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  • [Entretien] Pinar Selek : « Transformer ce malheur en une action politique »

    [Entretien] Pinar Selek : « Transformer ce malheur en une action politique »

    Pinar Selek sera ce mardi, à Marseille, où deux rendez-vous sont organisés en parallèle de son procès à Istanbul : l’un à l’Institut d’études avancées de l’Université d’Aix-Marseille, l’autre à l’Alcazar, où l’actrice Ariane Ascaride proposera une lecture de textes de la militante.

    La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit à la veille de l’ouverture de ce énième procès ?

    Pinar Selek : Ce procès est symbolique en Turquie. Autour de lui s’articulent une lutte de justice, mais aussi de nombreuses luttes sociales. Il est question de mes investissements militants en Turquie, en France, en Italie, mais aussi en Belgique d’où je reviens tout juste. Il y a une convergence des luttes. Il faut aussi savoir que mon procès a lieu dans la foulée de celui d’Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul [Parti républicain du peuple, CHP] et principal opposant du président Recep Tayyip Erdogan [Parti de la justice et du développement, AKP] et à la veille de ceux d’avocats, journalistes ou responsables politiques qui défendent les droits démocratiques fondamentaux. En Turquie, les manifestations ne sont pas que dans les rues, la lutte se poursuit aussi dans les tribunaux. Plusieurs actions sont organisées en parallèle de mon procès, à Marseille, mais aussi sur place à Istanbul, où une délégation internationale sera présente. Nous transformons ce malheur en une action politique.

    Pensez-vous que le processus de paix qui s’initie entre Ankara et le PKK (Parti travailliste du Kurdistan) peut avoir une influence positive sur votre procès ?

    P.S. : Une bonne décision pourrait être le signe d’un espoir. Plus globalement sur le processus de paix, je pense que la Turquie est forcée d’y entrer au vu du contexte international. Les Kurdes veulent construire la politique avec des moyens démocratiques. C’est eux qui sont en train de construire la paix par le bas. Ils organisent des réunions, des congrès et des conférences, ils essaient de rendre possible une transformation. Il n’y a pas de paix pour l’instant, car elle se construit avec beaucoup de difficulté. Mais les Kurdes essaient de dépasser le conflit armé. Ils tentent de construire la paix avec beaucoup de force. Bien sûr, ce processus peut être utile à mon procès.

    Quel regard portez-vous sur les actions menées par les comités créés pour vous soutenir ?

    P.S. : Ces comités réunissent beaucoup de personnes différentes, toutes d’un milieu de gauche, progressiste, mais assez diversifié. J’ai connu des gens extraordinaires, très différents, que je n’aurais jamais pu connaître autrement. Ce sont généralement des gens engagés pour d’autres causes, féministes, anarchistes, antimilitaristes, communistes, écologistes… Ils deviennent amis, ce qui crée, je pense, un renforcement de l’espace des luttes sociales. Ils n’arrivent pas à nous épuiser. On leur répond avec nos créations. Nous ne sommes pas puissants comme eux, nous n’avons pas les mêmes pouvoirs, le même argent, les mêmes armes. Nous sommes non violents, mais nous sommes très très forts. J’attends tous les Marseillaises et Marseillais à mes côtés. Et surtout, je suis très contente qu’Ariane Ascaride lise un de mes textes, mardi soir, c’est une grande amie.

    * À L’Imera, de 9h à 16h, sur inscription. À l’Alcazar à 18h avec entrée libre dans la limite des places disponibles.

  • [Le Grand entretien] Juliette Trey : « Un des plus grands musées en région »

    [Le Grand entretien] Juliette Trey : « Un des plus grands musées en région »

    Parcours

    La Marseillaise : Quel est votre parcours avant votre arrivée
    au musée Fabre ?

    J.T. : En tant que conservatrice du patrimoine de la fonction publique d’État, j’ai jusqu’ici toujours travaillé dans les grands établissements publics du ministère de la culture : au château de Versailles, au musée du Louvre puis, à partir de 2019, à l’Institut national d’histoire de l’art (Inha), où j’ai supervisé des projets de recherche en histoire de l’art.

    Parallèlement, j’ai assuré le commissariat de plusieurs expositions en France mais aussi à l’étranger (en Pologne) ou en collaboration avec des musées étrangers. J’ai pour autant toujours eu envie de travailler en région, dans une collectivité territoriale. C’est pour ça que j’avais envie de rejoindre Montpellier.

    L’identité du musée

    La Marseillaise : Le musée Fabre a-t-il une identité particulière ?

    Juliette Trey : C’est important de noter que ce n’est pas le musée des Beaux-Arts de Montpellier. Il porte le nom de son grand fondateur et collectionneur, François-Xavier Fabre, qui a fait sa donation en 1825. C’est pour cela qu’on fête le bicentenaire du musée en ce moment pour les 3 prochaines années, le musée ayant ouvert en 1828. Cette donation Fabre a donné le tempo de toute une série de donations. C’est ça qui fait l’identité de ce musée : il est forgé par ses donateurs, avec notamment une collection d’art néoclassique extrêmement riche. On a également une collection Support-surface très importante, parce que les artistes qui ont créé le mouvement étaient très liés à Montpellier et ont fait énormément de donations. Sans oublier la donation Soulages, en 2005.

    L’an dernier, la donation Depardon a aussi fait entrer la photo dans les collections ?

    J.T. : C’est vrai que le musée Fabre est essentiellement un musée de peinture. On a très peu de sculptures, pas de photos. Une belle collection de dessins, c’est vrai. Un peu d’arts décoratifs également, avec l’hôtel Sabatier d’Espeyran. Ce sont des aspects qu’on voudrait développer : les arts décoratifs jusqu’au design, la photo, la sculpture… pour donner à voir la création d’une manière plus large.

    Que représente le musée Fabre au niveau national ?

