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  • [Rue de la République] Martine Vassal : « Je veux que Marseille devienne la capitale de la réussite »

    [Rue de la République] Martine Vassal : « Je veux que Marseille devienne la capitale de la réussite »

    Sa déclaration de candidature

    Didier Gesualdi : C’est la désormais candidate officielle à la mairie de Marseille que nous recevons. Pourtant, vous nous aviez dit ici que vous aviez été très marquée par la défaite de 2020.
    Oui, 2020 m’a marquée. J’en ai tiré les leçons. Je n’ai eu de cesse d’essayer de faire mieux que précédemment. Et puis, il y avait beaucoup d’incertitudes. D’abord savoir ce que Renaud Muselier voulait faire. Ensuite, savoir si la loi PLM allait passer. Jusqu’à début août, on n’avait pas de mode de scrutin, pas de date non plus. On sait que ça sera les 15 et les 22 mars. Enfin, quand je vois ma ville, la façon dont elle est et dont elle décline, eh bien je m’engage. On ne peut pas continuer comme ça. Quand j’entends des tas de gens dire qu’ils veulent la quitter parce que ça ne va pas du tout sur l’espace public, la sécurité, l’attractivité, je me dis, « j’y vais, je fonce ». J’ai l’honneur et la chance d’être présidente d’institutions, de faire beaucoup de choses, d’accomplir nos engagements de campagne. Je vois bien que ça ne va pas.

    Didier Gesualdi : Votre première motivation, ça serait l’échec du Printemps marseillais ?
    C’est surtout que je constate depuis ces 6 années que la gauche, le Printemps marseillais, a fait de Marseille un laboratoire de l’idéologie. Moi, je veux en faire une capitale de la réussite. Nous avons tellement d’atouts.

    Léo Purguette : La majorité sortante communique autour de « Marseille réussit », vous n’êtes pas d’accord ?
    Oui, grâce à la Métropole. Quand on voit ce qu’il y a dans le magazine, 80% de ce qui a été fait l’ont été par la Métropole, et c’est une fierté.

    Didier Gesualdi : On vous a longtemps présenté comme un bébé Gaudin. C’est fini, cette page est tournée ?
    En réalité, je suis l’héritière d’un papa Mazarguais et d’une maman fille d’immigré. C’est le seul héritage que je reconnais. Je n’ai pas l’habitude de regarder derrière. J’avance. Je fais. Le Printemps marseillais a été 6 ans en responsabilité, on voit tout ce qui s’est mal passé. Je suis depuis 10 ans à la tête du Département, de la Métropole, on a fait des bilans de mi-mandats, on a tenu nos engagements. Aujourd’hui, ce qui est important, c’est d’expliquer à la population marseillaise ce que l’on veut faire, où on veut aller. Je n’ai pas les yeux derrière la tête, je les ai devant.

    La droite et le centre

    Léo Purguette : Une des leçons que vous aviez tirées de 2020, c’était les dangers de la division de votre camp. Est-ce que ça va tenir entre une Sabrina Agresti-Roubache et une Valérie Boyer ? Est-ce que Frédéric Collart sera votre Bruno Gilles 2026 ?
    Oui j’ai tiré des leçons. Je n’ai eu de cesse de travailler à cette union. Vous savez, c’est comme un mariage, il faut l’entretenir. Si vous n’entretenez pas le lien entre toutes ces personnes qui étaient là samedi dernier pour ma déclaration de candidature, eh bien ça se casse. Donc une union, c’est toujours fragile. Rien n’est acquis, mais il y a un fil qui nous relie, c’est qu’on aime Marseille.

    Léo Purguette : Au moment où on se parle, vous êtes confiante sur le fait d’être la seule candidate de droite et du centre ?
    Au moment où on se parle, j’arrive à avoir les investitures des différents partis de cet espace politique de la droite, du centre, des écologistes raisonnables. On a un éventail très large. Après, chacun est libre d’avoir des aventures personnelles. J’ajoute que l’on a ces gens qui viennent de la société civile, de la jeunesse, qui nous disent « on veut s’engager, on veut aller de l’avant dans cette ville », parce qu’elle compte des talents et des potentialités.

    Léo Purguette : Vous parlez de « méthode Vassal », qu’est-ce que ça veut dire ?
    C’est « je fais ce que je dis et je dis ce que je fais ». Sur les principes, c’est très clair, je n’ai pas de temps à perdre. C’est la façon dont je fonctionne : je prévois des actions et après je les réalise. Et si je ne peux pas, je dis pourquoi. Je suis claire, j’avance. Ce territoire, on l’a transformé. C’est une fierté.

    Les secteurs, le RN

    Léo Purguette : La réforme PLM est assez défavorable à votre camp, qui compte des notables implantés dans les secteurs. Comment allez-vous vous y prendre tactiquement ?
    Ce que je trouve dommage, c’est qu’on éloigne les habitants. Je ne parle pas de Paris ou de Lyon, je ne connais pas assez bien. Mais Marseille, c’est huit secteurs dont chacun représente l’équivalent d’une ville d’Aix. Comment voulez-vous arriver à gérer la proximité ? Il faut des maires de secteur. Si j’ai l’honneur d’être choisie par les Marseillaises et les Marseillais, je travaillerai avec tous les maires de secteur. Il y aura une liste mairie centrale et des listes pour chaque secteur avec deux urnes.

    Léo Purguette : Vous serez candidate dans quel secteur ?
    Moi je conduirai la liste sur Marseille.

    Léo Purguette : Dans les 6-8, vous ne serez pas tête de liste ?
    Je ne suis pas candidate d’un secteur, je veux représenter tous les Marseillais.

    Léo Purguette : Ce scrutin moins ancré dans la proximité donne une prime à l’extrême droite. Est-ce que ça vous fait peur ? Est-ce que cela explique votre prise de position vigoureusement contre l’immigration après le fait divers de Belsunce ?
    Non, non et non. En vérité, ce n’est pas d’aujourd’hui que je m’occupe de sécurité. Je vais vous rappeler ce que j’ai fait au Département : le 100% sécurité dans les collèges, l’aide que nous apportons à la police nationale, les gendarmeries que nous refaisons, les pompiers… Je finance 80% de la vidéoprotection des communes qui le souhaitent. Par rapport au RN, c’est un peu notre faute la situation dans laquelle on est. Pendant trop d’années, on a laissé la bien-pensance imposer qu’il ne fallait pas parler de sécurité, rien dire sur l’immigration. Le RN a pris cet espace.

