Tag: espèces protégées

  • [Exclusif] Hervé Menchon sur l’abattage d’arbres à Marseille: « Je suis horrifié. On est à rebours des enjeux du siècle »

    [Exclusif] Hervé Menchon sur l’abattage d’arbres à Marseille: « Je suis horrifié. On est à rebours des enjeux du siècle »

    La Marseillaise : De nombreux Marseillais et militants associatifs sont choqués par la destruction par les services de la Ville d’une quarantaine d’arbres de haute tige dans la pinède du parc Bonneveine. Comment est-ce possible dans un projet qui vise à renaturer un parc public ?

    Hervé Menchon : Je suis triste et très en colère et je comprends et je ressens l’émotion des gens et des associations. C’est très dur aujourd’hui, en période de canicule, avec ce que l’on sait du dérèglement climatique et de ce qui nous attend. Après, je n’ai pas été impliqué dans ce dossier que je n’ai pas piloté. C’est un parc qui est labellisé EcoJardin et qui impliqué dans le programme « Territoires Engagés pour la Nature » et sur lequel j’attendais justement des réponses de mes services. Aujourd’hui, demain, rien ne sera équivalent à la protection et au maintien des arbres matures qui existent. Ce qui s’est passé, ce n’est juste pas possible ! 2050, c’est dans 24 ans. Les arbres qu’on plantera aujourd’hui n’apporteront jamais la même ombre, la même fraîcheur et ne seront jamais le même habitat que ceux qu’on a abattus. On mettra des décennies à récupérer la continuité écologique qu’apportaient ces arbres. On a détruit une canopée et au-delà un stockage carbone qui freine le dérèglement climatique.

    Au-delà du décompte des arbres abattus, c’est aussi la méthodologie de travail au sein d’une mairie à composante écologique qui est questionnée selon vous ?

    H. M. : Un arbre, c’est un monde. Il n’y a pas une espèce protégée et d’autres espèces qu’on pourrait détruire. Pas aujourd’hui, pas au XXIe siècle. On ne peut pas réfléchir comme ça alors qu’on est en train d’essayer de construire une planète vivable en 2050 et que se pose la question de l’habitabilité de la ville de Marseille en 2050. Ce qui s’est passé est digne de la politique agricole du XIXe siècle ou du productivisme du XXe siècle. On est ailleurs là, on est dans l’espace. On ne peut faire du génie contre la nature. Ça n’existe pas ! On doit faire alliance avec la nature, dès aujourd’hui, partout à Marseille, sur terre, en mer, en ville et pas seulement dans les parcs et jardins. La biodiversité, c’est ça. J’ai une «division» biodiversité, mais qui n’est même pas une direction biodiversité, et qui ne s’occupe pas des parcs et jardins. Je ne peux pas travailler avec ces outils-là aujourd’hui.

    En tant qu’écologiste engagé, je me suis battu pour sauver les 16 arbres du square Lévy, pour sauver la pinède du Roy d’Espagne, les jardins Joseph-Aiguier, le parc de la Mathilde. Je viens de là, moi et je ne cautionnerai jamais l’abattage de 30 à 40 arbres ! Il existe d’autres solutions que l’abattage. Même si on a des rapports d’experts, on peut avoir des contre-expertises. Il y a sûrement un génie humain qui est capable de maintenir les arbres. Alors peut-être qu’il était trop tard, qu’il y a la réalité et le temps administratifs. Il y a eu aussi les élections au milieu qui ont fait que chacun prend ses marques.

    Les associations dont FNE13 ont le sentiment qu’on leur a joué un mauvais tour, d’avoir été pris pour des idiots, en abattant précipitamment en pleine discussion. Vous comprenez ?