    J.T. : C’est un des plus grands musées en région. C’est celui qui a le plus important budget d’acquisition et il est extrêmement dynamique sur le marché de l’art. Il a un rayonnement national et international important. Et c’est dans cette dynamique que je voudrais continuer à travailler.

    Diversifier les publics

    La Marseillaise : Vous affichez votre volonté d’attirer de nouveaux publics…

    J.T. : Oui, renouveler les publics et faire évoluer l’image du musée. On a la chance que 33% de nos visiteurs aient entre 18 et 24 ans. C’est à l’image de la population à Montpellier, qui est une ville très étudiante. Mais on a plus de difficulté à toucher les trentenaires et les adolescents. C’est donc important de montrer que tout le monde peut trouver sa place au musée. À travers les expositions, bien sûr, comme celle de l’été prochain autour de Pierre Paulin, qui sera la première expo de design présentée au musée Fabre, mais aussi à travers tout ce qu’on fait avec le service des publics.

    Le musée Fabre est un musée très engagé vers le jeune public…

    J.T. : On a vraiment une expertise pour la petite enfance (0-6 ans). On a développé des visites très tôt pour les tout-petits. On a également un projet spécifique à Montpellier sur le jeune public qui s’appelle les enfants ambassadeurs.

    C’est la deuxième année qu’on le met en place. Il permet à chaque classe ou groupe d’enfants (cela peut aussi concerner les crèches ou les centres de loisirs) d’adopter ou de parrainer une œuvre. En début d’année, chaque groupe choisit une œuvre. On fournit un kit pédagogique à destination des enseignants pour présenter cette œuvre et bien sûr, on accueille les classes au musée. Les enfants imaginent une manière de présenter l’œuvre ou de se l’approprier : dessins, rédaction de cartels, création dansée… Et au printemps, on les invite tous, le temps d’une journée, à venir présenter leur restitution. L’objectif étant de toucher les publics qui n’ont pas l’habitude de venir au musée. C’est important que les enfants s’approprient le musée dès leur plus jeune âge et deviennent nos petits ambassadeurs.

    Extension et grandes expos

    La Marseillaise : En quoi consiste le projet d’extension dont les travaux doivent débuter en 2027 ?

    J.T. : Il y a eu une première rénovation entre 2002 et 2007 qui a déjà métamorphosé le musée. Mais les collections se sont considérablement enrichies depuis 20 ans (12 000 œuvres actuellement, dont 1 500 à 2 000 sont exposées en permanence) et on est un peu à l’étroit, surtout pour la partie art moderne et contemporain. Le projet d’extension est donc le suivant : déplacer la salle temporaire actuelle en en creusant une nouvelle sous le parvis du musée, c’est-à-dire sous l’œuvre de Buren qui conduit les visiteurs jusqu’à l’entrée. Cela va nous faire gagner presque 1 000m² d’exposition temporaire et la salle d’exposition temporaire actuelle sera, elle, utilisée pour déployer de façon permanente nos collections d’art moderne et contemporain.

    Quelle est votre ligne directrice pour les expositions
    à venir ?

    J.T. : Je voudrais continuer à porter des expositions ambitieuses l’été, idéalement avec des coproductions avec d’autres institutions françaises ou étrangères, pour faire connaître le musée des touristes étrangers qui viennent Montpellier mais aussi attirer des visiteurs français sur la route des vacances. Ces expositions seront monographiques ou traiteront de grands courants d’histoire de l’art. L’été prochain, par exemple, on proposera une exposition de design autour de Pierre Paulin. Les expositions d’hiver, elles, seront plutôt thématiques, transchronologiques. Elles s’adresseront peut-être à un public plus local. On montrera comment l’histoire de l’art ou les œuvres qu’on trouve dans les musées nous permettent de comprendre notre société contemporaine.

    PARTENARIATS PRESTIGIEUX

    J.T. : Nous avons signé un accord-cadre avec le musée du Louvre, qui nous accompagnera sur plusieurs projets  : l’exposition de l’été 2027 autour des antiquités orientales, pour montrer comment cette civilisation antique a construit notre civilisation actuelle : invention des villes, de l’État de droit, de la médecine… ; mais aussi une exposition autour de Delacroix et de la modernité, qui aura lieu en 2030.

    On espère également nouer un partenariat avec le Van Gogh museum d’Amsterdam pour une expo prévue en 2028 sur Gauguin et Van Gogh, qui étaient en 1888 à Arles et qui sont venus à Montpellier visiter le musée Fabre, avant, chacun, de se nourrir des œuvres qu’ils y ont vues.

  • [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    La Marseillaise : Au cours de la semaine passée deux enfants se sont donné la mort par pendaison. L’une à Sarreguemines et l’autre à Martigues. Ils avaient respectivement 9 et 12 ans. Fait-on face à une augmentation de ces suicides ?

    Marcel Rufo : C’est rarissime. Normalement, c’est 7 à 8 par an donc oui il y a une hausse. Et là, vous vous rendez compte, on en a déjà deux dans le mois… Ces tendances suicidaires, c’est comme les autres pathologies. Je crois que l’explication, c’est l’importance de deux phénomènes sur les réseaux sociaux, les moyens informatiques et le cyberharcèlement, surtout.

    Santé publique France alerte sur cette dégradation de la santé mentale chez les jeunes. Quelles en sont les causes ?

    M.R. : Il y a des réseaux sociaux, mais aussi l’incertitude généralisée, la guerre, l’écologie, l’avenir qui est sombre. Ils sont dans une situation où leur avenir, n’est pas rose, est plutôt dramatique. La question de la retraite, le fait qu’ils devront payer la retraite des personnes âgées, qu’ils n’auront pas de retraite eux-mêmes. C’est étonnant à les entendre. C’est très nouveau.