    Le climat politique

    Léo Purguette : Vous avez dit « Marseille je t’aime ». Est-ce que ça suffit ? On n’arrive pas à accrocher le débat de fond avec des invectives sur les réseaux sociaux. Regrettez-vous ce climat ?
    Oui je le regrette…

    Léo Purguette : Est-ce que ça ne va pas mettre du vent dans les voiles à l’extrême droite et à l’abstention ?
    Ce que je vais faire, c’est regarder devant.

    Didier Gesualdi : Mais quand on dit « Benoît Payan a perdu mon numéro », ça sert à convaincre qui ? Les militants ?
    Non… J’ai voulu faire un trait d’humour. Mais, franchement, ce qui m’intéresse, c’est de faire. Le bilan que j’ai depuis 10 ans à la tête des institutions que j’ai l’honneur de présider le prouve. Regardez les transports, c’est une révolution ! Les gens en ont ras le bol d’entendre « c’est pas moi c’est l’autre ». Moi je suis dans l’action.

    Les axes de propositions

    Léo Purguette : Vous dites qu’à Marseille, ça ne va pas. Quelles sont vos propositions structurantes pour la Ville ?
    D’abord, on va rentrer dans le détail dans les semaines à venir, puisqu’on a fait des ateliers, que les différentes composantes ont travaillés. Je suis pour être simple : avoir un programme efficace et qui soit réalisable. Je veux avancer sur la sécurité, sur le bon sens et sur l’action. La sécurité, c’est quoi ? Mettre des policiers municipaux dans tous les quartiers…

    Léo Purguette : … Il y en a quand même eu beaucoup plus avec l’actuelle majorité.

    Didier Gesualdi : Ils ont doublé selon le Printemps marseillais.
    Il suffit d’ouvrir les yeux sur l’espace public. Où sont les policiers dans le 12e ? Dans le 15e ? Dans le 11e ? Il y a peut-être une ligne pour mettre une intention de postes et après, il y a la réalité dans l’espace public. Il faut plus que doubler les effectifs de police et surtout faire de la vidéoprotection, avec des gens derrière, pour gérer l’espace public. Là, il y a une chose que je reconnais au Printemps marseillais, c’est d’avoir tenu ses promesses : suppression de la vidéoprotection…

    Léo Purguette : … il a nettement évolué sur cette question avec Marseille en grand.

    Didier Gesualdi : Le Printemps marseillais dit que durant l’époque Gaudin, la moitié des caméras étaient débranchées.
    Oui c’est ça ! C’est pour ça qu’il y a nettement moins d’insécurité dans les rues maintenant… Je continue sur le bon sens. Enfin… On ne peut pas laisser l’espace public comme il est maintenant. Oui, la Métropole est responsable de la collecte et du nettoyage dont la Ville n’a pas voulu entre parenthèses. Le matin, on nettoie et eux, ils permettent de salir. C’est acceptable ça ?

    Didier Gesualdi : C’est si schématique que ça ? Ils permettent de salir ?
    Oui parce que quand vous avez des gens, des restaurateurs qui traînent la poubelle en laissant des traces d’huile partout… parce qu’on ne les contrôle pas, on ne leur explique pas. Le laisser faire tout et n’importe quoi, ça suffit, les enseignes qui ne sont pas conformes… La liste est très longue. Le bon sens, c’est de mettre l’espace public en ordre. La dernière chose, c’est l’action. Attirer ici des belles enseignes, des entrepreneurs. Ils les ont fait partir ! Les galeries Lafayette ferment, la villa Valmer à grands coups de procès, on abouti à ce qui était prévu au départ avec quatre ans de retard… J’aime cette ville, j’y ai grandi, fait mes études, élever mes enfants. Je veux que ce soit la capitale de la réussite.

    La justice
    Didier Gesualdi : Une procédure judiciaire est lancée par un de vos anciens collaborateurs qui dénonce un « système Vassal », que répondez-vous ?

    D’abord, je suis l’objet d’un maître chanteur. Un directeur que nous n’avons pas gardé. Et lorsque nous avons voulu mettre fin à son contrat, il nous a menacés de révéler un tas de choses qu’il a énuméré. Je n’ai pas l’habitude de céder au chantage, ce n’est pas maintenant que ça va commencer. J’ai porté plainte. Je ne suis pas assez bonne en communication, mon tort, c’est au mois de novembre quand j’ai porté plainte de ne pas avoir crié que j’étais victime d’un chantage. À la fin de son contrat, il a porté plainte également donc c’est une plainte conjointe et il faut savoir qu’après mon dépôt de plainte, une enquête a été ouverte qui ne me concerne pas et que j’ai déclenchée. Je veux bien tout, mais lancer des fausses rumeurs… Je m’excuse de vous dire qu’en 2015, j’ai mis fin à un système. Nous étions bien seuls avec Renaud Muselier à le décrier. Donc le système Vassal… J’aimerais plutôt parler de la méthode Vassal.
    La situation nationale

    Léo Purguette : Souhaitez-vous que le socle commun reste ensemble ? Ce n’est pas si simple. Et qu’avez-vous à dire aux gens qui descendent dans la rue et qui sont en colère par rapport à la situation sociale ?
    Je les comprends. Il n’y a rien qui avance. On a l’impression de reculer. La moitié des Français sont à découvert le 15 du mois. Quand un retraité à travaillé toute sa vie et n’a droit à rien. Ce n’est pas acceptable.

    Léo Purguette : Donc, il faut que M. Lecornu lâche sur la justice fiscale ?
    Il faut qu’il lâche sur la justice sociale, sur la justice fiscale. Un chef d’entreprise, vous ne croyez pas que ça lui ferait plus plaisir de donner à son salarié plutôt que de donner à l’État ?

    Didier Gesualdi : Ça sert aux services publics, ce n’est pas rien.
    Il faut de l’exigence sociale, que la solidarité aille à ceux qui en ont vraiment besoin. Il faut tout remettre à plat. Je crois au courage et à la décentralisation. Je crois qu’on va pouvoir sauver la France par les territoires.

    Léo Purguette : Encore faut-il qu’ils aient des moyens.
    Bien sûr, c’est pour ça qu’il faut attirer des richesses.

    La question des lecteurs

    Miseviciute : Quelle est la position de Marseille vers l’international ?
    Mon projet pour Marseille prend en compte la dimension internationale, je pense que la position de Marseille est essentielle. Marseille doit être la capitale de la Méditerranée, la capitale de l’ouverture vers le continent africain, qui connecte au reste de l’Europe. C’est un niveau essentiel. Il faut continuer à tisser des relations avec l’ensemble des villes qui le souhaitent pour continuer à en améliorer la qualité. Et avoir des échanges avec d’autres, les faire venir sur notre territoire, permettre à nos entrepreneurs d’aller chez eux. Dans ce domaine, Marseille à un rôle central à jouer.