    Les associations m’ont sollicité. Je n’ai pas répondu parce que ce n’était pas mon dossier. On m’a mis adjoint à la biodiversité mais je ne suis pas la caution des massacres de la biodiversité. Je veux être adjoint à la biodiversité sinon ça ne sert à rien et je vais à nouveau grimper aux arbres. Même sur le tramway des Catalans, je ne suis pas chaud parce qu’il faut couper des arbres. Aujourd’hui, on aura du mal à avoir des arbres. On ne sait pas si les arbres qu’on plante aujourd’hui vont survivre. On n’aura peut-être pas l’eau pour les arroser avec une température de 50 degrés. Un arbre, c’est du vivant, ce n’est pas un meuble ! Ce n’est pas du mobilier urbain. Avec un arbre, il y a des champignons, des insectes utiles à la vie qui nourrissent des espèces protégées justement. Là, franchement, on est à rebours de mes ambitions, à rebours des enjeux du siècle. Je suis horrifié.

    Est-que cela suscite des discussions au sein de la gouvernance municipale ?

    J’aurai bientôt une réunion avec Perrine Prigent [ndr : adjointe DVG déléguée aux espaces verts qui pilote le dossier]. Je pense que là, une réunion avec le maire de Marseille s’impose. C’est tout le sens de mon engagement politique qui est remis en question aujourd’hui.

    Recueillis par David Coquille

  • Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Plusieurs dizaines de riverains, de membres d’associations dont Extinction Rebellion et des militants LFI, dont Victoire Diethelm et Imran Trocmé, conseiller d’arrondissement dans le 4/5, se sont opposés, lundi matin, à l’abattage de 37 nouveaux arbres du parc public de Bonneveine. La coalition citoyenne Comm’un Possible Marseille s’interroge sur ce marché public de réhabilitation à 2,5 millions d’euros, sans attributaire connu.

    La Ville avait annoncé vendredi l’opération en brandissant une expertise de mars dernier d’ONF Vegetis. « Au total, 37 arbres présentent un niveau de risque élevé de chute, susceptible de porter atteinte à la sécurité des usagers et des riverains », écrit la Ville qui s’engage à planter « 210 nouveaux arbres tiges, d’une hauteur de 3 à 4 mètres ».

    L’annonce a été vécue comme une trahison par le collectif de riverains après déjà 14 arbres abattus. « Lors de la réunion du 10 août en mairie centrale, le directeur général adjoint et l’adjointe en charge des espaces verts, Mme Prigent, s’étaient engagés à nous transmettre la totalité des tests de l’ONF, la liste et l’emplacement des arbres à abattre et de nous laisser 15 jours avant de faire un point avec eux et de prendre la décision finale », dénonce Alain Sennetz, président du collectif.

    « On a attendu

    la fin de la nidification »

    Soutien de leur lutte, Richard Hardouin, le président de la FNE 13, dénonce « incompétence, défaut de transparence et parjure » de la ville. Lundi, face à la mobilisation citoyenne, c’est une policière municipale puis un haut fonctionnaire de la ville qui se sont collés à la tâche, aucun élu de la municipalité n’étant venu défendre la décision. « Il n’y a pas d’arrêté municipal pour l’abattage, tout simplement parce qu’il y a danger imminent », relaye la policière. « On a des expertises qui démontrent la dangerosité de ces arbres. On a attendu la fin de la nidification pour ne pas porter atteinte à des espèces protégées », complète Marc Foveau, patron de la Direction de la Ville du Quotidien.

    « On ne peut pas admettre d’être pris pour des idiots parce qu’ils cherchent à s’en tirer en disant que la fragilité structurelle vient des conditions de plantation initiales du parc en 1976 ! C’est une manœuvre », proteste Jérôme Nardi du collectif. Le rapport de l’ONF consulté par La Marseillaise énonce dit que le retrait d’enrobé et de pavage en septembre 2025 « a induit une désolidarisation du sol, aggravant une structure déjà peu cohésive. Impact immédiat : modification brutale des conditions racinaires entraînant une instabilité mécanique ». À 17h15, le prestataire lançait ses tronçonneuses. Tout a été décapité malgré des heurts entre des opposants et la police venue en nombre.

  • À Nîmes, un point relais pour les martinets noirs

    À Nîmes, un point relais pour les martinets noirs

    La future galerie des oiseaux du Museum d’histoire naturelle de Nîmes, située au premier étage du bâtiment du 13 boulevard Amiral Courbet, n’aura jamais aussi bien porté son nom ! Du 22 juillet au 31 août, grâce à une convention entre la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et la Ville de Nîmes, un refuge temporaire pour martinets noirs a en effet été installé dans cet espace de 103m².