    Une étude menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Paris-Cité indique qu’un tiers des Français âgés de 11 à 24 ans présentent des signes de troubles anxieux ou dépressifs. Comment cela se manifeste-t-il ?

    M.R. : Par l’impression de ne pas avoir d’avenir, par de la morosité, des problèmes de sommeil. La perte de sommeil est un signe majeur. C’est la conséquence de cauchemars, de malaises, de l’anxiété et de l’angoisse, qui les réveille. Paradoxalement aussi, ces jeunes ont une hostilité, une violence, une auto-violence, la scarification est un phénomène très, très fréquent. Et ces suicides dont on parlait antérieurement.

    Le gouvernement avait fait de 2025 l’année de la santé mentale. Les moyens alloués sont-ils à la hauteur de cette ambition ?

    M.R. : C’est bien que la santé mentale soit en premier plan. Ce n’est pas assez pris au sérieux car ce n’est pas visible, comme pourrait l’être un cancer par exemple. Les parents et les enseignants sont peu au courant de tout cela, ou parfois ne le voient pas. Il faut connaître ces symptômes. L’alliance entre les familles et les enseignants aidera beaucoup les adolescents à surmonter tout ça. Il faut mettre des moyens financiers, mais surtout des moyens en personnes. Il faut former les enseignants et aussi les parents, c’est très important.

    Le club de santé scolaire, c’est vraiment le meilleur moyen de prévenir. Si on augmente ce personnel soignant et éducatif, on fait une véritable œuvre de prévention. La prévention coûte moins cher que le soin.

    Y a-t-il assez de places dans les services dédiés ?

    M.R. : Il n’y a pas assez de places. Je le vois à la Penne-sur-Huveaune, on a des listes d’attente énormes. Dans les centres médico- psychologiques (CMP), il y a plus de six mois à un an d’attente. Attendre six mois dans un état dépressif, un risque suicidaire….

    S’il y a un risque d’infarctus, on dit à quelqu’un qu’on verra dans six mois, a le temps de mourir.

    L’une des recommandations du CESE est la mise en place d’un « couvre-feu numérique pour les mineurs de 22 à 8 heures » ?

    M.R. : Oui c’est très bien. Demander à un adolescent ce qu’il écoute, ce qu’il regarde, ça fait partie d’un examen. Il ne faut pas l’oublier.

    Entretien réalisé par Laureen Piddiu

  • [Entretien] « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    [Entretien] « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    La Marseillaise : Quelles vertus ont ces JNA centrées, cette année, sur le quotidien ?

    Nicolas Memain : C’est l’occasion de lever les yeux sur des choses qu’on ne voit plus, qui ne sont ni monumentales, ni déjà enregistrées, labellisées, recommandées. C’est une hygiène morale, éthique, de rafraîchir le regard pour le poser sur des objets ordinaires, à portée de main et qui recèlent des histoires édifiantes, des sites remarquables dignes d’être des objets culturels. Une bordure de trottoir par exemple, cette chose si banale qu’elle a disparu de notre mentalité, en raconte beaucoup à Nîmes sur l’habitat ouvrier des anciens faubourgs au XIXe.

    Le regard se déplace aussi parce que la société change ?

    N.M. : L’architecture est polysémantique. Il y a un retour à la culture perdue de la simplicité, celle du monde préindustriel qui était très économe en énergie et en matériaux. Ce sont de vraies bonnes questions. Mes étudiants me font ressentir qu’ils sont dans le refus de la construction neuve en béton armé, de la démolition. On recherche la sobriété dans la construction, son entretien, mais aussi la sobriété intellectuelle, le refus des grands gestes, du spectaculaire. On va préférer s’émouvoir sur une réalisation de Fernand Pouillon et pas sur une médiathèque de Zaha Hadid. Car Pouillon applique, dans les années 50, des recettes antiques de blocs de maçonnerie, d’empilement de pierres et c’est une leçon qu’il nous donne.

    Ces journées rapprochent le grand public des architectes ?

    N.M. : Oui, car il y a un renouveau de cette culture du quotidien, de la proximité. La France n’a jamais vraiment eu une culture grand public de l’architecture. On a une culture des palais, une culture de la bourgeoisie qui imite l’aristocratie, une culture élitiste des hautes écoles, mais les gens se passionnent aussi pour les documentaires sur les maisons de campagne à retaper et c’est de la culture architecturale grand public. Déplacer le regard sur des objets culturels dignes d’être commentés, c’est ce qu’on fait au festival off des quartiers sud à Marseille, qui a commencé jeudi, à la Villa Luce. On va marcher 11 kilomètres jusqu’à Valmante pour contempler les cités, les grands ensembles, car il n’y a pas que la bastide de La Magalone et la Cité Radieuse de Le Corbusier.

    Il y a aussi les vagues de béton de la Rouvière ?

    N.M. : On va se retenir d’en dire du mal, car la nouvelle aventure intellectuelle, c’est qu’il faut tout aimer. Mais l’ensemble de la Rouvière a, en réalité, pas mal de qualités. C’est à la fois une utopie réalisée avec sa part de banalité affligeante, mais ça reste unique au monde, ces grandes planches verticales qui dansent sur la colline. Le soir, quand les barres s’éclairent, c’est un incendie, une partition de musique extrêmement belle, une émotion vraie.

    Quelle réalisation récente vous a subjugué ?

    N.M. : J’ai en tête une opération au sud du centre pénitentiaire de Luynes, en pierre massive porteuse [Les carrés Lenfant de l’agence Jean-Michel Battesti & Associés, 2019, Ndlr.]. Ce retour de la pierre comme matériau structurel est passionnant. On sait que la pierre va respirer, garder la fraîcheur l’été et la chaleur l’hiver. Et là, c’est vraiment très très beau. Une vraie émotion de voir de l’architecture.

  • « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    La Marseillaise : Quelles vertus ont ces JNA centrées, cette année, sur le quotidien ?