  • « “Femme, vie, liberté”, c’est une lumière au bout du tunnel »

    « “Femme, vie, liberté”, c’est une lumière au bout du tunnel »

    La Marseillaise : Pourquoi c’est important pour vous de prendre part à ce forum ?

    Aïda Tavakoli : Je suis présidente de l’association We are Iranian Students qui défend les droits des étudiants iraniens. Le mouvement « Femme, vie, liberté » qui a commencé en 2022 a très rapidement dépassé les frontières de l’Iran. J’ai été appelée en tant que militante iranienne à participer à la marche du 4 octobre 2023 en Israël, organisée par les guerrières de la paix. C’est finalement ma mère qui s’y est rendue. Trois jours avant le 7 octobre, des militantes palestiniennes, israéliennes, et du monde entier ont chanté « Femme, vie, liberté », en arabe, en hébreu, en anglais. C’est un message, un projet de société tellement nécessaire qu’il me semblait important qu’il soit représenté ici, c’est une lumière au bout d’un tunnel dont on ne voit plus le bout. C’est une pensée politique qui existe trois ans après le soulèvement parce que des femmes et des hommes ont donné leur vie pour cela.

    Cela fait trois ans que Mahsa Amimi a été assassinée, déclenchant le mouvement « Femme, vie, liberté ». Quelle est la situation aujourd’hui ?

    A.T. : La situation est très difficile. Il y a beaucoup de lassitude, de désespoir et en même temps il y a un point de non-retour qui a été franchi. Une barrière de la peur, de la tétanie qu’insufflait le régime islamique qui a été détruite. On est plus proche de la chute du régime. La situation économique est extrêmement difficile : deux heures d’eau courante et d’électricité par jour même dans les grandes villes, 60% d’inflation, la classe moyenne n’existe plus. Mes cousines, éduquées, architectes ne peuvent plus s’acheter de la viande ni même des œufs. La précarité concerne tout le monde. Hemingway disait que les dictatures tombent comme les entreprises font faillite : progressivement puis soudainement. La désobéissance civile continue. On a vu les images de ces femmes qui se sont dévoilées dans un cimetière musulman et ont porté le cercueil d’une femme qui a été tuée. Il n’y a pas de retour en arrière après ça. Il y a des racines de ce régime islamique qui sont arrachées.

    Les frappes israéliennes sur l’Iran, mais aussi le Liban et le Qatar, ne sont-elles pas le prélude à une généralisation du conflit propice au maintien des obscurantistes partout ?

    A.T. : Il y a une émission en ligne lancée par des étudiants iraniens qui ouvre un dialogue démocratique entre des pro et des anti-régime. Ça demande un courage immense, au risque de l’emprisonnement, de la torture, de la pendaison. L’un des derniers numéros concerne votre question. L’étudiant disait au pro-régime : une population qui ne vous soutient pas même quand elle reçoit des bombes de l’extérieur, c’est la définition de votre chute. Je ne crois pas que quoi que ce soit aide ce régime à rester en place.

    Imaginez-vous deux États, Israël et Palestine coexister sans que les extrémistes religieux n’attaquent les droits humains et ceux des femmes ?

    A.T. : L’heure n’est pas à l’imagination mais au travail. C’est dangereux de sous-estimer l’ampleur du travail qu’il y a à faire. Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Abandonner ce travail serait suicidaire, ce serait accueillir à bras ouverts le chaos, la mort et l’injustice. Ne rien faire, se dire « je n’y connais rien, j’espère que ça ira », c’est être complice de ce qui est en train de se passer là-bas.

  • « Pas d’autre plan que d’évacuer les colonies »

    « Pas d’autre plan que d’évacuer les colonies »

    La Marseillaise : Israélienne, femme rabbin pour la paix, comment vivez-vous la période en Israël ?

    Nava Hefetz : C’est dur. On est souvent menacés. On est parfois bannis de notre famille qui ne pense pas comme nous. Surtout depuis le 7 octobre, des amis ont coupé les liens. Mais ce n’est pas important au regard de l’enjeu.

    Le gouvernement israélien réprime son opposition parlementaire et commet ce que les institutions appellent un génocide. Israël est-il encore une démocratie ?

    N.H. : On est en train de perdre notre démocratie. Elle est formelle mais ne correspond plus aux valeurs démocratiques. On sent la répression, la répression est violente. Le clivage qui a lieu en Israël aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un clivage droite- gauche mais un clivage messianiques-démocrates. Tant qu’il n’y a pas d’élection, on ne peut pas mesurer l’état du rapport de force mais sur le terrain nous sentons la pression des messianiques. D’ailleurs, le gouvernement Netanyahu ne tient que par les dirigeants des colons Smotrich et Ben Gvir. Donc Netanyahu laisse faire les violences notamment en Cisjordanie.

    Depuis cette nouvelle guerre, on assiste à une flambée d’antisémitisme. Comment l’analysez-vous ?

    N.H. : L’antisémitisme est un phénomène ancien. Il était latent et n’attendait qu’une étincelle. C’est très facile de mettre tous les Israéliens dans le même paquet, tous les juifs dans le même paquet comme si on était tous pro-Netanyahu. Ça fait cinq ans qu’Israël connaît des manifestations massives. D’abord pour la réforme judiciaire, puis on a enchaîné avec le 7 octobre et rien ne bouge. Les manifestations ne suffisent plus. Il faut être beaucoup plus incisif, il faut carrément stopper le pays si on veut changer.

    Croyez-vous aux sanctions économiques ?

    N.H. : C’est une chose qui n’a pas été essayée parce que les économies occidentales sont très liées à celle d’Israël. Moi, je crois que des mesures, par exemple sur les visas, pourraient créer un électrochoc.

    Que pensez-vous de l’initiative française pour la reconnaissance de l’État palestinien ?

    N.H. : C’est très tard mais mieux vaut tard que jamais. Il faut voir ce qui se passe à Gaza mais aussi en Cisjordanie. La politique des colons est d’étendre leurs emprises en multipliant les avant-postes. Il y a 900 barrages routiers qui enferment les villages palestiniens. Il y a une stratégie délibérée de rendre l’existence d’une Palestine souveraine impossible. 4 000 habitations sont en construction près de Jérusalem-Est dans ce but. Il y a aussi un harcèlement des populations palestiniennes proches d’Ébron où chaque nuit des jeunes colons délinquants viennent mettre le feu, vandalisent les commerces palestiniens, les voitures pendant que l’attention est à juste titre sur Gaza. Que fait la France contre ça ?

    Quel est, selon vous, le chemin de paix à emprunter ?