    Avec les fortes chaleurs, les jeunes martinets qui grandissent sous des tuiles ou dans des cavités fortement exposées souffrent de la chaleur. Les jeunes vont alors chercher désespérément un peu de fraîcheur à l’entrée du nid au risque de tomber au sol alors qu’ils ne sont pas encore prêts à voler et de se mettre en danger. « Chaque été, de nombreux jeunes martinets tombent prématurément de leur nid, entraînant une augmentation importante des besoins de prise en charge », confirme la Ville dans un communiqué.

    Afin de répondre à cette situation et face à la saturation des centres de soins de la faune sauvage, un point-relais spécifique a donc été créé, accueillant les opérations de nourrissage et de soins destinées aux martinets noirs ne nécessitant qu’une prise en charge légère avant d’être relâchés dans leur milieu naturel.

    « Les canicules successives rappellent combien la biodiversité est aujourd’hui fragilisée. Les martinets, oiseaux emblématiques de nos villes, sont particulièrement touchés. En soutenant la création de ce point relais, la Ville de Nîmes agit concrètement pour la protection de la faune sauvage et affirme sa volonté de mieux prendre en compte la place de l’animal dans la ville », indique Jullien Pacioni, élu délégué à l’innovation sociale et écologique, à la place de l’animal dans la ville et à l’implication citoyenne.

    * En cas de découverte d’un martinet noir au sol, les habitants sont invités à contacter le standard du Muséum d’histoire naturelle au 04.66.76.73.45,
    qui les orientera vers la prise
    en charge adaptée.

  • Loups abattus dans les Hautes-Alpes, One voice participera au procès

    Loups abattus dans les Hautes-Alpes, One voice participera au procès

    Alors qu’à l’issue d’une enquête de près d’un an, la procureure de Gap, Marion Lozac’hmeur, a annoncé jeudi que trois personnes seront jugées pour avoir abattu illégalement neuf loups dans les Hautes-Alpes, l’association One Voice a annoncé dans un communiqué être « partie prenante de la procédure ». « Neuf loups dans un seul département, et pendant ce temps, 85 autres ont été tués légalement en France depuis janvier, sur un plafond national de 227 pour une population estimée à 1 082 individus, très loin du seuil de viabilité que les scientifiques situent a minima entre 2 500 et 5 000 », s’indigne-t-elle.

    Pour One Voice, « le système marche à l’envers » avec « un éleveur indemnisé dès lors que la responsabilité du loup “n’est pas écartée” et ce sont ces mêmes constats qui servent ensuite à justifier les tirs ». Et de demander que « la logique soit inversée ».

    Dans les Hautes-Alpes, les investigations avaient débuté en avril 2025 « à la suite d’un signalement d’atteintes à la faune sauvage » dans le nord du département, explique la procureure dans un communiqué sur ce « vaste coup de filet contre le braconnage des loups ».

    Une espèce protégée

    Des mesures de surveillance sont alors mises en place par l’Office français de biodiversité (OFB), qui permettent de découvrir « des dispositifs de captation d’images installés à proximité d’une habitation ». Presque un an plus tard, le 28 mars 2026, au cours d’une de leurs observations sur ce site, les inspecteurs de l’environnement font des constatations leur laissant présumer qu’un loup vient d’être abattu « en dehors de tout cadre légal ». Le lendemain, OFB et gendarmes perquisitionnent et tombent sur un charnier d’animaux, vraisemblablement destiné à servir d’appâts, de « nombreuses » armes à feu et même un cadavre de loup.

    Mardi, les enquêteurs ont procédé à l’interpellation de trois personnes, placées en garde à vue puis sous contrôle judiciaire dans l’attente d’un procès devant le tribunal correctionnel en janvier 2027. Elles devront répondre de « destruction et de complicité de destruction illégale d’espèce protégée ».

    Six autres personnes ont par ailleurs été entendues en audition libre. En France, l’abattage de loups est encadré par la loi, l’espèce restant toujours protégée. Il est interdit en milieu naturel, sauf aux fins de défense des troupeaux. Des « tirs de prélèvement » sont autorisés avec un nombre maximum de bêtes pouvant être abattues.

