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  • [Entretien] Chantal Eyméoud : « Les JO sont une opportunité unique pour les Hautes-Alpes »

    [Entretien] Chantal Eyméoud : « Les JO sont une opportunité unique pour les Hautes-Alpes »

    La Marseillaise : Vous avez
    été confortablement reconduite à la tête d’Embrun et de la communauté de communes
    de Serre-Ponçon. Qu’est-ce qui, dans votre bilan et vos propositions, a selon vous convaincu les électeurs
     ?

    Chantal Eymeoud : Nous avons obtenu 74% des voix, ce qui est, pour un cinquième mandat que je briguais, une véritable reconnaissance de la part des Embrunaises et des Embrunais, à mon égard et à l’égard de la liste que je conduisais. On est honorés et fiers aussi de ce beau résultat, surtout quand le dégagisme était un peu le leitmotiv de la liste que nous avions en face. Depuis 2001, je suis réélue au premier tour systématiquement et je pense que le lien de simplicité et de réactivité avec les concitoyens que je pratique à Embrun, depuis le début, a fait beaucoup. Ensuite, vient la trajectoire que nous avons engagée depuis plusieurs années avec la mise en valeur des bâtiments culturels et cultuels, la politique du logement et la construction de logements pour tous, y compris social, et la lutte contre la vacance des logements. Et il y a tout le volet autour de la protection de l’environnement, du développement des voies douces, notamment du vélo, des sentiers pédestres, entre la ville et les quartiers.

    On a également mis en place une navette gratuite qui passe dans tous les quartiers, plusieurs fois par jour, qui récupère nos habitants et les amène dans le centre-ville, de façon à leur éviter d’utiliser leur véhicule quand ils en ont. On a également poursuivi la mise en place d’une politique d’animation pour toutes les générations et pour tous les goûts, qui est essentiellement gratuite aussi. Ça participe aussi au bien vivre ensemble, faire en sorte que nos habitants puissent se rencontrer le plus souvent possible. J’ai par ailleurs considérablement renouvelé mon équipe municipale. La plus jeune a 20 ans, j’ai quatre jeunes de moins de 30 ans, et sept ou huit entre 30 et 40.

    L’arrivée des JO en 2030 est
    un moment historique pour le département. En tant que vice-présidente de Région, entendez-vous aussi les craintes liées à leur impact environnemental
    et aux surcoûts pour
    les collectivités ?

    C.E. : Je pense qu’il faut tout écouter et, ensuite, avoir la capacité à répondre aux inquiétudes. Concernant les Jeux olympiques, c’est, pour un département comme celui des Hautes-Alpes, une opportunité absolument unique en matière d’aménagement du territoire. Plus jamais on aura la possibilité d’injecter autant d’argent public, notamment de l’État et de la Région, un peu du Département, pour réaménager les routes, les calibrer à la hauteur de la fréquentation que l’on a en période touristique. C’est une opportunité historique aussi de pouvoir améliorer la voie ferrée, le cadencement des trains et d’avoir le maintien du train de nuit, puisque des millions d’euros vont être injectés pour la rénovation de la voie ferrée. Plus jamais on aura cette possibilité. Par ailleurs, c’est une chance de traduire concrètement les engagements politiques pris par la Région en matière de respect de l’environnement. D’ailleurs, l’État, le CIO et le Cojop nous imposent des normes assez strictes de respect de l’environnement : pas de destruction de forêt, utilisation des équipements déjà existants et réutilisation de ceux qui seront créés… Tout est fait dans une logique d’économie, de façon à ce que la question de l’héritage de l’événement ne soit pas négligée. Personne ne peut imaginer qu’on investisse des millions d’euros pour un mois seulement. De plus, la transition écologique est une réalité que l’on ne peut nier. Les Jeux sont aussi une opportunité pour penser la montagne de demain et lui permettre de négocier un virage vers la transition qu’on aurait eu, de toute façon, parce qu’on ne peut pas échapper à cette remise en question.

    Plusieurs communes restent sans arrêt de train ni guichet, malgré l’apport des JO, au grand dam des maires et des habitants. La Région compte-t-elle agir ?