    N.H. : Il n’y aura pas d’autres plans que d’évacuer les colonies et de créer un État palestinien. On est ensemble, israéliens, palestiniens, militants. On ne lâche pas, on ne lâchera pas.

  • « Il va falloir continuer à se battre »

    « Il va falloir continuer à se battre »

    La Marseillaise : Un collège porte désormais votre nom. Qu’est-ce que ça vous fait ?

    Ariane Ascaride : C’est la fin, ma pauvre, c’est la fin ! Je plaisante. C’est impossible, je n’arrive pas à vous dire ce que ça représente, parce que c’était tellement improbable, impressionnant, émouvant, bouleversant et finalement, au bout du compte, réconfortant par rapport à tout ce que je peux toujours dire. J’ai l’impression que je dis toujours la même chose et que je peux apparaître répétitive, et qu’en plus, en tant que femme, je peux me prendre assez souvent dans la tête que je suis une grande gueule, parce que je l’ouvre, vous voyez, tout le temps. Je dirai donc que c’est réconfortant, voilà.

    Que pensez-vous de la féminisation des noms des établissements ?

    A.A. : C’est un fondamental. Je pense que de toute façon, c’est la féminisation de tout qu’il faut. Il faut que les femmes prennent la place qui est la leur. Mais ce n’est pas encore complètement ça. Il va falloir continuer à se battre, il va falloir continuer à parler. J’ai un petit-fils et quand je lui demande comment ça se passe dans la cour de l’école, de son école maternelle, il me raconte que les garçons jouent ensemble, et que les filles, elles, sont collées contre le mur. Voilà, c’est l’image que j’ai toujours envie de donner : il faut vraiment que les filles se décollent du mur, et que les garçons leur laissent le centre de la cour.

    Que pensez-vous des mouvements sociaux en cours, celui du 10 septembre et celui attendu le 18 ?

    A.A. : Écoutez, j’espère que les mobilisations sociales vont être immenses, juste immenses. Je pense que beaucoup de gens sont fatigués. Le danger c’est qu’il y a beaucoup de gens qui vous disent : « Je ne regarde plus les infos parce que c’est ça me file le bourdon, je ne veux plus savoir. » Il est là le danger. Je pense que tous les politiques devraient se reposer cette question-là.

  • « Il est plus difficile pour le vrai de se défendre »

    « Il est plus difficile pour le vrai de se défendre »

    La Marseillaise : Comment les réseaux sociaux participent-ils d’une plus grande désinformation ?

    Gérald Bronner : Ils y participent vraiment et c’est très documenté par la science. L’essor des nouvelles technologies nous fait évoluer dans un univers numérique de plus en plus découplé du réel à l’heure de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle… La corruption du réel n’en est qu’à ses prémices. Le monde numérique a dérégulé le marché de l’information. Lorsqu’elle était diffusée dans l’espace public, les journalistes la vérifiaient. Aujourd’hui, tout le monde peut partager très vite toutes sortes d’informations. Nous en sommes écrasés. Elle est partout et non hiérarchisée. Comment savoir quelles sont les vraies et les fausses dans ce flux ? Car tout le monde ne parle pas avec la même force. Les supers diffuseurs représentent 1% des comptes or ils produisent 33% des informations. Et ce sont les plus radicaux, les complotistes, les antivax, qui sont le plus actifs sur les réseaux. Quand on va chercher une info sur le climat, on a 50% de chance de tomber sur une vidéo climatosceptique. Sans compter que les algorithmes favorisent la diffusion des fausses informations. On a plus de mal à trouver une vérité quand l’urne dans laquelle on pioche est truquée.

    Vous alertez sur le fait que le réel est en danger. Pourquoi le virtuel est-il si attrayant ?

    G.B. : C’est une alerte très importante. Le réel est en danger, car c’est un invariant de la pensée humaine : on souhaite plier le réel à notre désir. On peut concevoir l’information comme un marché qui se diffuse très vite, avec ses VRP. Et comme on a du mal à comprendre le phénomène de hasard, le complotiste, le populiste va donner un corps narratif à ses intuitions. Il est plus difficile pour le vrai de se défendre que pour le faux de se diffuser. Aujourd’hui, la technologie accélère ces possibilités. On s’est tous déjà demandé si une image est vraie ou fausse. Dans ce doute, le risque est que chacun tranche en fonction de ses préférences, qu’elles soient politiques, idéologiques ou personnelles… Or il n’y a pas de réalité alternative. Quand Donald Trump fait interdire des mots sur le changement climatique ou quand il limoge la cheffe des études statistiques, c’est parce que ses résultats ne lui conviennent pas. Il refuse la sanction du réel, il préfère casser les thermomètres qui pourraient contredire la justification de son action. Il a son propre rapport au réel, avec ses récits. Donald Trump veut aveugler le monde en tordant la réalité pour la plier à ses désirs. Si on casse tous les thermomètres, on empêche toute forme d’action publique, qui suppose de vivre dans un même monde, le réel. Chacun s’enferme alors dans un espace polarisé, un petit monde subjectif et communautaire, sans dialogue possible. C’est la fracture d’un espace commun, et donc de l’action collective. Les démocraties présupposent au contraire l’existence d’un espace de discussion. Le plus dangereux pour nos démocraties, c’est de continuer à vivre dans la même société mais pas dans le même monde.

    Quel regard portez-vous sur
    les mouvements sociaux et populaires aujourd’hui, la défiance envers le politique ?

    G.B. : En tant que sociologue je n’ai pas à légitimer les mouvements sociaux. Mais c’est un fait social qu’il y a une crise de confiance accélérée par une crise de conscience, que les opinions publiques ne donnent plus leur blanc-seing ni aux politiques ni aux médias. On peut les comprendre. Mais la rupture des espaces communs de discussion risque de nous laisser impuissants face aux enjeux de notre époque.

    Les jeunes sont-ils plus sensibles aux fake news ?

    G.B. : Les jeunes s’informent plus sur les réseaux sociaux et par les vidéos. Les sites les plus utilisés par les jeunes internautes sont très pourvoyeurs de fausses informations. Mais les personnes du 3e âge sont aussi celles qui en diffusent le plus.

    Comment l’art, qui est le domaine de l’illusion, peut-il être un allié
    de la science ?

    G.B. : L’art peut tromper en ce qu’il joue avec les sens. Mais ce qu’il pose surtout, ce sont des questions. L’artiste interroge le réel. Il propose aussi des réponses à des questions qui ne se posent pas encore. La science-fiction produit des hypothèses et anticipe le réel.