  • Dans le Var, la ministre de la Mer Catherine Chabaud appelle à cohabiter avec la faune marine

    Dans le Var, la ministre de la Mer Catherine Chabaud appelle à cohabiter avec la faune marine

    Si elle confesse volontiers avoir apprécié ces trois jours « dans (son) élément », Catherine Chabaud n’était pas en vacances dans le Var. La ministre déléguée en charge de la Mer et de la Pêche, ancienne navigatrice – elle fut la première femme à terminer un tour du monde à la voile, en 1996-1997, sur le Vendée Globe – est arrivée mercredi dans le département, pour l’inauguration de la plateforme scientifique de l’institut océanographique Paul Ricard, sur l’île des Embiez. Cet outil, dédié à la recherche dans différents domaines (aquaculture innovante, sécurité alimentaire, conservation d’espèces menacées…) avec l’objectif de sensibiliser les décideurs politiques, a particulièrement plu à la ministre : « On a besoin de vision, et Patricia Ricard [présidente de l’institut, ndlr] fait partie des visionnaires. Cette plateforme permet de faire de la recherche et d’identifier les sujets d’urgence comme le fait de développer une aquaculture plus durable, et de les expérimenter », dans un esprit de « mobilisation collective des entreprises, des scientifiques et des ONG » qui lui est cher.

    Jeudi, elle a embarqué à bord du catamaran We Explore de son confrère navigateur Roland Jourdain, double vainqueur de la Route du Rhum, fabriqué à 50 % en fibre de lin. Ils y ont repéré un cachalot blessé par une hélice de bateau aux abords du Parc national de Port-Cros. Un sujet qu’a abordé le navigateur vendredi, lors d’une série d’échanges consacrés à la protection de la mégafaune marine vendredi au Fort du Pradeau, à Hyères.

    « Nous sommes colocataires de la planète »

    « On raconte les histoires des courses, des quarts de seconde décisifs, mais la victoire peut se faire à vitesse réduite. Il faut inventer le modèle de demain », milite-t-il. Car la vitesse demeure un véritable sujet, sur lequel une forme de législation existe par endroits, notamment dans le cadre de la Zone maritime particulièrement vulnérable (ZMPV) établie entre la France et l’Espagne en 2023, avec une réduction entre 10 et 13 nœuds dans certains espaces sensibles. « Il faut trouver le bon curseur, la mer ce n’est pas la route », temporise Catherine Chabaud, qui reconnaît toutefois « d’autres enjeux comme la réduction des émissions de CO2 et une opportunité à mieux connaître le milieu marin ».

    Et à « cohabiter ». « Il faut se rendre compte que nous sommes colocataires de cette planète », clame, avec véhémence, l’océanologue François Sarano en conclusion des échanges de vendredi, au cours desquels la cohabitation a pris une large place. D’abord, à travers des discussions sur les conséquences des bruits anthropiques sur la megafaune, qui peuvent entraver, entre autres, la chasse pour les animaux marins. Ensuite, sur les effets des sports nautiques, même ceux qui ne polluent pas ou peu directement (wingfoil, voile). Enfin, sur le rôle des collectivités, engagées dans des démarches collectives comme le sanctuaire Pelagos, espace maritime de 87 500 km² établi entre l’Italie, Monaco et la France pour la protection de la biodiversité marine, et le programme Caret, mené par le Parc National de Port-Cros, visant à protéger et restaurer les écosystèmes littoraux sableux, pour favoriser la reproduction de la tortue caouanne.

    Une approche qui doit, selon la ministre, permettre de sensibiliser les individus : « La problématique, c’est la capacité des citoyens à changer de comportement. On est en train de rentrer dans la partie exponentielle des courbes du GIEC ». Et pour cela « il faut aussi des décisions politiques fermes ». À l’opposé de la loi Duplomb ou de la loi d’urgence agricole dont le texte, assoupli en commission mixte paritaire jeudi sur le volet de la réintroduction de pesticides interdits et du stockage d’eau, doit être présenté au Sénat et à l’Assemblée nationale lundi et mardi.