    Nicolas Memain : C’est l’occasion de lever les yeux sur des choses qu’on ne voit plus, qui ne sont ni monumentales, ni déjà enregistrées, labellisées, recommandées. C’est une hygiène morale, éthique, de rafraîchir le regard pour le poser sur des objets ordinaires, à portée de main et qui recèlent des histoires édifiantes, des sites remarquables dignes d’être des objets culturels. Une bordure de trottoir par exemple, cette chose si banale qu’elle a disparu de notre mentalité, en raconte beaucoup à Nîmes sur l’habitat ouvrier des anciens faubourgs au XIXe.

    Le regard se déplace aussi parce que la société change ?

    N.M. : L’architecture est polysémantique. Il y a un retour à la culture perdue de la simplicité, celle du monde préindustriel qui était très économe en énergie et en matériaux. Ce sont de vraies bonnes questions. Mes étudiants me font ressentir qu’ils sont dans le refus de la construction neuve en béton armé, de la démolition. On recherche la sobriété dans la construction, son entretien, mais aussi la sobriété intellectuelle, le refus des grands gestes, du spectaculaire. On va préférer s’émouvoir sur une réalisation de Fernand Pouillon et pas sur une médiathèque de Zaha Hadid. Car Pouillon applique, dans les années 50, des recettes antiques de blocs de maçonnerie, d’empilement de pierres et c’est une leçon qu’il nous donne.

    Ces journées rapprochent le grand public des architectes ?

    N.M. : Oui, car il y a un renouveau de cette culture du quotidien, de la proximité. La France n’a jamais vraiment eu une culture grand public de l’architecture. On a une culture des palais, une culture de la bourgeoisie qui imite l’aristocratie, une culture élitiste des hautes écoles, mais les gens se passionnent aussi pour les documentaires sur les maisons de campagne à retaper et c’est de la culture architecturale grand public. Déplacer le regard sur des objets culturels dignes d’être commentés, c’est ce qu’on fait au festival off des quartiers sud à Marseille, qui a commencé jeudi, à la Villa Luce. On va marcher 11 kilomètres jusqu’à Valmante pour contempler les cités, les grands ensembles, car il n’y a pas que la bastide de La Magalone et la Cité Radieuse de Le Corbusier.

    Il y a aussi les vagues de béton de la Rouvière ?

    N.M. : On va se retenir d’en dire du mal, car la nouvelle aventure intellectuelle, c’est qu’il faut tout aimer. Mais l’ensemble de la Rouvière a, en réalité, pas mal de qualités. C’est à la fois une utopie réalisée avec sa part de banalité affligeante, mais ça reste unique au monde, ces grandes planches verticales qui dansent sur la colline. Le soir, quand les barres s’éclairent, c’est un incendie, une partition de musique extrêmement belle, une émotion vraie.

    Quelle réalisation récente vous a subjugué ?

    N.M. : J’ai en tête une opération au sud du centre pénitentiaire de Luynes, en pierre massive porteuse [Les carrés Lenfant de l’agence Jean-Michel Battesti & Associés, 2019, Ndlr.]. Ce retour de la pierre comme matériau structurel est passionnant. On sait que la pierre va respirer, garder la fraîcheur l’été et la chaleur l’hiver. Et là, c’est vraiment très très beau. Une vraie émotion de voir de l’architecture.

  • [Entretien] Mikael Mergui : « J’ai fait le double 6 miracle pour être au départ de cette Transat »

    [Entretien] Mikael Mergui : « J’ai fait le double 6 miracle pour être au départ de cette Transat »

    La Marseillaise : Vous allez participer pour la 2e fois de votre carrière à cette Transat, renommée Café l’Or. Quel est votre état d’esprit avant de partir vers la Martinique ?

    Mikael Mergui : Je suis très heureux de repartir faire cette Transat qui m’a toujours fait rêver depuis gamin. J’adore les courses en double. On peut pousser les bateaux à 100%. Intellectuellement, c’est vraiment intéressant, parce qu’on n’a pas le bateau en mode « un peu dégradé », comme dans une course solitaire, où l’on ne peut pas toujours être à 100%. Là, on peut toujours être à 110%. On partage des moments forts avec son coéquipier. Il y a quand même une dimension humaine et sportive qui m’a toujours beaucoup intéressé. En Méditerranée, malheureusement, on n’a pas ce genre d’épreuve. On n’a pas de grandes courses transatlantiques en solitaire ou en double. D’avoir la chance de repartir une deuxième fois, je suis super heureux. Dans des conditions où ça n’a pas été évident, le contexte économique et politique fait que ça a été très compliqué de trouver des partenaires. C’est un point important pour nous.

    Comment est née votre passion pour la voile ?

    M.M. : J’ai eu la chance, gamin, de partir en voyage avec mes parents sur un bateau. Je suis né en région parisienne. Mes parents ont construit un bateau de voyage dans la région parisienne. On est descendus par les canaux de Paris jusqu’à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Après, on est allés à Toulon pour passer un an là-bas. Mes parents ont fini de préparer le bateau. On habitait à bord, le temps que mon petit frère grandisse un peu avant de partir en voyage. On est tous partis pendant 4 ans en voyage autour de la Méditerranée, des Canaries, des Baléares, on a traversé l’Atlantique, jusqu’au Venezuela. Déjà tout petit, j’avais cette dimension de voile, de bateau, de voyage, d’habiter sur un bateau, qui m’a vraiment marqué, gamin. Après, quand on est rentrés de ce voyage, mes parents m’ont inscrit à l’école de voile au Club de Toulon, au Mourillon. Au début, je n’étais pas ultra-concerné par la régate. Ce que j’aimais, c’était être sur l’eau. J’aimais quand il y avait de la brise, des vagues. J’aimais la sensation de glisse de mon petit optimiste dans les vagues et avec le vent. J’aimais beaucoup ça. L’aspect voyage qu’on peut avoir de par les compétitions, d’aller d’un plan d’eau à un autre, ça me plaisait de découvrir un autre plan d’eau. Ça a commencé à germer tout ça.