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    Programmation

    Didier Gesualdi : Donnez-nous envie de venir à La Criée cette saison. Il y a des créations, des résidences, des spectacles hors les murs ?

    C’est une maison du peuple et de la langue. Le Centre dramatique national est une maison de création théâtrale où on construit des spectacles, et on s’attelle à la rencontre de ces œuvres avec le public, en les appelant à venir à La Criée, ce beau théâtre au 30 quai de Rive Neuve à Marseille, mais aussi en allant à la rencontre des publics dans les quartiers plus lointains, à l’Astronef (15e), dans les maisons de quartier, dans les centres culturels, les centres sociaux…

    Christophe Casanova : Qu’est-ce qu’on va y trouver ?

    Beaucoup de rencontres, avec des spectacles, des créations. La première ce sera La Leçon que je mets en scène. C’est une œuvre d’Eugène Ionesco, une pièce qui a beaucoup de drôlerie et qui est très riche politiquement puisqu’elle parle de la domination, de la toute-puissance, notamment masculine. Le thème de la saison est autour des dérives autoritaires, de la jeunesse, de la transmission.

    Didier Gesualdi : Comment travaille-t-on pour répondre aux attentes d’une ville que vous commencez à connaître ?

    Marseille est riche dans son nombre d’habitants et sa diversité, et ça nécessite que ces publics soient représentés sur les plateaux. Donc, de parler de notre quotidien. Par exemple, 65 rue d’Aubagne est une création qui racontera une partie de l’histoire d’un point de vue très singulier des personnages mais portera aussi l’attention de toutes celles et ceux qui ont travaillé à la reconnaissance de ce drame et au devoir de mémoire.

    Christophe Casanova : Que signifie « communes paroles », le thème de la saison ?

    C’est mettre en commun les langages, le langage théâtral, et notre parole. Il y a beaucoup de débats comme le 6 octobre sur la question des services publics et la nécessité du soutien à ce service public de la culture, mais pas seulement. On parlera beaucoup de l’hôpital. On entrecroise à la fois cette expérience esthétique, voir des spectacles et aller à la rencontre des publics, et cet aspect discursif où on vient parler, raconter ce que l’on vit autour de sujets comme la rue d’Aubagne qui nécessitera des échanges après le spectacle.

    Publics
    Didier Gesualdi : Tout est bon pour ouvrir les portes, rencontrer les publics, être dans Marseille ?
    Notre première mission est de créer des œuvres et de faire en sorte qu’elles soient vues par toutes et tous, d’élargir la base sociale. Ce sont très souvent les mêmes personnes qui ont le désir de venir, c’est ce qu’il faut travailler dans une éducation artistique et culturelle depuis l’enfance, en allant là où ils vivent, dans leurs difficultés de vie, apporter cet élément de respiration à des publics qui pensent qu’ils n’en ont pas le besoin, ni le désir.
    Didier Gesualdi : Comment vous réduisez cette difficulté et faites venir ces publics à La Criée ?
    Par le choix des sujets : parler de la rue d’Aubagne par exemple, c’est parler de nos vies. Par un grand travail de tout un service de relations avec les publics, et puis par la tarification. Les places sont l’objet d’un service public, un peu comme l’hôpital, au fond. C’est ce qu’il faut maintenir, ce coût le plus bas possible, aux alentours d’une dizaine d’euros et parfois des places gratuites.
    Christophe Casanova : Et ça marche ?
    Avec 95% de fréquentations, c’est un des théâtres les plus fréquentés dans les centres dramatiques nationaux. Nous avons cette attitude attentive et généreuse pour que les publics se sentent chez eux. Le hall va devenir un lieu de vie, par exemple, où on va pouvoir se rencontrer, se parler. Toute la journée, c’est 1 000m2 qui sont offerts pour qu’on puisse échanger, venir faire ses devoirs, jouer aux cartes. C’est une autre façon de raconter le théâtre.
    Moyens

    Didier Gesualdi : On parle d’austérité et en général, c’est la culture qui est en première ligne ? Avez-vous des craintes ?

    C’est souvent la variable d’ajustement. Des régions ont supprimé la culture parfois pour des raisons budgétaires mais aussi idéologiques. On sait que la culture est émancipatrice. Voir un spectacle, change quelque chose dans votre vie, surtout si l’angle proposé est un angle de réflexion, de distance avec les choses. Donc ça fait peur aussi de ce point de vue. Quand on rentre dans des périodes autoritaires, où l’on sait qu’il vaut mieux manipuler les masses que de créer de l’échange individuel qui offre à chacun un plus grand discernement, dans un monde où on rabaisse beaucoup le cerveau, notamment de la jeunesse, on peut dire qu’idéologiquement, la culture est en danger.

    Christophe Casanova : Cette idéologie autoritaire qui traverse La Leçon d’Eugène Ionesco est aujourd’hui, la question principale ?

    Oui. Les dérives autoritaristes, on le voit aux États-Unis, dans cette toute-puissance d’un pouvoir écrasant, le masculinisme, revendiqué pleinement par certains chefs d’État, dans cette capacité à réduire par le pouvoir la personne et à la mobiliser de manière moutonnière… C’est parti aussi de toutes les industries de programme, de la publicité, les réseaux sociaux. Donc il y a à lutter pour avoir plus d’esprit critique, notamment chez la jeunesse.

    Social

    Didier Gesualdi : Avec le mouvement Bloquons tout où des gens qui n’ont pas souvent la parole l’ont prise. Quel regard l’artiste porte sur ça ?

    Le désordre social est le témoin de mal-être et de malaises individuels et collectifs. Parfois certains ne peuvent pas mettre de mots dessus, c’est pourquoi le théâtre est très utile. Quand on vient au théâtre et qu’on discute autour d’une pièce, ça fait parler de justice, d’autorité… Ce travail de soin, un peu comme le champ de l’hôpital, est essentiel. Même si on est parfois des ambulances qui arrivent un peu tardivement parce que les corps et les cerveaux sont abîmés.

    Christophe Casanova : Si c’est un peu trop tard, en quoi est-ce utile, alors ?

    C’est plus qu’utile, c’est nécessaire. On ne sait plus vivre bien ensemble, on cherche les raisons de nos mal-être, on pense que le mal-être c’est l’autre, celui qui est différent. Alors que la différence est une possibilité de se transformer soi-même. Les communautarismes sont néfastes avec derrière cette confusion du pouvoir et d’une autorité qu’on ne sait même plus reconnaître, fait qu’on n’a plus confiance en nos leaders politiques. Il faut retrouver ce sens par tous les outils.

    Marseille

    Didier Gesuadi : Vous êtes à la tête de La Criée depuis 2022, vous êtes un vrai Marseillais maintenant. En quoi cette ville vous marque ? Est-ce qu’elle vous agace quelquefois ?