  • Préjudice écologique : le tribunal maritime de Marseille a considéré comme tel la destruction d’herbiers de posidonie

    Préjudice écologique : le tribunal maritime de Marseille a considéré comme tel la destruction d’herbiers de posidonie

    Par Elohane Durand, avocate fondatrice du cabinet Natur’avocat et membre de la Commission environnement du SAF

    La notion de préjudice écologique : Le préjudice écologique, inscrit dans le Code civil en 2016, est défini comme « une atteinte non négligeable aux éléments ou fonctions des écosystèmes ou aux bénéfices collectifs tirés par l’homme de l’environnement ». La réparation en nature doit être ordonnée en priorité : le responsable d’un préjudice écologique doit être condamné à remettre les choses dans l’état où elles se trouvaient avant sa faute. Si cette réparation en nature s’avère impossible, le responsable peut être condamné à verser des dommages et intérêts que le demandeur doit affecter à la réparation de l’environnement. Peuvent notamment intenter une action en réparation du préjudice écologique les associations de protection de l’environnement créées depuis au moins cinq ans et celles agréées.

    Sur la Côte d’Azur, les herbiers de posidonie sont, d’après l’OFB, des écosystèmes pivots qui permettent notamment l’oxygénation de l’eau, le stockage du carbone, et constituent des zones de refuge pour de nombreux organismes. Or, ils se retrouvent menacés par les mouillages des bateaux de plaisance qui, en remontant leur ancre, peuvent les dégrader, voire les arracher. Fin 2024, le tribunal maritime de Marseille a donc reconnu que ces mouillages causent un préjudice écologique.

    Deux méthodes de calcul

    Dans cette instance, pour évaluer le montant des dommages et intérêts, FNE Paca, requérante, propose deux méthodes de calcul envisagées. D’une part, la réparation peut être fondée sur la valeur écosystémique de l’herbier, c’est-à-dire la valeur économique des services rendus par l’herbier, multipliée par la durée pour que la réparation en nature soit aboutie (en l’espèce l’herbier retrouverait son état initial ante-destruction après 25 ans). D’autre part, la réparation peut être fondée sur le coût de restauration de l’herbier. Le bouturage et la transplantation ont un coût d’environ 170 euros le mètre carré. Il faut ensuite y ajouter le suivi de la transplantation et les coûts de surveillance. Dans les deux cas, le préjudice écologique est évalué aux alentours de 200 000 euros. Le tribunal a condamné les capitaines de yachts jugés responsables de ces destructions à verser des dommages et intérêts d’une somme de 108 000 euros au total. Ce montant ne permettra donc de réparer qu’en partie seulement le préjudice écologique.

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  • Le téléphérique de la Grave, un danger pour le Gypaète

    Le téléphérique de la Grave, un danger pour le Gypaète

    Le bras de fer dure entre les défenseurs du gypaète et la Société d’aménagement touristique de La Grave, la SATG, et cette fois, c’est cette dernière qui y laisse des plumes. Le tribunal administratif de Marseille a jugé ce mardi que son projet de créer un troisième tronçon de téléphérique traversant le glacier de la Girose, dans le massif de la Meije, menace une espèce protégée, le Gypaète barbu. À ce titre, le chantier doit donc faire l’objet d’une demande de dérogation auprès des autorités. Une victoire pour les associations de protection de l’environnement, mais qui n’est pas définitive et ne condamne pas le projet en lui-même. Depuis 2019, La Grave et la SATG projettent de créer un téléphérique entre le col des Ruillans à 3 211 mètres au Dôme de La Lauze à 3 559 mètres, traversant ainsi une zone où le Gypaète Barbu est régulièrement observé.

    En octobre 2023, le site du chantier avait été occupé par des militants des Soulèvements de la Terre. Le 11 février dernier, le tribunal administratif de Marseille avait rejeté le recours contre le permis de construire. Trois mois plus tard, il fait cette fois droit aux demandes des associations, reconnaissant l’insuffisance de garantie de sécurité présentée par les porteurs de projets envers les gypaètes. Les juges estiment que les dispositifs anti-collision prévus sur les câbles du futur téléphérique ne présentent pas des garanties suffisantes pour éviter des impacts avec des gypaètes et des jeunes gypaètons inexpérimentés. Le tribunal a donc enjoint le préfet des Hautes-Alpes à mettre en demeure la SATG de déposer une demande de dérogation espèces protégées, et ordonné la suspension des travaux en cours.