    Vous allez partager cette nouvelle aventure avec Kéni Pipérol-Dampied, un jeune skipper guadeloupéen. Comment le tandem s’est formé ?

    M.M. : On était concurrents en 2023 pour la Transat Jacques-Vabre. On avait les mêmes bateaux. On s’était croisés un peu sur les pontons. On avait un peu échangé. Et puis, décembre 2024 et janvier 2025, on s’est un peu parlé au téléphone parce que lui avait envie aussi, comme moi, de faire cette Transat. Il avait cette moitié de budget avec ses partenaires que moi je cherchais. On a passé deux mois à réfléchir comment faire une décoration où nos partenaires respectifs s’y retrouvaient. On a beaucoup bossé, tout le début de l’année. Et puis, 15 jours avant le début de saison, avant la première course en double qu’on voulait faire, ses partenaires ont décidé d’arrêter… On s’est dit que c’était dommage de tout jeter à la poubelle. Et, à 15 jours de la course, tout était en place. Donc, on a fait cette course, la CIC Med Channel Race. Ça s’est bien passé, on a terminé deuxième, derrière un duo ultra-expérimenté. Puis, chacun est un peu reparti de son côté. Et j’ai eu la chance, moi, début juillet, de trouver un co-partenaire, Hirsch, qui a rejoint le projet. Du coup, je me suis dit « je vais rappeler Kéni ». Lui, entre-temps, n’avait pas réussi à trouver d’autres partenaires et à remonter un projet. Début juillet, on a ressorti le bateau de l’eau. On a mis la nouvelle décoration. Et puis, depuis ce moment-là, on s’est tous les deux préparés et entraînés pour cette Transat.

    Qu’est-ce qui a changé dans votre préparation comparé à votre première participation ?

    M.M. : En 2023, j’ai malheureusement dû changer de coéquipier la semaine du départ, parce qu’il s’était blessé. Mais, au-delà de ça, c’est sûr qu’il y a encore plus d’excitation. Il y a quelques mois, on n’était pas sûrs de partir. C’était compliqué. On cherchait plein de solutions. On se dit que c’est une chance incroyable d’être au départ une deuxième fois. C’est comme si on jouait à un jeu de société et qu’on doit absolument faire un double 6. Et, j’ai fait le double 6 miracle pour être au départ de cette Transat !
    Entretien réalisé par Camille Kadoum

  • [Entretien] Marc Pietrosino : « Nous avons de grands défis à relever à la CGT 13 »

    [Entretien] Marc Pietrosino : « Nous avons de grands défis à relever à la CGT 13 »

    Élu secrétaire général de l’organisation lors du 59e congrès de l’UD CGT 13, Marc Pietrosino succède à Olivier Mateu. Il prend ses fonctions en pleine crise politique, avec un gouvernement qui évite de peu la censure, prévoit de suspendre la réforme des retraites tout en préparant un budget rempli de mesures antisociales.

    La Marseillaise : Le gouvernement Lecornu II n’a pas été censuré ce jeudi, quelle est votre réaction ?

    Marc Pietrosino : C’est dommage de voir que l’espoir qu’avait créé le NFP auprès des travailleurs s’est fissuré avec cette absence de censure, puisque c’est le Parti socialiste qui n’a pas voté la censure. Cela implique donc une fissure de l’union de la gauche à l’assemblée nationale. Et, surtout, cela laisse le champ libre au gouvernement pour mener des mesures antisociales.

    Quel est votre point de vue
    sur la suspension de la réforme des retraites
     ? C’est insuffisant ou une victoire du monde du travail ?

    M.P. : Soyons clairs, ce n’est qu’une suspension et pas une abrogation comme le revendique la CGT. On va dire que c’est mieux que rien, mais que ce n’est vraiment pas grand-chose. Nous ne sommes pas dupes, c’est un piège ou un appât. Un appât pour hameçonner et laisser passer un budget beaucoup plus contraignant. Qui dit suspension, dit potentiellement reprise de la réforme. Concrètement, ce n’est pas un arrêt définitif. Le gouvernement fait miroiter quelque chose à courte durée dans le temps et qui peut reprendre à tout moment. C’est une très faible compensation face aux sacrifices qui vont être consentis par les foyers les plus modestes, les travailleurs et les plus précaires avec le reste du budget. Je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle. Mais on sait aussi que c’est un sujet qui va revenir d’ici l’élection présidentielle.

    Vous appelez à se préparer à
    de nouvelles mobilisations
     ? Une date de mobilisation des retraités est prévue au 6 novembre prochain.

    M.P. : S’il n’y a pas de mouvement social d’ampleur, la réforme des retraites ne sera pas abrogée. Oui, il faut qu’on se prépare à la mobilisation. Il faut déjà que nos délégués fassent le tour des entreprises, discutent avec les travailleurs et débattent avec eux afin de préparer la grève.

    Plus globalement, quel point de vue sur le budget ? Sophie Binet évoque un « budget catastrophique ».

    M.P. : Malheureusement, nous ne sommes pas étonnés : c’est un budget à l’image des précédents budgets présentés sous Emmanuel Macron. On est sur des budgets avec des mesures antisociales. Il va impacter le plus grand nombre, ceux qui en ont le plus besoin. C’est complètement inégalitaire, mais c’est la suite logique des politiques menées depuis le premier mandat.

    Quelles sont vos priorités pour ce mandat ?

    M.P. : La priorité est d’avoir une Union départementale unie, où toutes les organisations qui la constituent puissent combattre à l’unissons en vue d’obtenir de nouveaux droits pour les salariés. L’idée est de mettre en ordre de bataille les organisations et les syndiqués. Mais également de s’atteler à agrandir nos troupes, avoir des nouveaux syndiqués. Et, pour cela, il faut aller au plus près des professions dans lesquelles on n’est pas implanté.