    Elle me marque beaucoup par sa clarté, sa lumière. J’ai la possibilité d’habiter pas trop loin du Vieux-Port, de voir cette beauté lumineuse, tous les matins, autour de moi, et des gens que je trouve extrêmement épanouis, au fond. Je ne vis pas dans des endroits qui sont sans doute extrêmement complexes et difficiles, et où le droit est difficile pour soi et pour les autres à mettre en place. Mais c’est une ville qui est enthousiasmante par sa richesse d’histoire, ses capacités justement ethniques, par le millefeuille qu’elle représente. Et aujourd’hui, dans le cadre politique dans lequel on est, elle représente beaucoup, parce qu’on y vit bien, à Marseille, globalement. Je déplore les médias de sensation qui vont chercher toujours l’endroit où, le drame, et il y en a absolument dans toutes les villes de France. Mais dans la ville de Marseille, il y a aussi beaucoup de gaieté, de vie, nous sommes enviés, en fait.

    Didier Gesualdi : Vous n’êtes pas agacé quelques fois quand même ?

    Parfois, ce n’est pas lié ni à la propreté jamais, ni à l’éducation des gens. Moi, je trouve que je n’ai jamais eu de soucis, ni sensation de gens qui étaient mal éduqués… Ce qui m’agace sur Marseille, c’est la vision qu’on en a. Je suis Corse en partie, et j’ai vécu pendant des années le fait que la Corse était stigmatisée comme étant problématique, comme étant toujours un mouton noir de la République, et Marseille a un peu cette coloration de temps en temps. ça, ça m’agace beaucoup sur ce qu’on dit de Marseille.

    Christophe Casanova : Pourquoi de l’extérieur porte-t-on ce regard sur cette ville ?

    Parce qu’elle cristallise toutes les tensions aujourd’hui qui sont celles de l’immigration, par exemple. Puisque certains font leur miel de cette question du « problème » de l’immigration. Alors que l’immigration c’est une solution à trouver à chaque fois, comment on vit ensemble bien. Et Marseille, sur ces millénaires nous raconte comment l’immigration s’est toujours très bien résolue, puisqu’à chaque fois la mixité, la créolisation et le métissage ont fait que cette ville a vécu des transformations dans laquelle, puisque je parle de beauté, elle est aujourd’hui. On le voit dans les regards des enfants qui sont liés à ce métissage culturel, ethnique. Donc, voilà, c’est là qu’elle est stigmatisée, principalement, parce qu’elle fait peur, aux portes de l’Europe, la ville la plus basse d’Europe, la plus haute pour l’Afrique… et ceux qui ont peur, qui théorisent sur la peur en général, ont un bel objet autour de Marseille, alors que pour moi c’est une grande liberté.

    Jeunesse

    Didier Gesuladi : Vous allez à la rencontre des scolaires, vous allez même dans les crèches… ça paraît incroyable ?

    Le spectacle Oka, par exemple, va à la rencontre des tout jeunes publics. De même qu’à La Criée, il y a des garderies pendant les spectacles où l’enfant, même en très bas âge, a un moment de partage autour du spectacle qui permettra de discuter ensuite de la soirée. Il est très important d’aborder tous les publics, dans les crèches, les centres sociaux, à l’hôpital, ou les centres pénitentiaires… Dans le Hall de La Criée, à tout moment, vous verrez la diversité des publics. Il y a quand même 175 levers de rideaux, c’est une offre très importante qui crée une demande, ça fait 49 œuvres qui sont travaillées, près de 70 000 spectateurs, notre travail se porte sur cette question : élargir cette base sociale et pouvoir voir que la couleur des publics change.

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Jeanne Franchi :

    Est-ce que la programmation de votre théâtre n’est pas un peu trop politique ?

    Ce qui me touche et que je trouve important dans cette question, merci de l’avoir posée Jeanne, c’est le mot « trop ». La programmation de notre théâtre est politique, oui, parce que le théâtre en soi est politique. C’est un art qui consiste à rassembler, à unir autant qu’on le peut, et surtout à éclairer, à émanciper, à donner de l’esprit critique, du discernement. Cette programmation est cependant aussi joyeuse car c’est un théâtre qui donne de la joie, on y voit des spectacles qui permettent de réfléchir collectivement mais toujours positivement. En revanche, elle n’est jamais politicienne, c’est-à-dire qu’elle n’est pas conçue pour créer des scissions ou apporter des choses qui favoriseraient certains partis ou une certaine pensée qu’elle soit de droite, de gauche ou autre… Non, cette programmation est politique en étant humaniste, en parlant de notre commune humanité, de notre commune socialité, de notre commune naturalité. C’est donc parler d’écologie, parler de l’humain, car il n’y a qu’une seule humanité ou bien du fait qu’on ne peut vivre bien qu’ensemble parce qu’on fait des choses ensemble. Donc, tous ces spectacles racontent le droit de chacun à mieux vivre ensemble. Elle est politique dans la chose commune, c’est-à-dire tout ce qu’on met en commun pour cela. Je dirais qu’elle est très ouverte et qu’elle est plutôt grecque en ce sens…

  • « Je suis candidat pour aller au bout des projets »

    « Je suis candidat pour aller au bout des projets »

    La Marseillaise : Pourquoi candidater aux élections municipales de 2026 ?

    Michel Illac : Parce que j’ai envie de terminer le travail commencé en 2008. Nous avons fait évoluer la commune qui est maintenant dotée d’un service public de qualité, avec des régies municipales pour les crèches, la bibliothèque, ou les portages de repas à domicile du CCAS. Nous sommes passés de 0 à 150 logements sociaux, et 50 sont dans les tuyaux. Ils ont profité aux familles d’Ensuès, aux jeunes pour partir de chez leurs parents et à des personnes âgées pour quitter un logement inadapté. Nous avons créé un jardin partagé de 20 parcelles en mai dernier dans lesquels les gens ont récolté courges, aubergines et tomates. Un jardin pédagogique va suivre pour les écoles, pour lesquelles la concertation pour désimperméabiliser les cours est terminée. Mais il reste 3 gros dossiers en cours et j’ai besoin d’un 4e mandat pour les terminer.

    Quels sont ces dossiers en cours ?