    Les associations

    se réjouissent

    « Cette décision rappelle que les projets d’aménagement en haute montagne doivent respecter le droit de l’environnement et la protection des espèces menacées, a réagi France nature environnement via sa juriste Judith Sébert. Alors que les Alpes se réchauffent deux fois plus vite que le reste de la planète, il est urgent de préserver ces milieux déjà extrêmement fragilisés plutôt que de poursuivre une fuite en avant dans l’artificialisation touristique. » Les juges n’ont cependant pas reconnu le même besoin de protection concernant l’androsace du Dauphiné, une fleur très rare, découverte sur le site. De leur côté, commune et porteur de projet affirment qu’il s’agit d’une construction nécessaire pour l’avenir économique de La Grave, alors que les installations actuelles sont menacées par la fonte du glacier. Les services de la préfecture ont dit prendre acte de la décision et « procèdent actuellement à une analyse approfondie de ses conclusions afin de déterminer les suites à lui réserver ».

  • La préservation de la posidonie jugée à la Cour d’appel

    La préservation de la posidonie jugée à la Cour d’appel

    Deux dossiers, pour faire émerger les « mêmes problématiques », celle de mouillages en zone interdite par arrêté de préfecture maritime, et ses conséquences sur les herbiers de posidonie. Ce mardi, la Cour d’Aix-en-Provence s’est d’abord attelée au dossier du yacht Belongers dont le capitaine, Christopher W., avait écopé en première instance d’une amende de 15 000 euros pour avoir, le 28 juillet, mouillé son navire en zone interdite à Villefranche-sur-Mer. Avant de se pencher sur le dossier du Saharet of Tyre, dont le capitaine, Luc D.C., est jugé pour la même infraction à l’île de Porquerolles, mais aussi en Corse, entre mai et août 2023. En première instance, il avait été condamné à verser une amende de 100 000 euros. « C’est la première fois que les dossiers de posidonie viennent devant la Cour d’appel, explique Me Jade Ouk, représentante de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), partie civile dans ces deux dossiers. C’est la première fois où le principe de préjudice écologique et l’atteinte aux herbiers de posidonie (sont jugés). La dernière fois que l’on a eu un dossier devant la Cour d’appel, c‘était sûrement sur l’action publique. » Me Ouk rappelle également que cette plante « met 25 ans à se régénérer, même si le tribunal ne retient que 13 ans ». Dans ces deux dossiers, la défense ne conteste pas le préjudice écologique reconnu en première instance, mais cherche davantage à contester la surface supposément détruite par les ancrages illégaux de ses clients, donc, d’abaisser le montant des amendes. Pour Judith Sébert, juriste pour la FNE Paca, mouvement qui porte ces dossiers en partie civile, cette position « est la bienvenue, elle signifie qu’elle-même acquiesce la position du tribunal maritime ». Dans le dossier du Saharet of Tyre, la défense interroge également les méthodes d’évaluation des surfaces de destruction d’herbier reconnues en première instance. « Nous ne contestons pas l’existence de ce préjudice écologique, nous contestons le calcul de son indemnisation », résume Me Nicolas Marty, avocat de Luc D.C. Parmi les témoins à la barre ce jour, Françoise L., ancienne biologiste marine et plongeuse, déroule les risques pesant sur cette plante sous-marine, et ses nombreux « services écosystémiques ». Parmi lesquels, « la production d’oxygène », sa vertu de « capteur de CO2 ». « C’est un monument naturel », résume la biologiste retraitée. Frédéric V., directeur délégué adjoint de la délégation de la façade maritime de l’Office français de la biodiversité lui, estime « qu’entre 10 et 30% d’herbiers ont été perdus en 100 ans ». Phénomène, qu’il met en lien avec l’augmentation de la plaisance. L’avocat général, qui « insiste sur les dommages causés par de tels agissements », demande à ce que les peines soient confirmées en appel. Le délibéré pour ces deux dossiers sera rendu le 1er juillet.