    Votre expérience en tant que travailleur du commerce joue dans cette réflexion ?

    M.P. : Évidemment. Je viens d’un secteur d’activité qui a été le laboratoire du patronat. Ouverture 7 jours sur 7, automatisation à outrance qui a supprimé énormément de postes tout en imposant des cadences toujours plus grosses pour les travailleurs qui restaient… J’ai vu aussi apparaître des entreprises comme Amazon et ses plateformes, qui enchaînent les salariés via les nouvelles technologies. Cette expérience-là nourrit ma réflexion, il faut aller vers ces travailleurs. D’autant plus que beaucoup de travailleurs, avec le développement de nouvelles technologies, prennent le statut d’autoentrepreneurs et donc sortent des régimes généraux…

    Pour autant, vous avez également un secrétariat où l’on retrouve des représentants du grand port de Marseille, du service public postal, des territoriaux…

    M.P. : La force du secrétariat est justement d’avoir le port, les activités postales, la fonction publique, mais aussi d’avoir une coiffeuse, une garde d’enfants et un camarade à Malakoff. Il y a ce mélange entre bastions et territoires à conquérir.

    Le congrès a été houleux, avec un renouvellement important des instances décisionnaires. Comment rassembler les militants après ça ?

    M.P. : Il a été effectivement houleux parce qu’il a fallu qu’on se dise certaines choses, qu’on a peut-être attendues trop longtemps pour se les dire. Et ce n’est pas une bonne chose que ça éclate au congrès. Cependant, on sort avec une direction avec une participation à plus de 90% et la plupart des membres du secrétariat sont élus avec plus de 80% des voix. Cette liste a été validée par l’ensemble des organisations. Donc, on a une bonne base, avec cette liste. Les organisations nous ont fait confiance et nous ont suivis car elles ont voulu aller vers une autre voie que ce qui était proposé. C’est un gros challenge, on a de grands défis à relever à la CGT des Bouches-du-Rhône.

    C’est d’autant plus compliqué en cette période politique instable ?

    M.P. : On est dans un contexte bien particulier, effectivement. Comme je l’ai dit dans l’intervention de clôture du congrès, on fait face à de grands médias qui font passer le RN pour des gens fréquentables. Il y a une volonté de faire croire que c’est normal d’avoir peu de très riches et beaucoup de très pauvres. On est aussi dans une crise de la Ve République où l’on arrive au bout du bout d’une constitution qui ne convient pas, faite pour l’hyperprésidentialité. Les repères sont brouillés.

    Vous sentez les militants et les travailleurs prêts à répondre aux mauvais coups du gouvernement ?

    M.P. : On sent un bouillonnement social, c’est prêt à exploser. Mais c’est à nous d’aller vers les salariés pour les aider à exprimer leur colère, que les choses changent. Le monde travail est à bout.

  • [Entretien] Margot Shore : « Quand un club est ambitieux, tu veux en être »

    [Entretien] Margot Shore : « Quand un club est ambitieux, tu veux en être »

    La Marseillaise : Après avoir évolué plusieurs saisons en Italie (Lecce, Bari, Hellas Vérone et Bologne), vous avez décidé cet été de tenter le pari du championnat français en rejoignant les Marseillaises. Comment vivez-vous cette nouvelle aventure ?

    Margot Shore : Au début, c’était un peu difficile avec le changement de pays, de culture et de club. Mais, j’ai eu beaucoup d’aide de l’équipe, et maintenant, je me sens très bien. Avec tous les matches qu’on a fait, on sent vraiment qu’on a le soutien de la ville et que le club est très suivi. Et c’est très beau. Ça met de la pression aussi, mais on adore ça. Je réalise à quel point l’OM est un club très important. On fait partie d’un projet très important. Quand un club ambitieux est, tu veux en être. J’ai joué plusieurs années en Italie, mais j’avais besoin de connaître un changement dans ma carrière. Et quand j’ai eu cette opportunité de jouer dans l’un des meilleurs championnats au monde, j’ai tout de suite voulu venir.

    Vous avez connu votre première titularisation le 19 septembre face au Havre (défaite 2-1). Comment avez-vous vécu ce grand moment au stade Turcan ?

    M.S. : Ce n’était pas prévu que je joue. Mais j’étais prête parce que, quand tu figures comme remplaçante sur la feuille de match, c’est ton job d’être prête. Alors moi, j’étais quand même assez tranquille. Je n’étais pas contente aussi, parce qu’on n’est jamais contente quand on voit une coéquipière qui s’est blessée. Mais j’ai voulu saisir l’opportunité qui s’est présentée à moi et faire le meilleur match possible. C’était ma première fois en Arkema Première Ligue et je trouve que le niveau est très haut. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de jeux de transition dans le championnat français. En Italie, on joue plutôt sur la tactique, avec une défense placée. Mais dorénavant, je dois être vigilante sur la vitesse des joueuses, tout en gérant bien les espaces.

    Vous évoluez désormais sous les ordres de Corinne Diacre, ex-sélectionneuse des Bleues. Quelles sont vos premières impressions sur votre coach ?

    M.S. : Je la connaissais seulement de nom. Je sais qu’elle était avec l’équipe de France féminine, mais personnellement, je ne la connaissais pas avant son arrivée. Je ne pense pas que ça mette de la pression. Au contraire, je pense surtout que son arrivée est un bon signal pour nos objectifs. On veut faire des choses importantes. Je pense qu’elle apporte beaucoup d’expérience et de la rigueur, ce qui est une bonne chose. Elle accorde beaucoup d’attention au détail. Quand il y a quelque chose qui ne va pas, elle va le dire tout de suite. Et elle va aussi apporter une solution. Moi je suis une personne qui aime savoir les choses tout de suite. Quand ça va bien ou quand ça ne va pas bien. Comme ça, on résout tout de suite les choses.