    M.I. : Déjà le réaménagement du cœur de village amorcé il y a 16 ans. Les questions foncières sont en bonne voie d’être finalisées le 30 septembre prochain et nous pouvons maintenant le proposer. On y voit le retour de commerces et activités, des services, de l’habitat de qualité, de la nature en ville avec des espaces très verts et stationnement sans bitume, sans oublier l’embellissement du centre et de l’église historique. Une grosse concertation a été menée depuis 2021 malgré le Covid avec les assos, riverains et partenaires. Le projet pourrait être présenté au prochain budget. Il y a également l’aménagement de la grande voie du vallon de Graffiane, sur un kilomètre, Avec enfouissement des lignes Et la création de pistes cyclables et piétonnes pour sécuriser et relier les calanques au village en sécurité. 10 millions d’euros sont mobilisés et le projet est programmé avec la Métropole entre 2026 et tout début 2028.

    Pensez-vous au parc des Aiguilles, qui a été sujet à débat et critiques ?

    M.I. : J’y viens, c’est le troisième. J’ai travaillé 15 ans pour obtenir les aménagements routiers et l’échangeur avec l’A55 se construit en ce moment même, la fin des travaux prévue en 2026. Nous avons créé 100 000 mètres carrés de hangars et 60 sont à venir, car le permis de construire est à l’instruction, après le départ de Biotechna, qui cause de grosses nuisances olfactives dans le secteur. Certains ne voulaient pas de cette zone et voulaient planter des carottes dans un terrain pollué. Aujourd’hui on parle de 600 emplois et il y en aura 2 000 à terme. Il y a aussi un aspect de retombées fiscales du foncier bâti qui a déjà permis d’éponger les pénalités de la loi SRU sur le logement social ainsi que de compenser l’augmentation de la masse salariale de la Ville.

    Six ans de plus, ne vous font pas peur ?

    M.I. : C’est une expérience, et un réseau qui va avec. J’ai 66 ans, la pêche et l’envie. J’aime les gens. Certains utilisent le mensonge et la division pour tenter d’obtenir le pouvoir à tout prix. Alors on peut ne pas être d’accord. La critique est productive, elle m’a déjà permis de revoir certains projets. Mais quand on est sur du faux, il faut quand même s’expliquer, tranquillement, et parler de fond. Sans animosité, car on respecte la démocratie et la République. On va écrire le bilan avec mon équipe sortante que l’on publiera dans les prochains mois pendant que je construis ma liste jusqu’à la fin de l’année.

  • Benoît Payan annonce une 4e vague du Plan école plus répartie sur la ville

    Benoît Payan annonce une 4e vague du Plan école plus répartie sur la ville

    Le volet école du Plan Marseille en grand, ce programme de 1,5 milliard d’euros pour rénover toutes les écoles publiques de Marseille se poursuit à son rythme. Depuis son lancement en 2021 et la création de la Société publique des écoles de Marseille (Spem) en février 2022, près d’une vingtaine d’établissements a été créée ou totalement rénovées. Une quarantaine est en cours dans le cadre des trois premières vagues lancées depuis 2022.

    Trop lent ? L’argument de l’opposition de droite qui croit pouvoir faire oublier 25 années de gestion Gaudin et la honte de l’abandon de ces joyaux de la République, fait rire beaucoup de Marseillais. Alors mardi dans un communiqué, le groupe d’opposition de droite Une volonté pour Marseille s’est rabattu sur des rats, des punaises de lits, des toilettes vétustes, prenant à témoin la canicule de juin et la gestion des cantines par la Sodexo, à qui elle avait confié le monopole en 2011.

    Que le Plan soit moins rapide qu’annoncé par le Printemps marseillais, en revanche, c’est bien possible. Benoît Payan, le maire (DVG) de Marseille, évoquait en octobre 2021 la livraison de 80 écoles d’ici la fin de l’année 2026. Si ce sera le cas d’une partie d’entre elles, le bilan retiendra surtout que ce chiffre s’approchera plutôt du nombre de projets lancés, études comprises. Car en 2026, la rénovation complète de près de 90 écoles de la ville aura bien été engagée à défaut d’être achevée.

    Dans un long entretien accordé à nos confrères de La Provence, lundi, ce dernier a d’ailleurs défloré les grandes lignes de la 4e vague de constructions/rénovations portées par la Spem. 40 écoles au total sont visées, représentant une vingtaine de groupes scolaires.

    Parmi elles, quatorze établissements (7 groupes) sont déjà identifiés, indique Benoît Payan. Il s’agit des groupes scolaires HLM Méditerranée- Chutes Lavie (4e), Coin Joli (9e), Saint-Tronc-Castel Roc (10e), Saint-Just Corot (13e), Vayssière 2 (14e), Castellas-les Lions et la Maurelette (15e).

    « Je finirai l’autre moitié d’ici 2032 »

    Après avoir privilégié les quartiers Anru lors des trois premières vagues pour ne pas perdre les crédits de la politique de la ville, « la 4e vague couvrira d’avantage tout le territoire », précise le maire. Les procédures seront lancées à l’automne en vue d’un démarrage des travaux au printemps 2027 et de livraisons attendues courant 2029. La liste des 26 autres établissements prévus dans cette 4e vague est en cours d’étude par les services de la Spem.

    Mais le calendrier de 188 écoles entièrement rénovées ou reconstruites sur dix ans, tel qu’initialement envisagé en sept vagues dans le cadre du Plan Marseille en grand, sera tenu assure Benoît Payan : « Nous avons atteint la moitié de l’objectif en cinq ans. Je finirai l’autre moitié, c’est-à-dire les 93 écoles restantes d’ici 2032. »

  • « L’affluence s’est reportée sur août »

    « L’affluence s’est reportée sur août »

    La Marseillaise : Quel bilan tirez-vous de la saison ?

    Jean-Jacques Micoud : On a un début d’année qui était pas mal, un printemps qui s’est bien déroulé, un décrochage sur mai malgré les ponts et puis un redémarrage en août. Le mois de juillet n’était pas bon, et l’affluence s’est reportée sur août, ce qui est plutôt nouveau. Ça s’explique par des événements conjoncturels et structurels. Le conjoncturel ce sont les incendies. Mine de rien, beaucoup de gens se sont demandé s’ils pouvaient quand même venir, si les plages étaient ouvertes, si les manifestations étaient maintenues… L’autre point conjoncturel, ce sont les canicules. J’ai travaillé pendant neuf ans pour le Morbihan, chaque fois qu’une vague de chaleur était annoncée dans le Sud, on voyait mécaniquement les réservations augmenter. Et puis l’élément quasi structurel maintenant, c’est la forme économique de la France et le pouvoir d’achat des Français. Ça ne joue pas tant sur les réservations que sur la consommation.

    Les activités de l’Office ont-elles rencontré le succès escompté ?