    C.E. : Bien sûr. Je suis en contact avec tous les maires des Hautes-Alpes et j’entends leurs attentes, leur volonté que leurs communes ne soient pas oubliées des Jeux. Ça ne peut pas être les Jeux d’un seul secteur du territoire. Pour la réouverture de guichets dans certaines gares, moi, je dis « pourquoi pas ? » Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, attendons, mais il faut l’envisager. Jean-Pierre Serrus, vice-président en charge des transports, est aujourd’hui même à Savines-le-Lac. Il rencontre le maire pour discuter de l’éventuelle ouverture de la gare de Savines qui, si elle devait être rouverte, serait couplée avec l’ouverture de la gare de la Bâtie-Neuve et d’autres dans le département. Il faut avoir une analyse globale. On ne peut pas s’engager directement en disant « oui, oui, on va le faire ». Il faut que ça corresponde à une réalité de la fréquentation du train et des arrêts dans ces gares et ne pas vouloir le faire à tout prix, parce que ça coûte. L’argent public est rare. Mais, si effectivement il y a, et il peut y avoir, un sujet, il faut être en capacité de l’anticiper et donc démarrer les échanges aujourd’hui avec les élus concernés.

    Quelle a été votre réaction à l’annonce de la candidature de Renaud Muselier aux élections sénatoriales, et au fait que François de Canson, maire (divers droite) de La Londe-les-Maures (Var), soit pressenti pour lui succéder à la tête de la Région ? Avez-vous, vous-même, envisagé cette fonction ?

    C.E. : Renaud Muselier a fait ce choix, on le respecte, et pour le reste, François de Canson s’est positionné. C’est un élu qui travaille, un maire vraiment au boulot aujourd’hui, qui est président de son intercommunalité, qui connaît bien le terrain, connaît bien la région. Je pense que les choses se dirigent dans ce sens. D’autres conseillers régionaux avec lesquels on est en contact ont une approche qui pourrait être similaire. Personnellement, Renaud Muselier ne m’a pas sollicité. Son choix s’est porté sur François de Canson, dont acte.

  • À Nîmes, l’eau irrigue toute une saison culturelle

    À Nîmes, l’eau irrigue toute une saison culturelle

    À Nîmes, l’eau ne coule pas seulement dans les canalisations : elle irrigue désormais toute une saison culturelle. Après La Contemporaine puis Textiles, la Ville tient son fil rouge annuel avec « L’Eau, source d’inspirations », un cycle d’expositions, d’ateliers, de visites et de conférences déployé jusqu’au 22 novembre dans les musées municipaux. Objectif : faire dialoguer sciences, histoire et arts autour d’une ressource à la fois familière, vitale… et de plus en plus fragile.

    Le lancement a eu lieu au Muséum d’histoire naturelle, première étape d’un parcours pensé comme une traversée. Colin Gril, adjoint à la Transition écologique, insiste sur la méthode : croiser les regards pour sensibiliser « aux enjeux existentiels » de la raréfaction de la ressource, et faire de l’art un outil d’implication citoyenne.

    L’eau, du savoir au sensible

    Au cœur du dispositif, « Eau, l’expo » (galerie Jules-Salles, jusqu’au 22 novembre), conçue par le Muséum de Toulouse, propose un voyage immersif et pédagogique. Trois chapitres structurent la visite pour relier origines du vivant, usages humains et défis contemporains. Scénographie dynamique, dispositifs numériques et jeux interactifs côtoient maquettes, spécimens et même un moulage de tortue luth, pour rendre la complexité accessible sans l’édulcorer. En parallèle, le Muséum met en valeur ses collections avec « Aquamuséum  » (galerie Courbet) : poissons naturalisés, focus Méditerranée et une proposition plus ludique encore, avec casques de réalité virtuelle pour « nager » avec requins et dauphins.

