inquiétudes sur l’avenir économique des compagnies…

    J.B. : Il y a une compagnie américaine qui a coulé la semaine dernière. Spirit Airlines, une compagnie low-cost qui avait tout de même 230 avions. Ce n’est pas rien : il y a peu de compagnies en Europe qui en ont autant. En temps normal, les compagnies aériennes ne dégagent pas des marges énormes. Au niveau mondial, elles gagnent moins de 10 euros par passagers en moyenne. Ça fait des marges toutes petites. Quand il y a une crise de cette ampleur, les comptes passent vite au rouge-vif. S’il n’y a pas un gouvernement pour aider, des actionnaires pour soutenir, ça devient vite compliqué. On entend aussi que les compagnies indiennes ont demandé un soutien urgent à leur gouvernement. Il y a donc un risque à long terme si cette situation perdure : on pourrait avoir une baisse du trafic qui résulte d’une baisse de l’offre, et non pas de la demande. Si ça reste comme ça d’ici la fin de l’année, des compagnies feront faillite.

  • Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Notre projet Azur consiste à relocaliser, en Europe, nos entreprises basées en Chine. Nous allons mutualiser notre ligne de production avec un acteur historique du secteur, le fabricant autrichien, Sonnenkraftun. C’est une décision qui fait suite à la réduction de la TVA, l’an dernier, qui est passé de 20% à 5,5% en Europe », explique Jérôme Mouterde, directeur de Dualsun. Le PDG a cofondé l’entreprise en 2010, avec Laetitia Brottier, sur un concept de panneaux solaires hybrides.

    Trouver sa place

    Implantée à Marseille (13e), l’entreprise se démarque, dès son lancement, avec un prototype innovant. Un panneau solaire qui combine production d’eau chaude et stockage d’énergie. La société se hisse rapidement au rang de leader français dans le marché de l’équipement énergétique en région Paca, puis dans le pays. Son essor correspond à environ 25% de parts de marché dans la couverture en panneaux photovoltaïques des résidences. Cette première réussite lui a permis de se lancer dans un marché plus concurrentiel : celui du panneau photovoltaïque classique. Un secteur déjà largement dominé par les entreprises chinoises, qui représentent aujourd’hui 98% des panneaux solaires importés en Europe.

    Et si « une gamme des panneaux hybrides est aujourd’hui produite en Rhône-Alpes, rappelle Jérôme Mouterde, une partie des sites de production de panneaux solaires classiques a dû être installée en Chine, il y a six ans, pour résister face au géant chinois ».

    « Concurrence déloyale »

    Une délocalisation qui avait été motivée par des coûts de production « 50% plus élevés en France », précise le directeur. Un écart aujourd’hui finalement « rééquilibré » avec cette baisse de TVA à 5,5% au lieu de 20%. C’est cette récente réforme qui l’a poussé à tisser un partenariat avec la société autrichienne historique, une occasion de « participer à la souveraineté énergétique française, estime-t-il, à ce jour bien plus vulnérable que son concurrent chinois », dans le domaine des énergies renouvelables.

    Le PDG s’avoue malgré tout « dubitatif », quant à la durabilité de cette réforme, qu’il espère voir « s’ancrer dans le temps, avec des réglementations plus claires ». Avec toujours l’objectif affiché, à terme, de « s’implanter dans la région ».

  • Hydrogène : un conduit XXL jusqu’à Barcelone

    Hydrogène : un conduit XXL jusqu’à Barcelone

    Ils promettent « une infrastructure stratégique transfrontalière pour l’hydrogène en Europe » dans laquelle Fos-sur-Mer aura toute sa place. Réunis sous la bannière du consortium H2Med, les sociétés espagnole Enagas et françaises NaTran et Teréga présentent leur projet BarMar à la population, ce mercredi, à l’occasion de l’ouverture de la concertation publique, qui s’achèvera le 6 juillet.

    BarMar, pour Barcelone et Marseille. Pourtant, c’est bien à Fos-sur-Mer, dans la zone du Caban, que cette canalisation sous-marine XXL devrait vraisemblablement arriver. Longue de 400 km, elle aura une capacité de transmission de 2 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an, d’ici 2032, soit « un quart de la consommation actuelle en Europe », précise le secrétaire général du projet, François Dedieu. Une station de compression sera installée sur la péninsule ibérique pour collecter la molécule et la pousser dans le tuyau d’un mètre de diamètre, posé dans le fond de la mer, à 120 m de profondeur maximum.

    Une autoroute énergétique prioritaire

    À l’origine du projet, un constat : le Portugal et l’Espagne augmentent significativement leurs capacités de production d’énergie solaire et éolienne et prévoient d’exporter plus de 1,6 million de tonnes d’hydrogène par an, d’ici 2030, « à des prix compétitifs ». De l’autre côté, la demande de certains pays européens, au premier rang desquels la France et l’Allemagne, devrait augmenter.

    « Ce projet répond à deux enjeux : celui de la décarbonation, puisque l’hydrogène renouvelable va contribuer au remplacement des énergies fossiles dans l’industrie ; mais aussi celui de la résilience et de la souveraineté du territoire, puisqu’il va permettre de remplacer les importations par des productions européennes », note François Dedieu.

    Dans les quantités projetées, l’hydrogène vert transporté par BarMar doit permettre d’éviter 1 à 2 milliards de tonnes de CO2 sur la durée de vie de l’installation. « Le bilan carbone de la construction de l’infrastructure représente 0,1% de cette prévision », affirme-t-il. BarMar s’inscrit dans le programme H2Med. Il a été désigné comme une autoroute énergétique prioritaire et reconnue par la Commission européenne comme l’un des projets d’infrastructure hydrogène les plus avancés en Europe. Un statut qui lui permet de bénéficier d’une procédure d’autorisation accélérée.

    Cette canalisation doit « faire émerger tout un tas d’infrastructures hydrogène dans le sud de la France », en se connectant à HySoW, projet qui vise à créer une dorsale de 670 km d’installations de stockage en région Occitanie, reliant les principaux pôles industriels de Bordeaux, Lacq, Toulouse et Port-la-Nouvelle, mais également à Hy-Fen, côté Rhône, et HYnframed, vers Manosque.

    Localement, beaucoup d’acteurs pourraient être alimentés dans le bassin de Fos. « Nous sommes soumis à des contrats de confidentialité, mais les principaux secteurs consommateurs sont la pétrochimie, la chimie et la production d’ammoniaque, confie François Dedieu. Les nouvelles activités comme la production d’acier bas carbone ou de carburants de synthèse en auront aussi besoin. »

    Pour le moment, H2Med est « en plein dans les études environnementales pour avoir un état initial de l’environnement bien détaillé », détaille Thomas Aüllo, directeur du projet BarMar. Mais il annonce déjà que le projet sera « neutre » en phase d’opération. La décision finale d’investissement devrait être donnée en 2029.