    J.-J.M. : Les visites ont bien marché, on est satisfait niveau remplissage global. On a trois types de participants : les Martégaux qui viennent découvrir ou redécouvrir leur patrimoine, comme le calen, les gens de la région qui s’inscrivent à nos activités pour avoir un bon prétexte pour visiter Martigues, et puis le touriste pur qui est en vacances et qui en profite pour ne pas bronzer idiot. Là où on est aussi assez satisfait, c’est du côté boutique. Les petites babioles aux couleurs de Martigues marchent pas mal. On a un panier moyen de l’ordre de 11,50 euros. Ce qui est important, c’est que les gens repartent avec quelque chose.

    La filière cinéma attire-t-elle les touristes ?

    J.-J.M. : Bien sûr, la visite des décors de Camping Paradis continue de rencontrer un succès fou. On est en train de mettre en place des visites pour Provence Studios. On a une pépite mondiale, une originalité terrible en France avec cette carte postale de Venise provençale, un savoir-faire en matière d’accueil de tournage puisqu’on est à 170 tournages par an. Il faut qu’on soit capable d’organiser des visites autour des infrastructures, autour du cinéma, et demain on pourrait aller encore plus loin avec des visites virtuelles, un site dédié… Il faut que le cinéma soit considéré comme une vraie filière, pas simplement d’attractivité, mais économique.

  • [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    La Marseillaise : jeudi 21 août a eu lieu le tournage de la finale de Drag Race France All stars. Comment était l’ambiance ?

    Nicky Doll : La finale était incroyable. Je pense que les fans vont adorer. Parce que c’est tout ce qu’on a déjà vu en dix fois plus gros, dix fois mieux. Et le niveau est très, très haut cette année.

    L’émission Drag Race est arrivée en France en 2022 et a, depuis, enchaîné les saisons et les tournées de spectacle. Visibiliser l’art du drag contribue-t-il à faire évoluer les mentalités en France ?

    N.D. : Apporter des exemples de vie et créer une proximité pour que les gens puissent vraiment se faire une idée de ce que c’est le drag, les personnes queers et l’art queer, forcément, ça aide à faire avancer les mentalités. Après, je pense qu’en France, on peut avoir beaucoup de problèmes, mais s’il y a bien quelque chose que les Français ont, c’est la curiosité. Et ça se ressent, parce que les gens qui viennent nous voir, ce ne sont pas uniquement des gens de la communauté. En France, on aime l’art en général, donc on vient, on est curieux. Et je suis content de voir que plein de gens ont été assez curieux pour venir découvrir ce qu’on fait.

    Votre nouvel album « Apollo-Artémis », qui sortira le 5 septembre, a un côté clair symbolisé par le dieu grec des arts et un côté obscur, incarné par la déesse de la chasse. Pourquoi avoir fait ce choix ?

    N.D. : C’est important pour moi de montrer qu’à l’intérieur de moi, il y a une dualité. J’ai une part de féminité et une part de masculinité. Apollon et Artemis sont des jumeaux divins. Ils sont nés au même moment. Et j’ai un côté très solaire, tant musicalement qu’en termes de personnalité. En même temps, j’ai un côté un peu plus dangereux, un peu plus femme fatale. Il y a différentes chansons pour différents types de moments dans la journée ou dans la vie.

    L’album invite les auditeurs à s’accepter tels qu’ils sont et montre que l’identité peut être fluide. Est-ce un message facile à porter dans un contexte de montée de l’extrême droite ?

    N.D. : Je pense que maintenant plus que jamais, il faut porter ce message parce qu’on a l’impression qu’on était beaucoup plus ouverts d’esprit il n’y a pas si longtemps, et que là, on est en train de revenir en arrière. C’est très important de continuer à parler haut et fort d’amour-propre et d’acceptation de soi. En fait, on n’a pas forcément besoin d’être macho si on est un homme, ou d’être une lolita si on est une femme. Je pense qu’on est tous beaucoup plus complexes que ce que la majorité veut bien admettre. C’est très important de justement montrer à la nouvelle génération, qui est née avec la montée de l’extrême droite, qu’il y a aussi du pouvoir et de la beauté à s’affirmer et se battre pour ce qui est important.

    Vous êtes née à Marseille et avez passé votre adolescence à Tanger, au Maroc. Selon vous, où en est-on de l’acceptation des personnes queer autour du bassin méditerranéen ?

    N.D. : Ça dépend où. Par exemple, je pense qu’il y a, en Espagne, une ouverture d’esprit beaucoup plus prononcée. Après, il y a encore du travail, notamment dans les pays du Maghreb. Pour y avoir vécu, il y a énormément de personnes queers au Maroc, mais il y a une pudeur. Il y a aussi le danger de se faire arrêter, parce que ce n’est pas légal. Et donc, je pense qu’il faut encore continuer à humaniser nos vies, nos témoignages, pour que les personnes puissent se rendre compte qu’on naît juste comme ça. Et puis, il faut laisser les gens tranquilles.

    Pour la première fois en France, cet été, des viewing parties (rassemblements pour regarder l’émission) ont eu lieu dans un cinéma à Marseille. À vos yeux, est-ce un moyen pour les personnes queer de se réunir dans des safe spaces (refuge, espaces sûrs) ou bien Drag Race est-il devenu plus largement un événement populaire ?

    N.D. : La viewing party, c’est un moyen de se créer une communauté, des amis autour d’un programme qui nous passionne. Ça permet aussi d’aller voir du drag parce que c’est avant tout un art vivant, ce n’est pas qu’une émission. Généralement, on regarde l’épisode, et ensuite, on regarde des artistes performer. C’est clairement un safe space pour les queers, mais aussi pour beaucoup d’alliés. Il y a énormément de femmes, par exemple, qui préfèrent venir dans nos milieux parce qu’elles ne vont pas se faire agresser ou embêter par des hétéros un peu trop en rut. Et il y a des hommes hétéros qui viennent avec leurs copines, ils découvrent l’émission et ils l’adorent.

    Vous performez partout dans le monde, notamment à New York où vous êtes basée. Depuis les États-Unis, comment avez-vous perçu l’élection de Trump et, notamment, sa croisade contre les personnes transgenres ?

    N.D. : Ça a été une déception totale de voir qu’il était élu à nouveau. Je pensais qu’on avait appris de nos erreurs et que ça n’arriverait plus jamais. Surtout, ça a permis de me motiver et d’être hyper actif en essayant justement que ça n’arrive pas ici, qu’on ne fasse pas les mêmes erreurs en France. Parce que je vois à quel point ça a des répercussions néfastes sur le pays. Il a été élu il y a à peine six mois et il y a déjà tellement de choses qui ne vont pas. Donc si on venait à faire la même chose en France, ça serait catastrophique.