    La saison, elle, s’étend bien au-delà du boulevard Amiral-Courbet. Au musée des Beaux-Arts, Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau (17 avril-17 novembre) explore mythes, peurs et émerveillements, avec un parcours sonore. Au musée du Vieux Nîmes, Résurgence, l’eau à Nîmes (14 mai-22 novembre) raconte comment la ville s’est bâtie, protégée, au rythme de l’approvisionnement comme des excès. Au musée des Cultures taurines, Camargue, terre d’eaux (21 mai-31 octobre) rappelle qu’un territoire réputé « sauvage » est aussi une construction humaine, faite de digues, d’arbitrages et de tensions. Enfin, au Carré d’art, le photographe Sébastien Arrighi investit le Mur Foster avec Fall Off (4 juillet-4 octobre) : une réflexion en images sur la présence, l’absence et les conflits d’usages autour de l’eau. Point d’orgue annoncé : la Nuit de l’eau, le 27 juin, de 20h à minuit, avec animations, médiations et visites dans plusieurs lieux. Une invitation à s’immerger dans cette évidence : l’eau n’est pas inépuisable.

  • La modernisation ferroviaire laisse des villages des Hautes-Alpes sur le quai

    La modernisation ferroviaire laisse des villages des Hautes-Alpes sur le quai

    « Le train passe ici tous les jours, mais il ne s’arrête pas ! Il suffirait juste d’un arrêt, même pas un guichet en gare, juste que le train s’arrête une minute trente et c’est bon ! » À La Bâtie-Neuve, devant l’ancienne gare aujourd’hui inutilisée, le train passe quotidiennement, sans faire escale. Au grand dam du maire, Joël Bonnafoux : « Nous alertons la Région depuis des années. Sur la commune, il y a des étudiants, des touristes… Beaucoup de monde qui voudrait prendre le train. »

    Une incompréhension d’autant plus forte que les travaux pour les Jeux olympiques d’hiver, en 2030, promettent une modernisation de la ligne, mais ces progrès laisseront sa commune à quai. « Quand j’ai demandé à la présidence de Région la création d’un arrêt dans le cadre des travaux pour les Jeux, on m’a répondu que non, on ne pourrait pas perdre deux minutes à s’arrêter à La Bâtie parce qu’il faut aller au plus vite de Marseille à Briançon ! J’ai trouvé ça un peu cavalier », s’indigne-t-il.

    À Savines-le-Lac, La Roche-des-Arnauds ou La Freissinousse, on voit aussi défiler les wagons, sans pouvoir monter dedans. La plupart des arrêts ont été supprimés durant les dernières décennies, faute de fréquentation. « Pourtant, la Région elle-même, depuis un an, ne cesse de se vanter d’une hausse de fréquentation de plus de 30% sur les Alpes », signale Nicole Tagand, présidente du collectif l’étoile ferroviaire de Veynes, qui milite pour le retour d’une meilleure offre de train dans le département. « Il n’y a déjà que trois allers-retours par jour, dans chaque sens, sur la ligne Briançon-Marseille. En plus de ça, les bus, qui pourraient améliorer l’offre, font le même trajet et partent aux mêmes heures. Cela fait des doublons inutiles ! », s’offusque-t-elle.

    Modernisation des voies

    Quant aux offres commerciales, la formule s’est dégradée. L’abonnement annuel qui permettait d’avoir des réductions de 50 à 75% a été supprimé en 2022, au profit d’une carte « zou malin », qui ne propose que 30% de rabais. « Si l’offre n’est pas à la hauteur, comment reprocher aux gens de prendre la voiture ? On ne leur donne pas la possibilité de faire autrement », dénonce Nicole Tagand.

    La Région et la SNCF assurent néanmoins que les travaux liés aux JO d’hiver 2030 permettront d’améliorer la situation. Le trajet Briançon-Marseille serait ramené à 3h40 d’un bout à l’autre une fois les travaux achevés, contre 4h40 actuellement, avec la mise en circulation de deux allers-retours quotidiens supplémentaires. Des progrès notables s’ils voient le jour, mais qui ne changent rien au problème des communes non desservies, comme La Bâtie-Neuve, puisqu’aucune réouverture d’arrêt n’est prévue. Quant à Chorges ou Veynes, où les guichets ont déjà vu leurs horaires drastiquement réduits, aucune amélioration n’est annoncée non plus.