  • [Entretien] Michaël Zemmour : « On peut s’attendre à une augmentation de la pauvreté »

    [Entretien] Michaël Zemmour : « On peut s’attendre à une augmentation de la pauvreté »

    La Marseillaise : Quel effet aura la « suspension » de la réforme des retraites annoncée par le Premier ministre ?

    Michaël Zemmour : L’annonce a été détaillée par le Ministre du Travail. En fait, c’est un décalage du calendrier d’application de la réforme de 2023 qui reste fondamentalement la même. On part à la retraite à 64 ans avec 43 annuités de manière accélérée. Pour certaines générations, on va avoir un décalage de trois mois dans l’application du calendrier. Par exemple, les personnes qui devaient partir à 63 ans et 3 mois partiront à 63 ans. Cela concerne les personnes nées entre 1964 et 1968. Pour toutes les autres générations, la loi va conserver l’âge de 64 ans et 43 annuités.

    Cela peut être considéré comme une « victoire » ?

    M.Z. : Ça, c’est aux partis et aux syndicats d’en juger. Ce n’est pas un gros changement sur la réforme, ça n’en modifie ni les objectifs, ni les principes et ce n’est pas très cher pour le gouvernement. En réalité, c’est plutôt un décalage du calendrier de la même réforme. Une suspension, ça aurait été de dire : à partir de maintenant, on bloque les compteurs à 62 ans et 9 mois. Il faudra faire une nouvelle réforme pour repartir à la hausse ou à la baisse. Là, il n’y aura pas besoin de nouvelle réforme. Si on ne fait rien, on va à 64 ans, comme prévu, mais décalé d’une génération. C’est un bougé, ce n’est pas rien.

    Quand Sébastien Lecornu parle
    de «
     compenser » cette suspension, de quoi est-il question ?

    M.Z. : J’imagine qu’il parle de la question du financement. Pour financer ça, il faudrait moins de 0,3% de cotisations à partager entre employeurs et salariés. C’est vraiment peu à l’échelle du système de retraite. Dans le débat budgétaire qui s’annonce, il y a beaucoup de mesures plus importantes que ça. Le gouvernement prévoit par exemple de baisser la taxe exceptionnelle sur les grandes sociétés qui passera de 1 milliard à 4 milliards d’euros. Cette seule mesure représente un coût plus important que le décalage de la réforme de la retraite. Le budget sera « moins » dur à la fin qu’au début, c’est en tout cas ce qu’a annoncé le Premier ministre…

    Quelles sont ces autres mesures « plus importantes » auxquelles vous faites allusion ?

    M.Z. : Nous verrons dans quelle direction va le débat budgétaire, qui promet d’être sans doute un peu inédit, puisque le gouvernement s’apprête manifestement à faire bouger son texte dans des proportions importantes. Pour l’instant, dans ce budget il y a des mesures fortement antisociales, comme le gel des prestations familiales et des minima sociaux, qui, à ma connaissance, ne s’est jamais produit. Il y aura sans doute – parce que c’est très polémique – un débat sur la désindexation des retraites. Ainsi que des questions sur la fiscalité. Est-ce que, du côté de la droite, il n’y aura pas une volonté de bloquer une mesure fiscale ? On ne peut pas le dire à ce stade. Une des choses très inquiétantes, c’est le budget de l’État et des services publics, qui restent très très très serrés alors qu’on est au milieu d’une crise des services publics en général et de l’école en particulier. C’est un enjeu de lutte contre les inégalités. L’école peut être un outil de réduction des inégalités, mais il y a une fuite de celles et ceux qui ont les moyens vers l’école privée. C’est aussi un enjeu de préparation économique de l’avenir : les moyens qu’on ne met pas aujourd’hui dans l’école risquent de coûter en formation, au niveau de qualification, dans les années qui viennent.

    Quid du doublement des franchises médicales ?

    M.Z. : C’est une mesure budgétairement très importante qui représente de l’ordre de 2 milliards d’euros et qui va directement augmenter la facture pour les malades puisque c’est une dépense obligatoire. Soit les gens vont reporter leurs soins, ce qui est préoccupant en soi, soit ils vont se dire que c’est une dépense obligatoire et donc ça entamera leur pouvoir d’achat.

    Le PS prévoit de réintroduire la taxe Zucman, à travers un amendement, lors du débat à venir. Qu’en pensez-vous ?

    M.Z. : Pour l’instant, il n’y a pas dans ce budget de grosses mesures fiscales sur la taxation des hauts patrimoines. Je pense qu’il serait intéressant d’en avoir une, pas forcément avec un taux très élevé au départ, mais dont l’assiette prenne en compte l’ensemble du patrimoine. Aujourd’hui, le fisc connaît les revenus des ménages, le patrimoine immobilier, mais il ne connaît pas le patrimoine financier, y compris la détention d’actions de grandes sociétés. Donc il serait intéressant d’avoir une assiette qui permette de taxer ces patrimoines, peut-être progressivement, mais de manière plus importante dans le temps.

    Quelles seront à terme les conséquences de ce budget qui ressemble peu ou prou à celui présenté par François Bayrou ?

    M.Z. : Dans les grandes lignes, ça a l’air d’être le même, même si je n’ai jamais vu le budget de François Bayrou. Il y a aussi des modifications à la marge. Il y a des effets antisociaux assez nets. On voit le nombre de mesures inégalitaires. Il est prévu une austérité du côté des services publics. C’est un budget d’austérité, qui va à la fois avoir un effet de ralentissement de l’activité économique et avec des conséquences sociales assez directes. Par exemple, on peut s’attendre, dès qu’on aura l’échelle de la pauvreté, à une augmentation du taux de pauvreté en 2026. Quand vous ne revalorisez pas les minima sociaux et ni les prestations familiales, assez mécaniquement, vous avez une augmentation du taux de pauvreté.