  • Une traque aux loups condamnée dans les calanques

    Une traque aux loups condamnée dans les calanques

    Le 6 septembre 2025 au matin, un cameraman était surpris par un garde du Parc national des Calanques, dissimulé derrière un filet de camouflage pour filmer des loups gris avec du matériel professionnel dans une zone de reproduction du loup. Pour le PNC, ce professionnel a perturbé la meute et ses louveteaux.

    Pièges photos et planque

    Alertés, des inspecteurs de l’environnement le contrôlaient. Il remettait son matériel après avoir conservé la carte SD. Plus tard, il montrait les images enregistrées le jour même où l’on voit des louveteaux, ainsi que des photos anciennes prises durant 15 jours en août grâce à des pièges photos. Ces « camtraps » étaient positionnés au cœur même du site d’élevage et de nourrissage de ces louveteaux nés en 2025.

    Une autorisation de tournage avait bien été délivrée à la société de production en vue d’un documentaire pour Arte sur les écosystèmes face au réchauffement climatique, mais elle avait expiré depuis un mois. Et surtout elle excluait explicitement les prises de vues de loups après refus catégorique et écrit du service d’instruction des autorisations du Parc en février 2024 : « S’agissant du loup, après discussion en interne, nous ne souhaitons pas qu’il y ait d’images de cette espèce. » La réalisatrice avait alors répondu : « C’est bien noté pour le loup, je transmets votre réponse à Arte. » Donc pas d’affût cinématographique du loup gris Canis Lupus.

    En audition, la réalisatrice a reconnu la frustration née de ce refus : « On était dégoûtés, toute la presse en parle et nous, on essaye de faire les choses correctement et on n’a pas le droit de parler de cette espèce. » D’ajouter : « On est tout le temps sur le fil entre l’envie de voir le loup et l’interdiction de le mettre dans le film. On espérait le voir. Pendant deux ans on n’a pensé qu’à lui. »

    Le tribunal a prononcé la relaxe du cameraman, de la réalisatrice et de la productrice du seul délit de « perturbation volontaire illicite d’une espèce protégée non domestique », estimant que la perturbation effective n’était pas caractérisée.

    Si un garde du Parc a témoigné que la meute de loups a délaissé le lieu de rencontre capté par l’opérateur trois ou quatre jours après et que les loups se sont alors déplacés près de la route de la Gineste, un louveteau ayant d’ailleurs été percuté par un véhicule, le garde a aussi précisé que ce déplacement pouvait s’inscrire dans le comportement normal des loups ou être causé par le passage d’un autre promeneur.

    L’intention de perturber est écartée au vu des nombreuses précautions professionnelles prises par l’opérateur qui s’était camouflé et qui gérait ses odeurs pour ne pas être détecté. Il indiquait avoir été à 150 mètres de la zone captée par le piège photo, correspondant au site de rendez-vous des loups, avoir estimé être à bon vent et avoir adopté des précautions olfactives. Il estimait avoir pris toutes mesures nécessaires pour ne pas perturber l’espèce.

    Pas d’autorisation

    En revanche, le tribunal a reconnu le chef opérateur et la réalisatrice d’exercice illégal d’une activité en cœur d’un Parc national. Les échanges d’emails et de messages sur WhatsApp prouvent qu’ils avaient bien conscience de l’expiration de l’autorisation et révèlent une stratégie pour filmer le loup en cachette afin de ne pas éveiller le Parc. Leurs intentions étaient d’intégrer le documentaire destiné à Arte.

    La productrice du documentaire est relaxée. Si la société était bien informée de l’interdiction globale du Parc, rien ne prouve qu’elle a participé aux échanges ni qu’elle avait validé ou rémunéré ce tournage avec des loups.

    Tenant compte de l’absence d’impact écologique direct des faits et de leur casier judiciaire vierge, l’opérateur écope de 2 000 euros d’amende avec sursis. Son matériel de tournage lui est restitué. La réalisatrice écope de 3 000 euros d’amende avec sursis. Une dispense d’inscription au bulletin n2 du casier judiciaire leur est accordée. En réparation de l’atteinte à sa mission statutaire et atteinte à son image, les deux condamnés devront verser 800 euros chacun au Parc national des Calanques. Constituées parties civiles aussi, quatre associations de protection de l’environnement (Aspas, Ferus, LPO Paca et One Voice) recevront chacune 1 000 euros en réparation de leur préjudice moral. Elles dénonçaient une « course aux images » aux conséquences dramatiques.