  • À Barjac la Gardoise, le sens du service public

    À Barjac la Gardoise, le sens du service public

    Quand je dis aux gens qui connaissent Barjac que nous n’avons que 1 600 habitants, ils sont ahuris », lance un Édouard Chaulet fier du travail engagé depuis six mandats. L’édile communiste n’en a pas fini avec Barjac et a décidé de se représenter, mais il devra affronter une liste concurrente pour la première fois depuis plus de vingt ans. Si la campagne bat son plein, Édouard Chaulet continue de gérer les affaires de la commune, sûr que son bilan parle pour lui.

    En ce lundi matin, il a réuni autour de lui tous les acteurs actifs dans l’organisation de la traditionnelle foire aux antiquités et à la brocante. Ce rendez-vous, organisé du 2 au 6 avril, marque le début de la saison pour les commerçants et fait la renommée du petit village gardois où des milliers de badauds se succèdent sur les stands des 400 exposants. « Nous devons être vigilants car cette foire est essentielle pour nous et pour le territoire. Son intérêt économique va jusqu’à Alès », affirme le maire. En face, l’un des membres du comité d’expansion touristique qui gère la foire détaille les difficultés auxquelles il est confronté, notamment la lourdeur administrative, lui qui sort de plusieurs contrôles fiscaux.

    L’agriculture, un débat municipal

    Outre la foire, Barjac accueille aussi une quarantaine d’associations, un festival de musique française et des spectacles dans les salles du château. Un château transformé en lieu de vie qui abrite la mairie, un cinéma et une bibliothèque (les scolaires s’y rendent d’ailleurs chaque semaine). Malgré cette attractivité pour un si petit bourg, l’opposant Pierre Mathon, Barjacois depuis 2020, veut aller plus loin. Ce patron à la tête d’une société de fonds d’investissement dans l’immobilier commercial estime que « la densité du tissu associatif barjacois constitue une richesse inexploitée. »

    Mais contrairement aux autres villages où les débats s’articulent autour de la sécurité ou de la tranquillité publique, c’est l’agriculture qui vient animer la campagne électorale à Barjac. Depuis 2005, la mairie a en effet décidé de passer sa cantine en bio. Ce lundi et malgré les vacances scolaires, ils étaient encore une quarantaine d’enfants inscrits au centre aéré à profiter des repas bio concoctés par Simon, le chef de cuisine : « Le bio demande plus de travail parce qu’il y a une partie recherche, il faut trouver des fournisseurs. Il y a aussi une partie étude des prix, même si la volonté de la mairie est de rémunérer le producteur. Ils n’ont pas peur de mettre la main au porte-monnaie pour les rémunérer à leur juste valeur ». Pour aider à se fournir, la mairie a désormais recruté Johan, un maraîcher, et lui a fourni un terrain de 9 000 m2 pour produire des légumes bio et des fruits pour la cuisine centrale.

    Si ce projet semble convaincre une grande partie des citoyens (l’idée a été reprise par nombre de candidats aux élections municipales), L’oppositionnel Pierre Mathon regrette de son côté le manque de soutien aux agriculteurs locaux.

    « Tout ce qui se produit en bio autour, on l’utilise à la cuisine. Mais il y a zéro maraîchage en bio ici. Je vais chercher des fruits à 50 km en Ardèche, pour les légumes on est obligé de passer par le grossiste », lui rétorque Aline Guyonnaud, première adjointe. Et Édouard Chaulet de préciser : « Le maraîcher ne remplace aucun producteur local. Dès lors qu’un paysan a fourni du bio à Barjac, nous lui en avons acheté, qu’il s’agisse de farine, de lentilles. Les enfants ici savent ce que sont des lentilles. Il y avait un éleveur de volailles, nous lui avons acheté des poulets à l’avance pour lui faire de la trésorerie mais il n’a pas tenu. Ici nous avons des grandes cultures qui ne se mangent pas, comme des lavandes, ou du vin qui ne se boit pas à la cantine… ». À trois semaines du premier tour, la campagne municipale n’a jamais été aussi animée dans la petite cité.

    « Tout ce qui se produit en bio autour, on l’utilise à la cuisine »

  • Un accompagnement pour planter sur son exploitation

    Un accompagnement pour planter sur son exploitation

    À Reillanne, près de Forcalquier, sur leur exploitation ovine, Anaïs Baumelle et Mickaël Niquet ont fait appel à l’association Des Enfants et des arbres pour financer leur projet de plantation. En échange, ils sont intervenus dans une classe et ont accueilli des CM1 et des CM2 pour leur chantier de plantation. Mardi, ils ont ouvert les portes de leur exploitation à une quinzaine d’éleveurs intéressés par ce projet, qui aimeraient le reproduire.