  • [Quoi de neuf] « Pour les maladies rares, les progrès sont fantastiques »

    [Quoi de neuf] « Pour les maladies rares, les progrès sont fantastiques »

    Implanté dans 90 pays dont la France, le réseau des clubs Kiwanis a pour objectif de « servir les enfants du monde ». Parmi ses actions : le soutien aux personnes atteintes de maladies rares. Le week-end des 11 et 12 octobre, le Kiwanis Club de Montpellier organise un salon du chocolat et des produits régionaux* dont les recettes seront reversées à deux associations : la Fondation Saint-Pierre de Palavas-les-Flots et la Fondation Maladies Rares. Patrick Maurel a été directeur d’unité de recherche de Physiopathologie Hépatique à l’Inserm à Montpellier. Le scientifique est aujourd’hui bénévole au Kiwanis Club de Montpellier**.

    Françoise Verna : Présentez-nous le mouvement Kiwanis.

    Patrick Morel : Le Kiwanis est né il y a plus de 100 ans aux États-Unis. C’est un terme amérindien qui a été occidentalisé et qui signifie en substance « partageons nos forces, partageons nos talents, unissons-nous pour faire quelque chose de bien ». C’est un club international implanté dans 90 pays. C’est arrivé en Europe et en France dans les années 1960 avec le premier club à Metz en 1966.

    Olivier Nottale : Vous êtes aussi implantés depuis longtemps à Montpellier ?

    Patrick Morel : Notre club Kiwanis à Montpellier est né en 1971. Je tiens à préciser une chose très importante : au début, c’était des clubs relationnels, comme le Lions. Le côté éthique, le côté associatif et le côté social étaient négligeables. Aujourd’hui, c’est totalement différent. C’est le côté social qui domine. Toutes les origines sociales et tous les métiers sont représentés. Notre but, clair, est d’aider les enfants du monde c’est-à-dire dans notre ville, notre pays et au niveau mondial.

    Françoise Verna : Votre prochain événement, ce week-end à Palavas-les-Flots*, va permettre d’aider des associations qui œuvrent contre les maladies rares. Pourriez-vous nous rappeler ce que l’on entend par maladies rares ?

    Patrick Morel : C’est une maladie qui touche moins d’une personne sur 2 000 dans la population générale. Le diabète touche 100 personnes sur 2 000, les maladies cardiovasculaires, 180/2 000. On pourrait se dire « c’est pas terrible ». En réalité, l’immense majorité de ces maladies est d’origine génétique. C’est-à-dire, pour le généticien que je suis, il pourrait y avoir autant de maladies que de gènes.

    Olivier Nottale : On arrive à les dénombrer ?

    Patrick Morel : On compte aujourd’hui 7 000 maladies rares, un chiffre certainement en deçà de la réalité. Ces maladies sont liées à des mutations dans un gène ou plusieurs gènes. Comme la mucoviscidose où un seul gène est impliqué.

    Françoise Verna : Il y a eu une sensibilisation aux maladies rares grâce aux associations ?

    Patrick Morel : Les associations, les chercheurs, les cliniciens, les médecins travaillent de concert maintenant. L’exemple le plus typique dans notre pays c’est le Téléthon. Il faut se rendre compte que cela touche toutes les latitudes, ce ne sont pas des maladies franco-françaises. Au niveau mondial, il y a une fourchette assez large qui va de 260 à 450 millions de personnes touchées. En France, c’est 3 millions. Ces maladies se déclenchent, pour la plupart d’entre elles, dès la naissance et très rapidement après la naissance. Les enfants sont en première ligne. L’impact des maladies rares sur la mortalité infantile est de 35% au niveau mondial. Un enfant sur trois qui meurt avant l’âge de cinq ans, meurt d’une maladie rare.

    Olivier Nottale : Ce sont des maladies qui ne sont donc pas si rares que ça ?

    Patrick Morel : Les patients sont très nombreux ! Les États-Unis et la France ont été les pionniers sur la recherche. Chercheurs et politiciens se sont dit qu’il fallait faire en sorte de développer une recherche clinique et une recherche industrielle sur les traitements malgré le fait que l’on ne va pas vendre un processus comme de l’aspirine. Les industriels sont prêts à agir mais veulent entrer dans leurs sous. Malheureusement, aujourd’hui, il y a des stratégies thérapeutiques fantastiques, on soigne les enfants, mais c’est extrêmement coûteux. Si on n’a pas une Sécurité sociale derrière, les gens ne pourront pas se soigner.

    Françoise Verna : Pourquoi les traitements ne sont pas dans le giron de l’État et font l’objet de brevets industriels ?

    Patrick Morel : Tous les chercheurs et cliniciens de la planète prennent conscience de ça et essaient de changer de paradigme. Par exemple, il y a ce super traitement pour soigner l’amyotrophie spinale infantile. Il est commercialisé par une firme, Biogen, qui vend cette thérapie très cher. Pourtant ce n’est pas Biogen qui a inventé cette thérapie ARN. Elle a été inventée il y a plus de 30 ans dans les laboratoires de recherche publique au niveau mondial. Au départ, on a des chercheurs du public qui ne coûtent quasiment rien, qui progressent dans la connaissance de la biologie et qui inventent ces thérapies. Mais le problème, c’est qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent et que les États n’investissent pas. C’est là que les industriels arrivent sur marché, achètent les brevets plusieurs milliards s’il le faut et deviennent souverains sur le traitement. Ce que voudraient de nombreux chercheurs c’est de modifier la politique des brevets, voire de les supprimer.

    Propos recueillis par F.V.

    *11 et 12 octobre, Salle Bleue de Palavas-les-Flots, entrée 3 euros.

    **www.kiwanismontpellier.fr

    À écouter ici