  • Oiseaux tués : le parc éolien d’Aumelas à nouveau mis à l’arrêt

    Oiseaux tués : le parc éolien d’Aumelas à nouveau mis à l’arrêt

    Sur le Causse d’Aumelas, aux portes ouest de la Métropole de Montpellier, EDF Renouvelables va-t-elle cesser de brasser du vent et se mettre enfin en conformité avec le droit de l’environnement ? C’est ce qu’espère l’association France nature environnement (FNE) qui depuis 2011 mène un combat judiciaire contre ce parc de 31 éoliennes plusieurs fois épinglé pour ses atteintes à la biodiversité.

    La dernière condamnation en date de la cour administrative d’appel de Toulouse (16 avril 2026) pour destruction illégale d’espèces d’oiseaux et de chauve-souris protégées, a deux conséquences. La première est, comme l’an passé suite à la décision similaire du Tribunal administratif de Montpellier, l’arrêt de l’exploitation en journée des éoliennes du 10 avril au 20 août. « Il s’agit de la période où le faucon Crécerellette vient pour nicher », éclaire Simon Popy, président de FNE Occitanie Méditerranée.

    Second effet de la décision de justice, EDF Renouvelables qui traînait des pieds depuis des injonctions similaires de deux rapports en manquement administratif de la Dreal (2020 et 2025), de décisions de la justice civile en 2021 et 2022 puis de la mise en demeure (vaine) du préfet de l’Hérault en 2025, va devoir enfin remettre son activité dans les clous. À savoir, faire la demande et obtenir sous 6 mois une dérogation « espèces protégées ». Car pour l’heure, si EDF Renouvelables met en avant ses caméras et radars censés détecter les oiseaux en approche, son système d’effarouchement s’avère insuffisant.

    Au moins 509 volatiles tués

    Entre 2010 et juillet 2024, FNE a répertorié les cadavres de 330 oiseaux protégés (71 faucons Crécerellettes, 47 martinets noirs, 46 perdrix rouges, 28 busards cendrés ou 24 bruants proyers…) et 179 chauves-souris. Des chiffres que l’association estime largement sous-estimés comparés aux pertes réelles. « Les protections d’EDF sont censées les effaroucher et freiner les pâles mais ne marchent pas », constate Simon Popy. « Les oiseaux qui chassent regardent vers le sol et ne voient pas les pâles qui viennent au-dessus d’eux ». Il faut dire que les installations sont imposantes : souvent 80 à 120 mètres de haut avec des pâles de généralement 40 à 70 mètres qui tournent à une vitesse élevée et piègent les volatiles dans leur milieu naturel.

    C’est d’ailleurs là que réside la problématique principale selon Simon Popy qui, au fil des ans, s’est mis à douter de la bonne volonté d’EDF. « La mesure la plus efficace serait d’arrêter les éoliennes à cet endroit. Nous sommes en pleine zone remarquable classée Natura 2000 qui est justement là pour protéger ces rapaces », insiste le militant qui n’a toujours pas compris comment l’État a pu autoriser un tel parc en 2006. Après 15 ans de marathon juridique, ce qu’il souhaite par-dessus tout à l’avenir, c’est « libérer le Causse d’Aumelas de ces éoliennes ». Et d’ajouter : « On espère que lorsque les premières éoliennes arriveront en fin de vie, il n’y aura pas de repowering. Il ne faudrait pas qu’ils les remplacent par des éoliennes neuves plus grandes encore ».

    Pour l’heure, la balle est dans le camp d’EDF Renouvelables, sommé d’agir. D’ici là, en juin, la Cour d’appel de Montpellier sera le théâtre du second procès au pénal intenté par FNE. En avril 2025, le Tribunal correctionnel de Montpellier avait condamné lourdement les 10 sociétés du groupe EDF Renouvelables en charge de l’exploitation du parc ainsi que son PDG Bruno Benssasson.