    Les arbres sont essentiels pour le bien-être du troupeau, la nutrition des animaux ou encore pour créer de l’ombre et protéger de la pluie, explique Mégane Véchambre, conseillère agroforesterie à Agribio 04. C’est elle qui a accompagné le couple d’éleveurs de Reillanne, mais aussi une productrice de raisin de table à Forcalquier et une production diversifiée, notamment d’escargots, à Manosque, pour leur projet de plantation d’arbres.

    « Planter des arbres, ça a un intérêt pour vous, ça rend votre exploitation plus résiliente face aux aléas et face à la sécheresse », défend Léa Garreau, chargée de mission agroécologie au parc naturel régional du Luberon, en s’adressant aux éleveurs venus pour les portes ouvertes. Parmi eux, un éleveur bovin de Villeneuve, Cyril Motte, se montre particulièrement intéressé.

    éviter l’érosion

    « Je n’ai pas encore de projet prévu cette année, tu es le premier sur la liste ! », lui lance Mégane Véchambre. Plusieurs élèves en BTS de l’établissement de formation agricole Carmejane ont également assisté aux portes ouvertes.

    « On a déjà planté pour éviter l’érosion parce qu’on a des parcelles en pente », explique Léa Goin, directrice de l’exploitation de Carmejane. Des financements publics et privés existent pour mener à bien ces projets. « Ils avaient dit qu’ils allaient ouvrir à fond les robinets sur les financements publics, mais ça a mis un peu plus de temps que prévu. Normalement, ça rouvre cette année », avance Mégane Véchambre. Les agriculteurs peuvent facilement être remboursés à hauteur de 90%, voire 100% pour leur projet de plantation, explique-t-elle. Sur leur exploitation de Reillanne, Anaïs Baumelle et Mickaël Niquet ont planté 130 arbres : des chênes, des érables, des tilleuls ou encore des mûriers. Ils en ont eu pour 2 400 euros, et ont perçu 2 000 euros de subventions. « Le réchauffement climatique influence le choix des arbres qu’on va mettre », avance Fabien Liagre, créateur d’Agroof, bureau d’étude spécialisé en agroforesterie.

  • Salindres : l’alerte sanitaire qui dure depuis 40 ans

    Salindres : l’alerte sanitaire qui dure depuis 40 ans

    Autour de Salindres et dans plusieurs communes riveraines du Gardon, la pollution aux PFAS ne relève plus de la simple inquiétude environnementale. Elle s’inscrit désormais comme un enjeu majeur de santé publique.

    Depuis le début des années 1980, des rejets industriels liés à l’usine chimique Solvay auraient contaminé durablement les eaux de surface, les nappes phréatiques et l’eau potable, principalement par l’acide trifluoroacétique (TFA), l’un des PFAS les plus répandus et toxiques.

    Selon plusieurs analyses rendues publiques ces dernières années, des traces importantes de TFA ont été retrouvées jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres en aval du site industriel. Une situation locale qui s’inscrit dans un contexte national alarmant : d’après l’Anses, 92% des prélèvements d’eau potable en France contiennent aujourd’hui du TFA.

    Un appel sans réponse

    À Salindres, cette contamination chronique nourrit une inquiétude grandissante chez les habitants et les salariés du site industriel. Dans une lettre adressée aux ministères de la Santé et de la Transition écologique, ainsi qu’à l’ARS et à la DREAL Occitanie, les signataires demandent la mise en place d’une biosurveillance des populations exposées, conformément au plan interministériel sur les PFAS publié en avril 2024. Un plan qui recommande explicitement de suivre les populations « particulièrement exposées ».

    Parmi eux, Laurent Emorine, ancien directeur de recherche au CNRS, installé près de Salindres, alerte depuis plusieurs années sur les risques sanitaires. « Le problème des PFAS, c’est qu’une fois qu’ils sont rentrés dans le corps, ils vont rester un certain temps, parfois plusieurs années », explique-t-il. Les effets potentiels sont nombreux : troubles thyroïdiens, atteintes hépatiques, cancers, impacts sur le développement embryonnaire. La situation locale inquiète d’autant plus que le TFA est encore très peu étudié. « Beaucoup de travaux scientifiques montrent que le TFA les mêmes effets sur la santé que d’autres PFAS », insiste Laurent Emorine, qui plaide pour une interdiction progressive de ces substances. Faute de réponse des autorités, les signataires ont décidé d’élargir la diffusion de leur appel aux élus locaux, aux communes, aux députés.

  • Terre de liens creuse son sillon de propositions

    Terre de liens creuse son sillon de propositions

    Très loin de l’agitation et des problématiques actuelles des agriculteurs, l’association Terre de liens mise sur le local. Quoi de plus logique donc de se pencher sur les municipales, élection locale par excellence. Ce jeudi matin, à la ferme de la Durette à l’entrée sud d’Avignon, une vingtaine de candidats et ou leurs représentants à Avignon, Apt, Orange, Morières, Cadenet, dont les membres du système de sécurité alimentaire ou même Tavel (Gard) a répondu présent à l’invitation de Terres de lien, qui aide à l’acquisition de terres agricoles en soutenant les installations paysannes. « Parler des municipales est une grande première, campe Serge Bastet, co-trésorier de Terre de liens Paca. On est convaincus que le travail commence en local, or, dans la région, on ne consomme que 12% de ce que l’on produit. »

    Pendant plus de deux heures, les échanges ont alterné entre boîte à outils, exemples concrets et partage d’informations. Les candidats ou certains déjà élus, avaient des questions techniques ou pratiques. « Peut-on toucher des aides à l’installation pour les agriculteurs si la commune porte un projet ? », demande par exemple Céline Celce, candidate d’union de la gauche à Apt. « Oui, il faut faire un bail à ferme », lui répond un bénévole de Terre de liens.

    Élue à Tavel, Flavie Cayol vient, elle, chercher des conseils pour porter le projet d’une ferme municipale capable d’alimenter la restauration scolaire. Jean-Pierre Cervantès (Les Écologistes), soutien de David Fournier (PS), ou Julien De Benito (PCF), adjoint au maire en charge de l’alimentation durable, appui de Mathilde Louvain (PCF), ont soulevé l’enjeu d’une régie municipale agricole. Même si le modèle de ferme pilote agro écologique de la Durette est difficilement duplicable à l’infini, il démontre que quand les collectivités s’emmêlent « on s’en sort bien, avec un chiffre d’affaires cette année de 160 000 euros, qui permet de vivre de notre activité », souligne Julien Ronzon, un des quatre agriculteurs installés.

    Parmi les cinq mesures de Terre de liens, figurent la lutte contre la précarité alimentaire ou la protection de la ressource en eau. « Depuis peu, les communes ont le droit de préemption autour des zones de captage d’eau pour installer des agriculteurs », insiste Mylène Maurel, administratrice à Terre de liens. Notons que si l’association n’avait pas convié le RN, la quasi-totalité des candidats ayant répondu présents représentaient la gauche.

  • Thau : l’interdiction des huîtres, un scandale d’assainissement

    Thau : l’interdiction des huîtres, un scandale d’assainissement

    On a beaucoup parlé d’huîtres « contaminées ». Pas assez de ce qui les contamine. Fin décembre 2025, la préfecture de l’Hérault suspend la récolte et la commercialisation des huîtres, moules et palourdes de l’étang de Thau, après des cas d’infection et un lien épidémiologique avec des norovirus. Pour les conchyliculteurs, c’est un coup de massue à la veille du Nouvel An. Pour les habitants, c’est un rappel brutal : cette crise n’est pas seulement économique. Elle est d’abord sanitaire.

    C’est l’angle que martèle Henri Loison, président du Comité des usagers du bassin de Thau du cycle de l’eau. « On inverse tout. On présente les ostréiculteurs comme responsables, alors qu’ils sont au milieu. La base, c’est une crise sanitaire : mise en danger de la vie d’autrui. » Selon lui, le norovirus n’est pas un « mystère naturel » : il renvoie à une réalité très concrète, celle des rejets d’eaux usées. Son comité avait d’ailleurs adressé une lettre ouverte le 27 décembre, avant même l’arrêté d’interdiction du 30 décembre, à l’ensemble des autorités et élus du territoire, pour alerter sur la répétition des pollutions et demander une enquête publique.

    « L’huître a bon dos »

    Au cœur du dossier, une question obsédante : comment une pluie « banale » peut-elle suffire à faire déborder le système  ? Fabrice Grillon, directeur du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée, racontait déjà sa « stupéfaction  » : « Comment des réseaux, avec une pluie faible, vingt millimètres, ont débordé et entraîné des contaminations du milieu ? » Il pointe une inquiétude de fond : les investissements passés n’ont pas « blindé » le bassin contre le risque virologique.

    Henri Loison va plus loin et vise des choix structurels. Il rappelle que la nouvelle station d’épuration des Eaux-Blanches à Sète, mise en service en septembre 2022, a coûté 72 millions d’euros environ, sans empêcher une crise sanitaire en décembre 2022, en 2023 et en 2025. Dans la lettre, un autre chiffre revient comme un symbole : la concession du service d’assainissement attribuée à Suez/Thau Maritima pour 20 ans et 277 millions d’euros, avec des résultats jugés « peu probants » au regard des pollutions répétées. Les usagers et professionnels pointent notamment les 40 km de réseaux unitaires à Sète, les postes de relevage fragiles, et même un émissaire en mer décrit comme défaillant sur une portion significative, limitant les efforts consentis. Le constat partagé par les acteurs du bassin, qui documentent la situation depuis des années, est criant : la bétonisation aggrave les ruissellements, fragilise l’assainissement et finit par entamer la confiance sanitaire. « Mais l’huître a meilleur dos », plaisante Loison.

    Face à l’urgence sociale, l’État et les collectivités annoncent des mesures : exonération de la redevance portuaire envisagée par le Département (environ 120 000 euros), année blanche sur la redevance de traitement des déchets conchylicoles proposée par Sète Agglopôle (environ 1 M), possibilités d’étalements fiscaux et sociaux, recours à la médiation du crédit, aménagements bancaires, ainsi que l’ouverture d’un guichet d’indemnisation lié à la malaïgue. Des pansements nécessaires. Mais insuffisants si l’on ne traite pas la plaie : l’origine des rejets.

    « Car tant que les responsabilités resteront diluées entre les pluies, la lagune ou la fatalité, la crise recommencera », explique Loison. Interdire la vente était indispensable pour protéger la population. Mais le risque demeure : une nouvelle analyse défavorable pourrait prolonger l’interdiction de plusieurs semaines et aggraver encore la situation. « Et ça peut durer comme cela jusqu’à avril-mai », s’inquiète le président. Protéger durablement suppose désormais autre chose : transparence, enquête publique et plan massif sur les réseaux, pas seulement sur les vitrines technologiques. À Thau, l’huître n’a pas à porter seule le poids d’un système qui déborde.

    * Sauf nouvelle alerte d’ici là, les coquillages de l’étang de Thau devraient être de retour sur les étals à partir du 21 janvier, selon le Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM).

  • La drague Hydromer bientôt plus écolo en Occitanie

    La drague Hydromer bientôt plus écolo en Occitanie

    C’est une première mondiale. La drague Hydromer, ce navire destiné à l’entretien des fonds des trois ports propriétés de la Région à Sète-Frontignan, Port-la-Nouvelle et au Grau-du-Roi, va bénéficier d’ici septembre 2026, de l’installation à son bord de la technologie hydrogène.

    En 2024, le navire a remplacé le Cap Croisette qui a pris une retraite bien méritée après 47 ans de nettoyage.

    -20% d’émissions de CO2

    Pour rappel, la Région avait initié en 2021 la construction du navire Hydromer dans le cadre du renouvellement de sa flotte de navires et afin de poursuivre la réduction de l’impact environnemental des activités portuaires. Il avait été mis en service en septembre 2024 et fonctionnait à l’énergie électrique, bien que conçu pour fonctionner à l’hydrogène. Une solution temporaire en attendant la mise en production de l’usine Hyd’Occ de fabrication d’hydrogène vert à Port-la-Nouvelle. L’Hydromer sera équipé de la technologie durant l’été.

    À terme, la Région annonce 20% d’émissions de CO2 en moins et zéro émission au port ou au mouillage, soit 700 tonnes de CO2 non rejetées dans l’atmosphère par an.

    Depuis sa mise en service, l’Hydromer a dragué 440 000m3 de sédiments dans les ports de la Région, soit l’équivalent de 150 piscines olympiques.

  • Ces cépages interdits aujourd’hui, en voie de légalisation

    Ces cépages interdits aujourd’hui, en voie de légalisation

    Il y a quelques rares bonnes nouvelles pour la viticulture française. La décision du Parlement européen d’autoriser les cépages Isabelle, Clinton, Noah, Jacquez, Othello et Herbemont, aujourd’hui interdits, en fait partie. Cette proposition portée par le député européen socialiste Éric Sargiacomo était en effet très attendue par les viticulteurs gardois dont la culture de ces cépages dans les Cévennes ne s’est jamais arrêtée et a même été transmise par plusieurs générations de vignerons.

    Ce savoir a d’ailleurs permis de s’appuyer sur un certain nombre de données pour démonter les arguments qui avaient justement poussé à leur interdiction. « Nous avons réalisé des analyses sur une quinzaine de vins réalisés avec des vinifications de cépages interdits. Il y avait des pétillants, des cidres et trois vins rouges et nous avons montré que nous étions au même niveau de méthanol. Nous sommes aux alentours des 200 mg par litre pour les rouges alors que la norme est de 400. Nous sommes donc comme un Bordeaux ou un Bourgogne. Cet argument peut donc être balayé d’un revers de la main », explique Christel Guiraud, président de l’IGP Cévennes et propriétaire du Domaine des Loubatières.

    Celui qui a créé l’observatoire des cépages en 2022 s’est rendu au Parlement européen à Strasbourg accompagné de cinq vignerons du secteur mi-octobre. Ils ont eu l’occasion d’avancer un certain nombre d’arguments que les députés ont entendus. « Je ne pense pas sauver la viticulture avec ces cépages mais l’idée, c’est qu’ils peuvent apporter une identité cévenole, un côté patrimonial et un côté œnotouristique. Avec ces anciens cépages demain autorisés, nous allons pouvoir créer de nouveaux mélanges de Noah, d’Isabelle et de Clinton parce que le reste, on en a un peu moins sur notre secteur. La demande actuelle, ce sont des vins plus légers, plus faciles à boire et ces vins-là répondent à cette demande. Ce sont des vins légers tout en étant sur le fruit. Ces cépages résistent aussi mieux aux coups de chaleur », ajoute le vigneron.

    Chloé Ridel interpelle la ministre de l’Agriculture

    Désormais, chaque pays doit se prononcer pour ou contre cette réintroduction. C’est dans ce cadre que la députée européenne socialiste basée à Nîmes, Chloé Ridel, a écrit à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard (LR) pour « connaître clairement la position du Gouvernement français sur cette question essentielle pour l’avenir de notre viticulture ».

    « Ces variétés se trouvent dans une véritable zone grise réglementaire : d’un côté, depuis 2021, l’obligation de les arracher a été levée, mais de l’autre, leurs producteurs n’ont toujours pas le droit d’appeler « vin » la boisson qu’ils élaborent, alors même qu’ils sont soumis à la même fiscalité. Cette situation paradoxale illustre la nécessité de clarifier et d’harmoniser le cadre juridique, afin de donner de la lisibilité et de la stabilité aux producteurs concernés. De plus, leur réhabilitation apparaît pleinement cohérente avec les défis auxquels la viticulture française est confrontée », précise celle qui est depuis juin en charge de la refondation du projet du Parti socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2027.

    Pour l’heure, la ministre de l’Agriculture, confrontée à une crise sans précédent de la viticulture, n’a toujours pas rendu son avis sur ces cépages. « Elle est à l’écoute », rassure tout de même Christel Guiraud qui espère une légalisation de ces cépages pour 2027 : « Il faut que cela soit décidé dans le paquet vin de la PAC 2027. »